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27/04/2012

Présidentielle 2012 : simulateur de second tour

Maintenant que nous avons les résultats du 1er tour, je vous propose de faire une simulation vous-même des résultats de second tour en fonction de vos hypothèses de report de voix, sur le tableur simulateur ci-joint (remplacer les valeurs en italique en veillant à conserver un total de 100% par ligne).

Voilà ce que donnent mes hypothèses :

1- reports de voix basés sur un dernier sondage Harris pour les électeurs de Bayrou et de Le Pen.
    J'ai reporté intégralement Melenchon et Joly sur Hollande.

=> Hollande l'emporte largement avec 56% des voix

2- hypothèse extrême la plus favorable à Sarkozy où le total des voix de Bayrou et de Le Pen se reporteraient sur Sarkozy

=> Sarkozy l'emporte largement avec 56% des voix

3- Hypothèse où les électeurs de Bayrou et de Le Pen s'abstiennent à 20% et votent à 70% pour Sarkozy et à 10% pour Hollande

=> Nicolas Sarkozy arrive à l'emporter (tout juste)

 

24/04/2012

Présidentielle 2012 : comparaison avec 2007 et le mystère François Bayrou

Il est intéressant de comparer les résultats de premier tour des élections présidentielles de 2012 à celui de 2007. On peut y voir des transferts de voix évidentes, d'autres moins. Les faits marquants sont surtout la montée des extrêmes (presque +7,5 points pour le FN et +5,5 pour l'extrême gauche dont 9,2 pour J.L Mélenchon), la chute de François Bayrou (-9,5 soit score divisé par 2) et le décrochage du président sortant Nicolas Sarkozy (-4) alors que le candidat du PS augmente de presque 3 points (phénomène de rejet de Sarkozy bénéficiant à Hollande).

Le point le plus surprenant de ces résultats est notamment le paradoxe entre ce résultat très décevant de François Bayrou et la cote de popularité, de confiance, de qualité des propositions de François Bayrou, placé en tête des sondages sur les personnalités politiques. Je n'ai pas trouvé de sondage expliquant les évolutions des votes des électeurs entre 2007 et 2012, ce qui aurait été intéressant. En discutant avec les gens et an analysant les causes, j'en viens à la conclusion suivante :

- Les Français n'ont pas voulu voir la dure réalité en face et semblent préférer les fausses promesses aux efforts, préférer l'affrontement dual à l'unité, ... enfin pour le moment ;

- ils n'ont pas réussi à sortir de la bipolarité, toujours favorisée par les institutions de la Vème république, le mode de scrutin à deux tours, de surcroît entretenu par les médias qui préfèrent les combats de coqs à un discours rassembleur prônant l'unité ;

- ils n'arrivaient pas bien à imaginer Bayrou président car ne pouvaient pas se figurer la composition éventuelle d'un gouvernement ;

- avec la crise financière et économique, ils ont cristallisé leur souffrance et leur colère sur les extrêmes, alors qu'en 2007 certains qui ne voulaient ni Sarkozy ni Ségolène Royal s'étaient reportés sur Bayrou et avaient été séduits par son approche dépassant le clivage gauche-droite.

 

En comparant les résultats de 2012 à 2007 (ce serait intéressant d'avoir un sondage là-dessus !), il est vraisemblable de penser qu'il y a eu :

- un report de Bayrou vers Hollande environ 6, correspondant pour partie en 2007 à des voix du PS qui avaient préféré François Bayrou à Ségolène Royal et sont revenues en 2012 (et un peu vers Mélenchon 1) et un peu vers Sarkozy pour le centre droit (Nouveau Centre, Radicaux) 2 ;

- un report de Hollande vers Mélenchon environ 3 ;

- Mélenchon a bénéficié de voix de Hollande (3)+Bayrou (1) + du NPA (3) et de Lutte Ouvrière (presque 1) et des écologistes (1)

- Le Pen a bénéficié des voix de Sarkozy (6), des souverainistes (1) et peut-être grapillé sur les petits candidats marginaux (Nihous, Schivardi) pour 1

 

20/04/2012

L’ultime avertissement de François Bayrou avant le 22 avril

La campagne présidentielle s’achève avec cette impression amère, confirmée par la presse internationale sidérée, qu’elle n’a pas traité les sujets essentiels : la crise de la dette et le chômage, suivi par le niveau de plus en plus dégradé de notre éducation. Elle a aussi quasiment éludé l’écologie et la santé publique. Seul le candidat François Bayrou a cherché à tenir un langage de vérité sur la gravité de la situation économique de la France et a fait des propositions fortes pour le « produire en France » et sur « l’instruire ». Eva Joly a parlé d’écologie et de santé publique, mais sans que ces sujets importants mobilisent car devenus non prioritaires, au point qu’elle ne parle plus d’écologie dans son clip officiel de campagne.

Cette campagne a continué de fonctionner sur un ancien référentiel, le clivage traditionnel « gauche-droite », alors qu’il y a plus de division et même une vision différente de modèle, au sein de la droite et au sein de la gauche qu’entre la partie gauche et la partie droite plus centrales, c'est-à-dire en désaccord avec son extrême. Les candidats des extrêmes, d’extrême gauche comme d’extrême droite, veulent "casser le système", casser l'euro ou l'Europe, sortir du capitalisme et de la mondialisation en prônant le protectionnisme, tout en désignant les boucs émissaires. Comme dit François Bayrou : « Sarkozy est le candidat de la division et Hollande le candidat de l’illusion, et les extrêmes sont soit dans "l'extrême division" soit dans "l'extrême illusion". Mais « Les partis se tiennent par leur noyau dur » !

Sur leur vision du modèle de société, Sarkozy, Hollande et Bayrou sont au moins d’accord sur des objectifs communs même s’ils dénotent des priorités différentes et certaines nuances : préserver l’Europe et l’Euro, sauvegarder notre modèle social, assainir les finances publiques en réduisant le déficit, réindustrialiser la France, mieux réguler la finance, intégrer la dimension écologique même si le thème reste en retrait, sans casser le système. La candidate écologiste Eva Joly est aussi dans la continuation de ce modèle même s’il donne plus de priorité à certains thèmes (écologie et lutte contre la corruption). Alors que Sarkozy prétend "protéger" tout en divisant les Français, Hollande prône l'égalité par la "redistribution" mais en faisant des promesses intenables et en s'adressant à "la gauche", c'est François Bayrou qui à mon avis a la meilleure analyse, tenant un langage de vérité avec une approche lucide et pragmatique et visant vraiment à "créer" de l'activité, des vrais emplois, pour sauver à la fois notre modèle social et nos emplois, en assurant plus de solidarité, en rassemblant et en s'adressant à tous les Français. Je pense également que son idée de rassemblement central autour de cette vision commune, des priorités visant à sortir la France de la crise en prenant les problèmes à la racine et en responsabilisant les citoyens, est la bonne, même si elle est mal comprise dans le contexte de bipolarité politique gauche-droite. Et qui d’autre que lui, François Bayrou, pourrait conduire ce rassemblement central ?

Avant de voter, écoutons l’analyse de François Bayrou et son ultime avertissement :

- La France est dans une situation économique désastreuse, beaucoup plus grave que Sarkozy et Hollande le disent. Niveau insupportable de la dette publique et du déficit commercial extérieur, désindustrialisation galopante. Et ceci est dû aux politiques publiques des gouvernements de gauche comme de droite qui ont laissé filer ces déficits et qui n'ont pas su avoir de stratégie industrielle, qui n'ont pas anticipé et géré les évolutions technologiques, la mondialisation etc.

- Cette situation n’est pas due à la mondialisation, à la Chine, ni à l’euro. La preuve c'est que les autres pays, dans un même contexte, avec le même coût du travail, et pour la plupart dans l'euro, ont une balance commerciale en excédent et un faible chômage : Allemagne, Pays-Bas, Pays nordiques ... Notre modèle social est maintenant mis en danger si on ne redresse pas la barre tout de suite. François Bayrou soutient l’euro et l’Union Européenne face à ceux qui veulent remettre en cause la monnaie unique ou qui refusent de payer la dette que les gouvernements français ont accumulée depuis trente ans, face à ceux qui voudraient une solution argentine (qui s’est traduit par un effondrement de 50% du niveau de vie, 53% de personnes passées sous le seuil de pauvreté, exil,…).

 - Le niveau de la dette publique est tel qu'il faut absolument le geler (puis le réduire …) en s'interdisant tout déficit et en immunisant le taux d'intérêt, mais avec une solution crédible, pas en s'imaginant qu'il suffit de faire payer les riches ou avoir recours à un financement à taux zéro de la BCE, ce qui n'est pas envisageable sans l'accord des partenaires européens et qui génèrerait une inflation telle que ce serait ruineux au final.

- L'assainissement des finances publiques doit s'accompagner d'une politique de croissance basée sur le « produire en France » soutenu par le « acheter français », mais pas par une dépense publique excessive, pas par des chèques en bois, pas par des emplois subventionnés ou très à la marge. Une politique de soutien de la demande par la consommation (augmentation des salaires etc.) ne pourra réussir si les consommateurs achètent surtout des produits étrangers. Au contraire, cela creusera encore un peu plus le déficit commercial et n’arrangera pas plus les finances de l’État. Pourtant, c’est l’erreur que voudrait commettre à nouveau la gauche si elle parvenait au pouvoir. Il faut redynamiser l'économie filière par filière en créant de l'activité. François Bayrou a donné des multiples exemples dans l'industrie, dans la filière bois, dans le numérique, etc.

François Bayrou soutient son argumentation en comparant la France à l’Allemagne :

-          La France, depuis 2005, a un déficit commercial extérieur (exportations-importations) qui s’est creusé jusqu’à atteindre 70 milliards en 2011 (ce qui est équivalent en montant à 3 millions de salaires charges comprises !), alors que l’Allemagne a un excédent de 160 milliards (équivalent de plus de 6 millions de salaires charges comprises !).

-          Pourtant les deux pays sont de même niveau, avec la même monnaie, les mêmes coûts salariaux, les mêmes niveaux de protections sociales (le coût du travail est même un peu supérieur en Allemagne).

-          En étudiant attentivement chaque filière, François Bayrou a cherché à comprendre pourquoi la France ne produit plus et pourquoi l’Allemagne produit beaucoup. L’Allemagne était au même niveau que le France en 2004 mais le gouvernement de Gerhard Schröder avait décidé de mettre en œuvre un plan industriel qui porte maintenant ses fruits, en regardant filières après filières les spécificités de chaque marché.

François Bayrou a pris pour exemple la filière bois. La France métropolitaine a 16 millions d’hectares de forêts et 450 000 emplois. En Allemagne, il y a 11 millions d’hectares de forêts et 800 000 emplois. Cela voudrait dire qu’en France, il manque plus de 500 000 emplois avec ses ressources forestières. Pourquoi ? Parce que l’Allemagne a décidé d’un grand plan de réimplantation de scieries et que la France va en Allemagne pour scier ses arbres !

Il a aussi donné un autre exemple, avec l’industrie automobile. Il y a sept années, Renault produisait 1,2 million de véhicules en France et Volkswagen autant en Allemagne. Aujourd’hui, Renault ne produit plus que 440 000 véhicules en France et Volkswagen en produit 2,2 millions en Allemagne. Les ouvriers de Volkswagen ont même eu droit à une prime de 7 500 euros pour les remercier du travail accompli.

L’Allemagne a veillé à préserver ses emplois sur son sol, par une politique industrielle et par le soutien des partenaires sociaux qui sont associés aux décisions de l’entreprise. Ces derniers ont aussi accepté de recourir au chômage partiel pendant le temps fort de la crise économique, en 2009 notamment, pour garder les compétences et pouvoir reprendre ensuite l’activité lors de la reprise. Le dialogue social joue un rôle essentiel dans cette stratégie. De même que l’entrée de représentants du personnel avec droit de vote dans les conseils d’administration des entreprises devrait aussi, selon François Bayrou, faciliter ce dialogue, l’approbation d’une stratégie qui défend l’emploi. Il prône aussi la participation de représentants de personnel que dans les comités de rémunération afin de mieux contrôler les rémunérations de leurs dirigeants.

L’approche de François Bayrou part d’une analyse profonde et d’une vision du modèle de société articulé autour des valeurs républicaines. Elle est pragmatique, s’enrichissant des expériences qui ont réussi, dans les autres pays, ou au sein de notre pays. Elle est responsabilisante, ne cherche pas les boucs émissaires, la condamnation de causes extérieures, ce qui empêche de voir nos propres défauts. Enfin, il a confiance dans les citoyens qui ne demandent qu’à éveiller leur conscience, à comprendre, à être informés, pour contribuer aux réflexions, au débat et à choisir en connaissance de cause.

15/04/2012

Ce que François Bayrou fera au second tour … s’il n’est pas en finale

Ce qui n’est pas joué d’avance …

 

Tout d’abord pourquoi n’est-ce pas joué d’avance ?

Parce que les Français pour la plupart ont suivi superficiellement la campagne, n’ont pas tout écouté, n’ont pas lu les projets, ne sont pas suffisamment informés de la situation réelle du pays et donc peuvent plus difficilement juger des annonces et des promesses des candidats. Tout le monde sait qu’il y a une crise économique, une crise des dettes en zone euro, quela Franceaccuse un déficit public et souffre d’un chômage croissant. Mais la dette, c’est un sujet « technique », d’économistes. Ils ne se rendent pas compte que même si l’Etat n’était plus en déficit, ses 1700 milliards euros de dette (26 000 euros par Français ou encore 40 000 euro par actif) génère annuellement une charge en intérêts de 50 milliards, plus que l’impôt sur le revenu, plus que le budget de l’éducation nationale, soit 2,5% du PIB, comme si sans cette chargela Franceavait 2,5% de croissance !

On bassine quotidiennement les Français de sondages plutôt que d’informations éclairantes sur les problèmes du pays aidant à comparer les propositions. Aucun débat (même l’émission en deux soirées des « Paroles et des Actes » sur France 2, donnant la parole à chaque candidat pendant 16 minutes, était un simulacre, relevait plus du speed-dating que d’un débat dont on a privé les Français. Les vrais sujets essentiels et vitaux, qui devraient être débattus, sont le chômage et la réindustrialisation dela France, le rétablissement de ses finances publiques et de sa balance commerciale extérieure, la refondation de l’Europe passant par une gouvernance démocratique, plus de projets communs, une mutualisation de ses dettes publiques, une reprise en main de l’éducation et de la formation en général. Mais les candidats préfèrent parler de boucherie Halal ou de permis de conduire, bref, des sujets de diversion … sauf François Bayrou justement qui parle de ces sujets essentiels.

Dans ces derniers discours, remarquons que François Bayrou passe environ les trois quarts de son temps sur l’analyse de la situation, l’explication des causes de nos maux, de la dette, du chômage, du financement des retraites. « Tout se tient, ces maux sont en fait les fruits d’un même arbre, le fait que nous ne produisons plus en France », dit-il. Et il nous livre une démonstration, qui part du déficit du commerce extérieur, c'est-à-dire la différence entre nos exportations et nos importations. Avant 2005, nous étions excédentaires. Puis en sept ans, la balance est devenue de plus en plus déficitaire, atteignant 70 milliards d’euro en 2011, soit 3,5% du PIB ou encore en montant l’équivalent du salaires charges comprises de 3 millions de gens ! Alors que celle de l’Allemagne (qui était en pleine crise en 2004, subissant le coût de la réunification), s’est améliorée au point d’atteindre 160 milliards d’euro. Et La chine ne pèse que pour 24 milliards dans ce déficit extérieur, car nous sommes surtout déficitaires vis-à-vis de nos partenaires européens (18 milliards avec l’Allemagne), à l’exception de la Grèce[1]. Et lorsque nous achetons à l’étranger au lieu de biens produits chez nous, il n’y a aucune contribution au financement de notre sécurité sociale, de notre retraite, de notre caisse chômage, à l’impôt sur le revenu des salaires correspondant. Ce qui accroît donc aussi notre déficit public !

La presse internationale le dit, les journalistes le reconnaissent : c’est François Bayrou qui a la meilleure vision, la meilleure analyse, des propositions constructives sur les sujets essentiels que sont l'emploi et le surendettement de l'Etat, sans oublier l'éducation.  Le chiffrage des projets de Nicolas Sarkozy et de François Hollande n'est pas réaliste, pour l'un comme pour l'autre,  car il retient un taux de croissance compris entre 2 et 2,5% alors que le taux officiellement prévu est à présent de 1,5%, taux retenu par François Bayrou dans son projet. François Bayrou veut dire la vérité, mais quand cette vérité fait peur, qu'elle dérange, les gens préfèrent ne pas l'entendre et être séduits par des solutions irréalistes. Bayrou fait appel à la conscience et à la responsabilité des citoyens, il leur fait confiance. Mais quand ces derniers ne lisent plus les journaux et ne regardent que le 20h de TF1 ou éventuellement un zapping du journal gratuit pour suivre l'actualité, qui délivrent quotidiennement des résultats de sondages plutôt que comparer les propositions des candidats, il est impossible de comprendre les sujets de fond, on sombre dans la démocratie d'opinion et dans la note de gueule.

C'est lamentable, affligeant, pitoyable, la décadence de la démocratie. Même cet engouement pour Jean-Luc Mélenchon, je le comprends, car ce candidat révolutionnaire sait drainer la colère du peuple en même temps qu'il dégage une chaleur humaine, "l'humain d'abord". Mais ses solutions sont complètement irréalistes, mettraient le pays en ruine, sans que les gens s'en rendent compte. Avec Jean-Luc Mélenchon, tout paraît simple, l'Etat va tout prendre en charge, « yaca » prendre aux riches et créer de la monnaie banque centrale, de la monnaie de singe (ce qu'on ne peut même pas faire à moins de sortir de l'euro, ce qui serait encore pire, et cela créerait une énorme inflation). C'est un discours déresponsabilisant et infantilisant.

Bayrou n'a pas voulu sombrer dans la démagogie ni user de marketing, d'agence de communication, préférant la conviction à la séduction et à la manipulation. C'est cela qui fait sa faiblesse dans les intentions de vote. Mais c'est tout à son honneur, il respecte vraiment les électeurs.

Nous arrivons donc à la semaine cruciale précédant le scrutin : soit les Français se réveillent, soit s’est plié et le scrutin donnera raison aux sondages.

Actuellement ces sondages donnent au second tour Hollande à 53% contre Sarkozy à 47%. Les 10% d’électeurs de François Bayrou peuvent donc faire basculer le vote. Le dernier sondage sur les reports de voix de Bayrou donne 42% sur Hollande, 39% sur Sarkozy et 19% blanc. Si les votes blancs de Bayrou (2% des voix) basculaient sur Sarkozy ainsi que la moitié de ceux préférant Hollande (encore 2%), cela représenterait 4% des voix, ce qui donnerait Sarkozy gagnant.

On comprend alors toutes les œillades de Chimène faites à François Bayrou (et à ses électeurs), la fois par Nicolas Sarkozy et ses proches et par François Hollande. Devant un tel enjeu, l’hypothèse d’une nomination de François Bayrou premier ministre de Sarkozy est avancée par l’UMP, distillée dans les médias pour faire buzz.

Mais imaginez-vous vraiment François Bayrou accepter une telle nomination ? Alors qu’il aurait déjà pu l’obtenir en d’autres temps, comme des personnes issues du PS l’ont même accepté en 2007 (Bernard Kouchner, Claude Allègre, Luc Besson, …). Ce serait humiliant pour lui, il démissionnerait au bout d'un mois ... Il perdrait son âme et la considération non seulement de ses électeurs, mais de ses propres enfants.

S'il n'est pas au second tour, je pense qu'il soumettra aux 2 candidats en lisse une sorte de charte d'engagement sur les points qui lui paraissent essentiels de son projet, à savoir :

- l'assurance du retour à l'équilibre des dépenses publiques, le retour à zéro du déficit, et un plan pour générer un excédent visant à rembourser progressivement la dette quand la croissance sera de retour ;

- l'établissement d'une véritable politique industrielle mobilisant tous les acteurs pour le "produire en France", assorti du label avec la part produite en France ;

- la préservation des moyens de l'éducation nationale avec certaines de ses propositions sur l'école ;

- le référendum sur la moralisation de la vie politique dès juin 2011, avec part de proportionnelle à l’Assemblée nationale.

Les candidats devront officiellement s'engager sur ces points et publier leur réponse. Il laissera alors ses électeurs se prononcer en toute conscience, les laissant libre de leur vote, qui d'ailleurs ne lui appartient pas.

Bien sûr, cette situation mettrait à nouveau François Bayrou dans une situation difficile pour les législatives car sans accord d’alliance, les candidats se présentant sous étiquette Modem vont subir la concurrence des grands partis et il est peu probable qu’une part de proportionnelle puisse être mise en place dès ce scrutin. 10% des voix ne font pas 10% des sièges … Cependant, des députés élus sous la bannière UMP, PS ou même EELV pourraient très bien une fois élus décider de rejoindre un groupe parlementaire d’accord d’unité nationale, conduit par François Bayrou. Ce n’est pas impossible. Mais le faire savoir par avance risque d’handicaper leur investiture au sein de ces partis … Les cartes ne devraient pas être dévoilées trop tôt.

 Mais tout n'est pas joué et il pourrait y avoir un rebond Bayrou. En effet, le dernier sondage TNS-SOFRES du 13 avril 2012 donne François Bayrou largement en tête pour la "présidentialité", sur les trois critères vision, projet et étoffe.

[62% estiment que François Byrou comprend bien les problèmes du pays, 47% qu'il a un projet crédible et 39% l'étoffe d'un Président. Vient ensuite François Hollande dont l'image est structurée de façon assez similaire (56%, 44% 38%). Puis Nicolas Sarkozy qui, si seulement 36% des enquêtés déclarent qu'il comprend bien les problèmes de la France et des Français, convainc 43% qu'il a un projet crédible et surtout 59% qu'il a la carrure, ce en quoi il se distingue nettement des deux précédents, du fait, probablement, de sa qualité de président sortant. A noter que Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, s'ils ne semblent pas majoritairement convaincre sur le projet et la carrure, sont en revanche crédités par une majorité de Français comme comprenant les problèmes de la France et des Français. On le voit, la situation du leader du Modem apparaît toujours paradoxale : apprécié et reconnu alors même qu'il est crédité, par ailleurs, d'intentions de vote bien plus faibles que François Hollande et Nicolas Sarkozy. Outre une campagne peu rythmée comme le montre notre baromètre, un autre élément d'explication dans ce sondage : seulement 24% des Français estiment qu'il a une vraie équipe pour former un gouvernement (quasiment au même niveau que Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon) pour 55% François Hollande et 60% Nicolas Sarkozy.]


[1] http://lekiosque.finances.gouv.fr/APPCHIFFRE/Etudes/table...

12/04/2012

Propositions pour l'emploi de Marine Le Pen : une double erreur d'analyse

 

Le sujet du chômage, de la création d’emploi, devrait être le thème essentiel de la campagne. Malheureusement, les sujets de diversion fleurissent et  l'emploi est insuffisamment traité par la presse et par les médias. Que proposent les candidats et sont-ils crédibles ? Après avoir analysé les  propositions pour l'emploi de Nicolas Sarkozy  (un vide sidéral !), les propositions de François Hollande (un chèque en bois !), les propositions de François Bayroules propositions de Jean-Luc Mélenchon, terminons notre série avec Marine Le Pen.

Marine Le Pen estime que la France n’est pas condamnée à la fatalité du chômage de masse et de la précarité de l’emploi. Les causes de la montée du chômage et d’un tassement des salaires seraient selon elle l’immigration  massive et notre soumission à une Europe ultra-libérale qui a ouvert les frontières à tout va, qui accepte le dumping social, fiscal, environnemental et qui nous soumet aux marchés financiers.

Des propositions concernant l'emploi s’articulent principalement autour de :

  • Une politique protectionniste (rétablissement des frontières nationales, taxes des importations aux frontières, forte limitation de l’immigration) et une sortie de l’euro et même de l’Union européenne. La sortie de l’euro, se traduisant par une dévaluation, rendrait nos exportations plus attractives, ce qui aurait un effet de relance sur l’économie, donc la création de nouveaux emplois.
     
  • La fin des politiques « d’accompagnement social » du marché de l’emploi (contrats aidés ou autres emplois jeunes) qu’elle juge inefficaces.
     
  • La réindustrialisation de la France ; le soutien aux PME, artisans et commerçants ;
     
  • L’emploi des jeunes et des seniors, favorisé dans le cadre de la stratégie de réindustrialisation dela France. Incitation des entreprises qui participent à la reconstruction des filières industrielles à utiliser les compétences des jeunes issus des filières professionnelles et des seniors exclus prématurément du marché du travail.
     
  • L’obligation donnée à l’Etat et aux collectivités locales de réserver une embauche sur trois dans la fonction publique aux personnes de plus de 45 ans issues du secteur privé.
     
  • La valorisation de l’apprentissage pour favoriser l’insertion des jeunes dans l’artisanat. L’objectif sera de passer à la fin du quinquennat à environ 700.000 apprentis contre 500.000 aujourd’hui. Elle propose d’abaisser à 14 ans l’âge légal pour pouvoir bénéficier d’un contrat d’apprentissage, de développer l’orientation vers les filières professionnelles et d’augmenter les financements des régions.
     
  • Une sanction très sévère de l’emploi de travailleurs clandestins : il constitue, selon elle, une concurrence déloyale au marché légal du travail. L’employeur sera passible de sanctions pénales et de la fermeture administrative de son établissement.
     
  • La priorité à l’emploi des personnes avec la nationalité française. Une loi contraindra Pôle Emploi à proposer, toujours à compétences égales, les emplois disponibles aux demandeurs d’emploi français. Les administrations respecteront ce principe.
     
  • L’élargissement de la liste des emplois dits « de souveraineté »: dans les secteurs régaliens, les professions seront réservées aux personnes qui possèdent la nationalité française.
     
  • Pas de remise en cause de la loi sur les 35 heures afin de ne pas « perturber » le fonctionnement du marché du travail. En revanche renégociation de la durée hebdomadaire du temps de travail  à la condition qu’elle s’accompagne d’une augmentation proportionnelle du salaire.
     
  • La hausse de 200 euros net « sur tous les salaires » allant jusqu’à 1,4 fois le Smic, grâce à la prise en charge par l’État du même montant de cotisations salariales.
     
  • Dans le secteur privé, indexation des salaires sur l’inflation. L’impôt sur les sociétés sera modulé pour inciter les entreprises à adopter une politique salariale plus généreuse et distribuer davantage de leurs profits à leurs salariés. Une réserve légale de titres sera instaurée : l’objectif est de reconnaître au personnel une part de propriété dans l’entreprise, sans droit de vote, mais permettant le versement de dividendes.
     
  • Dans la fonction publique, évolution du point d’indice sur lequel est basé le calcul des salaires : le point d’indice augmentera plus sensiblement pour les petits salaires et dans une moindre mesure pour les plus hauts salaires. Les hauts fonctionnaires, qui bénéficient de primes, pourront même voir leur traitement gelé pendant les premières années du quinquennat.
     
  • La revue du fonctionnement de Pôle Emploi : il fera l’objet d’un audit en collaboration avec les représentants des demandeurs d’emploi. Vérifier « plus sérieusement » que les demandeurs d’emploi se conforment aux obligations imposées par Pôle Emploi : obligation de recherche, d’acceptation d’un emploi dans les conditions qui seront définies.
     
  • La reprise en main par l’Etat de la politique de formation professionnelle. Instauration d’un service public de la formation tout au long de la vie avec la mise en place d’un « chèque formation ».
     
  • Une grande réforme des syndicats avec comme objectif principal d’assurer une meilleure représentation des salariés. Suppression du monopole de négociation accordés aux syndicats les plus représentatifs et revoir les modalités d’élections des représentants des salariés.

 

Certaines de ces propositions concernent une préservation du niveau des salaires. Mais celles visant à sauvegarder l'emploi et lutter contre le chômage reposent une analyse doublement contestable : 

-          d’une part la désignation de l’immigration comme une cause majeure du chômage (et de nos déficits sociaux), alors qu’il n’en est rien. Voir cet article récent « Emploi: réduire l'immigration, fausse piste pour les experts » ou encore  cet article. Ce n’est pas l’enjeu de l’emploi aujourd’hui. Patrick Simon, démographe à l'Ined, explique que «Sur le papier, il peut être séduisant de mettre face à face chômeurs et immigrés». Mais autochtones et immigrés n'occupent pas les mêmes types d'emplois, et se font peu concurrence. «Ils seraient plutôt complémentaires. La plupart des études réalisées constatent d'ailleurs un très faible impact de l'immigration sur le taux de chômage». En France et en Europe, le marché du travail est très segmenté. Les immigrés y occupent souvent des emplois peu qualifiés, peu rémunérés, aux conditions de travail difficiles. Les secteurs de la restauration, du bâtiment et des services à la personne par exemple, peinent malgré tout à pourvoir des offres d'emploi que les autochtones jugent insuffisamment attractives. D'après la dernière enquête sur les besoins de main d'œuvre réalisée par Pôle emploi, 61% des offres d'aides à domicile posent ainsi des difficultés de recrutement.

-          D’autre part l’idée faussée que l’euro (trop fort) et l’Europe (trop libérale) sont responsables de la montée du chômage, n’ont pas protégé nos emplois, ayant favorisé les délocalisations. On peut certes reprocher à la politique européenne n’avoir été trop naïve à l’égard de certains pays comme la Chine, en n’exigeant pas la réciprocité sur l’ouverture des marchés publics, trop laxiste sur les normes sanitaires et environnementales qui devraient être les mêmes à l’entrée des produits que celles imposées en Union européenne, en n’agissant pas plus fermement sur la surévaluation de sa monnaie. Il est possible d’œuvrer pour des échanges réciproques et plus loyaux et corriger ses facteurs nuisant à nos emplois, sans pour autant sortir de l’Union et fermer les frontières. De plus, une sortie de l’euro, se traduisant par une dévaluation relative de la nouvelle monnaie d’environ 20 ou 30%, aurait un impact extrêmement négatif sur le renchérissement de nos importations, du pétrole notamment, grevant le pouvoir d’achat, ainsi qu’un renchérissement de la dette libellée en euro, déjà abyssale (1700 milliards), d’environ 400 milliards, de même pour les intérêts annuels de la dette qui augmenteraient de plus de 10 milliards, à moins de déclarer l’Etat en faillite, de refuser de rembourser nos dettes, mais avec la cessation de paiement de l’Etat, l’impossibilité de payer les fonctionnaires et leurs retraites, un scénario à la Grecque.

Curieusement, la sortie de l’euro n’apparaît plus dans la profession de foi de Marine Le Pen, ni dans son clip officiel de campagne … Se serait-elle rendu compte d’une bévue ?

 

Propositions de Mélenchon sur l'emploi : quelles créations d'emplois ?

Le sujet du chômage, de la création d’emploi, devrait être le thème essentiel de la campagne. Malheureusement, les sujets de diversion fleurissent et  l'emploi est insuffisamment traité par la presse et par les médias. Que proposent les candidats et sont-ils crédibles ? Après avoir analysé les  propositions pour l'emploi de Nicolas Sarkozy  (un vide sidéral !), les  propositions de François Hollande  (un chèque en bois !) et les propositions de François Bayrou, passons à celles de Jean-Luc Mélenchon. Nous poursuivrons la série demain avec Marine Le Pen.

 

Le Front de Gauche fait une analyse systémique des causes du chômage croissant, accentué violemment par la crise : elles sont intrinsèquement liées au modèle de société capitaliste, à la financiarisation de l’économie dans la mondialisation[1], qui conduit au moins-disant social, à une compression des salaires, à l’accaparement de la valeur ajoutée créée par les plus riches, au travers essentiellement des revenus du capital, sans oublier les bonus des traders et des dirigeants de grosses sociétés cotées. L’accroissement de richesse ne bénéficie qu’à une minorité et n’est plus créateur d’emploi en net. Les entreprises prennent paradoxalement de la valeur en délocalisant des activités, en licenciant, et le gonflement du chômage coûte à la collectivité en même temps. Ce qui a pour effet un enrichissement privé de quelques uns au détriment de la collectivité, avec augmentation de la pauvreté, de la précarité, des inégalités, ainsi que le report d’un coût social supporté par les finances publiques. De surcroît, les plus riches ont les moyens d’échapper à l’impôt et pratiquent allègrement l’exil fiscal, sans que la richesse accaparée revienne proportionnellement à la collectivité. La spéculation a pris le pas sur l’économie réelle, déclenche des bulles et des crises, déclenche même des famines en s’exerçant sur les denrées alimentaires et sur les matières premières.

Dans ce modèle, la dette est la drogue des Etats au profit des dealers que sont les banques. L’endettement est venu au secours de l’Etat pour combler ses déficits et au secours de familles au pouvoir d’achat insuffisant, les plongeant dans l’enfer du surendettement. Et qui en profite ? Les banques, qui prêtent aux Etats, aux ménages et aux entreprises à des taux bien plus élevés que le taux auquel elles se refinancent (actuellement 1% auprès dela BCE).

Partant de ce constat, Jean-Luc Mélenchon prend une posture dénonciatrice, désignant des coupables qui auraient volontairement mis en place et perpétré ce système qui vampirise les peuples : gouvernants liés aux puissances financières, banquiers (dirigeants de banques et spéculateurs), grosses fortunes. Les solutions proposées visent plus à rétablir l’égalité des revenus en taxant les riches et la finance, en forçant à l’augmentation des bas salaires, en interdisant les licenciements, à supprimer les banques ou à les nationaliser et à financer la dette et les nouvelles dépenses sociales par la création monétaire (prêt direct à taux nul par la banque centrale), qu’à créer de véritables nouveaux emplois générés par création d’activité, de valeur ajoutée. 

Les principales propositions de Jean-Luc Mélenchon pour l’emploi sont :

  • Des mesures relatives au temps de travail : rétablissement des 35 heures effectives et limitation stricte du  recours aux heures supplémentaires, abrogation de la loi Maillé sur l’extension du travail le dimanche ;
     
  • Réévaluation globale des salaires, traitements, pensions et indemnisations du chômage (ces derniers seront indexés sur l’évolution du coût de la vie).
     
  • Augmentation du Smic à 1.700 euros brut par mois pour 35 heures dès 2012 puis 1.700 euros net sur l’ensemble de la mandature. Instauration d’un salaire maximum dans toutes les entreprises, publiques et privées. Et l’écart des rémunérations ne pourra pas excéder une échelle entre 1 et 20. Via la fiscalité, instauration d’un revenu maximum fixé à 20 fois le revenu médian, soit 360.000 euros par an aujourd’hui.
     
  • Lutte contre la précarité en affirmant le CDI comme norme du contrat de travail. Le recours aux intérimaires et CDD sera de son côté encadré : un quota maximal d’intérimaires et de CDD à 5% des effectifs dans les grandes entreprises sera instauré et à 10% dans les PME, sauf dérogations justifiées.
     
  • Titularisation des employés
     
  • Création d’un « droit automatique au passage à temps plein » pour les personnes en temps partiel. Les droits des salariés des entreprises sous-traitantes seront de leur côté alignés par le haut sur ceux des donneurs d’ordre.
     
  • Rétablissement de l’autorisation administrative de licenciements.
     
  • Interdiction des licenciements boursiers ainsi que de la distribution de dividendes pour les entreprises qui licencient. En cas de délocalisation ou de dépôt de bilan, instauration d’un droit des salariés à la reprise de l’entreprise sous forme de coopérative. Nouveaux droits aux salariés et comités d’entreprises en cas de licenciements et de délocalisations.
     
  • Une série de mesures favorisant la relocalisation de l’industrie : taxe sur les productions délocalisées et sur les productions lointaines,
     
  • Une reprise en main par l’Etat de la politique industrielle : pôle financier public pour financer l'investissement des entreprises, secteur bancaire public, renforcement de la présence de l’Etat dans le capital d’entreprises stratégiques, plans industriels pour rétablir les productions délocalisées, planification écologique avec la redéfinition des filières industrielles prioritaires.

Ces propositions manquent cruellement de mesures créatrices d’emplois. Elles visent surtout à empêcher des licenciements, à pérenniser les contrats de travail et à revaloriser les salaires de façon autoritaire. La relocalisation de l’industrie procède d’une pénalisation fiscale sur les productions délocalisées et non d’incitations positives à produire sur le territoire. La lutte contre le chômage paraît limitée à tenter d'endiguer l'hémoragie et à  titulariser des emplois de la fonction publique, mais pas orientée vers la création de nouveaux emplois créateurs de nouvelles activités. De plus, l’effet de telles dispositions (forte hausse du Smic et contraintes fortes sur les contrats de travail et les licenciement) vont inciter les entreprises à quitter le territoire, à fermer ou à pratiquer des licenciements économiques. Au final ce programme ne serait-il pas plutôt destructeur d’emplois ?

Ces propositions sont de surcroît très coûteuses : le projet de Jean-Luc Mélenchon est chiffré à 120 milliards alors que le déficit public est déjà de 100 milliards et qu’il faudrait le neutraliser pour ne plus augmenter la dette. Jean-Luc Mélenchon fait fi de la dette et refuse tous les pactes et plans d’austérité qui concourent, selon lui, à amplifier la récession économique et la régression sociale en Europe au nom d’une logique libérale de «soumission aux marchés ». Il souhaite quela Francepropose une refonte des missions et des statuts dela BCE, lui permettant de prêter directement aux Etats à taux faibles, voire nuls, et acheter des titres de la dette publique sur le marché. Mais il ne dit pas comment financer cette dette en attendant que les partenaires européens soient d’accord avec une telle proposition de monétisation des dettes souveraines en euro, ni n’envisage les conséquences d’une telle proposition (forte création monétaire, donc forte inflation, dévalorisation de l’euro avec fort renchérissement des importations notamment de matières premières, du pétrole et du gaz, impact négatif sur le pouvoir d’achat …).

 


[1] La Grande Régression », oct.2010, Editions du Seuil, Jacques Généreux, co-fondateur du Front de Gauche. Voir mes articles partie 1 et partie 2  sur le sujet.

11/04/2012

Quel est le projet présidentiel de François Bayrou pour l'EMPLOI ?

Le sujet du chômage, de la création d’emploi, devrait être le thème essentiel de la campagne. Malheureusement, les sujets de diversion fleurissent et  l'emploi est insuffisamment traité par la presse et par les médias. Que proposent les candidats et sont-ils crédibles ? Après avoir analysé les  propositions pour l'emploi de Nicolas Sarkozy (un vide sidéral !) et les propositions de François Hollande (un chèque en bois !) passons à celles de François Bayrou. Nous poursuivrons ce feuilleton avec Jean-Luc Mélenchon puis Marine Le Pen.

 

En 2007, François Bayrou faisait une analyse critique[1] des dérives de la financiarisation de l’économie et d’une mondialisation insuffisamment régulée, dénonçant le modèle américain générateur d’inégalités croissantes, qui s’imposait de plus en plus à l’Europe : le modèle de la loi du plus fort, d’une compétition à outrance au détriment de la coopération. Il rejoignait par certains côtés l’analyse de Jean-Luc Mélenchon. Mais à la différence de ce dernier, il ne rejette pas la mondialisation, le capitalisme, le libre-échange, la finance, l’Europe ... Il ne cherche pas à expliquer les causes de nos maux, du chômage, de la dette, par des causes extérieures dont il suffirait de désigner des coupables et donc de s’attaquer à eux pour résoudre nos difficultés. Il est plus nuancé dans l’analyse et dans une posture responsabilisante : regardons vraiment ce qui nous a conduits où nous sommes, comparons l’Etat dela France à ceux d’autres pays et surtout, quelles sont les solutions réalistes, des remèdes attaquant les causes et non les symptômes, des actions qui dépendent vraiment de nous, gouvernants, entreprises et citoyens, sans attendre des solutions utopiques, une réorganisation de la gouvernance mondiale, la fin du capitalisme etc.

Même s’il dénonce l’aggravation des inégalités et prône plus de justice, sa première priorité est l’emploi. C’est par la création d’emplois, de vrais emplois créateur de valeur ajoutée et non d’emplois subventionnés creusant le déficit, c’est par la conquête de marchés grâce à l’innovation, grâce l’amélioration de l’image de marque de la France, à la qualité de ses produits et services, c’est par l’amélioration de sa balance commerciale extérieure, à la fois par une hausse des exportations et une baisse des importations, quela France pourra véritablement sortir de l’impasse économique dans laquelle elle se trouve.

Tout se tient : commerce extérieur, déficit et dette, chômage, retraites. François Bayrou démontre notamment que l’aggravation du déficit commercial extérieur de la France[2], entamée depuis 2003, serait une cause majeure du chômage et de l’aggravation du déficit public. En effet, le déficit de notre balance commerciale atteignant 70 milliards en 2011, François Bayrou remarque que ce montant correspond à l’équivalent du montant des salaires charges comprises de 3 millions d’emplois, soit l’équivalent du nombre actuel de chômeurs ! En fait une suppression du déficit commercial ne se traduirait pas par une création de 3 millions d’emplois car seule une partie du montant des importations et des exportations est constitué de coût du travail. Notre déficit commercial est dû en partie à l’augmentation de notre facture énergétique en hydrocarbures, en part des matières premières dans les importations. Mais à raison d’une part d’environ 25% du coût du travail dans les échanges extérieurs, il est vrai que sans ce déficit, nous devrions avoir environ 750 000 emplois en plus !

Par ailleurs, le coût du travail sur les biens que nous achetons en France et ceux que nous exportons comprend pour moitié environ une contribution aux charges sociales et fiscales du pays, à la différence des biens achetés à l’étranger. Ce qui signifie que le déficit commercial extérieur s’est traduit en aggravation du déficit public  d’environ la moitié de 25% du déficit commercial extérieur (de 70 milliards), soit 9 milliards d’euros.

C’est pourquoi François Bayrou propose une mobilisation forte de tous les acteurs (Etat, entreprises, partenaires sociaux, citoyens,…) pour le « PRODUIRE EN FRANCE ». Le total de nos importations s’élève à 500 milliards en 2011, le quart de notre PIB. Si nous favorisions l’achat de produits fabriqués en France, ne serait-ce pour 15% de l’ensemble de nos achats importés, il n’y aurait plus de déficit commercial extérieur et nous pourrions créer 750 000 emplois, notre déficit public serait réduit de presque 10 milliards d’euros ! Pour que les citoyens et les entreprises puissent exercer leur choix, cette préférence, il est nécessaire de créer un label « Produit en France » indiquant la part du produit fabriqué en France.

Alors que nous accusons un déficit commercial extérieur de 70 milliards d’euros, l’Allemagne affiche un excédent de 160 milliards, alors que le coût du travail est du même ordre (légèrement supérieur en Allemagne). D’autres pays de l’UE commela Belgique, les Pays-Bas,la Norvège, les Etats-Unis, ont une balance commerciale excédentaire à notre égard. François Bayrou aime donner l'exemple de Renault et Volkswagen, qui produisaient en 2005 le même nombre de véhicules, l'un en France et l'autre en Allemagne : 1,2 millions. L'an dernier, Renault n'en produisait plus que 400 000 sur le sol français et Volkswagen 2 millions ! Avec les mêmes niveaux de salaires ...Ce n’est donc pas le coût du travail qui explique notre faiblesse mais plutôt un problème de compétitivité hors-coûts, un problème de positionnement sur le marché de nos produits.

 

Propositions de François Bayrou

Pour lutter contre le chômage en recréant vraiment de l'activité et de la croissance, sans néanmoins grever encore nos déficits par une politique "sociale" de création artificielle d'emplois subventionnés du secteur public, François Bayrou propose de :

  • Créer un label indépendant pour que les consommateurs puissent connaître la provenance, ou la part française des produits qu’ils achètent.
    • Associer les consommateurs à la démarche du « produire en France ».
    • Développer l’image de marque du « produit en France ».
    • Privilégier la qualité en allongeant à 5 ans la durée de garantie légale des produits.
       
  • Créer un environnement favorable à la production :
  • Créer un Commissariat national aux stratégies. Cette structure légère aura pour objectif de mobiliser et coordonner tous les acteurs du redressement économique du pays et définir filière par filière une politique de production à long terme.
     
  • Simplifier les contraintes administratives et fiscales parce qu’une entreprise, comme une famille, a besoin de visibilité, et pas d’un paysage juridique en perpétuel mouvement. Diviser par deux les déclarations administratives.
     
  • À l’image du « Small business Act » américain, établir des règles propres aux petites entreprises pour favoriser leur accès au crédit, aux marchés publics, à la sous-traitance, et créer un guichet unique, avec un correspondant administratif unique de l’entreprise pour l’accompagner, l’informer de ses droits, et prévenir les pénalités.
     
  • Mettre en réseau les grandes entreprises et les PME, pour créer une complémentarité profitable, encouragée par un avantage fiscal lorsqu’il y aura investissement en faveur des PME.
     
  • Créer un outil de financement propre : un établissement financier, régionalisé, associant les  collectivités locales, dédié au financement des PME et des entreprises de taille intermédiaire.
     
  • Créer un livret d'épargne industrie : le réarmement économique dela France suppose qu'une partie de l'épargne soit dirigée vers l'industrie, sous la forme de ressources nouvelles.
     
  • Compléter le crédit impôt-recherche par un crédit impôt-innovation.
     
  • Rétablir l’incitation fiscale, réduite en 2010, au profit de ceux qui investissent dans les entreprises non cotées.
     
  • Au total, l'Etat doit garantir au moins l'égalité de traitement entre PME et grandes entreprises du CAC 40.
     
  • Limiter dans le temps le statut d’auto-entrepreneur et aider son bénéficiaire à rejoindre le statut de droit commun.
     
  • Engager une réflexion conduisant à un allègement progressif d’une part significative des cotisations assises sur le travail.
     
  • Permettre aux entreprises de moins de 50 salariés, aux artisans et aux commerçants de créer un emploi sans charges, pendant deux ans, si elles recrutent un jeune en premier emploi ou un chômeur sous la forme d'un CDI (à condition de n'avoir pas préalablement supprimé de poste de travail).
     
  • Soutenir l’économie sociale et solidaireen lui facilitant l’accès à la commande publique et en promouvant l’innovation sociale.
    • Promouvoir toutes les forces de distribution en circuit court du producteur au consommateur, favoriser les coopératives de production et de distribution, créer un nouveau type d’entreprise, « l’OSEE » (entreprises à Objet Social Environnemental et Economique). Ces entreprises OSEE verront leur taux d’impôt sur les sociétés minoré.
    • Moduler la fiscalité des entreprises en fonction des résultats et des efforts fournis en matière de responsabilité sociale, sur la base de normes européennes communes.
    • Sans détailler ici les propositions créatrices d’emplois par filières : développement durable et énergies nouvelles, numérique, agriculture, … (voir le site http://bayrou.fr/le-programme-en-detail/produire)

 

François Bayrou milite aussi pour une rénovation du climat social dans l’entreprise. Il souhaite organiser une négociation nationale entre partenaires sociaux sur ce thème. Si les entreprises Allemandes ont moins délocalisé que nos entreprises françaises (ou pratiqué une délocalisation sélective vers l'Europe de l'Est en préservant l'essentiel des emplois locaux dans les secteurs clés, non seulement la machine-outil et l'automobile, qui sont ses industries phares, mais bien d'autres domaines comme les biens d'équipement), c'est grâce à une stratégie industrielle appuyées par les partenaires sociaux. Si elles ont  si bien résisté à la crise en 2009 en préférant le chômage partiel aux licenciements, c'est encore grâce aux décisions prises conjointement avec les syndicats, dans chaque branche et dans chaque entreprise. 

François Bayrou  propose que les salariés aient un droit de vote au Conseil d’administration des entreprises de plus de 500 salariés. Les comités d’entreprise verront leur rôle étendu à la négociation continue des conditions de travail et des rémunérations.

Il souhaite enfin que la négociation d’accords particuliers au sein de l’entreprise soit soumise à des accords cadres dans les branches.

 


[1] Voir article de François Bayrou paru dans la revue Commentaire (N°119, 2007), « Du « Centre » au projet démocrate »

[2] Voir données clés du commerce extérieur de la France : http://lekiosque.finances.gouv.fr/APPCHIFFRE/Etudes/table...

 

 
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