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29/11/2010

Un tiercé gagnant DSK-Fillon-Bayrou pour 2012 ?

Loin de la scène politique française, sans rien faire, sans rien dire et sans avoir annoncé un projet, DSK est plébiscité candidat socialiste préféré des Français (pour 32%) et aussi des Socialistes (41%) très loin devant Martine Aubry puis autres concurrents. Voir ce dernier sondage IFOP pour le Journal du Dimanche d'hier.

Pourquoi ce succès ? Sans doute car il incarne l'oxymore du "libéralisme social" et une forme de solidité, d'expérience et de responsabilité. Il marque aussi une préférence pour un PS moins à gauche, peut-être plus réaliste et responsable, plus ouvert sur des réformes nécessaires.

Parallèlement, Nicolas Sarkozy dévisse dans les sondages et cependant dans le journal Marianne d'hier, Jean-François Kahn nous avertit qu'il pourrait bien être réélu grâce à la division de l'opposition, grâce au pouvoir énorme que lui et ses amis détiennent sur les médias bienveillants, grâce à des moyens de campagne et de communication sans pareils, enfin grâce à l'adaptabilité du discours opportuniste dans lequel il excelle, qui fera oublier toutes les promesses qu'il n'a pas tenues et les mensonges qu'il a tenus, tout en fustigeant les coupables de la crise, les banquiers voyous, la mondialisation déloyale, etc., séduisant l'électorat populaire tout en donnant des gages à ses soutiens habituels du Fouquet's.

Or un autre scénario se profile à mon avis. Celui où Nicolas Sarkozy pourrait bien ne pas être candidat. Soit du fait des scandales qui le rattrapent et vont lui coller à la peau jusqu'à l'élection présidentielle, où bien tout simplement quand les sondages vont oser présenter des candidats alternatifs (Fillon, Copé, Juppé, Villepin) qui le dépasseront et optimiseront les chances pour l'UMP de gagner l'élection.

Ainsi, je ne serais pas étonnée de voir François Fillon arriver en tête du candidat UMP préféré des Français et des sympathisants UMP, plus apte que Nicolas Sarkozy à capter les voix centristes au deuxième tour, face à un DSK qui les attireraient aussi.

Un autre sondage de la semaine dernière (voir cette dépêche AFP ou cet article) dit que François Bayrou est le candidat qui représente mieux le centre, devançant nettement Jean-Louis Borloo. Il paraît bien être celui qui tient la route pour représenter un centre indépendant.

DSK_Fillon_Bayrou.JPGOn pourrait alors voir un premier tour où les trois candidats Fillon, Bayrou et DSK, auraient des scores assez proches.

La France, au lieu de se radicaliser sur les pôles, serait alors peut-être mûre pour une Union nationale plus équilibrée, avec des hommes capables de s'entendre, de se parler, de gouverner ensemble ...


27/11/2010

Nouvelle menace sur le statut de l'AFP

L'association pour l'indépendance de l'AFP (AdiAFP) vient de mettre en ligne un texte et relancer la pétition "SOS-AFP" de l'Intersyndicale pour sensibiliser le personnel, l'opinion et les parlementaires (auxquels un texte plus détaillé a aussi été adressé : http://www.adiafp.org/lettre_ouverte).

Je vous invite à relayer l'information et à soutenir ce combat en signant la pétition. L'indépendance de la presse passe par l'indépendance de l'AFP, qui est assurée par ce statut très spécial. Ne laissons pas l'agence tomber dans une structure capitalistique qui donnerait le pouvoir à des puissances financières ou à l'Etat !


Nouvelles menaces - nouvelles raisons de signer 
la pétition « SOS-AFP » !

Tout indique que le pouvoir soit tenté de passer en force dans un avenir proche. C’est pourquoi nous appelons tous les citoyens en France et ailleurs dans le monde à continuer à signer et à faire signer la pétition « SOS-AFP » !

Version imprimable avec pétition à signer au verso (PDF, 120 Ko)

L’Agence France-Presse (AFP), l’une des trois plus grandes agences de presse au monde, fait l’objet depuis plusieurs années de tentatives récurrentes de modifier son statut, qui est une loi de la République, adoptée à l’unanimité par le Parlement en 1957 et ayant pour but de protéger l’AFP de toute influence politique ou économique.

En 2008, une tentative de transformer l’AFP en entreprise capitalistique – soit privée, soit à capitaux publics – est annoncée et par le gouvernement et par le PDG de l’époque, Pierre Louette. Cette campagne est mise en échec par l’opposition d’une grande partie du personnel de l’agence, représentée par ses syndicats, ainsi que par de nombreux parlementaires et citoyens, qui ont été plus de 21 000 à ce jour à signer la pétition « SOS-AFP ».

Pierre Louette démissionne en février 2010 pour être remplacé par Emmanuel Hoog, qui annonce au début de son mandat qu’il ne sera plus question de transformer l’AFP en entreprise par actions et qu’une modification du statut ne fait pas partie de ses priorités.

Or voilà que M. Hoog, a son tour, fait marche arrière et annonce qu’une modification du statut serait non seulement nécessaire mais urgente. Cette initiative a été officialisée le 4 novembre 2010 devant le Parlement par le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand.

M. Hoog plaide la nécessité de doter l’Agence des moyens nécessaires à son développement, de modifier ses règles de gouvernance voire de la mettre en conformité avec la législation européenne.

L’Association de défense de l’indépendance de l’AFP a déjà expliqué les conditions nécessaires et incontournables pour une quelconque modification du statut de l’agence. Ces conditions sont les suivantes :

  1. Renforcer l’indépendance de l’AFP vis-à-vis de tout pouvoir politique, économique ou idéologique, en apportant des garanties supplémentaires par rapport au statut actuel.
  2. Être reliée à une vraie stratégie d’entreprise. Il faut non seulement exposer cette stratégie mais également démontrer sa conformité aux valeurs fondamentales et à l’indépendance de l’agence et expliquer clairement pourquoi elle exige une modification du statut.
  3. Recueillir au préalable l’accord du personnel par référendum. Cette exigence n’est en rien démagogique ou populiste : l’AFP est une entreprise de matière grise et son savoir-faire et son expérience sont détenus par son personnel. Un référendum a eu lieu en 1955 sur le texte finalement adopté en 1957 : il serait inconcevable de faire moins bien aujourd’hui !
  4. Recueillir une très forte majorité au Parlement. Si l’unanimité parlementaire que le statut actuel avait recueillie en 1957 peut sembler inaccessible aujourd’hui, il faudrait tout faire pour s’en rapprocher. L’AFP remplit une mission d’intérêt général. Son devenir ne concerne pas seulement la majorité parlementaire du moment, quelle qu’elle soit, mais l’ensemble du peuple français.

Nous considérons que dans l’état actuel des choses, aucune de ces conditions n’est remplie

Pire, tout indique que le pouvoir soit tenté de passer en force dans un avenir proche, sans faire le moindre effort pour les remplir.

C’est pourquoi nous appelons tous les citoyens en France et ailleurs dans le monde à continuer à signer et à faire signer la pétition « SOS-AFP » !

NB : sur le site http://www.sos-afp.org on peut signer la pétition en ligne ou télécharger d’autres exemplaires à imprimer, faire signer et envoyer par la poste au Comité d’entreprise de l’AFP. ADIAFP, Paris, le vendredi 26 novembre 2010

24/11/2010

Lactualité démontre que François Bayrou avait raison sur tout

L’actualité démontre que FRANCOIS BAYROU AVAIT RAISON SUR TOUT :

- l’insignifiance d’un centre inféodé, proclamée par François Bayrou depuis la création de l’UMP en 2002, indépendance qu'il a payé cher et avec courage mais qui lui donne raison et dont il récoltera maintenant les fruits, car c’est LE SEUL a pouvoir représenter maintenant ce centre indépendant,

- LES ABUS DE POUVOIR du "régime sarkozyste", que F.Bayrou a dénoncés le premier, avant le PS et bien mieux que le PS, et qui éclatent au grand jour, L'affaire Tapie, l'affaire Jean Sarkozy, ... et maintenant l'affaire Woerth-Bettencourt et l'affaire Karachi et des rétrocommissions en sont des exemples emblématiques,

- Le problème crucial du déficit, de la dette publique, qui nous plombaient déjà avant la crise et risquent de nous entraîner vers la faillite, comme la Grèce, l’Irlande, ...

- le délitement de notre modèle social et de notre pacte républicain, le dysfonctionnement du modèle capitaliste dérégulé dans la mondialisation, générateur d’inégalités croissantes, le pouvoir destructeur de l’argent roi, du règne de la cupidité et de l’individualisme, du pouvoir des puissances financières qui ont la main sur les Etats et les médias, médias ...

- la dénonciation d’une idéologie qui cherche à aligner notre modèle sur le modèle anglo-saxon et qui justifie, voire prône les inégalités croissantes.

F.Bayrou avait déjà pointé ces problèmes avant la crise financière. Il était très visionnaire. Il mérite d'être plus écouté par les Français.

Comme il le disait au micro d'Europe1 ce matin, il ne votera pas la confiance au gouvernement Fillon à l'Assemblée cet après-midi, car il estime que la politique du gouvernement n'est pas la bonne, qu'il s'agisse de l'emploi, de l'éducation, de la fiscalité et du déficit, ... bien qu'il ait personnellement de l'estime pour l'homme François Fillon.


“Purger les affaires“ Karachi et Bettencourt
envoyé par Europe1fr. - Regardez les dernières vidéos d'actu.

21/11/2010

La France maître du monde en 2011 ?

En 2011, quatre Français seront en même temps à des postes clés de la gouvernance internationale :

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1- Dominique Strauss-Kahn, à la direction générale du FMI (Fonds Monétaire International), institution qui tient avec la crise financière un rôle primordial dans le sauvetage des pays surendettés, dans la nouvelle régulation financière internationale, dans l’éventuelle mise en place d’une monnaie de référence mondiale. Membre éminent du Parti socialiste français, candidat potentiel à l’élection présidentielle 2012, DSK (c’est son pseudo) souffre malgré tout d’une image ultra-libérale qui lui colle à la peau, à la fois par son appartenance au FMI suspectée avoir favorisé la dérégulation financière et incité les restrictions en matière de dépenses publiques et de protection sociale dans les politiques imposées aux pays en difficulté, et aussi par son passé de ministre des finances et de l’économie en France, qui fut marqué, malgré le règne d’un gouvernement socialiste, par une vague de privatisation et de dérégulation financière (des capitaux notamment), la création des stock-options défiscalisées, le développement des marchés de capitaux, etc.

2- Pascal Lamy, Directeur général de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), institution qui régente les règles de libre-échange au niveau mondial, qui coordonne les négociations internationales (cycle de Doha). L’OMC est très critiqué dans sa manière d’avoir imposé comme priorité et dogme absolu le libre échange et la concurrence dans la mondialisation, sans avoir tenu compte de critères relatifs aux droits de l’homme, à la protection sociale (normes du BIT) et environnementale (respect du protocole de Kyoto,…). S’affichant également socialiste et aussi mondialiste, prônant une gouvernance mondiale (cf son livre « Démocratie Monde »), il a néanmoins bel et bien favorisé la mondialisation dérégulée, sans tenir compte des méfaits des subventions à l’exportation (production du coton aux Etats-Unis, surproduction agricole européenne revendue à bas prix à l’Afrique,…) qui ont tué l’agriculture vivrière de pays pauvres et mis fin à leur autosuffisance alimentaire (voir cet article du Monde). Pascal Lamy multiplie pourtant les interventions qui semblent démontrer qu’il a pris conscience des dérives de ce capitalisme mondialisé dérégulé, comme le cite récemment le journal Libération dans cet article : «Depuis quelques années, je m’interroge sur les racines culturelles et anthropologiques du capitalisme de marché, qui est intrinsèquement injuste et stresse toujours plus les ressources humaines et naturelles »,… «Il faut tirer des leçons de la crise et analyser en profondeur ce capitalisme pour trouver des alternatives. Il faut que des sciences telles l’anthropologie, l’ethnologie et la sociologie y contribuent.» ;

3- Jean-Claude Trichet, président de la BCE (Banque Centrale Européenne), longtemps contesté pour sa politique autonome (indépendante des Etats de l’Union et de la Commission européenne), centrée sur la lutte contre l’inflation et pour une discipline du respect des critères de Maastricht, parfois au dépens du développement économique et de la croissance dans l’Union ; sa gestion de la crise financière lui a finalement donné raison et il a obtenu une reconnaissance unanime de la majorité des Etats et des économistes sur sa compétence, sa réactivité, sa responsabilité et l’efficacité de la gestion de son institution. Ce poste est clé dans la période actuelle de crise de l’Europe, de la dette publique devenue insupportable dans des pays de la zone euro comme la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, du risque d’explosion de l’euro alors que les spreads de taux d’intérêt s’écartent fortement entre différents pays de la zone et que les critères de Maastricht ne sont plus respectés ;

4- Enfin, Nicolas Sarkozy, président de la république française, s’apprête à présider le G20 pour un an, alors même que le monde est entré depuis 2007 dans une zone de forte turbulence, touché par la crise financière mondiale la plus grave depuis 1929, déclenchant une récession et une grave crise économique en occident, alors que les pays émergents, notamment la Chine, l’Inde, le Brésil, maintiennent un taux de croissance honorable et gagnent des parts de marché dans le monde, de même qu’une légitimité pour peser dans la gouvernance mondiale. Nicolas Sarkozy devra cependant prendre conscience que présider le G20, c’est « coordonner » les discussions et les décisions, accueillir les dirigeants et organiser les réunions, et non « commander » le monde.

 

Quatre Français à la tête de quatre institutions clés. Cela marquera-t-il une empreinte de la France dans la gouvernance mondiale ? La France des droits de l’homme, la France des valeurs républicaines, la France qui résiste à l’oppression, la France révolutionnaire, la France qui a été co-fondatrice de l’Europe, d’une démarche coopérative, la France reine de la diplomatie … Sans doute, à condition qu’elle sache s’effacer en tant que « France » et ne pas afficher une forme d’arrogance et de condescendance qui agace dans les milieux internationaux.

20/11/2010

Les « vieux » : cœur de cible de Nicolas Sarkozy pour 2012

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Lors de son entretien télévisé du 16 novembre 2010, le président de la république a donné les principales orientations des 18 derniers mois à venir de son quinquennat et en même temps sans le dire des marqueurs de priorités s’adressant à ses électeurs cibles pour la présidentielle 2012 :

 


 

1- La réforme de la fiscalité : suppression du bouclier fiscal et … suppression de l’ISF (qui était en fait la raison d’être du bouclier fiscal, dont la tranche marginale maximum est de 40%), à remplacer par une surtaxe sur les revenus du capital et du patrimoine ;

2- La dépendance : mise en place d’ici l’été 2011 d’un cinquième pan d’assurance de la Sécurité sociale, pour faire face, du fait du vieillissement croissant de la population, au nombre grandissant de personnes entrant dans le quatrième âge, susceptibles de devenir centenaires, de nécessiter un environnement et des soins que ne peuvent pas toujours assumer (physiquement, psychologiquement, financièrement) la famille et les proches ;

3- La justice et la sécurité : après la politique sécuritaire très médiatisée, reliée à l’immigration avec l’affaire des Roms, voici venu le temps des jurés populaires, que Nicolas Sarkozy souhaite introduire au tribunal correctionnel (à l’image des Etats-Unis), comme il y en a en Cour d’assise.

Ces priorités s’adressent clairement à un public de seniors, de gens assez âgés, qui étaient déjà sa cible électorale favorite en 2007, comme l’ont démontré les analyses sur les votes et leur décomposition en terme de classes d’âges. De plus Nicolas Sarkozy ne s’est absolument pas adressé aux jeunes si ce n’est une seule fois en citant le mot « emploi des jeunes » ; rien sur l’éducation, rien sur l’injustice énorme à leur égard que représente une dette publique qui pèsera sur les générations futures pour financer les dépenses passées et les déficits sociaux des actifs et retraités d’aujourd’hui.

En effet, les détenteurs de patrimoine, qui ont un intérêt à la réforme fiscale annoncée, sont d’une part les grandes fortunes (que Nicolas Sarkozy n’oublie pas et qui ont été et seront de grands soutiens financiers pour sa campagne, et de surcroît par l’influence des puissances financières sur les médias, de bons relais de communication pour influencer l’opinion publique), d’autre part les personnes âgées qui ont pu cumuler des biens, immobiliers, fonciers, ou mobiliers. On notera au passage que les plus fortunés qui utilisent, comme Liliane Bettencourt, des astuces comme la création de holdings financiers logeant le patrimoine et ses revenus, ne versant à leur actionnaire-propriétaire que ce qui lui faut pour ses dépenses, ne seront toujours pas plus imposés sur les revenus de ce patrimoine, mais uniquement sur leurs dépenses comme aujourd’hui, à moins de légiférer pour interdire ce type de dispositif ! Ce sont donc, encore, les classes moyennes qui vont trinquer et payer une grosse partie des 3,5 milliards d’euros d’ISF qu’il faudra trouver et que ne paieront plus les gros propriétaires fortunés !

Concernant la dépendance, le message est clair : les plus sensibles à l’annonce de ce dispositif sont les personnes âgées encore valides (65-80) et les enfants de personnes très âgées (50-65) qui sont déjà confrontés à ces soucis. Ce qui n’enlève rien à la nécessité et à la pertinence d’une telle réforme …

Enfin, les personnes les plus sensibles aux problèmes de sécurité, d’incivilité, de délinquance, de vol, etc. sont les personnes plutôt seniors. Elles ont peur, peur des jeunes, peur des banlieues, peur des étrangers, peur des inconnus, … Cette peur est cultivée par les medias, nourrit le Front national comme l’UMP qui a cherché à prospérer sur ce terrain-là, entretenant la montée de la délinquance par une politique menant à la dégradation sociale, par l’insuffisance de politique préventive, par la ghettoïsation croissante des cités, par la suppression de la police de proximité. La volonté de stigmatiser une justice défaillante (mise en liberté de récidivistes, lenteur d’exécution, …) et de proposer un jugement par le peuple lui-même, qui se fera justicier, est clairement un argument populiste qui s’adresse aux classes populaires.

Ce qui est curieux, c’est que pour désigner les personnes âgées, Nicolas Sarkozy a employé le mot « vieux », ce qui donne un ton un peu irrespectueux à l’expression. Faute de style ?

 

09/11/2010

Nicolas Sarkozy « héritier du Gaullisme » ???

Pour commémorer les 40 ans de la mort du Général de Gaulle, Nicolas Sarkozy s’est rendu à Colombey-les-Deux-Eglises, pour fleurir la tombe et honorer la mémoire du fondateur de la Vème République. Il s’est ainsi proclamé « héritier du gaullisme ».

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Pour en juger, revenons à la définition du Gaullisme (cf Wikipedia) c'est-à-dire la doctrine politique inspirée par Charles de Gaulle :

· L'indépendance de la France, par le refus de sa « vassalisation » à des organismes supranationaux (ONU, Communauté européenne, OTAN), à des superpuissances (États-Unis) ou aux puissances économiques et financières. Cette indépendance est défendue dans les domaines politiques, économiques, culturels, diplomatiques et militaires.
=> PAS CONFORME. Sarkozy l’Américain, bushiste et atlantiste, a intégré la France dans le commandement armé de l’OTAN, sans même que cela ait été annoncé dans son programme présidentiel ni demandé par les Français (pour favoriser le business de l’armement peut-être ?).

· Par extension, le respect à travers le monde des nations, entités culturelles façonnées par l'histoire et rempart des peuples contre les impérialismes (voir les discours sur le Québec libre, sur la guerre du Viêtnam (discours de Phnom Penh), etc.).
=> PAS VRAIMENT CONFORME : Tapis rouge (paillasson plutôt disait Rama Yade) pour Kadhafi, profil bas devant le gouvernement Chinois (Tibet, prix Nobel de la paix …) afin de ne pas compromettre les relations commerciales avec la Chine, Discours de Dakar sur l’Afrique (l’homme africain qui n’a pas su entrer dans l’histoire …)

· Un pouvoir exécutif fort et stable qui donne au président de la république un rôle primordial. Oui mais il a aussi dit « le président préside et le gouvernement gouverne. »
=> CONFORME. Le président use et même abuse de son pouvoir (le problème c’est qu’il remplace même le 1er ministre, ce qui n’était pas dans l’esprit du Général) ; la menace et la courtisanerie maintiennent les députés et les sénateurs dans une obéissance qui confère au Parlement un rôle de simple chambre d’enregistrement des décisions de l’exécutif. Pouvoir fort, mais stable … jusqu’en 2012 !

 

· Un lien direct entre le chef et le peuple passant au-dessus des corps intermédiaires (élection du chef de l'État au suffrage universel direct, recours fréquent au référendum).
=> NON CONFORME. Pas de referendum et quand il y en a eu un avant sa présidence sur le traité de constitution européenne, il a passé outre en refaisant voter le traité de Lisbonne, en substitution au traité, par le Parlement.

· Le rassemblement de tous les Français, au-delà du clivage gauche / droite, source de division et donc de déclin, via le lien direct du chef et du peuple et la politique sociale.
=>NON CONFORME
. N.Sarkozy n’arrête pas de cliver les Français, a radicalisé la droite vers l’extrême droite par la politique sécuritaire, la stigmatisation des personnes issues de l’immigration, des Roms,…

· Le refus du libéralisme économique classique au profit d'une économie orientée par l'État en vue d'un développement volontariste (la planification, l'aménagement du territoire, les grands projets publics, le keynésianisme. etc.). « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille ! »
=> NON CONFORME. Accélération des politiques libérales et au profit d’intérêts privés, de la finance (Fouquet's, jeux en ligne, sauvetage des banques sans contrepartie contraignantes,…)

· Le double refus du capitalisme[2] (exploitation d'une classe par l'autre) et des socialismes révolutionnaires (lutte des classes) au profit d'une « troisième voie » sociale. Au-delà d'une protection sociale avancée, la participation (aux bénéfices, aux décisions, à la propriété de l'entreprise), aussi appelée l'association capital-travail, doit réconcilier les Français entre eux et aboutir à la fois à la justice et à l'efficacité.
=>PAS CONFORME. Moindre justice fiscale et sociale, hausse des inégalités de revenus, accaparement des profits par les détenteurs de capitaux. N. Sarkozy avait dit souhaiter un partage des profits à parts égales entre le capital (dividendes), le travail, l’autofinancement des investissements, mais rien n’a été fait.

· Sur la méthode : le pragmatisme et le refus des carcans idéologiques en vue d'atteindre les objectifs fixés : indépendance et rayonnement de la France dans le monde, unité intérieure de la France au service du projet patriotique.
=>PAS VRAIMENT CONFORME. A la rigueur sur la méthode pour le pragmatisme de la REALPOLITIK ! Mais pas au service de ces objectifs

 

 

CONCLUSION : Note de 1/8  (1 conforme contre 7 non)

La conformité au Gaullisme étant uniquement le pouvoir fort du président, mais qui ne devait cependant pas être une hyperprésidence …

 

06/11/2010

« La Grande Régression » (Jacques Généreux) : Décryptage (2ère partie)

Voici la suite annoncée d’un 1er article publié le 1er novembre 2010, qui résumait et commentait la partie du dernier essai de Jacques Généreux consacrée à la régression économique et écologique. « La Grande Régression » est un livre remarquable dont je recommande à tous la lecture et encourage réflexions et débat sur ce thème du modèle de société.

Attachons-nous à présent à suite de ce livre, consacrée à la régression sociale, morale et politique, qui accompagne la régression économique et écologique.

 

1- Un diagnostic clairvoyant, étayé par une analyse anthropologique

Pour comprendre l’évolution des sociétés humaines, depuis les sociétés primitives, puis traditionnelles, jusqu’aux sociétés modernes, post-modernes et même ce que l’auteur appelle « l’hypersociété », il nous faut remonter le temps, revisiter l’histoire. Jacques Généreux aborde le sujet par une approche anthropologique très intéressante, remonte aux motivations profondes de l’être humain et de ce qui le relie aux autres, à la société, pris dans une tension dialectique entre l’aspiration à la liberté, à l’autonomie, à une émancipation, et le désir de créer des liens sociaux, d’exister par l’autre, par les autres.

Il démontre que la société industrielle moderne était déjà dans sa genèse une formidable machine à dissocier et à dissoudre l’alliance entre les hommes. L’impulsion dominante du capitalisme pousse vers une « dissociété » plus individualiste, éclatée par la compétition et l’inégalité. Poussé à son extrême ces trente dernières années, le système capitaliste a été le théâtre d’une déconstruction des liens sociaux qui rassemblent les individus en communautés humaines et les communautés humaines en une grande société.

A cette « dissociété », l’auteur oppose une « société de progrès humain », du « bien vivre ensemble », cherchant à concilier la liberté (être soi-même), l’égalité réelle (égale capacité des individus) et la fraternité (être avec, par et pour autrui, en solidarité), c’est à dire l’idéal républicain, celui d’une république non seulement sociale, mais aussi durable et écologique, ne s’arrêtant pas au bien vivre de la génération présente mais s’attachant à la préservation des générations futures. La conciliation de la liberté et de la cohésion sociale passe selon lui par l’intensification de tous les liens sociaux. Or, la culture occidentale moderne et notamment néolibérale contemporaine, a ancré dans les esprit que liberté signifiait indépendance, des autres et des normes sociales. Une forme d’individualisme, d’affirmation de soi pour exister en propre indépendamment des autres, une forme libertaire et finalement égoïste de l’expression individuelle, aboutissant à une atomisation des individus, considérés séparément avec chacun son intérêt particulier. Une société d’hommes faite d’une juxtaposition d’individus indépendants, plutôt que d’individus liés entre eux. C’est là que réside une première erreur conceptuelle de cette culture occidentale néolibérale, un faux postulat selon l’auteur, car la liberté réelle ne signifie pas pour lui « indépendance » et par là isolement mais au contraire « une émancipation par des liens qui libèrent »,c'est-à-dire, d’après ce que j’en traduis, une liberté exprimant une prise de conscience et des choix personnels dans un environnement social qui passe par une immersion de l’individu dans des normes sociales, lui-même soumis à un conditionnement au sein de groupes, de communautés avec lesquelles il entretient des liens, prenant ses repères dans un système de référence et d’éducation, dont il pourra s’affranchir ou prendre de la distance après et grâce à cette immersion, à la manière d’un enfant qui, d’abord complètement sous l’emprise de sa mère, de ses parents, va progressivement s’en détacher en grandissant dans sa famille et en s’ouvrant progressivement à d’autres relations, d’autres groupes.

Différents cercles relationnels nous lient aux autres (famille, école-voisinage-amis, travail, associations, pays, religion, humanité dans son ensemble…), comme dans une spirale concentrique (p.198). Jacques Généreux décrit le délitement des liens auquel on assiste dans ces différents cercles mis chacun sous tension et contaminant les autres cercles de ses propres tensions. La spirale qui fonctionnait dans un sens ascensionnel, mue par une sorte d’énergie positive, s’est soudain fragilisée à partir des années 70-80 puis a inversé sa marche. Par exemple les tensions au sein de la famille, où l’enfant apprend à grandir et à s’épanouir avec des très proches, ont été favorisées par la poussée libertaire, la multiplication des divorces, l’introduction de la télévision dans les ménages, la plus grande permissivité, le relâchement de l’autorité parentale, notamment dans l’éducation des enfants devenue plus difficile,… Ces tensions se sont transmises à l’école, qui elle-même joue un rôle essentiel dans l’apprentissage du lien social, de notre rapport aux autres, lieu de confrontation à l’altérité, à la différence sociale et culturelle des individus. Les parents ont délégué une part de leur responsabilité et de leur autorité à l’école, la perte d’autorité s’et transmise aux professeurs, le délitement moral, la poussée libertaire, l’individualisme (l’enfant-roi, libre de ses choix) et l’utilitarisme grandissant d’un système de plus en plus asservi à la cause marchande, à la course aux diplômes, à la fabrication de producteurs-consommateurs aux ordres des marchés, plutôt qu’à la défense des valeurs républicaines et à la formation de citoyens intelligents (dont les marchés n’ont que faire !), a opéré une mutation des méthodes d’enseignement et même des programmes éducatifs : les moyens dévolus à l’école publique se tarissent, les sciences humaines et sociales non directement rentables sont dévalorisées, un semblant d’instruction civique n’est maintenue a minima que pour satisfaire une clientèle électorale qui exige un retour à l’ordre moral, alors que les entreprises privées de soutien scolaire fleurissent et sont cotées en bourse (dont seules les familles fortunées peuvent se payer les cours ou celles payant d’impôt sur le revenu bénéficier de déduction fiscale)… Les écoles publiques sont peu à peu remplacées par des entreprises de formation répondant aux attentes des marchés.

Pour Jacques Généreux, combattre le désordre moral suppose (p.234) :

1- une société décidée à replacer l’intérêt général du « bien vivre ensemble » au dessus de l’intérêt personnel,

2- une société disposée à investir en priorité dans l’éducation et l’accompagnement de ses enfants vers l’âge adulte et la citoyenneté.

Or, les politiques néolibérales font exactement l’inverse. Une phrase p.235 résume l’orientation de leur action : « les néolibéraux  détruisent l’idée même d’intérêt général en faisant l’apologie permanente de la rivalité et du mobile de l’intérêt personnel, en déployant un système économique qui fait exploser les inégalités et qui ne profite qu’à une minorité dominante, en sauvant les prédateurs qui déclenchent le crises financières, en mettant tous les moyens de la puissance publique au service d’intérêts privés. » Lorsqu’elles invoquent la morale, ou la « moralisation du capitalisme » (qui est par essence amoral, sans morale du tout), c’est pure hypocrisie, pour détourner l’attention du désordre social, c’est un vœu pieu non suivi d’actions.

Or, une politique inégalitaire, injuste, qui favorise même les inégalités et engendre la pauvreté et la précarité, qui mène ainsi au désordre social, au développement de la violence, physique, verbale et comportementale (incivilité), de la délinquance, etc., développe aussi la peur et donc le besoin d’ordre, de protection, de sécurité. C’est pourquoi les gouvernements de droite qui promeuvent ces politiques gouvernent en même temps par la peur et favorisent les lois sécuritaires, répressives. « L’Etat pénitence mange l’espace et les moyens de l’Etat providence ». L’Etat gendarme enferme au lieu d’éduquer, lamine les libertés publiques au lieu de les protéger. Il a parfois même intérêt à nourrir la peur et fabriquer de l’insécurité, comme l’a fait l’administration Bush en fabriquant de fausses preuves démontrant la présence d’armes de destruction massive en Irak (on pourrait ajouter l’exemple des Roms, du discours de Grenoble de N.Sarkozy, rebondissant sur un fait divers pour associer insécurité et immigration et justifier une politique sécuritaire et d’exclusion). Or la peur de l’autre et le repli de protection sur des petits cercles de proximité, famille ou à défaut bandes de copains, sectes, … favorise le communautarisme ethnique et religieux (la quête du religieux retrouvant son sens premier, celui de relier les hommes), plus d’ailleurs par souci identitaire que motivé par la spiritualité et la foi.

La régression politique, traduite par des politiques de moins en moins au service de l’intérêt général et de la défense des valeurs républicaines, a aussi profondément atteint son fondement : la démocratie. « La presse ne joue plus son rôle de contre-pouvoir, les médias sont devenus une industrie marchande et un instrument redoutable de conditionnement psychique et d’embrigadement des masses, un authentique pouvoir mais sans le moindre contre-pouvoir »… « Les citoyens sont devenus plus bêtes, moins informés et moins autonomes ! Abrutis par la télévision, anesthésiés par la surconsommation, mal grandis dans un système scolaire sinistré par des décennies de néolibéralisme »… « La raison et la démocratie sont devenus des obstacles au déploiement de la cupidité des marchands et des gestionnaires de capitaux ». D’ailleurs beaucoup de citoyens ne s’intéressent même plus à la politique où l’on carrément rejetée par découragement et par dépit, par écoeurement des manœuvres politiciennes, des mensonges, des manipulations. Ils désertent les urnes et boudent la démocratie.

Face à ce constat, Jacques Généreux appelle les citoyens à un réveil, à une nouvelle Renaissance, celle du progrès humain.

 

2- Pour une nouvelle Renaissance, celle du progrès humain

Le titre de ce chapitre est prometteur. Hélas, sa lecture est décevante car plus que des propositions constructives nous indiquant un chemin à suivre pour faire évoluer le système vers un nouveau modèle, il est surtout un réquisitoire à l’égard des gouvernements qui se sont succédés dans ces trente dernières années, à gauche comme à droite, particulièrement critique envers les « pseudo-progressistes », les socio-démocrates, qui ont entretenu les mythes, qui se sont accommodés de l’économie de marché et en ont accéléré les effets dévastateurs en favorisant la dérégulation. Nos élites gouvernantes sont-elles atteintes d’une forme de « paralysie de l’entendement, d’asthénie de la pensée, d’aveuglement absurde » ? Ou bien sont-elles soumises au service d’intérêts particuliers d’une élite dominante ?

Quelques extraits (cités entre guillemets) :

Même ceux qui se proclament de « gauche », au Parti Socialiste, « dénoncent les symptômes mais pas la maladie, sans contester le système lui-même ». « Ils stigmatisent quelques méfaits de la mondialisation du capitalisme, mais pas le capitalisme ». Pas seulement les pseudo-progressistes en France mais aussi les Démocrates aux Etats-Unis, les travaillistes britanniques et toutes la social-démocratie européenne, n’ont rien fait pour contrarier la Grande Régression. « Ils l’ont même aggravée en Europe, en soumettant les nations, comme jamais, au dogme de la libre concurrence et au pouvoir de la finance »… « La gauche ne vise plus à transformer la société en vue d’un projet d’émancipation original ; elle cherche d’abord à gagner les élections ; elle vise ensuite la croissance économique nécessaire pour étendre les droits sociaux et la protection sociale »…

« Ainsi, à gauche comme à droite, la prospérité économique et l’expansion de la consommation deviennent les clés du bonheur des individus et de la société »… Finalement le clivage entre droite et gauche n’est plus si déterminant : « la gauche veut profiter de la prospérité pour réduire les inégalités, alors que la droite croit que trop d’égalité économique tue la croissance. Mais ce ne sont finalement que des débats techniques d’économistes ou de sociologues, qui portent plus sur les moyens que sur la philosophie et la finalité de l’action politique ».

Il est temps de mettre fin aux mythes et aux faux dilemmes :

- le mythe que « grâce à la croissance économique favorisée par le système capitalisme, le libre-échange mondialisé dans la compétition, soutenu par une financiarisation de l’économie, les individus pourront un jour satisfaire leurs besoins à satiété » ;

- celui que « chacun, tout en défoulant ses pulsions prédatrices dans la concurrence, contribuerait involontairement mais sûrement à l’abondance générale et, partant, à l’harmonie sociale » ;

- celui de « l’harmonisation spontanée des intérêts privés par les échanges, la pacification de rapports sociaux et internationaux par le doux commerce et le libre-échange, le marché libre autorégulé et dispensateur de tous les bienfaits individuels et sociaux ;

- « le faux dilemme, artificiellement construit sur une erreur anthropologique qui oppose les liens sociaux à la liberté, qui oppose la société à l’individu. Il convient au contraire de construire la liberté des individus grâce à la qualité et la diversité de leurs liens sociaux » ;

- enfin « le piège de l’Europe, qui souffre d’une démocratie affaiblie par des traités qui permettent d’établir des politiques publiques supranationales où les lois européennes priment sur les lois nationales, des lois initiées par la Commission européenne sans que les citoyens aient le pouvoir de les contester ou de les influencer par leur vote, des traités européens qui ont constitutionnalisé les politiques néolibérales, la libre concurrence généralisée, la libre circulation des capitaux et donc les pleins pouvoirs pour le capital ».

« Dans les faits, le capitalisme productiviste et le marché libre n’engendrent ni l’abondance, ni l’harmonie sociale »… »L’impasse productiviste, au lieu d’atténuer le dilemme engendré par l’impasse individualiste, ne fait que l’accentuer. Face à la déliaison sociale engendrée par le culte de la marchandise et de la compétition, les sociétés humaines retombent toujours sous l’attraction d’une restauration quelconque des liens sociaux, sous une forme communautariste ou étatique ».

 

Que propose l’auteur ?

Quelques lignes en fin du livre à partir de la page 267 : Une « nouvelle émancipation de l’humanité qui passe par une refondation anthropologique de nos conceptions de la liberté et de la société ». Une redéfinition de la liberté, qui ne serait pas « un désir d’autonomie au sens strict mais celui d’être libre de se lier aux autres, libre de choisir les modalités de son interdépendance naturelle avec les autres »… « L’émancipation passant par l’interaction ouverte des cercles relationnels, par le remplacement de liens aliénants par des liens qui libèrent ». Cette émancipation n’étant pas un mouvement naturel de l’humanité ; c’est un projet politique, un projet de civilisation ».

Pour cela l’auteur proclame que « la nouvelle république doit bannir autant le repli communautariste que l’homogénéité totalitaire (…) et s’engager dans le renforcement de tous les liens ». Une « révolution démocratique » qui devrait abolir la dictature de l’instant, de l’opinion et des médias imbéciles ou inféodés, qui devrait également nous prémunir contre le carriérisme politicien …

Il conclut qu’ « il ne reste quasiment plus un seul grand parti politique qui s’oppose à la régression. « Les citoyens ont le choix entre ceux qui organisent la régression, ceux qui l’accompagnent, ceux qui la déplorent comme une regrettable fatalité et les néofascistes qui font commerce du dégoût inspiré par les précédents. Pour autant il existe toujours des forces minoritaires dont l’offre politique pourrait, en théorie, répondre à la nécessité de bifurquer vers un autre chemin ».

L’auteur estime montrer par ce livre qu’une autre voie est possible et accessible. Qu’il suffit de le décider par son vote. Il ne cite à aucun moment le Parti de Gauche, dont il est co-fondateur avec Jean-Luc Mélenchon, mais l’appel au vote est bien évident.

Cependant, je reste sur ma faim concernant la description de « l’autre voie possible ».

 

3- Conclusion : une suite du livre sur les propositions alternatives ?

J’ai suivi l’auteur au fil de sa démonstration, de son argumentaire, sur son diagnostic, son constat des dérives destructrices et des dysfonctionnements du modèle de société actuel, que l’on peut appeler « néocapitaliste », déterminé sur le plan économique par l’économie de marché libre et concurrentiel dans la mondialisation et par le pouvoir des actionnaires, des détenteurs du capital, dont le moteur est le profit à court terme.

Concernant l’argumentation des causes de ces dysfonctionnements, je ne suis cependant que partiellement convaincue par l’auteur : il me paraît abusif d’attribuer les dérives du système au principe de « libre-échange » lui-même, de même qu’au pouvoir du capital. Le problème réside plutôt dans l’abus de l’utilisation de cet outil, dans la qualité des détenteur de ce pouvoir, de ce capital et dans les intentions de son utilisation, dans la mutation d’un capitalisme entrepreneurial visant une utilité économique et sociale vers une nouvelle forme de capitalisme, le capitalisme financier aboutissant à une financiarisation de l’économie, à une déconnexion entre les actionnaires et les entrepreneurs, entre les intérêts d’actionnaires financiers et ceux de l’entreprise, de son utilité sociale). Ainsi j’attribue les dérives plutôt aux excès, au manque de régulation d’un tel outil, ainsi qu’à une déculturation, une déresponsabilisation citoyenne, à un délitement des valeurs qui forge le lien social et l’adhésion aux principes de solidarité, à des contraintes et normes sociales (et environnementales) au profit de l’intérêt général.

Par ailleurs, je ne pense pas contrairement à ce que proclame l’auteur, qu’il y ait une volonté machiavélique d’une élite organisée, consciente des effets destructeurs du système, à le perpétuer, à développer chômage, précarité et inégalités, uniquement à son avantage. Je trouve nauséabonde une certaine théorie du complot de domination du monde (Trilatérale, Bildeberg, Le Siècle …) qui fleurit sur les blogs, qui entretient la peur et l’esprit de vengeance. Je déteste qu’on stigmatise des populations en faisant des amalgames, désignant d’une façon manichéenne les « bons » d’un côté et les « méchants » de l’autre, désignant les coupables : les riches, les banquiers, les médias, les hommes politiques, etc., faisant naître ou croître l’esprit de vengeance dans l’esprit des populations en souffrance, qui trouvent un défouloir aujourd’hui sur Internet, demain dans la rue et dans les urnes par un vote populiste de rejet qui ne sera pas forcément un vote d’adhésion à une reconstruction positive.

J’ai trouvé en conclusion du livre des recommandations visant à  renforcer tous les liens sociaux et à redéfinir la notion de liberté, mais je n’ai pas trouvé les réponses en termes de modèle alternatif et d’actions concrètes pour y arriver. Faut-il abolir le libre-échange tant décrié ? Faut-il sortir de l’Europe, mais comment peser sur l’ensemble du monde, comment inscrire un modèle de société national différent dans la mondialisation ? En s’en protégeant (protectionnisme) ou en généralisant un modèle expérimenté d’abord dans notre pays ? Faut-il imposer une nouvelle gouvernance aux entreprises ou les inciter à une recomposition de leur actionnariat et à un nouveau partage de leurs profits (fiscalement, réglementairement,…) ? Concrètement, que répondre au chômeur, à l’étudiant qui peine à trouver un travail et un logement, à l’agriculteur ou à l’éleveur qui subit de telles baisse de prix du lait ou de la viande qu’il ne couvre même plus ses frais et ne peux plus vivre de son travail ? Que penseront-t-ils de recommandations sur un modèle de société qui vise simplement « l’émancipation par les liens qui libèrent » et la nouvelle définition de la liberté ?

Et surtout, la question essentielle : sur quelles valeurs appuyer le modèle idéal, donnant la direction du projet de société ? Espérons qu’un prochain livre de Jacques Généreux apportera des réponses à ces questions.

Notons que, même s’il ne le dit pas dans ce livre, certains mouvements politiques aujourd’hui encore minoritaires, en dehors du Parti de Gauche et du Parti Communiste, ont fait ce constat des dérives du système tout en formulant des propositions d’évolution importante du modèle, en repriorisant les objectifs. J’en vois principalement deux: les écologistes et le Mouvement Démocrate. Ce dernier, dans le courant de pensée humaniste et démocrate porté par François Bayrou, a entamé une profonde réflexion de reconstruction, de propositions de réorientation des priorités et des moyens d’actions, en partant justement des valeurs et en remettant l’homme, le progrès humain, au centre du projet. Il décrit les axes de ce modèle dans son projet humaniste.

Il appartient à toutes les formations politiques de définir leurs valeurs prioritaires, leur projet de société, avant de décliner un programme. Alors, il sera passionnant de faire un véritable débat public sur ce thème du modèle de société, et cela pourra redonner au citoyen l’envie de l’engagement politique et l’espoir d’un monde meilleur !

 

Merci en tout cas à Jacques Généreux pour son intelligente et passionnante contribution !

 

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