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27/06/2011

Le faux procès de l'Europe

Europe drapeau gonfle.jpgLes arguments ressassés par la gauche de la gauche antilibérale (de même d’ailleurs que par l’extrême droite et la droite souverainiste) pour justifier une nécessaire sortie de l’Union européenne, voire de l’euro, ou un dénigrement très virulent des institutions européennes, sont les suivants : la politique européenne est trop libérale, prône la priorité du libre-échange sur le reste, sur les considérations sociales (services publics, droit des travailleurs, …), aboutit au moins disant social en comprimant les salaires vers le bas (le Front national ajoute en prime le laxisme volontaire de l’Europe en termes d’immigration en vue de comprimer encore plus les salaires vers le bas par une concurrence accrue de main d’œuvre bon marché). De plus, cette Europe est une Europe construite par des élites contre les citoyens, élites constituant une oligarchie dominante, privant les nations de leur souveraineté nationale, alors que la nation est le lieu privilégié de la démocratie des peuples. Donc cette institution supranationale n’est pas démocratique. De plus, l’exemple du référendum de 2005 sur le traité de réforme constitutionnelle où le peuple a voté non, suivi en remplacement par un vote d’approbation par le Parlement du traité de Lisbonne, substitué à l’initial traité, constitue un argument supplémentaire pour dire tout le mépris affiché par nos dirigeants envers le peuple français.

 

Ce langage est qualifié de « populiste » car il prétend parler au nom du peuple dans l’intérêt de ce dernier. Le terme « populiste » évoque aussi dans le langage courant, d’une manière assez péjorative, une intention démagogique, c'est-à-dire l’intention de séduire, voire de manipuler le peuple, en lui délivrant un langage simple qu’il aime entendre, dans lequel il se reconnaît, qui s’accompagne souvent de la désignation de boucs émissaires (les élites, la classe politique dirigeante, les immigrés, …). Je me méfie de l’opprobre jeté facilement sur les personnalités politiques qui tiennent ce langage, car je pense qu’elles ne le font pas forcément dans une intention démagogique, calculée, simplement pour récolter des voix. Elles peuvent être sincères, qu’il s’agisse de Marine Le Pen, de Nicolas Dupont-Aignan ou de Jean-Luc Mélenchon. Utiliser ce terme pour les qualifier péjorativement dénote un mépris à l’égard des électeurs séduits par leurs idées, renforçant la méfiance ou l’agressivité de ces derniers, et ne les invitent pas à être attentifs à un discours alternatif démonstratif visant à expliquer pourquoi ces théories sont mensongères. Ecoutons-nous plutôt les uns les autres de manière apaisée et enrichissons le débat en argumentant sur le fond !

 

L’Europe, c’est un rassemblement de nations qui ne se substitue pas aux nations. C’est un niveau d’organisation propre à traiter des sujets internationaux que la nation ne peut et ne sait traiter seule (normalisation des échanges, projets communs, négociations internationales, monnaie commune, …). C’est un moyen et non une fin, c’est un outil, un contenant, et non une politique, un contenu. Si l’Europe a poursuivi une politique libérale de libre-échange et a trop fait primer la concurrence sur la protection de nos emplois et de nos services publics, c’est parce que les représentants de cette Europe, qui décident de la politique, parlementaires comme dirigeants du Conseil (ministres), ont décidé cette politique. Ces dirigeants ont été élus par les peuples d’Europe, démocratiquement, qu’il s’agisse des députés européens élus à la proportionnelle (système plus démocratique qu’en France) ou des gouvernements nationaux qui forment le Conseil européen et désignent les commissaires européens.

 

Il est donc abusif de prétendre que l’Europe s’est faite contre le peuple, déniant la démocratie. Ceux qui récusent l’Europe et les institutions européennes, donc le contenant, parce qu’ils ne sont pas d’accord avec la politique suivie par cette Europe, le contenu, commettent donc une erreur de jugement, de logique. Même le philosophe Michel Onfray est tombé dans ce piège (voir sa tribune pages 78-89 dans le journal Marianne n° 740 de cette semaine paru le 25 juin 2011), accusant le think-tank Terra Nova et les sociaux-démocrates qualifiés de « gauche de droite » : « Ceux-là font leur thèse hégélienne à souhait : pour en finir avec le pire, il faut accélérer le pire, c'est-à-dire ne pas se soucier du peuple, célébrer « l’identité nationale intégratoire » et accélérer ce sui nous conduit dans le mur : l’Europe, encore l’Europe, toujours l’Europe, encore plus d’Europe … Si j’étais Marine Le Pen, je ferais de ces intellectuels des membres d’honneur du Front national ».

 

Michel Onfray est-il à ce point aveugle ? Ne réalise-t-il pas que Marine Le Pen utilise justement les mêmes arguments sur l’Europe que lui, que la gauche de la gauche ? Ne se rend-il pas compte, lui philosophe, qu’il commet un paralogisme*, en désignant le contenant alors qu’il conteste le contenu, comme si l’on cassait les assiettes après un repas jugé pas à son goût, et de surcroît en accusant le chef de cuisine alors que c’est lui, le client, qui a choisi le menu ?

 

Il ne faut pas se tromper d’ennemi, ni de combat. La structure supranationale Europe est utile, indispensable dans la mondialisation. Elle ne remplace aucunement les nations, comme la nation ne remplace pas la région. Les institutions européennes sont affaiblies car la gouvernance n’a pas été au bout de la logique fédérale prévue initialement. On a fait l’Europe des marchés et une Europe monétaire sans gouvernance économique. Il n’y a pas eu suffisamment de contacts et de pédagogie auprès des citoyens européens, rendant cette Europe lointaine et incompréhensible. Souvent, pour mieux se défausser de leurs propres responsabilités, les dirigeants de pays européens désignent cette Europe et ses lois comme responsables des maux, alors qu’ils ont voté eux-mêmes les lois en question, oubliant de rappeler combien cette Europe et l’euro ont aussi protégé les citoyens d’autres fléaux : inflation, pouvoir d’achat, commerce extérieur (70% au sein de l’Union), combien la facilitation des exportations a développé l’emploi en parallèle de la facilitation des importations, qu’il serait dangereux (en dehors de mesures réciproques et équitables) de limiter les importations sans s’exposer à des mesures de rétorsion en retour sur nos exportations, donc sur nos emplois. Quant à la politique libérale, il appartient aux électeurs européens d’en changer démocratiquement s’ils jugent que cette politique ne tient plus. Ce fut d’ailleurs le gros défaut du traité constitutionnel, outre d’être incompréhensible, de mélanger du contenant (constitution, gouvernance) et du contenu (priorité aux marchés et à la concurrence). Mais cela doit se faire par le vote à l’élection présidentielle comme par le vote aux élections européennes sur un contenu de projet politique que l’on souhaite voir soutenu au niveau européen, plutôt que par un rejet de l’Europe en renversant la table !

* Un paralogisme est un raisonnement faux qui apparaît comme rigoureux, mais où le locuteur est de bonne foi, contrairement au sophisme pour lequel il y a une volonté de tromper. Le paralogisme est un antonyme de syllogisme. Dans la Critique de la raison pure, Kant a identifié les paralogismes comme étant des illusions de la raison.

Commentaires

J'ai du mal à comprendre comment vous pouvez mettre sur le même plan Dupont-Aignan, Le Pen, Onfray et Mélenchon et "la gauche de la gauche" dont vous ne citez aucun membre, ce qui pourrait laisser à penser que vous y incluez Mélenchon alors qu'à sa gauche se trouve NPA ou Lutte Ouvrière, qui ont des discours diamétralement opposés.

Mélenchon n'est ni anti-euro, ni anti-Europe, et ce n'est pas un populiste, à moins que vous ne vous arrêtiez aux caricatures grossières faites par des chroniqueurs comme Jean-Michel Aphatie.

Avez vous justement écouté ses arguments qui ne sont absolument pas simplistes?


Avez vous lu son blog, ses billets qui font 2 km de long à chaque fois, le détail de ses votes et pourquoi il vote pour ou contre?

Avez vous compris qu'il ne condamne absolument pas les institutions européennes mais justement les ratés ou les abus de la mécanique de ses institutions ? S'étonner que le nouveau directeur de la BCE soit l'ancien représentant de Goldman Sachs pour l'Europe , c'est être populiste et anti-Europe? Réclamer, pour sauver l'euro que les états puissent emprunter à taux réduit directement et solidairement auprès de la BCE au lieu d'emprunter aux conditions du marché aux banques qui empruntent elles à taux réduit auprès de la BCE, c'est être populiste et anti-euro ? C'est tout simplement antinomique.

Votre texte est tout simplement scandaleux, d'un coté on met les coupables désignés, de l'autre les arguments supposés et surtout on ne précise rien ce qui permet d'accuser tout le monde des mêmes maux.

Alors en ce qui vous concerne, paralogisme ou sophisme?

Cordialement.

Écrit par : Perceval | 27/06/2011

@Perceval
Je suis l'actualité et écoute toutes les personnalités politiques, y compris JL Mélenchon, que j'estime d'ailleurs par sa sincérité, son humanité et sa culture. J'avais aussi lu sa position sur l'Euro (en effet il avoue qu'une sortie serait catastrophique et ne prône pas une sortie de l'UE mais dénigre beaucoup néanmoins l'Europe et ses institutions). J'ai lu "La Grande Régression" de Jacques Généreux et en ai fait même deux articles élogieux sur mon blog, que vous retrouverez, même si je je suis pas d'accord avec tout ce qu'il dit, son ton accusatoire désignant une oligarchie dominante menant volontairement une politique inégalitaire, de même que cette opprobre jetée sur l'Europe.
Si vous lisez bien, je n'ai pas qualifié ces personnes de "populistes", je dis même que je me méfie de ce qualificatif.
Je suis d'accord avec vous pour dire qu'il faut impliquer la BCE dans le rachat des dettes publiques en euro, même si cela doit se traduire par une baisse de l'euro et par un risque d'inflation.
Ce que je veux démontrer, c'est qu'il ne faut pas se tromper d'ennemi et de combat, d'accord pour désigner les défauts des institutions ou dire que l'on n'est pas d'accord avec la politique de la majorité actuelle élue, mais dans ce cas il faut améliorer les institutions, l'identité européenne et la communication avec les citoyens, et agir pour faire élire les députés et dirigeants qui portent les idées que l'on défend, en respectant la démocratie.

Écrit par : Marie-Anne Kraft | 27/06/2011

Les partis extrémistes ont effectivement le même discours dans la recherche du bouc émissaire que ce soit les émigrés les patrons l'Europe les technocrates ...
Que les hommes politiques représentant ces partis soient sincères ne signifient pas qu'ils ne soit pas dangereux avec leurs raisonnement simpliste, n'ayant pas de responsabilités politiques il est facile de promettre mont et merveilles.
Quand Mitterand est arrivé au pouvoir les électeurs était ravis et puis il ont du déchanter, l'idéologie s'est heurtée à la réalité économique et sociale : il n'est pas possible de distribuer de l'argent d'une façon inconsidérée, c'est un peu ce qui s'est passé aussi avec N.S. sauf que c'était les très riches qui se sont fait arroser .
A un stade beaucoup plus grave de l'idéologie il y a les "démocraties populaires" qui sont des dictatures au nom du peuple : il a bon dos le peuple .
Mélenchon c'est surtout un homme qui aime bien insulter les journalistes et pourtant il en a besoin pour exister médiatiquement , il me fait penser à Lepen

Écrit par : deboun | 27/06/2011

Je ne suis pas économiste, et encore moins philosophe, cependant je ne peux comprendre cet acharnement à défendre cette institution bec et ongle. Si on ce place dans la situation des citoyens des pays membres une majorité ont le souhait de sortir de l’Europe. Quand on est travailleur depuis 30ans que l'on a connu comme moi et tant d'autre son pays avec sa monnaie, sa politique internationale et sa souveraineté, force est de constater que nous étions bien plus heureux avant. L'Europe nous coûte bien trop chère et ne nous rapporte rien. Effectivement en intégrant des pays anciennement de l'Est qui peine à venir aux niveaux des pays riches, l'Europe à affaibli notre pays et ses membres. Pis les chinois ne sont ils pas actuellement entrain de racheter les dettes des pays membres comme ils l'ont aussi fait pour l'Amérique? Ainsi par une politique libérale les haut fonctionnaires de l'Europe ont laissé le Loup entré dans la Bergerie, nous ne sommes plus souverain, nous seront bientôt aux ordres. Comment dans ces conditions, pouvez vous demander aux français et aux autres de valider les actions mortifères de cette tour de Babelle?

Écrit par : mirkats | 27/06/2011

Mirkats, ne le prenez pas mal, mais les Chinois, les Brésiliens, les Indiens, les EtatsUniens se gausseraient aujourd'hui de la France ou de l'Espagne, peut-être même de l'Allemagne.
Les rapports de force d'aujourd'hui sont ceux des grands blocs, et l'Union Européenne et celui qui nous permets encore d'"exister" sur le plan international.
Dire que l'Europe ne nous a rien apporter, c'est jeter un peu vite une période de paix pas loin du record de longueur.

Écrit par : XofMdS | 27/06/2011

La "France" peut exister comme idée (encore que...), pas comme levier. Le réalisme oblige à la co-entreprise (la plus proche): l'Europe. Un exemple, la France a voulu Concorde (vitrine technologique sans aucune cohérence commerciale), ce fut un échec. L'Europe a construit EADS, qui reste dans les clous de ses compétences techniques (de temps en temps on agite un petit chiffon comme Hermès ou le Paris/Tokyo en 2h30, mais c'est pour amuser le peuple),le succès est assez impressionnant. Alors, oui, il faut plus d'Europe (entendre: il faut l'"Europe"). Même les américains le disent ! Ne pas laisser les "dettes" nationales être le jeu des marchés (des CDS ?), c'est plus que l'évidence. Ca fait baisser l'Euro ? tant mieux ! Les importations chinoises vont devenir plus cher ! tant mieux, ça dissuadera NOS industriels d'aller faire sous traiter là bas, etc... L'époque me semble propice a remettre les choses à plat: une constitution européenne qui ne soit pas libérale (à la traîne de "modèle américain"), mais humaniste; à entériner obligatoirement par référendum. Si d'aucuns en profitent pour se retirer du jeu, grand bien leur fasse ! Ils devraient rapidement se rendre compte de leur erreur (tout le monde n'est pas la Suisse, qui, en raison de ses coffre forts, est dedans tout en n'y étant pas...). Et pour ceux qui auront conforté leur participation: au boulot: cohérence des politiques fiscales, militaires, affaires étrangères,.... La route est longue, mais vaudrait d'être parcourue !

Écrit par : pm | 27/06/2011

Belle mise au point cet article, j'adhère pleinement.

Écrit par : Jeux de cuisine | 07/08/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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