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22/12/2007

Le Mouvement Démocrate : un projet de civilisation

2bf1f1b380dcc2af2e3ca5945cc17684.jpgLe projet du Mouvement Démocrate va bien au delà d'un programme politique, économique et social ; bien au delà des catalogues de mesure habituellement présentés par les partis politiques. C'est même plus qu'un projet de société : c'est un projet de civilisation.

 

Une civilisation lie des sociétés d’hommes qui se construisent sur des valeurs et une culture commune et dans un objectif commun, une même vision du progrès, dans la projection qu’elles se font de l’avenir en commun. Alors que le mot société désigne d’une manière générale un groupe de personnes ayant une forme de vie commune. La civilisation est à la société ce que l’espèce est à la race. De même que les espèces peuvent disparaître, Paul Valéry nous a avertis que «Nous autres, civilisations, nous savons désormais que nous sommes mortelles » .
Il se trouve que la civilisation actuelle connaît les premiers signes de sa mortalité, notamment au travers du défi écologique. Mais bien au delà de cette mortalité physique, elle souffre également de signes de mortalité morale et spirituelle, de perte d’humanité.
Le Projet Démocrate est un projet de civilisation car il repose sur des valeurs, résumées dans une charte des valeurs, et sur une culture (humaniste), une idée du progrès de l’homme et de l’humanité, ainsi que sur une éthique, un comportement politique et moral, résumée dans une charte éthique. Il vise un idéal humaniste, un monde de justice croissante, basé sur la confiance dans le respect de la démocratie et de la république.
Certains détracteurs du projet démocrate qualifient ce dernier d’utopie, car ils sont convaincus que l’homme est intrinsèquement mauvais et qu’il ne peut être motivé par des valeurs humaines. Selon eux, seuls l’appât du gain, la recherche du pouvoir personnel et du plaisir (physique) peuvent motiver ce dernier dans ses projets et ses actions. Ils sont cyniques et politiquement suivent les principes de Machiavel décrits dans « Le Prince » afin d’acquérir ou de conserver le pouvoir, reposant sur les postulats suivants :
1- la seule motivation doit être le pouvoir
2- Il faut absolument s’affranchir de toute morale pour conduire le pouvoir
3- L’homme, le peuple comme le Prince, est naturellement mauvais ; il ne regarde que son premier intérêt avant celui d’autrui.
Rappelons cependant la définition de l’utopie : l’utopie est un régime politique idéal, qui gouvernerait les hommes parfaitement, une société parfaite (sans injustice par exemple, comme la Callipolis de Socrate) ou encore une communauté d’individus vivant heureux et en harmonie (l’Abbaye de Thélème, dans Gargantua, de Rabelais, en 1534). Ce terme a été dévoyé, désignant une réalité difficilement admissible, un monde irréaliste. Ainsi, qualifier un projet d’utopiste consiste à le disqualifier et à le considérer comme irrationnel. Comme si le fait d’envisager une société idéale, qui doit être un objectif, était du domaine du rêve irréalisable, l’idéal étant de fait incompatible avec le réel.
Il se trouve que cette utopie démocrate a le mérite de présenter au moins une cible, un projet de société et même comme nous l’avons dit de civilisation, plutôt que naviguer à vue sur des mesures à court terme et sans fondement de valeurs, et qu’elle s’inscrit par ailleurs dans la réalité de ce monde, ne niant pas la mondialisation et le fonctionnement capitaliste de l’économie. Il s’agit de reconnaître des priorités nouvelles dans nos actions personnelles, les actions des entreprises, de l’Etat, et de mettre en place des garde-fous, ceci dans un contexte plus global, d’abord européen, voire mondial. Il est tout à fait possible de réfléchir sur le réel, sur l’amélioration concrète de nos conditions de vie, par une représentation objective du monde que nous souhaitons.
Le modèle démocrate (appelons-le ainsi) s’oppose donc à un autre modèle de civilisation dominant, qui est celui du néo-capitalisme basé essentiellement sur des valeurs matérialistes, la recherche du profit, la valeur de l’argent, et le règne de l’image, du paraître, au détriment des valeurs humaines et spirituelles. Dans ce modèle règne la loi du plus fort. Ce modèle fertilise son pouvoir sur le terrain de la mondialisation. Il génère des inégalités croissantes dans le monde et dans chacune des sociétés qui le composent. Il ne sait pas venir à bout de la pauvreté dans le monde ni du désastre écologique qui menace la planète, car les intérêts matériels et particuliers à court terme l’emportent toujours sur l’intérêt général à long terme. Il ne paraît pas non plus rendre les gens plus heureux, contribuer à augmenter le niveau de bonheur des populations, sinon par une éphémère impression de bonheur représentée par l’argent, un pouvoir d’achat. La domination du monde par ce modèle induit implicitement cette civilisation à sa propre destruction.
Les partisans de ce modèle, au travers de partis politiques, ne clament pas bien sûr qu’ils recherchent les inégalités croissantes et la loi du plus fort, qui en fait sont implicites des valeurs matérialistes qu’ils érigent comme prioritaires. Ils aiment se proclamer tenants de la Démocratie et de la République, bien qu’ils n’en respectent pas des principes fondamentaux, galvaudant ces nobles termes pour épicer leurs discours ou les rendre convenables. Leur stratégie politique est basée sur la séduction, le pouvoir des médias, la soumission aux sondages, une forme de populisme, la conservation du pouvoir par les puissants tout en entretenant une volontaire léthargie, passivité des masses, en les divertissant par les jeux, les programmes télévisés, en les faisant rêver par l’entretien d’événements people, le star system, l’espérance de gains où chacun a sa chance (loterie et loto), … et l’illusion que le salut est dans l’action effrénée, quel que soit son aboutissement, du moment que « ça bouge ». C’est la société du « zapping » perpétuel.
Un autre modèle de civilisation a tenté de s’imposer au XXème siècle avec l’échec que l’on connaît matérialisé par la chute du mur de Berlin en 1989 et la période de la Perestroïka en URSS : le modèle socialo-communiste, très dirigiste, prônant l’appropriation des terres et bien de production par l’Etat, avec une centralisation extrême du pouvoir et de la redistribution des revenus. Ce modèle aboutit à un appauvrissement de la population, une déresponsabilisation des citoyens, à la prise de pouvoir par une oligarchie représentant l’Etat et s’octroyant des privilèges, à la dictature.
Il y a donc bien à présent deux modèles de civilisation qui s’affrontent aujourd’hui sur notre planète, dont la concurrence alimentera le combat politique des prochaines décennies, pas seulement en France mais également chez nos voisins européens comme aux Etats-Unis et même dans le reste du monde, remplaçant le traditionnel clivage « Gauche-droite » en France, aujourd’hui dépassé :
-                      d’un côté le modèle néo-capitaliste basé sur des valeurs matérialistes, la loi du plus fort, qui génère des inégalités croissantes,
-                      de l’autre le modèle démocrate et humaniste, priorisant les valeurs humaines et spirituelles, visant une justice croissante et un développement humain. Sans cependant nier la réalité économique et le contexte de la mondialisation.
Quel Projet de Civilisation propose le Mouvement Démocrate ?
Comme nous l’avons dit, le Projet Démocrate vise un idéal humaniste, un monde de justice croissante, basé sur la confiance dans le respect de la démocratie et de la république. Décrivons ci-après les fondements de cet idéal, les valeurs qui l’animent.
L’idéal humaniste à pour objectif le progrès de l’Humanité. L’humanisme place l’Homme au centre, lui reconnaissant en tant qu’individu sa conscience, sa responsabilité, sa valeur et son potentiel, quelles que soient son identité, sa naissance, son origine sociale, ethnique et culturelle. Les valeurs de l’Humanisme sont des valeurs de confiance, de respect, de tolérance, d’authenticité, de transparence, de justice et de solidarité. Ainsi l’Humanisme s’oppose au matérialisme, qui gangrène de plus en plus nos sociétés aujourd’hui, laissant s’instaurer une domination par l’argent, confisquant le pouvoir au bénéfice des riches et des puissants, accréditant que nos motivations essentielles sont l’acquisition des richesses et la consommation, modèle aboutissant finalement à une société d'inégalités croissantes. Ce courant humaniste est résistant, révolutionnaire et pacifique.
Résistant car les valeurs qu’il prône sont des valeurs de résistance : la liberté individuelle doit se gagner face à un monde où ce qui est naturel, c’est la domination de l’autre. L’égalité entre les hommes ne va pas de soi non plus dans un monde où chacun cherche à défendre ses acquis. La solidarité et la fraternité ne sont pas non plus systématiques, l’égoïsme, l’individualisme et d’hédonisme étant aussi des attitudes plus faciles à adopter chez l’homme.
Révolutionnaire car il affronte la domination des esprits et de l’argent par les puissants, il bouleverse les pouvoirs établis.
Pacifique car il croit en une émancipation des hommes qui sont de plus en plus formés et informés pour élever leur conscience et prendre leurs responsabilités, notamment dans les pays qui fonctionnent en démocratie, par l’expression et le vote. Il a également l’espoir que les puissants eux-mêmes adhèrent aux valeurs de l’Humanisme et réalisent que seules ces valeurs sont à même de porter le progrès de l’Humanité et de sauver le devenir même de l’espèce humaine et de donner sens à son existence.
Inspirés d’Humanisme, les Démocrates veulent construire une société de confiance, tant au niveau individuel que sur le plan collectif, une société qui donne le sens de « vivre ensemble », où les relations entre les humains ne sont pas systématiquement monnayées ou « marchandisées ». La société de confiance s’oppose à une société de défiance, où l’inégalité germe dès la naissance, où domine la loi du plus fort et du plus riche, où l’apparence, la caste et le carnet d’adresse priment sur la compétence, où règnent l’anonymat, l’isolement, le « chacun pour soi » et le « sauve-qui-peut ».
Cette société s’inscrit dans un projet de civilisation transversal et universel, dans un univers mondialisé, se traduisant aussi bien au niveau individuel, de la famille, de la commune, de la région, de la nation, de l’Europe et du Monde. Ce projet doit viser la prospérité, pas seulement matérielle mais aussi humaine et spirituelle, redonner le goût de l’entreprise et de l’innovation, une motivation sur des objectifs industriels visant un progrès et une valeur humaine, pas seulement une « valeur ajoutée » financière, ne visant que la rentabilité financière à court terme.
Ce projet doit aussi viser la préservation de la planète et ce qu’on appelle le « développement durable ». Ce terme ne devrait pas être limité au souci de permanence des sources d’énergie et des ressources en général, mais considérer plus généralement le « devoir de répondre aux besoins des générations présentes sans compromettre pour autant la capacité des générations futures à répondre des leurs », quel que soit le domaine où il s’applique. C’est vrai notamment pour la gestion de la dette publique qui grève les générations futures.
Le Projet Démocrate veut réconcilier l’Europe avec les Nations. L’Europe ne doit pas être  réduite à un simple espace de libre échange. Elle doit être le lieu de rassemblement des problèmes communs des pays européens, pour protéger et promouvoir leurs ressources, leurs cultures, leurs valeurs. Les problèmes de ressources énergétiques, d’environnement, d’immigration, de défense doivent être traités au niveau de l’Europe.
Il s'agit également de protéger nos racines, notre identité, nos traditions, notre culture et nos langues régionales, face à la mondialisation et à l’uniformisation culturelle et idéologique.
Le Mouvement Démocrate est convaincu que l’organisation sociale et politique la mieux à même de répondre à cet idéal est la démocratie. La démocratie permet de construire l’Homme, reconnaît sa place en tant que citoyen autonome libre de corps et de pensée, ayant une conscience et une capacité de jugement, responsable de ses actes moralement. La démocratie donne la parole et le pouvoir au citoyen, pouvoir qu’il organise en le déléguant et en le contrôlant. Elle suppose idéalement que le citoyen bénéficie d’une transparence de l’information, d’un accès aux connaissances et à l’éducation.
Le Mouvement Démocrate propose une démocratie proche du citoyen, qui l’informe sur les problèmes du pays, de l’Europe, du Monde, lui explique les solutions proposées et lui donne les moyens de s’exprimer.
Il prône également la démocratie sociale, qui redonne au travail une valeur capitale, car ce qui fonde le lien entre les hommes, c’est essentiellement l’utilité sociale, c’est à dire le travail. C’est par là que l’individu acquiert une reconnaissance, donc une source d’épanouissement de ses talents, et non simplement par la garantie d’un revenu assuré.
Aussi faut-il être intransigeant sur les valeurs fondamentales de la Démocratie, tenir pour prioritaire le droit à l’expression, à l’éducation et à l’information du citoyen, défendre la juste représentation des courants d’opinion, le pluralisme, l’indépendance des médias et accorder priorité à l’éducation.
Le pouvoir du citoyen ne doit plus être limité à la désignation de ses dirigeants par son suffrage, qui ensuite peuvent régner et décider sans lui rendre de comptes ou bien en lui en rendant mais toujours à sens unique, sans concertation. Il faut aller plus loin en changeant le statut du citoyen, en lui  donnant un rôle d’acteur et tenir compte de son avis au sein d’une véritable concertation. Pas une consultation d’apparence où l’on fait mine d’écouter pour ensuite imposer ce qu’on a décidé. Le conflit est sain car permet l’expression des attentes et dénoue les tensions. La contradiction renforce ainsi l’autorité et donne légitimité à son exercice.
La République formalise et institutionnalise la démocratie en la dotant d’une constitution et d’institutions lui permettant de bien fonctionner. Comme le stipule notre constitution, la République est « démocratique, laïque et sociale ». Elle repose sur les valeurs de  « Liberté, Egalité et Fraternité » qui sont des droits du citoyen. Elle garantit aussi son identité, sa citoyenneté, sa sécurité physique et la propriété, la protection de ses biens. Elle confère au citoyen des droits mais en retour ce dernier  a aussi des devoirs : le respect de l’autorité, le civisme, une forme de patriotisme. La République impose la séparation des pouvoirs et l’impartialité de l’Etat.
Le Mouvement Démocrate défend ces valeurs de la République contre toutes les dérives. Ces valeurs sont bien souvent piétinées, bafouées, contournées. Il faut assainir les institutions et mieux garantir la séparation des pouvoirs, non seulement exécutif, législatif et juridique, mais aussi financier et médiatique. La République a ses espaces sacrés, certains lieux qui méritent d’être « sanctuarisés », notamment l’Ecole, le tribunal et le Parlement. Même si le rôle de l’Etat est important dans sa fonction régalienne, protectrice et re-distributive de richesses, le Mouvement Démocrate ne croit pas à un Etat omnipotent qui gère tout et laisse penser qu’il prend tout en charge dans la vie du citoyen et dans la gestion du pays. Pour redonner au citoyen un rôle acteur et participatif, organiser une concertation entre le pouvoir et le peuple, il propose une gestion plus décentralisée de certains problèmes et le renforcement des corps intermédiaires, des représentations citoyennes tels que les syndicats, les corporations, les associations. Il faut réinventer un modèle de société. C’est une tâche et une responsabilité immense qui nous incombe, à nous Démocrates, celle d’un véritable projet de civilisation. Le programme politique du Mouvement Démocrate traduit finalement en propositions concrètes la manière de réaliser cet idéal, en ayant tout d’abord évalué les moyens les plus judicieux pour y arriver sans compromettre pour autant ses valeurs, en étant attaché avec réalisme à l’efficacité de ces moyens, en ayant recours à une évaluation de ces derniers dans des contextes similaires, par expérience passée ou par comparaison avec d’autres pays les ayant employés. En ce sens ce programme s’inscrit dans une approche réaliste et non utopiste (dans le sens irréalisable).
                             Marie-Anne Kraft (alias "Marianne")

24/11/2007

"De l'origine des inégalités croissantes parmi les hommes" : réponse à François Bayrou (partie 1)

Article assez long (25 pages) dont ce texte est la première partie. Ci-joint l'article entier pour les courageux lecteurs.Moteur d'une socit de justice V3.pdf

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1         La grande question de civilisationbfde2ef0f1951e167d5255d329a17889.jpg

En octobre 2007, sur les ondes de radio et de télévision, ainsi que dans le numéro 119 de la revue Commentaire, François Bayrou fait le constat suivant :

« Ce qui a triomphé, à la surface de la planète, c’est non pas le libéralisme stricto sensu mais le principe d’inégalité croissante. L’inégalité croissante a été acceptée et choisie … à partir du succès économique américain, comme moteur du développement des sociétés. Il est vrai que ce moteur a été, dans l’ordre matériel, infiniment puissant, … interdisant progressivement toute redistribution par l’effacement des frontières, notamment fiscales, proscrivant cette redistribution … puisque rien n’est plus facile aux riches que de changer de pays » … Pour François Bayrou « ce principe d’inégalité croissante … heurte les valeurs fondamentales de notre civilisation ». « Quand la réussite personnelle se mesure seulement à l’aune de la réussite matérielle et financière, la société a changé de nature. Pour dire vrai, elle n’est plus société, association, vie en compagnonnage, elle devient collection de solitudes et de compétitions individuelles. » Selon François Bayrou, c’est l’enrichissement personnel (enrichissement matériel), l’argent, le culte de l’argent en tant que valeur dominante motivant les hommes et la société, qui est actuellement le moteur de nos sociétés et qui a engendré ces inégalités croissantes, associé au fait que la mondialisation rend la redistribution inopérante. Par ailleurs, le modèle alternatif socialo-communiste qui s’appuie sur une centralisation dirigiste du pouvoir et des moyens de production par l’Etat en vue d’une distribution égalitaire des richesses, a échoué. Partant de ce constat, François Bayrou pose une question fondamentale : « Nous visons une société de justice, ce doit être l’objectif de notre civilisation. Mais quel peut être le moteur d’une société de justice ? » Autrement dit renversons l’équation en fixant un résultat souhaité (supposant l’adhésion à cet objectif) pour trouver la ou les variables permettant d’arriver à ce résultat. Quel doit être le nouveau modèle, et comment motiver les hommes, les entreprises, les collectivités, afin d’engendrer naturellement une société de justice, de confiance, d’égalité des chances et ainsi réduire les inégalités ? Nous proposons d’étudier cette question. Cette analyse pourra paraître à certains déconcertante et originale, dans la mesure où elle sort des études habituellement réalisées, limitées au registre social, économique et financier, essayant de comprendre plus profondément les racines psychologiques et biologiques de l’attachement que l’homme et la société ont dévolu à l’argent et comment nos sociétés sont devenues matérialistes et sources de développement des inégalités. En ce sens notre démarche relève d’une approche philosophique plutôt qu’économique. En comprenant mieux la source de ces maux, ce qui sous-tend le modèle actuel de nos sociétés, il sera plus facile d’en proposer un autre, de définir et mettre en place un nouveau « moteur ».

Mais avant de réfléchir au « moteur », à ses éléments constitutifs et à son carburant, aux interactions entre la motivation de l’homme, son moteur individuel, et celle de la société des hommes, un moteur collectif, attestons tout d’abord le constat fait par François Bayrou sur les inégalités croissantes de nos sociétés et analysons les causes profondes et  le « moteur » actuel qui les a engendrées et les perpétue.

2         Le constat : une société d’inégalités croissantes

La démocratie et le libre-échange étaient ensemble porteurs d’une promesse d’épanouissement de l’individu et de son confort, ainsi que de réduction des inégalités. Tout le discours économique est basé sur la recherche à tout prix de la croissance, de la valeur ajoutée globale, du PIB (Produit Intérieur Brut), par pays et globalement.

La production et donc la richesse globale, représentées par le PIB, ont connu dans le monde une croissance moyenne de 2,5% par an depuis 25 ans et de 5% par an environ depuis 2004 et malgré la dispersion du taux selon les pays, toujours positive.

 


Evolution de la croissance économique selon la zone géographique (source : IMF, avril 2006)

Evolution et projection de la croissance économique selon la zone géographique
Zone 2004 2005 2006* 2007*
Pays industriels 3,3 % 2,7 % 3,0 % 2,8 %
dont Etats-Unis 4,2 % 3,5 % 3,4 % 3,3 %
Zone euro 2,1 % 1,3 % 2,0 % 1,9 %
Japon 2,3 % 2,7 % 2,8 % 2,1 %
Nouveaux pays industrialisés asiatiques 5,8 % 4,6 % 5,2 % 4,5 %
Autres pays émergents et pays en développement 7,6 % 7,2 % 6,9 % 6,6 %
dont Afrique 5,5 % 5,2 % 5,7 % 5,5 %
Europe centrale et orientale 6,5 % 5,3 % 5,2 % 4,8 %
Communauté des Etats Indépendants 8,4 % 6,5 % 6,0 % 6,1 %
Chine 10,1 % 9,9 % 9,5 % 9,0 %
Inde 8,1 % 8,3 % 7,3 % 7,0 %
Moyen-Orient 5,4 % 5,9 % 5,7 % 5,4 %
Brésil 4,9 % 2,3 % 3,5 % 3,5 %
Mexique 4,2 % 3,0 % 3,5 % 3,1 %
Monde 5,3 % 4,8 % 4,9 % 4,7 %

* estimations

Mais il faudrait attacher une égale importance à d’autres indicateurs, notamment le  PIB/habitant moyen, ainsi que sa dispersion dans les catégories de population (riches vs pauvres), ainsi que l’évolution du rapport entre les revenus du dernier décile (10% de la population la plus riche) et ceux du premier décile (10% de la population la plus pauvre).

On devrait aussi réfléchir à de nouveaux indicateurs permettant de mesurer un « Bonheur Intérieur Brut », le « BIB », plutôt que le PIB…Ce sera l’objet d’une autre étude !

 Or que constate-t-on ? Les inégalités se sont effectivement accrues, les écarts se sont creusés, notamment en terme de revenus et de niveau de vie dans chaque continent, dans chaque pays, dans le monde (Nord/sud).

De surcroît, on constate qu’elles acquièrent une permanence et même une accentuation par le phénomène de l’héritage, de la transmission du patrimoine des plus riches à leurs enfants, ces derniers bénéficiant d’avantages fiscaux sur l’actionnariat, les plus-values, comparés aux revenus salariaux, et ayant recours à des outils financiers ad hoc et aux paradis fiscaux pour préserver leur trésor et même le soustraire aux obligations fiscales.

Les études récentes attestent le constat d’inégalités croissantes, entre nations et au sein même des pays, entravant les progrès dans de nombreux domaines (voir notamment le rapport du PNUD publié fin 2006 et le rapport 2006 de la Banque Mondiale). Quelques chiffres pour illustrer le propos :

-          20% de la population détient 90% des richesses mondiales,

-          Entre 1970 et 1985, le PIB mondial a augmenté de 40%. C’est le cas en France d’ailleurs. Au cours des 30 dernières années, la France est devenue 2 à 3 fois plus riche qu’elle n’était, selon cet indicateur mesurant la production de richesse. Mais le nombre des pauvres c’est accru considérablement. Dans plus d’une centaine de pays, le revenu par habitant est aujourd’hui plus bas qu’il n’était il y a quinze ans. Près de 1,6 milliards d’individus, déjà en situation de pauvreté, vivent plus mal qu’au début des années 1980.

-          Près de 3 milliards d’individus sur la planète vivent en dessous du seuil de pauvreté (2 $ par jour), soit 40%. Leur nombre s’est accru de 36% depuis 1981. 50% des travailleurs de la planète en font partie.

-          1,1 milliards, soit un sixième, vit dans l’extrême pauvreté (moins de 1 $ par jour). 3% de plus qu’en 1981.

-          En Afrique, le taux de population en situation d’extrême pauvreté est passé de 41,6% en 1981 à 46,9% en 2001. Compte tenu de la croissance démographique, cela veut dire que le nombre d’Africains vivant dans l’extrême pauvreté a presque doublé, passant de 164 millions à 316 millions de personnes. 1 personne sur 3 souffre de faim chronique en Afrique subsaharienne.

-          Le rapport entre les 10% des pays les plus riches (revenu par habitant >29 000$, 18 pays dont la France est le 17ème) et les 10% des pays les plus pauvres (<1800 $, 30 pays dont 27 en Afrique sub-saharienne), est passé de 23,9 en 1995 à 33,5 en 2004. Autrement dit, un habitant du groupe des 18 pays les plus riches est 33,5 fois plus riche qu’un habitant moyen du groupe des 30 pays les plus pauvres.

-          Par ailleurs, à l’intérieur des pays, les inégalités se sont également creusées :

o        Dans les pays riches, les inégalités de salaires se sont accrues depuis 25 ans. En fait, toute la richesse créée dans ces pays a été captée par une tranche étroite de la population, les revenus médians étant stagnants alors que les revenus des 0,1% des plus riches augmentent en flèche. Le rapport entre le salaire des 10% les mieux payés et celui des 10% les moins bien payés a augmenté de 14% dans l’OCDE. Mais les inégalités sont restées stables en France et au Japon, selon les données officielles, hors revenus du patrimoine et en écarts relatifs. Si on en tenait compte, on observerait une hausse des inégalités en France, car ceux-ci progressent rapidement et sont très majoritairement détenus par les catégories les plus aisées. En observant les mêmes statistiques sur des franges plus extrêmes, les quintiles (5%) ou les centiles (1%), le rapport est de plus en plus élevé.
D’après une étude de l’Ecole d’économie de Paris portant sur la période 1998-2006, dont Libération a publié les résultats le 29 juin 2007, 1% des Français les plus riches ont vu leurs revenus augmenter de 19%, 0,1% des plus riches de 32% et 0,01% des plus fortunés de 42,5%. Alors que l’Insee, qui mesurait l’écart entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres attestait une réduction du fossé depuis les années 70 jusqu’en 2000 où la tendance commence à s’inverser.
Un autre indicateur : la pauvreté des enfants a augmenté dans les pays riches (pour 17 des 24 pays de l’OCDE) entre 1991 et 2000.

o        Les inégalités internes aux pays se sont plus accrues dans les pays à forte flexibilité du droit du travail et à moindre protection sociale, comme les pays anglo-saxons (Grande Bretagne et Etats-Unis) que dans des pays comme la France où le droit du travail, le SMIC, protège les salariés.

o        Les Etats-Unis sont l’un des pays les plus riches de la planète, mais aussi, parmi ceux-ci, l’un de ceux où les inégalités sont les plus fortes. Depuis plus de deux décennies, les inégalités économiques se creusent : les plus riches ont connu dans les années 1980 et surtout dans les années 1990 une période de rapide croissance de leurs revenus et de leur patrimoine, tandis que la classe moyenne et les pauvres n’ont bénéficié pendant la même période que de faibles gains. Depuis 1980, en effet, la croissance des revenus des familles est presque totalement concentrée sur les 5 pourcents les plus élevés de l’échelle des revenus : en termes réels, le quintile le plus pauvre gagne aujourd’hui à peine plus qu’en 1980, tandis que les 5% des familles les plus aisées ont vu leurs revenus doubler. Parmi les bénéficiaires de cet accroissement de revenus, se trouvent en particulier les dirigeants d’entreprises dont la rémunération (au sens large : salaire de base, bonus, actions attribuées, profit réalisé lors de l’exercice des stock-options, contributions aux assurances-santé et retraite…) a augmenté de plus de 300% entre 1990 et 2001. A l’opposé, le salaire minimum fédéral n’a progressé que de 35% pendant la même période, passant de 3,8 $ à 5,15 $ par heure, sans changement en termes de pouvoir d’achat.
 Si on considère la mesure scientifique des inégalités de revenu utilisant l'indice de Gini, celui-ci valait 0.45 pour les Etats-Unis en 2004, alors qu'il était de 0.267 en 2002 pour la France (dernière valeur connue d'après l'INSEE). Les inégalités de revenu sont bien plus fortes aux Etats-Unis qu'en France et le phénomène va en s’amplifiant.

o        En Chine, entre 1983 et 2004, on est passé d’un rapport de 6 à 15 (comme aux Etats-Unis !) entre le revenu moyen des 10% les plus riches et celui des 10% des plus pauvres. D’après les chiffres de la Banque Mondiale, le différentiel de revenus, entre les 20% les plus riches et les 20% les plus pauvres, est passé de 6,5 en 1990 à 10,6 en 2001, ce qui fait de la Chine le pays le plus inégalitaire de toute l’Asie. Depuis 2001, ce processus s’est clairement poursuivi. Par ailleurs, entre 1990 et 2001, la part des richesses nationales détenue par les 10% les plus riches est passée de 24,6 à 33,1%.

L’accroissement global des richesses et du niveau de vie, que l’on met plus volontiers en exergue, a masqué ces effets d’inégalités croissantes. On ne peut nier les progrès globalement réalisés : en un demi siècle, l’espérance de vie est passée dans le monde en développement de 41 à 64 ans, la part de population n’ayant pas accès à l’eau potable est tombée de 65 à 20%, la mortalité infantile a été réduite de moitié et l’analphabétisme a baissé de 52 à 26%.

Conclusion :

Nous sommes dans un monde globalement plus riche dans lequel il y a plus de pauvres, où les riches sont plus riches et où les pauvres sont plus pauvres.

19/09/2007

Face à des philosophies différentes de l’approche de l’homme par la droite et la gauche, la position de Bayrou et de son Mouvement Démocrate

Nous tentons de différencier les partis en comparant leur contenu politique. Or, qu’est-ce qu’un contenu « politique » ?

Ce devrait être une déclinaison en projet, en programme d’actions, de valeurs que l’on cherche à promouvoir selon certaines priorités, en privilégiant des moyens qui semblent les mieux appropriés à répondre à leur mise en œuvre.

Il faut donc logiquement bien définir au préalable ces valeurs et priorités et bien argumenter quant à l’efficacité des moyens préconisés, usant de pragmatisme (par comparaison avec nos pays voisins notamment) et expérimentation (dans le passé ou sur un sous-ensemble limité avant de les généraliser).

Il m’est apparu que si l’on doit résumer au plus simple « la mystique », ce qui motive profondément les intentions de « la droite », découle d’une conviction intime, d’un postulat, que l’homme est intrinsèquement mauvais et qu’il ne pourra pas s’améliorer. Il est ainsi et il faut optimiser le monde autour de ce constat. D’où les priorités d’ordre sécuritaire, à la répression plutôt qu’à la prévention, certaines croyances quant aux prédispositions génétiques, l’acceptation de la loi du plus fort, une reconnaissance des riches et des puissants, des « stars people », quels qu’aient été leur mérite, leur chance ou leur héritage justifiant leur succès matériel et médiatique, leur opulence matérielle servant de modèle ultime plutôt que les qualités morales et spirituelles. En terme de moyens, « la droite » croit plus en l’autorité, la centralisation des pouvoirs imposant des décisions (marquée par un étatisme important et de puissants lobbies sous couvert d’un apparent mais trompeur libre-échangisme), la motivation matérielle (l’outil fiscal notamment) et quantitative (culture du chiffre que ce soit pour la police, l’école, le chômage…).

De l’autre côté, la conviction intime de « la gauche » me paraît découler de l’hypothèse rousseauiste que l’homme est intrinsèquement bon. D’où la dérive libertaire et le déni des problèmes de sécurité (responsable de l’échec du PS en 2002), l’idée que tous les problèmes viennent du manque de moyens donnés à l’homme et à la prévention du mal, que ce soit sur les problèmes d’éducation (il suffit de plus d’enseignants et de surveillants…), de chômage (il suffit d’offrir une formation et une assurance sécurité emploi, de redistribuer le temps de travail quitte à sacrifier généreusement les heures supplémentaires de ceux bénéficiant d’un travail, …), au point d’en oublier les réels levier de la croissance, l’entreprise, et entretenant une illusion et, par là, des déceptions.

En terme de moyens, « la gauche » prône un interventionnisme important de l’Etat protecteur et re-distributeur. Tandis que « la droite » prône également la toute puissance de l’Etat, mais plutôt au profit de la centralisation du pouvoir et de l’application de son autorité… « La gauche » n’a pas la culture du chiffre de « la droite ». Elle est plutôt dans le registre qualitatif, plus subjectif, moins mesurable, plus flou.

La gauche comme la droite, ont infantilisé le citoyen, cet enfant intrinsèquement bon ou mauvais, lui laissant croire que l’Etat tout puissant va régler tous ses problèmes, qu’il suffit de voter, de déléguer le pouvoir et d’obéir, faire confiance… Les psychologues diront que la droite représente le père et la gauche la mère.

La gauche comme la droite, prônent la démocratie alors même que leurs gouvernements ont galvaudé ce terme et n’ont pas respecté la démocratie. La suppression de la proportionnelle à l’Assemblée puis le maintien confortable de cet état de fait, empêchant la représentativité des différents courants d’opinion au motif d’éviter celle du Front National ou d’assurer une franche majorité est une piètre excuse. L’autorisation de cumul de mandats doublée d’absentéisme à l’Assemblée est indigne. La compromission entre le pouvoir politique, financier et médiatique rend forcément illusoire la démocratie, l’information libre du citoyen. Démocratie signifie « pouvoir du peuple », s’appuyant sur sa conscience et sa responsabilité, le contraire de l’infantilisation.

Face à ces approches, le Mouvement Démocrate (MoDem)  en a une autre. Il refuse la qualification de « centre », qui fait référence à quelque chose qui se situerait dans l’espace entre la gauche et la droite (donc ici entre la croyance en un homme un peu bon et un peu mauvais, entre le père et la mère …). Le MoDem est inspiré d’humanisme et de démocratie au sens originel des mots. Il a la conviction que l’homme n’est ni intrinsèquement bon ni intrinsèquement mauvais mais qu’il porte en lui biologiquement à la fois des pulsions agressives de survie (le bas cortex, la première couche dite « reptilienne » du cerveau), une affectivité (seconde couche du cerveau commune aux mammifères), et enfin une couche supérieure qui caractérise l’homme, le cerveau supérieur, qui contrôle les pulsions et l’affectivité, qui est capable de se fixer une ligne de conduite, de réfléchir sur ce qui est bon et mauvais à titre individuel et aussi à titre collectif dans le sens de l’intérêt général même si parfois il contraint un intérêt particulier.

L’humanisme vise l’amélioration de l’être humain et le progrès de l’humanité. Il croit que l’homme est en devenir vers un « meilleur », de même pour l’ensemble de la société humaine. Et que pour se faire, il doit exercer sa conscience et sa responsabilité (vis à vis de lui-même, des autres, des générations futures…), pas simplement se laisser guider et se faire dicter une conduite.

En ce sens il est logique que le MoDem commence avant toute chose à définir une charte des valeurs et une charte éthique, une manière de conduire la politique. Le nom de « Mouvement démocrate » n’est pas choisi au hasard. Le « mouvement » traduit cet homme et cette société en devenir. Démocrate reprend le sens originel de son nom. Est-ce un hasard aussi si en verlan Modem donne « Demo », qui signifie « le peuple » ?

Et nous ne sommes pas dans un monde fermé, il faut maintenant travailler avec nos homologues européens démocrates, ce que fait le MoDem bien plus que les autres partis.

Concernant les moyens d’actions de la politique, le MoDem a une approche pragmatique afin de bien comparer l’efficacité des moyens d’actions entre les pays qui ont appliqué différentes méthodes et dans quel contexte (notamment TVA sociale, leviers de croissance…) avant de s’en inspirer.

Il faut du PRAGMATISME et surtout de l’EFFICACITE. Il était reconnu que les deux emplois sans charges par entreprise relanceraient efficacement la croissance par l’offre (avec un coût inférieur à 6 milliards d’euros sans compter les rentrées fiscales liées au bénéfice de la croissance), alors que le bouclier fiscal décidé par Nicolas Sarkozy est un cadeau aux plus riches sans efficacité quant à la croissance (pour un coût de 15 milliards !) et que la croyance en une relance par la consommation est aujourd’hui plus illusoire que celle par l’offre (amélioration de la compétitivité des entreprises par allègement de charge et incitation à l’investissement), car les français consomment plus de 50% de produits importés …

Vous me trouverez sans doute « utopiste », je vous répondrai que je suis plutôt volontariste et que je garde espoir, qu’un monde humaniste prenne le dessus sur un monde matérialiste et dominé par l’argent et la violence. Le MoDem me semble être le seul parti aujourd’hui à prendre le problème par le bon côté et être porteur de cet espoir, de la fondation de ce nouveau modèle de société. Les tentatives actuelles d’expression d’une nouvelle « gauche moderne », qui accepte la mondialisation, le libre-échange, prône l’humanisme et ne considère plus que l’Etat doit tout prendre en charge reprennent ni plus ni moins ce qu’a déjà décrit François Bayrou. Comme Nicolas Sarkozy s’en inspire également de plus en plus, d’abord dans la formation d’un gouvernement d’ouverture, de sensibilités politiques plurielles, et récemment dans la proposition d’un « small business act » à la française pour la relance des PME. C’est un signe que Bayrou a raison, c’est lui qui montre le chemin.

L’enfant citoyen est sur le point de devenir un adolescent, l’éveil de sa conscience et de sa lucidité peut se faire grâce à un homme providentiel tel que François Bayrou. L’adolescent porte en lui l’émancipation et la révolte, mais également le désir de devenir adulte et responsable. Et je pense que c’est cette attitude qui permettra à l’homme de sauver son devenir existentiel et la survie même de son espèce et de la planète. Le « surhomme », qu’annonçait Nietzsche après la phase de nihilisme de nos sociétés dites modernes et évoluées, c’est celui qui saura passer cette crise d’adolescence et rendre dominant ce nouveau modèle de société qu’est l’humanisme.

28/05/2007

Quelle politique aujourd’hui pour quelle société demain ? Leçons de la campagne électorale...

La campagne électorale pour les présidentielles fut un zapping sur quelques mesures phares, rebondissant chaque jour selon les événements de l'actualité, et surtout une bataille d'image... Elle a beaucoup parlé de « pouvoir d’achat » (orienté consommation !) et d’identité nationale mais n'a malheureusement pas été l'occasion de débattre du sens que nous souhaitons donner à notre vie en société (est-ce trop intellectuel d'en parler ?).

Et les grands dossiers de la réduction de la dette, des retraites, du déficit de la sécurité sociale et de l’aggravation du problème de la dépendance avec l’allongement de la durée de vie, de la mutation de notre monde avec l’explosion économique de la Chine et de l’Inde et l’abandon de l’Afrique… ont été plutôt « effleurés », pas traités à la mesure de l’importance qu’ont aurait dû leur accorder.

Nous n’avons pas beaucoup parlé également de la manière de conduire la politique (sauf François Bayrou prônant un gouvernement d’union, de rassemblement ainsi qu’un assainissement des institutions) et Ségolène Royal avec ses débats participatifs et sa forte incitation à adhérer à un syndicat. Pourtant, malgré l’intérêt que les citoyens français ont manifesté lors de cette élection présidentielle, force est de constater la faiblesse de leur adhésion dans les partis et les syndicats comparée à nos pays voisins, la perte progressive de leur implication en dehors du vote qui délègue des représentants à l’assemblée, dans les mairies et conseils généraux, au Parlement Européen. Alors même que le média internet est en train de révolutionner l’information et l’expression citoyenne…Dommage !

 

Dans la « politique », qui touche à la manière d'organiser la vie en société et l'exercice du pouvoir dans cette société organisée, il y a trois choses :

- l'idéologie, les valeurs, la mystique, un référentiel, le sens que l'on souhaite donner à la vie des humains sur cette planète, c'est la destination cible, c’est par là qu’il faut commencer avant de proposer un « programme » d’actions,

- la mise en pratique afin que les décisions et les actions économiques, sociales, éducatives, financières etc, dans un contexte donné, permettent d'y arriver au mieux (le "programme", les lois...) : c'est le chemin, l'itinéraire,

- enfin la manière de conduire la politique, comment faire fonctionner la démocratie, la représentativité et la participation citoyenne, l’exercice du pouvoir et son contrôle : c'est le moyen de transport. …

Les "grands" partis dominants que sont l'UMP et le PS nous ont proposéde prendre un ticket de train sans nous indiquer la destination du train et en nous donnant quelques indices de chemin, qui comme un jeu de piste peuvent nous aider à déceler la destination.

Ainsi, le référentiel de Nicolas Sarkozy, même s’il n’est pas avoué, semble  privilégier les valeurs de l'argent, du "chacun pour soi", de la loi du plus fort, de l'apparence et de l'image, bref de l'avoir et du paraître sur l'être... et à surfer aussi sans l'exprimer trop fort sur les valeurs d'exclusion du Front National. C’est pourquoi François Bayrou, dont le référentiel est à l’opposé, s’est refusé à voter pour lui au second tour.

Cependant, une fois dans le train et ayant embarqué dedans tous ses électeurs et aussi les autres, Nicolas Sarkozy a priorisé des sujets qui n’étaient pas ses thèmes favoris mais plutôt ceux de ses concurrents (l’Europe, le dialogue social avec les syndicats, le co-développement, l’écologie et…l’image d’union et de rassemblement en faisant venir aux gouvernement des ministres de gauche et du centre). C’est difficile pour ses détracteurs de critiquer une approche qu’eux-mêmes préconisent, mais cela sent bien la manœuvre électorale de désamorçage de la concurrence en ciblant les législatives, sinon pourquoi n’aurait-il pas annoncé ces priorités avant ? D’ailleurs les ténors de l’ UMP et ses électeurs n’en disent rien y compris sur le gouvernement de pseudo-ouverture que pourtant Nicolas Sarkozy dénigrait avant l’élection quand Bayrou le proposait, et qui pour le moment exclut des fidèles de Nicolas Sarkozy en priorisant des places de ministère au profit de personnes venant de la gauche et du centre … de même qu'après les annonces plus vertueuses de préoccupation de la dette, le nouveau gouvernement décide soudain de faire « une pause »…

Quant au PS, tiraillé par des factions à idéologies divergentes ou incertaines (qu'il convient donc de taire) et aussi, sur des désaccords sur le chemin à emprunter, la question du moyen de transport devient dérisoire...

François Bayrou de son côté me paraît être le seul à s'être exprimé sur ces trois volets de la politique et c’est pourquoi j’ai été personnellement séduite par son approche et son projet :

  •   Le référentiel, le cap, qu'il décrit dans son projet d'espoir, souhaitant remettre l'homme eu centre ainsi que la survie de notre planète, privilégier l'être sur l'avoir et le paraître, optimiser le bonheur dans la société des humains par une mise en valeur ou une redécouverte du respect et de l'écoute de l'autre, le don de soi, le partage, la transparence, la vérité et non le mensonge, privilégian tl’intérêt général sur l’intérêt particulier, la vision à long terme et une action s’intégrant dans une continuité dépassant un mandat présidentiel sur celle à court terme, s’inspirant d’une morale humaniste. Cette litanie de valeurs peut paraître à certains désuète, fleurant la morale "chrétienne", mais il y a aussi du bouddhisme dans tout cela... En tout cas j'adhère à ces valeurs et Bayrou est le seul dans la campagne à nous avoir exprimé où il voulait aller, quel sens il proposait de donner à notre société, notre vie entre humains.
  •  Son « programme", qui était complet, quoiqu' aient pu en dire ses concurrents qui prétendaient qu'il n'existait pas, pour mieux ensuite entre les deux tours dire qu'il convergeait énormément avec le leur... Mais il diverge encore de celui de l’UMP sur certains points relatifs à la dette, à la solidarité (contre la franchise de l’assurance maladie), l’égalité des chances (carte scolaire et suppression des droits de successions, du moins avec un seuil) et aussi de celui du PS surtout en terme d’interventionnisme de l’Etat.
  • Enfin sur la manière de conduire la politique, là Bayrou est révolutionnaire, et pourtant sa proposition consiste simplement à prôner le dialogue et le rassemblement entre des personnes de partis différents, autour de valeurs communes et de l’intérêt général et d’appliquer les règles de respect élémentaire de la démocratie alliée à un certain pragmatisme, la représentation légitime des citoyens (50% de proportionnelle aux législatives), de responsabilité de ces derniers ainsi que de leurs élus (pas de cumul de mandats, présence à l'assemblée, la séparation des pouvoirs politiques, juridiques, financiers, médiatiques, participation citoyenne renforcée…), une expérimentation des solutions envisagées et une évaluation permanente des mesures prises pour statuer de leur efficacité et de la réponse aux besoins...

Je respecte le vote des Français, qui est démocratique, mais je reste aussi sur une amère impression que beaucoup de Français ont voté en « zappant », regardant surtout TF1 ou quelques journaux  orientés, sans avoir eu le temps ou pris la peine de réfléchir au sens de notre vie en société. Avoir du boulot et un pouvoir d’achat c’est essentiel. Etre protégé contre l’insécurité urbaine, la délinquance, je comprends. Adhérer au sentiment d’appartenir à une nation et d’en être fier, pourquoi pas ? Mais pour quel type de société ? Quel objectif collectif ? Comment et pour quoi voulons-nous vivre ensemble ? Est-ce trop intellectuel d'en parler ?

19/05/2007

Quand Sarkozy fait soudain du Bayrou : conviction profonde ou tactique politicienne ?

Cela frise l’hystérie dans les hautes sphères de l’UMP !
Les postes de Ministres étaient déjà limités (à 15), impliquant une lutte de concurrence entre les fidèles lieutenants de Nicolas Sarkozy, mais qui a viré carrément à la panique quand le chef adulé décide, une fois élu, de se montrer grand rassembleur et chantre de l’union nationale rêvée et proposée par François Bayrou, en annonçant que plusieurs ministères, et non des moindres, seront offerts à des centristes et des figures du PS ! Côté centriste : Hervé Morin (pour la défense), Maurice Leroy (un secrétariat d'Etat faute du ministère de l’Agriculture), mais on ne cite plus Gilles de Robien ni André Santini... Côté PS : Bernard Kouchner (aux affaires étrangères),  Claude Allègre et Eric Besson (secrétariats d'Etat).
Par ailleurs, quels sont les premiers sujets auxquels s’attaque prioritairement notre nouveau Président ? La sécurité ? L’identité nationale ? Le pouvoir d’achat et la valeur travail ? Que nenni ! Point ses thèmes de campagne, mais ceux de ses ex-concurrents : la concertation syndicale, le co-développement en Afrique, la relance de l’Europe, et même l’écologie...
De deux choses l’une :

- soit Nicolas Sarkozy a soudain réalisé que le projet de François Bayrou était finalement meilleur que le sien et il s’est fait élire par démagogie sur des thèmes rentables électoralement, orientant sa campagne au gré des multiples enquêtes d’opinion et, se sentant maintenant libéré de ses contraintes électorales, il nous permet de découvrir le sens profond des valeurs qui l’animent,

- soit l’opportunisme électoral et le machiavélisme de notre nouveau Président de la République lui dictent un comportement visant à optimiser la victoire de son camp aux législatives en désamorçant toute opposition à la fois des électeurs de Bayrou et de Royal, montrant bonne figure et ouverture à leur endroit, et faisant fi des manquements à la fidélité envers ses lieutenants, leur rétorquant d’ailleurs que « le Président doit faire primer l’efficacité du gouvernement sur la fidélité des sentiments ». Mais finalement tout ceci est pour leur bien à tous !


A moins que ce soit un véritable coup monté et qu’après les législatives donnant une victoire écrasante à l’UMP et ayant minimisé les contre-pouvoirs, il décide de revoir à nouveau la composition du gouvernement, sacrifiant éventuellement pour cette noble cause quelques centristes ou ministres de gauche, afin de représenter plus justement une France s’étant montrée plus majoritairement UMP aux législatives... Ce qui prouvera qu’il n’est pas chien avec ses fidèles, qui retrouveront finalement le maroquin convoité !

L’avenir nous permettra de répondre à ces interrogations et à juger du niveau de notre paranoïa...

De l’effet Bayrou au Mouvement démocrate : illusion ou véritable refondation ?

Bilan de cette élection présidentielle : Sarkozy est élu brillamment, finalement pas de surprise cette fois ; Royal est sauvée par un score honorable même s’il cache des querelles intestines au PS ; Bayrou, malgré ses presque 20% de suffrages exprimés au 1er tour, est ignoré voire censuré par les médias dès l’élection passée, ces derniers entretenant l’illusion que le clivage gauche-droite s’est renforcé et que le centre n’existe plus ou est sérieusement menacé. Or, analysons ce qu’il se passe. Un séisme peut se produire dans la recomposition du paysage politique français et réserver la fameuse surprise pour les législatives …

Gauche, droite, centre : que signifient à présent ces termes ?

Avant que tombe le mur de Berlin, l’antagonisme entre les modèles de gauche et de droite avaient une signification idéologique, opposant :

-         pour la gauche, un modèle de société basé sur une idéologie communiste ou socialiste basée sur l’appropriation par l’Etat des moyens de production et la distribution équitable des richesses aux citoyens et passant forcément au début, comme le justifiait Karl Marx, par une « dictature du prolétariat » (version du communisme appliquée en Union Soviétique et en République Chinoise),

-         pour la droite, un modèle de société basé sur le libre-échange, le capitalisme (les moyens de production étant détenus par des propriétaires privés tirant des revenus du placement de leur capital, récompensant un risque), la concurrence des marchés, devant mener par une sorte de loi naturelle à une croissance permanente et un enrichissement optimum des actionnaires et des travailleurs-consommateurs.

Ces deux modèles extrêmes ont prouvé leurs limites et c’est le deuxième qui s’est imposé sur la planète : effondrement du bloc de l’Est, privatisation de ses entreprises (au bénéfice d’une nouvelle caste de privilégiés) en même temps que la population s’est paupérisée et a vu son espérance de vie baisser de 4 ans, ouverture de la Chine au capitalisme, préservant néanmoins une « dictature du prolétariat » et développant une nouvelle forme d’esclavage. Le capitalisme est devenu dominant et s’est étendu à toute la planète, nourri par la mondialisation des capitaux et des échanges. Mais en même temps qu’il a prouvé une certaine efficacité motrice sur la croissance matérielle, l’enrichissement global (croissance mondiale de +5% par an ces dernières années), il a aussi mis à jour un accroissement des inégalités sociales, entre les revenus du capital et ceux du travail, une inefficacité à trouver un équilibre entre l’adéquation de l’offre et de la demande sur l’emploi, les compétences requises, une aggravation des inégalités entre les pays riches et les pays pauvres en terme de niveau de vie et d’accès à la santé, une priorisation du profit à court terme sur le long terme (difficulté à investir à long terme dans l’entreprise et pour répondre aux contraintes de l’environnement durable).

Lorsque l’on parle maintenant de « gauche » et de « droite », les références sont plutôt devenues :

-         pour la gauche, un modèle de société de type « scandinave », où un système capitaliste encourageant l’entreprise privée cohabite avec un Etat qui joue un rôle important dans sa fonction protectrice et re-distributrice des richesses : impôts élevés, protection importante en cas de chômage associée à une possibilité pour l’entreprise de facilement  licencier et à un accompagnement actif du chômeur pour retrouver du travail.  L’homme, le respect de sa personne, est une valeur prioritaire. Ces sociétés ont un véritable fonctionnement démocratique et bénéficient d’une forte implication de la population dans la vie politique et civile, la représentation syndicale, permettant une médiation véritable entre les citoyens et l’Etat pour une meilleure concertation préalable sur les réformes à effectuer et, partant, de l’adhésion de la population à ces réformes.

 

-         pour la droite, un modèle de société ultra-libéral de type « anglo-saxon ». Ce modèle met l’enrichissement matériel au centre des priorités, privilégie la rémunération du capital sur le travail, fonctionne sur la domination des pouvoirs financiers, débouchant en général sur une connivence de ces derniers avec les médias, eux-mêmes entreprises privées soumises à la loi de l’actionnaire, et n’a fait que renforcer les inégalités sociales.

Ces deux modèles ont prouvé qu’ils peuvent fonctionner et co-exister dans un monde globalement mondialisé. Faudrait-il encore pouvoir mesurer le niveau de « bonheur de la population dans les deux cas… Mais on a vu le modèle scandinave récemment se « droitiser » et le modèle anglo-saxon s’effriter et souffrir d’un rejet de la population quant à ses dérives (rejet de Bush, Blair, Berlusconi, Aznar,…).

On a vu aussi émerger récemment en Europe (Allemagne, Italie, Espagne…) un nouveau modèle : celui des gouvernements d’union, de coalition « droite-gauche », de sociaux démocrates, qui finalement combinent les avantages du système libéral et de la flexibilité de l’emploi et les gardes fous aux dérives de ce système, une protection sociale garantie, une gestion saine et une démocratie respectée, favorisant l’expression des différents courants politiques du pays et une concertation entre eux pour proposer et valider les réformes, garantissant un meilleur consensus et une adhésion de la population, donc une paix sociale, tout en relançant l’économie et sa croissance.

Or, c’est justement ce type de modèle que propose le centre, représenté par François Bayrou. Et il ne s’agit pas seulement de défendre des valeurs où l’homme est remis au centre des priorités, tout en préservant la croissance des entreprises, l’ordre et une gestion saine des finances publiques, mais il s’agit également de préserver la démocratie et de proposer une nouvelle façon de gouverner où la représentation des différents courants politiques est garantie, où un consensus est assuré, où la population est responsabilisée et impliquée.

Alors que Sarkozy représente le modèle anglo-saxon ultra-libéral justement rejeté chez nos voisins. Bien qu’il essaie de combler son excès d’autorité par une apparente sympathie et son accaparation du pouvoir par une illusoire invitation à sa majorité d’un pôle du centre et même d’un pôle de gauche, sa proposition de réforme des institutions est très timide comparée à celles de François Bayrou et de Ségolène Royal pour garantir la représentation parlementaire, et la connivence qu’il entretient avec le monde financier et des médias ne sera que renforcée, menaçant gravement notre démocratie.

Ségolène Royal de son côté, a tenté de promouvoir un modèle « scandinave » mais dans une société qui n’est sans doute pas prête à fonctionner ainsi, la représentation syndicale étant très faible, l’assistanat et la déresponsabilisation face à un Etat trop coûteux ayant gangrené le système. Elle a été tiraillée d’un côté entre cet appel au centre, dévoilant entre les deux tours une soudaine sympathie pour François Bayrou et ses idées, les encouragements des rénovateurs, de Bernard Kouchner, Michel Rocard, Claude Allègre, des Gracques, du mouvement Spartacus, et de l’autre côté  les rappels à l’ordre des éléphants conservateurs (Hollande, Jospin, Fabius, Emmanuelli, Mélenchon…). Le PS n’est pas uni comme il veut faire semblant de l’être. Il y a bien en son sein un courant proche du « centre », social-démocrate et européen, dans le même courant que François Bayrou, et également un courant conservateur dépassé, anti-européen, croyant en un Etat omnipotent qui peut tout régenter et se financer par l’impôt et la dette.

Ce courant du « centre », que l’on baptise maintenant plus volontiers « centre-gauche », existe bel et bien. Les médias cherchent à l’étouffer (mais vous savez qui tient ces médias !). La majorité des élus centristes UDF a soutenu le vote Sarkozy après le 1er tour, sans même d’ailleurs attendre l’issue des débats Royal-Bayrou et Royal-Sarkozy. Car on sait que leur réélection aux prochaines législatives dépend de la concurrence d’un candidat UMP, et Sarkozy ne cache même pas le chantage qui leur est fait. Ils font croire que Bayrou a dérivé de sa ligne politique initiale, vers la gauche, justifiant ainsi leur ralliement à la « majorité présidentielle ». Or, Bayrou a parfaitement gardé la ligne de son discours, qui était déjà critique à l’égard de Sarkozy avant le 1er tour, quand ses élus le soutenaient en ce sens, Hervé Morin et Maurice Leroy les premiers. Le fait d’annoncer la création d’un nouveau parti pour succéder à l’UDF, plus ouvert à la fois à droite et à gauche (mais on l’a compris, surtout plus à gauche), et sans doute d’envisager une alliance avec le PS, voire des désistements réciproques aux législatives, imposait aux élus UDF d’officialiser leur choix et de saisir rapidement la proposition de Sarkozy. C’était programmé par l’UMP pour opérer une désertion en rase campagne des fidèles de Bayrou et affaiblir ce dernier aux législatives. C’est sans compter sur la résistance du Béarnais, et surtout le soutien et l’adhésion de ses électeurs qui, loin d’être des citoyens hésitant entre la soi-disant droite et la soi-disant gauche, ont entendu le projet d’espoir réaliste et démocratique qui leur était proposé et ne souhaitaient pas cette façon de gouverner de Sarkozy ni le projet du PS, même si le 2ème tour leur imposait de faire un choix cornélien !

Bayrou a en ce moment la meilleure cote de popularité (65% des Français souhaitent le voir jouer un rôle important dans la politique française, devant Sarkozy à 56% et Royal à 52%), il aurait, d’après les sondages, emporté la victoire au second tour à 55% à la fois contre Royal et contre Sarkozy s’il avait accédé à ce second tour. Ces chiffres prouvent qu’il aurait été le meilleur consensus pour satisfaire l’ensemble des français ou faire moins d’insatisfaits.

Si le PS avait fait sa révolution culturelle avant l’élection présidentielle et que les sociaux-démocrates du PS avaient rejoint Bayrou, ce centre démocrate aurait gagné l’élection. Il n’est pas trop tard pour les législatives. Mais le PS, déchiré en interne et désireux de garder bonne figure, va probablement essayer de montrer qu’il se rénove en proposant de créer un vaste rassemblement de la gauche et du centre au sein d’un parti vraiment « social-démocrate », comme le prône Pierre Moscovici.

François Bayrou réussira-t-il son pari de créer son nouveau Mouvement Démocrate sans aucun député sortant ? Ce mouvement sera-t-il nourri d’une part importante venant du PS ? L’UDF va-t-elle éclater, aspirée en partie par l’UMP et en partie par un PS « rénové », être englobée dans le Mouvement démocrate ou disparaître tout simplement ? Ceci avant l’échéance des législatives ou après, le deuxième tour donnant lieu éventuellement à des accords de désistement réciproques sur de nombreuses triangulaires (entre 400 et 500 sur 577 !) qui pourraient rendre possible, grâce à une alliance, une victoire de ce parti démocrate ou de l’association de ce parti et du PS, face à l’UMP. L’UMP, n’ayant pas la majorité parlementaire, pourrait devoir composer avec ces nouvelles forces alliées ou associées et le gouvernement se retrouver de fait obligé à l’union nationale, comme chez nos voisins,…avec Bayrou comme premier Ministre ?

 
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