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16/03/2011

Bayrou mobilise sur le nucléaire et l'aide au Japon

Ce matin 16 mars 2011 François Bayrou était l'invité de la Matinale de Canal plus.
Ici le lien pour revoir la vidéo (de 7h45 à 7h55, juste après un sujet sur Ségolène Royal).

Aujourd'hui, selon le président du Mouvement démocrate, "la réflexion doit mettre en cause le choix 100 pour cent nucléaire qui avait été celui de la France". "Il y a deux choses à faire qui sont très urgentes", a-t-il expliqué : premièrement "un test de résistance sur toutes les centrales nucléaires européennes, pas seulement françaises. Deuxièmement, un débat général sur quelle énergie nous voulons". Il faut aussi "mettre en cause les centrales les plus anciennes en France" comme celle de Fessenheim, a-t-il dit.

Quant au référendum sur le nucléaire, réclamé par les écologistes, il ne peut peut intervenir "qu'au bout du chemin", a-t-il estimé prônant d'abord "une concertation qui engagera tous les acteurs français", "les scientifiques, les associations".

François Bayrou, a également estimé mercredi que le monde devait "se préparer à apporter une aide décisive au Japon si les choses tournaient mal" après la catastrophe nucléaire, notamment pour faire face à d'éventuels "grands déplacements de population".

"Il me semble qu'il faut que tous les pays du monde, les pays développés, se préparent à apporter au Japon une aide décisive si les choses tournaient mal", a déclaré le député des Pyrénées-Atlantiques. Il a fait valoir qu'il pouvait "y avoir de grands déplacements de population, de grandes difficultés pour la vie de tous les jours", en raison des irradiations.

Il est "très important que nous réfléchissions à la manière d'aider ce grand pays", a-t-il insisté.

09/03/2011

Procès Chirac : François Bayrou lève un loup sur la question de constitutionnalité

Ce matin, François Bayrou était l'invité de Christophe Barbier sur LCI (voir video). Parmi les divers sujets évoqués (Lybie, Sondages, procès Chirac...), l'un a retenu particulièrement mon attention : celui de la Question Prioritaire de Constitutionnalité, évoquée pour justifier le report du procès Chirac. Il se trouve que personne ne paraît avoir pris la mesure de la gravité des conséquences qu'aurait une réponse positive du Conseil constitutionnel à la requête, bien au delà de celle d'une annulation de ce procès Chirac : celle d'une annulation ou d'un blanchiment de nombreuses affaires de délits financiers, publics ou privés, en cours.

François Bayrou dit la chose suivante : " La Question Prioritaire de constitutionnalité pose un problème de principe dangereux pour deux raisons :

1- Le procès n'aura pas lieu avant les élections présidentielles [...], ceci démontre un passe-droite inquiétant,

2- et, beaucoup plus grave : il s'agit d'une mécanique qui vise à effacer d'un seul coup d'éponge toutes les poursuites initiées contre des délits financiers de responsabilité publique ou d'entreprises privées ; elle met à bas le pilier sur lequel reposent toutes ces poursuites qui est qu'on ne peut pas accepter que soit prescriptes des affaires dès l'instant qu'elles ont été dissimulées pendant des années. En effet, la jurisprudence a dit [en dérogation à la loi s'appliquant aux affaires publiques en général] qu'il n'y a alors pas prescription, on peut poursuivre en se basant sur un délai courant à partir du moment où l'on découvre le délit."

La jurisprudence a toujours admis que pour les délits financiers qui ont fait l'objet d'une dissimulation et donc d'une découverte tardive, la loi de prescription des faits au delà d'un délai (de trois ans) devait être interprêtée en faisant courir ce délai de prescription à partir de la date de découverte du délit et non de la date du délit lui-même. Or, la requête vise à faire trancher le Conseil constitutionnel sur cette question de jurisprudence, c'est à dire en confirmer la nullité, au motif que la notion de "dissimulation" est vague, la Cour de cassation n'ayant jamais donné une défition structurée de la notion de dissimulation. Si une telle décision était confirmée, cela s'appliquerait en effet à toutes les affaires de délits financiers en cours dont les faits, antérieurs à leur découverte, tomberaient sous ce délai de prescrition à partir de la date du délit et non de sa découverte. C'est extrêmement grave, bien plus grave dans ses conséquences que la simple annulation du procès Chirac !

J'espère que les magistrats, la presse et d'autres personnalités politiques réagiront à cette alerte de François Bayrou.

Pour expliquer le contexte et accéder aux textes :

Me Jean-Yves Le Borgne, qui représente le promoteur immobilier Philippe Smadja dans ce procès de détournement du 1% logement des organismes HLM, est à l'origine des deux QPC soulevées à l'ouverture du procès devant la 15e chambre du tribunal correctionnel de Nanterre, qui portent sur des points très techniques relatifs à la prescription concernant la connexité et à la dissimulation des faits. Il entend réitérer l'exploit procédural qu'il a réussi dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris.

L'affaire concernant son client est en effet connexe à celle concernant Jacques Chirac et les emplois fictifs de la Ville de Paris.

L'alerte de François Bayrou porte sur la deuxième QPC,  concernant la dissimulation d'abus de biens sociaux.

Voir article publié le 7 mars 2011 par le site Lacroix.fr, avec références et textes joints :

http://www.la-croix.com/QPC-pour-connexite---Proces-Jacqu...

Notamment  la question concernant la dissimulation d'abus de biens sociaux : http://www.la-croix.com/illustrations/Multimedia/Actu/201...

 

 

04/03/2011

Pourquoi pas des lieux de culte multi-cultuels ?

Nicolas Sarkozy a annoncé un débat sur l'Islam, qui promet d'être aussi polémique que celui sur l'identité nationale. Associé à une actualité qui en parallèle attise les craintes de nouvelles immigrations venues du Maghreb, et qui montre notre président faire l'éloge des racines chrétiennes de la France, il faudrait être naïf pour ne pas y voir une intention électoraliste de flirt avec l'électorat attiré par les thèses du Front national.

Le débat d'hier lors de l'émission "A vous de juger" fut très éclairant. Les invités : Jean-François Copé, François Bayrou, Pierre Moscovici, Dominique de Villepin, Marine Le Pen et Rama Yade. Tous s'accordent en tout cas sur l'importance de la laïcité, inscrite dans la loi de 1905, qu'il faut préserver. La laïcité est un principe républicain qui permet aux citoyens la liberté de culte et de vivre leur foi dans le respect de celle du voisin, sans faire interférer la religion dans les affaires publiques. Il faut garantir la séparation de l'Etat et de la religion pour préserver la paix des cultes et du peuple. La question du voile islamique avait été abordée dans cet esprit, sous l'angle de la laïcité (pas de signe ostentatoires religieux dans les lieux publics). La question de la burqa l'a  été plutôt sous l'angle de la sécurité citoyenne (nécessité du visage à découvert, reconnaissable) et du respect de la femme, symbole instrumentalisé par les islamistes radicaux (la burqa n'étant pas inscrite dans le Coran d'ailleurs). Cette loi de 1905 inscrivait également une autre disposition, qui revenait à faire don à l'Etat du patrimoine immobilier des lieux de culte en échange de l'entretien à ses frais de ces bâtiments ensuite. Trois religions étaient à l'époque concernées : catholique, protestante et judaïque. Pas l'Islam, qui était à l'époque en position marginale.

Il y a maintenant un problème pratique lié à la pratique des cultes, qui met l'Islam en position d'inégalité en France : l'insuffisance notable des lieux de culte, les mosquées, comparé à la population musulmane qui a cru progressivement ces dernières années. De même que la question de l'entretien des mosquées. Les "prières de rues" de musulmans à Paris aux abords de mosquées notamment en période de Ramadan, ont choqué des citoyens et ont été dénoncées par le Front national. Au final, nous réalisons que la question qui reste à régler est technique et financière. Il s'agit de savoir comment, par souci d'équité, faire bénéficier les musulmans de la disposition d'entretien des mosquées par l'Etat, les communes, et comment financer la construction de nouvelles mosquées. Comme cela a été le cas des églises, temples et synagogues, construites sous l'impulsion des croyants et financées par eux initialement, il devrait en être de même pour construire de nouvelles mosquées, qui pourraient ensuite être données à l'Etat qui en poursuivrait l'entretien. On peut regretter que le débat n'ait pas été plus concret sur la solution pratique, la comparaison avec les autres pays européens, etc.

En Allemagne, il existe un impôt obligatoire qui permet de financer l'entretien des cultes. Le citoyen choisi son affectation en fonction de sa religion et doit l'acquitter même s'il est athé. Mais ce système passerait assez mal en France et pose de surcroît le problème de fichage de la religion dans un dossier public.

Enfin, une idée originale, que certains vont trouver saugrenue, aurait pu être émise : celle de lieux de culte multi-cultuels :

- le vendredi réservé aux musulmans, ainsi que certaines plages horaires notamment lors de périodes cruciales (Ramadan),

- le samedi réservés aux juifs,

- le dimanche réservé aux catholiques et aux protestants sur eds plages horaires prédéterminées.

Les objets rituels seraient conservés dans des pièces réservées pour être installés le moment voulu.

Les églises catholiques étant moins fréquentées de nos jours, elles pourraient aussi accueillir des musulmans à certains moments. Si elles ne sont pas orientées vers La Mecque, les fidèles peuvent néanmoins se tourner de son côté pour prier.

Serait-ce choquant ? Cela démontrerait justement une forme de tolérance et ce lieu de rencontre permettrait aussi des échanges entre les citoyens de religions différentes, les rassembleraient sur des valeurs communes, un message de fraternité, une spiritualité qui s'enrichit de leur différences !

 

 

 

 

 

 

 

 

21:56 Publié dans Analyse politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : islam, laïcité |  Facebook | | |

08/02/2011

François Bayrou est pour l’humanisme, pas pour le « centrisme »



Ces derniers temps, les medias nous ont servi une soupe, que dis-je, une « bouillie pour les chats », au sujet des pseudo-centristes du Nouveau Centre (Hervé Morin & Co), du Parti Radical Valoisien (Jean-Louis Borloo & Co), des anciens UDF ralliés à l’UMP en 2002, des UMP gaullistes-sociaux rangés aussi dans cette catégorie (Dominique de Villepin & Co), des centristes non encartés et plein de bonnes volonté comme Jean Arthuis qui a créé un mouvement (pas un parti), l’Alliance Centriste, en vue d’essayer de rassembler les morceaux du puzzle, et puis il y a ... François Bayrou, qui a créé en 2007 le Mouvement Démocrate, allias MoDem en court, pour marquer un tournant, un nouveau départ, un positionnement plus indépendant que ne l’avait été l’UDF en son temps.

 

Mais François Bayrou est-il centriste ?

 

Bien qu’il se situe au centre de l’échiquier politique, il n’aime pas ce terme qui rime avec triste. Moi non plus. Le suffixe marque en lui-même une connotation péjorative, comme on dirait gauchiste ou droitiste. De plus, ce mot porte une histoire, une mémoire, de ralliements de circonstance, de positions tièdes, entre-deux, de comportements pusillanimes. Dans ce contexte et sur cette définition, alors oui, nombre d’élus du Nouveau Centre sont bien des centristes, ainsi que Jean-Louis Borloo, mais François Bayou n’en est pas un, ni Dominique de Villepin.

 

François Bayrou est même le contraire, il est l’incarnation du courage, des prises de position fermes, le contraire de la tiédeur du ni-ni, une constance dans l’expression de ses valeurs, leur application à la politique, et de surcroît il a toujours une longueur d’avance dans sa vision du monde et de ses dérives, comme il a été le premier, avant le PS, à dénoncer les abus de pouvoir du régime sarkozyste.

 

Plutôt que « centriste », entre droite et gauche, il préfère se définir démocrate et humaniste. D’aucuns diront que tout le monde se dit humaniste, qu’il est facile de proclamer ces belles valeurs, mais que tout ça n’est pas un programme, pas une politique. Mais quand François Bayrou emploie ce mot, c’est dans la profondeur de son sens, enraciné dans l’humanisme de la Renaissance, nourri de l’humanisme chrétien de Marc Sangnier qui fait appel à la conscience et à la responsabilité, ou encore de Jacques Maritain et d’Emmanuel Mounier, également dans la même veine que l’humanisme résistant de Stéphane Hessel et l’humanisme révolutionnaire (au sens copernicien) de Jean-François Kahn, celui qui remet l’homme au centre : au centre des priorités politiques, au centre du débat, au centre des responsabilités, des droits et des devoirs de l’homme vis-à-vis de ses alter-ego. Cet humanisme centré sur l’homme s’oppose au capitalisme dont la valeur centrale est l’argent ainsi qu’au socialisme qui met l’Etat au centre. Ce n’est donc pas un vain mot et cela conduit même la façon de faire de la politique. Ainsi, plutôt que parler de centrisme entre droite et gauche, dans un repère euclidien dont le sens est dévoyé, vaut-il mieux parler d’idéologie, voire d’un modèle de société : l’humanisme, face au capitalisme et au socialisme.

 

Je dirais même plus, comme je l’avais déjà exprimé en 2008 dans cet article : que François Bayrou est altermondialiste, c'est-à-dire qu’en opposition au modèle capitaliste dans la mondialisation, basé sur la recherche du profit individuel et générateur d’inégalités croissantes. Il propose une autre vision du monde, un autre modèle de société.

 

Dans la charte des valeurs du Mouvement Démocrate comme dans le projet démocrate et les discours de François Bayrou lors de sa campagne présidentielle en 2007, les priorités ne sont pas accordées à la recherche du profit individuel, mais au respect de l’être humain, à la justice et à la réduction des inégalités, à l’éducation, à la préservation de la planète et des espèces dont l’homme fait partie et à la diversité culturelle. Le développement économique n’en est pas pour autant renié mais doit s’inscrire dans ce contexte de nouvelles priorités, ne pas se faire au détriment des autres (de l’Afrique, de l’environnement, notamment) ne plus voir l’unique taux de croissance global du PIB comme l’indicateur absolu du progrès et des jours meilleurs.

 

François Bayrou propose un autre modèle de société, qui ne nie pas la mondialisation mais qui la régule par de nouvelles règles du jeu mondiales (passant nécessairement par un renforcement de l’Europe) et puisse fonctionner sur un autre moteur que celui de la seule recherche du profit individuel, un autre carburant que l’argent et les valeurs matérialistes (passant par une prise de conscience et une responsabilisation individuelle de notre destin collectif). En ce sens, François Bayrou est altermondialiste.

 

Rappelons la définition de l’altermondialisme :

« L’altermondialisme est un mouvement social composé d’acteurs très divers qui, face à une logique de mondialisation libérale effrénée, revendique et met en avant des valeurs comme la démocratie, la justice économique, la sauvegarde de l’environnement, les droits humains en vue d’une mondialisation maîtrisée et solidaire.

Très hétérogène et composé d’une multitude d’associations, de mouvements d’horizons divers, d’organisations non gouvernementales, l’altermondialisme se manifeste par des positions qui vont du réformisme à la rupture. Pour créer des synergies entre les différents mouvements qui le composent, il tente de développer des réseaux internationaux (Forums sociaux). »

 

Malgré cette définition, le terme ALTERMONDIALISME évoque souvent un courant révolutionnaire utopiste et anarchiste ou d’extrême gauche inspirée du marxisme, les manifestations lors des sommets de l’OMC ou du G8, l’arrachage de plants transgéniques, etc. C’est parce qu’on retient plus, médiatiquement, les manifestations parfois violentes des tenants d’une stratégie de rupture que celles moins bruyantes des réformistes. L’altermondialisme n’a pas encore été construit politiquement pour proposer un projet de société réaliste en s’inscrivant dans un parti politique crédible. Il était jusqu’à récemment plus dans la dénonciation des dérives de la mondialisation, renforcée par la récente crise financière, que dans la proposition d’un projet de société global et cohérent. Cependant, les choses évoluent, des actions constructives ont été conduites et commencent à porter leurs fruits dans le commerce équitable, le microcrédit, l’économie sociale et solidaire et j’ajouterai responsable. On redécouvre les bienfaits des structures coopératives, AGAP, covoiturage, etc. Toutes ces initiatives sont dans le droit fil de la logique humaniste, plus que socialiste (au sens d’appropriation par l’Etat des moyens de production et centralisation étatique). De plus en plus de personnalités renommées des mondes scientifique, philosophique, politique, journaliste ont déjà tiré l’alarme en vue d’envisager "un autre monde" et sont aussi "altermondialistes" : Hubert Reeves, Joseph Stiglitz, Yves Paccalet, Hervé Kempf,...

 

Que proposent les partis en termes de projet de société alternatif ?

L’UMP et donc le gouvernement issu de l’UMP, nous ont directement proposé un programme, des réformes, sans nous décrire le projet de société, mais que l’on devine aisément comme défenseur d’une mondialisation motivée par la recherche du profit individuel, la loi du plus fort, génératrice d’inégalités croissantes.

Le PS a édicté des valeurs, accordant plus d’importance à la justice et à la solidarité, mais il lui reste à décrire le projet de société et à résoudre les profonds désaccords internes sur les choix politiques, entre libéralisme et socialisme, l’impossible synthèse, ainsi que les luttes de pouvoirs entre personnalités.

Europe Ecologie a su prendre la mesure d’une partie du problème, celui de la préservation de l’environnement, de la survie de la planète et des espèces, ainsi que donner une dimension plus sociale à sa vision, mais elle parle rarement de l’homme, de son accomplissement.

François Bayrou nous propose un autre chemin, altermondialiste humaniste démocrate et réaliste, en ayant décrit ses priorités en terme de valeur, son projet de société, sa politique. Etant désavantagé en terme de représentation parlementaire car les institutions et la loi électorale actuelles favorisent la bipolarité politique, les courants majoritaires, il lui faut surtout avoir l’écoute des Français pour exposer cette alternative, leur redonner confiance en la politique, une politique fondée sur un projet de société et non sur des luttes de personnes et des fausses promesses, avec à la clé un beau rendez-vous en 2012 !

26/12/2010

Après 2010 année de mensonges, 2011 sera-t-elle une année de vérité ?

Avant de démarrer une nouvelle année, il est sain de faire le bilan de l’année qui s’écoule et d’en tirer les conséquences, sur ce qu’il faut améliorer, sur l’orientation à donner des priorités.

Ce qui m’a frappée en 2010, c’est la profusion des mensonges, des fausses promesses du passé révélées non tenues, les faux a priori servant de surcroît à justifier une politique, enfin les mensonges par omission, les non-dits. Et la presse n’est pas étrangère à la diffusion des mensonges, notamment une presse mise au service du gouvernement et qui devient un outil de propagande, dérivant de sa mission d’origine. J’en cirerai quelques uns qui ont marqué l’année :

- Le bouclier fiscal, un véritable écran de fumée :

Initialement mis en place par le gouvernement Villepin à un taux de 60%, Nicolas Sarkozy a abaissé ce seuil à 50% en 2007. Objectif initial : lutter contre l'évasion fiscale et le départ de contribuables aisés à l'étranger. Or en mars 2009, la Cour des compte fait un rapport sur le bouclier fiscal, en notant les effets pervers et négatif sur les comptes publics. Ce rapport révèle que l'évasion fiscale a des conséquences marginales par rapport au coût du bouclier fiscal. Cet article montre aussi que la presse a traité très différemment l’événement pour faire ressortir une réalité différente selon les chiffres sélectionnés … Malgré la communication de Bercy cherchant à démontrer que le bouclier fiscal a bénéficié à des classes moyennes et a contribué à la baisse des exilés fiscaux, cet article de l’Expansion montre que ces vérités sont contestables : 10% des contribuables les plus riches bénéficient de 83% du bouclier fiscal. Comme le dit cet article de Les Echos, le gouvernement a dû admettre en avril 2010 que les départs ont été plus nombreux que le retour des exilés fiscaux. D’ailleurs, il est faux de prétendre que le critère de résidence des riches est déterminant pour la localisation des emplois, car les actionnaires peuvent investir dans des entreprises situées en dehors de leur pays de résidence !

- Le plan de relance : il a coûté plus que rapporté

Annoncé en décembre 2008 par Nicolas Sarkozy pour contrer la crise économique, le plan de relance, doté d’un budget de 26 milliards d’euros (34 milliards finalement sur 2009 et 2010), se voulait ambitieux et efficace. Or, un bilan en est dressé en septembre 2010 par la Cour des comptes (voir le résumé par mesure dans cet article de l’Expansion). La Cour des comptes estime que le plan de relance a coûté bien plus aux finances publiques qu'il n'a rapporté de croissance. Le verdict semble sans appel : l'impact sur la croissance du plan de relance serait d'environ 0,5 point de PIB sur 2009 et 2010, selon la Cour des comptes, très en deçà de son coût pour les finances publiques (1,4% du PIB).Il a cependant atténué les effets de la crise.

- Les paradis fiscaux : eh bien non, ce n’est pas fini !

Nicolas Sarkozy nous avait annoncé à la télévision le 23 septembre 2009 : «Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c’est terminé !». Or, comme le signale un article du Parisien du 7 décembre 2010, faisant référence à un rapport publié ce jour par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), les choses ont très peu évolué pourtant depuis l’éclatement de la crise financière, il y a trois ans. Soucieuses d’alléger leur comptabilité, de payer moins de frais de siège ou moins de droits de propriété, par exemple, les multinationales ont bien compris les avantages qu’offre l’implantation dans ces territoires à la fiscalité parfois opaque et continuent comme avant à en profiter. Depuis le 1er mars, les entreprises françaises implantées dans l’un des 18 paradis fiscaux référencés par le gouvernement sont passibles de sanctions financières. « Ces dispositions ne valent que pour les pays n’ayant pas de convention fiscale avec la France », remarque Jean Merckaert, auteur du rapport. En revanche, pas de sanctions, a priori, pour les entreprises implantées dans des pays ayant un accord de coopération avec Paris. « Et comme ces Etats sont incapables de fournir des informations fiables sur les sociétés établies sur leur territoire, ajoute Jean Merckaert, pour ces dernières, le risque est quasi nul. »

Il n’y a pas que les multinationales qui font de l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux ou Etats pratiquant de secret bancaire. Comme les affaires Bettencourt et Wildenstein l’ont révélé, c’est chose courante chez les grosses fortune et nous sommes frappés par l’inertie de l’administration fiscale à cet égard. Le fait que ces fortunes soient de grandes donatrices au bénéfice de l’UMP, du parti du gouvernement, n’est pas anodin … Nous sommes en plein conflit d’intérêt et le gouvernement continue de nier l’évidence de ces conflits d’intérêt !

Mais le plus fort, c’est que la France s’avère être elle-même un paradis fiscal pour les riches ! En effet, l’affaire Bettencourt a aussi dévoilé qu’il suffit de loger les revenus mobiliers (dividendes des titres de l’Oréal) sur une société Holding (Téthys), détentrice des actions, société détenue à majorité par le bénéficiaire final. Cette société n’est imposée elle-même qu’à 1,6% sur ces revenus et le bénéficiaire final (Liliane Bettencourt) n’est imposé sur ses revenus que des sommes qui lui sont reversées par la société écran pour ses dépenses personnelles. Elle est donc imposée sur ses dépenses et non sur ses véritables revenus. Elle bénéficie du bouclier fiscal, censé garantir une limitation de l’impôt à 50% des revenus, mais si l’on rapporte l’impôt finalement payé sur les vrais revenus reçus au travers de ces sociétés écrans, le taux n’est plus que de 9%, le même que sur un petit salaire, comme le décrypte le Canard Enchaîné (voir cet article de l’Expansion) …

- Wikileaks : ce que « Sarkozy l’américain » ne nous avait pas dit

La révélation des câbles des services secrets américains a eu l’effet d’une bombe à vérité, déclenchant des réactions extrêmes avec d’un côté ceux qui dénoncent par cette révélation une « dictature de la transparence », de l’autre ceux qui s’ébahissent de vérités dévoilées qui en fait pour la plupart étaient connues de tous … Ce qui est assez choquant et aurait dû faire plus réagir la presse et le monde politique (le journal Marianne l’a fait), c’est la révélation des visites répétées que faisaient Nicolas Sarkozy en 2005 et 2006, alors ministre de l’Intérieur, à l’Ambassade des Etats-Unis, pour critiquer devant des officiels étrangers la position diplomatique de la France, de son propre gouvernement, pour dénoncer le veto français à l’ONU et l’arrogance du président Chirac et du premier ministre Villepin contre la guerre en Irak, assurer par avance ses amis américains de son allégeance aux Etats-Unis s’il devient président de la République. Ses révélations m’ont profondément choquée car j’y ai perçu une forme de traîtrise, touchant la raison d’Etat. En effet, Nicolas Sarkozy a tenu sa promesse d’allégeance aux américains en effectuant ce virage atlantiste, en décidant de la réintégration de la France dans le commandement armé de l’Otan, alors que cette décision n’avait aucunement été annoncée dans son programme présidentiel. Comme une promesse non tenue, une telle position prise sans avoir été annoncée, ce non-dit, est une forme de mensonge à l’égard des Français.

- Le Mediator : combien de morts évitées si on avait dit la vérité plus tôt ?

Comme dans le cas du nuage de Tchernobyl, qui se serait par miracle arrêté à nos frontières, comme le scandale du sang contaminé, qui aurait pu aussi limiter les morts par une application plus précoce du principe de précaution, l’affaire du médicament Mediator révèle que les services publics ont continué à autoriser sa vente alors que d’autres pays d’Europe l’avait interdit plusieurs années avant et de surcroît également à autoriser son remboursement par la sécurité sociale alors que son efficacité contre le diabète n’était pas démontrée … Selon l’UNOCAM, les remboursements du médicament ont coûté 423 millions d’euros en 10 ans à l’Assurance Maladie et aux complémentaires santé, médicament qui pourrait avoir été responsable de la mort d’au moins 2000 personnes.

- L’Allemagne, modèle à copier pour sa compétitivité, son moindre coût du travail et pour sa fiscalité : encore des fausses idées !

Nicolas Sarkozy nous a d’abord vanté le modèle américain, ce pays de cocagne qui donne sa chance à chacun, où le mythe du self-made-man fait rêver, de la ruée vers l’or à Bill Gates, le pays de l’argent facile et de la société de consommation, de l’endettement décomplexé. Il se trouve que les études récentes (OCDE notamment) montrent que c’est un des pays où la pauvreté a le plus augmenté et où les inégalités se sont le plus creusées. Comme je l’écrivais récemment dans cet article « Après le rêve américain, le mythe allemand », Nicolas Sarkozy et François Fillon veulent à présent nous montrer le modèle allemand comme l’exemple à suivre pour retrouver la voie du succès, tant sur le plan économique que fiscal. Rappelant que le succès des entreprises allemandes, notamment à l’exportation, a été possible au prix de dix ans de stagnation des salaires, de charges sociales moindres qu’en France, expliquant leur meilleure compétitivité. Or comme le montre cet extrait de rapport sur les comptes de la Sécurité Sociale en 2010, les chiffres démontrent que le coût du travail est plus important en Allemagne qu’en France, en brut comprenant les charges sociales (+38%) comme en net (+6%), alors que leur productivité est moindre qu’en France. La raison du succès des entreprises allemandes est autre. De plus, le taux de chômage allemand reste élevé malgré sa balance commerciale positive (7,1% en mai 2010 contre 10% pour la France, 9,3% au 3ème trimestre).
Du côté fiscal, même discours en trompe-l’œil. Il y un mois, Nicolas Sarkozy expliquait aux Français qu’il fallait viser la convergence fiscale avec l’Allemagne. Dans cet objectif : rester compétitif et éviter les délocalisations. Après avoir justifié le bouclier fiscal à 50% en prétendant que l’Allemagne l’avait mis en place depuis 15 ans (ce qui était faux), pour retenir les riches créateurs d’emplois sur le territoire, Nicolas Sarkozy nous dit maintenant qu’après réflexion (mais surtout sous la pression non seulement de l’opposition et de l’opinion mais même de son propre camp politique), il justifie sa suppression en disant que ce bouclier fiscal n’existe pas en Allemagne depuis 15 ans. Loin de se déjuger, il prouve par là son précédent mensonge !).
En fait, à bien regarder les chiffres, les prélèvements obligatoires (taxes + charges sociales contraintes) sont plus élevés en France en % du PIB mais la part des prélèvements sociaux et de l'impôt sur le revenu dans le coût du travail est supérieure en Allemagne (52% contre 49,3%).

- Les banques françaises, injustement montrées profiteuses de la crise et rétives à financer l’économie

On entend couramment dire, et c’est repris par la presse, que l’Etat a donné de l’argent aux banques, que les banques ont réduit leur financement à l’économie, qu’elles font du profit injustifié sur le dos des clients en engrangeant des marges d’intérêt importantes, qu’elles maintiennent des taux d’intérêt élevés à l’égard de leurs clients alors que la liquidité est fournie à 1% par la BCE ou sur le marché interbancaire. Là aussi, il y a mensonges sur les chiffres et amalgames trompeurs, comme je l’ai souligné dans cet article récemment. La FBF (Fédération Française des Banques) vient de publier une brochure « Parlons clair » pour démontrer par les chiffres que d’une part le soutien de l’Etat aux banques françaises n’a rien coûté au contribuable et a même rapporté 2 milliards d’euros au budget de l’Etat (sans compter la nouvelle taxe bancaire qui a rapporté 1,3 milliards en 2009 et une nouvelle taxe qui rapportera 500 millions en 2011), d’autre part que les encours de prêts à l’économie ont augmenté de °3,6% (alors que le PIB augmentait de 1,4%) et que les taux d’intérêt français sont parmi les plus bas d’Europe (3,22% en moyenne).

Bien sûr je ne nie pas la part de responsabilité des banques dans l’origine et la propagation de la crise financière (notamment plutôt des banques américaines), je ne nie pas les méfaits de la spéculation financière, ni le caractère indécent et injuste des bonus mirobolants versés aux traders et aux dirigeants, bonus calculés sur un profit sans tenir compte du coût du risque, ce qui est anormal. Mais dénonçons en connaissance de cause, sur des faits réels et non sur base de fausses idées.

 

Pour conclure, ce que je souhaite avant tout pour 2011, de la part du gouvernement, des personnalités politiques, de la presse et des médias, c’est LA VERITE.

Comme le disait la philosophe Hannah Arendt, « l’exigence de vérité est en elle-même une œuvre d’action politique ». Souhaitons que la presse œuvre pour l’exigence de vérité, par sa curiosité et son investigation, qu'elle ait une action pédagogique dans l’analyse comparée des faits, des opinions, des expériences des autres pays.

Aujourd’hui, la presse relaie des informations déjà pré mâchées, des dépêches et des annonces, rapidement, l’une succédant à l’autre et faisant oublier la précédente, une information plus ou moins copiée sur l’autre. Peu de temps pour l’analyse, peu de temps pour la réflexion, pour la recherche des causes et l’évaluation des conséquences, peu de motivation pour la critique et la comparaison des vérités. Or la première tâche des journalistes est de fournir de l’information sur des faits justes et pas seulement l’information délivrée par les canaux officiels.

 

Les journalistes ont une responsabilité immense dans l’équilibre de la démocratie, l’information et la formation du peuple, dans la formation de sa conscience et de sa responsabilité, du discernement et de son sens critique, comme dans la gestion de sa déprime et dans la confiance de la société en elle-même et dans la politique. La manière dont ils couvrent les faits, en rendent compte ou au contraire les occultent, oriente le sentiment général de défiance ou de confiance, de confusion ou de clarté, de mensonge ou de vérité, de malaise ou d’harmonie.

 

J’ai aussi un message à destination des personnalités politiques : il faut redonner l’espoir sans pour autant bercer le peuple d’illusions. Il faut être optimiste sans cacher la vérité. Ne pas attendre passivement que la croissance revienne, en laissant croire que le plan de relance tout seul va être capable de créer des emplois sur fond de désindustrialisation et de délocalisation non seulement industrielle mais aussi des services, en entretenant l’illusion qu’un simple renfort de régulation va sécuriser les marchés dans la mondialisation. Il faut aller plus loin, à la source des maux. Ne pas laisser croire non plus que l’Etat peut tout prendre en charge, qu’on aura les moyens de financer toutes les mesures que le PS préconise dans ce document de 40 pages pour « l’égalité réelle », qu’il vient de produire et de valider sans le chiffrer, malgré les réticences exprimées par certains de ses représentants comme François Hollande et Manuel Valls, doutant de son réalisme.

 

Je vous souhaite donc à tous ESPOIR ET VERITE pour 2011 !

 

 

 

 

11/12/2010

François Bayrou pour le "Parti de La Fontaine"

François Bayrou fait souvent référence aux fables de La Fontaine, qu'il adore et connait presque toutes par coeur. Beaucoup de circonstances de la vie politique actuelle trouvent en ces fables une illustration, démontrant à la fois leur puissance et leur actualité. A tel point que François Bayrou propose de créer le PLF, le "Parti de la Fontaine".

Invité de l'émission "Vivement Dimanche" le 5 décembre 2010, il a récité avec talent la fable "Le loup et le chien", qui traduit parfaitement sa position politique : il préfère être le loup, affamé mais libre, que le chien bien nourri, qui a la faveur de ses maîtres, leur obéissant, mais privé de liberté, attaché la corde au cou. Jean-Louis Borloo et Hervé Morin, comparés à lui, sont des chiens, ce qui n'est pas sans rappeler le cynisme politique (Le terme « cynisme » provient du grec ancien κύων / kuôn, qui signifie "chien"). Je ne résiste donc pas à vous passer l'extrait de cette émission.


loup3
envoyé par ddruze. - L'info video en direct.

François Bayrou a également fait référence à la fable "Les animaux malades de la peste", citant la phrase finale : "Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir." l'illustrant de multiples exemples concrets et vécus, notamment :

-  la campagne présidentielle de 1995 :  les comptes de campagne de Chirac et de Balladur n’auraient pas dû être validés par le Conseil constitutionnel, mais ils le furent car il n’était pas « pensable » de ne pas le faire, alors même qu’un petit candidat, Jacques Cheminade, avec 0,28% des voix, fut ruiné par cette campagne.

- Liliane Bettencourt a pratiqué l'évasion fiscale à grande échelle (Iles d'Arros), n'est pas inquiétée, est censée "régulariser sa situation" sans tracas, alors qu'une femme de ménage qui n'a pas déclaré 8 heures de ménage devra rembourser 3000 euros et plus en pénalités,...

J'ai trouvé très bonne l'idée de ce Parti de La Fontaine. Cela permet  de remoraliser la politique avec humour, sur des références que connaissent les gens, sans être un moraliste austère et ennuyeux. Comme j'aime composer des fables et en ai revisité une de La Fontaine, "Le Corbeau et le Renard", transposée en "Leuro et le dollar", je la propose ci-dessous à ce nouveau parti. J'ai aussi composé la petite fable "Arx Tarpeia Capitoli Proxima" à l'attention des centristes qui ont quitté le MoDem pour prendre des postes de ministres, comme les chiens dont nous venons de parler.

 

L'EURO ET LE DOLLAR

Maître Euro, sur Reuters coté, pavoisait au certain sur les pages
Le Dollar, se sentant de côté, lui tint à peu près ce langage :
Eh bonjour Monsieur de l'Euro !
Comme vous êtes joli, comme vous me semblez beau !
Si votre figure sur cette page se rapporte à votre noble image,
Vous êtes sans mentir phénix des monnaies avant moi !
A ces mots, l'Euro ne se sent plus de joie,
Et tout à son comble ravi,
Il ouvre un large spread et laisse tomber son prix.
Le trader s'en saisit et dit :
Mon bon ami, tout trader vit au dépens de ceux à qui il coûte,
Cette leçon vaut bien quelques ticks sans doute.
L'Euro, honteux et confus, jura, mais un peu tard, qu'on ne le collerait plus.

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ARX TARPEIA CAPITOLI PROXIMA

Tous ceux-là, malgré la réception des honneurs,
Devraient méditer sur ce bel antique adage
Qui rappelle que nul même sous projecteurs
N'est à l'abri d'une chute après les hommages :
Le "Arx tarpeia Capitoli proxima " :
"La Roche Tarpéienne est près du Capitole"
Voilà ce dont prévient, maxime a minima,
Que même la tête des vrais preux dégringole.

L'adulé d'aujourd'hui peut être honni demain,
Quand le banni d'hier a aujourd'hui la main !

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LE LOUP ET LE CHIEN


Un Loup n'avait que les os et la peau ;
Tant les Chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers.
Mais il fallait livrer bataille
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
Il ne tiendra qu'à vous, beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? Rien d'assuré, point de franche lippée.
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi ; vous aurez un bien meilleur destin.
Le Loup reprit : Que me faudra-t-il faire ?
Presque rien, dit le Chien : donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son maître complaire ;
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
........Sans parler de mainte caresse.
Le loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant il vit le col du Chien, pelé :
Qu'est-ce là  ? lui dit-il.  Rien.  Quoi ? rien ? Peu de chose.
Mais encor ?  Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ?  Pas toujours, mais qu'importe ?
Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.

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LES ANIMAUX MALADES DE LA PESTE

 

Un mal qui répand la terreur,

Mal que le Ciel en sa fureur

Inventa pour punir les crimes de la terre,

La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom),

Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,

Faisait aux animaux la guerre.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :

On n'en voyait point d'occupés

A chercher le soutien d'une mourante vie ;

Nul mets n'excitait leur envie ;

Ni Loups ni Renards n'épiaient

La douce et l'innocente proie.

Les Tourterelles se fuyaient ;

Plus d'amour, partant  plus de joie.

Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,

Je crois que le Ciel a permis

Pour nos péchés cette infortune ;

Que le plus coupable de nous

Se sacrifie aux traits du céleste courroux ;

Peut-être il obtiendra la guérison commune.

L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents

On fait de pareils dévouements :

Ne nous flattons  donc point ; voyons sans indulgence

L'état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons

J'ai dévoré force moutons ;

Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense  :

Même il m'est arrivé quelquefois de manger

Le Berger.

Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense

Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi

Car on doit souhaiter selon toute justice

Que le plus coupable périsse.

Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;

Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;

Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce.

Est-ce un péché ? Non non. Vous leur fîtes, Seigneur,

En les croquant beaucoup d'honneur;

Et quant au Berger, l'on peut dire

Qu'il était digne de tous maux,

Etant de ces gens-là qui sur les animaux

Se font un chimérique empire.

Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.

On n'osa trop approfondir

Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances

Les moins pardonnables offenses.

Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples Mâtins ,

Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L'Âne vint à son tour, et dit : J'ai souvenance

Qu'en un pré de Moines passant,

La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense

Quelque diable aussi me poussant,

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.

A ces mots on cria haro  sur le Baudet.

Un Loup quelque peu clerc  prouva par sa harangue

Qu'il fallait dévouer ce maudit Animal,

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !

Rien que la mort n'était capable

D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de Cour  vous rendront blanc ou noir.

 

 

 

06/12/2010

François Bayrou invité de "Vivement Dimanche"

Hier après-midi, Michel Drucker recevait sur son célèbre canapé rouge de "Vivement Dimanche" François Bayrou, président du Mouvement Démocrate et député des Pyrénées atlantiques. Ici lien pour visionner (en 4 parties).

Avant même que l'émission soit transmise (car elle est préenregistrée trois jours avant), des articles se sont empressés de transmettre le scoop après tant de mystère depuis 2007 : François Bayrou a enfin dit ce qu'il avait voté au second tour de l'élection présidentielle 2007, à savoir qu'il avait voté blanc !

En fait tout le monde s'en doutait et cela ne change rien. Il a dit en revanche d'autres choses très fortes et intenses dans l'émission, notamment à l'occasion de l'évocation du martyr des moines de Tibéhirine, que c'était pour lui une démonstration que "L'AMOUR est plus fort que la mort".

Nous avons aussi découvert en François Bayrou un talent réel pour le théâtre (il a fait le conservatoire national de région, au départ pour vaincre son défaut d'élocution, de bégaiement). Jean-Laurent Cochet s'est montré époustouflé, admiratif, lorsque François Bayrou a récité la fable de la Fontaine "Le loup et le chien" (je le mettrai en ligne quand je l'aurai). Il est vrai que le talent d'acteur et de tribun sert en politique, alors que certains sont plutôt des illusionnistes, le rappelle François Bayrou à l'occasion d'un tour de magie d'un jeune Science-Po (pas Science-Pau !) de Bordères sur le plateau.

Moments émouvants de souvenirs politiques et de famille, images magnifiques de montagne des Pyrénées et de la ville de Pau,  région et ville très chères à François Bayrou, attaché à ses racines, se ressourçant auprès des siens, de son village et de ses chevaux (il sait leur parler et les mettre en confiance, l'un d'eux pose même sa tête sur son épaule).

Michel Drucker le présente comme un homme politique "décalé", toujours où on ne l'attend pas. Claude Sérillon découvre que c'est un "geek" (accroc à Internet,  aux nouvelles technologies de l'information). François Bayrou a même invité sur le plateau la représentante de Wikipedia, encyclopédie électronique réalisée grâce à la contribution gratuite des internautes. Il présente ce phénomène comme une révolution (comme le fut l'écriture et l'imprimerie) et un exemple d'entreprise non marchande, ou le savoir s'échange et s'enrichit sans contrepartie financière, une nouvelle forme d'intelligence en réseau. Décidément, François Bayrou n'est pas comme les autres hommes politiques !

Les frères journalistes Alain et Patrice Duhamel étaient aussi invités sur le plateau à parler de leur livre "Cartes sur table", traitant des relations qu'entretiennent les hommes politiques et les médias. Alain Duhamel décrit François Bayrou face aux journalistes comme un "mâle dominant" : "soit les journalistes jouent un rôle subalterne face à lui, soit ils se font engueuler !"

Enfin, François Bayrou a pu (un peu) parler politique, expliquant la difficile position de résistance et d’indépendance au centre, indépendance à ne pas confondre avec solitude. Il a exprimé ce qui l’indignait le plus, reprenant encore une fable de la Fontaine (Les animaux malades de la peste) : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». Il propose même de créer le PLF, le « Parti de La Fontaine » ! Pour illustrer l’objet de cette indignation, il cite la campagne présidentielle de 1995 : nous découvrons que les comptes de campagne de Chirac et de Balladur n’auraient pas dû être validés par le Conseil constitutionnel, mais qu’ils le furent car il n’était pas « pensable » de ne pas le faire, alors même qu’un petit candidat, Jacques Cheminade, avec 0,24% des voix, fut ruiné par cette campagne.

Interrogé sur la crise des dettes publiques européennes et sur la politique qu’il mènerait à l’égard des banques, il fait également une proposition : « Aujourd’hui la BCE prête aux banques à moins de 2% et les banques prêtent aux Etats, dans le cas Irlandais à 8 ou 9%. Au lieu de voir les intermédiaires privés prendre des marges considérables, il faut que la BCE assume cette fonction, qu’elle achète les titres de dette publique des pays de la zone euro fragilisés, ce qui permettrait aussi de les prémunir de la spéculation des marchés. »

 

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00:35 Publié dans Analyse politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : bayrou |  Facebook | | |

 
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