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31/07/2011

L'évasion fiscale, c'est facile pour les riches : démonstration par Bernard Tapie

Selon une enquête de Charlie Hebdo et de Rue89, Bernard Tapie aurait transféré une partie importante de ses biens en Belgique, via la création d'une holding, pour échapper à l'ISF et à la taxation sur les bénéfices issus de la vente de titres de sociétés.

Bernard Tapie


Comme le rappelle aussi Le Figaro en citant Le Canard Enchaîné : "cette opération ne serait pas la seule montée par l'homme d'affaires pour échapper au fisc. Dès les années 1990, Bernard Tapie se serait en effet servi d'une autre société, nommée Superior Ventures Limited, pour dissimuler des sommes d'argent à l'expert-comptable chargé de liquider ses dettes, révèle cette semaine le Canard Enchaîné. Superior Ventures Limited est filiale d'une société établie en Malaisie et détenue pour moitié par Bernard Tapie et pour moitié par André Guelfi."

Au delà de la scandaleuse spoliation du contribuable (double peine : spoliation initiale + sur l'impôt sur le magot reçu), dénoncée en premier lieu par François Bayrou, ceci dévoile l'extrême facilité avec laquelle les gens fortunés peuvent échapper au fisc en toute impunité. Et cela se passe en Europe, entre France et Belgique, même pas dans un paradis fiscal des caraïbes !

Alors que notre dette publique est abyssale (1700 milliards d'euro) et notre déficit public toujours aussi irrésorbable  (plus de 100 milliards prévus en 2011, presque 150 milliards d'euros en 2010, triple de celui datant de 2007), la diminution des recettes fiscales annuelles depuis 2000 s'est élevée entre 100 et 120 milliards dont 2/3 en diminution d'impôts, comme en attestait  Gilles Carrez l'an dernier (voir cet article de l'Expansion). Cette diminution d'impôt a été réalisée essentiellement au profit des plus riches et des sociétés multinationales (niche fiscale Copé par exemple en 2007, exonérant les plus-values sur vente de titres de filiales), alors que les classes moyennes et les PME continuaient de payer pour les autres. Ce qui signifie que si nous n'avions pas baissé les impôts depuis l'an 2000, nous ne serions pas en déficit aujourd'hui et les inégalités de revenus seraient moins importantes.

Mais, me direz-vous, cela ne servirait à rien de les rétablir puisqu'il est si facile aux personnes fortunées, comme Liliane Bettencourt ou Bernard Tapie nous l'ont démontré, grâce à la création de holdings exonérées d'impôt sur des revenus de dividendes même en France (Téthys pour Bettencourt) ou en Belgique (GBT Holding pour Tapie), d'échapper au fisc dans ce merveilleux paradis fiscal qu'est la France !

24/07/2011

Plan d'aide à la Grèce : réactions de Bayrou, de Fillon, ... et conséquences

Derrière l'apparence d'un sauvetage avec sourires affichés et poignées de mains fraternelles, d'une réconciliation du couple franco-allemand et d'une Europe qui recolle les morceaux, quelques remarques pour la suite ...

La presse a essentiellement retenu le succès du sauvetage et ... enfin une Europe de la zone euro qui commence à s'entendre à la dernière minute, grâce à la réconciliation du couple franco-allemand sur un compromis, notamment sur la contribution du secteur privé (banques, assurances, fonds de pension) ! L'Union européenne a débloqué 158 milliards d'euros : 109 milliards seront financés par l'Europe et le FMI. Le reste sera apporté par des institutions privées.

Cependant quelles remarques méritent d'être soulignées :

1- Le plan d'aide à la Grèce est un répit mais qui ne suffit pas à éviter les autres crises prévisibles, notamment sur les autres pays de la chaine de dominos. Il éteint un feu sur des braises ardentes et l'incendie risque de reprendre.

Comme le dit François Bayrou : "On était dans l'urgence extrême (...) On a pris des décisions dans la douleur qui donneront un répit au gouvernement grec et on l'espère à son peuple. Mais ce plan ne suffira pas", le plan "souffre de deux défauts rédhibitoires". D'abord, "il dit haut et fort que les efforts qui ont été décidés en faveur de la Grèce, notamment du secteur bancaire, ne seront en aucun cas repris pour d'autres Etats", or "traiter au coup par coup, c'est se condamner à des crises à répétition.  Ensuite, "les règles et les structures d'une défense systémique de la monnaie européenne (mutualisation de la dette, structure commune de gestion et autorité politique) n'ont pas été mises en place et donc les même causes risquent à court terme de produire les mêmes effets. On aurait voulu et espéré que la crise grecque permette à la zone euro de régler les problèmes d'ensemble qui l'assaillent. On n'a pas trouvé la réponse et on connaîtra d'autres crises".

2- La contribution "volontaire" du secteur privé cache un transfert des risques du privé vers le public :

Le dispositif de "contribution volontaire" du secteur privé (des banques) donne le choix entre trois options (prolonger les prêts avec taux abaissé, reconduire les prêts ou revendre la dette grecque au FESF avec une décote (ou l'échanger contre titres de zone euro bien notés, avec décote)  mais reste à préciser toutes les contraintes, un chiffrage plus précis de ces engagements soi-disant "volontaires" des banques.  Le Financial Time, Mediapart et ATTAC ont dénoncé le risque de voir se transformer le Fonds européen de stabilité financière en une structure qui rachète les bad debts, et renforce la spéculation sur les obligations risquées. Ce dispositif rappelle une structure de défaisance à l'instar du CDR du Crédit Lyonnais. Ainsi, les banques pourraient se débarasser de ces actifs pourris, bien sûr avec une décote donc en subissant une perte mais ainsi en limitant les dégâts, et ce risque serait supportépar l'ensemble des contribuables de la zone euro ... Il s'agit d'un transfert des risques du privé vers le public !

3- Le gouvernement va probablement utiliser le prétexte d'aide à la Grèce pour justifier son excès de dette publique :

Comme le dit cet article du Monde François Fillon annonce que ce plan coûterait 15 milliards d'euros à la France d'ici 2014 et viendrait augmenter notre endettement compte tenu de l'intégration des garanties. Ceci est faux car une garantie  n'exige pas l'appel en financement, donc l'endettement supplémentaire, tant qu'elle n'est pas exercée, tant qu'il n'y a pas défaut. Ou alors il a déjà intégré la certitude de la faillite de l'Etat grec, ce qui signifierait que la garantie de l'Etat apportée au secteur privé (aux banques) est en fait un cadeau ! Voir cet article de l'Expansion qui précise ce que l'aide à la Grèce va vraiment coûter à la France (en fait 5 milliards ont vraiment été avancés par l'Etat français en prêt direct pour la Grèce). C'est La Croix qui explique le plus précisément le dispositif décidé.

Précision ajoutée le 3 août, suite à une information apportée par Raphaël Vuitton, un internaute :

"C'est à tort que vous contestez que la dette de la France ne sera pas impactée par la garantie apportée.

En effet, Eurostat a décidé que les fonds levés dans le cadre de la Facilité Européenne de Stabilisation Financière (FESF) doivent être enregistrés dans la dette publique brute des Etats membres de la zone euro participant à une opération de soutien, en proportion de leur part dans la garantie accordée.

Ainsi, conformément aux règles comptables de l’Union européenne, la dette de la France sera augmentée au fur et à mesure des emprunts contractés par le FESF au prorata de la participation de la France au fonds, par le biais de la garantie apportée.

La dette de la France augmentera donc, même si la garantie n'est pas appelée.

Cette dette n’induira toutefois pas, dans l'immédiat, de charge d’intérêt supplémentaire pour l’Etat français, ni de besoin de recours au marché supplémentaire.

Écrit par : Raphaël Vuitton | 02.08.2011

Voici le lien vers les documents (background note et CP) explicitant la décision d'EUROSTAT, en date du 27 janvier 2011.

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page/portal/gover...

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-27012...

Je vous renvoie également à l'exposé des motifs du PLFR 2011 qui sera discuté en septembre prochain au Parlement lors d'une session extraodinaire."


4- Nous sommes informés des mesures d'austérité imposées à la Grèce ainsi que des décisions concernant l'aide des pays européens mais pas sur d'éventuels engagements de la Grèce concernant les mesures fiscales qu’il faudrait mettre en place sur les activités d’armateurs et de l’église, actuellement exonérés, ainsi que les mesures visant à éradiquer l’éviction fiscale (marché noir) qui touche 30% de l’économie et surtout une mesure visant à arrêter les dépenses énormes d’armement du fait du conflit opposant la Grèce à la Turquie notamment impliquant Chypre, qui est dans l’UE. Faisons les comptes sur ces points et exigeons des engagements !

5- Enfin, comme le dit très justement l'Oeil du Post dans cet article, avec un extrait-montage très significatif et édifiant, Nicolas Sarkozy a fait montre d'un comportement étrange lors de sa conférence de presse annonçant les décisions relatives à ce plan. Mal à l'aise car devant faire ce discours sans note (d'habitude il lit toujours un texte qui lui a été préparé au point de lever rarement les yeux vers la caméra), il donne l'impression de ne rien comprendre à ce qu'il raconte, n'est absolument pas clair, il a une gestuelle surjouée, ponctuées de tics nerveux. Ce n'est pas très bon signe ...

03/07/2011

Et si Anne Sinclair était candidate aux primaires du PS ?

Après tout, c'est notre Hillary Clinton à nous ...
Intelligente, diplomate, populaire, digne et fidèle, elle a accompagné son mari ministre, homme d'Etat au FMI, parle différentes langues, belle et féminine.

 



Cela pourrait donner l'idée à Nicolas Sarkozy, s'il chute encore dans les sondages, de convaincre Carla de se présenter à sa place ...

Un monde dirigé par les femmes serait sans doute plus pacifique !

01/07/2011

La démondialisation selon Arnaud Montebourg : qu’en pense François Bayrou ?

 

Je viens de lire attentivement le petit livre que vient de publier Arnaud Montebourg intitulé « Voter pour la démondialisation !». En fait les recommandations convergent fortement avec celles déjà faite par le MoDem sur l'Europe en 2009 et ne prônent pas un vrai protectionnisme au sens habituel. Si le ton du réquisitoire donne l'impression d'être très "à gauche", la "démondialisation" d'Arnaud Montebourg paraît surtout être une opération médiatique ! 

 

Je fais ce constat après avoir analysé en profondeur le phénomène de mondialisation et de globalisation, ses conséquences sur nos économies et celles des pays émergents, sur l’Europe, lu aussi de nombreux récents ouvrages parus sur ce thème.

Le débat sur le modèle de société, à la fois social et économique, devant intégrer la dimension écologique, est essentiel pour aborder la prochaine campagne présidentielle. Les Français ont une attente sur ce sujet. Avant de se lancer dans un programme, dans des propositions sur la dette publique et la fiscalité, sur l’éducation, sur la relance économique, dans des promesses électorales auxquelles les citoyens ne croient plus, les responsables politiques devraient affirmer leur priorité à des valeurs et donner une vision du monde, pas seulement de la France et de l’Europe. Ils devraient exprimer avec pédagogie leur analyse des causes des dysfonctionnements de la société et de l’économie, leur positionnement idéologique sur la mondialisation, sur le libre-échange et le protectionnisme, sur la capacité des Etats à réguler cette mondialisation, sur les rapports de force entre la finance et l’économie des entreprises, entre les Etats et les puissances financières multinationales, sur la gouvernance mondiale et les trous noirs des paradis fiscaux, le dumping monétaire de la Chine, l’hégémonie du dollar, les grands déséquilibres entre des pays dits riches, mais avec de plus en plus de pauvres, qui vivent à crédit et de l’autre des pays pauvres pillés de leurs ressources (l’Afrique) et des pays émergents (Chine, Inde, Brésil) à forte croissance qui « aspirent » nos emplois grâce à leurs faibles coûts salariaux et financent nos dettes publiques.

C’est l’objet de ce livre, qui est percutant, pédagogique et de prime abord convaincant. Le diagnostic est éclairant. Il est vrai que les vertus du libre-échange ont été idéalisées au point d’en faire un dogme absolu, alors que nous constatons maintenant que des postulats qui fondaient la théorie étaient faux : notamment sur la libre concurrence supposée non faussée, sur « le prix de marché » réputé équilibrant, sur la non prise en compte des coûts d’externalité dans les échanges (destruction sociale et environnementale, impliquant des coûts cachés) ... L’ouverture à la mondialisation a engendré des délocalisations qui furent une cause des destructions de nos emplois.

Cependant, je vois quelques points à critiquer dans ce livre :

 

1- Critique sur le diagnostic :

-         Exagération de l’ampleur des destructions d’emplois dues aux échanges internationaux :
Page 31, le livre fait référence à un document officiel du ministère de l’Economie et des Finances, « La désindustrialisation en France » : « En trente ans, environ 2 millions d’emplois industriels ont été détruits en France (1 913 500 entre 1980 et 2007). Cela représente 71 000 emplois détruits en moyenne chaque année, et un total de 36% des effectifs industriels ». Mais lorsqu’on lit ce rapport de Bercy, il est précisé que sur ces chiffres, seuls 13% des destructions d’emplois sont expliqués par les échanges internationaux, selon une approche comptable fondée sur le contenu en emplois des échanges. Ce taux étant plus élevé sur la période plus récente 2000-2007 (28%). 25% des destructions d’emplois étant dus à des transferts de l’industrie vers les services par externalisation (donc pas une destruction d’emploi au total) et 29% dus à des gains de productivité (65% sur la période 2000-2007). Il faut donc être honnête sur les chiffres en présentant mieux la réalité.
Il faut aussi considérer que la mondialisation a eu des effets positifs sur l’échange des savoirs, la communication, nos exportations, ainsi qu’une baisse importante de prix sur des biens à la consommation (textiles, jouets, électronique,...) avec un effet favorable sur le pouvoir d’achat des consommateurs français, qu’il faudrait chiffrer. Ces avantages ne sont pas évoqués, pas plus que les inconvénients de mesures de rétorsion brutales sur nos exportations qui résulteraient de la part de pays comme la Chine de décisions françaises ou européennes d’interdiction ou de forte taxation aux frontières de leurs produits, même justifiées par des normes sociales et environnementales, surtout si ces normes ne sont pas mondiales ...

-         Occultation des points positifs de la mondialisation pour les pays pauvres et émergents :
Le livre pointe le maintien des bas salaires et d’une faible protection sociale dans ces pays malgré leur croissance forte qui en réalité bénéficie plutôt aux détenteurs des capitaux, aux actionnaires des sociétés exportatrices installées dans ces pays qui sont soit des riches privilégiés soit l’Etat (pour la Chine), qui se sert de l’excédent commercial pour acheter la dette publique américaine ou européenne ou prendre des participations stratégiques dans nos pays (ports grecs, entreprises européennes) pour accroître son pouvoir politique sur nos pays dans un rapport de force. C’est vrai mais il faut aussi reconnaître une indéniable montée du niveau de vie moyen dans ces pays émergents, dont la Chine, la constitution d’une classe moyenne visant à atteindre un niveau de vie comparable aux classes moyennes occidentales. Arnaud Montebourg conteste les chiffres annoncés par le gouvernement chinois de la population sortie de la pauvreté (400 millions sur 1,4 milliards) car le chiffre est obtenu en prenant un seuil de pauvreté de 0,4 dollar par jour.  Regardons mieux les chiffres : en Chine, d’après
cet article, on définit la classe moyenne par l’ensemble des personnes dont les revenus sont compris entre 25.000 et 100.000 yuans par an [soit respectivement 2.500€ et 10.000€]. De 2005 à 2010, son effectif a progressé de 46%. Elle représentera 57% de la population chinoise en 2010, contre 39% en 2005, et près de 75% de la totalité du pouvoir d’achat disponible de la Chine. Le salaire minimum chinois est entre 1 100 et 1 200 yuans par mois selon les provinces, ce qui donne environ 133 euros par mois (1 €=9 yuans). Arnaud Montebourg reprend page 40 le chiffre de 80 millions de Chinois gagnant aujourd’hui plus de  20 000 dollars par an, soit 5% de la population. En termes de niveau de vie dans une grande ville comme Pékin ou Shanghai, 20 000 dollars par an correspond à 120 000 yuans/an, soit 10 000 par mois, alors qu’il faut 3000/mois (dont 1000 pour le loyer d’un studio) soit 333 €/mois pour l’équivalent en niveau de vie à notre Smic à 1000 € net. Ce chiffre correspond donc à un niveau assez élevé pour un chinois (3 fois le niveau de vie d’un Smic en France).

 

-         Dénonciation du succès de Allemagne, agissant en prédateur comme la Chine pour ses voisins européens, et du « modèle allemand » en réalité égoïste :
Pour répondre à ceux qui rétorquent que l’Allemagne, avec la même monnaie l’euro et avec un modèle social comparable à la France, n’a pas détruit ses emplois industriels et en a au contraire créé dans la mondialisation, Arnaud Montebourg explique que l’Allemagne a su être compétitive au détriment de ses voisins grâce à un écrasement des salaires, qui ont stagné depuis 12 ans alors qu’ils augmentaient en France. Mais un
rapport publié par la Commission des comptes de la Sécurité sociale, datant de juin 2010,dont j’ai parlé dans un précédent article sur le mythe allemand, explique que malgré cette compression des salaires allemands, le coût du travail est aujourd’hui en moyenne un peu plus élevé en Allemagne qu’en France (alors que la France est plus productive). Même si par ailleurs il faut signaler l’absence de salaire minimum légal en Allemagne, permettant d’employer des salariés à moins de 6 € de l’heure (contre 7 € net chez nous, 9 € en brut), ayant conduit à une augmentation du nombre de travailleurs pauvres en Allemagne, comme en témoigne cet article : « Selon l'institut du travail de l'université de Duisbourg-Essen, plus de 6,5 millions de personnes en Allemagne, soit près de 20 % des travailleurs, toucheraient moins de 10 euros brut de l'heure. Le chiffre est surtout inquiétant concernant les très petits salaires : 2 millions d'employés gagnent moins de 6 euros de l'heure ».
Ce n’est pas un différentiel de coût du travail qui explique le succès allemand, pas plus qu’un comportement allemand « prédateur » et « égoïste » à l’égard de ses voisins qui explique son succès commercial à l’exportation, mais un positionnement sur des produits de qualité, à haute valeur ajoutée, que ce soit dans l’automobile ou dans le secteur de la machine outil pour l’industrie manufacturière, fournisseur non seulement de l’Europe (62% de ses exportations) mais aussi de la Chine, des pays émergents, grâce à leur croissance forte sur les secteurs de production utilisant ces machines.

-         Enfin, le ton accusateur du réquisitoire, qui frise le populisme démagogique :
Ce diagnostic cible le libre-échange qualifié d’ennemi, alors que ce sont les dérives d’un libre-échange insuffisamment régulé qu’il faudrait plutôt condamner. Ce réquisitoire  prend aussi un ton accusatoire, dénonçant une caste de nantis disposant du pouvoir au travers des puissances financières et des banques, qui auraient volontairement entretenu ce système, imposant un dogme à l’OMC comme à la Commission européenne, pour s’enrichir sur le dos des classes moyennes et défavorisées. On est proche de la théorie du complot ... Or, même si ce système capitaliste dans la mondialisation fonctionne sur l’appât du gain plutôt que sur une volonté entrepreneuriale de développement au bénéfice de l’homme, même s’il profite aux riches détenteurs de capitaux, il faut être conscient que les puissances financières sont majoritairement (nous chercherons à en évaluer la proportion dans un prochain article) des fonds de pension ou d’investissement qui investissent pour placer des liquidités des retraites par capitalisation et les économies des épargnants, défendant les intérêts financiers des ... classes moyennes occidentales.

 

2- Originalité des recommandations ?

 

Curieusement, alors que le positionnement de Arnaud Montebourg est qualifié très « à gauche », proche de Jean-Luc Mélenchon, ce qui sans doute tient au ton réquisitoire accusateur du diagnostic et à l’emploi du mot « protectionnisme » renforcé par la médiatisation de l’expression « démondialisation », les propositions en fin de livre sont très classiques et la plupart reprennent des point déjà recommandés par François Bayrou et le Mouvement démocrate dans son projet humaniste (livre orange) et dans le projet du MoDem pour l’Europe de 2009 notamment pour régulariser la mondialisation :

 

-         Concernant les point 1 et 2 « faire intégrer dans les traités de libre-échange de l’OMC de nouvelles conditions non marchandes, afin que la compétition ne se fasse pas au détriment du travail et de l’environnement » :
MODEM (p.47) =>  intégrer les objectifs environnementaux et sociaux dans les échanges internationaux, à travers une réforme de l’OMC ; dans le programme européen du Modem => Réformer en profondeur les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour intégrer davantage les exigences sociales et environnementales. Les produits qui entrent en Europe devront progressivement être soumis aux mêmes normes que ceux que nous fabriquons chez nous.

-         Sur le point 3 «  créer une agence française sanitaire, sociale et environnementale chargée de calculer le coût écologique et social des produits étrangers selon des critères transparents » :
Le MODEM propose au niveau de l’Europe (p. 47) => introduire une norme comptable fondée sur la responsabilité sociale et environnementale pour les grandes entreprises et réalisée par des agences indépendantes ;

-         Point 4 « instaurer une taxe carbone aux frontières de l’UE » et 6 (taxe appliquée aussi au sein de l’Europe) :
Le MODEM le proposait déjà dans son
programme pour l’Europe en 2009 : 
 
- Instaurer une taxe carbone européenne qui pénalisera les énergies fossiles les plus polluantes.
- Taxer les pollueurs pour qu’ils soient incités à modifier leur comportement.
 une fiscalité environnementale :
Dans son projet humaniste (p.16) =>
La fiscalité doit désormais être adaptée à l'impératif environnemental. Elle doit être liée directement aux comportements des entreprises et des particuliers. Pour les entreprises, des tranches d’impôt sur les sociétés pourraient être établies en fonction de leur performance environnementale. Pour les particuliers, la TVA pourrait être modulée en fonction de la performance environnementale des produits de consommation achetés ;
et p.19 : une fiscalité réorientée pour susciter chez chaque acteur des comportements plus éco-responsables

-         Point 11 : «  Permettre aux consommateurs d’accéder à l’information du contenu social et environnemental des produits qui leur sont proposés, par l’institutionnalisation des labels,... » :
Le MODEM, p.17-18 : encourager la consommation de produits à plus-value sociale et environnementale en clarifiant les labels et en communiquant l’empreinte sociale et environnementale des produits et services ;

-         Point 13 « Politiser le droit européen à la concurrence pour constituer des champions industriels ayant la taille critique sur le marché mondial » :
Programme européen du MoDem =>
Instaurer une politique industrielle européenne grâce à la mise en place d’un fonds stratégique l’investissement au sein de la Banque européenne d’investissement (BEI). Il financera des projets stratégiques, les nouvelles technologies de l’environnement et les PME innovantes
Projet humaniste, p.47 => soutenir les rapprochements entre entreprises pour susciter des « champions européens ». Un Fonds stratégique européen pourrait élargir les compétences actuelles du Fonds Européen d’Investissement. Il investirait dans les grandes entreprises stratégiques, les PME innovantes, les projets d’infrastructures de niveau européen ;

-         Point 14 « Mettre la convergence sociale et fiscale à l’agenda immédiat de l’Union européenne » :
Programme européen du MoDem =>
 Mettre en place un plan de convergence sociale
afin d’harmoniser progressivement nos niveaux de protection sociale en Europe.
Comme je le disais dans un article « TVA sociale : pour ou contre ? », il faut entrer dans une logique de concurrence loyale et solidaire proposant une taxe sociale et environnementale solidaire aux frontières de l’Europe. Marielle de Sarnez, députée européenne et vice-présidente du Mouvement Démocrate, a défendu ces positions lors de plusieurs interventions au Parlement européen, notamment celle-ci le 8 octobre dernier à propos de la Chine.

-         Même si malheureusement ne figure pas dans les propositions à la fin du livre la recommandation déjà faite par Arnaud Montebourg de séparer les banques de dépôt des banques d’affaire (pour que les banques ne mettent pas en danger les activités bancaires classiques en spéculant sur les marchés), comme le stipulait le Glass Steagall Act aux Etats-Unis avant son abolition en 1999, François Bayrou a été le premier à la proposer dès l’éclatement de la crise financière fin 2008. Arnaud Montebourg avait aussi parlé de « mettre les banques sous tutelle » (ce que ne recommande pas le MoDem), en prônant un pôle bancaire public, que l’on ne trouve pas dans ces 17 propositions.

 

Lacunes dans les recommandations :

Comparé à ces recommandations, même s’il n’emploie ni le mot « démondialisation » (terme utilisé dans un but médiatique comme une « marque déposée ») ni le mot « protectionnisme » (qui signifie des barrières aux frontières sur des critères que l’on ne s’impose pas à soi-même), le Mouvement Démocrate va plus loin en vue de réguler la mondialisation.

Il insiste beaucoup sur l’importance d’une gouvernance mondiale sur la concurrence déloyale monétaire, permettant à certains pays comme la Chine de pratiquer un dumping par sous-évaluation de sa monnaie.

La protection de nos emplois et de nos ressources fiscales passe également par l’interdiction des paradis fiscaux ou Etats dits « non coopératifs », au niveau de l’Europe comme au niveau mondial. Dans le programme européen du MoDem  figurait « Prendre les décisions nécessaires, avec un calendrier contraignant, pour bannir la pratique des paradis fiscaux. »

 

 

 
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