Avertir le modérateur

03/08/2011

Nuit du 4 août : abolissons les privilèges de la ploutocratie déguisée en démocratie !

Il est temps de faire un bilan rétrospectif sur tous les privilèges que s’arroge une caste dirigeante liée à la fois aux affaires privées et à celles de l’Etat.

 

 

 AFFAIRE LAGARDE/TAPIE

C’est le 4 août (hasard du calendrier ?) que nous saurons si la Cour de Justice de la République décide d’ouvrir une enquête sur le rôle de Christine Lagarde dans l’affaire Tapie, soupçonnée d’abus d’autorité ayant favorisé des intérêts privés au détriment des intérêts publics. Le parquet général reproche à Mme Lagarde d'avoir recouru à un arbitrage, une procédure privée alors qu'il s'agissait de deniers publics, d'avoir eu connaissance de la partialité de certains juges-arbitres et de ne pas avoir exercé de recours contre la sentence arbitrale, alors que plusieurs spécialistes l'y encourageaient. Mais par avance, nous savons que l’affaire va traîner, quelle que soit la décision de la commission : classement sans suite, demande d’informations complémentaires ou avis favorable à une enquête, obligeant le procureur près la Cour de cassation de saisir une commission d’instruction afin d’entamer une enquête qui sera longue et ne verrait pas Mme Lagarde jugée avant plusieurs années. De plus, le procureur Nadal, parti en retraite le 30 juin dernier, est remplacé par un proche de Nicolas Sarkozy, Jean-Claude Marin, dont l’indépendance n’est pas garantie (c’est un euphémisme), qui a déjà agi en faveur de ce dernier par exemple sur l’affaire des frégates de Taiwan en refusant de verser au dossier une note dont fait référence un PV du Parquet daté du 22 novembre 2007, publié par le journal Bakchich.info , mettant en cause Nicolas Sarkozy et Edouard Balladur, concernant le financement de la campagne de ce dernier en 1995. Il est encore question de rétrocessions de commissions sur la vente de sous-marins au Pakistan, avec Nicolas Sarkozy au cœur de la corruption, débouchant sur l’affaire de l’attentat de Karachi. Même contexte. On y retrouve encore le procureur Jean-Claude Marin. Enfin c’est encore lui qui ressort le croc de boucher, s’en prenant violemment à Dominique de Villepin dans l’affaire Clearstream en faisant appel à la décision du Parquet de relaxer l’ex-premier ministre.

Tout porte à croire que derrière Christine Largarde, c’est Nicolas Sarkozy lui-même qui a donné les instructions visant à favoriser Bernard Tapie, à mettre fin au cours de la justice ordinaire, qui s’apprêtait à clore le dossier en défaveur de ce dernier (décision de la Cour de cassation qu’il ne manquait plus qu’à entériner en Cour d’appel), par un recours inopiné à une procédure d’arbitrage privé, contre toute logique surtout qu’il s’agissait de deniers publics, sans soumettre cette décision au Parlement. Un vrai scandale d’Etat !

Mais si l’affaire Tapie est un des plus gros scandales d’Etat de ces dernières années, il y en a bien d’autres qui démontrent encore ce favoritisme à l’égard d’intérêts privés de la part de l’Etat, de ministres en fonction.

 

AFFAIRE WOERTH

La Cour de Justice de la République a ouvert une enquête sur Eric Woerth portant sur la vente, par l'État, d'une parcelle de la forêt de Compiègne à une société de courses hippiques. Il est reproché à Eric Woerth à la fois la légalité de la transaction (contestée à l’époque en 2003 par Hervé Gaymard, alors ministre de l’agriculture, puis par Bruno Lemaire, et qui aurait due être soumise au Parlement comme le veut la loi) et le prix de cette vente manifestement sous-estimé. Eric Woerth était ministre du budget et maire de Chantilly, ville connue pour ses course hippiques. L’épouse d’Eric Woerth, Florence, membre de France-Galop de 2004 à 2007,  a fondé l'écurie des chevaux "Dam's". Le dirigeant de France-Galop (association liée par contrat à la SCC pour l'organisation des courses) est Hubert Monzat. Hubert Monzat a été conseiller au cabinet d'Éric Woerth au ministère du Budget.  L'acquéreur, Antoine Gilibert, président de la Société des courses et membre de France-Galop, est un proche d'Eric Woerth et de Philippe Marini (alors qu’il a tout d’abord nié avoir des relations.  Le Canard Enchaîné dévoile qu'Eric Woerth a été alerté du caractère erroné de l'estimation du prix de vente de l'hippodrome.

 

AFFAIRE BETTENCOURT

Souvenons-nous aussi de l’affaire Bettencourt, dévoilée par Mediapart grâce aux écoutes du majordome ! Evasion fiscale, financement illégal de l’UMP et de la campagne de Nicolas Sarkozy, en échange d’une bienveillance fiscale, voire une certaine complaisance, avec à nouveau la complicité d’Eric Woerth, à la fois trésorier de l’UMP et ministre du budget, donc des impôts, et de son épouse Florence, gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt. D’ailleurs Mme Bettencourt n’est pas la seule à faire partie du cercle des bienfaiteurs-privilégiés, reçus chaque année par Nicolas Sarkozy, notamment en Suisse dans un grand hôtel ! On se croirait presque dans un vaudeville tant les situations sont caricaturales, les protagonistes tous liés dans ces affaires …

 

AFFAIRE WILDENSTEIN, AFFAIRE TAKIEDDINE, …

 

Encore une complaisance fiscale dans l’affaire Wildenstein, des droits de succession qui s’évaporent …

Et que dire du marchand d’armes Takieddine, proche de Guéant, Hortefeux, Copé, qui ne paye pas un euros d'impôts avec un patrimoine de 40 millions d'euros ce qui n'a intéressé ni Woerth, ni Baroin, ni Pécresse qui ne répond pas aux sollicitations de Médiapart ?

 

AFFAIRE PEROL, AFFAIRE DE L’EPAD ET BIEN D’AUTRES AFFAIRES ENCORE …

Au-delà de toutes ces collusions entre affaires publiques et affaires privées, remarquons les multiples conflits d’intérêts et les nominations des copains de Nicolas Sarkozy à la tête d’entreprises multinationales, plaçant ainsi des pions sur la gouvernance financière du pays (sans compter la nomination des dirigeants de chaînes de télévision et de radio publique, pour la gouvernance médiatique) : ici François Pérol dans la banque à la BPCE (alors qu’il avait travaillé sur le dossier de fusion précédemment), là Stéphane Richard à France Télécom, là Henri Proglio déjà président de Véolia nommé à la tête de EDF, là encore l’éviction d’Anne Lauvergeon chez Areva pour faciliter le rapprochement de l’entreprise avec EDF et contenter Proglio, … ou encore la faveur faite à Arnaud Lagardère (presque frère de Nicolas Sarkozy !) en permettant à la CDC de racheter des actions EADS juste avant la dégringolade du cours de bourse lié aux retards de construction de Airbus …

 

Si vous voulez avoir un récapitulatif de toutes les affaires, allez sur un billet de Imhotep sur le forum Agoravox et abonnez-vous à Mediapart, à Marianne et au Canard Enchaîné !

04/04/2011

POUVOIR D'ACHAT : le scandale des chiffres !

 


Dans la série "On ne nous dit pas tout !", voici encore une annonce de chiffres en trompe l'oeil, qui agace les Français au plus haut point. Selon une étude de l'Insee parue le 25 mars 2011 (ici version en PDF résumée), le pouvoir d'achat des Français aurait augmenté de 1,2%,en 2010 (après +1,6 % en 2009). Mesuré par unité de consommation, ce qui permet de le ramener à un niveau individuel moyen, il aurait augmenté de 0,4 % (après +0,8 %).

En moyenne sur 2010, Le taux d'épargne a quant à lui baissé de 0,4 point, pour s’établir à 15,8 %. Notons aussi au passage que au total, le taux de marge des entreprises (SNF, Sociétés Non financières) diminue de 0,5 point, à 29,3 % fin 2010.

Or, les Français ont majoritairement l'impression que leur pouvoir d'achat et leur niveau de vie en général s'est bien dégradé : d'après un sondage CSA pour '20 minutes' rendu public le 4 avril 2011 (résultats complets ici), une grande majorité de la population française (77%) estime que son pouvoir d'achat a diminué au cours des derniers mois. Et ce n'est pas qu'une impression quand on regarde la réalité des hausses des prix face aux revenus des ménages qui ont augmenté de 2,4% en valeur nominale en 2010 (1,2 après prise en compte de l'inflation basée elle-même su un indice global). Les prix ont beaucoup augmenté à la consommation, dans l'alimentaire notamment, comme l'a montré cette étude de l'association de consommateur CLCV et comme l'expliquait un article de La rédaction du Post, et ce n'est pas fini ! cette augmentation s'ajoutant à celle de la flambée des prix de d'électricité (+6,4% en un an, 30% annoncé sur prochaines années), du gaz (+16%), des carburants (+17,3%).

Il se trouve que ces hausses de prix touchent beaucoup plus les ménages modestes et les classes moyennes que les plus favorisées, en proportion des revenus, car la structure de consommation des ménages est très différente selon les niveaux de revenus.

Il se trouve également que les hauts revenus ont beaucoup plus augmenté, notamment les revenus financiers (dividendes, plus-values, revenus immobiliers), en ligne avec la hausse des profits du CAC40 en 2010 (+85%, passant de 50 à 82 milliards d'euros) et des distribution de dividendes (40 milliards en 2010).

Conclusion : en moyenne l'Insee a probablement raison, le pouvoir d'achat par unité de consommation s'est accru de 0,4% mais c'est la hausse de pouvoir d'achat d'une minorité des plus riches qui compense une baisse notable du pouvoir d'achat des plus défavorisés et des classes moyennes !

Il faut exiger la transparence des chiffres. Demandons que l'Insee fournisse des chiffres par classe de revenu ! Bien sûr c'est plus difficile à faire car cela nécessite une analyse plus fine que la compilation macroéconomique des chiffres globaux de la comptabilité nationale. Il faudrait d'une part reprendre les données d'évolution des revenus par classe de revenu, différencier les revenus salariaux ou des professions commerçantes et libérales des revenus purement financiers, d'autre part les mettre en regard pour chaque classe d'une structure de consommation moyenne (part des dépenses contraintes de loyer (ou crédit immobilier), d'électricité, de gaz, de carburant/ transport, de téléphonie-internet,d'équipement, d'habillement, de loisir,...), chacune des rubriques étant soumise à une évolution de prix, ce qui permettrait de calculer un taux d'inflation par budget et donc un pouvoir d'achat réel moyen par classe de revenu.

C'est possible. Exigeons-le !

30/03/2011

Prix du gaz et de l'énergie : François Bayrou pointe la responsabilité de l'Etat

Invité ce mercredi matin 30 mars 2011 de Jean-Jacques Bourdin sur BFM/RMC, François Bayrou a vivement dénoncé la hausse inconsidérée du prix du gaz, de l'électricité et du carburant, insupportable pour tous les Français et en particulier les moins favorisés.

Rappelons qu'il avait déjà vivement dénoncé cette aberration du prix du gaz, qui a plus que doublé en trois ans pendant que le prix du marché lui était divisé par trois, lors d'un débat sur la dernière émission de "A vous de juger" le 3 mars dernier (voir vidéo de 15'30 à 19') alors que personne n'en parlait ! Rappelons aussi toute la campagne réalisée pour inciter les Français à se chauffer au gaz, l'énergie la moins coûteuse !

En effet, demain 1er avril, le prix du gaz sera augmenté de 5%, après l'avoir été de 16% en 2010. En un an : 21% d'augmentation et sur trois ans, plus de 50% !
Pendant la même période de trois ans, le prix du gaz sur les marché était divisé par trois !

Pourquoi cette anomalie ? Parce que GDF a signé auprès de fournisseurs étrangers (Norvège, Algérie, Russie, etc.) des contrats d'approvisionnement à long terme (de 20 ans) indexés sur le prix du pétrole car à l'époque, les gisements de gaz se situaient souvent sur les mêmes sites que le pétrole et il y avait peu de transactions sur le gaz. Une renégociation des contrats a commencé mais seulement sur 10% du prix, ce qui pèse peu. En fait, les fournisseurs s'en mettent plein les poches d'une façon scandaleuse !

Comme le rappelle François Bayrou, l''Etat est actionnaire (à 35%) de GDF-Suez. Il est également responsable de la régulation des prix de l'énergie. Il doit pouvoir intervenir. De plus, il y a une exigence de vérité des prix vis à vis des Français, des consommateurs.

Non seulement les factures de gaz flambent, mais aussi celles de l'électricité (+6,4% en un an et du carburant (+17,3% en un an). Voir aussi cet article de Challenges :

Il se trouve qu'en même temps, EDFnous annonce une hausse du prix de l'électricité de 30% sur les prochaines années ( +5,2% au 1er avril, portant l'augmentation des prix à 21 % depuis un an et à 61 % depuis juillet 2005 ! ), pour pouvoir financer les investissements nécessaires de prolongation et de sécurisation du parc nucléaire.

Or, notre électricité est actuellement 30% en dessous du prix moyen en Europe, grâce, nous disait-on, à notre production nucléaire moins coûteuse ! Ce discours était donc aussi un mensonge ! Sujet très sensible au moment où la dangerosité de la production d'énergie nucléaire est mise en exergue avec la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon et que sont révélés les mensonges répétés de Tepco sur cette affaire !

Le porte-parole du Mouvement Démocrate, Yann Wehrling, a aussi dénoncé hier lors d'une conférence de presse la faiblesse dont fait preuve le gouvernement cis-à-vis des fournisseurs d'énergie.

27/03/2011

Sortir de l’Euro : pour ou contre ?

 

Deux thèses s’affrontent au sujet d’une hypothétique sortie de l’Euro (retour au Franc) : nous apporterait-elle un avantage économique, une indépendance une fois libérés des contraintes de Maastricht, permettant de maîtriser notre monnaie et nos outils de relance de l’économie ? Ou au contraire serait-elle annonciatrice d’un grand péril, comme l’a proclamé récemment François Bayrou pour le Mouvement Démocrate, de même que l’ont aussi averti des représentants de l’UMP et du PS ?

Comme le remarque François Bayrou, sur ce sujet comme sur bien d’autres (déficit, guerre en Libye, éducation, hôpital,…), la ligne de clivage entre les deux positions n’est pas celle qui départage « la gauche » de « la droite ». En effet :

- Les partis favorables à la sortie de l’Euro sont : pour la droite le FN et les souverainistes (Debout La République) et pour la gauche le Parti de Gauche et le NPA ;

- Les partis qui au contraire alertent sur les dangers et les conséquences catastrophiques d’une sortie de l’Euro par la France sont l’UMP, le PS et même le PC par la voix de Pierre Laurent. Et surtout le MoDem avec François Bayrou, qui avertit qu’une telle hypothèse conduirait à une catastrophe économique, voire à des « larmes de sang », touchant notamment encore plus durement les plus défavorisés. Voir ses interventions récentes sur France Inter et sur la chaîne parlementaire LCP.

- A noter, une position intermédiaire : l’économiste Christian Saint-Etienne, du Nouveau Centre, qui prône quant à lui une scission de la zone Euro en deux : d’un côté une zone Euro fort, avec l’Allemagne et en général les pays du Nord, les moins endettés, de l’autre côté une zone euro faible avec les pays du sud les plus endettés : la Grès, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, … et la France, auxquels s’ajoute l’Irlande. Ce scénario reviendrait au même pour la France qu’une sortie de l’Euro : une dévaluation de sa monnaie accompagnée d’une forte hausse des taux d’intérêt, donc de la charge de la dette publique.

 

Quels sont les arguments avancés pour soutenir ces deux thèses et comment pouvoir en juger ?

Tout d’abord un rappel pédagogique sur quelques notions simples d’économie, comme je l’avais fait lors d’un précédent article « Equations économiques : la quadrature de la crise » :

· La valeur relative d’une monnaie reflète la solidité de son économie comparée à celle des autres pays, son pouvoir d’achat relatif comparé à celui d’une autre monnaie. Plus un pays est endetté, plus sa dette publique est élevée, plus il a de risque de rencontrer des difficultés à la rembourser, plus le taux d’intérêt exigé sur cette dette par les investisseurs est élevé, d’autant plus si ces derniers anticipent un risque de dévaluation de sa monnaie par rapport à la leur. La politique budgétaire impacte la valeur de la monnaie, pas seulement en termes de dette et de déficit public. L’anticipation d’inflation, notamment du fait de création monétaire (augmentation de la monnaie en circulation, des crédits, sans création de richesse en contrepartie, traduite au final par une hausse des prix), fait baisser la valeur de la monnaie. D’où la théorie de parité des pouvoirs d’achat établissant une équation d’équilibre entre trois variables : le taux de change entre deux monnaie, taux d’intérêt et taux d’inflation (voir définition Wikipedia ou plus d’explications dans cet article de Christian Biales).

· Lorsqu’un pays est autonome sur sa monnaie (ce qui n’est pas le cas s’il fait partie de la zone euro, contraint par les critères de Maastricht et la soumission à la politique de la BCE sur les taux d’intérêt), il peut utiliser la dévaluation comme un outil de relance des exportations (ce que fait la Chine en maintenant le Yuan sous-évalué). Il peut le faire en menant une politique budgétaire ou monétaire laxiste (augmentation exagérée des crédits consentis par le système bancaire ou rachat des titres de dette publique du Trésor par la Banque centrale), laissant filer sa monnaie sans contrainte.

Effets multiples d’une dévaluation monétaire :

L’inflation peut impliquer une dévaluation, de même qu’une dévaluation peut se traduire en inflation. Une politique monétaire ou budgétaire laxiste crée de l’inflation, provoquant mécaniquement une baisse du cours de la monnaie car les marchés vont anticiper cette baisse de valeur relative comparée aux autres monnaies. Ceci a aussi pour effet de faire mécaniquement baisser de prix des exportations pour les pays tiers, mais aussi de renchérir le prix des importations. Ce qui est un facteur positif si le pays est exportateur en net (balance commerciale excédentaire). En revanche, l’inflation va faire baisser le prix des valeurs mobilières (titres d’actions ou d’obligations) et immobilières, ce qui grève le patrimoine des épargnants et des investisseurs. De plus, l’inflation renchérit le prix des biens à la consommation alors que les salaires ne suivent pas ou suivent avec retard (surtout en période de chômage ou de récession), ce qui provoque une baisse de pouvoir d’achat des consommateurs, touchant en particuliers les plus défavorisés. Par ailleurs, si l’Etat est endetté vis-à-vis de l’étranger, la valeur relative de sa dette publique s’en trouvera diminuée (le cours du titre souverain libellé en monnaie étrangère baisse). Mais en contrepartie, les investisseurs qui souhaitent rentrer dans leurs fonds exigeront un taux d’intérêt bien plus élevé qu’avant, représentant une prime de risque, de dépréciation de leur actif. Un renouvellement de la dette (permettant de rembourser les échéances de la vielle dette) ne pourra se faire par l’Etat qu’à un taux plus élevé, ce qui renchérira considérablement la charge financière annuelle de cette dette, donc le déficit public, qui lui-même incrémente la dette publique. Il arrive même un seuil critique où la dette devient quasi impossible à rembourser, entrant dans un « effet boule de neige », qui justement se situe au-delà des critères de Maastricht de 60% du PIB pour la dette publique et de 3% du PIB pour le déficit public annuel). Plus encore que ces indicateurs, c’est le ratio déficit public/ recettes fiscales (capacité à couvrir le déficit par l’impôt) qui est un critère déterminant. La charge accrue de la dette handicape la croissance, obligeant l’Etat à augmenter les impôts ou à diminuer les dépenses publiques.

Au vu de ces multiples facteurs, la résultante des effets d’une dévaluation ne peut être anticipée, mesurée et appréciée qu’au regard d’une situation initiale dépendant des enjeux suivants :

- Niveau de la dette publique et niveau relatif des taux d’intérêt sur cette dette, impactant le déficit et nécessitant éventuellement une augmentation des impôts,

- Niveau relatif des exportations et des importations, ainsi que leur sensibilité aux prix (on a vu par exemple que l’Allemagne, grande exportatrice vers les pays émergents et la Chine, est peu sensible à l’augmentation de l’Euro),

- Impacts relatifs sur la relance de l’économie de l’effet sur les exportations et les importations,

- Effets de l’inflation sur le pouvoir d’achat des ménages.

 

Quel serait vraiment sur la France l’impact d’une sortie de l’Euro ?

1- Compte tenu de la situation très dégradée de nos finances publiques (dette publique atteignant 1600 milliards d’euros) et de notre balance commerciale (les importations excèdent les exportations), une sortie de l’euro se traduirait immédiatement par une dévaluation très forte de notre monnaie (certains économistes l’ont évalué à 20%, soit une valeur de 0,85 euros au lieu de 1 initialement) ;

2- L’effet positif sur les exportations serait neutralisé par l’effet négatif sur les importations. Comme le relate le Figaro dans cet article daté du 20 décembre 2010, un économiste de banque, Mark Cliffe, responsable de la recherche d'ING Bank, a chiffré les conséquences d'un retour général aux monnaies nationales : pour la France une récession avec baisse de 10% du PIB sur trois ans, hausse du chômage à 13,8%, le prix de l’essence qui s’envole à 1,75 euro le litre (à traduire en monnaie nationale). De plus l’inflation aurait un impact négatif sur le pouvoir d’achat des Français;

3- Libérés des contraintes de Masstricht, nous pourrions créer de la monnaie à notre gré, comme le préconise Marine Le Pen, afin de rembourser notre dette publique. Il suffirait que la Banque centrale rachète les bons du trésor au Trésor. Facile ! Sur les 1600 milliards de dette publique française, 2/3 sont détenus par des investisseurs étrangers (1200 milliards). La dévaluation relative de cette dette serait de 20%x1200 = 240 milliards. Continuer à emprunter à l’étranger nous contraindrait à payer un taux d’intérêt bien plus élevé : alors qu’il est de 3,5% aujourd’hui, il monterait facilement à 7%. Or la charge de la dette (intérêts), devenu en 2011 le premier poste budgétaire juste devant l’éducation, est actuellement de 45 milliards d’euros, soit l’équivalent du total de l’impôt annuel sur le revenu. Il faudrait donc soudain doubler l’impôt sur le revenu des Français pour ne pas déclarer l’Etat en faillite ! Faire racheter les créances publiques par la Banque centrale revient aussi à de la pure création monétaire, traduite en taux d’inflation, qui lui-même est intégré dans le taux d’intérêt exigé par les investisseurs, étrangers ou Français, répercuté sur toute l’économie, prêts aux particuliers comme crédits aux entreprises …

 

La conclusion paraît évidente : une sortie de l’euro serait catastrophique pour la France et ceux qui la prônent sont irresponsables, compte tenu de ces enjeux.

22/12/2010

Rapport Odissée sur l’état social de la France : le lien social est un facteur de performance.

L’association Odissée vient de publier le rapport sur «l’état social de la France», (voir  cet article de LaCroix ).

Il est maintenant possible de commander le rapport intégral sur le site de La Documentation Française (27 euros).

jaquetteEsof.png

 

Ce rapport montre qu’il n’y a pas de véritable performance économique sans cohésion sociale.


 

En résumé :

- En matière de performance globale – économique et sociale-, la France ne se classe qu’au 8e rang des 27 pays européens ;

- On peut avoir un fort niveau de protection sociale et un faible niveau de lien social, ce qui est le cas de la France (ce qui ne m’étonne pas car il peut y avoir déresponsabilisation par délégation du social à l'Etat, renforçant le comportement individualiste) ; » L’État impulse tout et il y a une démission du citoyen ».

- la situation est très contrastée selon les territoires, les régions de France. Par ex l'Ile de France est au 1er rand en terme de performance et 20ème en termes de lien social. Explications intéressantes et comparaison avec les régions qui réussissent le mieux (Pays de Loire, Bretagne, Midi-Pyrénées, Alsace, Rhône-Alpes).

Enfin, cette étude est une véritable leçon de politique : alors que la droite priorise la performance économique et la gauche la solidarité, le lien social, le vivre-ensemble, selon un clivage libéralisme/socialisme, cette étude révèle que les deux sont très liés. La conscience et la responsabilité citoyenne et la valorisation de l’être et de la relation humaine, plutôt que celle de l’avoir et du paraître, sont essentielles pour arriver à des efforts communs et à un consensus priorisant l’intérêt général, redonner l’impulsion à la création, à l’inspiration, que ce soit dans le domaine de la recherche, de l’entreprise, des arts et de la culture. Pour y arriver, il faut repenser « le sens de notre société », de notre vivre-ensemble », en partant des valeurs. Le délégué général de l’association, Jean-François Chantaraud nous propose d’inventer la « sémiocratie », allant au-delà de la démocratie. « Il faut organiser une circulation et une mutualisation de l’information afin que chaque idée, chaque expérience, chaque savoir-faire et chaque énergie trouve la place qu’il mérite au profit de tous ». « Apprendre à bâtir des raisonnement collectifs dans lesquels chacun de reconnaît ».

Cette nouvelle forme de penser la société, de réfléchir ensemble pour construire un projet de société au service de l’homme, du développement humain, cela s’appelle l’humanisme. Cette troisième voie, différente du libéralisme incarné par la droite, fondé sur l’argent, le profit, et aussi différente du socialisme, incarné par la gauche, dont l’Etat a un rôle central tout en ciblant l’égalité. C’est cet humanisme qui caractérise le projet de société du centre, sortant de l’habituel clivage droite/gauche. Un centre qu’il ne faut pas voir superficiellement comme un ectoplasme volatil supplétif de la droite ou de la gauche, mais plus profondément sur les valeurs qu’il incarne et le nouveau projet qu’il propose. A condition d’être indépendant, de bien marquer sa différence et d’exprimer son projet, à condition d’être écouté plutôt que l’objet de dénigrement et de moqueries des médias, oui ce centre là peut devenir un socle offrant une alternative crédible et redonnant l’espoir.

Quelques extraits ci-dessous, repris des articles du journal LaCroix, en référence :

http://www.intelligencesociale.org/ressources/documents/2...
http://www.intelligencesociale.org/ressources/documents/2...
http://odissee.info/ressources/documents/20101220_LaCroix...

 

Ce rapport montre à quel point la cohésion sociale est le meilleur instrument de la performance économique. Le savoir-faire se nourrit du savoir-être ensemble. La bonne gouvernance (c’est le mot à la mode) a besoin de confiance, de participation, de subsidiarité… Une organisation du pouvoir trop centralisée est un frein aux initiatives. La négociation est indispensable.

Dans la comparaison européenne, la France, 8e, « Une position moyenne » occupée également par le Royaume- Uni et l’Allemagne, bien derrière les pays scandinaves, a encore des progrès à faire dans beaucoup de domaines. Au 12e rang seulement pour la performance économique, elle ne brille pas non plus par ses résultats en matière de lien social puisqu’elle n’occupe que la 8e place derrière, sans surprise, les pays scandinaves mais, plus étonnant, après également le Royaume-Uni ou l’Irlande.

Le résultat est sans appel : les pays les plus performants sont aussi ceux qui ont les meilleurs résultats sur le plan de la cohésion sociale. Et de ce point de vue, ce sont les pays du nord de l’Europe (Suède, Finlande, Danemark) qui arrivent en tête du palmarès, avec les Pays-Bas et l’Autriche. Des pays qui ont pour trait commun d’avoir un système de gouvernance reposant sur une démocratie sociale et locale très développée.

Dans les pays nordiques, elle se traduit par « un contrat social fondé sur un impôt élevé et des mécanismes de redistribution sociale nombreux », et aux Pays-Bas, par une tradition « toujours actuelle de participation élevée des partenaires sociaux dans la vie économique et sociale », remarque le rapport. « Il est intéressant de noter que les cinq pays qui arrivent en tête sont aussi ceux qui arrivent en première position pour le taux d’emploi des femmes ou les dépenses d’assistance aux personnes âgées. Ce sont des démocraties où l’on parvient à construire un consensus sur des enjeux sociétaux », commente l’un des auteurs. À l’inverse, la Grèce, où le lien au collectif est très distendu, se retrouve dans le bas du classement.

Quant à la France, elle bénéficie d’amortisseurs dans les périodes de crise et rebondit moins vite ensuite sur le plan économique. Le délégué général de l’association, Jean-François Chantaraud, explique que les conditions du débat y sont insuffisamment réunies, l’État impulse tout et il y a une démission du citoyen. La preuve, nous avons fait la réforme des retraites en six mois alors qu’en Finlande, ils ont mis quinze ans pour y parvenir. »

La situation est cependant contrastée selon les territoires. Le palmarès des 22 régions françaises place en tête les Pays de la Loire, la Bretagne et Midi-Pyrénées. Avec une exception, l’Île-de-France. Au 1er rang en termes de performance, elle ne se classe qu’au 20e rang en termes de lien social, infirmant ainsi la règle qui veut que les deux aillent de pair. Une position « atypique » qui s’explique pour des raisons historiques de centralisme et de concentration de tous les pouvoirs. Super-performante, la région parisienne est aussi celle où le lien social est le plus altéré, compte tenu de l’anonymat généré par la forte concentration urbaine, des durées de transports ou de la délinquance. Si l’on exclut ce cas particulier, les régions qui réussissent le mieux sont aussi celles où l’on vit le mieux. Elles se situent sur un axe centre-ouest – avec les Pays de la Loire, la Bretagne, Midi-Pyrénées, Limousin – et à l’extrême est du pays (Alsace, Rhône-Alpes). Des territoires qui ont en commun d’entretenir une relative indépendance à l’égard du pouvoir central. La recette résiderait là encore dans le mode de gouvernance. « Ce sont ceux où l’information circule facilement, où le débat public est le plus dynamique et où chacun s’implique plus qu’ailleurs dans la construction du collectif », analyse le rapport.

À cet égard, les Pays de la Loire sont l’exemple le plus probant. Dans cette région de tradition catholique, la culture de l’entraide et de la solidarité est très forte – c’est là que sont nées les mutuelles – et le territoire s’est développé de manière équilibrée autour de pôles urbains complémentaires dont aucun ne domine l’autre. Résultat : c’est une des régions où l’on trouve le plus de bacheliers, où il y a le plus faible taux de chômage, le moins de conflits du travail et d’arrêt-maladie, et où l’on vote le plus…

 

 

03/12/2010

"Les Chrétiens d'Orient", une histoire et une actualité fabuleuses et tragiques

Un livre pour comprendre: "Les Chrétiens d'Orient.Vitalité, Souffrances, Avenir", par Jean-Michel Cadiot. Editions Salvator (22,5 euros).

chretiens dOrient.jpgJean-Michel Cadiot, un ami journaliste à l'AFP et écrivain, vient de publier son dernier livre, une enquête très fouillée sur les Chrétiens d’Orient depuis la création de l’église, depuis Jésus Christ. Il connaît ces communautés car il a vécu de longues années au Proche Orient, en Iran et en Irak. Il relate l'histoire mais évoque aussi l'actualité de ces chrétiens.

Invité à commenter la triste et sanglante actualité (massacre des Chrétien à Bagdad, persécution de coptes,…) qui coïncide (curieusement et involontairement) avec la parution de son livre, Jean-Michel Cadiot s’exprime sur de nombreuses chaînes de radio et de télévision, vous pouvez l’écouter par exemple sur LCI, interviewé aujourd’hui par Vincent Hervouêt.


Qu'ils souffrent les chrétiens d'Orient! Certes, la vie est dure dans toute la région. Tous les Irakiens vivent menacés. Mais les Chrétiens, sans milices, sans protection, le sont plus que les autres. Pendant ce mois de novembre qui s'achève, la presse en a fait ses gros titres. Les Chrétiens d'Orient, si méconnus, ignorés, ont fait parler d'eux tristement avec le massacre perpétré par al-Qaïda dans la cathédrale syro-catholique de Bagdad, le 31 octobre 2010, en pleine messe. Plus de 50 morts, dont 46 chrétiens. Parmi eux, deux jeunes prêtres qui ont tenté de s'interposer et que beaucoup déjà, veulent faire canoniser. Le troisième, le père Raphaël, 73 ans, se rétablit à Paris, avec d'autres blessés. Un beau geste de la France.

Quelques jours après, ce sont en Egypte, des Coptes qui sont victimes d'exactions car la construction d'une église leur est refusée. Mais qui sont-ils ces Chrétiens d'Orient?

Jean-Michel Cadiot, nous retrace avec minutie mais de façon très accessible, depuis les tout premiers temps du christianisme, -Abraham, Moïse, Marie, Jésus et ses disciples étaient tous des orientaux, tout comme les premiers "Pères de l'Eglise, l'épopée de ces femmes et de ces hommes.

Il y a dix siècles, ces Chrétiens étaient beaucoup plus nombreux que les catholiques romains. Aujourd'hui, c'est une petite minorité, attachée à ses rites, ses liturgies, ses langues. Et pourtant très moderne. Bien avant les Jésuites, ils évangélisèrent l'Inde et la Chine, et jouèrent un rôle immense bien que souvent persécutés, au sein de l'empire romain, sous les califats arabes, -comme médecins, mathématiciens, malgré leur statut de "dhimmis", protégés, mais privés  de certains droits, notamment celui de convertir-  les Mamelouks, l'empire ottoman ou l'empire perse.

Une assimilation aberrante avec l'Occident

Le livre montre l'inanité et l'injustice qu'il y a à assimiler le christianisme à une religion "occidentale". Jésus, tous ses disciples, étaient des juifs, parlant l'araméen. Des orientaux. Ou à considérer les Chrétiens d'Orient comme, fatalement des "alliés" de l'Occident, alors qu'ils furent pour la plupart opposés aux Croisades du Moyen-Age et qu'ils souffrent tragiquement des conflits -en Palestine, en Irak- qui touchent leur peuple. Ils ont toujours été loyaux, patriotes.

Si les livres sur cette communauté font florès, celui-ci nous propose une approche religieuse -on sent que l'auteur est chrétien, mais lucide sur toutes les fautes de Rome- et géo-politique inédites. Il examine, dans chacun des grands "patriarcats" -Constantinople, la "nouvelle Rome" fondée par Constantin, l'empereur qui libéra en 313, les chrétiens de tout l'empire des persécutions, Antioche, Jérusalem et Alexandrie, mais aussi en Arménie et en Perse- comment les Chrétiens imitèrent saint Paul. Celui qui fut renversé "sur le chemin de Damas" expliquait le "Dieu inconnu" aux Athéniens de l'Aréopage. Les Orientaux firent de même avec les mazdéens (perses), païens et polythéistes. Cadiot nous montre comment les cultes de Mithra -né d'une mère vierge, dans une grotte- en Perse et à Rome, d'Osiris -mort et ressuscité- en Egypte en particulier ont été "mis à profit" par les Chrétiens pour faire admettre monothéisme et christianisme.

Le livre, qui fourmille d'anecdotes pas toujours tendres pour la "catholicité" romaine, -rien n'est épargné aux Tusculi et aux Borgia!- et dévoile des aberrations apprises au catéchisme par beaucoup d'entre nous. Non, Jean-Baptiste ne mangeait pas des sauterelles, mais des carottes. Le traducteur grec aura mal choisi la traduction du mot araméen "kamsa" -qui a les deux sens. Des Araméens qui y voient une preuve supplémentaire de ce que l'Evangile a été écrite dans leur langue, une langue qu'ils continuent de parler quotidiennement. A Bagdad. Ou à Sarcelles ou Chicago, pour les exilés.....

Jean-Michel Cadiot nous montre les travaux, les recherches, les batailles acharnées d'Irénée de Lyon, d'Origène, Nestorius, Cyrille, Athanase, Augustin, -un Berbère africain longtemps adepte d'une autre religion née en Orient, le manichéisme-, Ephrem, Maxime-le-Confesseur et tant d'autres, qui, de la Pentecôte au Concile de Nicée (en 325) et Constantinople (381), et jusqu'au IX siècle, se sont entendus pour combattre les "hérésies", surtout l'arianisme qui relègue Jésus au second plan. Et définir cette spécificité chrétienne: un Dieu en trois personnes. Les "Pères" se déchirèrent à Ephèse (431) -avec le départ de l'Eglise de l'Orient, nestorienne, née dans l'empire perse, refusant de voir en Marie la "mère de Dieu"- puis Chalcédoine (451) où Coptes, Arméniens, et "syriens-occidentaux', accusés de monophysisme ont alors tour pris leur envol.

Mais nous découvrons combien ces querelles sont plus sémantiques, puisque beaucoup ne comprenaient pas le grec, ou politiques, avec les rivalités entre Constantinople, Antioche et Alexandrie, sans compter que les Nestoriens, perses, marquaient ainsi leur indépendance vis-à-vis de Constantinople, que théologiques Depuis Vatican II, avec Paul VI puis Jean-Paul II, tous ces conflits ont été gommés.

Autre rupture, dramatique. Celle entre catholiques et orthodoxes en 1054. L'auteur nous montre l'attitude implacable du légat du pape Hubert de Moyenmoutier, qui excommunia le patriarche Cérulaire. Le pape Léon X était mort. Et il s'interroge sur la validité de cette rupture.

Puis, quatre siècles, après que les musulmans ont conquis l'Arabie, l'Irak, la Palestine, la Syrie et l'Egypte, mais aussi l'Espagne- ce sont les Croisades. L'empire l'empire byzantin est menacé par les Turcs, musulmans. Ces Croisades sont horribles, visant d'abord les Juifs sur leur passage.

Cela dura de 1096 à 1291. Bernard de Clairvaux, François d'Assise, Louis IX "sauvèrent", par leur pacifisme l'honneur de l'Eglise, souligne Cadiot.
Le 13 avril 1204, il y avait eu le siège de Constantinople, la guerre des catholiques contre les orthodoxes. Le pape condamna, timidement. C'est comme les massacres des Cathares, les papes furent souvent bien tièdes pour condamner les exactions catholiques.

Un rôle immense dans le "réveil arabe"

Mais, si les réconciliations, tentées à deux reprises (à Lyon en 1274, et Florence, 1439) ont échoué, des missionnaires, surtout Dominicains et Franciscains s'installèrent durablement, la France étant désignée "protectrice des Chrétiens" par l'empire ottoman en 1436, sous François 1er. Peu à peu Rome fit revenir une partie des Chrétiens d'Orient dans son giron. Il se créa des Eglises chaldéenne (héritiers catholiques de l'Eglise de l'Orient, ayant abjuré le nestorianisme), des Syro-catholiques, des Coptes catholiques, des Arméniens catholiques. Quant aux Maronites, principaux créateurs du Liban, ils ont toujours été catholiques...

Jean-Michel Cadiot, en journaliste de l'AFP attaché à la fiabilité et au recoupement des sources et aux enquêtes approfondies se livre à un exercice plus qu'ambitieux: un tableau chiffré, Eglise par Eglise, et pays par pays des Chrétiens d'Orient, intégrant les informations sérieuses émanant des Eglises ou des gouvernements, ou encore des spécialistes; rejetant la grande majorité, totalement fantaisistes. Il arrive à un chiffre de 105 millions -dont, il est vrai 45 millions d'Ethiopiens, issus de l'Eglise copte- et dont 20 millions dans la diaspora, une diaspora vivante, porteuse d'avenir et non éteinte. Outre l'Irak, qui craint un exode, et l'Iran -moins de 200.000 chrétiens-, Jean-Michel Cadiot insiste sur les deux grands drames du 20è siècle: le génocide arménien -1,5 à 2 millions de morts, qui toucha tous les Chrétiens de Turquie. Depuis ce pays qui comptait 25% de chrétiens n'en a plus que 150.000 environ. Et le conflit israélo-arabe: dans l'ancienne Palestine, il y avait 25% de Chrétiens. Aujourd'hui environ 2%. Seulement 10.000 Chrétiens à Jérusalem-est et 30.000 à Bethléem. Mais 200 à 300.000 Chrétiens israéliens, conjoints de juifs immigrés de l'ex-URSS ou d'Europe de l'est. Soit plus que de Chrétiens arabes de nationalité israélienne, encore nombreux à Nazareth...Mais: un million de Melkites (catholiques de rite grec) palestiniens dans les deux Amériques.

Espoir et solidarité, un « pont » pour l’avenir

Jean-Michel Cadiot écarte avec sérénité et conviction la disparition annoncée des Chrétiens d'Orient, qui vivent dans des conditions très différentes selon les pays. Il rejette le catastrophisme, mais appelle à la solidarité. Ils ont, dans toute leur tragique histoire, surmonté bien des épreuves. Des épreuves plus dures. Au Moyen-Orient, ils sont indispensables. C'est eux les "pionniers du réveil arabe", mais dans la main avec les Musulmans. La "nahda" au début du XXè siècle, avec notamment le Maronite Néguib Azouri, c'est surtout eux. Presque tous les partis politiques arabes, les grandes maisons d'édition ont été fondés par des Chrétiens.

Une nouvelle forme d'islamisation, intégriste, violente, tente d'empêcher tout dialogue et progrès, de relancer la "guerre des religions". Bush et sa guerre y ont bien aidé, relève Jean-Michel Cadiot.

Pour lui, la survie, l'épanouissement des Chrétiens d'Orient, qui peuvent être un "pont" entre deux mondes qui se déchirent, sont un des grands enjeux de ce siècle.

 

Cadiot-profil.jpgJEAN-MICHEL CADIOT est journaliste à l’AFP et écrivain, syndicaliste, président de l'Association pour la défense de l'indépendance de l'AFP (ADIAFP). Il a débuté à Témoignage Chrétien à 17 ans. A l’AFP, il a été correspondant à Bagdad pendant deux ans (1979 à 1981), également directeur du bureau de Téhéran à deux reprises (1991-1992, 1999-2002), en tout cinq ans, et de Bucarest (1995-1997). Membre de l'Institut Marc Sangnier, vice-président de l'Association d'entraide aux minorités d'Orient (AEMO).

Ses ouvrages précédents :

  • Quand l'Irak entra en guerre (L'Harmattan, 1989).
  • Mitterrand et les communistes (Ramsay, 1994)
  • Francisque Gay et les démocrates d'inspiration chrétienne (Salvator, 2006)

 

J’ai ouvert mon blog à Jean-Michel l’an dernier, le 17 octobre 2009, pour publier sa chronique sur le millénaire de la destruction du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, événement historique qui avait marqué le début de la guerre des croisades.

27/11/2010

Nouvelle menace sur le statut de l'AFP

L'association pour l'indépendance de l'AFP (AdiAFP) vient de mettre en ligne un texte et relancer la pétition "SOS-AFP" de l'Intersyndicale pour sensibiliser le personnel, l'opinion et les parlementaires (auxquels un texte plus détaillé a aussi été adressé : http://www.adiafp.org/lettre_ouverte).

Je vous invite à relayer l'information et à soutenir ce combat en signant la pétition. L'indépendance de la presse passe par l'indépendance de l'AFP, qui est assurée par ce statut très spécial. Ne laissons pas l'agence tomber dans une structure capitalistique qui donnerait le pouvoir à des puissances financières ou à l'Etat !


Nouvelles menaces - nouvelles raisons de signer 
la pétition « SOS-AFP » !

Tout indique que le pouvoir soit tenté de passer en force dans un avenir proche. C’est pourquoi nous appelons tous les citoyens en France et ailleurs dans le monde à continuer à signer et à faire signer la pétition « SOS-AFP » !

Version imprimable avec pétition à signer au verso (PDF, 120 Ko)

L’Agence France-Presse (AFP), l’une des trois plus grandes agences de presse au monde, fait l’objet depuis plusieurs années de tentatives récurrentes de modifier son statut, qui est une loi de la République, adoptée à l’unanimité par le Parlement en 1957 et ayant pour but de protéger l’AFP de toute influence politique ou économique.

En 2008, une tentative de transformer l’AFP en entreprise capitalistique – soit privée, soit à capitaux publics – est annoncée et par le gouvernement et par le PDG de l’époque, Pierre Louette. Cette campagne est mise en échec par l’opposition d’une grande partie du personnel de l’agence, représentée par ses syndicats, ainsi que par de nombreux parlementaires et citoyens, qui ont été plus de 21 000 à ce jour à signer la pétition « SOS-AFP ».

Pierre Louette démissionne en février 2010 pour être remplacé par Emmanuel Hoog, qui annonce au début de son mandat qu’il ne sera plus question de transformer l’AFP en entreprise par actions et qu’une modification du statut ne fait pas partie de ses priorités.

Or voilà que M. Hoog, a son tour, fait marche arrière et annonce qu’une modification du statut serait non seulement nécessaire mais urgente. Cette initiative a été officialisée le 4 novembre 2010 devant le Parlement par le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand.

M. Hoog plaide la nécessité de doter l’Agence des moyens nécessaires à son développement, de modifier ses règles de gouvernance voire de la mettre en conformité avec la législation européenne.

L’Association de défense de l’indépendance de l’AFP a déjà expliqué les conditions nécessaires et incontournables pour une quelconque modification du statut de l’agence. Ces conditions sont les suivantes :

  1. Renforcer l’indépendance de l’AFP vis-à-vis de tout pouvoir politique, économique ou idéologique, en apportant des garanties supplémentaires par rapport au statut actuel.
  2. Être reliée à une vraie stratégie d’entreprise. Il faut non seulement exposer cette stratégie mais également démontrer sa conformité aux valeurs fondamentales et à l’indépendance de l’agence et expliquer clairement pourquoi elle exige une modification du statut.
  3. Recueillir au préalable l’accord du personnel par référendum. Cette exigence n’est en rien démagogique ou populiste : l’AFP est une entreprise de matière grise et son savoir-faire et son expérience sont détenus par son personnel. Un référendum a eu lieu en 1955 sur le texte finalement adopté en 1957 : il serait inconcevable de faire moins bien aujourd’hui !
  4. Recueillir une très forte majorité au Parlement. Si l’unanimité parlementaire que le statut actuel avait recueillie en 1957 peut sembler inaccessible aujourd’hui, il faudrait tout faire pour s’en rapprocher. L’AFP remplit une mission d’intérêt général. Son devenir ne concerne pas seulement la majorité parlementaire du moment, quelle qu’elle soit, mais l’ensemble du peuple français.

Nous considérons que dans l’état actuel des choses, aucune de ces conditions n’est remplie

Pire, tout indique que le pouvoir soit tenté de passer en force dans un avenir proche, sans faire le moindre effort pour les remplir.

C’est pourquoi nous appelons tous les citoyens en France et ailleurs dans le monde à continuer à signer et à faire signer la pétition « SOS-AFP » !

NB : sur le site http://www.sos-afp.org on peut signer la pétition en ligne ou télécharger d’autres exemplaires à imprimer, faire signer et envoyer par la poste au Comité d’entreprise de l’AFP. ADIAFP, Paris, le vendredi 26 novembre 2010

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu