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09/01/2012

Marine Le Pen à 30% : Libération et Le Parisien font mentir un sondage ...

La campagne commence, Marine Le Pen et François Bayrou sont les deux bê-bêtes qui montent ... au grand dam des deux partis favoris, l'UMP et le PS, qui risquent gros une élimination au premier tour de l'élection présidentielle.

A peine commencée, voilà la pluie des sondages et à nouveau la manipulation d'information, avec notamment ce dernier sondage Viavoice commandé par Libération.

A la Une de Libé, "30%  n'exclueraient  pas de voter Le Pen" (avec une faute d'ortographe en prime ...) :

http://www.liberation.fr/politiques/01012382163-marine-le...

Et sur Le Parisien :

Sondage : 30 % des Français pourraient voter Marine Le Pen

http://www.leparisien.fr/election-presidentielle-2012/can...

Extrait de Libé : "Si le premier tour de l’élection présidentielle avait lieu aujourd’hui, 18% des Français voteraient «certainement» ou «probablement» pour Marine Le Pen. Mais là n’est peut-être pas l’essentiel, car si 12 % supplémentaires répondent qu’ils n’envisagent pas de lui donner leur voix, ils ajoutent que leur décision n’est pas encore absolument arrêtée. Au final, 30% de personnes n’excluent pas de voter pour Marine Le Pen ! Un chiffre saisissant, et «actuellement on ne sait absolument pas quel est son plafond», ajoute François Miquet-Marty."

Et Le Parisien de reprendre Libé sans se poser de question (ni même lire le contenu de l'article visiblement) :

"D'abord, un sondage fort fait la une de Libération. Dans une étude commandée par le quotidien, 30 % des personnes interrogées envisageraient de voter pour Marine Le Pen, au premier tour de l'élection présidentielle."

Or, si vous lisez le détail des résultats, et c'est même indiqué dans l'article de Libé, seuls 18% des sondés prétendent vouloir voter pour Marine LePen. Ont été ajoutés 12% qui n'envisagent pas de lui donner leur voix même s'ils n'ont pas arrêté leur décision ! 

Pour rappel, la question du sondage était :  "Si le premier tour de l’élection présidentielle avait lieu dimanche prochain, pourriez vous voter pour Marine Le Pen ?" et les réponses s'échantillonnaient ainsi : NSP2%, Oui certainement 8%, probablement 10%, non probablement pas 12%, non certainement pas 68%.

Cela me rappelle les jours précédant le premier tour de l'élection présidentielle de 2007,  une rumeur a été volontairement orchestrée d'un présumé (et faux) sondage qui donnait Le Pen passant le 1er tour, suivi de l'injonction de Colombani dans l'éditorial du Monde la veille du premier tour, jetant l'opprobre sur François Bayrou comme sur Le Pen pour appeler "au seul vote démocratique", le vote utile, le vote bipolaire, pour l'UMP et le PS.

Ces méthodes doivent être vivement dénoncées  !

30/12/2011

Comparaison France-Allemagne : quel modèle privilégier ?

L’Allemagne est souvent citée en exemple, voire comme modèle en ce moment. Je vous propose donc ici une synthèse des caractéristiques du modèle allemand, quelques arguments sur le niveau du coût du travail, de la productivité et la fiscalité allemande, ainsi qu'un tableau de synthèse comparatif ci-dessous, afin de vous forger vous-même une opinion.
Comp France-Allemagne 2009-2010.xls

L’Allemagne est cité en exemple notamment par François Bayrou pour la force de son industrie, de ses exportations, de sa compétitivité, ainsi que par Nicolas Sarkozy maintenant pour sa rigueur budgétaire et la rigueur salariale qu’elle a su imposer pendant dix ans pour absorber le coût de la réunification et s’imposer plus compétitive, renouant avec les excédents de balance commerciale et abaissant son taux de chômage à un niveau en dessous de 7% pendant que la France atteint presque 10%. En 25 ans, la part de l'industrie en France est tombée de 30% à 14% du PIB contre 29% en Allemagne. Pendant que la France acceptait et même favorisait sa désindustrialisation, profitant des productions à bas prix des pays émergents, l'Allemagne, elle, a profité de ces 20 dernières années pour renforcer sa compétitivité par un soutien d'un tissu local de grosses PME dynamiques à l'export, la spécialisation dans le haut de gamme qui lui a permis de construire une image de marque « made in Germany » et un transfert partiel de charges sociales surla TVA (TVA sociale).

Nous trouvons aussi des détracteurs, dénonçant la hausse de la pauvreté et des inégalités en Allemagne, l’absence de salaire minimum, l’augmentation de la précarité, des contrats à temps partiel et à durée déterminée, la stagnation des salaires, préférant citer en exemple les pays nordiques, qui ont su allier croissance économique et protection sociale, certes au prix d’un taux très élevé de prélèvements obligatoires (50%, le plus élevé d’Europe).

 

Qu’est ce qui caractérise le modèle Allemand ?

On parle souvent de « capitalisme rhénan » ainsi décrit (cf. Wikipedia) :

·  un rôle important des grandes banques et une relativisation du rôle de la bourse dans le financement des entreprises,

·  une vision à long terme appuyée sur ce mode de financement et sur un système de partenariat avec les clients, fournisseurs et employés,

·  un partenariat entre de puissants syndicats patronaux et salariaux qui limite aussi bien les conflits du travail que les interventions directes de l'État dans la vie des entreprises,

·  un système de protection sociale très développé,

·  une politique de stabilité monétaire gérée indépendamment des gouvernements.

 

Citons aussi le dynamisme des entreprises allemandes, le tissus industriel de leurs nombreuses PME qui maillent le territoire, la décentralisation territoriale et l’équilibre des régions, la puissance des syndicats et de la négociation entre le patronat et les partenaires sociaux, l’importance des corps intermédiaires et enfin leur modèle politique bien plus démocratique qu’en France en termes de représentation des partis (50% de proportionnelle pour les élections des députés pour les partis ayant obtenus plus de 5% des voix).

 

Politique économique des dix dernières années
Depuis dix ans, l’Allemagne a pratiqué une politique de l’offre, favorisant les entreprises : flexibilité du travail, modération salariale, pas de salaire minimum, … Ce qui a induit au début pendant cinq ans une faible croissance puis un effet positif sur les cinq années suivantes : gain de parts de marché, amélioration de la rentabilité des entreprises, hausse des exportations et c’est maintenant qu’on améliore les salaires (+3% en 2011). L'industrie allemande a cru de 33% de 1997 à 2007.
Selon une étude du DIW, le principal organisme de recherches économiques, le pouvoir d'achat réel des Allemands a baissé de 4,7% sur les dix dernières années.
En France en revanche, nous avons pratiqué pendant dix ans une politique de la demande, une hausse des salaires (sur cette période la part des salaires dans le PIB a augmenté), ce qui a induit une croissance supérieure à celle de l’Allemagne pendant cinq ans, mais la France a perdu 50% de ses parts de marché à l’exportation et 40% de ces emplois industriels.
Maintenant, il faudrait une politique de l’offre en France et une politique de la demande en Allemagne …

Source : http://www.franceculture.fr/emission-l-economie-en-questi...


Coût du travail et productivité
Même après une politique de modération salariale pendant 10 ans, les salaires bruts et nets sont en moyenne toujours plus élevés en Allemagne qu'en France :
- le coût du travail est plus élevé en Allemagne, en brut (+34%) commet en net (+6%),
- pas de salaire minimum en Allemagne, si bien qu’on trouve des employés rémunérés 6 euros nets de l’heure (contre 9 en France pour le salaire minimum), l’Allemagne compte 6,5 millions de travailleurs pauvres touchant moins de 10 € brut de l’heure (soit environ 20% de la population active), mais Angela Merkel s’est récemment prononcée en faveur d’un SMIC par secteur d’activité,
- les charges sociales patronales sont plus élevées en France mais les charges sociales salariales sont plus élevées en Allemagne et donc au final les salaires allemands sont plus élevés en moyenne pour permettre aux salariés de payer leur couverture sociale, avec aussi plus de recours à des complémentaires privées santé et retraite,
- les prélèvements obligatoires sont plus élevés en France en % du PIB (43% comparé à 37% en Allemagne) mais la part des prélèvements sociaux et de l'impôt sur le revenu dans le coût du travail est supérieure en Allemagne (52% contre 49,3%),
- la productivité (PIB/heure travaillée) est en moyenne meilleure en France qu'en Allemagne,
- la durée effective hebdomadaire moyenne est presque équivalente (41,7h en Allemagne contre 41h en France),
- marge brute des entreprises non financières bien supérieure en Allemagne (42% contre 30% en France), permettant aux entreprises allemandes de s’autofinancer alors que les entreprises françaises empruntent aux banques ou aux marchés.
Sources :
http://www.securite-sociale.fr/comprendre/dossiers/compte...
http://bercy.blog.lemonde.fr/2011/02/23/salaires-cout-du-...
http://www.ifrap.org/Cout-du-travail-une-comparaison-Fran...)

 

Emploi 
Avant la crise, en 2007, le taux de chômage était équivalent en France et en Allemagne (8,4%). Fin 2011, il passe en dessous de 7% en Allemagne alors qu’il passe à presque 10% (9,7%). L’Allemagne a beaucoup utilisé le chômage partiel notamment pendant la crise, pour maintenir les emplois au prix d’une réduction salariale, ce qui a permis une reprise ensuite sans perte de compétences pour les entreprises.
Le taux d’emploi est de 67% en Allemagne contre 63% en France.
La population active représente 51% de la population en Allemagne contre 45% en France.

 

Innovation
Les dépenses en R&D sont supérieures en Allemagne (2,54% du PIB contre 2,09% en France) et la part des brevets déposés sur le total européen (en 2008) est de 18,2% pour l’Allemagne contre 6,2% pour la France.

 

Commerce extérieur
Le solde commercial extérieur est très excédentaire en Allemagne (154,3 milliards d’€ en 2010) alors qu’il est très déficitaire en France (-68 milliards en 2010 et il atteindra -75 milliards fin 2011), déficitaire face à tous les pays de la zone euro sauf la Grèce !
L’Allemagne demeure le premier client de la France et absorbe 16,25% des exportations françaises. La France est également le premier client de l’Allemagne, celle-ci y réalisant 10,1% de ses exportations.

Dépenses publiques

« D’après la Commissioneuropéenne, les dépenses publiques seront en 2011 de 45,3 % du PIB en Allemagne et de 55,8 % en France, soit une différence de 10,5 % du PIB. Si la Franceavait les mêmes dépenses publiques que l’Allemagne, elle en aurait  212 milliards d’euros de moins (10,5 % x 2017= 212), ce qui lui permettrait de baisser les impôts de 100 milliards d’euros avec un budget en équilibre. L’enjeu justifie une analyse sérieuse de la différence. » «Source avec détail des dépenses comparées par secteur : http://www.lecri.fr/2011/06/19/depenses-publiques-compara...

 

Déficit public et dette publique

Le déficit public allemand (3,3% du PIB en 2010, 2,5% en 2011) est bien inférieur au déficit public français (7,7% en 2010, 7% en 2011) et il est lié uniquement au plan de relance de crise et à la charge d’intérêt de la dette importante, alors que pour la Francela crise n’explique que un tiers du déficit.
La dette publique allemande est importante (73,4% du PIB en 2010 et 79% en 2011 comparé à 78,1% en 2010 et 91% en 2011 en France). L’importance de la dette allemande est expliquée par le coût de la réunification conduite depuis la chute du mur de Berlin.
Notons que l’Allemagne a inscrit une règle d’or dans sa constitution, interdisant les déficits publics de fonctionnement.

Démographie
C’est clairement le point fort de la France (plus de 2 enfants/femme contre 1,4 pour l’Allemagne et population moins âgée avec 16,7% de personnes de plus de 65 ans contre 20,2% pour l’Allemagne et avec 18,4% de moins de 15 ans contre 13,5% pour l’Allemagne.
L’Allemagne devra compenser ce déficit démographique, ce vieillissement de population qui pose un problème de financement des retraites, par une immigration. Elle est déjà en train de se produire : voir cet article sur le rebond de l’immigration en Allemagne sur 2011, essentiellement d’origine européenne, notamment de Grèce, d’Espagne, du Portugal et des pays de l’est qui en général parlent bien allemand, de jeunes bien formés en l’occurrence :

http://www.challenges.fr/monde/20111222.CHA8580/l-allemagne-attire-de-plus-en-plus-d-etrangers.html

 

Fiscalité
Le poids de la fiscalité atteint 14,5% de la valeur ajoutée en France contre 7,8% en Allemagne.L’impôt sur les sociétés est équivalent (entre 30 et 33% en Allemagne, 33,3% en France mais avec des allègements (niches fiscales) qui profitent plus aux grandes entreprises qu’aux petites.
L’impôt sur le revenu est prélevé à la source. Voir explications : http://www.connexion-francaise.com/articles/les-impots-en...
La TVA est de 19% en Allemagne, comparé à 19,6% en France hors taux réduits.
L'Allemagne a dû financer la réunification, un chômage très important à l'Est et les Allemands ont consenti à cette solidarité. Les 3% de hausse de TVA ont servi en partie à cela : 2 points, alors que 1 point seulement au titre de TVA dite sociale, pour financer la santé en diminuant d'autant les cotisations assises sur le travail. On ne peut pas dire qu'ils ont en cela eu une attitude non coopérative à l'égard des autres pays européens. Ils partaient d'une TVA à 16% et donc sont arrivés à 19%, qui est le taux moyen de TVA dans l'UE.

Education
Le classement PISA 2009 montre que partout la France est rétrogradée alors que l’Allemagne progresse, passant devant la France. Comparé à 2003, la France est passée du 13e au 22e rang en mathématique et du 17e au 22e rang en lecture, alors que l’Allemagne est restée au 16e rang en mathématique et est passée du 21e au 20e rang en lecture.

Pauvreté et inégalités
Le taux de pauvreté et les inégalités sont plus fortes en Allemagne : le taux de pauvreté est de 7% contre 6% en France et le rapport inter quintile mesurant les inégalités de 5 en Allemagne contre 3,8 en France. De même le taux de chômage longue durée est aussi plus élevé en Allemagne (4,7% contre 3,3% en France).

Confiance de la population
Avant la crise, le taux de confiance était meilleur en France (54% contre 46%) et le taux d’épargne équivalent (15% contre presque 17% pour l’Allemagne mais il a grimpé à 17% en France ensuite).

Energie et environnement
L'Allemagne est beaucoup plus en avance que la Franceen matière de protection de l'environnement, d'investissement en faveur de l'écologie et de développement des énergies renouvelables de type photovoltaïque et éoliennes, mais du fait de l'énergie hydroélectrique qui représente 12% de la production électrique en France, contre 3% pour l'Allemagne, la part totale des énergies renouvelables est à peu près équivalente (12-13% en 2008, passé à  15% en France et presque 17% en Allemagne en 2010).

http://www.enr.fr/docs/2011150456_Etatdeslieuxetperspecti...

Le nucléaire a une part prépondérante en France dans la production d'électricité (76% en France contre 23% en Allemagne) alors que c'est le charbon qui est majoritairement utilisé en Allemagne (44% contre 4% en France). Il en résulte une émission de CO2 bien plus importante en Allemagne qu'en France (958 millions de tonnes contre 527 en France, et 10,1/habitant contre 6,1 en France).

Logement

Le coût du logement est deux à trois fois moindre en Allemagne qu’en France, tant à l’acquisition que concernant les loyers.
En France, les prix d’acquisition ont doublé en 25 ans, alors que les loyers ont subi une hausse modérée (à surface et qualité constantes, ils ont globalement évolué comme le revenu disponible moyen. La dépense de logement a néanmoins augmenté (éclatement des familles,…). Cette hausse généralisée ne semble pouvoir être expliquée que marginalement par l’augmentation du coût de la construction ou un déficit généralisé de construction. La croissance relativement modérée des loyers infirme l’hypothèse d’une pénurie généralisée de logements. En revanche, la rareté du foncier dans les zones les plus demandées contribue probablement assez fortement à la hausse des prix. Cette hausse a aussi été favorisée par l’amélioration de la capacité d’emprunt des ménages, alliée à une fiscalité favorable, qui alimente la demande.
En Allemagne, les prix du logement sont restés stables. L’Allemagne bénéficie d’un vaste parc locatif et a un très faible taux de propriétaires : autour de 43% contre près de 60% en France. Depuis le début des années2000, l'Allemagne construit autour de 290 000 logements neufs par an, de quoi absorber une demande évaluée à "280 000 par an sur la période 2006-2010.La France met elle en chantier autour de 300 000 logements neufs chaque année, mais les besoins sont estimés à 500 000.

Sources :
http://lexpansion.lexpress.fr/immobilier/comment-l-allema...
http://www.politiquessociales.net/IMG/pdf/CAS.pdf

11/12/2011

François Bayrou : « La République est le projet politique de l’humanisme »

François Bayrou vient de préfacer mon livre paru fin Novembre 2011 intitulé « La révolution humaniste », un essai publié aux Editions Salvator traitant du modèle de société, déplorant et dénonçant l’emprise outrageuse de l’argent sur les motivations individuelles comme sur celle des sociétés et invitant à remettre l’homme au centre.

 

 

Dans son texte, d’une grande profondeur, François Bayrou s’exprime sur la nature des crises que nous traversons et  sur la République vue comme un projet politique, un projet de société et même un principe de civilisation.

Liberté-Egalité-Fraternité, trypique de valeurs unies et indissociables, se tenant comme une clé de voûte, marque la devise de cette République qui vise à libérer l’homme, à l’émanciper et à l’assurer, à l’épanouir, à le lier aux autres dans un destin commun.

Si l’on rapporte cette devise aux courants politiques en France, il semble que la droite ait priorisé « la liberté », notamment sur le plan économique, du libre échange, mettant l’argent au centre, en ayant laissé malgré tout se développer les inégalités, alors que la gauche ait priorisé l’égalité, mettant l’Etat au centre, oubliant parfois l’entreprise, et que le centre ait axé l’objectif sur la fraternité  sur l’humain, trop souvent oublié dans cette trilogie, tout en associant avec équilibre liberté et égalité,. N’est-il pas venu le temps d’une union nationale équilibrant ces valeurs pour les associer avec plus d’équilibre, dans le sens du bien commun, dans l’idée d’une majorité centrale prônée par François Bayrou ?

Lors de sa déclaration officielle de candidature à l’élection présidentielle 2012, à la maison de la chimie le mercredi 7 décembre, François Bayrou n’a pas seulement fait profession de foi sur son engagement, livré son diagnostic sur la France, sur la crise que traverse l’Europe, et donné les grandes lignes de son projet. Il a également exprimé sa foi en l’humain et une ambition pour la France d’un point de vue philosophique, celle que la France soit un éclaireur du monde en formulant « un projet pour développer l’être humain » dans toutes ses dimensions (instruction, libertés, droits sociaux, santé, créativité, culture, etc.) :« Nous ne sommes pas des organismes à produire et à consommer. Nous sommes destinés à nous élever au-dessus de nous-mêmes, pour comprendre le monde et pour le changer dans le but d’humaniser le monde et d’humaniser l’homme. Le monde ne se satisfait pas que les uns sont gavés (…) et que les autres n’ont même pas d’eau. Le monde ne se satisfait plus du matérialisme. Il exige qu’on prenne en charge la nécessité de tous et il espère qu’on lui montrera d’autres horizons pour l’être humain, pour sa liberté et pour sa conscience. ».

Ce qui nous ramène à une citation d’Albert Camus : « il faut être pessimiste en ce qui concerne la condition humaine mais optimiste en ce qui concerne l’homme »

.Je vous invite à lire ce texte de préface de « La révolution humaniste »* :

La question de la nature de la « crise » que traversent nombre de pays européens est posée, et posée aussi la question du particulier désarroi que cette « crise » suscite en France. Que se passe-t-il de si profond dans notre pays que l’immense majorité des Français se partage, en une récente étude, entre 53 % de « révoltés » et 29 % de « résignés », autant dire 82 % de désespérés, contre 11 % de « confiants » ? Un tel déséquilibre ne peut s’expliquer seulement par les difficultés économiques, ou par le malaise social. C’est du pays qu’il s’agit, du peuple, de la nation, de ce qui fait vivre ensemble les familles, les entreprises, les communautés civiques. Le malaise est un mal-être, un mal-être de peuple et s’il est plus grave en France, ce n’est pas seulement que nos chiffres, nos performances, nous mettent en mauvaise position. C’est que ces difficultés retentissent sur le lien mystérieux qui soude entre eux les concitoyens et les rend membres d’un même organisme vivant, d’un même corps politique, qui leur donne identité et envie d’un destin commun.

Nous sommes, nous France, et nous Français, peut-être le seul peuple politique. Le seul peuple philosophique. Au sens propre : non pas le seul peuple qui aime la politique, ou le seul qui aimerait la philosophie. Il en est d’autres. Nous sommes le seul peuple qui se soit formé autour d’un dessein politique, de conceptions proprement philosophiques. Ce que nous nommons « République », ce n’est pas une organisation institutionnelle. La République, ce n’est pas seulement un régime qui s’oppose à la monarchie ou lui succède, et dont la source de l’autorité est dans le peuple par opposition à la légitimité dynastique. La République, c’est un idéal politique, un projet de société, et même un principe de civilisation. C’est proprement l’organisation politique et l’organisation sociale qui permettent l’émancipation de l’individu, son épanouissement, par le dépassement de toutes les aliénations, de toutes les sujétions. L’individu est légitimé et libéré. Et s’organise en même temps pour l’entourer et l’accompagner, le principe de solidarité. Libéré et assuré, ainsi s’affirme l’idéal du citoyen républicain.

S’y ajoute un principe dynamique, le rêve ou la chance de la progression sociale méritée. Ainsi l’école, l’école aux murs de briques de la Troisième République, pouvait-elle inscrire en son fronton la trilogie de l’authentique liberté, de l’authentique égalité et de l’authentique fraternité. Cela était proprement la République. Et cela faisait de tous ces petits de Gaulois, d’Alsaciens, de Bretons, ou de Béarnais, de tous ces petits d’Africains, de tous ces petits d’Annamites, de ces lointains ou de ces voisins Italiens et Polonais, un seul et unique peuple de citoyens. Égaux non pas seulement par les droits, mais ce qui est beaucoup plus fort égaux par les espoirs. Égaux par les enfants.

Et c’est ainsi que la République était le projet politique de l’humanisme. Car en chaque situation sociale, elle avait pour idéal de libérer l’homme dans l’homme, de promouvoir l’homme dans l’homme ou dans la femme, de lui rendre et de lui garantir dignité et capacité.

Je soupçonne que, pour être aussi profonde, aussi décourageante, c’est là que touche la crise. Elle touche, bien entendu, dans la situation de chacun, dans les fins de mois, dans l’emploi perdu du fils aîné ou l’emploi jamais trouvé de son frère ou de sa jeune sœur. Elle touche dans l’espoir.

 

Et aussi profonde, elle touche en même temps dans le jeune homme ou dans le chef de famille, dans la femme qui élève ses enfants, dans la solitude des esseulés, elle touche aussi le citoyen. Le citoyen : c’est-à-dire non pas seulement celle ou celui qui vote pour désigner des représentants, mais celle ou celui qui participe à la vie civique, qui s’engage, parce qu’il croit qu’il peut et doit changer réellement le destin du pays qui est le sien. À partir du moment où s’enracine la conviction que tout cela, au fond, les débats, les institutions, les scrutins, tout cela ne sert à rien, que quel que soit le choix rien ne change vraiment, le citoyen s’abîme et disparaît. Il s’étiole, il s’incline et il s’efface.

Ainsi quand se trouvent mises en cause en même temps, la situation, les moyens de vivre, l’espoir de l’avenir et la capacité du citoyen, une vague de doute et d’angoisse saisit la nation tout entière. C’est là que nous en sommes.

C’est pourquoi les questions si importantes de l’économie, de la santé du pays, des risques de la dette et des déficits accumulés, de la persistance et de la multiplication du chômage, de la baisse du pouvoir d’achat, de l’énergie, pour cruciales qu’elles soient ne sont pourtant qu’une composante d’une question plus large qui est celle du projet de société, vécu au quotidien, pour chacun et pour chacune, qui sera proposé à notre peuple et à notre pays.

C’est de cette question que se saisit Marie-Anne Kraft. Elle a bien des atouts pour affronter cette interrogation et lui proposer des réponses. Elle est familière de l’économie, du monde financier, de l’univers de l’information, des nouveaux moyens de communication qui démultiplient information et réflexion, elle a la culture nécessaire et l’expérience multiple qui seules permettent de comprendre notre temps. Comme femme, comme professionnelle, comme militante des causes les plus hautes, comme experte, elle ne se contente pas de commenter ou d’analyser, elle vit les turbulences de notre temps et s’engage pour les apaiser et les faire accoucher d’un temps meilleur. Elle écrit comme elle est, généreuse autant que compétente.

Ce livre, cette réflexion sur notre avenir commun, participera au vaste débat de notre temps. C’est ainsi que brique à brique, chacun apportant sa part de conscience et sa part de responsabilité, se formera dans notre pays une conception nouvelle de l’avenir. Ce ne sera pas de la théorie, et surtout pas de l’idéologie, qui veut plier la réalité pour la faire ressembler à ses obsessions. Ce ne sera pas une approche intellectuelle, avec de grands mots ronflants, de grandes promesses porteuses de déceptions. Ce sera de la vie, avec sa dimension d’humilité et sa dimension de grandeur, car l’une et l’autre sont nécessaires à l’homme et au citoyen, au féminin comme au masculin.

J’ai écrit, il y a longtemps, un livre qui s’intitulait « le droit au sens ». Jamais droit ne fut plus nécessaire, dans l’orage magnétique qui fait qu’aucune de nos boussoles ne sait plus nous désigner le Nord pour que nous tracions notre route. Il s’agit à la fois de donner du sens à notre vie commune et de déterminer le sens de nos efforts. Ce livre n’achèvera pas la réflexion de l’auteur et de ses lecteurs : il l’ouvre au contraire. Nous avons chacun, pour notre compte, et ensemble, à en partager les questionnements, l’inspiration et prendre notre part de son exigence.

 

François Bayrou

 

* Une séance de dédicace du livre par l’auteur se tiendra le mercredi 21 décembre, de 18h30 à 20h20 à la librairie L’Eclectique, à Saint-Maur-des-Fossés 93 avenue du Bac. 94210 La Varenne Saint Hilaire RER ligne A direction Boissy-Saint-Léger, station La Varenne. Bus 111 et 112

23/10/2011

Il y a tout ce qu'on dit sur les banques. Et puis il y a la vérité.

Tel est le titre d'une communication de la FBF (Fédération des Banques Françaises), qui vise à contredire les accusations tant entendues jetant l'opprobre sur les banques, à savoir :

- "Les banques ne font plus leur travail de financement à l'économie",

- "L'argent des Français est joué sur les marchés financiers",

- "Les banques vont demander à être recapitalisées",

- "Les banques françaises ont spéculé sur la dette grecque".

 

 

Communication FBF 19 octobre 2011


 

L'an dernier en décembre 2010, afin de réagir aux accusations dont les banques faisaient l'objet, la FBF avait déjà publié une plaquette intitulée « Parlons clair » pour donner des chiffres concernant notamment les aides de l’Etat français aux banques et sur les financements des banques françaises à l’économie. J'avais publié un article à ce sujet "La vérité sur le banques et la crise", pédagogique, expliquant la formation du profit et des risques bancaires et discernant les responsabilités et expliquant les vraies causes de la crise.

 

Affiche des chômeurs rebellesCertes, on peut dénoncer un système centré sur l'argent, sur le profit, déplorer les dérives d'un néolibéralisme dans la mondialisation sans garde-fous, s'accommodant des paradis fiscaux, s'indigner des rémunérations indécentes des dirigeants (y compris ceux qui ont mis leur banque sur la paille !) et des traders. Mais je pense que la dénonciation générale du "libre-échange", de la "mondialisation", de "l'Europe", de l'Euro", des "banques", des "marchés», des "agences de notations" ou encore de "La Chine" ou de "l'immigré" pour livrer des coupables et faire croire qu'on peut sortir comme ça du système, est une attitude populiste, démagogique et irresponsable. Ce langage est un leurre et nous détourne des vrais problèmes. La sortie de l'Euro serait dramatique, coûterait très cher au pays et le mènerait directement à la faillite (la charge financière de la dette, de 3% du PIB, doublerait instantanément par l'effet de hausse des taux d'intérêt, l'encours passé de notre dette resterait libellé en euro donc renchéri). La tentation protectionniste d'appliquer des droits de douane à l'importation, même aux frontières de l'Europe, à l'égard de la Chine notamment, conduirait immédiatement à des mesures de rétorsion sur nos exportations (1 emploi sur 4 dépend des exportations en France) et renchérirait le prix de quantités de produits de base, textiles, électroniques etc. au détriment du pouvoir d'achat des classes moyennes et modestes. Nos pertes d'emplois industriels des trente dernières années ne sont expliquées que pour 13% par des délocalisations (dont une partie en UE) et d'autres pays de l'UE s'en sortent bien, comme l'Allemagne et les pays nordiques, ont une balance commerciale excédentaire.

 

Il faut donc arrêter d'affirmer des choses fausses de manière péremptoire, cesser d'employer un langage trompeur et accusatoire, en finir avec la politique de séduction, de mensonge, qui joue sur les peurs et l’inquiétude des Français en leur livrant de fausses solutions !

 

Bien sûr il faut lutter contre les dérives, contre la spéculation, et oeuvrer pour un monde plus juste et mieux gouverné, mieux régulé, au niveau européen et mondial, qui mette sur le même plan l'économie, le social et l'écologie. Mais cela ne dépend pas que de la France et prendra plusieurs années. Le projet présidentiel pour la France mérite plus que de la dénonciation et des voeux pieux : un véritable plan d'attaque pour redresser les finances publiques, une réforme fiscale et surtout une politique de ré industrialisation du pays, ainsi qu'une remise à niveau de l'éducation, sans oublier la justice fiscale et sociale ainsi qu'une véritable démocratie qui doivent redonner confiance aux citoyens, sans laquelle les efforts ne seront pas possibles.

Cette approche est celle de François Bayrou, de François Hollande (s'il ne doit pas trop céder à la pression dépensière de ses alliés à gauche), d'une partie de EE-Les Verts et de plus en plus nombreux aussi à droite qui ont pris conscience des dérives du sarkozysme. C'est pourquoi il devient urgent de penser une nouvelle majorité centrale pour le redressement du pays.

 

Quelques chiffres pour rappel :

La dette publique française s'élève à 1700 Mds € : 80% du PIB, plus de 28 000 € par habitant, ou encore 57 000 € par habitant de foyers fiscaux payant l'impôt sur le revenu (IR) ce qui donne une idée de l'effort citoyen s'il fallait la rembourser avec nos revenu, notre patrimoine. L'IR s'élève à 50 Mds €, il faudrait donc payer 1700/50 soit 34 fois ce que nous payons actuellement au titre de l'IR pour rembourser la dette publique du pays, qui est théoriquement une avance sur nos impôts, sur les impôts de nos enfants.

Il serait aussi intéressant de faire la part entre la partie de dette publique qui a financé des dépenses de fonctionnement courant (salaire des fonctionnaires, déficits sociaux de retraite et de sécurité sociale,...) et des gabegies (Crédit Lyonnais 16 Mds, amende des Frégates de Taiwan 700 millions, affaire Tapie 280 millions en net,...) et la partie ayant financé des investissements (construction d'hôpital, de routes et d'université, ...) qui profiteront aux générations futures, dont il est légitime que leur impôt en finance le remboursement. En mettant à part les dépenses de recherche et d'éducation, qui sont un investissement d'avenir. Malheureusement la comptabilité publique ne fait pas ce décompte (une idée de réforme !) et pour l'évaluer, il faudrait analyser tous les déficits publics cumulés face aux catégories de dépenses pour reconstituer ces chiffres (qui est volontaire ?).

A cette dette publique, il faudrait théoriquement ajouter l'engagement de l'Etat à payer les retraites de ses fonctionnaires, comme doivent le provisionner les entreprises lorsqu'elles ont des engagements de ce type. Le rapport Pébereau le recommandait en 2005. Cette dette est de presque 1000 milliards d'euros, ce qui porterait la dette publique à 127% ! D'ailleurs, les pays anglo-saxons, Etats-Unis et Grande Bretagne, dans la logique de retraite par capitalisation, comprennent cet engagement en incluant dans leur dette la valeur du fonds d'investissement qui sert à rémunérer les retraites des fonctionnaires. La dette des Etat-Unis, évaluée à 100% du PIB, est donc moins élevée que la nôtre sur cette base commune de comparaison.

Si l'Etat devait liquider tout son patrimoine (évalué environ à 500 Mds €), le privatiser, pour rembourser sa dette, il ne couvrirait que à peine 30% de cette dette (en droit privé il serait déclaré en faillite !).

Comparée à un encours des prêts bancaires à l'économie de 1900 Mds €, les dépôts bancaires s'élevant à 1530 Mds et finançant à 80% les crédits bancaires. En tout, la dette privée de la France s'élève à 130% du PIB, dont 90% du PIB en crédits bancaires et 40% sous forme obligataire. La dette totale publique+privée =130+80 = 210% du PIB.

22/10/2011

L'emballement des dettes d'Etat et du système bancaire : de la fausse monnaie !

Je vous recommande un excellent article de Mediapart, signé de Martine Orange et Ludovic Lamant,qui résume très bien les positions, mieux encore que la presse financière La Tribune, Agefi etc.

Il démontre aussi combien Nicolas Sarkozy méprise ses députés, n'ayant pas engagé de débat parlementaire sur les choix structurants qui appellent des décisions cruciales pour notre pays. Il méprise aussi les citoyens, ayant manqué à son devoir d'information et de pédagogie. Il aurait dû s'adresser aux Français publiquement pour leur expliquer la situation. 

Si on récapitule :

 

Acte 1 : des banques font des pertes considérables suite à l'éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis (subprimes), risquant de mettre l'économie en faillite. Une banque, Goldman Sachs, impliquée dans une spéculation sur les subprimes aux dépens de ses clients, conseille aussi l'Etat grec pour cacher l'ampleur de sa dette ;

  

Acte 2 : les Etats s'endettent pour recapitaliser les banques et relancer l'économie et demandent aux banques d'acheter notamment la dette grecque ; 

 

Acte 3 : décote de 21% puis envisagée à 50% de la dette grecque, impliquant des pertes des banques détentrices de la dette, donc besoin de renforcer leur capital, ce qui va obliger les Etats à s'endetter encore pour les recapitaliser, en empruntant à qui : aux banques ? à la BCE ? au FESF ? Et au fait, Goldman Sachs est toujours là ?

  

Lorsque je faisais en mars 2009 le bilan financier mondial de la crise et ses conséquences sur l'emballement des dettes publiques, c'était assez bien vu...

Quelles que soient les solutions de financement des dettes d'Etat, via le banques ou le FESF, qui eux-mêmes doivent être garantis ou recapitalisés par les Etats, ou via la BCE, cela se traduit en création monétaire, en fausse monnaie. Les Etats s'endettent auprès des banques en leur apportant du capital qui leur permet à nouveau de leur prêter, avec un effet de levier...

Nous pouvons entrer dans une ère d'hyper inflation, de dépréciation généralisée des actifs, de hausse des taux d'intérêt nuisant au financement de l'économie. Une inflation doublée d'une récession et d'un taux de chômage élevé, ce qu'on appelle la stagflation.

 

12/10/2011

Montebourg, à la fois proche et loin de Bayrou

Figurez-vous que j’apprécie à la fois François Bayrou et Arnaud Montebourg. Et je ne suis pas la seule au MoDem. Cela peut paraître schizophrène, car l’un est censé représenter le centre et l’autre la gauche du PS. Pourquoi ?

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Il y a sans doute un côté mousquetaire, Robin des Bois, tribun, bon orateur, conquérant et courageux dans ces deux hommes. Mais aussi des convergences sur le contenu de leurs propositions (je précise que j’ai lu leurs livres et écouté leurs discours) :

1-     sur les institutions, la 6ème République, une garantie de séparation des pouvoirs, plus de pouvoir au Parlement avec une meilleure représentativité des citoyens (dose de proportionnelle), une plus grande implication citoyenne dans la politique, une limitation du cumul des mandats,… Arnaud Montebourg a fondé en 2001 la Convention pour la 6ème république et François Bayrou s’y est engagé aussi dans son projet présidentiel 2007 pour une 6ème république ;

2-     Sur la lutte contre la corruption, contre les paradis fiscaux et contre les affaires qui pourrissent la République : Montebourg a comme Bayrou dénoncé les abus de pouvoir, les atteintes à la démocratie, les conflits d’intérêts et les abus de bien public, notamment sur l’affaire Guérini où il a eu le courage de dénoncer les affaires en s’opposant à son propre clan, à la résistance de Martine Aubry prise dans la solidarité d’appareil ;

3-     sur la priorité à donner à l’éducation (même si sur les propositions je préfère celles de François Bayrou, qui dépassent les questions de moyens qu’il faut sanctuariser, en proposant des méthodes qui marchent, en impliquant plus les enseignants, en proposant une école des parents etc.) ;

4-     sur la finance : la volonté de remettre la finance au service de l’économie en limitant la financiarisation excessive de l’économie trop soumise aux marchés financiers, séparation des banques de dépôt et des banques d’affaire et/ou limitation de la spéculation pour orienter l’utilisation des fonds propres vers les crédits à l’économie, la clientèle (c’est François Bayrou qui a proposé le premier en 2008 de mettre en place une telle mesure, comme celle du Glass Steagall Act américain). Mais François Bayrou n’emploie pas un ton accusateur à l’égard des banques et des banquiers, contrairement à Arnaud Montebourg ;

5-     Enfin sur le protectionnisme européen, ils prônent tous deux un échange loyal, c'est-à-dire l’exigence d’un respect de normes environnementales, sanitaires et même sociales imposant une application à tous les produits vendus en Europe plutôt que limitée aux produits fabriqués sur le sol européen. La taxe carbone européenne par exemple. J’en ai fait part dans ce précédent article intitulé « La démondialisation d’Arnaud  Montebourg, qu’en pense François Bayrou ? » et dans celui-ci intitulé « Démondialisation, protectionnisme et sortie de l’euro ». Même s’ils n’emploient pas les mêmes mots, François Bayrou refusant le terme de « protectionnisme », lui préférant « l’échange loyal », refusant aussi le concept trompeur de « démondialisation », et n’adoptant pas un ton accusateur notamment à l’encontre de la Chine. François Bayrou relativise aussi les choses en revenant aux vraies causes de nos pertes d’emplois industriels. D’après ce rapport de Bercy sur « La désindustrialisation en France », seuls 13% des pertes de nos emplois industriel sur les trente dernières années sont dues aux délocalisations, alors que 28% proviennent de l’amélioration de la productivité et de plus le commerce extérieur de la France est pour 60% avec nos partenaires de l’UE. Il faut donc avant tout redéployer notre tissu industriel, protéger des secteurs de l’économie en produisant plus pour créer des emplois. L’enjeu est surtout là et non dans le protectionnisme. De plus, un protectionnisme européen appliquant une taxe à l’importation aux frontières de l’Europe, même si elle compense une insuffisance environnementale, sociale ou une sous-évaluation monétaire (comme le Sénat américain vient d’approuver un projet de loi visant à pénaliser la sous-évaluation du Yuan), reste dépendant de décisions de niveau européen avec nos partenaires, risque d’être incompatible avec les règles de l’OMC (qu’il serait préférable de revoir), et ne manquera pas en retour se subir des mesures de rétorsion sur nos exportations (sachant que 1 emploi sur 4 en France dépend des importations.

 

En revanche, le point qui éloigne plus François Bayrou d’Arnaud Montebourg est la question des finances publiques, de la limitation de la dette et des déficits. François Bayrou  a été le premier à avertir des grands dangers que courait le pays en laissant filer ses déficits, cumulant une dette publique insoutenable, qui accroît notre dépendance à l’égard de la finance et des marchés, qui ronge notre croissance (une charge financière à 50 milliards, absorbant tout l’impôt sur le revenu, 2,5% du PIB), qui pèse sur le futur de nos enfants, ne nous donnant aucune marge de manœuvre en cas de crise. Arnaud Montebourg lui prétend que ce n’est pas prioritaire, qu’endiguer le déficit est une mesure libérale et justifie des plans d’austérité nuisibles à la croissance et à nos services publics. Pourtant, si nous n’arrêtons pas là, nous allons droit vers une faillite comme la Grèce, ce sera pire encore pour les Français …

Ce que François Bayrou reproche surtout à Arnaud Montebourg, c'est de faire croire que nos problèmes viennent d'ailleurs et pas de chez nous : faute au capitalisme, aux marchés, aux banques ... d'où la thèse de la démondialisation et du protectionnisme. Alors que les problèmes sont chez nous, notre industrie perd des secteurs entiers. Et le déficit de nos échanges extérieurs vient essentiellement des pays de l'UE, bien plus que de la Chine. L'Allemagne, les Pays-Bas, les pays scandinaves arrivent eux à s'en sortir, ont moins de chômage, une balance extérieure excédentaire, et des niveaux de vie similaires aux nôtres. Il ne faut pas se leurer ! On ne peut pas attendre que le capitalisme mondial soit réformé et l'Europe d'accord sur une régulation de ses échanges plus loyale pour sortir le pays de cette crise.

Voir son intervention aujourd'hui sur LCP et ses priorités pour la France : produire-instruire-construire

En fait, le discours d’Arnaud Montebourg est beaucoup plus offensif et révolutionnaire (et même réservé à l’égard d’un rapprochement avec François Bayrou) que le contenu de ses propositions qui s’inscrivent plus dans une évolution réformiste que dans une révolution ou un changement de paradigme : plus de régulation, plus de justice sociale et fiscale et aussi plus d’Europe (même s’il se vante d’avoir voté non au référendum constitutionnel). En ce sens Arnaud Montebourg est un homme ambivalent, … et talentueux !

10/10/2011

Politique fiction sur les primaires du PS : faites votre simulation !

A vous de jouer sur ce simulateur (Excel) en cliquant dessus !

De prime abord, les dés sont jetés, Martine Aubry devrait emporter logiquement le 2ème tour des primaires du PS dimanche.

Il est évident que Arnaud Montebourg va lui apporter son soutien, misant sur un positionnement plus à gauche, malgré "ses relations conflictuelles avec l'équipe Aubry depuis son arrivée à la tête du parti en 2008, sans compter les traces laissées par l'affaire Guérini",  comme le souligne l'article de Mediapart . Il n'y aura pas un report complet, à cause de ces affaires, mais sans doute au moins 80%.

Quant à Ségolène Royal, soutiendra-t-elle officiellement Aubry contre le père de ses enfants ? Ses partisans devraient se partager mais surtout en faveur de Aubry, plus à gauche que Hollande, disons 80%.

Manuel Valls a déclaré son soutien à Hollande. Admettons que 80% de ses partisans le suivent et que 20% se reportent sur Aubry.

Cette simulation donne Aubry gagnante à 55% contre 45% pour Hollande. Mais vous pouvez moduler les hypothèses (en modifiant les taux de report en rouge).

Reste l'inconnu des votants complémentaires qui pourraient se mobiliser, notamment en provenance des autres partis, supposant que les partisans du front de gauche se sont déjà mobilisés plutôt sur Montebourg, mais là aussi on peut en ajouter ...

La droite aura probablement intérêt à préférer Hollande pour deux raisons :

1- en cas de victoire du PS, il est plus modéré que Aubry ;

2- si Hollande gagne les primaires, beaucoup d'électeurs de Montebourg se reporteront sur Mélenchon, ce qui fera chuter le % du PS (de l'ordre de 10% à 17% maximum).

Si la droite incite ses partisans à aller voter aux primaires, cela peut peser. Imaginez 500 000 votants dans le simulateur ! Cela donne 56% pour Hollande. En fait il suffirait de dépasser 200 000 pour que Hollande dépasse Aubry, lui faisant gagner 5 points.

Les partisans du MoDem devraient préférer Hollande, même si ce dernier mord sur l'électorat de Bayrou au 1er tour pour les deux raisons de l'UMP et aussi pour une 3ème :

1-  en cas de victoire du PS, il est plus modéré que Aubry ;

2- si Hollande gagne les primaires, beaucoup d'électeurs de Montebourg se reporteront sur Mélenchon, ce qui fera chuter le % du PS (de l'ordre de 10% à 17% maximum). Ce qui augmente les chances de Bayrou d'arriver au 1er tour au cas où il égalise avec le PS éclaté en faveur de Mélenchon ;

3- une alliance de 2nd tour serait plus facile avec Hollande, plus compatible avec le MoDem.

On peut donc ajouter aussi des voix du MoDem en faveur de Hollande dans le simulateur. 50 000 voix apporteraient encore 1 point de plus à Hollande.

Enfin quelle sera la réaction de EE-Les Verts ? Auront-ils tendance à favoriser Aubry en demandant des garanties sur le remplacement de l'énergie nucléaire ? En optant pour une politique plus à gauche ? Ou préfèreront-il Hollande pour être plus clivant au 1er tour, sachant qu'au second ils optent par avance pour le candidat du PS ? 100 000 voix pour Aubry lui feraient gagner 2 points, de quoi dépasser Hollande de 1%.

Je vous laisse à vos propres simulations et à vos conclusions ...

On peut en conclure en tout cas que si les sondages influencent les électeurs (dans les deux sens, soit par effet d'entraînement, soit par effet de réaction défensive), un tel simulateur peut donner des idées aux potentiels votants, notamment à ceux qui n'avaient pas voté au 1er tour, en influençant aussi le vote !

 
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