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01/09/2010

Une présidentielle 2012 sans Nicolas Sarkozy ?

Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages. Il révulse les sympathisants de gauche, les écologistes, comme ceux du centre et notamment du MoDem mais fait nouveau : il éructe des tenants de son camp, de l’UMP, parlementaires et même ministres, qui sont tenus de la fermer.

Nicolas Sarkozy est bien l’instigateur de cette récente polémique xénophobe et sécuritaire. Il croyait faire un coup gagnant mais ce coup s’est avéré doublement perdant pour lui : d’une part il a soulevé une partie de son propre camp contre lui, d’autre part il n’a pas rallié ou peu les voix du Front National et a au contraire légitimé les thèses de ce dernier, à la grande joie de Marine Le Pen qui s’en trouve ainsi renforcée.

Il est évident que cette polémique sur la sécurité et sur les Roms a été sciemment lancée par le pouvoir pour faire oublier l’affaire Woerth-Bettencourt et les graves problèmes des retraites et du chômage tout en essayant de rallier des voix du Front National. De plus, le problème se délinquance et de sécurité, qu’il ne faut pas nier, aurait pu être abordé d’une toute autre manière, invitant les différents partis et représentants de la vie civile à s’exprimer, à faire des propositions. Au lieu de cela, il fut abordé à partir d’un fait divers à Grenoble, suivi de phrases choc, amalgamant problèmes de délinquance et immigration, amalgamant aussi Roms et gens du voyage (95% sont pourtant Français depuis plusieurs générations dont une majorité respectent la loi).

Un président de la République se doit d’apaiser et rassembler les citoyens, pas de les monter les uns contre les autres ni d’allumer des mèches reliées à des tonnes de dynamite.

Aujourd’hui, c’est François Fillon qui tient ce rôle apaisant, sécurisant, rassembleur alors que Nicolas Sarkozy a voulu supplanter le rôle de 1er ministre en étant directement au front, aux commandes opérationnelles. Il y a bien dans les faits une inversion des rôles. Les Français le ressentent et traduisent ce sentiment dans les sondages. Position difficile de François Fillon, qui fait le dos rond, se doit de défendre le président et de calmer les insurgés de son camp, tout en n’en pensant pas moins et cherchant à calmer les pitbulls qui en rajoutent en aboyant un peu fort.

François Fillon a essayé avec brio de défendre la politique sécuritaire en conformité de l'application de la loi, avec des paroles très argumentées, mesurées, assez convaincantes (matinale de France Inter lundi dernier 30 août 2010) et aussi déploré ceux qui instrumentalisent le thème de la sécurité à des fins politiques, de tous bord de gauche comme de droite, exhortant ceux qui tirent contre leur camp à rester unis, mais a néanmoins concédé qu'il n'aurait pas employé les mots exprimés par Nicolas Sarkozy. Traduction : cette polémique aurait été déclenchée plus par un problème de forme qu'un problème de fond. Avouons que c'est aller un peu vite, que la "forme", les paroles, les mots choisis, sont extrêmement importants dans l'expression d'un chef d'Etat. Elles ont été comprises de la même manière par l'opinion, par la presse, française et internationale, par les représentants de l'ONU, par le pape et autres représentants ecclésiastiques…

Cet événement et le retournement des sondages, annonçant pour la première fois la gauche, le candidat du PS battant à plate couture Nicolas Sarkozy au 2nd tour des présidentielles (DSK à 59%, Aubry à 53%),, amorçant une pente descendante du candidat jugé naturel et incontournable de l’UMP, pourrait bien retourner complètement les hypothèses et les scénarios de cette présidentielle.

Même si elle n’ose pas l’avouer, l’UMP a bien du souci à se faire et devrait sérieusement envisager une solution de secours, un candidat alternatif à Nicolas Sarkozy au cas où cela tournerait mal. Elle a intérêt à le faire face à plusieurs risques : non seulement au risque d’impopularité croissante du chef de l’Etat, mais aussi à celui qu’il soit rattrapé par les affaires compromettantes, l’affaire Woerth-Bettencourt comme l’affaire Karachi (voir Mediapart), ou encore un scandale personnel lié à son couple, si Carla dérape ou ne supporte plus de couvrir une politique et une image contraire à son idéal.

Or aujourd’hui quels sont les candidats alternatifs pour l’UMP ? Je laisse de côté Alain Juppé, qui est intéressé mais loin derrière d’autres hypothèses plus probantes :

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1-François Fillon me paraît être le premier, aujourd’hui, à pouvoir revendiquer les meilleures chances. Dans le même temps, en mettant en avant ses valeurs républicaines et gaullistes, il gênerait Dominique de Villepin dont la candidature serait moins clivante et aurait intérêt à se retirer pour ne pas diviser les voix. En même temps, François Bayrou pourrait dialoguer plus favorablement avec lui, envisager des points d’accord, de même que la candidature de Hervé Morin ferait encore plus flop. François Fillon pourrait « recentrer l’UMP », en rassemblant plus facilement le centre, en tout cas en perspective d’un 2nd tour de présidentielle, mais à condition d’évincer tous les anciens pitbulls de la Sarkozy y compris Claude Guéant, et de construire un projet plus centriste, plus rassembleur, plus juste, plus républicain et plus démocrate.

2-Jean-François Copé, avec ses dents longues, est aux avant-postes. Il conduisait jusqu’à présent une stratégie de candidature UMP pour 2017, se positionnant chef parlementaire des députés UMP avec l’avantage de pouvoir narguer ou challenger parfois Nicolas Sarkozy, convoitant maintenant la présidence du parti en critiquant ouvertement son organisation aux dernières universités d’été de l’UMP, en concurrence frontale avec Xavier Bertrand. Il est aussi un des candidats potentiels au poste de 1er ministre. Une anticipation de sa candidature présidentielle pour 2012 ne serait pas à écarter dès que l’occasion se présentera. Mais ce candidat serait à mon avis un « Sarkozy-bis », avec même comportement médiatique et opportuniste, attiré par l’argent et les affaires, trop sûr de lui, attisant les braises plutôt que cherchant à rassembler et à calmer le jeu, clivant les gens de son camp, recueillant plutôt les voix de ceux qui veulent perpétuer le régime actuel.

3-Enfin, Dominique de Villepin, s’il arrive à conserver et même à amplifier l’élan récent de popularité à son égard, à rallier un nombre important de parlementaires UMP qui suivent leur électorat de droite déçus et même effrayés par Nicolas Sarkozy, pourrait bien reprendre la main, avec une revanche éclatante du panache sur le croc de boucher ! Si François Fillon ne souhaite pas être candidat et soutient Dominique de Villepin dans l’hypothèse d’une primaire UMP, ce pourrait être décisif. Mais je fais le pari qu’il n’y aura pas de primaires à l’UMP !

Je suis persuadée que le paysage politique va bien changer d’ici avril 2012. Les scénarios que nous présentent et nous imposent actuellement la presse, les médias et les sondages qui présentent des hypothèses pour acquises, seront à revoir. DSK ne sera probablement pas candidat malgré tout le battage médiatique imposant l’intérêt de sa candidature, car ce serait prendre un risque important de quitter son poste au FMI, qui lui assure honneurs et confortable rémunération (461 000 $/an), d’autant plus que l’UMP a semble-il en réserve un dossier compromettant en forme de peau de banane (dixit Frédéric Lefebvre devant trois journaliste). La gauche et notamment le PS, qui était l’an dernier décrit comme « un grand cadavre à la renverse » par BHL, ne doit pas se réjouir trop par avance. La partie n’est pas gagnée. Le PS a été regonflé non pas grâce à un projet ni à des propositions constructives et réalistes, notamment pour résoudre le déficit et les problèmes des retraites, d’éducation et de sécurité, mais bénéficie plutôt des retombées du rejet sarkozyste de l’opinion. De même pour les écologistes qui ont plutôt fait preuve de divisions internes et n’ont pas encore de programme, malgré l’élan médiatique de la candidature d’Eva Joly qui a masqué le reste.

 

Quant à François Bayrou et son Mouvement Démocrate, il est donné par la presse et les sondage comme perdant même si bayrou_3.jpgdémontrant une forte résistance, grignoté à la fois sur sa droite par de Villepin et sur sa gauche par les écologistes, mais il creuse son sillon, est le premier à avoir un projet humaniste cohérent qui servira de cadrage à un projet présidentiel, il incarne à la fois l’éthique en politique, la mesure sécurisante à laquelle les Français aspirent, la volonté de dialoguer et de rassembler au-delà des clans. Il est clairvoyant, avait dénoncé le grave problème du déficit et des inégalités croissantes, ainsi que les dérives de la sarkozie (dans son dernier livre Abus de Pouvoir), bien avant les autres. Et sur le plan humain, il est chaleureux, généreux et sympathique, il parle vrai et simplement, calmement, avec mesure et discernement. Certains devraient se rappeler le la fable de La Fontaine, Le lièvre et la tortue

25/08/2010

Coopération plutôt que compétition : la clé pour changer de modèle de société

 Il faut changer de « modèle de société », trouver une alternative au capitalisme, dominé par la recherche absolue du profit et par la loi du plus fort au détriment de l’égalité et de la fraternité, et aussi une alternative au socialisme, dominé par l’Etat et le collectivisme au détriment de la liberté, qui tous deux ont montré leur limite. Telle est la conclusion de plus en plus évoquée par les groupes politiques, des philosophes, des think-tanks, ... Mais si les diagnostics convergent, ils sont néanmoins limités par le périmètre de l’analyse (économique et écologique essentiellement, qu’il faut compléter par une analyse sociologique, psychologique, philosophique, anthropologique, sur des domaines étendus tels que l’éducation, les médias, la culture, la santé et même la politique…). Ces diagnostics convergents souffrent aussi d’un manque d’analyse en profondeur sur les causes profondes et nécessitent une approche plus globale. Enfin, ils ne sont pas suivis de réelles propositions alternatives où ces dernières restent très partielles.

 

Je suis même frappée que les éminents sociologues et économistes qui sont le plus écoutés en ce moment pour avoir alerté et prédit la crise (Joseph Stiglitz, Paul Jorion, Nouriel Roubini, Frédéric Lordon, …) axent essentiellement leurs propositions sur la nécessité d’une forte régulation, d’une suppression de la spéculation financière, du renforcement et de la redéfinition du rôle de l’Etat face aux puissances financières multinationales, d’une éventuelle nationalisation des banques, etc. sans aller vraiment plus loin. Je pense surtout à Paul Jorion, qui est anthropologue et aurait dû reprendre le sujet essentiellement sous l’angle anthropologique, de l’évolution de l’homme et des civilisations, sur ses aspirations profondes et sur la lutte pour sa survie, survie individuelle et survie de l’espèce.

 

Par le terme « modèle » de société, il faut entendre deux sens :

-         d’une part la référence idéologique à un type de société, de civilisation, qui serait « idéal », une utopie qui pourrait servir de modèle, à envier, à prendre pour exemple, à cibler ;

-         d’autre part la référence conceptuelle systémique à la façon de fonctionner d’un organisme, comme celui du corps humain avec son code génétique, ses cellules constituant un organes, organes eux-mêmes constituant ensemble un corps, ou comme l’écosystème, ou encore une entreprise. Quelle est la finalité du système ? Sa motivation ? De quoi se nourrit-il ? De quoi est-il composé et quelle est la motivation de ses composants ? Quels sont ses principes de régulation ?

 

Cette question du « modèle de société » doit nous interpeller dans sa globalité, pas seulement dans sa composante économique ni seulement sous l’angle écologique. L’analyse du fonctionnement de la société actuelle dans la mondialisation devrait nous conduire à remonter aux causes profondes, psychologiques, qui motivent l’être humain dans son conditionnement social et éducatif, aux dysfonctionnements structurels de la société et de l’économie dans leur organisation, en analysant les valeurs qui les motivent collectivement, leur moteur (motivation) et leurs freins (loi, régulation) et les interactions entre l’individu et la société dans laquelle il évolue.

 

Une des principales clé de la réflexion sur le moteur de fonctionnement, qui mène justement à tous ces dysfonctionnements sociaux, économiques, écologiques et même politiques, semble être la primauté accordée à la compétition sur la coopération, répondant à une logique darwinienne de la loi du plus fort. Voir à ce sujet un article que j’avais publié l’an dernier, intitulé « Pour une société plus coopérative ». Ceci est vérifié dans de nombreux domaines :

 

-         En économie de marché capitaliste (basée sur la recherche du profit), la primauté est donnée à la concurrence sur un marché libre, ou devront gagner les plus forts au détriment des plus faibles. C’est cette loi que la Commission européenne met toujours en avant, au risque de casser des services publics d’intérêt général ou des logiques coopératives soupçonnées de cartellisation (par exemple dans le domaine bancaire pour des services communs de cartes bancaires ou de paiements, ou de bourse européenne,…). Le but recherché des entreprises et des individus qui composent la société est avant tout la recherche du profit et non l’intérêt général, le développement humain. L’hypothèse est d’une part l’argent fait le bonheur des hommes, d’autre part que l’optimisation par la recherche du profit conduit à la meilleure façon d’augmenter la richesse globale qui « retombe en pluie » en enrichissant la collectivité dans son ensemble, crée des emplois etc. Une régulation par la fiscalité et les lois permet par ailleurs d’assurer une sécurité publique et une redistribution minimale pour garantir une paix sociale. Mais ce système comporte plusieurs « bugs » à commencer par ses faux postulats et non vérification de ses hypothèses :

o       l’argent ne fait pas nécessairement le bonheur,

o       l’accroissement global du gâteau ne s’est pas traduit pas une retombée en pluie mais par l’accaparement des richesses créées par la minorité de personnes déjà riches et puissantes,

o       la concurrence tue la concurrence dans la mesure où la loi du plus fort dans la recherche de la meilleure rentabilité conduit à des situations de monopole, à  la concentration des entreprises, où les plus grosses deviennent les plus rentables, attirant les actionnaires à la recherche du meilleur ROE et les clients à la recherche du meilleur prix, au détriment des valeurs sociales, humaines, de la qualité, …,

o       la liberté du marché est souvent un leurre : les opérations d’initiés montrent que l’accès à l’information n’est pas le même pour tous, de même que je jeu est faussé en politique et en économie par les liaisons entretenues entre les hommes politiques au pouvoir et les puissances médiatiques et financières  (affaire Bettencourt, domination de la presse et des médias par des actionnaires en affaire avec l’Etat, …),

o       le « prix de marché » n’est pas forcément un prix d’équilibre entre une demande globale et une offre globale, mais plus souvent le résultat d’un déséquilibre entre une offre marginale et une demande marginale qui impose leur prix à l’ensemble des acteurs, ainsi que le résultat de manœuvres spéculatives artificielles.

-         Dans le domaine de l’éducation, l’école et l’université : comme le titre Mediapart, « Les élèves sont victimes de la concurrence entre établissements scolaires » en faisant référence à un livre à paraître le 9 septembre « Ecole: les pièges de la concurrence ».

o       Les établissements scolaires, pour optimiser leurs résultats, privilégient la réussite de leurs meilleurs éléments et ont tendance à éliminer les faibles plutôt qu’à les tirer vers le haut ces derniers et les moyens,

o       La suppression de la carte scolaire (au motif de la liberté de choix en favorisant la concurrence entre établissements) a renforcé les inégalités et encore plus ghettoïsé les quartiers, faisant fuir les bons élèves qui étaient dans des collèges jugés moins bons, comme le montre un rapport de la Cour des Comptes,

o       La décentralisation appliquée aux universités est bonne pour ce qui est de la meilleure responsabilisation des établissements sur leur gestion opérationnelle, leur organisation, mais en revanche leur mise en concurrence et leur hyper spécialisation doublée de leur autonomie financière, à l’image des universités américaines, conduit à une inégalité des offres sur le territoire, obligeant les étudiants à déménager loin de leur famille pour suivre un cursus dans une autre région, engendrant des coûts importants, de même qu’elle aboutit à une inflation des coûts pour attirer les meilleurs professeurs et à une élévation importante des frais d’inscription, privilégiant ainsi les élèves qui ont les moyens.

-         Dans les secteurs publics et notamment dans la police, au pôle emploi et dans le domaine de la santé, avec la culture du résultat, du chiffre : Nicolas Sarkozy a voulu créer de l’émulation dans les services publics, chez les fonctionnaires, en les évaluant sur leurs résultats comme on le fait dans une entreprise privée. Si l’intention est louable, de vouloir optimiser les résultats, la manière de le faire peut conduire au résultat opposé :

o       Les policiers, jugés sur l’efficacité de leur action par le décompte des plaintes (une baisse signifiant une réduction de la criminalité), refusent des dépôts de plainte ou préfèrent enregistrer des « mains courantes » qui ne conduisent pas à une enquête. Un policier peut hésiter à s’occuper d’une atteinte physique à la personne car l’objectif est de baisser le chiffre de ce type d’intervention ! De même que la hausse des gardes à vue souvent non justifiées est motivée encore par le chiffre, …

o       La concurrence entre les hôpitaux et la course à la rentabilité conduit à une concentration des établissements, donc à un problème de maillage du territoire accélérant la désertification des campagne et les déséquilibres sur le territoire, de même que l’évolution des facturations de service à la tâche, aux nombre d’actes, ou la limitation des ordonnances, la politique des quotas, peut en final nuire à la qualité des soins.

o       L’accroissement du nombre de suicides chez France Telecom est aussi une conséquence de la mise en place de cette politique du chiffre appliquée à un service public,

o       Dans certains cas cette politique a conduit à changer le thermomètre, jouer sur les statistiques, pour modifier le chiffre servant à l’évaluation (mesure du nombre de chômeurs,

-         Dans l’organisation du monde et la politique internationale : la concurrence mondiale pour les ressources terrestres en voie de raréfaction, pour le pétrole, les matières premières, l’eau et même les terres agricoles, peut conduire les pays à se faire la guerre pour s’accaparer ces ressources. Au lieu de s’entendre ensemble, de s’organiser pour contenir le réchauffement climatique, pour partager les ressources et veiller à ce que leur consommation n’excède pas leur renouvellement, pour réguler la démographie afin qu’elle soit soutenable, de partager l’innovation technologique pour en faire bénéficier les autres, les nations ont tendance à faire cavalier seul, certaines ne veulent pas coopérer (comme les Etats-Unis et la Chine pour signer les accords de Kyoto). La politique de la loi du plus fort n’optimise pas l’intérêt général et compromet à présent la survie même de la planète. Elle favorise les guerres, rend la paix impossible. La création d’organisations internationales comme les ONG, l’ONU, la banque mondiale, le FMI, a permis de mettre en place des cadres coopératifs mais avec de nombreux défauts, à la fois de légitimité démocratique, de moyens d’actions insuffisants, et d’absence de coordination globale pour une gouvernance mondiale plus cohérente. L’Union européenne est aussi un bon exemple d’approche au départ coopérative, de mise en commun de moyens, de normes, mais s’essouffle parce qu’elle est essentiellement bâtie sur l’économie et ses règles de concurrence du marché, parce que les nations qui la compose n’ont pas elles-mêmes naturellement cette approche coopérative, se trouvent en conflit ou en concurrence, ne jouent pas la solidarité.

-         Dans le domaine politique : le fonctionnement de la démocratie repose sur une juste représentation des courants d’opinion au travers de partis politiques, sur le choix par les citoyens du président de la république ainsi que de leurs élus représentant ces courants ou ces partis, sur la délégation à ces élus parlementaires de votes des lois au Parlement et du contrôle de l’exécutif. Cependant, la prédominance de scrutins majoritaires, notamment pour les élections législatives en France, fait que celui qui a recueilli le plus de voix l’emporte par circonscription, même s’il représente un pourcentage d’électeurs faible. Il oblige aux ralliements de second tour, favorise la bipolarité sur les deux partis dominants, la concurrence entre la droite et la gauche au détriment d’un centre qui pourrait être plus équilibré et sans doute plus propice à une synthèse de la satisfaction générale. Une fois au pouvoir, le parti qui l’emporte a tendance à imposer sa loi, même si au final plus de 50% des électeurs n’ont pas été satisfaits. Rien ne l’oblige à coopérer avec l’opposition sur des sujets. L’opposition de son côté, se sent souvent obligée de dénigrer systématiquement l’action du gouvernement en place pour rester dans son statut d’opposition. Cela peut même conduire à des blocages institutionnels. Par exemple sur le dossier des retraites, il serait bon que chacun y mette du sien, d’un côté le gouvernement pour tenir compte des critiques de l’opposition, par exemple sur le traitement de la pénibilité et sur la recherche de nouvelles ressources que propose le PS ou encore sur le refus par François Bayrou et le MoDem de retarder de 65 à 67 ans l’âge auquel on peut valoriser ses droits à la retraite sans pénalité. De même que l’opposition ne devrait pas bloquer complètement une réforme vitale, nécessaire, au risque sinon de compromettre le système de nos retraites par répartition et d’aggraver le déficit public déjà abyssal. En politique, il faut aussi apprendre à coopérer plutôt que se faire systématiquement concurrence.

 

Cette approche coopérative est de plus en plus mise en valeur comme une alternative à l’approche compétitive. En témoignent le succès des AMAP (coopératives mettant en relation les consommateurs et les producteurs), des logiciels libres et des wiki collaboratifs, où un ensemble d'individus mettent en commun gratuitement leurs savoirs au bénéfice de tous, dont ils profitent aussi en retour. Dans la recherche, une transparence et un partage des travaux de chercheurs au travers le monde, grâce à Internet, permet aussi de plus grandes avancées que lorsque chacun joue séparément et même en concurrence, occasionne moins de coût que des investissements parallèles et concurrents dont un seul sera rentabilisé finalement, celui qui gagne en final.

 

L’approche coopérative n’est pas seulement une nouvelle manière de travailler, de s’organiser. Elle suppose aussi de se fixer un objectif basé réellement sur l’intérêt général, sur un niveau de service, sur des critères de satisfaction, de qualité, de préservation de valeurs, plutôt que sur l’unique critère du profit même contraint par des exigences de normes, par des garde-fous exercés de manière coercitive. Une mutuelle ou une coopérative a pour objectif la satisfaction de ses usagers au meilleur coût et non la maximisation du profit à niveau minimum de service. Il s’agit d’inverser l’objectif et les contraintes, donc bien d’un changement de modèle.

 

Une organisation privilégiant la coopération peut être une alternative au capitalisme, notamment au capitalisme financier, mais aussi une alternative au socialisme centré sur l’Etat, en responsabilisant mieux les citoyens. L’Etat ne peut s’occuper de tout. Il conduit même les citoyens à attendre tout de l’Etat, à s’isoler et à moins s’impliquer, voire à faire moins d’effort, par exemple à être moins solidaire vis-à-vis de son prochain puisque l’Etat est là pour le prendre en charge. Plutôt que nationaliser les banques suite à la crise financière, comme le préconisent certains comme Frédéric Lordon, pourquoi ne pas favoriser les structures mutualistes bancaires, qui d’ailleurs existent déjà en France tout en veillant à une suppression des activités spéculatives, à une séparation des banques d’affaires et des banques de dépôts ou banques commerciales ?

 

Cette approche n’est d’ailleurs pas antinomique à l’approche compétitive, car on peut voir des structures coopératives être elles-mêmes en concurrence pour un meilleur service (pas nécessairement pour le profit d’ailleurs). Elle répond aussi à une régulation préventive plutôt que corrective : la spéculation n’a plus cours et les gains de productivité ou en qualité bénéficient à tous. C’est plus sain que laisser faire la spéculation et l’accumulation des profits en capital au bénéfice des plus riches, que l’on cherchera ensuite à taxer plus pour opérer une correction redistributive.

 

La société coopérative est fondée sur la confiance en l’autre et sur la motivation de solidarité, d’aider l’autre, non de le dominer. Elle suppose une conscience et une responsabilité citoyenne, s’appuie sur un autre comportement. Mais pour que cela fonctionne, il faut non seulement que les organisations humaines, les entreprises, les organisations internationales, les nations, les partis politiques, privilégient la coopération selon cette logique, ce qu’on pourrait imposer aux structures, il faut aussi que les individus qui composent ces structures, à la fois en tant qu’usagers ou consommateurs, en tant que salariés et en tant qu’actionnaires/propriétaires, soient eux-mêmes motivés. Un usager est motivé par le meilleur service au meilleur coût, un actionnaire est motivé par la rentabilité de son placement et l’envie de soutenir l’entreprise, un salarié est motivé par son salaire mais aussi par la fierté de travailler dans une entreprise utile, respectant des valeurs et une certaine éthique, se conduisant correctement. L’approche coopérative revient à faire converger ces intérêts. L’usager est en même temps actionnaire. Le salarié peut l’être aussi.

 

La société coopérative est une société humaniste. Elle est la clé de voûte d’une approche idéologique que l’on peut appeler l’humanisme, en alternative au capitalisme et au socialisme.

19/08/2010

Simulateur présidentielles 2012 : le centre peut l'emporter avec une alliance écologiste

Les résultats des prochaines élections présidentielles dépendront d'une part du nombre de candidats présents au 1er tour, notamment de l'éventuelle division de la droite ou de la gauche dès le 1er tour, d'autre part d'alliance potentielle de 2nd tour. J'ai réalisé un petit simulateur tout simple (sous excel) et fait quelques hypothèses, que l'on peut changer à loisir (ci-joint pour les joueurs et aussi pour ceux qui n'arrivent pas à visionner l'image ci-dessous).

Je pars de candidats potentiels ou de personnalités pas forcément candidates mais représentant une sensibilité à laquelle j'attache un score en % de voix exprimées Le Pen,Sarkozy,Villepin,Morin,Bayrou,Eva Joly,Strauss-Kahn,Royal,Aubry,Hamon,Mélenchon,Laurent,Besancenot.

Hypothèse 1 : Candidat unique UMP (sans Villepin) et alliance de 2nd tour de EE avec le PS

=> Le PS l'emporte contre l'UMP  à 54% contre 37% si abstention du MoDem et à 58,5% contre 41,5% si répartition 50-50 des voix du MoDem. 

Hypothèse 2 : alliance centre + droite républicaine sociale dès le 1er tour

=> Cette alliance de centre-droit peut devancer l'UMP (Sarkozy) dès le 1er tour (19% face à 18%) mais le PS l'emporte avec 54% des voix.

Hypothèse 3 : alliance centre élargie à EE

=> Le centre républicain-écolo est au 1er tour (28%) face au PS (30%) et l'emporte au second tour avec 56% contre 45% et au pire si l'extrême droite s'abstient à 46% contre 45%.

Hypothèse 4 : alliance centre très élargie avec écologistes et sociaux-démocrates du PS

=> Le centre social-démocrate-écolo est au 1er toutr (44%) face à l'UMP sarkozyste (18%) et l'emporte haut la main à 73% ou au pire à 58% si l'extr^me gauche s'abstient contre 27% pour l'UMP.

 

CONCLUSION :

- il y a une réelle probabilité d'échec de la candidature UMP et notamment deu candidat Sarkozy,

- plutôt que s'arc-bouter sur le bipolarisme droite-gauche, l'hypothèse du centre est plausible,

- sans pouvoir l'emporter en finale, les écologistes ont un réel pouvoir de challenge, permettant soit par un report au second tour de leur voix sur le centre ou le PS, soit par l'éventualité d'un rassemblement de 1er tour dans un centre élargi, de challenger la victoire du PS. Dans tous les cas, ils peuvent négocier par avance en faisant monter les enchères des postes de ministres et des places aux législatives, que ce soit avec le centre ou avec le PS, et faire durer le suspense jusqu'au bout ...

Simulateur2012.xls

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18/08/2010

Eva Joly : une icône médiatique pour un casting présidentiel ou une véritable présidentiable ?

Eva_Joly080609275.jpgCette semaine, nouveau bombardement médiatique sur Eva Joly, la nouvelle icône, l’égérie de Europe Ecologie, intéressée à la candidature aux élections présidentielles de 2012 comme elle vient de l’annoncer dans une interview au journal Sud-Ouest et encouragée par Daniel Cohn-Bendit : on parle d’elle comme d’une nouvelle star. Médiatisée par l’affaire Elf, connue pour son courage et son combat contre la corruption, puis débutante en politique (de même qu’en matière d’écologie) avec la percée des écologistes aux élections européennes, elle est accueillie en « guest star » dans les meetings d’Europe Ecologie. « Les militants ont été subjugués. Ça relève un peu de l'irrationnel », commente Patrick Farbiaz, membre du conseil national des Verts. C'est "l'effet Eva", s'amuse un militant Verts. « Ça ne tient pas la route mais elle cartonne. »

 

Cela ressemble plus au lancement d’un marque, à une opération marketing, à un coup d’essai pour tester l’opinion : portrait panégyrique dans Le Monde, dépêche AFP, articles dans Le Figaro, Le Parisien, 20minutes.fr, …

 

Cependant, une méfiance règne à son égard chez de nombreux militants et des représentants des Verts, qui lui reprochent son ego démesuré et un profil qui n’incarne pas le militantisme écologique, de même que son âge (66 ans, donc 68 en 2012 !). Or Les Verts sont la principale composante politique du « réseau » Europe Ecologie, qui rappelons-le n’est pas un parti ni une coopérative malgré l’image utilisée par Daniel Cohn-Bendit. Une méfiance également exprimée par le magistrat Philippe Bilger et par le faible retentissement de ces articles sur le Web.

 

De mon côté, je me méfie à la fois de la starisation d’une personne et des manipulations politiques qui font feu de tout bois. L’UMP cherche à diviser la gauche et le centre, affaiblir le PS et le MoDem en renforçant une candidature écologiste, tout en divisant entre eux les écologistes …

 

Je reconnais à Eva Joly son courage, son implication forte dans le combat contre la corruption, son charisme. Elle dénonce plus que quiconque les scandales d’Etat avec un fort retentissement. Elle prend son job de député européen au sérieux. Elle n’appartient pas à l’élite politique habituelle, sortie de l’ENA ou qui a fait carrière par le jeu électoral jusqu’à en dépendre financièrement. Sa motivation paraît authentique.

 

Mais certains aspects me gênent. Les critiques des Verts sur son ego, son manque d’expérience politique, son âge, sont justifiées, d’autant plus que la candidate Cécile Duflot, qui a fait ses preuves et incarne vraiment le combat écologique, est compétente et représente très bien son courant, sait en défendre les idées. Mais au-delà de ces critiques, je trouve qu’elle a un côté « inquiétant ». J’ai assisté à certains de ses discours qui m’ont mise très mal à l’aise : j’ai vu un auditoire fasciné, quasi hypnotisé, dans un silence religieux. A chaque fois, Eva Joly est dans la dénonciation et utilise un langage plus affectif et manichéen que raisonné, où il y a d’un côté les riches et puissants et de l’autre les faibles et les pauvres, l’énumération de multiples scandales, touchant toujours à l’éthique politique, aux paradis fiscaux et à la corruption, sujets dont elle est spécialiste. Mais tout est très confus, pas très construit, plus dans l’incantation que dans les propositions politiques de solutions et toujours sur un thème finalement très réduit et plutôt éloigné de l’écologie. Comme le décrit l’article du Monde : «  Avec ses diatribes sur les paradis fiscaux, sa dénonciation des "dégâts de la corruption qui sévit dans le Nord au détriment du Sud", Eva Joly fait toujours un tabac. Sans effet de tribune ni de discours enflammé, elle fait régner une écoute quasi religieuse dans les salles. "Ma petite musique à moi peut faire que nos idées passent", remarque-t-elle. »

 

Mais il faut rappeler qu’une candidature à une élection présidentielle n’est pas un simple casting, ni un lancement marketing de produit sur un marché. S’il est bon et même recommandable que le candidat ait une image irréprochable, une éthique, surtout en référence aux affaires dévoilées récemment qui touchent le gouvernement, il doit aussi avoir suffisamment d’expérience, de recul, ainsi qu’une vision globale pour la société, sur tous les aspects touchant à la conduite d’une nation. Il doit construire et rassembler.

 

Or un autre point qui me chiffonne, rapporté aussi par cet article du Monde : « Les anciens l'avaient vue arriver avec scepticisme, se défiant des accointances supposées de l'ex-magistrate avec François Bayrou. Elle balayait ça en assumant avoir été draguée par le président du MoDem mais en le taclant aussitôt : "Il n'a pas de programme", disait-elle de son regard bleu qui peut tout d'un coup prendre un éclat presque dur. »

 

Je peux vous dire que ce n’est pas le genre de François Bayrou de « draguer ». Par ailleurs il n’est pas vrai qu’il n’a pas de programme. Le Mouvement Démocrate a même formalisé avec experts et militants un projet humaniste assez complet résumé dans le livre orange, ce que n’a pas encore fait Europe Ecologie. Je sais aussi que c’est Eva Joly qui a approché François Bayrou en vue d’être tête de liste aux européennes et que ce dernier n’a pas pu lui assurer immédiatement une telle place, les candidatures devant être approuvées collectivement par le bureau exécutif et les listes confirmées démocratiquement par les adhérents. Eva Joly est donc allée voir Daniel Cohn-Bendit deux semaines après …

Cette attitude à l’égard de François Bayrou ne me paraît pas convenable et n’est pas rassembleuse. François Bayrou, lui, n’a pas fait publiquement de telles critiques à l’égard de Eva Joly malgré ces négociations électorales.

 

Ce qui ne m’empêche pas d’avoir un grand respect et une admiration pour cette grande figure, cette grande dame qu’est Eva Joly, comme j’en ai pour Simone Veil, également icône vénérée par les Français, malgré la déception que j’ai ressentie dans sa persistance à soutenir Nicolas Sarkozy malgré toutes ses dérives, ses atteintes aux valeurs républicaines et notamment sa dernière lors de son annonce de Grenoble !

Pour une presse d’information ou pour une presse engagée ?

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Le métier de la presse et des médias (audiovisuels) consiste tout d’abord à fournir de l’information. Oui mais quelle information ?

-         Une (des)information distillée savamment par le pouvoir en place avec la complaisance d’une direction soumise à des actionnaires « en affaires » avec le pouvoir, dont les intérêts sont liés financièrement ? 

-         La publication de résultats de sondages visant à confirmer ou à influencer l’opinion publique, après avoir été commandités, financés, orientés par la façon dont les questions sont posées, jusqu’à rendre possible des publications concomitantes de résultats apparemment contradictoires (cf. le sondage CSA publié samedi 14 Août par le journal Marianne démontrant que 70% des Français  jugent inefficace la politique sécuritaire menée par Nicolas Sarkozy alors qu’un sondage IFOP commandé par Le Figaro démontre que les Français plébiscitent cette politique sécuritaire) ?

-         Des faits, rien que des faits ? Mais le fait même de décrire un fait, de sélectionner un fait plutôt qu’un autre, ou celui de taire un fait, n’est-il pas déjà un acte orienté ? De même que la façon de le relater, de l’argumenter ?

 

Le rôle de la presse et des médias (audiovisuels) est aussi celui de :

-         diffuser les opinions délivrées par les différents courants politiques sur une orientation gouvernementale, un projet de loi et des événements publics en réaction à l’actualité ;

-         aider le lecteur à comprendre l’information en la resituant dans le contexte, l’histoire, en rappelant des chiffres clés ;

-         permettre ainsi au citoyen d’analyser lui-même l’information, de comparer les opinions et d’entrer dans le jeu politique en participant au débat et en faisant ses choix.

 

Aussi ai-je été étonnée et même choquée en lisant l’interview accordée par le journal Marianne à Michel Rocard, parue dans le numéro du 7 Août dernier, lorsque ce dernier reproche le comportement des journalistes de Marianne : « Vous vous comportez non comme des journalistes d’information pure, mais comme des acteurs politiques. C’est aux hommes politiques d’agir en politique. Ainsi, vous sollicitez de moi cette interview et je sais que, si je l’avais refusée, vous en auriez informé vos lecteurs. C’est une forme de chantage ! ».

Michel Rocard exprime ainsi sa désapprobation envers l’engagement du journal, ses attaques répétées à l’encontre de Nicolas Sarkozy et de sa politique, non pas sa désapprobation d’une ligne politique défendue par le journal, mais le fait même que le journal exprime une critique, un avis politique. Fidèle lectrice de Marianne depuis sa création par Jean-François Kahn, je puis témoigner personnellement que c’est justement ce sens critique du journal qui me plait, ainsi que la façon dont ses journalistes décryptent l’information, s’interrogeant sur le fond des sujets, surtout s’ils portent atteinte aux valeurs de la démocratie et de la république, à l’intérêt général, à une éthique, au respect de l’homme et de sa dignité, ceci indépendamment de tout engagement en faveur d’un parti quelconque. Il arrive souvent à Marianne de critiquer des annonces ou des décisions du gouvernement, en référence à ces valeurs, certes. Mais précisons aussi qu’il lui arrive aussi de critiquer des positions ou au contraire des absences de positions, ou des comportements, manifestés par des opposants à ce gouvernement, qu’ils soient du PS ou d’ailleurs … La presse ne devrait-elle que délivrer une information « pure », (si seulement ce qualificatif était concevable dans l’expression de toute information …) ? Et même dans ce cas l’AFP suffirait donc …

 

Le mois dernier, à propos de l’affaire Bettencourt, Michel Rocard avait co-signé avec Simone Veil dans le journal Le Monde une tribune « Halte au feu », suite à la publication par Mediapart des écoutes téléphoniques mettant en cause notamment Eric Woerth, s’indignant de la tournure de type « attaque ad hominem » de l’événement. Or qu’avait fait Mediapart ? Justement diffuser une information « pure », restituer des conversations privées rendues publiques, dont le contenu dévoilait une atteinte à l’intérêt général. Mediapart a aussi relevé les conflits d’intérêt sous-jacents. Il ne s’agissait même pas de s’attaquer personnellement à un homme, mais bien de dévoiler des faits ! Je m’attendais à une autre réaction de la part de ces anciens ministres que j’ai tant admirés et respectés … Et aujourd’hui je me demande, comme le fait Maurice Szafran, le directeur de Marianne, dans son éditorial daté du 7 Août 2010, pourquoi Simone Veil ne réagit pas, tant en qualité de juriste éminente que pour la défense des valeurs humanistes qu’elle incarne et en écho au souvenir douloureux de la shoah et du régime de Vichy qui a permis sa mise en application, pourquoi ne réagit-elle pas à l’annonce faite à Grenoble par Nicolas Sarkozy, d’appliquer une loi sécuritaire différenciée à des citoyens « d’origine étrangère », de déchoir ces derniers de la nationalité française, mesure anticonstitutionnelle car ne respectant pas l’égalité des citoyens devant la loi, de même qu’elle pourrait aussi réagir à cette idée de punir de prison des parents pour des crimes commis par leurs enfants ?

Pourquoi Michel Rocard ne fait-il pas publiquement aussi cet appel à Simone Veil, si comme il le dit, c’est aux hommes (ou aux femmes) politiques d’agir en politique !

 

Le lecteur citoyen éclairé a une exigence absolue de vérité, d’abord celle des faits, peu importe la manière dont ils sont commentés, qu’il jugera pertinente ou non, grâce à un sens critique qu’il doit à toute force maintenir éveillé. Merci à Marianne, à Mediapart, au Canard Enchaîné, d’avoir révélé des faits !

 

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Le lecteur démocrate a aussi un besoin avide de liberté, liberté d’expression des opinions, de leur diffusion, ainsi que de sa propre parole et de ses choix politiques. En se sens une presse « engagée », qui montre une orientation politique, ne doit pas l’offusquer. Elle est moins dangereuse qu’une presse aux ordres qui n’avoue pas l’être et manipule les esprits.

 

Le lecteur républicain est attentif à l’existence de contre-pouvoirs et à la séparation des pouvoirs, à l’Esprit des lois de Montesquieu, non seulement entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, mais comme le dit François Bayrou également médiatique et financier. Les conflits d’intérêt révélés par l’affaire Bettencourt témoignent de cette dérive de séparation des pouvoirs :

-         les liens financiers entre un parti politique, le gouvernement, et des puissances financières,

-         les liens entre le pouvoir exécutif, le président de la république, et le pouvoir judiciaire, un procureur ami du président,

-         enfin les liens entre le pouvoir et la presse, devenue très timorée dans la diffusion des faits nuisant au pouvoir, parfois porte-parole d’une pensée unique préservant les intérêts financiers et politiques d’une caste dominante liguée, où pratiquement seuls des journaux indépendants de ces puissances financières osent dévoiler des faits mettant en cause le régime en place et osent aussi prendre parti contre les dérives qu’il engendre à l’encontre de l’intérêt général et des valeurs de la république.

 

Alors oui à une presse d’information qui révèle des faits ! Oui à une presse engagée qui réagit, qui représente le 4ème pouvoir ! Oui à Internet qui incarne un cinquième pouvoir ! Merci à Marianne, merci à Mediapart, merci au Canard Enchaîné !

30/07/2010

Villepin ou Bayrou ?

Dominique de Villepin vient de s'exprimer aujourd'hui sur une tribune offerte par Mediapart, dans un texte intitulé «Répondre à l'appel de la France». Je trouve très salutaire pour le pays que se forme, à l'initiative de Dominique de Villepin, un courant républicain à droite issu de l'UMP qui s'oppose à Nicolas Sarkozy, en tout cas aux dérives de sa présidence, intolérables, inadmissibles, insupportables, tant en termes de justice sociale, de démocratie, de valeurs morales.

Et après tout, une division de la droite donne moins de chance à Sarkozy pour le 1er tour en 2012, mais ce dernier pourra-t-il encore, osera-t-il encore, se présenter d'ici là ?

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J'approuve son appel à un rassemblement républicain d'union nationale, comme l'a déjà fait François Bayrou, allant des Gaullistes républicains avec Villepin à la partie du PS plus proche du centre, ouverte au dialogue, en passant par le Mouvement Démocrate, en incitant aussi le Nouveau Centre à couper le cordon qui le lie à l'UMP.

DDV reprend beaucoup de points du discours de François Bayrou (déficit, démocratie, indépendance de la justice, valeurs républicaines, justice sociale, position sur les retraites ...). Je suis néanmoins étonnée qu'il prône plus de justice sociale sans parler de la remise en cause du bouclier fiscal. C'est sans doute parce qu'il l'a lui-même mis en place sous la présidence Chirac (à 60%) avant que Sarkozy baisse le seuil à 50% ? 

J 'aimerais beaucoup qu'il nous explique les éventuels points de désaccord avec François Bayrou, ce serait plus clair pour nous citoyens. Je constate en tout cas que, même s'il n'est jamais trop tard pour bien faire, pendant qu'il était au pouvoir D. de Villepin a laissé filer le déficit, il a mis en place le bouclier fiscal, il n'a pas valorisé suffisamment les petites retraites, il n'a pas proposé à l'époque de plus taxer le capital et en général de rendre la fiscalité plus juste, il n'a pas rendu la justice vraiment indépendante, il n'a pas proposé une loi électorale juste (introduction de 50% de proportionnelle à l'Assemblée comme en Allemagne par exemple), il n'a pas franchement soutenu les PME et l'innovation ...S'ils sont maintenant d'accord sur le fond, sur les idées, en tout cas sur l'essentiel, ils devraient se mettre ensemble et il ne resterait qu'à départager deux personnalités en vue de la présidentielle ...

Concernant l'homme lui-même, qui a du panache, de l'élégance, de la classe, du verbe, de la culture, de vraies valeurs républicaines et un certain sens du sacrifice pour la France qui sied à l'homme d'Etat, plusieurs choses lui manquent néanmoins à mon avis :

1- la simplicité, l'authenticité, la proximité du peuple, des gens "d'en bas" (je déteste ce terme !). Bayrou a été vraiment paysan, est issu d'une famille très modeste (et néanmoins très cultivée, son père récitait Virgile en latin en revenant des champs sur son tracteur, bibliothèque truffée de vieux bouquins depuis plusieurs générations ...). Mélenchon a aussi cette chaleur humaine, ce contact, cet amour des gens que je ne sens pas de Villepin qui reste un aristocrate, un représentant de l'élite intellectuelle du sérail de l'ENA, de la grande bourgeoisie, pas celle arriviste du bling-bling et de l'argent, mais celle d'une classe dominante qui reste entre-soi ;

2-  le sourire et la chaleur humaine. Quand il arbore un sourire, il est crispé et  l'oeil reste glacial. On dirait un aigle. Certes un bel aigle royal (sans jeu de mot sur Ségolène), mais bien celui d'un oiseau de proie. Il manque de chaleur humaine et paraît assez hautain. Moi, je ressens un être et en particulier un homme au regard et à la voix. Regardez-le bien dans les yeux quand il parle, observez la cohérence entre le regard, le sourire et les mots. Puis fermez les yeux et oubliez le fond, le sens des paroles. Ecoutez la musique des mots, le timbre, le souffle, la vibration. Ils révèlent souvent une personne. Par exemple, ce bégaiement sous contrôle de François Bayrou, détecté par de petites traces, ponctué parfois de "heu", me plait beaucoup. Il tempère le rythme de la parole en révélant une force psychique qui force le respect tout en rdévoilant une petite faiblesse qui l'empêche d'être prétentieux. C'est une faiblesse apparente qui donne du charme  et une force intérieure ;

3- la confrontation aux urnes, la reconnaissance des électeurs. Villepin n'a JAMAIS été élu, ni au niveau local, ni territorial ni national. Nommé conseiller, puis secrétaire général de l'Elysée, Ministre, mais jamais élu. Ce n'est pas obligatoire pour se présenter à la présidentielle, mais bon ...

4- le travail en équipe, les amis. Je l'ai toujours vu seul. Même si des gens le soutiennent parmi les députés UMP et bien qu'il ait des fans, je ne l'ai jamais vu "travailler vraiment en équipe", soutenir des amis politiques en campagne (à part Chirac). J'ai entendu François Bayrou appeler aussi au rassemblement et citer nommément Villepin, de même que Peillon, Valls, DSK pour appeler à travailler ensemble. Villepin aussi souhaite un rassemblement et il ressort dans son discours une partie du discours de François Bayrou, mais alors pourquoi ne le rejoint-il pas directement ? Pourquoi n'appelle-t-il pas clairement le Nouveau Centre dans ce rassemblement ? Peut-il nous expliquer ce qui le différencie de François Bayrou pour qu'on puisse y voir plus clair ?

5- l'humour. Certes ce n'est pas indispensable, mais il se prend un peu trop au sérieux. Il n'est pas drôle. Sa grandiloquence est un peu agaçante. Qu'il prenne exemple sur Obama, qui sait être élégant, sérieux et aussi avoir la pointe d'humour qui détend et permet de prendre du recul !

Bon, j'espère que si Dominique de Villepin lit mon billet, il ne sera pas vexé ni peiné de mes critiques et en prendra "de la graine" ...

19:32 Publié dans Analyse politique | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : villepin, bayrou |  Facebook | | |

24/07/2010

Liliane Bettencourt répondra-t-elle à l'appel lancé par Bill Gates et Warren Buffett ?

Bill Gates et Warren Buffett ont lancé un appel en juin dernier intitulé "Promesse de don" envers leurs camarades milliardaires, comme le relatent cet article ou celui-là.



Ils invitent les 400 plus grandes fortunes des États-Unis à donner la moitié de leur fortune, soit aujourd’hui soit au seuil de leur mort, à des œuvres caritatives. Décidée lors d’un dîner avec le maire de New-York Michael Bloomberg et l’animatrice de télévision Oprah Winfrey, l’opération pourrait rapporter 600 milliards de dollars si toutes les personnes concernées y participent.

Je cite l'un de ces articles, "d'après Bill Gates et Warren Buffett, un tel geste, s’il se concrétisait, changerait radicalement la face de la philanthropie. Déjà très impliqué dans le domaine caritatif à travers la Fondation Bill et Melinda Gates qu’il dirige avec son épouse, le fondateur de Microsoft propose que la barre des 50% ne soit qu’un "palier". Selon le magazine Forbes, Bill Gates et Warren Buffett occupent respectivement la deuxième et la troisième place dans le classement des personnes les plus fortunées au monde."

Buffet promet même de donner 99% de sa fortune qui s’élève à 50 milliards de dollars, dépassant largement les 50% préconisés !

"Le magazine Fortune révèle également que d’autres couples de millionnaires ou milliardaires ont adhéré au projet lancé par Bill Gates et Warren Buffett. Eli Broad, le cofondateur de la société d’immobilier Kaufman & Broad, et son épouse Edy, ou encore l’ancien patron de Cisco Systems John Morgridge et son épouse Tashia ont eux aussi promis de faire don de la moitié de leur fortune. Selon le spécialiste des comportements des milliardaires, Matthew Miller, sur CTV News (21/06), ils veulent par ces actes que l’on parle d’eux comme de grands humanistes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils ont de bonnes chances d’être suivis : les milliardaires sont souvent obsédés par leur image et la "Promesse de Don" pourrait apparaître pour nombre d’entre eux comme une opportunité à ne pas laisser passer."

Alors, pourquoi pas Liliane Bettencourt ?

Cette solution aurait plusieurs avantages :
- faire du bien à de nombreuses personnes en souffrance pour de bonnes et nobles causes,
- laisser à la postérité, plutôt que le souvenir d'une protagoniste d'un sordide scandale d'Etat, l'image d'une grande dame généreuse qui aux côtés de milliardaires humanistes, lancerait une "mode" de l'altruisme, qui démultiplierait les émules et substituerait au modèle de la réussite par l'argent et de l'affichage des richesses celui d'un altruisme éclairé,
- faire cesser les disputes entre les héritiers potentiels de la fortune.

Relayez le billet (celui-là, pas celui des enveloppes de liquide !Langue tirée) et soutenez-le si vous adhérez à l'idée !

 

 

 
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