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26/12/2010

Après 2010 année de mensonges, 2011 sera-t-elle une année de vérité ?

Avant de démarrer une nouvelle année, il est sain de faire le bilan de l’année qui s’écoule et d’en tirer les conséquences, sur ce qu’il faut améliorer, sur l’orientation à donner des priorités.

Ce qui m’a frappée en 2010, c’est la profusion des mensonges, des fausses promesses du passé révélées non tenues, les faux a priori servant de surcroît à justifier une politique, enfin les mensonges par omission, les non-dits. Et la presse n’est pas étrangère à la diffusion des mensonges, notamment une presse mise au service du gouvernement et qui devient un outil de propagande, dérivant de sa mission d’origine. J’en cirerai quelques uns qui ont marqué l’année :

- Le bouclier fiscal, un véritable écran de fumée :

Initialement mis en place par le gouvernement Villepin à un taux de 60%, Nicolas Sarkozy a abaissé ce seuil à 50% en 2007. Objectif initial : lutter contre l'évasion fiscale et le départ de contribuables aisés à l'étranger. Or en mars 2009, la Cour des compte fait un rapport sur le bouclier fiscal, en notant les effets pervers et négatif sur les comptes publics. Ce rapport révèle que l'évasion fiscale a des conséquences marginales par rapport au coût du bouclier fiscal. Cet article montre aussi que la presse a traité très différemment l’événement pour faire ressortir une réalité différente selon les chiffres sélectionnés … Malgré la communication de Bercy cherchant à démontrer que le bouclier fiscal a bénéficié à des classes moyennes et a contribué à la baisse des exilés fiscaux, cet article de l’Expansion montre que ces vérités sont contestables : 10% des contribuables les plus riches bénéficient de 83% du bouclier fiscal. Comme le dit cet article de Les Echos, le gouvernement a dû admettre en avril 2010 que les départs ont été plus nombreux que le retour des exilés fiscaux. D’ailleurs, il est faux de prétendre que le critère de résidence des riches est déterminant pour la localisation des emplois, car les actionnaires peuvent investir dans des entreprises situées en dehors de leur pays de résidence !

- Le plan de relance : il a coûté plus que rapporté

Annoncé en décembre 2008 par Nicolas Sarkozy pour contrer la crise économique, le plan de relance, doté d’un budget de 26 milliards d’euros (34 milliards finalement sur 2009 et 2010), se voulait ambitieux et efficace. Or, un bilan en est dressé en septembre 2010 par la Cour des comptes (voir le résumé par mesure dans cet article de l’Expansion). La Cour des comptes estime que le plan de relance a coûté bien plus aux finances publiques qu'il n'a rapporté de croissance. Le verdict semble sans appel : l'impact sur la croissance du plan de relance serait d'environ 0,5 point de PIB sur 2009 et 2010, selon la Cour des comptes, très en deçà de son coût pour les finances publiques (1,4% du PIB).Il a cependant atténué les effets de la crise.

- Les paradis fiscaux : eh bien non, ce n’est pas fini !

Nicolas Sarkozy nous avait annoncé à la télévision le 23 septembre 2009 : «Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c’est terminé !». Or, comme le signale un article du Parisien du 7 décembre 2010, faisant référence à un rapport publié ce jour par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), les choses ont très peu évolué pourtant depuis l’éclatement de la crise financière, il y a trois ans. Soucieuses d’alléger leur comptabilité, de payer moins de frais de siège ou moins de droits de propriété, par exemple, les multinationales ont bien compris les avantages qu’offre l’implantation dans ces territoires à la fiscalité parfois opaque et continuent comme avant à en profiter. Depuis le 1er mars, les entreprises françaises implantées dans l’un des 18 paradis fiscaux référencés par le gouvernement sont passibles de sanctions financières. « Ces dispositions ne valent que pour les pays n’ayant pas de convention fiscale avec la France », remarque Jean Merckaert, auteur du rapport. En revanche, pas de sanctions, a priori, pour les entreprises implantées dans des pays ayant un accord de coopération avec Paris. « Et comme ces Etats sont incapables de fournir des informations fiables sur les sociétés établies sur leur territoire, ajoute Jean Merckaert, pour ces dernières, le risque est quasi nul. »

Il n’y a pas que les multinationales qui font de l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux ou Etats pratiquant de secret bancaire. Comme les affaires Bettencourt et Wildenstein l’ont révélé, c’est chose courante chez les grosses fortune et nous sommes frappés par l’inertie de l’administration fiscale à cet égard. Le fait que ces fortunes soient de grandes donatrices au bénéfice de l’UMP, du parti du gouvernement, n’est pas anodin … Nous sommes en plein conflit d’intérêt et le gouvernement continue de nier l’évidence de ces conflits d’intérêt !

Mais le plus fort, c’est que la France s’avère être elle-même un paradis fiscal pour les riches ! En effet, l’affaire Bettencourt a aussi dévoilé qu’il suffit de loger les revenus mobiliers (dividendes des titres de l’Oréal) sur une société Holding (Téthys), détentrice des actions, société détenue à majorité par le bénéficiaire final. Cette société n’est imposée elle-même qu’à 1,6% sur ces revenus et le bénéficiaire final (Liliane Bettencourt) n’est imposé sur ses revenus que des sommes qui lui sont reversées par la société écran pour ses dépenses personnelles. Elle est donc imposée sur ses dépenses et non sur ses véritables revenus. Elle bénéficie du bouclier fiscal, censé garantir une limitation de l’impôt à 50% des revenus, mais si l’on rapporte l’impôt finalement payé sur les vrais revenus reçus au travers de ces sociétés écrans, le taux n’est plus que de 9%, le même que sur un petit salaire, comme le décrypte le Canard Enchaîné (voir cet article de l’Expansion) …

- Wikileaks : ce que « Sarkozy l’américain » ne nous avait pas dit

La révélation des câbles des services secrets américains a eu l’effet d’une bombe à vérité, déclenchant des réactions extrêmes avec d’un côté ceux qui dénoncent par cette révélation une « dictature de la transparence », de l’autre ceux qui s’ébahissent de vérités dévoilées qui en fait pour la plupart étaient connues de tous … Ce qui est assez choquant et aurait dû faire plus réagir la presse et le monde politique (le journal Marianne l’a fait), c’est la révélation des visites répétées que faisaient Nicolas Sarkozy en 2005 et 2006, alors ministre de l’Intérieur, à l’Ambassade des Etats-Unis, pour critiquer devant des officiels étrangers la position diplomatique de la France, de son propre gouvernement, pour dénoncer le veto français à l’ONU et l’arrogance du président Chirac et du premier ministre Villepin contre la guerre en Irak, assurer par avance ses amis américains de son allégeance aux Etats-Unis s’il devient président de la République. Ses révélations m’ont profondément choquée car j’y ai perçu une forme de traîtrise, touchant la raison d’Etat. En effet, Nicolas Sarkozy a tenu sa promesse d’allégeance aux américains en effectuant ce virage atlantiste, en décidant de la réintégration de la France dans le commandement armé de l’Otan, alors que cette décision n’avait aucunement été annoncée dans son programme présidentiel. Comme une promesse non tenue, une telle position prise sans avoir été annoncée, ce non-dit, est une forme de mensonge à l’égard des Français.

- Le Mediator : combien de morts évitées si on avait dit la vérité plus tôt ?

Comme dans le cas du nuage de Tchernobyl, qui se serait par miracle arrêté à nos frontières, comme le scandale du sang contaminé, qui aurait pu aussi limiter les morts par une application plus précoce du principe de précaution, l’affaire du médicament Mediator révèle que les services publics ont continué à autoriser sa vente alors que d’autres pays d’Europe l’avait interdit plusieurs années avant et de surcroît également à autoriser son remboursement par la sécurité sociale alors que son efficacité contre le diabète n’était pas démontrée … Selon l’UNOCAM, les remboursements du médicament ont coûté 423 millions d’euros en 10 ans à l’Assurance Maladie et aux complémentaires santé, médicament qui pourrait avoir été responsable de la mort d’au moins 2000 personnes.

- L’Allemagne, modèle à copier pour sa compétitivité, son moindre coût du travail et pour sa fiscalité : encore des fausses idées !

Nicolas Sarkozy nous a d’abord vanté le modèle américain, ce pays de cocagne qui donne sa chance à chacun, où le mythe du self-made-man fait rêver, de la ruée vers l’or à Bill Gates, le pays de l’argent facile et de la société de consommation, de l’endettement décomplexé. Il se trouve que les études récentes (OCDE notamment) montrent que c’est un des pays où la pauvreté a le plus augmenté et où les inégalités se sont le plus creusées. Comme je l’écrivais récemment dans cet article « Après le rêve américain, le mythe allemand », Nicolas Sarkozy et François Fillon veulent à présent nous montrer le modèle allemand comme l’exemple à suivre pour retrouver la voie du succès, tant sur le plan économique que fiscal. Rappelant que le succès des entreprises allemandes, notamment à l’exportation, a été possible au prix de dix ans de stagnation des salaires, de charges sociales moindres qu’en France, expliquant leur meilleure compétitivité. Or comme le montre cet extrait de rapport sur les comptes de la Sécurité Sociale en 2010, les chiffres démontrent que le coût du travail est plus important en Allemagne qu’en France, en brut comprenant les charges sociales (+38%) comme en net (+6%), alors que leur productivité est moindre qu’en France. La raison du succès des entreprises allemandes est autre. De plus, le taux de chômage allemand reste élevé malgré sa balance commerciale positive (7,1% en mai 2010 contre 10% pour la France, 9,3% au 3ème trimestre).
Du côté fiscal, même discours en trompe-l’œil. Il y un mois, Nicolas Sarkozy expliquait aux Français qu’il fallait viser la convergence fiscale avec l’Allemagne. Dans cet objectif : rester compétitif et éviter les délocalisations. Après avoir justifié le bouclier fiscal à 50% en prétendant que l’Allemagne l’avait mis en place depuis 15 ans (ce qui était faux), pour retenir les riches créateurs d’emplois sur le territoire, Nicolas Sarkozy nous dit maintenant qu’après réflexion (mais surtout sous la pression non seulement de l’opposition et de l’opinion mais même de son propre camp politique), il justifie sa suppression en disant que ce bouclier fiscal n’existe pas en Allemagne depuis 15 ans. Loin de se déjuger, il prouve par là son précédent mensonge !).
En fait, à bien regarder les chiffres, les prélèvements obligatoires (taxes + charges sociales contraintes) sont plus élevés en France en % du PIB mais la part des prélèvements sociaux et de l'impôt sur le revenu dans le coût du travail est supérieure en Allemagne (52% contre 49,3%).

- Les banques françaises, injustement montrées profiteuses de la crise et rétives à financer l’économie

On entend couramment dire, et c’est repris par la presse, que l’Etat a donné de l’argent aux banques, que les banques ont réduit leur financement à l’économie, qu’elles font du profit injustifié sur le dos des clients en engrangeant des marges d’intérêt importantes, qu’elles maintiennent des taux d’intérêt élevés à l’égard de leurs clients alors que la liquidité est fournie à 1% par la BCE ou sur le marché interbancaire. Là aussi, il y a mensonges sur les chiffres et amalgames trompeurs, comme je l’ai souligné dans cet article récemment. La FBF (Fédération Française des Banques) vient de publier une brochure « Parlons clair » pour démontrer par les chiffres que d’une part le soutien de l’Etat aux banques françaises n’a rien coûté au contribuable et a même rapporté 2 milliards d’euros au budget de l’Etat (sans compter la nouvelle taxe bancaire qui a rapporté 1,3 milliards en 2009 et une nouvelle taxe qui rapportera 500 millions en 2011), d’autre part que les encours de prêts à l’économie ont augmenté de °3,6% (alors que le PIB augmentait de 1,4%) et que les taux d’intérêt français sont parmi les plus bas d’Europe (3,22% en moyenne).

Bien sûr je ne nie pas la part de responsabilité des banques dans l’origine et la propagation de la crise financière (notamment plutôt des banques américaines), je ne nie pas les méfaits de la spéculation financière, ni le caractère indécent et injuste des bonus mirobolants versés aux traders et aux dirigeants, bonus calculés sur un profit sans tenir compte du coût du risque, ce qui est anormal. Mais dénonçons en connaissance de cause, sur des faits réels et non sur base de fausses idées.

 

Pour conclure, ce que je souhaite avant tout pour 2011, de la part du gouvernement, des personnalités politiques, de la presse et des médias, c’est LA VERITE.

Comme le disait la philosophe Hannah Arendt, « l’exigence de vérité est en elle-même une œuvre d’action politique ». Souhaitons que la presse œuvre pour l’exigence de vérité, par sa curiosité et son investigation, qu'elle ait une action pédagogique dans l’analyse comparée des faits, des opinions, des expériences des autres pays.

Aujourd’hui, la presse relaie des informations déjà pré mâchées, des dépêches et des annonces, rapidement, l’une succédant à l’autre et faisant oublier la précédente, une information plus ou moins copiée sur l’autre. Peu de temps pour l’analyse, peu de temps pour la réflexion, pour la recherche des causes et l’évaluation des conséquences, peu de motivation pour la critique et la comparaison des vérités. Or la première tâche des journalistes est de fournir de l’information sur des faits justes et pas seulement l’information délivrée par les canaux officiels.

 

Les journalistes ont une responsabilité immense dans l’équilibre de la démocratie, l’information et la formation du peuple, dans la formation de sa conscience et de sa responsabilité, du discernement et de son sens critique, comme dans la gestion de sa déprime et dans la confiance de la société en elle-même et dans la politique. La manière dont ils couvrent les faits, en rendent compte ou au contraire les occultent, oriente le sentiment général de défiance ou de confiance, de confusion ou de clarté, de mensonge ou de vérité, de malaise ou d’harmonie.

 

J’ai aussi un message à destination des personnalités politiques : il faut redonner l’espoir sans pour autant bercer le peuple d’illusions. Il faut être optimiste sans cacher la vérité. Ne pas attendre passivement que la croissance revienne, en laissant croire que le plan de relance tout seul va être capable de créer des emplois sur fond de désindustrialisation et de délocalisation non seulement industrielle mais aussi des services, en entretenant l’illusion qu’un simple renfort de régulation va sécuriser les marchés dans la mondialisation. Il faut aller plus loin, à la source des maux. Ne pas laisser croire non plus que l’Etat peut tout prendre en charge, qu’on aura les moyens de financer toutes les mesures que le PS préconise dans ce document de 40 pages pour « l’égalité réelle », qu’il vient de produire et de valider sans le chiffrer, malgré les réticences exprimées par certains de ses représentants comme François Hollande et Manuel Valls, doutant de son réalisme.

 

Je vous souhaite donc à tous ESPOIR ET VERITE pour 2011 !

 

 

 

 

24/12/2010

Jolie carte de Noël interactive


Voici une jolie carte de Noël interactive en son et lumières à partager avec vos amis en cliquant sur ce lien : CARTE DE NOEL

Les textes sont en anglais et si vous avez des difficultés avec cette langue,il suffit,
- dans un 1er temps, de cliquer sur le lien ci-dessous, puis sur "carte de Noël"
- puis sur le timbre de l'enveloppe
- ensuite sur l...a plus grosse des boules de neige
- et d'assembler les boules pour en faire un bonhomme
- enfin, de cliquer sur le bonhomme de neige pour que les animaux le décorent. Et surtout, surtout, ouvrez bien vos yeux d'enfant !

13:29 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : noël, carte interactive |  Facebook | | |

23/12/2010

La vérité sur les banques et la crise

Il est vrai que les banques ont leur part de responsabilité de la crise financière :

- en particulier certaines banques américaines qui ont favorisé l’octroi de prêts immobiliers « subprime » à des populations insolvables mais en gageant ces prêts sur les biens achetés dont la valeur de cessait de monter du fait de la spéculation, puis ont titrisé ces prêts pour les revendre avec profit à d’autres banques et à des investisseurs, des fonds de pension ou des fonds spéculatifs,

- en second lieu les autres banques par manque de prudence, qui ont acheté ces produits titrisés, basant leur confiance sur les agences de notation, ignorant ou négligeant les alertes que certains économistes donnaient sur le risque de bulle immobilière,

- les banques irlandaises ont en plus subi leur propre bulle immobilière en Irlande : l’avantage fiscal accordé aux entreprises (taux d’impôt sur les sociétés à 12,5%, le plus bas d’Europe) ayant provoqué un afflux d’entreprises, favorable à l’emploi mais aussi en demande immobilière, qui a fait monter les prix artificiellement, donc aussi les prêts immobiliers, entretenant un bulle qui a éclaté dès que la crise est arrivée, déclenchant des faillites qui elles-mêmes ont mis en faillite des banques,

- la crise de la dette grecque a aussi été à l’origine d’une manipulation de chiffres de l’Etat sur les conseils d’une banque, Goldman Sachs, et c’est la découverte de la sous-évaluation de la dette publique qui a déclenché brutalement le réajustement, la spéculation, la montée des taux d’intérêt etc.

Mais les banques ne sont pas seules responsables : l’Etat américain, qui a favorisé les prêts subprime et la dette privée par la politique laxiste de taux d’intérêt très bas de la FED, les agences de notation qui ont attribué des notes sans tenir compte de certains risques et même en conflit d’intérêt car payées par les émetteurs des titres pour leur notation et aussi du conseil aux émetteurs, enfin la banque centrale et les régulateurs américains qui n’ont pas correctement encadré et réglementé les banques d’investissement et les agences de notation, ont laissé proliférer un marché de gré à gré sur les CDS sans prendre la mesure du risque systémique favorisé par ces produits par le fait de la contamination rapide des risques entre banques.

Si la crise vient des Etats-Unis et d’un manque de régulation dans ce pays, il faut cependant reconnaître qu’elle n’est pas seulement conjoncturelle, elle a aussi une origine structurelle. La crise des subprimes n’a été qu’un catalyseur, une étincelle sur le baril de poudre. Elle aurait pu arriver en Europe, comme il y a eu d’autres crises, par exemple en 2001 (bulle internet), ou encore suite au scandale Enron aux Etats-Unis.

Les banques sont en tout cas dans la ligne de mire de certains économistes et de certaines personnalités politiques les estiment responsables des crises, incapables d’assumer leur rôle d’intérêt public de financement à l’économie, voire les qualifient de vampires et de prédatrices saignant les entreprises et les particuliers pour s’enrichir au profit des actionnaires, des dirigeant et des traders. Certains souhaitent leur nationalisation (Joseph Stiglitz, Paul Jorion), voire même leur faillite afin que les Etats puissent les racheter à l’euro symbolique (Frédéric Lordon). D’autres ne vont pas jusque là et prônent une séparation capitalistique entre les activités de banque de crédit et de dépôt d’une côté et activités de banque de marchés et d’investissement de l’autre côté, ou une suppression des activités spéculatives des banques, de trading et d’investissement en compte propre, assorties d’un renforcement des fonds propres, d’un encadrement des agences de notation et des fonds d’investissement, ainsi que d’une généralisation des marchés organisés avec chambres de compensation pour remplacer les négociations de gré à gré des instruments financier dérivés, pour supprimer le risque de contrepartie et garantir la transparence, évitant le risque systémique. La réforme des marchés financiers aux Etats-Unis, engagée par Barack Obama, va d’ailleurs dans ce sens. L’Europe aussi, mais avec retard.

Certains chiffres abondent dans l’indécence et donnent raison à ceux qui dénoncent le vampirisme des banques et de la finance, nourrissant ainsi une haine grandissante du peuple à l’égard des banques ainsi qu’un discours politique anti-banque, anti-système, voire une théorie du complot des puissances financières dominant le monde et s’arrogeant des avantages sur le dos du bon peuple :

- malgré la crise, après avoir subi des pertes considérables, les banques ont renoué avec le profit (9 milliards d’euro en 2009, 2 milliards d’euros distribués en bonus),

- l’Etat français a apporté son aide et sa garantie aux banques, en renfort de fonds propres (prêts subordonnés ou participation au capital directe pour Dexia, BPCE et BNP) sans pour autant leur imposer en contrepartie son pouvoir de décision au conseil d’administration, qui aurait pu imposer une forte limitation des bonus, une obligation de plus prêter à l’économie et à des taux moins élevés,

- la BCE prête aux banques à un taux très bas, entre 1 et 2%, pour favoriser la liquidité, permettre aux banques de prêter à l’économie également à taux bas, alors que les banques préfèrent utiliser la liquidité pour acheter des titres de dettes publiques à taux élevé (dette grecque et irlandaise) tout en espérant la garantir de l’Europe sur ces titres (en fait ce sont surtout les fonds d’investissement qui achètent ces titres).

On entend couramment dire, et c’est repris par la presse, que l’Etat a donné de l’argent aux banques (on parle de chiffres considérables, mélangeant apport en capital, prêts, montants garantis,…), que les banques ont réduit leur financement à l’économie, qu’elles font du profit injustifié sur le dos des clients en engrangeant des marges d’intérêt importante, maintenant des taux d’intérêt élevés à l’égard de leurs clients alors que la liquidité est fournie à 1% par la BCE ou sur le marché interbancaire.

Aussi est-il important de rétablir une vérité des chiffres, ainsi que d’expliquer la formation du profit et des risques bancaires, pour juger en toute conscience et toute lucidité, sans se laisser embarquer par de fausses idées et par un langage populiste vengeur qui cherche le bouc émissaire pour un profit surtout électoraliste.

La FBF (Fédération des Banques Françaises) vient juste de publier une plaquette « Parlons clair » pour donner des chiffres concernant notamment les aides de l’Etat français aux banques et sur les financements des banques françaises à l’économie, en volume et en niveau des taux, ainsi qu’une comparaison avec les autres pays. Bien sûr, cette vision des chiffres, montrant les banques françaises comme vertueuses, fait un peu « propagande ». Elle occulte sans doute d’autres chiffres sur les risques pris par l’Etat en garantie de prêts aux banques (même si ces garanties sont rémunérées), sur les profits des banques et sur les bonus de certains (dirigeants, traders, spécialistes en courtage et banque d’investissement).

Cependant ces chiffres de la FBF sont exacts et disent en substance que les banques françaises :

- sont solides, parmi les plus solides d’Europe,

- n’ont pas coûté d’argent au contribuable (elles ont même rapporté 2 milliards d’euros à l’Etat). De plus, une nouvelle taxe bancaire sur les salaires a rapporté en 2009 1,3 milliard d’euros au budget public. En 2011, des taxes nouvelles s’ajouteront, comme la taxe bancaire sur le risque systémique, estmée à 500 millions en 2011 et 800 millions en 2013.

- financent l’économie : les crédits sont en progression en volume (+3,6% en 2010, alors que le PIB a augmenté de 1,4%, se répartissant en

o +5,6% pour les prêts aux ménages (1026 milliards d’euros) dont +6,8% pour les crédits immobiliers et +2,5% pour les crédits à la consommation,

o +1 ;1% pour les crédits aux entreprises (776 milliards d’euros) dont +4,9% pour les TPE/PME (188 milliards d’euros), sachant que 75% des PME françaises estiment avoir reçu l’intégralité des crédits demandés (contre 63% pour la moyenne européenne)

- pratiquent les taux d’intérêt les plus bas d’Europe :

o 3,22% en moyenne sur octobre 2010-12-23

o 3,01% en moyenne pour le crédit aux entreprises (3,38% sur les crédits nouveaux en moyenne européenne).

- sont un des premiers employeurs privés : 380 000 emplois en France, 30 000 recrutements/an ;

- améliorent en permanence les relations avec leurs clients, notamment en termes de :

o information claire sur les prix,

o prix des services bancaires modérés (dans la moyenne européenne), en baisse de -5,31% comparé à 2009,

o mobilité simplifiée pour permettre le changement de banque avec prise en charge des formalités de transfert,

o accessibilité des services bancaires aux plus fragiles, avec un compte et service de base gratuit, carte bancaire à autorisation systématique, développement du microcrédit.

 

Maintenant revenons à la question de la formation du profit des banques et expliquons pourquoi une banque fait du profit en temps de crise, de risques accrus, et en quoi ce profit n’est pas forcément distribuable, car doit être mis en réserve face aux risques.

Le profit, le bénéfice net après impôt, qui reste pour rémunérer l’actionnaire (dividendes) ou réinvesti dans la banque (mis en réserve, abondant le capital, les fonds propres), n’est pas un indicateur de rentabilité. C’est le rapport de ce profit sur les capitaux investi, le ROE (Return on Equity ou encore retour sur investissement) qui est l’indicateur de performance. S’il a fallu mettre beaucoup de capital pour renflouer les pertes passées ou anticiper les risques à venir, ce ROE peut être bas et démonter une faible rentabilité. Les règles prudentielles dites de Bâle imposent aux banques un niveau de capital minimum face aux risques mesurés statistiquement :

- risque de contrepartie ou de crédit, lié au risque de défaut des clients, aux faillites de ces derniers, à leur incapacité à honorer leurs dettes, mesuré en fonction de statistiques et du risque de signature du client ou de sa catégorie ; une banque fait payer dans le taux d’intérêt client un coût du risque statistique, comme le fait une société d’assurance au travers des primes d’assurances pour couvrir statistiquement le risque des dommages ;

- risque de marché sur les activités de trading ou de compte propre, mesuré selon des modèles, tenant compte de statistiques, de probabilités d’envol de cours ou de taux ;

- risque opérationnel lié aux erreurs de traitement informatique ou administratif, aux coûts judiciaires, etc.

 

Lorsqu’un opérateur bancaire fait un prix de crédit à un client, il obéit à une règle de manière à calculer une marge d’intérêt qui, ajoutée au taux de refinancement de base à court terme de la banque (auprès de la Banque Centrale), doit intégrer :

1- un coût du risque de contrepartie mesuré statistiquement pour ce client (perte attendue fonction du niveau d’exposition, de la probabilité de défaut, de la perte évaluée en cas de défaut) ;

2- un coût d’exploitation, de fonctionnement de la banque (en salaires, charges fixes ou variables,…) selon un barème dépendant du type d’opération, donné par le contrôle de gestion de la banque ;

3- un coût de liquidité, représentant ce que la banque doit payer sur le marché interbancaire ou financier pour se refinancer elle-même sur l’échéance de ce crédit ; il s’agit du coût des ressources global en plus du taux de base au fixing interbancaire, comprenant le coût du risque de contrepartie que la banque fait courir au marché en se refinançant sur cette échéance, indépendamment du niveau des taux du marché ; il comprend aussi les ressources à vue, ainsi une banque qui bénéficie de beaucoup de dépôts à vue non rémunérés a une ressource qui lui coûte le coût de gestion de ces dépôts.

Ce que la banque vise, c’est un ROE cible qui va satisfaire l’actionnaire (par exemple une rentabilité à 13%). Elle traduit ce ROE par client, par opération, en RAROC.

Ainsi, en période de risques élevés, quand le marché est pessimiste sur la capacité des emprunteurs à rembourser, les marges sont élevées et ceci pour toutes les banques qui utilisent les mêmes modèles. De même que la banque va budgéter un coût du risque en fonction de ces anticipations. Si les statistiques ont vu juste, que les modèles prévisionnels se sont avérés exacts, le profit de l’année suivante sera amputé du coût du risque.

Mais il y a là un biais : puisque ce n’est pas le risque initialement anticipé qui est pris en compte en comptabilité, mais un risque constaté, correspondant aux défauts de paiement constatés ou provisionnés sur une base tangible, il est possible que ce coût du risque constaté comptablement diffère du risque initialement anticipé et facturé au client. Si la banque a été trop pessimiste et a ainsi surfacturé ses clients, elle va constater un coût du risque moindre qu’attendu, tout en engrangeant quand même la marge, sans rendre l’argent au client, donc elle est gagnante et cela va augmenter son ROE. Si en revanche la banque avait été trop optimiste et que le coût du risque est plus important, la perte est pour elle. C’est ce qui s’est passé lors du déclenchement de la crise qu’elle n’avait pas vu arriver, que ce soit en termes de coût du risque de marché ou de coût du risque de contrepartie.

Pour faire face à cette procyclité, la banque devrait systématiquement mettre en réserve le gain réalisé entre le coût du risque réel et le coût du risque statistique dans les périodes fastes pour pouvoir l’utiliser pour les mauvaises périodes où l’inverse se produit, disposant ainsi d’un matelas, d’un fonds de réserve comme celui des sociétés d’assurance. Il faudrait aussi que comptablement elle puisse provisionner un risque statistique en plus du risque constaté, pour être plus en phase comptablement avec les règles prudentielles de Bâle (ce dernier point est prévu dans la réforme en cours de la comptabilité bancaire, prévue pour 2013).

En fait on peut même en conclure que les banques ont intérêt à ce que le marché soit toujours pessimiste, de manière à surmarger par rapport au risque réellement ensuite constaté !

C’est là qu’on comprend mieux le problème des bonus versés aux dirigeants et aux traders : ces bonus sont calculés sur le profit réalisé, sans tenir compte du coût du risque statistique. Donc même si les risques augmentent en même temps que le profit, les bonus croissent proportionnellement au profit. Si ensuite la banque est en perte pour risques mal anticipés, ce qui s’est passé avec la crise, les bonus dus contractuellement doivent être payés et les bonus payés dans le passé sont acquis, on ne peut pas les reprendre a posteriori. Ceci est une anomalie.

Maintenant venons-en à la question du rendement pour l’actionnaire de la banque. L’idée de l’actionnaire prédateur qui fait du profit sur le dos des clients de la banque peut être contredite par les chiffres. Ayant moi-même placé mes économies gagnées par mon salaire en épargne salariale du groupe bancaire mutualiste dans lequel je travaille, placé en actions dans la structure cotée en bourse de ce groupe, j’ai perdu pratiquement en valorisation de part la moitié de mes économies placées depuis 2003. Le cours de bourse est deux fois moins élevé qu’à son introduction en bourse. C’est le cas de tous les actionnaires qui ont fait le même placement …

22/12/2010

Rapport Odissée sur l’état social de la France : le lien social est un facteur de performance.

L’association Odissée vient de publier le rapport sur «l’état social de la France», (voir  cet article de LaCroix ).

Il est maintenant possible de commander le rapport intégral sur le site de La Documentation Française (27 euros).

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Ce rapport montre qu’il n’y a pas de véritable performance économique sans cohésion sociale.


 

En résumé :

- En matière de performance globale – économique et sociale-, la France ne se classe qu’au 8e rang des 27 pays européens ;

- On peut avoir un fort niveau de protection sociale et un faible niveau de lien social, ce qui est le cas de la France (ce qui ne m’étonne pas car il peut y avoir déresponsabilisation par délégation du social à l'Etat, renforçant le comportement individualiste) ; » L’État impulse tout et il y a une démission du citoyen ».

- la situation est très contrastée selon les territoires, les régions de France. Par ex l'Ile de France est au 1er rand en terme de performance et 20ème en termes de lien social. Explications intéressantes et comparaison avec les régions qui réussissent le mieux (Pays de Loire, Bretagne, Midi-Pyrénées, Alsace, Rhône-Alpes).

Enfin, cette étude est une véritable leçon de politique : alors que la droite priorise la performance économique et la gauche la solidarité, le lien social, le vivre-ensemble, selon un clivage libéralisme/socialisme, cette étude révèle que les deux sont très liés. La conscience et la responsabilité citoyenne et la valorisation de l’être et de la relation humaine, plutôt que celle de l’avoir et du paraître, sont essentielles pour arriver à des efforts communs et à un consensus priorisant l’intérêt général, redonner l’impulsion à la création, à l’inspiration, que ce soit dans le domaine de la recherche, de l’entreprise, des arts et de la culture. Pour y arriver, il faut repenser « le sens de notre société », de notre vivre-ensemble », en partant des valeurs. Le délégué général de l’association, Jean-François Chantaraud nous propose d’inventer la « sémiocratie », allant au-delà de la démocratie. « Il faut organiser une circulation et une mutualisation de l’information afin que chaque idée, chaque expérience, chaque savoir-faire et chaque énergie trouve la place qu’il mérite au profit de tous ». « Apprendre à bâtir des raisonnement collectifs dans lesquels chacun de reconnaît ».

Cette nouvelle forme de penser la société, de réfléchir ensemble pour construire un projet de société au service de l’homme, du développement humain, cela s’appelle l’humanisme. Cette troisième voie, différente du libéralisme incarné par la droite, fondé sur l’argent, le profit, et aussi différente du socialisme, incarné par la gauche, dont l’Etat a un rôle central tout en ciblant l’égalité. C’est cet humanisme qui caractérise le projet de société du centre, sortant de l’habituel clivage droite/gauche. Un centre qu’il ne faut pas voir superficiellement comme un ectoplasme volatil supplétif de la droite ou de la gauche, mais plus profondément sur les valeurs qu’il incarne et le nouveau projet qu’il propose. A condition d’être indépendant, de bien marquer sa différence et d’exprimer son projet, à condition d’être écouté plutôt que l’objet de dénigrement et de moqueries des médias, oui ce centre là peut devenir un socle offrant une alternative crédible et redonnant l’espoir.

Quelques extraits ci-dessous, repris des articles du journal LaCroix, en référence :

http://www.intelligencesociale.org/ressources/documents/2...
http://www.intelligencesociale.org/ressources/documents/2...
http://odissee.info/ressources/documents/20101220_LaCroix...

 

Ce rapport montre à quel point la cohésion sociale est le meilleur instrument de la performance économique. Le savoir-faire se nourrit du savoir-être ensemble. La bonne gouvernance (c’est le mot à la mode) a besoin de confiance, de participation, de subsidiarité… Une organisation du pouvoir trop centralisée est un frein aux initiatives. La négociation est indispensable.

Dans la comparaison européenne, la France, 8e, « Une position moyenne » occupée également par le Royaume- Uni et l’Allemagne, bien derrière les pays scandinaves, a encore des progrès à faire dans beaucoup de domaines. Au 12e rang seulement pour la performance économique, elle ne brille pas non plus par ses résultats en matière de lien social puisqu’elle n’occupe que la 8e place derrière, sans surprise, les pays scandinaves mais, plus étonnant, après également le Royaume-Uni ou l’Irlande.

Le résultat est sans appel : les pays les plus performants sont aussi ceux qui ont les meilleurs résultats sur le plan de la cohésion sociale. Et de ce point de vue, ce sont les pays du nord de l’Europe (Suède, Finlande, Danemark) qui arrivent en tête du palmarès, avec les Pays-Bas et l’Autriche. Des pays qui ont pour trait commun d’avoir un système de gouvernance reposant sur une démocratie sociale et locale très développée.

Dans les pays nordiques, elle se traduit par « un contrat social fondé sur un impôt élevé et des mécanismes de redistribution sociale nombreux », et aux Pays-Bas, par une tradition « toujours actuelle de participation élevée des partenaires sociaux dans la vie économique et sociale », remarque le rapport. « Il est intéressant de noter que les cinq pays qui arrivent en tête sont aussi ceux qui arrivent en première position pour le taux d’emploi des femmes ou les dépenses d’assistance aux personnes âgées. Ce sont des démocraties où l’on parvient à construire un consensus sur des enjeux sociétaux », commente l’un des auteurs. À l’inverse, la Grèce, où le lien au collectif est très distendu, se retrouve dans le bas du classement.

Quant à la France, elle bénéficie d’amortisseurs dans les périodes de crise et rebondit moins vite ensuite sur le plan économique. Le délégué général de l’association, Jean-François Chantaraud, explique que les conditions du débat y sont insuffisamment réunies, l’État impulse tout et il y a une démission du citoyen. La preuve, nous avons fait la réforme des retraites en six mois alors qu’en Finlande, ils ont mis quinze ans pour y parvenir. »

La situation est cependant contrastée selon les territoires. Le palmarès des 22 régions françaises place en tête les Pays de la Loire, la Bretagne et Midi-Pyrénées. Avec une exception, l’Île-de-France. Au 1er rang en termes de performance, elle ne se classe qu’au 20e rang en termes de lien social, infirmant ainsi la règle qui veut que les deux aillent de pair. Une position « atypique » qui s’explique pour des raisons historiques de centralisme et de concentration de tous les pouvoirs. Super-performante, la région parisienne est aussi celle où le lien social est le plus altéré, compte tenu de l’anonymat généré par la forte concentration urbaine, des durées de transports ou de la délinquance. Si l’on exclut ce cas particulier, les régions qui réussissent le mieux sont aussi celles où l’on vit le mieux. Elles se situent sur un axe centre-ouest – avec les Pays de la Loire, la Bretagne, Midi-Pyrénées, Limousin – et à l’extrême est du pays (Alsace, Rhône-Alpes). Des territoires qui ont en commun d’entretenir une relative indépendance à l’égard du pouvoir central. La recette résiderait là encore dans le mode de gouvernance. « Ce sont ceux où l’information circule facilement, où le débat public est le plus dynamique et où chacun s’implique plus qu’ailleurs dans la construction du collectif », analyse le rapport.

À cet égard, les Pays de la Loire sont l’exemple le plus probant. Dans cette région de tradition catholique, la culture de l’entraide et de la solidarité est très forte – c’est là que sont nées les mutuelles – et le territoire s’est développé de manière équilibrée autour de pôles urbains complémentaires dont aucun ne domine l’autre. Résultat : c’est une des régions où l’on trouve le plus de bacheliers, où il y a le plus faible taux de chômage, le moins de conflits du travail et d’arrêt-maladie, et où l’on vote le plus…

 

 

Tour de magie

Je viens de recevoir ce tour de magie, dont je vous fais profiter. Incroyable !

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18/12/2010

Après le « rêve américain », le « mythe allemand »

Il y avait « le rêve américain » (American dream), un mythe fait de l’idéalisation du « self-made man », de la réussite à la portée de tous, d’un succès dont les symboles sont essentiellement ceux de l’avoir et du paraître, la richesse matérielle, la fortune et aussi la notoriété, le vedettariat (Star system, pipolisation). Un modèle qui justifie les inégalités car elles sont supposées répondre logiquement à une sélection darwinienne de la loi du plus fort, les pauvres ne récoltant que ce qu’ils méritent. Un modèle où on fait la charité aux pauvres, par le bon vouloir des riches qui s’achètent une image de bienfaiteur de l’humanité, plutôt que par redistribution républicaine par l’impôt. Un mythe, car les espoirs et les croyances en ce modèle sont nourris d’illusions, comme je l’ai démontré dans une précédente analyse en février 2009, reprenant l’étude OCDE de fin 2008 et l’analyse de Jacques Mistral publié dans son livre « La troisième révolution américaine » en Août 2008 (avant la faillite de Lehmann Brother qui a enchaîné la grave crise financière) : Le Modèle Américain.

Je disais en conclusion :

« Le modèle américain, dans sa configuration actuelle en tout cas, basé sur la recherche du profit et sur l’illusion de la croissance pour tous et sur le mensonge de l’égalité des chances, est bel et bien générateur d’inégalités et a même accru la pauvreté, bien plus que dans les pays européens à niveau de vie similaire, pourtant dans le même contexte de mondialisation. Les politiques publiques à l’égard de l’enseignement et de la fiscalité, ainsi que la privatisation croissante du système de santé et de retraite, sont la cause de l’accroissement de ces inégalités.

Nicolas Sarkozy nous conduit progressivement au modèle américain qu’il admire tant, la France risque donc de reproduire ce creusement d’inégalités et de pauvreté. C’est la traduction malheureusement de sa politique actuelle : bouclier fiscal, suppression de droits de succession, franchises médicales et report des frais de santé de plus en plus vers des assurances privées, financement du RSA par les classes moyennes et pas les plus aisées, suppression de la carte scolaire (encore plus ghéttoïsante, néfaste pour l’égalité des chances)… »

Nous avons vu les folies du système américain, responsable à la fois des causes profondes du dysfonctionnement d’un modèle de financiarisation de l’économie, de plus en plus déconnectée de l’économie réelle, et du déclenchement de la crise financière, qui a contaminé la planète dans le contexte de globalisation financière et de mondialisation économique. Nous avons vu aussi ses conséquences sociales, notamment sur les classes moyennes et défavorisées, surtout du fait de ses faibles « amortisseurs sociaux ». Nicolas Sarkozy, qui enviait le modèle américain et nous avait vanté en avril 2007 le système américain des crédits hypothécaires rechargeables, gagés sur le bien immobilier acheté (autrement dit des subprimes), évite à présent d’en parler … Je signale que parmi les candidats à la présidentielle 2007, seul François Bayrou avait alerté sur les dangers de ce modèle, qui est en contradiction avec notre modèle républicain français. Il avait opposé les valeurs prônées ou sous-entendues par Nicolas Sarkozy dans son projet présidentiel aux valeurs humanistes, républicaines et démocrates qui sont les siennes. François Bayrou avait même justifié qu’il ne voterait pas Nicolas Sarkozy au second tour précisément pour ces raisons.

 

Maintenant nous entrons dans une nouvelle étape : celle du mythe allemand. Nicolas Sarkozy nous montre le succès économique allemand comme un modèle à suivre :

- sur le coût du travail, la durée du travail, les retraites,

- sur la fiscalité,

- cela commence aussi sur l’éducation (rythmes scolaires réduits)

 

Il est vrai que les Allemands se sont serrés la ceinture pendant les dix dernières années, sans augmenter leurs salaires. Il est vrai que le taux de prélèvements obligatoires (impôts +charges sociales contraintes) est bien moindre en Allemagne (37% en 2007) qu’en France (43%), la moyenne de l’UE se situant à 40%[1], notamment moindre sur les charges sociales patronales, supposées expliquer une meilleure compétitivité des entreprises allemandes, notamment à l’exportation. Il est vrai que les Allemands ont mis en place une « TVA sociale », reportant une partie des charges sociales patronales en 2007 sur la TVA, en l’augmentant de 3% (une partie seulement de ces 3% était du report de charges), ayant pour effet de renchérir le coût des importations et d’opérer une « dévaluation compétitive » baissant le coût des exportations (mais leur TVA est passée de 15 à 19%, donc s’est alignée quasiment à la France et à la moyenne de l’UE).

Cependant, Nicolas Sarkozy avait justifié le bouclier fiscal (le seuil passant de 60% sous le gouvernement précédent à 50%) en citant l’Allemagne, qui l’avait mis en place, mesure censée retenir les riches créateurs d’emplois sur le territoire. Vérification faite (par la Cour des Comptes notamment), ceci s’avère faux. Ce bouclier fiscal n’existe pas en Allemagne, de même que s’avère faux la croyance que la mesure allait faire revenir les riches expatriés ou empêcher le départ des riches, ce qui a été prouvé. Faux également de prétendre que le critère de résidence des riches est déterminant pour la localisation des emplois, car les actionnaires peuvent investir dans des entreprises situées en dehors de leur pays de résidence ! Loin de se déjuger, Nicolas pousse l’audace et l’aplomb jusqu’à justifier maintenant l’abandon programmé du bouclier fiscal, sous la pression populaire et politique y compris dans ses propres rangs, en nous disant que les Allemands eux-mêmes y ont renoncé (ce qui prouve par là son précédent mensonge !).

 

Maintenant attachons-nous à la réalité, aux chiffres, sur le coût du travail. Dénonçons les fausses idées circulent sur le coût du travail, la productivité et la compétitivité comparés entre la France et l'Allemagne.

Voici une étude chiffrée récente (résumée sur 4 pages) comparant La France et l'Allemagne (ainsi que d'autres pays de l'OCDE) en coût de main d'oeuvre et de prélèvements obligatoires, charges sociales et impôts. Il s'agit d'un rapport à la Commission des comptes de la Sécurité sociale qui date de juin 2010 :
http://www.securite-sociale.fr/comprendre/dossiers/compte...

Les salaires bruts sont 34% en moyenne plus élevés en Allemagne qu'en France. En net de charges et d'impôt sur le revenu, l'écart se réduit car les prélèvements sont plus élevés en % en France, mais restent encore 6% supérieurs.  La réduction de l'écart tient à l'importance relative plus grande des prélèvements patronaux en France et de l'impôt sur le revenu en Allemagne. Au final, le niveau supérieur du salaire moyen et du coût annuel du travail en Allemagne ne semble pas justifié par une productivité supérieure du travail et n'est que partiellement lié au nombre d'heures travaillées (d'après l'OCDE, le PIB par heure travaillée est plus élevé en France qu'en Allemagne (96,2% du niveau des Etats-Unis pour la France contre 91,4% pour l'Allemagne).

L'article comprend un passage intéressant sur la politique allemande de compétitivité et la dévaluation compétitive opérée par le transfert d'une partie des charges sociales sur la TVA en 2007 (+3%). Ce coût a été transféré des entreprises vers les ménages, ponctionnant donc leur pouvoir d'achat. Mais l'Allemagne partait d'un taux de TVA beaucoup moins élevé que le nôtre (16%)  et arrive maintenant à 19%.

 

En conclusion :

- le coût du travail est plus élevé en Allemagne, en brut commet en net,
- les charges sociales patronales sont plus élevées en France mais les charges sociales salariales sont plus élevées en Allemagne et donc au final les salaires allemands sont plus élevés en moyenne pour permettre aux salariés de payer leur couverture sociale, avec aussi plus de recours à des complémentaires privées santé et retraite,
- les prélèvements obligatoires sont plus élevés en France en % du PIB mais la part des prélèvements sociaux et de l'impôt sur le revenu dans le coût du travail est supérieure en Allemagne (52% contre 49,3%),
- la productivité (PIB/heure travaillée) est en moyenne meilleure en France qu'en Allemagne,

- ajoutons que malgré le succès économique de l’Allemagne en termes de croissance et d’exportations qui soutiennent cette croissance, les chiffres du chômage ne sont pas bons (7,3% en 2008, au 20ème rang, contre 7,8% pour la France).

- ce qui justifie le succès incontestable des entreprises allemandes à l’exportation, surtout vers les pays émergents dans le secteur spécialisé des machines outils, ceci malgré le renchérissement de l’Euro face au dollar et au Yuan, donc malgré la cherté relative des marchandises, c’est une expertise industrielle, c’est la haute qualité des produits, peu sensibles à la concurrence.

Dans la mesure où Nicolas Sarkozy veut faire baisser les charges sociales au motif que nos entreprises sont moins compétitives que les entreprises allemandes de ce fait, je pense que ces chiffres sont très éclairants et qu'il faut d'abord combattre les fausses idées !

Là aussi François Bayrou nous a avertis sur ces fausses idées au sujet de l’Allemagne, dans son discours au Congrès du Mouvement Démocrate du 12 décembre 2010, que je vous invite à lire ou à écouter. Il nous dit :

« Il y a une campagne en cours qui objecte que les Allemands réputés vertueux n'ont pas augmenté leur coût du travail depuis 10 ans, alors que chez nous, c'est près de 30 pour cent d'augmentation du coût du travail que nous avons eu depuis 10 ans. Je prends ces chiffres avec précaution, car je crois, comme disait Disraéli qu'il y a trois degrés dans le mensonge : le mensonge, le satané mensonge et les statistiques !

Mais il y a une campagne en cours. Avant-hier, il y avait pas moins de trois articles de fond sur ce sujet dans les journaux économiques qui disaient cela avec des courbes qui montraient le gouffre qui était en train de se creuser. On expliquait que c'était pour cela que l'on perdait tout.

En réalité, quand on fouille, et je vous propose de vérifier cette objection, on s'aperçoit que le coût du travail français reste du même niveau ou légèrement inférieur à celui du travail allemand. Il est vrai que, en France, les cotisations patronales sont supérieures à ce qu'elles sont en Allemagne, mais le salaire direct, celui que perçoit réellement le salarié est inférieur chez nous. Au total, le coût d'une heure de travail est donc plus bas en France qu'en Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, au Danemark, en Suède et au Luxembourg. Et la productivité est supérieure chez nous puisque nous avons, à l'heure de travail, la plus haute productivité du monde !
»

 

Maintenant examinons la fiscalité allemande comparée à la France.

Il y un mois, Nicolas Sarkozy expliquait aux Français qu’il fallait copier la fiscalité allemande. Avec ce but : rester compétitif et éviter les délocalisations. François Fillon a constitué un groupe de réflexion sur ce thème. Le 8 décembre sur France Inter, au 5/7 avec Audrey Pulvar, Romain Gubert, journaliste au Point, revient d'Allemagne et fait part des fausses idées de N.Sarkozy sur la fiscalité allemande et de l'étonnement des Allemands. Voici le lien sur sa chronique : Le modèle de la fiscalité allemande, pour le meilleur et pour le pire.

 

Romain Gubert nous dit que les Allemands étaient très étonnés des déclarations de Nicolas Sarkozy vantant la fiscalité allemande. Leur système est très compliqué, la déclaration d’impôt que remplissent chaque année ses concitoyens fait 24 pages. « Chaque land, chaque commune, peut faire à peu près ce qu’il veut en matière fiscale. Savez vous que les propriétaires de chien en Allemagne payent une taxe ? Savez vous qu’à chaque fois que vous buvez une bière, c’est une taxe spéciale ? Et le tout à l’avenant. D’ailleurs, un Allemand sur deux utilise les services d’un « conseiller fiscal » pour l’aider à s’y retrouver. C’est dire ! ».

« - Mais tout de même, il n’y a pas d’ISF en Allemagne, ni de bouclier fiscal. Et c’est pour cette raison que Nicolas Sarkozy regarde vers l’Allemagne.

C’est exact. Les Allemands n’ont ni ISF, ni bouclier fiscal depuis une dizaine d’années. Et d’ici le mois de juin, Nicolas Sarkozy rêve de se débarrasser de ces deux boulets politiques en créant une taxation supplémentaire sur les revenus du capital.

Problème : les impôts français sont, avant la réforme, plus élevés ici qu’Outre-Rhin. Nos prélèvements obligatoires sont supérieurs. Notre TVA est plus élevée. En fait, de leur coté, nos amis allemands n’ont aucune envie d’harmoniser leur fiscalité avec la nôtre. Ils ne veulent pas entendre parler de convergence. Comme si finalement, le rêve de Nicolas Sarkozy était à sens unique. »

J’en viens maintenant à l’éducation, surtout après la parution de l’étude PISA le 7 décembre dernier qui montre que la France est située au 22ème rang et a nettement rétrogradée depuis l’an 2000 (voir cet article du Monde). En compréhension de la lecture, les élèves français chutent de 9 points et de 6 places, passant de la 12e à la 18e places en dix ans. La France est en chute sur les mathématiques. L’école ne joue plus son rôle d’ascenseur social. L'Allemagne, derrière nous il y a dix ans, s'est ressaisie et nous passe devant en lecture, en sciences et aussi en mathématiques. J’ai lu la semaine dernière que Luc Chatel voulait s’inspirer de l’Allemagne en progression, remarquant notamment que leur rythme scolaire est très différent, les Allemands consacrant la matinée aux cours et l’après-midi aux sports, aux arts, aux activités culturelles et aux loisirs. Il se trouve que au même moment, les Allemands veulent se rapprocher du modèle français, car ils se sont rendu compte que ce rythme nuisait à l’égalité des chances et à l’ascenseur social : alors que les familles modestes envoient leurs enfants faire du foot l’après-midi, les familles aisées profite du temps libre pour faire donner à leur enfants des cours de soutien scolaire, qui sont onéreux. Il s’ensuit une différence notable de niveau des enfants selon leur origine sociale.

Sur l’éducation, l’Allemagne n’est donc pas forcément le meilleur modèle, même s’il est indéniable que nos rythmes scolaires trop chargés, trop soutenus, saturent les esprits de nos enfants et sont peu propices à l’épanouissement personnel et culturel…

 

Cependant, ces observations n’ont pas pour but de dénigrer le modèle allemand, car certains aspects de ce modèle sont à leur envier. Le dynamisme de leurs entreprises, le tissus industriel de leurs nombreuses PME qui maillent le territoire, la décentralisation territoriale et l’équilibre des régions, la puissance des syndicats et de la négociation entre le patronat et les partenaires sociaux, l’importance des corps intermédiaires et enfin leur modèle politique bien plus démocratique qu’en France en termes de représentation des partis (50% de proportionnelle pour les élections des députés pour les partis ayant obtenus plus de 5% des voix). Le capitalisme rhénan est aussi intéressant et assez proche de notre modèle français (sauf sur l’aspect syndical). Il se caractérise par (cf Wikipedia) :

  • un rôle important des grandes banques et une relativisation du rôle de la bourse dans le financement des entreprises,
  • une vision à long terme appuyée sur ce mode de financement et sur un système de partenariat avec les clients, fournisseurs et employés,
  • un partenariat entre de puissants syndicats patronaux et salariaux qui limite aussi bien les conflits du travail que les interventions directes de l'État dans la vie des entreprises,
  • un système de protection sociale très développé,
  • une politique de stabilité monétaire gérée indépendamment des gouvernements.

 

Après ces observations sur le rêve américain et le mythe allemand, je vous propose de revenir au modèle républicain français et aussi de regarder attentivement le modèle social nordique, combinant lien social, civisme et performance économique, comme l’atteste l’intéressante étude ODIS, qui vient de paraître(voir cet article de LaCroix), le rapport sur «l’état social de la France», comparé aux pays de l’UE et aussi entre régions françaises, et qui sera l’objet de mon prochain billet.



[1] voir ce rapport du Sénat qui doit dater de 2007 et aussi extrait du rapport fait dans le cadre de la PLF2010 : http://www.performance-publique.gouv.fr/fileadmin/medias/...

11/12/2010

François Bayrou pour le "Parti de La Fontaine"

François Bayrou fait souvent référence aux fables de La Fontaine, qu'il adore et connait presque toutes par coeur. Beaucoup de circonstances de la vie politique actuelle trouvent en ces fables une illustration, démontrant à la fois leur puissance et leur actualité. A tel point que François Bayrou propose de créer le PLF, le "Parti de la Fontaine".

Invité de l'émission "Vivement Dimanche" le 5 décembre 2010, il a récité avec talent la fable "Le loup et le chien", qui traduit parfaitement sa position politique : il préfère être le loup, affamé mais libre, que le chien bien nourri, qui a la faveur de ses maîtres, leur obéissant, mais privé de liberté, attaché la corde au cou. Jean-Louis Borloo et Hervé Morin, comparés à lui, sont des chiens, ce qui n'est pas sans rappeler le cynisme politique (Le terme « cynisme » provient du grec ancien κύων / kuôn, qui signifie "chien"). Je ne résiste donc pas à vous passer l'extrait de cette émission.


loup3
envoyé par ddruze. - L'info video en direct.

François Bayrou a également fait référence à la fable "Les animaux malades de la peste", citant la phrase finale : "Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir." l'illustrant de multiples exemples concrets et vécus, notamment :

-  la campagne présidentielle de 1995 :  les comptes de campagne de Chirac et de Balladur n’auraient pas dû être validés par le Conseil constitutionnel, mais ils le furent car il n’était pas « pensable » de ne pas le faire, alors même qu’un petit candidat, Jacques Cheminade, avec 0,28% des voix, fut ruiné par cette campagne.

- Liliane Bettencourt a pratiqué l'évasion fiscale à grande échelle (Iles d'Arros), n'est pas inquiétée, est censée "régulariser sa situation" sans tracas, alors qu'une femme de ménage qui n'a pas déclaré 8 heures de ménage devra rembourser 3000 euros et plus en pénalités,...

J'ai trouvé très bonne l'idée de ce Parti de La Fontaine. Cela permet  de remoraliser la politique avec humour, sur des références que connaissent les gens, sans être un moraliste austère et ennuyeux. Comme j'aime composer des fables et en ai revisité une de La Fontaine, "Le Corbeau et le Renard", transposée en "Leuro et le dollar", je la propose ci-dessous à ce nouveau parti. J'ai aussi composé la petite fable "Arx Tarpeia Capitoli Proxima" à l'attention des centristes qui ont quitté le MoDem pour prendre des postes de ministres, comme les chiens dont nous venons de parler.

 

L'EURO ET LE DOLLAR

Maître Euro, sur Reuters coté, pavoisait au certain sur les pages
Le Dollar, se sentant de côté, lui tint à peu près ce langage :
Eh bonjour Monsieur de l'Euro !
Comme vous êtes joli, comme vous me semblez beau !
Si votre figure sur cette page se rapporte à votre noble image,
Vous êtes sans mentir phénix des monnaies avant moi !
A ces mots, l'Euro ne se sent plus de joie,
Et tout à son comble ravi,
Il ouvre un large spread et laisse tomber son prix.
Le trader s'en saisit et dit :
Mon bon ami, tout trader vit au dépens de ceux à qui il coûte,
Cette leçon vaut bien quelques ticks sans doute.
L'Euro, honteux et confus, jura, mais un peu tard, qu'on ne le collerait plus.

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ARX TARPEIA CAPITOLI PROXIMA

Tous ceux-là, malgré la réception des honneurs,
Devraient méditer sur ce bel antique adage
Qui rappelle que nul même sous projecteurs
N'est à l'abri d'une chute après les hommages :
Le "Arx tarpeia Capitoli proxima " :
"La Roche Tarpéienne est près du Capitole"
Voilà ce dont prévient, maxime a minima,
Que même la tête des vrais preux dégringole.

L'adulé d'aujourd'hui peut être honni demain,
Quand le banni d'hier a aujourd'hui la main !

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LE LOUP ET LE CHIEN


Un Loup n'avait que les os et la peau ;
Tant les Chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers.
Mais il fallait livrer bataille
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
Il ne tiendra qu'à vous, beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? Rien d'assuré, point de franche lippée.
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi ; vous aurez un bien meilleur destin.
Le Loup reprit : Que me faudra-t-il faire ?
Presque rien, dit le Chien : donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son maître complaire ;
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
........Sans parler de mainte caresse.
Le loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant il vit le col du Chien, pelé :
Qu'est-ce là  ? lui dit-il.  Rien.  Quoi ? rien ? Peu de chose.
Mais encor ?  Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ?  Pas toujours, mais qu'importe ?
Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.

---

LES ANIMAUX MALADES DE LA PESTE

 

Un mal qui répand la terreur,

Mal que le Ciel en sa fureur

Inventa pour punir les crimes de la terre,

La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom),

Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,

Faisait aux animaux la guerre.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :

On n'en voyait point d'occupés

A chercher le soutien d'une mourante vie ;

Nul mets n'excitait leur envie ;

Ni Loups ni Renards n'épiaient

La douce et l'innocente proie.

Les Tourterelles se fuyaient ;

Plus d'amour, partant  plus de joie.

Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,

Je crois que le Ciel a permis

Pour nos péchés cette infortune ;

Que le plus coupable de nous

Se sacrifie aux traits du céleste courroux ;

Peut-être il obtiendra la guérison commune.

L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents

On fait de pareils dévouements :

Ne nous flattons  donc point ; voyons sans indulgence

L'état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons

J'ai dévoré force moutons ;

Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense  :

Même il m'est arrivé quelquefois de manger

Le Berger.

Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense

Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi

Car on doit souhaiter selon toute justice

Que le plus coupable périsse.

Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;

Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;

Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce.

Est-ce un péché ? Non non. Vous leur fîtes, Seigneur,

En les croquant beaucoup d'honneur;

Et quant au Berger, l'on peut dire

Qu'il était digne de tous maux,

Etant de ces gens-là qui sur les animaux

Se font un chimérique empire.

Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.

On n'osa trop approfondir

Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances

Les moins pardonnables offenses.

Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples Mâtins ,

Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L'Âne vint à son tour, et dit : J'ai souvenance

Qu'en un pré de Moines passant,

La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense

Quelque diable aussi me poussant,

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.

A ces mots on cria haro  sur le Baudet.

Un Loup quelque peu clerc  prouva par sa harangue

Qu'il fallait dévouer ce maudit Animal,

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !

Rien que la mort n'était capable

D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de Cour  vous rendront blanc ou noir.

 

 

 

 
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