Avertir le modérateur

11/04/2008

Bayrou : une mise à mort organisée par l'Elysée

 ba25caae3cbe9ee16ef9cab20ea96d05.jpg                                        Selon un article du Monde d'hier, une "note stratégique" a été adressée lundi 7 avril à Nicolas Sarkozy en vue d'une réunion le mercredi suivant appelée "comité de liaison" avec les ministres  et parlementaires centristes "ralliés" et en cours de ralliement (+ JM Cavada).

Voici son contenu intégral diffusé par Le Monde.

Cette note prouve l'orchestration organisée de la mise à mort de François Bayrou par l'Elysée, la malveillance des uns, la traitrise des autres, attirés par les prébendes ou intimidés par les menaces. Après Hervé Morin, Maurice Leroy et autres anciens parlementaires qui avaient soutenu François Bayrou puis soudain lâché entre les deux tours des élections présidentielles, Jean-Marie Cavada ensuite, voici maintenant la vague annoncée de sénateurs, entraînés par Jean Arthuis et Michel Mercier, sans omettre Thierry Cornillet. La cohorte des Judas est en marche ...

Mercredi,  François Bayrou avait réprouvé  ce "comité de liaison" de la majorité annoncé par l'Elysée, y voyant un "réseau de cuisine politique" et déclarant à la presse dans les couloirs de l'Assemblée : "Ce n'est pas la fonction du président de la République d'être un animateur des partis politiques". La fonction du président devrait être au-dessus des partis, il ne devrait pas être un des acteurs. Le MoDem n'est pas englué dans ce réseau de cuisine politique de la majorité. Les militants du MoDem sont libres et indépendants".

Ces manoeuvres dépassent les bornes, les limites acceptables de la tactique politicienne élevée à l'école de Machiavel. Les journalistes, la presse et les médias, les journaux citoyens, devraient relayer cette note et dénoncer cet abus du gouvernement, cette honte à la démocratie, qui salit la vie politique et en dégoûte les Français.

Il ne s'agit pas ici de défendre personnellement Monsieur Bayrou, seul contre tous, mais de défendre la République et la Démocratie, d'imposer un peu de moralité en politique !

Je relaie aussi le message des Démocrates :

"Devant les attaques répétées et injustifiées visant le Mouvement Démocrate , et à travers lui François Bayrou ,nous adhérents ou sympathisants déclaront soutenir ceux qui ,à la tête ce de ce mouvement, continuent de résister à la politique de la compromission. Nous souhaitons leur réaffirmer ici notre soutien, leur adresser nos encouragements et témoigner de notre volonté d'avancer. Ceux qui choisissent la voie de la facilité et de la servilité ne font que nous renforcer dans l'idée qu'il est grand temps de faire de la politique autrement. Quoiqu'il arrive, nous affirmons être fiers d'être MODEM et nous continuerons à travailler au renouveau politique de notre pays, pour que le projet d'espoir devienne réalité pour chacun."

30/03/2008

Réforme des institutions : quand l’intérêt personnel des élus parlementaires est en contradiction avec l’intérêt général de la démocratie.

1cc74c75b5c298c9234a52aebfaaf27b.jpgParmi les points envisagés de réforme constitutionnelle des institutions figurent des sujets qui, s’ils sont nécessaires à l’amélioration de la démocratie et à l’adaptation de l’organisation politique à l’évolution démographique en France, et même recommandés par le Conseil Constitutionnel, risquent d’être contraires à des intérêts de la majorité parlementaires et aux intérêts personnels des parlementaires, qui pourtant doivent voter à la majorité des 3/5èmes, ces réformes.

 

Citons notamment :

1-     la modification du découpage électoral des circonscriptions, sujet complexe auquel va s’atteler Alain Marleix, spécialiste des questions électorales à l’UMP, récemment nommé Secrétaire d’Etat à l’intérieur et aux collectivités territoriales,

2-     l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives,

3-     la limitation du cumul des mandats

 

Attachons-nous particulièrement au premier point qui concerne le découpage électoral des circonscriptions. Il est notoirement reconnu que le découpage électoral actuel, qui date de 1986 (22 ans !) est devenu obsolète compte tenu de l’évolution démographique, de la migration progressive de population des zones rurales vers les zones urbaines. C’est d’ailleurs non seulement le fait du découpage des circonscriptions sur lesquelles sont fondées les élections législatives au suffrage universel direct des députés à l’Assemblée Nationale, mais aussi le fait du mode de scrutin des élections sénatoriales, basées sur un suffrage indirect par des grands électeurs composés à 95% l’élus au sein des conseils municipaux.

Pour les premiers, les députés, il a résulté de l’évolution démographique depuis 1986 que certaines circonscriptions, notamment dans les concentrations urbaines, comptent plus de trois fois plus d’électeurs que d’autres circonscriptions, notamment en zone rurale comme la Lozère. Ce qui pose le problème de la représentativité géographique des députés eu égard à l’importance des populations.

Pour les seconds, les sénateurs, les communes en secteur urbain ont également perdu de la représentativité en terme de population comparée aux campagnes. Le scrutin actuel fait la part belle aux grands électeurs des petites et moyennes communes.

 

Cette inégalité dans la représentation de la population aux élections a été démontrée par l’économiste Michel Balinski dans ses articles et études sur le sujet. Ce dernier distingue deux problèmes : celui de la répartition du total des sièges entre les différents départements et celui du découpage des circonscriptions au sein des départements. Le principe constitutionnel d’égalité devant le suffrage voudrait normalement que le nombre de sièges attribués corresponde au poids démographique des circonscriptions, ce qui est loin d’être le cas. A cette inégalité se superpose celle de la non représentativité proportionnelle des courants politiques, du fait du scrutin majoritaire et non proportionnel, ne permettant qu’aux partis majoritaires d’être représentés. Mais la plupart des citoyens, que les questions constitutionnelles rebutent, ne sont pas vraiment conscients de cette grave lacune de notre démocratie, la presse et les médias parlent peu de ce sujet qui n’est pas vendeur auprès des lecteurs ou auditeurs …

 

Malgré les recommandations répétées des sages siégeant au Conseil Constitutionnel, qui veillent au respect de nos institutions, sur la nécessité de faire évoluer ce découpage électoral, les gouvernements successifs n’ont pas eu le courage de s’y atteler. Il semble pourtant que Nicolas Sarkozy prenne enfin le problème en main et annonce sa prise en compte prochaine dans les réformes institutionnelles.

 

 

Or, les résultats électoraux des dernières élections en 2007 et 2008, présidentielle, législative et municipale, ont démontré que l’on votait plus à gauche dans les zones urbaines et plus à droite dans les zones rurales. Par conséquent, le découpage actuel avantage la droite et une évolution logique du redécoupage aligné sur l’évolution démographique de l’électorat, pourrait bien donner un avantage à gauche aux prochaines élections … La majorité parlementaire d’aujourd’hui devra être courageuse pour se faire hara-kiri !

 

De plus, la suppression de postes de députés dans les campagnes, engendrée par un regroupement de circonscriptions en zone rurales et au contraire la création de postes dans les zones dont la population s’est accrue (à moins qu’on n’en profite pour réduire le nombre total des députés, comme pour le replacement des fonctionnaires partant à la retraite, afin de faire des économies !), va forcément être mal vue par les députés des campagnes, voyant la concurrence au renouvellement du mandat encore accrue, alors que les députés des grandes villes y seront favorables. La majorité UMP étant plus représentée aujourd’hui par les premiers à l’inverse des députés d’opposition, elle devrait avoir tendance à voter contre ce découpage.

 

 

Aussi convient-il de s’interroger sur cette impasse paradoxale dans une démocratie qui se respecte :

 

Comment espérer faire voter une loi que la majorité des députés ou sénateurs ne souhaitent pas, ou à tout le moins contraire à leurs intérêts personnels ?

 

De même si la mise en place de la loi implique une évolution prochaine des forces politiques en faveur de l’opposition, la majorité des parlementaires, située du côté de la majorité, va naturellement s’y opposer …

 

Concernant l’introduction d’un dose de proportionnelle dans le scrutin législatif, on peut aussi facilement prédire que la majorité acceptera une dose minimum pour faire bonne figure, de l’ordre de 10% ou au mieux 20%, ce qui est ridicule, alors que nos voisins de l’union européenne sont tous en scrutin proportionnel soit total soit au moins à 50% (l’Allemagne par exemple  a mis en place une correction su scrutin majoritaire de manière à y ajouter un nombre de députés des partis minoritaires ayant réalisés plus de 5% des voix de manière à représenter ces partis sur la base de 50% de leurs voix).

 

Le gouvernement aura fait preuve de bonne volonté démocratique en proposant la loi, qui sera refusée en toute légalité par le parlement ou modifiée en ne retenant que des éléments symboliques de la proposition initiale, histoire de dire qu’on a essayé de faire quelque chose…

 

05/03/2008

Le « partenariat politique » : Marielle de Sarnez propose une nouvelle façon de gouverner

6ef53a7c73a0405ab9b0206739b58575.jpgCe que propose Marielle de Sarnez a été entendu à la Mutualité le 4 mars 2007 comme une main tendue à Bertrand Delanoë, néanmoins discrète et prudente, sans citer son nom ni le terme d’alliance. Mais au-delà des ententes politiciennes et de l’enjeu des municipales, ce terme a pour moi un retentissement immense, qui dépasse de loin ces deux simples mots que certains entendent peut-être comme venu du langage politiquement correct. Il résonne comme le signal original et prometteur d’une nouvelle façon de faire de la politique « vraie », axée sur le projet, les sujets de fond, avec un débat démocratique entre représentants des citoyens, et de corriger en même temps les injustices d’un scrutin insuffisamment proportionnel pour représenter les courants politiques dans les conseils municipaux. Et ceci pas seulement à Paris  

 

En effet, Si le 1er tour des municipales permet au MoDem d’affirmer son identité, son indépendance, la voie politique nouvelle qu’il propose en France, quelle est l’alternative pour le MoDem au 2ème tour, que ce soit à Paris ou dans d’autres villes ?

-         si la liste MoDem a fait un score inférieur à 10%, elle ne peut se maintenir. Deux cas se présentent :

o       Soit le score, même faible, est susceptible de faire le choix du vainqueur en cas de report des voix. Dans ce cas la négociation peut laisser espérer quand même des candidats du MoDem en position éligible sur la liste de celui que nous préférons soutenir, au moins égal en % de sièges au score du 1er tour pour pouvoir représenter les citoyens qui ont voté pour le MoDem à la proportionnelle. Sous condition d’une convergence sur le projet municipal, les valeurs et la manière de conduire la politique, d’un partenariat où le MoDem sera écouté et respecté, pèsera dans le débat et dans les décisions.

o       Soit le score du MoDem ne représente pas d’enjeu significatif. Cependant, dans la mesure où une liste concurrente peut s’avérer plus ou moins convergente avec la nôtre en terme de contenu de projet et de valeurs personnelles du candidat tête de liste, il ne faut pas s’interdire de dire notre avis en toute transparence et ceci sans étiquette partisane. Sachant que les électeurs du MoDem jugeront eux-mêmes, en toute conscience.

-         Si la liste MoDem a fait un score supérieur à 10%, elle a le choix entre :

o       Soit se maintenir (triangulaires), ce qui implique en cas de non victoire, si les électeurs se maintiennent, obtenir en gros la moitié de son score du 1er tour en représentation au conseil municipal du fait de la règle du scrutin, donc la moitié de proportionnelle, se retrouvant dans l’opposition municipale,

o       Soit faire un « partenariat » avec une voire plusieurs autres listes, en s’accordant sur un projet minimum commun et sur un nombre de candidats qui au moins assurerait une représentation proportionnelle au conseil, donc deux fois plus qu’en étant dans l’opposition. Mais là également, la logique politique du MoDem veut que ce soit à condition d’une convergence forte de projet, d’un accord sur les points principaux concernant les enjeux de la ville, et d’une attitude politique positive, constructive, pluraliste, d’écoute, de débat et de respect et non de positions sectaires sur les décisions à prendre. Deux cas se présentent à nouveau :

§         Notre partenariat permet de faire le choix du vainqueur. La préférence sera, dans l’esprit que défend le MoDem, non pas sur des étiquettes partisanes mais sur le contenu du projet et la personnalité du candidat. La négociation sur le contenu de projet et sur le nombre de candidats éligibles est bien sûr plus favorable. Le résultat final répond mieux à nos attentes pour l’intérêt général de la ville.

§         Une liste concurrence est réputée d’avance gagnante même sans les voix du MoDem, le Modem arrivant en 2ème ou en 3ème position sans qu’une union des deux perdants ne puisse faire basculer le résultat attendu. Deux cas :

·        Si nous ne nous sentons pas de convergence avec cette liste, alors que nous en avons plus avec la seconde en lisse, il reste à voir quelle image nous voulons donner aux citoyens, l’identité de l’étiquette ou la volonté de s’entendre ensemble avec un « concurrent » qui partage des idées communes sur un socle commun, quelle que soit l’issue a priori défavorable du scrutin,

·        Si nous la préférons à la deuxième et que pouvons nous entendre, que nous partageons l’essentiel des valeurs et du programme, nous devons préférer un partenariat (préservant néanmoins l’identité du MoDem) qui sera plus constructif qu’une action dans l’opposition. La liste de partenaires vainqueurs y gagnera en rassemblant plus de citoyens. Si la liste d’union permet au MoDem d’avoir autant de postes éligibles que si elle avait été dans l’opposition (supposé en % des sièges la moitié de son score du 1er tour hormis l’effet de report des listes éliminées), elle ne perd pas de voix au conseil tout en participant de façon plus constructive. Si elle veut démontrer aux citoyens qu’elle est vraiment démocratique, la liste du présupposé gagnant devrait lui proposer plus pour rapprocher sa représentation d’un score proportionnel.

 

Finalement, c’est dans le premier ou le dernier cas de figure que se trouvera le MoDem à Paris, en faveur du PS, globalement, même si dans certains arrondissements, en particulier de l’Ouest Parisien on suppose l’UMP devoir l’emporter.

 

Marielle de Sarnez, dans son discours, a rappelé les grandes lignes de son programme et a fait état en synthèse des convergences et divergences comparées entre le bilan passé et le programme de l’UMP d’une part et du PS d’autre part. « Y-a-pas photo », comme on dit ! Je trouve qu’elle a absolument raison ; tant en terme de contenu que d’attitude politique, d’ouverture versus sectarisme, c’est avec celui du PS donc de B.Delanoë que nous avons le plus de points communs, de valeurs communes, même si des désaccords subsistent sur la circulation et les parkings, sur la prise en compte des classes moyennes, …  Cependant, on ne demande pas malheureusement au citoyen parisien de voter pour le Maire de Paris, mais pour le maire de son arrondissement…

 

Et le message de Marielle n’invitait pas pour autant les candidats têtes de liste du MoDem à Paris à faire un partenariat systématique avec le PS, ni ses électeurs du MoDem à voter PS au 2ème tour, mais de suivre un code de conduite citoyen réellement basé sur l’adhésion aux valeurs et au contenu de programme ainsi qu’à la personnalité, l’éthique des candidats.

 

D’ailleurs, les élus ou candidats du MoDem voudraient-ils faire autrement, les électeurs du MoDem, eux, voteront en toute conscience dans cet esprit ! Et reprenant René Char, disons aux candidats du MoDem ; « impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque ! »

 

Finalement, ce que propose Marielle devrait être le B-A-BA de la politique. Et c’est pourtant aujourd’hui une idée RE-VO-LU-TION-NAIRE !

26/01/2008

A Monsieur Jacques Attali, sur le rapport de la Commission pour la Libéralisation de la Croissance en France

26eb46d1bb553baa6621ce8c78ac9d25.jpgLe rapport que vous venez de rendre public et de remettre au Président de la République, fait l’objet de nombreuses réactions, aussi bien de la part de personnes politiquement situées dans la majorité que dans l’opposition, ainsi que de la part de professions directement visées par des mesures proposées. 
 
Reconnaissons tous au moins le mérite de cette réflexion, d'une commission spécialisée composée de membres compétents, sur la question de la croissance, de la relance de l'économie et de l'emploi en France, avec une synthèse de l'état des lieux dans ce contexte de mondialisation et des propositions intéressantes à étudier. Il ne faut pas prendre ses propositions  "à la lettre". Elles doivent absolument faire l'objet de discussions, constructives plutôt que polémiques, dans un esprit de consensus visant l’intérêt général, au Parlement (Sénat et Assemblée), ainsi qu’avec des organisations professionnelles, syndicales, associations de consommateurs, qui représentent les citoyens. Les adopter par ordonnance ou par simple enregistrement à l'Assemblée sans discussion préalable serait une erreur. Elles ne peuvent être efficaces qu'avec l'approbation de la population.

J’ai lu ce rapport. J’en critiquerais pour ma part les points suivants :

- la partie consacrée aux entreprises (PME) ne me semble pas assez développée (bien sur la réduction des délais de paiement et le statut fiscal simplifié pour les PME<CA de 100 000 €, mais développement  insuffisant sur un Small Business Act à la Française, sur l’ouverture aux marchés publics, sur la nature et l’ampleur de la baisse des charges sociales, de nouveaux outils de financement  pour les PME...) ; pourquoi ne pas reprendre l'idée des deux emplois sans charges proposée par François Bayrou, qui avait été plébiscitée par le panel d'économistes dans l'Expansion , ainsi qu'une défiscalisation des brevets d'invention, et des mesures sur l'élargissement de l'intéressement des salariés au bénéfice de l'entreprise ?

- rien concernant l'hyperfinanciarisation de l'économie dans le contexte mondialisé et nécessitant de prendre en compte le développement durable (l'environnement et l'écologie sont plutôt abordés comme opportunités de nouveau business que comme une contrainte à imposer au système économique pour garantir notre lendemain dans tout projet de croissance, en témoigne la proposition de suppression du principe de précaution (OGM)), la motivation du capitalisme d'aujourd'hui n'étant plus celle d'un capitalisme industriel visant une rentabilité à long terme de l'entreprise sur de vrais projets industriesl, mais la rentabilité à court terme, un objectif de ROE minimum de 15% (intenable économiquement sur la durée). Le monde est devenu une sorte de grand casino où on mise sur la valeur spéculée, anticipée, sur ce que le marché va croire et non plus sur une valeur économique réelle des entreprises. Les paradis fiscaux contribuent à l'évasion fiscale et au blanchiment. Dénonçons (car ne contribuent pas à la croissance) les parachutes dorés et les stocks options faramineux et non justifiés de patrons qui se les auto-attribuent en co-participant aux conseils d'administration de leurs pairs et qui forment ainsi la nouvelle aristocratie des temps modernes, la ploutocratie qui domine le monde jusqu'à la presse et les médias. Et ce n'est pas la généralisation des stock-options aux salariés (évidemment des miettes à côté de celles des patrons) qui pourra, au motif d'égalisation du dispositif, légitimer ce dispositif. Le rapport aurait dû aborder tous ces sujets !

- la flexsécurité (souplesse pour mettre fin au contrat de travail contre sécurisation assurée par la rémunération du "chercheur d'emploi" et formation et aide pour retrouver un emploi) : est-elle étendue à un ex chef d'entreprise ou indépendant, commerçant ou profession libérale ? Bien souvent, un ex salarié n'ose pas se lancer dans une entreprise à son compte car il a peur de perdre ses droits au chômage si son affaire ne marche pas. Je n’arrive pas en lisant entre les lignes du rapport à voir si ce cas est prévu, sécurisant les professions non salariées et motivant la prise de risque.

- certaines propositions sont plus des voeux pieux que des mesures concrètes, notamment celles sur l'éducation visant à acquérir un socle de connaissances en primaire. Il faudrait parler des méthodes d’éducation (échec de la méthode globale…), de la lecture abandonnée au profit de la télévision et des jeux vidéos, impliquant baisse du niveau culturel et sédentarisation (donc obésité), donc parler aussi de l’éducation familiale et sociale …

- Certains points proposés me paraissent engendrer plus de problèmes que d'avantages quant à l'emploi et la croissance : 

La déréglementation concernant la grande distribution, soit disant pour faire baisser les prix en bénéficiant au pouvoir d'achat, risque à nouveau de mettre la pression sur les producteurs, en position de soumission et de faiblesse face à ces géants de la distribution, de nuire à la qualité de l'alimentation, d'anéantir le petit commerce de proximité qui est important pour la cohésion du tissu social.

La proposition de déréglementer  les professions soumises à autorisation ou à quota comme les taxis, les pharmaciens, les notaires, doit être argumentée plus finement et nuancée (raison initiale du quota, par exemple éviter circulation dense en ville, maintenir un niveau élevé de compétence pour un niveau de besoin de population suffisant,...) et la manière de lever les quotas sans trop déstabiliser la profession et les utilisateurs des services devrait être définie (progressivité, rachat des licences au prix actuel pour revente de plus de licences à un prix moindre?...). Combien d'emplois concernés et pour quelle croissance attendue (impact minime à mon avis au regard de la déstabilisation attendue) ?

L'ouverture massive à l'immigration sur des qualifications recherchées (universitaires, santé, bâtiment,hôtellerie) doit être étudiée avec plus de prudence : concernant les qualifications supérieures, cela entraîne une fuite des cerveaux et des cadres dans les pays en développement, notamment en Afrique, qui en ont absolument besoin pour se développer chez eux, afin que ces pays s'en sortent et que la France puisse in fine endiguer l'immigration non souhaitée ; concernant les secteurs ayant des manques de qualification et de main d'oeuvre en France, pourquoi ne pas proposer plutôt d'orienter et de former les chercheurs d'emplois vers ces professions ? De plus l'immigration massive à bas coûts va faire fortement baisser les salaires des personnes employées dans ces professions, comme aux USA, et engendrer des problèmes sociaux d'intégration, de logement, etc.


- les Ecopolis, villes vertes créées de toute pièces, me paraissent une idée surtout médiatique, risquant d'engendrer les mêmes problèmes que les villes nouvelles en grande banlieue. Ne vaut-il pas mieux investir dans des villes actuelles en insérant progressivement dans le tissu social et urbain existant des infrastructures écologiques, des nouvelles énergies, des nouveaux modes d'habitats,... Est-ce que l'avenir est de construire de nouvelles villes vitrines  flambant neuf puis de demander aux habitants des villes anciennes de migrer vers les nouvelles villes ? Irréaliste …

- de nombreux points n'ont pas de rapport la croissance (ou très indirectement, alors il faudrait expliquer) avec : suppression des départements, de la carte scolaire, éducateurs en crèche, ...

- chiffrage du financement et des économies relatifs à chaque  proposition ? Je ne l'ai pas vu dans le rapport (annexe ?). C'est important notamment si certaines mesures ne sont pas retenues et d'autres oui. Il faudrait faire les comptes ... C’est bien d’avoir remis en avant le problème du déficit et de la dette publique, qu’il faut absolument endiguer (baisse du déficit de 1% du PIB par an, soit 20 milliards par an, comme le proposait François Bayrou), mais comment le financer en même temps que les investissements proposés dans l’innovation et l’éducation, la flexsécurité,, les villes Ecopolis, les constructions de logements sociaux, l’évaluation de tous les services publics,… ?
Et rien sur une taxe carbone ?
Et quelle ampleur, quelle différenciation selon les produits et services, et quel impact de la hausse de la CSG et d’une TVA sociale, sur la compensation de la baisse des charges des entreprises et sur le pouvoir d’achat des catégories moins favorisées ?


Bref, discutons, argumentons, justifions, proposons, et … décidons en connaissance de cause et dans le consensus, dans une société réconciliée !

                                                            Marie-Anne Kraft (Saint-Maur-des-Fossés)
                                                                      Citoyenne responsable et constructive
                                                                    ESSEC promo 82, cadre dans la Finance, 
                                                                       
Mère de famille, membre du MoDem

17/01/2008

Lettre ouverte de militants du MoDem à Jean-Marie-Cavada

58212d14ae9609a8e7575243dfc24f5a.jpgNous vous avions soutenu lors des élections législatives à Saint-Maur / Créteil / Bonneuil dans le Val de Marne. Vous représentiez pour nous des valeurs, une compétence, une image, un soutien exemplaire de François Bayrou et du Mouvement Démocrate. Et nous étions fiers de mener ce combat à vos côtés, ne comptant pas notre temps, tractant par tous les temps sur les marchés et dans les gares, le week-end et en semaine, participant aux multiples réunions et débats, animant votre blog de soutien militant. A l’époque, vous sembliez très attaché à vos responsabilités au Parlement Européen, néanmoins prêt à les quitter en cas de victoire aux législatives en France, jugeant l’enjeu très important pour le MoDem et pour que la France fasse avancer le projet européen, et vous vous étiez déclaré absolument pas intéressé par un mandat local de Maire, laissant donc entendre qu’il n’y aurait pas de suite à votre candidature aux élections municipales, quelle que fût l’issue des législatives.

Une chose nous avait intrigués: votre sympathie très affirmée à l’égard de Nicolas Sarkozy, proclamé publiquement comme une de vos plus proches amis, avec lequel vous avez souvent passé des vacances à Arcachon. Tout en faisant également le panégyrique de François Bayrou, de son courage, de son honnêteté et de sa droiture. Nous avons cependant aussi noté deux autres points : votre rancune à l’égard de François Bayrou qui n’aurait pas dû selon vous dire qu’il ne voterait pas pour Nicolas Sarkozy au second tour des présidentielles, et votre refus de partager le pouvoir au MoDem avec Marielle de Sarnez. Nous redoutions déjà une rupture …

Vous avez attendu la formation des candidatures aux municipales pour soudain basculer de camp et vous déclarer candidat tête de liste UMP aux municipales de Paris dans le XIIème arrondissement, que vous n’habitez pas puisque vous résidez à Neuilly-sur-Seine.

Nous respectons vos choix. Ce que nous ne pouvons pas comprendre, c’est la raison de votre décision, vos arguments nous paraissant incohérents, votre discours dévoilant vos palinodies, ou disons un désaveu.

Vous étiez parfaitement en ligne avec les valeurs et le programme du Mouvement Démocrate, qui sont très différentes de ce qu’a exprimé et met en œuvre l’UMP et le gouvernement Sarkozy. Pourtant, au motif de préférer être du côté du gouvernement pour défendre plus efficacement les idées qui ne sont pas les siennes, vous ralliez donc un camp dont vous savez bien qu’il est très difficile de faire valoir des idées contradictoires, comme nous en avons la preuve avec le Nouveau Centre, Bernard Kouchner et bien d’autres. Les députés ex-MoDem ralliés au gouvernement utilisaient les mêmes arguments que vous, proclamant avoir conservé les mêmes valeurs et programmes initialement du MoDem, et n’arrivent plus à se faire écouter, allant même jusqu’à l’autocensure, leur porte-parole François Sauvadet refusant à plusieurs reprise de faire valoir des demandes de ses pairs. On se demande aussi pourquoi vous n’avez pas rejoint ce Nouveau Centre … Sans doute car il est déjà doté d’un chef, Hervé Morin. Vous prétendez à présent vouloir fédérer les centristes, le centre gauche, bref, les démocrates …

Reconnaissez également que le principal intérêt de Nicolas Sarkozy à votre recrutement était bien celui de « casser » Bayrou et son Mouvement Démocrate, et diviser le centre comme la gauche par ces débauchages pour mieux régner sans partage et désamorcer l’opposition.

Vous venez d’annoncer hier le lancement d’un « forum d’action » ou encore d’une « structure de travail » appelée maintenant « Avenir Démocrate » (remplaçant donc le « Alliance des citoyens pour la démocratie » suivi du « Action citoyenne pour la démocratie en Europe » annoncé récemment ?). Le plagiat devient caricatural…

Quant à votre propre intérêt, puisque vous n’étiez pas motivé, selon vos propres dires, par un mandat local, il est probablement à chercher du côté de la promesse d’autres fonctions, d’un poste ministériel, tout en faisant plaisir à votre ami Sarkozy, en rejoignant sa cour.

Et enfin ce que nous ne pouvons admettre, ce sont toutes les critiques venimeuses et pleines de fiel que vous avez soudain étalées sur la place publique à l’égard de François Bayrou, critiques de surcroît infondées et dites sur un ton si passionnel qu’elles ne pouvaient qu’éveiller la suspicion de leur auditoire.

Rappelons quelques-unes unes de ces phrases assassines :

«J’ai voulu accompagner François Bayrou jusqu’aux limites de la loyauté, pour des raisons essentiellement humaines et par fidélité aux militants. […] Mais aujourd’hui, j’ai épuisé tous les recours de la loyauté.»
« J’ai voulu créer une structure pour accueillir les militants du MoDem en déshérence » 
 «François Bayrou a un programme romantique mais un tempérament qui lui fait refuser l’obstacle de la décision. S’il avait voulu que ses idées prévalent, il aurait pu négocier une alliance avec le gouvernement. […] Il s’y est refusé.» 
 "Nous voulons écarter les diseurs de bonne aventure, ceux que j'ai appelés les télévangélistes, qui observent, dénoncent, critiquent, et invoquent un avenir meilleur, mais se refusent à passer à l'action" et sont "focalisés" sur la prochaine échéance présidentielle."
«Je refuse que les militants de l’UDF-MoDem soient sacrifiés aux négociations municipales ou à l’échéance présidentielle de 2012»
Je vous ai même entendu dire que vous proposiez une porte de sortie aux militants du MoDem, que Bayrou envoie « à l’abattoir » en ne pensant qu’à son élection en 2012.

Trop, c’est trop ! Bayrou n’est pas un boucher et nous ne sommes ni des gogos ni des brebis égarées que l’on va bientôt égorger ! Un peu de décence aurait été plus conforme à l’image que vous donnez habituellement de vous ! La calomnie ne fait pas partie du registre des valeurs du Mouvement Démocrate, aussi cette lettre vise-t-elle à répondre à cette vilaine et indigne attitude sans pour autant vous retourner de telles paroles haineuses. Je peux vous affirmer que les militants du MoDem sont en très grande majorité très déçus de votre attitude, jugée méprisante non seulement à l’égard de François Bayrou, mais aussi à leur égard.

Par votre comportement, vous avez non seulement participé à la division et non au rassemblement des forces démocrates du pays, mais vous avez fait perdre à la France un poste important de présidence de Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures du Parlement Européen, car votre ralliement à l’UMP, affilié au parti conservateur européen PPE-DE, a provoqué de vives réactions de la part de vos pairs européens démocrates de l’ADLE, vous obligeant à démissionner du poste le 15 janvier dernier, et de ce fait c’est probablement un député belge (Gérard Deprez) qui vous remplacera.

De surcroît, vous donnez aux citoyens une piètre image de la politique, laissant accroire que l’attrait des postes est plus fort que les valeurs, les idées que l’on défend, la loyauté.

Depuis votre défection, vous ne nous avez pas rappelés ni envoyé vos vœux, probablement persuadé que notre accueil ne serait pas chaleureux ou bien peut-être nous avez-vous complètement oubliés.

Nous vous souhaitons quand même une bonne année 2008, avec plus de cœur et moins de rancœur, et avons même composé pour vous et Hervé Morin ces quelques alexandrins : 

 Tous ceux-là, malgré la réception des honneurs,
Devraient méditer sur ce bel antique adage
Qui rappelle que nul même sous projecteurs
N'est à l'abri d'une chute après les hommages :
Le "Arx tarpeia Capitoli proxima " :
"La Roche Tarpéienne est près du Capitole"
Voilà ce dont prévient, maxime a minima,
Que même la tête des vrais preux dégringole.

L'adulé d'aujourd'hui peut être honni demain,
Quand le banni d'hier a aujourd'hui la main !

 

                    Marie-Anne Kraft et des militants MoDem de Saint-Maur (94)

13/01/2008

Lettre ouverte à Jacques Attali sur sa "Brève histoire de l'avenir"

Je viens de lire votre livre avec un grand intérêt, souvent avec une certaine inquiétude, parfois avec un certain amusement et ponctuellement non sans un certain agacement. Il a l’originalité de mixer différents genres littéraires : l’étude socio-économique, la science fiction et le programme politique, de faire se rencontrer mythe et réalité.

 

Je vois en ce livre de nombreux mérites :

 

-         il parle à tout être humain, de son essence et de son devenir, en l’interpellant, en le provoquant, fût-ce par la caricature et parfois la simplification, qui ont des vertus pédagogiques, en le conduisant à réfléchir sur lui-même, son rapport avec autrui, les valeurs essentielles, sur l’humanité,

-         j’ai bien aimé votre rétrospective sur l’histoire depuis l’homme préhistorique, car il faut en effet connaître et comprendre le passé pour mieux appréhender l’avenir et tirer des leçons de l’histoire, sachant qu’il ne faut pas à mon avis en tirer la conclusion que l’histoire répète les mêmes phénomènes, car les peuples gardent une mémoire des évènements, des souffrances et des erreurs, justement pour ne pas toujours les reproduire … J’ai utilisé la même démarche pour une analyse sur les causes des inégalités croissantes parmi les hommes dans un article publié sur mon blog http://mariannerepublique.hautetfort.com/archive/2007/11/24/de-l-origine-des-inegalites-croissantes-parmi-les-homme-rep.html
texte intégral : http://mariannerepublique.hautetfort.com/media/01/00/0716b6c05e7b256f8b42c0063f940a7d.pdf

 

 

-         il permet de prendre du recul sur le monde d’aujourd’hui et de relativiser l’importance que nous accordons aux biens matériels, à la recherche du profit, ainsi que la suprématie ou la supériorité que nous reconnaissons à notre civilisation, nous rappelant, comme Paul Valéry, que »nous savons à présent que les civilisations sont mortelles »,

 

 

-         il fait une analyse à mon avis très juste des points clés des moteurs de la société et des tendances observées et de leur projection dans les 30 ou 50 prochaines années (toutes choses égales par ailleurs), à partir de données factuelles et mesurées (argent, individualisme, défiance, fuite dans la consommation et le divertissement,…) et leurs conséquences (inégalités croissantes, perte du sens et perte de la relation, destruction de l’environnement, …),

 

 

-         il livre à la fin un très bon résumé de données clés, synthétiques, pertinentes, pédagogiques, sur l’état de notre société et de notre économie, en particulier de la France comparée aux autres pays,

 

 

-         enfin, il est facile à lire et divertissant.

 

 

J’y ai retrouvé de multiples données et réflexions déjà lues dans des ouvrages antérieurs, récents ou moins récents, tels que :

 

 

-         les livres de Hubert Reeves (Mal de Terre notamment, paru en 2003) et de Nicolas Hulot (notamment Pour un pacte écologique, paru en 2006),

-         les livres du biologiste Joël de Rosnay (2020-Les scénarios du futur, paru début 2007 et l’Homme symbiotique, paru en 1995),

-         la trilogie de la Fondation d’Isaac Asimov, grande référence de la Science Fiction, paru en 1966, dans laquelle l’auteur imagine le futur de l’humanité. Il commence avec l’effondrement d’un empire galactique qui se décompose. Un savant invente alors une nouvelle science, la psycho histoire, basée sur la loi des grands nombre et le calcul des probabilités qui permet de prévoir l’avenir ou, plus exactement de calculer les probabilités des différents avenirs. Le scénario rappelle au lecteur des phases connues de l’histoire : l’émiettement du pouvoir des empires romains et ottoman, l’ascension de personnes charismatiques comme Alexandre le Grand, Jules César ou Napoléon Bonaparte, les civilisations successivement dominées par la religion (Moyen-Âge), l’armée, l’industrie, … (et maintenant l’empire marchand sous le règne de l’argent, de l’informatique et de la communication). Jusqu’à ce qu’intervienne un personnage, nommé le mulet, qui va tout perturber, enrailler les prédictions…

-         concernant la France et son déclin comme ses atouts, la France qui tombe de Nicolas Baverez et les Bullocrates de Jean-François Kahn, parus en 2006, qui en prend le contre-pied.

-         Sur la domination du capitalisme et du règne du profit et de ses excès, le capitalisme total, de Jean Peyrelevade, paru en 2005 et décrivant l’évolution du capitalisme vers un capitalisme financier et total, régnant sans partage ni contre-pouvoir sur le monde et ses richesses, l’exigence de rentabilité excessive et à court terme des actionnaires polluant la volonté d’entreprendre et se faisant au détriment des projets industriels, économiques et durables.

Aussi aurais-je apprécié que vous eussiez fait référence à ces ouvrages, qui ont probablement alimenté vos réflexions ou celles des personnes qui vous ont aidé à écrire ce livre.

 

Enfin, ce qui me gène ou m’agace, c’est la manière autoritaire avec laquelle vous embarquez le lecteur en obligeant son consentement et son adhésion, par l’emploi sans réserve du futur et l’unicité du scénario proposé. Parfois, la prédiction que vous faites de l’avenir correspond déjà à la réalité du présent, on ne peut donc qu’y adhérer, et vous y glissez subrepticement une prédiction beaucoup plus incertaine qui, noyée dans le reste, passe clandestinement dans le cortège des évidences.

 

Vous semblez convaincu notamment de la future décomposition totale des Etats au profit des entreprises privées, y compris pour les questions régaliennes, de sécurité, de santé, de protection sociale,… La décomposition totale des familles, le nomadisme physique et l’hyper concentration des villes. Vous auriez pu à tout le moins présenter différents scénarios en fonction de différentes hypothèses.

Par exemple, on peut envisager que la conjonction du progrès technologique (Internet, vidéoconférence, traduction automatisée …) et de la nuisance des transports conduise de plus en plus à travailler à domicile ou dans des centres de proximité, permettant une plus grande décentralisation de l’habitat en province et dans les campagnes, de travailler pour des entreprises basées à l’étranger et même utilisant une autre langue.

De même la baisse de la natalité n’est pas irréversible dans les pays riches et sa croissance importante dans les pays pauvres pourrait être endiguée par le recours à la contraception, l’éducation etc.

J’ai aussi trouvé dangereux diplomatiquement et politiquement  la manière dont vous prédisez des guerres entre certains pays et assimilez globalement l’Islam à un groupe hostile à l’occident.

Enfin, après la description apocalyptique, convaincante et irréversible d’un avenir proche (2030) insupportable de stress, d’obsession de la surveillance, de l’autoprotection et de fuite effrénée dans le divertissement, avec la perte des valeurs humaines, familiales, spirituelles, sous l’hyper empire dominé par les Etats-Unis, puis celui de l’hyper conflit planétaire d’une hyper violence, vous laissez espérer l’avènement d’une hyper démocratie (si néanmoins la planète a survécu ainsi que l’espèce humaine), ce qui reste hypothétique dans de telles conditions.

 

 

Puis vous dressez soudain à la fin du livre des pistes de salut, des portes de sortie grâce à une évolution des mentalités, des gens tournés vers le relationnel, ou plus exactement « l’économie relationnelle », développant un commerce équitable ou charitable, de la fraternité, de l’intelligence universelle, démontrant l’évidence que l’altruisme est la source du bonheur et de l’accomplissement de soi, de l’épanouissement, … dans un lyrisme caricatural et peu crédible, pas assez argumenté pour convaincre. Sans expliquer comment cela peut arriver et devenir un système dominant, sans expliquer quel peut en être le moteur. Toutes vos phrases des pages finales p.390 et p.391 commencent par « je veux croire » ou « je veux espérer »… Il faut y croire, c’est tout.

 

 

Enfin, vous opérez un zoom sur la France, sur les arguments attestant son déclin comme sur ceux attestant ses atouts, ce qui est du reste intéressant et peu reluisant pour notre pays, pour terminer sur une liste de propositions qui paraissent très « ras des pâquerettes » comparé à la dimension philosophique et planétaire du livre, traitant de l’essence de l’humanité et des civilisations, même si elle reste en cohérence avec les principes vers lesquels vous avez préalablement conduit le lecteur avec argumentation, démonstration, … et croyance.

 

 

Je suis d’accord sur l’essentiel, avec cependant trois remarques :

 

-         les actions que vous préconisez visent toujours à développer l’empire marchand et à suivre le modèle américain, donc à renforcer l’hyper empire, en ayant toujours pour objectif la croissance du profit, renforcer l’efficacité du marché. Même les entreprises relationnelles sont décrites en terme marchand. Il n’y a rien sur l’éducation, la prise de conscience et la responsabilisation du citoyen, sur la proposition d’une autre manière de donner un sens à sa vie, dans la vie quotidienne citoyenne, sociale et politique.

 

-         les actions permettant de faire naître l’hyper démocratie ne sont pas assez développées (dommage !), elles sont esquissées sur seulement deux pages finales p.420 et 421 en termes vagues : « favoriser la constitution d’entreprises relationnelles », « développer la démocratie participative, en particulier régionale, en employant les technologies de l’ubiquité nomade et de l’hyper surveillance, et organiser des espaces urbains et virtuels pour que s’y rencontrent ceux qui ont envie de se rendre utiles et ceux qui peuvent offrir des occasions de l’être »,…
Or il aurait été intéressant de proposer des actions concrètes telles que des bourses d’échanges relationnelles en bénévolat, incitant chaque citoyen à donner un peu de son temps sur une compétence dont il peut faire bénéficier autrui (soutien scolaire, aide à domicile, conteur d’histoires, cours de jardinage, de couture, de cuisine, discussions philosophiques, atelier artistique, co-voiturage, prêt d’outils, …). On pourrait par exemple au départ, dans la logique marchande, envisager des « points de temps » donnant droit en retour à des services gratuits. A terme ce ne devrait plus être marchand et le plaisir de donner devrait dépasser le désir de recevoir.

 

-          vous ne parlez jamais de la relance par l’offre, pour améliorer la compétitivité des entreprises et favoriser les PME pour développer l’emploi et l’innovation. « La recherche universitaire et industrielle devra se voir attribuer des moyens beaucoup plus importants,… » (p.417), certes mais par qui ? L’état (par augmentation des impôts) ? Le privé (les actionnaires de grandes entreprises ? Une aide aux PME novatrices, par qui et sous quelle forme ?

La majorité des économistes étaient d’accord pour dire que le « Small Business Act » à la française préconisé par François Bayrou lors de la campagne présidentielle pour les PME, était de loin la meilleure proposition pour la croissance, pour une relance par l’offre : avec simplification administrative, protection des jeunes entreprises avec exemption fiscale dégressive, réduction des délais de paiement de leurs clients grandes entreprises ou Etat, accès des PME aux marchés publics (20% du volume des grands marchés et marché < 50 000 euros), ainsi que les deux emplois sans charges (limitées à 10%), qui coûtait moins de 6 milliards d’euros. Sachant que en 15 ans les PME ont créé près de 2 millions d’emplois pendant que les grandes entreprises en supprimaient près de 300 000.

 

Alors pourquoi ne pas en parler ? Pourquoi ne pas proposer cette idée dans la Commission pour la Libération de la Croissance Française, que vous présidez ? C’est pourtant une idée développée avec succès par les Etats-Unis, qui semblent être pour vous un modèle de croissance. Avez-vous aussi proposé d’exempter d'impôts les revenus les brevets déposés par des chercheurs français ou résidant en France (idée également développée par François Bayrou) ?

 

 

N’ayez pas peur de reprendre les idées de Bayrou et même de le remercier pour les avoir justement proposées, c’est cela la vraie ouverture !

En tout cas merci pour ce livre, que je recommande, restant à votre disposition pour en discuter et bien à vous,

 

                                                                Marie-Anne Kraft

                                             http://mariannerepublique.hautetfort.com/

04/01/2008

VOEUX du MoDem

d63ddb5e79b70ac9aa6b39d05e6a3e9b.jpg

Pour cette année 2008 :

 

           

Misez tous sur des mots,

Osez ce qui démode, et surtout,…

Modémisez « de toutes vos forces » !

 

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu