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27/06/2011

Le faux procès de l'Europe

Europe drapeau gonfle.jpgLes arguments ressassés par la gauche de la gauche antilibérale (de même d’ailleurs que par l’extrême droite et la droite souverainiste) pour justifier une nécessaire sortie de l’Union européenne, voire de l’euro, ou un dénigrement très virulent des institutions européennes, sont les suivants : la politique européenne est trop libérale, prône la priorité du libre-échange sur le reste, sur les considérations sociales (services publics, droit des travailleurs, …), aboutit au moins disant social en comprimant les salaires vers le bas (le Front national ajoute en prime le laxisme volontaire de l’Europe en termes d’immigration en vue de comprimer encore plus les salaires vers le bas par une concurrence accrue de main d’œuvre bon marché). De plus, cette Europe est une Europe construite par des élites contre les citoyens, élites constituant une oligarchie dominante, privant les nations de leur souveraineté nationale, alors que la nation est le lieu privilégié de la démocratie des peuples. Donc cette institution supranationale n’est pas démocratique. De plus, l’exemple du référendum de 2005 sur le traité de réforme constitutionnelle où le peuple a voté non, suivi en remplacement par un vote d’approbation par le Parlement du traité de Lisbonne, substitué à l’initial traité, constitue un argument supplémentaire pour dire tout le mépris affiché par nos dirigeants envers le peuple français.

 

Ce langage est qualifié de « populiste » car il prétend parler au nom du peuple dans l’intérêt de ce dernier. Le terme « populiste » évoque aussi dans le langage courant, d’une manière assez péjorative, une intention démagogique, c'est-à-dire l’intention de séduire, voire de manipuler le peuple, en lui délivrant un langage simple qu’il aime entendre, dans lequel il se reconnaît, qui s’accompagne souvent de la désignation de boucs émissaires (les élites, la classe politique dirigeante, les immigrés, …). Je me méfie de l’opprobre jeté facilement sur les personnalités politiques qui tiennent ce langage, car je pense qu’elles ne le font pas forcément dans une intention démagogique, calculée, simplement pour récolter des voix. Elles peuvent être sincères, qu’il s’agisse de Marine Le Pen, de Nicolas Dupont-Aignan ou de Jean-Luc Mélenchon. Utiliser ce terme pour les qualifier péjorativement dénote un mépris à l’égard des électeurs séduits par leurs idées, renforçant la méfiance ou l’agressivité de ces derniers, et ne les invitent pas à être attentifs à un discours alternatif démonstratif visant à expliquer pourquoi ces théories sont mensongères. Ecoutons-nous plutôt les uns les autres de manière apaisée et enrichissons le débat en argumentant sur le fond !

 

L’Europe, c’est un rassemblement de nations qui ne se substitue pas aux nations. C’est un niveau d’organisation propre à traiter des sujets internationaux que la nation ne peut et ne sait traiter seule (normalisation des échanges, projets communs, négociations internationales, monnaie commune, …). C’est un moyen et non une fin, c’est un outil, un contenant, et non une politique, un contenu. Si l’Europe a poursuivi une politique libérale de libre-échange et a trop fait primer la concurrence sur la protection de nos emplois et de nos services publics, c’est parce que les représentants de cette Europe, qui décident de la politique, parlementaires comme dirigeants du Conseil (ministres), ont décidé cette politique. Ces dirigeants ont été élus par les peuples d’Europe, démocratiquement, qu’il s’agisse des députés européens élus à la proportionnelle (système plus démocratique qu’en France) ou des gouvernements nationaux qui forment le Conseil européen et désignent les commissaires européens.

 

Il est donc abusif de prétendre que l’Europe s’est faite contre le peuple, déniant la démocratie. Ceux qui récusent l’Europe et les institutions européennes, donc le contenant, parce qu’ils ne sont pas d’accord avec la politique suivie par cette Europe, le contenu, commettent donc une erreur de jugement, de logique. Même le philosophe Michel Onfray est tombé dans ce piège (voir sa tribune pages 78-89 dans le journal Marianne n° 740 de cette semaine paru le 25 juin 2011), accusant le think-tank Terra Nova et les sociaux-démocrates qualifiés de « gauche de droite » : « Ceux-là font leur thèse hégélienne à souhait : pour en finir avec le pire, il faut accélérer le pire, c'est-à-dire ne pas se soucier du peuple, célébrer « l’identité nationale intégratoire » et accélérer ce sui nous conduit dans le mur : l’Europe, encore l’Europe, toujours l’Europe, encore plus d’Europe … Si j’étais Marine Le Pen, je ferais de ces intellectuels des membres d’honneur du Front national ».

 

Michel Onfray est-il à ce point aveugle ? Ne réalise-t-il pas que Marine Le Pen utilise justement les mêmes arguments sur l’Europe que lui, que la gauche de la gauche ? Ne se rend-il pas compte, lui philosophe, qu’il commet un paralogisme*, en désignant le contenant alors qu’il conteste le contenu, comme si l’on cassait les assiettes après un repas jugé pas à son goût, et de surcroît en accusant le chef de cuisine alors que c’est lui, le client, qui a choisi le menu ?

 

Il ne faut pas se tromper d’ennemi, ni de combat. La structure supranationale Europe est utile, indispensable dans la mondialisation. Elle ne remplace aucunement les nations, comme la nation ne remplace pas la région. Les institutions européennes sont affaiblies car la gouvernance n’a pas été au bout de la logique fédérale prévue initialement. On a fait l’Europe des marchés et une Europe monétaire sans gouvernance économique. Il n’y a pas eu suffisamment de contacts et de pédagogie auprès des citoyens européens, rendant cette Europe lointaine et incompréhensible. Souvent, pour mieux se défausser de leurs propres responsabilités, les dirigeants de pays européens désignent cette Europe et ses lois comme responsables des maux, alors qu’ils ont voté eux-mêmes les lois en question, oubliant de rappeler combien cette Europe et l’euro ont aussi protégé les citoyens d’autres fléaux : inflation, pouvoir d’achat, commerce extérieur (70% au sein de l’Union), combien la facilitation des exportations a développé l’emploi en parallèle de la facilitation des importations, qu’il serait dangereux (en dehors de mesures réciproques et équitables) de limiter les importations sans s’exposer à des mesures de rétorsion en retour sur nos exportations, donc sur nos emplois. Quant à la politique libérale, il appartient aux électeurs européens d’en changer démocratiquement s’ils jugent que cette politique ne tient plus. Ce fut d’ailleurs le gros défaut du traité constitutionnel, outre d’être incompréhensible, de mélanger du contenant (constitution, gouvernance) et du contenu (priorité aux marchés et à la concurrence). Mais cela doit se faire par le vote à l’élection présidentielle comme par le vote aux élections européennes sur un contenu de projet politique que l’on souhaite voir soutenu au niveau européen, plutôt que par un rejet de l’Europe en renversant la table !

* Un paralogisme est un raisonnement faux qui apparaît comme rigoureux, mais où le locuteur est de bonne foi, contrairement au sophisme pour lequel il y a une volonté de tromper. Le paralogisme est un antonyme de syllogisme. Dans la Critique de la raison pure, Kant a identifié les paralogismes comme étant des illusions de la raison.

22/06/2011

François Bayrou sur BFM : pour la binationalité, contre les jurés populaires, gel des suppressions de classes,...

François Bayrou était l'invité de Jean-Jacques Bourdin ce matin sur BFM TV :


Voici en résumé ses positions sur les différents sujets d'actualité :

1- Dernier sondage IFOP montrant que les Français le hissent au top comme candidat représentant mieux le centre. Pourquoi à son avis ?
=> Car les Français ne sont pas dupes. L’élection présidentielle est une élection de vérité. Tenir un cap est la qualité principale demandée à un président de la république. C’est ce qu’il fait. Les Français ont compris que si centre a une signification, c’est celle de l’indépendance.

2- Droit de la nationalité : le gouvernement veut proposer la suppression de la bi-nationalité : pour ou contre ?
=> Contre. La binationalité est légitime dans les cas de familles mixtes, d’enfants nés de parents étrangers qui veulent garder un lien avec leur pays d’origine.

3- Jurés populaires dans les tribunaux correctionnels ?
=> Contre. C’est déjà difficile et coûteux pour les jurys d’assise (2700/an) alors imaginez une extension au tribunaux correctionnels (500 000 jugements/an) ! Et même si on réduit aux affaires les plus graves, comment discerner les affaires ?
Plutôt que dans l’énoncé de la peine, c’est plutôt dans l’exécution des peines qu’il faut agir !

4- Gel des fermetures de classe annoncé par Nicolas Sarkozy : rassuré ?
=> Il ne faut pas prendre les gens pour des gogos ! Les titres des journaux annoncent ceci sans dire la suite : « sauf pour raison démographique ». Or dans la grande majorité des cas, c’est une baisse de l’effectif des écoliers qui justifie la suppression et cela continuera. Donc la formule est ambiguë et trompeuse. Il est prévu en net encore 9000 suppressions de postes d’enseignant l’an prochain. La France a rétrogradé en dessous de la 20ème place, après avoir été la meilleure du monde en matière d’éducation. Ce qu’il faut c’est sanctuariser l’éducation, son budget. Il faut se mettre autour de la table, avec les enseignants, et surtout regarder pourquoi les élèves loupent la 1ère marche en primaire : celle de la lecture et de l’écriture. Tout cela se joue très tôt, déjà en famille, quand les familles ne se parlent plus …

5- Primaires au centre ?
=> La candidature du centre ne doit pas être celle d’un seul parti mais d’un rassemblement de plusieurs sensibilités. Et la candidature à l’élection présidentielle ne s’improvise pas !

6- Dette publique et protectionnisme : faut-il rétablir des droits de douane à l’importation, réclamé par la droite (FN) comme par une partie de la gauche ?
=> N’aime pas l’expression « protectionnisme ». 1 emploi sur 3 en France dépend des exportations. Limiter ou renchérir les importations, c’est s’exposer en retour à un risque sur nos exportations, donc nos emplois. C’est une fausse idée d’imposer aux autres ce que l’on se s’impose pas à soi. En revanche, il faut être équitable, à égalité. Par exemple la sous-évaluation de la monnaie chinoise fausse la concurrence. Il est légitime d’agir pour que la Chine ne poursuive pas en ce sens et l’Europe est assez puissante pour le faire valoir, … à condition d’en avoir la volonté politique et de l’affirmer !

21/06/2011

Démondialisation, protectionnisme et sortie de l’euro

La "démondialisation" fait débat. Terme médiatisé par Arnaud Montebourg, ce néologisme mérite d'être défini et nuancé car recouvre plusieurs concepts, tels que protectionnisme (de quel type ?), sortie de l'Union européenne ou de l'Euro, relocalisation d'activités, recours à d'autres formes d'organisation économique ou entrepreneuriales,...

Or si les acteurs du débat entendent des concepts différents derrière ce mot, le discours est faussé, le conflit exacerbé, la discussion difficile. Ne mélangeons pas tout et apaisons ce débat, intéressant et indispensable dans la campagne présidentielle qui s'annonce !

Comme le disait récemment Jacques Attali invité par François Bayrou, « les deux questions clés de l'élection présidentielle porteront sur la vision du monde (et de l’Europe) et sur la vision de l'Etat » :

- comment résister aux forces de la mondialisation, au dumping monétaire, à une concurrence parfois jugée déloyale (dumping social et environnemental), avec ses conséquences sur les emplois (délocalisations) ?

- comment réguler la mondialisation, établir des règles acceptées de tous en matière d’accès aux ressources et de protection de l’environnement ? Comment interdire vraiment les paradis fiscaux et contrer les mafias internationales ? Au travers d’une gouvernance mondiale renforcée (et cependant démocratique) ou au travers d’un repli de la nation sur elle-même en fermant les frontières, en sortant de l’Europe, de l’Euro ?

- quel pouvoir reste à l’Etat ? Quelle prise a-t-il sur l’Europe, sur la mondialisation, sur la croissance économique, sur nos entreprises et nos emplois ?

 

En effet, les Français se rendent bien compte des conséquences de la mondialisation sur leurs emplois, par l’effet des délocalisations d’activités : depuis 1980, l’industrie française a détruit près de 2 millions d’emplois. Un document de Bercy estime que, entre 2000 et 2007, 63 % de ces destructions sont le fait de la concurrence internationale. Par exemple PSA et Renault n'ont produit que 29,7% de leurs automobiles sur le sol français en 2010 (...) » A noter que si Peugeot affiche 37,2% et Citroën 36,8% de véhicules assemblés en France, Renault dont l'état est toujours actionnaire n'en a produit que ... 26,4% ! (source : l'Auto Journal n°824 du 10 mars 2011).

Un sondage IFOP sur "Les Français et le protectionnisme" a été récemment publié sur le site "Pour un protectionnisme européen", réalisé à l’initiative d’un collectif qui fait la promotion du protectionnisme. Clairement, comme le résume cet article sur Agoravox, les Français approuvent à 65% le principe du protectionnisme, en tout cas sur les questions telles que posées.

Ces questions sont brûlantes et divisent les partis, au sein de la gauche (JL Mélenchon prône la sortie du traité de Lisbone, s’affranchir des règles européennes qui imposent aux politiques un carcan néolibéral, Arnaud Montebourg médiatise le concept de démondialisation ») et aussi au sein de la droite (Front National protectionniste à fond et pour une sortie de l’Euro et de l’UE, Nicolas Dupont-Aignan avec Debout la République aussi). Il semble que les lignes de clivage ne sont plus gauche-droite mais les anti-mondialisation et anti-euro face aux autres. Cependant, on trouve plusieurs nuances dans ces visions : « démondialisation » ne veut pas dire sortie de l’euro (Arnaud Montebourg ne va pas jusque-là) et peut signifier « relocalisation des activités, avec plus ou moins de dispositif protectionniste. De même le protectionnisme peut être très poussé et aveugle, avec une forte taxe dissuasive aux frontières, il peut être « éclairé » (terme de Maurice Allais), pour compenser une concurrence déloyale, par exemple le dumping monétaire de la Chine sur le Yuan, ou encore sociale ou environnementale si le pays ou la société exportatrice exploite ses travailleurs sans couverture sociale ou produit sans respect de normes environnementale. Dans ce cas, il faut savoir si on prône une telle taxe aux frontières de l’Europe sans pour autant sortir de l’Europe, ou aux frontières de la France. La question de l’euro (sortie de l’euro sans sortir forcément de l’UR) est aussi une autre question. Il ne faut donc pas tout mélanger !

Or les débats actuels, les invectives parfois violentes (comme récemment sur Mediapart avec Jacques Sapir, Pierre Khalfa et d’autres) ne permettent pas d’expliquer et différencier ces sujets, pour discuter dans un climat apaisé. Même Philipe Cohen dans Marianne2 interpelle François Bayrou, suite à son intervention sur France Inter lundi 20 juin 2011 :
« François Bayrou, réglait la question en un coup de cuillère à pot : la démondialisation, selon lui, ce n'est pas sérieux puisque seules l'extrême droite et l'extrême gauche en parlent. Bayrou, lui parle de régulation. Comme Nicolas Sarkozy. Comme François Hollande. Comme François Fillon. Comme Dominique de Villepin. Comme Jean-Louis Borloo. »

En fait François Bayrou avait dit :
« "La thèse de la démondialisation exposée par les deux extrêmes est un mensonge. La seule question que nous devons nous poser, c'est comment la France peut-elle continuer à produire?' L’Allemagne montre qu’on peut parfaitement produire et exporter en étant un pays de la zone euro, et donc améliorer le niveau social du pays", a-t-il souligné. "Je plaide pour une France forte et productrice ! »

Mais il a parlé un peu trop vite en assimilant la « démondialisation » à la sortie de l’Euro et de l’Europe ... Car en fait le Mouvement Démocrate défend l’euro et alerte sur les dangers d’une sortie de l’euro, qui renchérirait tant notre dette (15 milliards d’euro en plus de déficit public annuel pour une hausse de 1 point du taux, donc pour une hausse de 3%, ce qui serait le cas, l’équivalent de la totalité de l’impôt sur le revenu !). Mais par ailleurs, le Mouvement Démocrate prônait déjà en 2009 dans sa campagne européenne la réciprocité équitable des échanges entre l’Europe et les pays émergents, notamment la Chine (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, par exemple pour obtenir des marchés de construction en Chine, ou pour acheter des entreprises chinoises) et une fiscalité équitable aux frontières de l’Europe en cas de dumping de pays ne respectant pas les normes internationales en matière sociale, sanitaire ou environnementale (ce que propose aussi maintenant le Parti Socialiste dans son projet pour 2012), de même s’il y a un dumping monétaire... Appliquer ainsi aux autres les règles que nous nous appliquons à nous-mêmes en Europe et en cas de non respect, justifier d’une interdiction ou d’une pénalité. Ce qui n’est pas du « protectionnisme » qui lui consiste à pénaliser les autres sans pour autant que l’on s’applique la pénalisation à soi-même.

De plus, la mise en place d’un droit de douane « social et environnemental » sur les pays ou sociétés ne respectant pas les normes européennes que nous nous appliquons à nous-mêmes, supposerait :

1- La mise en place d'une norme internationale de minimum social et environnemental

2- Une application de cette taxe à la frontière avec un certain discernement. Cette taxe doit être juste et ne taxer que les produits ou service ne respectant pas la règle. Donc pas une taxe unique sur tous les produits chinois (sauf si on ne tient compte que d’un dumping monétaire, ayant une estimation de la sous-évaluation de la monnaie).

3- La possibilité d'en vérifier le respect. Il faut des agences de rating social et environnemental ! Autant on peut l'imaginer pour des grosses sociétés cotées par exemple, dont il faudrait compléter le rating existant qui est focalisé sur la rentabilité et les risques dans un but boursier, autant c'est plus difficile pour les petites sociétés. Comment vérifier ? A quel coût ?

Pour parler d'une "humanisation de la mondialisation", il faudrait réserver cette taxe pour financer les deux points ci-haut et mettre le reste dans un fonds qui aiderait les pays dont on a importé la marchandise à améliorer sa protection sociale et environnementale. Ainsi, l'argent taxé serait vraiment destiné dans son but premier, qui est le respect de l'homme et de l'environnement, incitant le pays à appliquer la norme de protection pour éviter la taxe, au bénéfice de son peuple. Utiliser cette taxe pour simplement réduire notre déficit détournerait l'intérêt de l'objet initial et ne serait pas inscrit dans une démarche humaniste, mais démagogique.

En fait, au-delà de l’intérêt égoïste mais néanmoins légitime de la protection de nos emplois pour éviter les délocalisations, la grande question est celle-ci :

« Mettre sur un pied d’égalité le commerce, l’environnement et le social »

L’OMC ne devrait plus pouvoir décider des négociations sur le libre-échange et sur la concurrence sans le FMI (dumping monétaire), sans l’OIT (normes de protections sociales et du travail) et sans les instances internationales donnant les normes de protection de l’environnement (en attendant une véritable une agence internationale de l’environnement). De même pour l’Europe vis-à-vis de ses partenaires extérieurs.

C’est l’idée que défend le Comité Pauvreté et Politique (petit think-tank dont l'objet est de lutter contre la pauvreté et de remettre l'homme au centre), avec ses recommandations :

ð Mettre sur un pied d’égalité le droit du commerce international, le droit de l’environnement et le droit social,

ð Harmoniser entre elles les négociations internationales,

ð Promouvoir la justice sociale dans le nouvel ordre mondial.

Les toutes récentes déclarations de N.Sarkozy et de Ban-Ki-Moon vont dans ce sens. Mais il faut être plus précis et concret sur la manière de le faire. Et relier cette question internationale, qui a trait à la gouvernance mondiale, à la question de protection de notre économie locale, à la question du protectionnisme (et lequel ? Sous quelle forme) qu’il ne faut peut-être pas nommer protectionnisme s’il s’agit d’une régulation équitable du libre-échange.

 

 

19/06/2011

Hubert Rodarie réforme la finance dans "Dettes et monnaie de singe"

Rodarie_Dettes et monnaie de singe.jpgHubert Rodarie vient de publier aux éditions Salvator « Dettes et Monnaie de singe – Un système économique à renouveler », un livre éclairant et très argumenté d’un professionnel averti sur le dérapage de l’économie et de la finance et sur l’origine des déséquilibres économiques. Il aborde le commerce international, le système monétaire international, l’accumulation sans fin des dettes, et dénonce les idées fausses dans la vie économique et leurs conséquences pratiques. Une analyse perspicace, originale et en profondeur, certes assez technique notamment sur les normes comptables et prudentielles (un bagage économique et financier bac+2 est recommandé) mais en même temps très pédagogique et empreinte d’un grand humanisme ainsi que d’une vision philosophique et anthropologique sur les notions du risque et du temps, que les hommes ont neutralisés dans leur approche financière des choses.

Hubert Rodarie introduit son ouvrage en faisant référence à Macbeth de Shakespeare, qui rencontre trois sorcières lui prédisant qu’il deviendra roi. Dès lors, il n’aura de cesse d’assassiner tous ceux qui se trouveront sur le chemin du trône. Les marchés ont fait en quelque sorte une promesse du même ordre au monde: « tu seras riche. Pour réaliser cette prophétie, le monde a été poussé à mettre en œuvre trois tentations :

-         le déséquilibre permanent, à la base du développement économique,

-         la dette, censée produire de la richesse,

-         le risque, calculable, donc maîtrisable.

Ce faisant, le monde s’est extrait de la réalité, cherchant à atteindre dans l’instant ce qu’il pense être son but ultime. Hubert Rodarie nous propose un changement de regard pour réintroduire dans la vie économique une conception du temps et du futur plus réaliste.

Depuis la crise financière de 2008, l’analyse des dysfonctionnements a remis en doute la pertinence et la qualité des normes financières comptables et prudentielles dites "modernes" mises en place depuis le milieu des années 1990. Le diagnostic a mis en évidence comment des a priori théoriques ont conduit à utiliser des modèles défectueux qui ont rendu les normes inefficaces, voire dangereuses. Il est apparu qu’une des causes principales de la crise est la croyance dans la validité d'une représentation fausse de l'incertitude, le mouvement brownien (norme de rationalité théorique), dont le corollaire est une compréhension fausse des comportements humains face à l'incertitude (norme de rationalité pratique).

Comme Hubert Rodarie l’exprimait avec Christian Walter dans un article de la Tribune en 2009 :

« Cette croyance implante dans le système financier une vision réductrice des hommes réels, remplacés par des automates rationnels au sens de la théorie économique classique, et conduit à la négation de deux réalités : le risque que l'on croit pouvoir maîtriser voire annuler (normes prudentielles), et le temps, que l'on croit pouvoir aplatir voire oublier (normes comptables). Cette double négation a permis l'illusion prudentielle et comptable qui a fondé un optimisme collectif à la base de la dynamique de la bulle financière dont l'éclatement a eu les conséquences que l'on connaît.
Cette croyance s'apparente davantage à une idéologie qu'à un choix mathématique. Cette idéologie a été appelée "virus brownien" ou "virus B" pour signifier que, tel un virus, le postulat brownien s'est installé dans tous les esprits, influençant modes de raisonnement et représentations. Avant d'être une crise de l'expertise technique ou de l'éthique financière, nous considérons que la crise est d'abord une crise de la connaissance, et nous affirmons que tout diagnostic est incomplet sans cette dimension épistémologique. »

Sans être trop technique, pour être accessible à un non professionnel de la finance, essayons d’expliquer simplement le principe des nouvelles réformes comptables (IFRS) en vigueur depuis 2005 et de réformes prudentielles de Bâle 2 :

1-     au lieu de comptabiliser les actifs (titres, créances) au coût historique et ne constater que les gains ou pertes réellement subis en cas de cession ou de liquidation, la norme a imposé une comptabilisation en « fair value », c'est-à-dire à la valeur du marché, comme si l’entreprise détenant ces valeurs allait être liquidée. Ce système a privilégié une vision de la valeur de l’entreprise pour l’actionnaire, l’investisseur, qui peut acheter et vendre instantanément l’entreprise selon une vision court-termiste  de la rentabilité financière, plutôt qu’une vision au service de l’entrepreneur, sur la durabilité de l’entreprise.

2-     Pour établir une valorisation d’un actif au prix (ou au taux) du marché, il faut soit disposer d’un marché donnant directement un prix (sur une action cotée, c’est facile), soit calculer une actualisation des flux futurs (valeur actuelle nette), revenant à emprunter au taux d’aujourd’hui l’argent qui permettrait à l’échéance de chaque flux de rembourser ce dernier. Si ces flux sont incertains, comportent des options, dépendent de la qualité de l’emprunteur de la créance (de son risque de remboursement), il faut alors pour faire ce type de calcul tenir compte de l’incertitude en ayant recours à des estimations basées sur des calculs de probabilités, à des modèles d’évaluation de risque, faisant référence à des séries d’observation passées, à des calculs de corrélation, à la note de signature de la contrepartie qui peut évoluer dans le temps etc. Modèles souvent complexes qui peuvent devenir incompréhensibles.

3-     Il en résulte une comptabilité de résultat considéré acquis dans l’année (sur ces bases pourtant incertaines, ayant neutralisé la vision de risque et de durée par modélisation et actualisation). De surcroît, les bonus des opérateurs et des dirigeants sont calculés sur ces bases. Ainsi, si un accident exceptionnel survient, comme ce fut le cas avec la crise de 2008, avec éclatement d’une bulle financière, les prix chutent, les risques que l’ont croyait couverts et neutralisés ne le sont plus, les modèles dysfonctionnent, les résultats chutent. Les pertes constatées viennent en fait compenser des gains trop élevés passés dus à un optimisme excessif. Mais sans reprendre aux actionnaires les dividendes ni les bonus versés dans le passé sur les anciennes bases qui furent trop optimistes … En revanche la compensation des pertes des banques a exigé un renfort des capitaux, des aides de l’Etat, que ce soit en prise de capital ou en prêts, qui ont accru le déficit public, nécessitant des mesures d’austérité, des hausses d’impôts. C’est donc in fine le contribuable qui paie la gabegie alors que ceux qui ont profité des gains passés ne les rendent pas … (c’est vrai pour la Grèce, l’Irlande, l’Espagne, la Grande Bretagne, mais relativisons néanmoins le cas de la France car les banques, à l’exception de Dexia, ont remboursé complètement l’Etat, qui a même encaissé un gain de 2 milliards d’euros).

4-     Parallèlement à cette méthode de comptabilisation du résultat, les normes prudentielles de Bâle ont imposé aux établissements bancaires (ou Solvency 2 pour les compagnies d’assurances) un niveau de fonds propres minimum permettant de couvrir les risques engendrés par les engagements pris sur ces actifs, en fonction du risque de signature, du risque opérationnel, de la volatilité des produits, donc encore des méthodes probabilistes basées sur des modèles. Là aussi le niveau des fonds propres requis a pu être sous-estimé dans des conditions de marché devenu atypiques.

5-     Ces méthodes n’ont pas pris en compte le risque systémique, c'est-à-dire lorsqu’un établissement entraîne les autres dans sa chute selon un effet domino.

6-     Les marchés étant moutonniers et les acteurs tous calés sur ces procédures, les variations d’un paramètre du calcul peuvent être amplifiées par l’effet d’actualisation et par l’attitude panurgique (vente accrue dès l’amorce d’une tendance à la baisse ou l’inverse). C’est ce qu’on appelle la « procyclité », le phénomène de résonance qui augmente l’amplitude de l’onde.

 

Face à ce constat, Hubert Rodarie prône une refonte des normes. L’idée centrale est que « le système financier doit assumer la réalité du risque. Il faut quitter l'univers rassurant du modèle brownien, et assumer l'incertitude non brownienne d'un monde qui connaît ruptures et chocs. »

Ses propositions sont inspirées des conclusions du colloque auquel il a contribué en novembre 2009. Il faut lire le livre pour en avoir le détail. En résumé :

1-     Systématiser la comptabilisation des instruments financiers selon leur coût historique amorti (plutôt qu’au prix de marché). Ajuster ce coût historique en passant des plus ou moins values constatées ou des provisions si on juge des pertes de valeurs durables.

2-     Adopter des règles comptables qui distinguent systématiquement les flux effectifs et les flux potentiels

3-     Construire des indicateurs de risque synthétiques en complément des instruments d’analyse de risque.

4-     Réformer le modèle économique de la notation.

5-     Créer des instances publiques adaptées de veille macroprudentielle et systémique.

6-     Réintroduire la responsabilité du dirigeant dans la valorisation des postes du bilan.

 

Hubert Rodarie est Directeur général délégué du groupe d’assurance SMABTP. Il est l’auteur notamment de « Comment décontaminer la finance ? », Cités n°41 – 2010, et de « La crise financière doit produire de nouveaux modèles de risque », revue d’économie financière – juin 2008). Hubert Rodarie a contribué aux travaux d’un groupe composé de professionnels, chercheurs, universitaires, réuni en colloque le 29 novembre 2009 à Paris en vue de produire des « propositions pour de nouvelles normes financières ». Les actes du colloques sont parus en juillet 2010 aux éditions Springer sous la direction de Christian Walter "Nouvelles normes financières, s'organiser face à la crise" France (site Internet du colloque : http://www.msh-paris.fr/actualites/actualite/article/quel... ).

15/06/2011

Faites entrer la GENERATION DEMOCRATE au Conseil national du MoDem !

CN GEGEM 4.JPG

L'élection des représentants franciliens au conseil national du Mouvement Démocrate a commencé et se déroule par Internet jusqu'au 24 juin 2011.

Les six listes en concurrence pour l’Ile de France partagent toutes les valeurs et le projet démocrate et humaniste de notre mouvement, ainsi que le soutien à son président François Bayrou. Cependant elles ont des profils et des sensibilités différentes, qu’il vous appartient d’apprécier, par les priorités mises en avant, par la manière de concevoir la mission des élus au Conseil national, ainsi que par la qualité et la représentativité des candidats présentés.

La liste Génération Démocrate, conduite par Christophe Grébert et Christelle Carcone,  rassemble des militants engagés dans les 8 départements d'Ile-de-France :

- pour beaucoup élus dans leur ville (Christophe Grébert à Puteaux, Jean-François Vigier maire de Bures-sur-Yvette, Pierre Creuzet à Nanterre, Fabienne Gambiez à Issy-les-Moulineaux, Michèle Houssin à Chatoux, Tiziana Zumbo Vital à Saint-Ouen, Cécile Déniard à Villejuif, …), anciens candidats aux élections et/ou responsables de sections locales (moi-même, Claire Vigeant à Paris,),

- plusieurs très actifs dans les commissions de travail dont deux responsables de commission (Sylvain Canet à la commission éducation et Nicolas Meary à la commission économie/croissance-emploi, moi-même contribuant beaucoup aussi à la commission économie, ainsi qu’Alain Dolium),

- deux présidents des Jeunes Démocrates dans leur département (Antoine Carette pour le 94 et Flavien Bazenet pour le 78),

- certains particulièrement actifs sur le terrain associatif (Alain Dolium avec le lancement de « Echelle Humaine », expériences innovantes dans le développement économique des PME, l’éducation et l’aménagement du territoire),

- des fidèles de notre mouvement déjà du temps de l’UDF, qui ont été attachés parlementaires et membres du cabinet de François Bayrou (Christelle Carcone et Maud Gatel),

- enfin des personnes qui sont des porte-voix par leur visibilité au travers de leurs actions novatrices, de leur participation à des débats publics et de leur forte présence dans les médias et sur Internet, comme Alain Dolium, Christophe Grébert, membre de Anticor et qui mène avec brio le combat à Puteaux contre un clan UMP « dur » et a lancé avec succès la pétition contre la nomination de Jean Sarkozy à l’EPAD (plus de 100 000 signatures), moi-même y participant aussi en faisant porter la voix du MoDem sur la blogosphère et dans des débats thématiques.

- représentants tous une variété d’expériences et de compétences.

Pourquoi suis-je candidate sur cette liste et vous recommande de la soutenir ?

Génération Démocrate, avec deux conseillers nationaux sortants (Jean-François Vigier et Pierrre Creuzet), met en avant des profils de renouvellement, apporte un nouveau souffle, de la jeunesse, des idées neuves et aussi de l’expérience.

Elle a pour ambition d’être un porte-voix efficace de la réflexion et l’action des militants, de libérer les capacités de chacun, de faire naître et de relayer des propositions pertinentes, voire impertinentes. Il faut aussi que notre mouvement soit plus écouté, plus entendu et nos candidats sont un relais de transmission de cette voix, dans les réseaux, sur Internet, dans les médias. La situation très préoccupante du pays impose à notre mouvement une capacité sans faille à relayer les initiatives purement politiques mais aussi associatives cultivées sur le terrain local, afin de disposer d’un socle structurant, cohérent et crédible au projet de société qui sera porté par François Bayrou et son équipe dirigeante en 2012.

Enfin, la liste Génération démocrate veut être garante de la réflexion et l’action en circuit ouvert. Pour nous il importe tout autant de travailler avec les sympathisants, les adhérents qu'avec la société civile et les réseaux portés sur des intérêts catégoriels afin d’accroître notre valeur ajoutée politique au sein du Conseil National.


Pour participer, il faut être à jour de cotisation 2011 ( ré-adhésion ici avant de voter par internet). Lien pour voter (en utilisant ses codes d'accès reçus par Internet) : https://consultation.mouvementdemocrate.fr

Notre site ( http://generationdemocrate.lesdemocrates.fr)pour y lire notre profession de foi (en PJ), la présentation des candidats et la composition de notre liste

Chaque voix va compter : 1 siège devrait représenter une trentaine de voix. Je suis en position éligible (8ème position) si notre liste recueille au moins 25% des voix. Mon département, le Val de Marne, est particulièrement bien représenté sur cette liste (Alain Dolium, Christelle Carcone bien que récemment passée au 75, moi-même, Antoine Carette et Cécile Déniard).

Nous comptons sur vous !

Marie-Anne Kraft

(VP du MoDem 94, Resp.section de Saint-Maur, Commission Economie,

activités associatives Anticor, Pauvreté et Politique, AdiAFP)

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01/06/2011

Présidentielle 2012 : les petits calculs de Jean-Louis Borloo



"J'y vais, j'y vais pas ? J'y pense (en me rasant ?). Je t'aime (et tu me finances) mais je te quitte ... On se retrouvera de toute façon au 2nd tour ... Je m'appelle centriste mais je roule à droite, car le centre est à droite par nature (comme DSK se proclamait à gauche en se situant plutôt au centre) ..."

Tels sont les petits jeux de précampagne présidentielle entre Jean-Louis Borloo et Nicolas Sarkozy, qui alimentent la presse et les médias, plutôt que des débats intéressants sur les problèmes de l'emploi, des banlieues, de l'échec scolaire, sur les choix de modèle de société dans la mondialisation, sur la manière de sortir de la crise des dettes européennes, ... qui manquent sérieusement au programme. A dire vrai, cela finit par lasser et risque d'essoufler la campagne avant qu'elle commence et même avant la déclaration officielle des candidatures.

Alors allons droit au but sur les intentions et sur la posture politique de Jean-Louis Borloo :

1- Politiquement, son existence se mesure à l'aune de son pouvoir de nuisance ou de challenge sur Nicolas Sarkozy, seule façon pour lui de pouvoir négocier au mieux un poste de 1er ministre et pour les députés qui le suivent, l'assurance d'un mandat législatif au lendemain des présidentielles ;

2- Le contexte de baisse continue de popularité de Nicolas Sarkozy est favorable à l'émergence d'une alternative à droite, l'UMP étant de plus en plus divisée entre une aile droite populiste, jouant sur le même terrain de jeu que le FN sur les questions sécuritaires et d'immigration, une aile préservant les intérêts des hauts revenus, des plus fortunés, et une autre aile gaulliste ou plus centriste et plus sociale. Cependant, plus il y aura de candidats, moins chacun (notamment Nicolas Sarkozy) a de chance à passer le cap du premier tour de l'élection présidentielle ... D'où le sentiment de puissance du challenger, qui pourra d'autant mieux monétiser son désistement juste avant le premier tour, en fonction des sondages ...

3- Aucun risque finalement à se déclarer candidat, si ce n'est d'affaiblir Nicolas Sarkozy dans les sondages, tout en lui assurant qu'en fonction des intentions de vote affichées avant le premier tour, Jean-Louis Borloo se désistera bien entendu au bénéfice de Nicolas Sarkozy au cas où la division des voix risque de ne pas permettre à ce dernier d'atteindre le 1er tour (scénario du 21 avril à l'envers). En échange de cette promesse, Nicolas Sarkozy lui garantit encore le financement du Parti Radical jusqu'à cette échéance.

4- Sauf que ... Autre scénario possible, qu'espère Jean-Louis Borloo : celui de dépasser Nicolas Sarkozy dans les sondages d'intentions de vote à la veille de l'élection, qui lui permettrait peut-être d'atteindre le 1er tour en ralliant d'autres voix du centre, celles de François Bayrou, comptant sur un désistement de ce dernier à son profit ;

5- Sauf que ... Encore un autre scénario possible : s'il dépasse Nicolas Sarkozy dans les sondages mais reste derrière François Bayrou, c'est ce dernier, déjà légitime représentant du centre, qui devrait bénéficier d'un désistement de Jean-Louis Borloo, au détriment de Nicolas Sarkozy. Dans le cas d'une telle solution de repli, il essaierait de négocier une place de 1er ministre et ses amis députés espèreraient également se voir assurer de mandats législatifs, en reconnaissant soudain toutes les qualités de François Bayrou ...

Mais tous ces petits calculs sont sans compter sur les incertitudes suivantes :

- tout d'abord les voix n'appartiennent qu'aux électeurs, pas au candidat. En cas de désistement d'un candidat décidant d'en soutenir un autre, les reports ne sont pas si systématiques. Ainsi, si après avoir critiqué Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Borloo se met à le soutenir, les voix ne vont-elles pas plutôt se reporter sur François Bayrou ? De même qu'après neuf années au gouvernement dont quatre sous la présidence Sarkozy il n'a rien critiqué, il a tout voté, sans jamais émettre de réserve sur la politique du gouvernement : bouclier fiscal et suppression des droits de succession, intégration du commandement de l’OTAN, discours de Dakar, Discours de Grenoble, réforme de l’audiovisuel public, affaire Tapie, affaire Bettencourt, affaire Pérol, affaire Epad/Jean Sarkozy, etc. Où est la crédibilité ?

- ensuite, comment continuer ainsi à porter des étiquettes en contradiction avec le contenu ? Les Français ne risquent-ils pas de percevoir une imposture ?

Centriste ? En fait à droite même s'il est plus modéré, il ne le nie même pas et proclame par avance un ralliement. Sinon il irait directement vers François Bayrou, qui a prouvé son indépendance tout en acceptant de dialoguer avec des personnalités politiques d'autres clans.

Social ? François Chérèque, secrétaire général de la CFDT dit de Jean-Louis Borloo : "Je ne reconnais aucune fibre sociale à une personne qui ne s'est pas exprimée sur le blocage du dialogue social pendant six mois." Ajoutant aussi : "Il était le ministre du travail quand il y a eu le CPE (Contrat de première embauche), donc on a l'habitude de M. Borloo, qui a un double discours, qui ne dit rien alors qu'il a des responsabilités."
Que dire aussi de l’échec du programme visant à faciliter l’accès à la propriété des gens modestes avait été lancé en 2005 par Jean-Louis Borloo, alors ministre de la Cohésion sociale et du Logement du gouvernement Villepin ? Six ans après, sur les 20.000 logements prévus, seuls 600 sont sortis de terre. Ces "maisons Borloo" annoncées à 100 000 euro, coûtent finalement 150 000 euros aux familles, qui se plaignent de malfaçon et doivent se pourvoir en justice.

Ecologiste ? D'après l’écologiste Fabrice Nicolino, qui vient de publier "qui a tué l’écologie ?" : "il est arrivé là par hasard en héritant du ministère de l’écologie, mais n’a jamais eu cette sensibilité", le Grenelle de l’environnement a été médiatisé mais a accouché d’une souris, le gouvernement n’ayant même pas mis en place la mesure phare que devait être la taxe carbone, mal ficelée. Capable de signer les autorisations d'exploration de gaz de schiste sans même consulter le premier ministre et de dire ensuite qu'il a manqué de vigilance, il démontre son inconscience écologique et son irresponsabilité. Et qu’a-t-il dit quand le gouvernement a décidé de supprimer une aide fiscale à l’investissement en panneaux photovoltaïques ?

Enfin, alors que le scandale de l'affaire Tapie va inévitablement ressurgir, impliquant Christine Largarde et éclaboussant le président Sarkozy, Jean-Louis Borloo ne risque-t-il pas de pâtir également de sa proximité avec cet ami bien sulfureux ?

 
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