Avertir le modérateur

24/04/2012

Présidentielle 2012 : comparaison avec 2007 et le mystère François Bayrou

Il est intéressant de comparer les résultats de premier tour des élections présidentielles de 2012 à celui de 2007. On peut y voir des transferts de voix évidentes, d'autres moins. Les faits marquants sont surtout la montée des extrêmes (presque +7,5 points pour le FN et +5,5 pour l'extrême gauche dont 9,2 pour J.L Mélenchon), la chute de François Bayrou (-9,5 soit score divisé par 2) et le décrochage du président sortant Nicolas Sarkozy (-4) alors que le candidat du PS augmente de presque 3 points (phénomène de rejet de Sarkozy bénéficiant à Hollande).

Le point le plus surprenant de ces résultats est notamment le paradoxe entre ce résultat très décevant de François Bayrou et la cote de popularité, de confiance, de qualité des propositions de François Bayrou, placé en tête des sondages sur les personnalités politiques. Je n'ai pas trouvé de sondage expliquant les évolutions des votes des électeurs entre 2007 et 2012, ce qui aurait été intéressant. En discutant avec les gens et an analysant les causes, j'en viens à la conclusion suivante :

- Les Français n'ont pas voulu voir la dure réalité en face et semblent préférer les fausses promesses aux efforts, préférer l'affrontement dual à l'unité, ... enfin pour le moment ;

- ils n'ont pas réussi à sortir de la bipolarité, toujours favorisée par les institutions de la Vème république, le mode de scrutin à deux tours, de surcroît entretenu par les médias qui préfèrent les combats de coqs à un discours rassembleur prônant l'unité ;

- ils n'arrivaient pas bien à imaginer Bayrou président car ne pouvaient pas se figurer la composition éventuelle d'un gouvernement ;

- avec la crise financière et économique, ils ont cristallisé leur souffrance et leur colère sur les extrêmes, alors qu'en 2007 certains qui ne voulaient ni Sarkozy ni Ségolène Royal s'étaient reportés sur Bayrou et avaient été séduits par son approche dépassant le clivage gauche-droite.

 

En comparant les résultats de 2012 à 2007 (ce serait intéressant d'avoir un sondage là-dessus !), il est vraisemblable de penser qu'il y a eu :

- un report de Bayrou vers Hollande environ 6, correspondant pour partie en 2007 à des voix du PS qui avaient préféré François Bayrou à Ségolène Royal et sont revenues en 2012 (et un peu vers Mélenchon 1) et un peu vers Sarkozy pour le centre droit (Nouveau Centre, Radicaux) 2 ;

- un report de Hollande vers Mélenchon environ 3 ;

- Mélenchon a bénéficié de voix de Hollande (3)+Bayrou (1) + du NPA (3) et de Lutte Ouvrière (presque 1) et des écologistes (1)

- Le Pen a bénéficié des voix de Sarkozy (6), des souverainistes (1) et peut-être grapillé sur les petits candidats marginaux (Nihous, Schivardi) pour 1

 

Commentaires

Quelques remarques en vrac...

1) Plutôt qu'en pourcentage, il est sans doute plus pertinent de raisonner en nombre de voix, ce qui gomme les effets dus à l'éventuelle abstention.

2) L'étiage "naturel" du centre, depuis en gros les années 80, se situe à 8/10%. Ce qu'a fait Bayrou cette fois-ci. Ce n'est pas 2012 qui est un échec mais 2007 qui a été un accident. Un accident dû en partie à la conjonction rare de deux phénomènes : un candidat de droite qui donnait des boutons à la moitié de la droite et une candidate de gauche qui donnait de l'urticaire à la moitié de la gauche... Chacun des "opposants internes" a ainsi trouvé en Bayrou une "seconde voie" attirante. Par la suite, Bayrou a su transformer cet accident en projet, il a été porté par un formidable espoir ; on sait ce qu'il en a fait, n'épiloguons pas.

3) Comme beaucoup de commentateurs MoDem que j'ai pu lire, vous vous étonnez du hiatus entre popularité et résultat électoral. L'explication est pourtant très simple et tient en deux points :
3-A) il ne faut pas confondre "popularité" et "crédibilité". Je peux trouver quelqu'un tout à fait sympathique, mais ne pas vouloir de lui comme dirigeant pour autant. Idem pour le projet : je peux tout à fait reconnaître que quelqu'un a un projet solide, et ne pas voter pour lui tout simplement parce que, de ce projet solide, je ne veux pas.
3-B) Arithmétiquement, une très forte popularité est parfaitement compatible avec de faibles scores électoraux. Il suffit que cette popularité soit l'expression d'un second choix. Démonstration : supposons que 27% des Français soient prêts à voter Sarkozy, rejettent Hollande et, par ailleurs, trouvent Bayrou sympathique et crédible (2e choix). Supposons symétriquement que 30% des Français veuillent voter Hollande, rejettent Sarko et trouvent Bayrou tout à fait convenable (2e choix). Enfin, supposons que 10% des Français veuillent voter Bayrou et trouvent pour moitié Sarko bien et Hollande odieux, pour moitié l'inverse. Les résultats seront alors :
Popularité : Sarko 27+5 = 32, Hollande 30+5 = 35 et Bayrou 27+30+10 = 67
Vote : Sarko 27, Hollande 30, Bayrou 10.
Et voilà pourquoi votre fille est muette...

4) Je ne suis pas certain que les Français aient refusé de voir la réalité. A mon avis, c'est même l'inverse. Je crois que les Français ont parfaitement intégré la dure réalité et savent très bien que, quel que soit le nouveau président, celui-ci sera confronté à des difficultés et des contraintes telles qu'il faudra de toute façon se serrer la ceinture et consentir des sacrifices. Ils veulent seulement que ces sacrifices soient faits dans le consensus, l'égalité (courant Mélenchon) et sans que certaines catégories ne cherchent à s'exonérer du destin collectif (courant Le Pen). Du coup, ils recherchent celui qui saura le mieux créer du consensus et proposer des solutions collectivement acceptables. Par rapport à ça, Bayrou a fait deux erreurs :
4-A) il a contredit son discours de rassemblement et de consensus par des attaques violentes tantôt contre la droite, tantôt contre la gauche. En fait, il disait "Pour l'instant je leur tape dessus, mais le moment venu je saurai les rassembler...". Peu crédible.
4-B) après avoir un moment proposé des solutions concrètes (le "Produire en France") qui ont intéressé l'opinion, il est retombé dans un discours catastrophiste et dénonciateur de lendemains qui pleurent. Du coup, les Français se sont détournés, non pas parce qu'ils ne voulaient pas entendre, mais simplement parce qu'ils savaient déjà. En temps d'averse, on s'intéresse à celui qui offre des parapluies, pas à celui qui va partout répétant qu'il pleut et que ça va durer...

Bonne fin de campagne !

Écrit par : Ch. Romain | 24/04/2012

Merci Christian pour votre commentaire intéressant et argumenté !

Écrit par : Marie-Anne Kraft | 24/04/2012

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu