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12/10/2011

Montebourg, à la fois proche et loin de Bayrou

Figurez-vous que j’apprécie à la fois François Bayrou et Arnaud Montebourg. Et je ne suis pas la seule au MoDem. Cela peut paraître schizophrène, car l’un est censé représenter le centre et l’autre la gauche du PS. Pourquoi ?

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Il y a sans doute un côté mousquetaire, Robin des Bois, tribun, bon orateur, conquérant et courageux dans ces deux hommes. Mais aussi des convergences sur le contenu de leurs propositions (je précise que j’ai lu leurs livres et écouté leurs discours) :

1-     sur les institutions, la 6ème République, une garantie de séparation des pouvoirs, plus de pouvoir au Parlement avec une meilleure représentativité des citoyens (dose de proportionnelle), une plus grande implication citoyenne dans la politique, une limitation du cumul des mandats,… Arnaud Montebourg a fondé en 2001 la Convention pour la 6ème république et François Bayrou s’y est engagé aussi dans son projet présidentiel 2007 pour une 6ème république ;

2-     Sur la lutte contre la corruption, contre les paradis fiscaux et contre les affaires qui pourrissent la République : Montebourg a comme Bayrou dénoncé les abus de pouvoir, les atteintes à la démocratie, les conflits d’intérêts et les abus de bien public, notamment sur l’affaire Guérini où il a eu le courage de dénoncer les affaires en s’opposant à son propre clan, à la résistance de Martine Aubry prise dans la solidarité d’appareil ;

3-     sur la priorité à donner à l’éducation (même si sur les propositions je préfère celles de François Bayrou, qui dépassent les questions de moyens qu’il faut sanctuariser, en proposant des méthodes qui marchent, en impliquant plus les enseignants, en proposant une école des parents etc.) ;

4-     sur la finance : la volonté de remettre la finance au service de l’économie en limitant la financiarisation excessive de l’économie trop soumise aux marchés financiers, séparation des banques de dépôt et des banques d’affaire et/ou limitation de la spéculation pour orienter l’utilisation des fonds propres vers les crédits à l’économie, la clientèle (c’est François Bayrou qui a proposé le premier en 2008 de mettre en place une telle mesure, comme celle du Glass Steagall Act américain). Mais François Bayrou n’emploie pas un ton accusateur à l’égard des banques et des banquiers, contrairement à Arnaud Montebourg ;

5-     Enfin sur le protectionnisme européen, ils prônent tous deux un échange loyal, c'est-à-dire l’exigence d’un respect de normes environnementales, sanitaires et même sociales imposant une application à tous les produits vendus en Europe plutôt que limitée aux produits fabriqués sur le sol européen. La taxe carbone européenne par exemple. J’en ai fait part dans ce précédent article intitulé « La démondialisation d’Arnaud  Montebourg, qu’en pense François Bayrou ? » et dans celui-ci intitulé « Démondialisation, protectionnisme et sortie de l’euro ». Même s’ils n’emploient pas les mêmes mots, François Bayrou refusant le terme de « protectionnisme », lui préférant « l’échange loyal », refusant aussi le concept trompeur de « démondialisation », et n’adoptant pas un ton accusateur notamment à l’encontre de la Chine. François Bayrou relativise aussi les choses en revenant aux vraies causes de nos pertes d’emplois industriels. D’après ce rapport de Bercy sur « La désindustrialisation en France », seuls 13% des pertes de nos emplois industriel sur les trente dernières années sont dues aux délocalisations, alors que 28% proviennent de l’amélioration de la productivité et de plus le commerce extérieur de la France est pour 60% avec nos partenaires de l’UE. Il faut donc avant tout redéployer notre tissu industriel, protéger des secteurs de l’économie en produisant plus pour créer des emplois. L’enjeu est surtout là et non dans le protectionnisme. De plus, un protectionnisme européen appliquant une taxe à l’importation aux frontières de l’Europe, même si elle compense une insuffisance environnementale, sociale ou une sous-évaluation monétaire (comme le Sénat américain vient d’approuver un projet de loi visant à pénaliser la sous-évaluation du Yuan), reste dépendant de décisions de niveau européen avec nos partenaires, risque d’être incompatible avec les règles de l’OMC (qu’il serait préférable de revoir), et ne manquera pas en retour se subir des mesures de rétorsion sur nos exportations (sachant que 1 emploi sur 4 en France dépend des importations.

 

En revanche, le point qui éloigne plus François Bayrou d’Arnaud Montebourg est la question des finances publiques, de la limitation de la dette et des déficits. François Bayrou  a été le premier à avertir des grands dangers que courait le pays en laissant filer ses déficits, cumulant une dette publique insoutenable, qui accroît notre dépendance à l’égard de la finance et des marchés, qui ronge notre croissance (une charge financière à 50 milliards, absorbant tout l’impôt sur le revenu, 2,5% du PIB), qui pèse sur le futur de nos enfants, ne nous donnant aucune marge de manœuvre en cas de crise. Arnaud Montebourg lui prétend que ce n’est pas prioritaire, qu’endiguer le déficit est une mesure libérale et justifie des plans d’austérité nuisibles à la croissance et à nos services publics. Pourtant, si nous n’arrêtons pas là, nous allons droit vers une faillite comme la Grèce, ce sera pire encore pour les Français …

Ce que François Bayrou reproche surtout à Arnaud Montebourg, c'est de faire croire que nos problèmes viennent d'ailleurs et pas de chez nous : faute au capitalisme, aux marchés, aux banques ... d'où la thèse de la démondialisation et du protectionnisme. Alors que les problèmes sont chez nous, notre industrie perd des secteurs entiers. Et le déficit de nos échanges extérieurs vient essentiellement des pays de l'UE, bien plus que de la Chine. L'Allemagne, les Pays-Bas, les pays scandinaves arrivent eux à s'en sortir, ont moins de chômage, une balance extérieure excédentaire, et des niveaux de vie similaires aux nôtres. Il ne faut pas se leurer ! On ne peut pas attendre que le capitalisme mondial soit réformé et l'Europe d'accord sur une régulation de ses échanges plus loyale pour sortir le pays de cette crise.

Voir son intervention aujourd'hui sur LCP et ses priorités pour la France : produire-instruire-construire

En fait, le discours d’Arnaud Montebourg est beaucoup plus offensif et révolutionnaire (et même réservé à l’égard d’un rapprochement avec François Bayrou) que le contenu de ses propositions qui s’inscrivent plus dans une évolution réformiste que dans une révolution ou un changement de paradigme : plus de régulation, plus de justice sociale et fiscale et aussi plus d’Europe (même s’il se vante d’avoir voté non au référendum constitutionnel). En ce sens Arnaud Montebourg est un homme ambivalent, … et talentueux !

21/09/2011

Bayrou et Peyrelevade, en écho pour une politique de l’offre

François Bayrou et Jean Peyrelevade résonnent et raisonnent de concert. François Bayrou a publié le 18 août son dernier livre intitulé « 2012, état d’urgence ». Jean Peyrelevade vient de publier à son tour un essai dont le titre résonne en écho à celui de François Bayrou : « France, état critique ». Cette résonance ne se limite pas au titre, mais elle est confirmée dans le contenu, sur le volet économique de l’analyse, du diagnostic, ainsi que des propositions.

 

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Tous deux font une analyse en profondeur des causes du mal qui ronge l’économie française depuis une vingtaine d’années. Le creusement des déficits publics et sociaux, incrémentant une dette devenue abyssale, de notre balance commerciale du commerce extérieur, perte des emplois, chômage croissant et tassement du pouvoir d’achat, appauvrissement, tous ces mots sont des symptômes et il faut s’attaquer aux vraies causes plutôt qu’aux symptômes.

On aura beau augmenter les impôts où les répartir autrement, réduire les dépenses publiques, favoriser la consommation avec des primes à la casse pour relancer l’économie, créer des emplois jeunes financés par l’Etat, s’il n’y a pas de création de richesses, de nouvelle production pour créer de vrais emplois non subventionnés, tout cela ne servira à rien et le pays s’enfoncera encore. Même la relance de la consommation profite souvent plus aux importations et peut contribuer à creuser notre déficit extérieur au profit des autres pays, comme on l’a vu avec l’automobile française, dont la production est à présent réalisée à plus de 50% hors de France.

 Nos déficits publics répondent à un autre déficit croissant : celui de la balance commerciale extérieure, l’écart entre nos importations et nos exportations se creuse chaque année depuis 2003, du fait des délocalisations, de la sous-traitance aux pays tiers (dont 60% en Union Européenne). Voir une synthèse des chiffres du commerce extérieur de la France ici.

Mais il faut aussi préciser, comme le montre cette étude publiée par Bercy, que seuls 13% des 2 millions d’emplois industriels perdus depuis 1980 sont dus aux délocalisations (28% depuis 2000), qui se traduisent par ce creusement du déficit extérieur. La majorité des pertes d’emplois industriels sont causées par une croissance de la productivité : 29% dus à des gains de productivité (65% sur la période 2000-2007) et 25% des destructions d’emplois étant dus à des transferts de l’industrie vers les services par externalisation (donc pas une destruction d’emploi au total).

Cela n’affaiblit aucunement la conclusion de nos deux auteurs, qui est exacte : la France produit de moins en moins sur son sol et sa forte productivité (une des plus forte de l’UE, meilleure que celle de l’Allemagne), traduite par des pertes d’emplois, est insuffisamment compensée par la création d’emplois ou par une demande en qualifications non trouvées en France, notamment du fait d’une formation insuffisante ou inadéquate des jeunes et des chômeurs à reconvertir. Ce qui explique aussi que les deux priorités de François Bayrou soient « produire » et « instruire », les deux mamelles de la France, en écho à Sully qui disait à son époque : « Labourage et élevage sont les deux mamelles de la France ».

Il convient également de constater que l’accroissement de notre déficit public a été causé par une baisse de recettes fiscales annuelles de 100 à 120 milliards d'euros depuis l'an 2000 (soit 0,5% du PIB) dont 2/3 en diminution d'impôt comme en attestait  Gilles Carrez l'an dernier ).

Et comme le remarquait Laurent Mauduit dans un article de Mediapart sur ce rapport "Dans ce bilan des baisses d'impôts conduites depuis dix ans, la gauche a aussi sa part de responsabilité. Car si les impôts ont au total baissé de 77,7 milliards d'euros au cours des années 2000-2009, les baisses s'élèvent à presque 26 milliards d'euros pour les seuls trois premiers exercices, ceux des années 2000-2002, comme le relève le rapport de Gilles Carrez. » L’augmentation de la charge financière de la dette publique, du fait de l’augmentation de sa base, la dette publique qui s’incrémente du déficit, ainsi que d’une augmentation potentielle des taux d’intérêt, encore plus menaçant aujourd’hui, contribue aussi à creuser le déficit. Cette charge financière des intérêts est équivalente à l'impôt sur le revenu : 50 milliards d'euros, soit la moitié de notre déficit. Pour rappel notre déficit public s’élève à presque 150 milliards d'euros en 2010 et plus de 100 milliards estimés pour 2011). Nous empruntons pour payer nos intérêts. L’Etat est surendetté. Notre déficit primaire, avant prise en compte de cette charge, est négatif de 50 milliards, ce qui signifie que si les marchés arrêtent de prêter à l’Etat Français, ce dernier se verrait dans l’impossibilité de payer ses dépenses, ses fonctionnaires. Ce qui n’est pas le cas de l’Italie par exemple.

 

Jean Peyrelevade, comme François Bayrou, étayent leur analyse d’une comparaison très intéressante avec l’Allemagne, argumentation répondant à ceux qui dénoncent l’euro et prônent des remèdes protectionnistes. Par contraste comparée à la France, l'Allemagne a un faible taux de chômage (6,1% en juin 2011 contre 9,2% pour la France), une balance extérieure en fort excédent (154,3 milliards d'euro en 2010 et en hausse de 11,2% sur 2009, contre un déficit de commerce extérieur de 68 milliards en 2010 pour la France, qui s'aggravera en 2011 à un niveau de 75 milliards), des exportations en hausse de 18,5% (60% à destination de la zone euro), un déficit public égal à 3,3% du PIB en 2010 (contre 7,7% du PIB en France). Pourtant en 2004, c'était l'inverse. L'Allemagne subissait les coûts de la réunification, était très endettée et a dû faire appel à une aide de l'Europe, comptait 10% de chômeurs. Ce pays a réussi à s'en sortir, certes en faisant des sacrifices (gel des salaires, augmentation de la TVA) consentis par la population grâce à une nouvelle majorité d'union au centre à l'initiative de Gerhard Schroeder et surtout en adoptant une bonne stratégie industrielle.

La France et l'Allemagne sont très comparables en terme de modèle de société et baignent dans le même contexte économique.

Reprenons quelques points de comparaison entre la France et l'Allemagne :

-         L’Allemagne et la France partagent la même monnaie, l’euro. L’euro n’a pas empêché l’Allemagne d’exporter ;

-         L’Allemagne et la France partagent également le même modèle social et les mêmes niveaux de salaires, même s'il existe quelques différences, par exemple le fait qu'il n'y ait pas de salaire minimum réglementaire national en Allemagne. Comme le montre ce rapport à la Commission des comptes de la Sécurité Sociale) : le coût du travail reste aujourd'hui plus élevé en Allemagne, en brut commet en net, même si ces dix dernières années l'évolution relative a été favorable aux entreprises allemandes. Les salaires bruts sont 34% en moyenne plus élevés en Allemagne qu'en France. En net de charges et d'impôt sur le revenu, l'écart se réduit car les prélèvements sont plus élevés en % en France, mais restent encore 6% supérieurs.  La réduction de l'écart tient à l'importance relative plus grande des prélèvements patronaux en France et de l'impôt sur le revenu en Allemagne. - les charges sociales patronales sont plus élevées en France mais les charges sociales  salariales sont plus élevées en Allemagne et donc au final les salaires allemands sont plus élevés en moyenne pour permettre aux salariés de payer leur couverture sociale, avec aussi plus de recours à des complémentaires privées santé et retraite,

-         La productivité (PIB/heure travaillée) est  en moyenne meilleure en France qu'en Allemagne, Le niveau supérieur du salaire moyen et du coût annuel du travail en Allemagne ne semble pas justifié par une productivité supérieure du travail et n'est que partiellement lié au nombre d'heures travaillées (d'après l'OCDE, le PIB par heure travaillée est plus élevé en France qu'en Allemagne (96,2% du niveau des Etats-Unis pour la France contre 91,4% pour l'Allemagne).

-         Les prélèvements obligatoires sont plus élevés en France en % du PIB mais la part des prélèvements sociaux et de l'impôt sur le revenu dans le coût du travail est supérieure en Allemagne (52% contre 49,3%),

-         La mise en place des 35 heures a provoqué brutalement une variation relative en défaveur de la France (représentant un renchérissement du coût du travail de 11% pour notre société globalement concernant les salariés) mais pour arriver in fine à une durée comparable (même légèrement supérieure) à celle des Allemands. La moyenne des heures travaillées par semaine est légèrement plus élevée en France qu'en Allemagne, comme le pointe cet article montre cette étude de l'Insee. La France, avec 1.559 heures en 2007 se situant au niveau de la moyenne de l'UE (1.564 heures). Voir aussi cette étude comparée entre pays européens, datant de janvier 2011 : avec 41 heures de travail hebdomadaire, les Français se situent un peu en dessous de la moyenne européenne (41,5) et les Allemands sont à 41,7 heures malgré une durée conventionnelle de 37 heures. Ceci malgré la mise en place des 35 heures ... La durée conventionnelle moyenne de temps de travail dans l'UE est de 38,6 heures par semaine.

-         Enfin, parlons de la TVA sociale, mise en place par les Allemands en 2007, équivalant à une dévaluation compétitive opérée par le transfert d'une partie des charges sociales sur la TVA.  L’Etat allemand a augmenté la TVA de 3 points (3%) pour financer des charges consécutives à sa réunification, dont 1 point au titre d’un report de charges sociales. Ce coût a été transféré des entreprises vers les ménages, ponctionnant donc en partie leur pouvoir d'achat. Mais l'Allemagne partait d'un taux de TVA beaucoup moins élevé que le nôtre (16%)  et arrive maintenant à 19%. L’effet relatif de compétitivité de prix des produits allemand a été très faible car les importateurs de leurs produits sont peu sensibles aux prix (preuve en est de l’insensibilité à une hausse de l’euro).

Ce qui justifie le succès incontestable des entreprises allemandes à l’exportation, surtout vers les pays émergents dans le secteur spécialisé des machines outils, ceci malgré le renchérissement de l’Euro face au dollar et au Yuan, donc malgré la cherté relative des marchandises, c’est une expertise industrielle, c’est la haute qualité des produits, peu sensibles à la concurrence. L'effort d'investissement productif explique aussi probablement ce meilleur positionnement.

Jean Peyrelevade démontre en effet la dégradation de l’investissement privé en France (réalisé par les entreprises françaises) alors qu’il augmente en Allemagne. L’économiste enseignant Yves Besançon avait fait le même diagnostic dans cet article sur Mediapart. Il démontrait combien l’investissement productif était essentiel de la croissance économique.

Or pour investir, l’entreprise a besoin de sources de financement, soit en prélevant sur sa marge, soit en empruntant. Jean Peyrelevade constate que les marges brutes  des entreprises françaises se sont réduites relativement à L’Allemagne. Les marges des entreprises françaises se sont dégradées, passant de 32% du PIB en 2000 à seulement 30% en 2007. En Allemagne, elles s’élèvent à 42%. Le taux d’autofinancement des entreprises françaises est ainsi tombé à 50%, un niveau historiquement bas. Il est de 100% en Allemagne, ce qui rend le tissu productif largement indépendant des perturbations financières. Remarquons pour finir que les Allemands se sont spécialisés dans certains secteurs exportateurs (et n’ont pas hésité parallèlement à en abandonner d’autres), alors que la France ratisse large, mais peu : les exportations françaises croissent deux fois moins rapidement que le commerce mondial. 

 

En conclusion, il ne sert à rien de dénoncer l’euro et la mondialisation, les problèmes viennent de chez nous et les remèdes doivent aussi venir d’une volonté de s’en sortir par des choix économiques et politiques, favorisant la création et la commercialisation, la recherche de clients et le partage de brevets, par une mise en réseau des acteurs, favorisant le  développement des entreprises notamment des PME innovantes et même de PME produisant des produits classiques sur lesquels nous pouvons avoir un avantage compétitif, sur la qualité et par une production plus intelligente. Sans oublier l’action sur la formation, des jeunes, en commençant dès l’école, jusqu’aux choix d’orientation aux études supérieures, sans oublier non plus la formation professionnelle, la reconversion des chômeurs.

Jean Peyrelevade, banquier social démocrate qui se dit « de gauche » et a soutenu François Bayrou en 2007, s’est récemment à nouveau tourné vers le PS, soutenant François Hollande aux primaires, puis a annoncé le week-end dernier qu’il préférait maintenant soutenir Manuel Valls, très proche de François Bayrou sur ses propositions économiques.

Il n’a pas encore choisi entre François Bayrou et Manuel Valls pour 2012, mais si ce dernier n’emporte pas les primaires, il sera certainement à nouveau tenté par François Bayrou. Il encourage en tout cas une « nouvelle majorité » de centre-gauche, composée du vrai centre qu’est le MoDem et du PS qu’il souhaite plus réaliste et moins illusionniste, moins démagogique.

François Bayrou, lui, prône une « majorité centrale », celle « du courage », allant de la droite sociale et républicaine favorable à une Europe forte à la gauche sociale-démocrate en passant par le centre, réalisée à partir d’un projet, de valeurs et de propositions pour reconstruire la France, s’attaquant aux vraies causes des problèmes et fondée sur un discours de vérité.

12/09/2011

La démondialisation : un concept novateur ou trompeur ?

La démondialisation entre dans le débat politique[1]. Elle est présentée comme un nouveau concept. Son nom évoque l’idée d’une sortie de la mondialisation ou d’un retour en arrière dans le processus de mondialisation. Il est trompeur car son interprétation recouvre des idées assez différentes, ce qui peut porter à confusion et brouiller les esprits dans des débats sur ce thème entre des personnes qui mettent derrière ce terme des contenus différents. Il est donc important de le définir, de revenir à son origine, d’en décrire le ou les contenus, ainsi que l’intention dans laquelle ce terme est parfois employé comme un label, une marque politique, un critère de différenciation servant à radicaliser un discours pour se montrer plus en rupture avec le système.

Le sociologue Philippin altermondialiste, Walden Bello, est à l’origine de ce mot, développant ce concept dans son ouvrage[2] : Deglobalization, ideas for a New World Economy. Mais à cette époque, ce concept était limité : il s’agissait de dénoncer la suprématie des grandes institutions internationales, du FMI à l’OMC, et de proposer en alternative plus de décentralisation, plus de pluralisme et plus d’équilibre des pouvoirs dans la gouvernance du commerce mondial, des échanges internationaux.

Des personnalités, en général engagées à gauche, ont repris ce concept mais en y mettant chacun leurs ingrédients : des économistes tels que Jacques Sapir et Frédéric Lordon, des sociologues tels que Emmanuel Todd, des philosophes tels que Edgard Morin, ou encore des politiques tels que Arnaud Montebourg[3], Jean-Pierre Chevènement et Jean-Luc Mélenchon. Jacques Sapir, qui a publié en 2010 un plaidoyer pour la démondialisation[4] dit lui-même « C’est un concept malléable et tout le monde ne le définit pas de la même façon en fonction de ses propres intérêts ».  Mais cette doctrine n’est pas l’apanage exclusif de la gauche, elle séduit aussi des personnalités politiques de droite, telles que Marine Le Pen et Nicolas Dupont Aignan.

Les tenants de la démondialisation partagent ce constat : le libre-échange, généralisé dans les échanges mondiaux selon un processus remontant au début des années 1980, caractérisé par l'absence de barrières douanières et la libre circulation des biens, des hommes et des capitaux, a conduit à un vaste mouvement de délocalisation des productions vers les pays où la main-d'oeuvre est moins chère et où les normes de production sont moins contraignantes (à l’égard de l’environnement par exemple). Ces délocalisations ont entraîné une augmentation du chômage dans les pays occidentaux, ainsi qu’une stagnation des salaires vers le bas, par l’effet de concurrence accrue en offre de main d’œuvre, accentuée aussi par l’immigration (pour l’extrême droite). Ce phénomène a été amplifié par la globalisation financière, la dérégulation financière, le décloisonnement des marchés et la libre circulation des capitaux. La crise a montré les limites du libre-échange.

Les partisans de cette doctrine affirment donc vouloir lutter contre les délocalisations et préserver les emplois dans les pays occidentaux en préconisant de revenir à une forme de protectionnisme économique, à une concurrence loyale entre les pays occidentaux et les pays émergents. Selon eux, le marché intérieur serait davantage protégé des produits importés des pays émergents à bas prix en établissant ou en augmentant des barrières douanières.

Pour les uns, à droite, ce protectionnisme est à exercer au niveau national et s’accompagne d’une sortie de l’Euro, voire de l’Union européenne pour reprendre sa souveraineté nationale. Pour les autres (Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon), qui ne prônent pas la sortie de l’euro, il doit être mis en œuvre au niveau de l’Europe, ce qui suppose de rallier les partenaires européens à cette thèse, avec des moyens très limités à court terme pour appliquer cette doctrine au niveau national. Jacques Sapir est plus circonspect concernant l’euro, qu’il préfère reléguer à une monnaie « commune » et non unique aux pays de la zone euro, redonnant à ces derniers une souveraineté monétaire nationale, avec la possibilité de dévaluer leur monnaie, offrant plus de souplesse en respectant la diversité des politiques budgétaires. La monnaie commune resterait en vigueur pour les échanges de la zone euro avec l’extérieur.

Certains, surtout à gauche, justifient leur démarche protectionniste en visant à rendre plus juste, sociale et écologique l’organisation économique mondiale, grâce à de nouvelles règles endiguant les effets néfastes du libre-échange et de la globalisation financière. Les taxes financières ou taxes aux frontières sur les biens importés doivent donc être justifiées par une concurrence déloyale de la part des pays exportateurs, produisant à moindre coût car soumis à des contraintes moindres : concurrence sociale (absence de charges sociales, faible protection sociale), concurrence environnementale (non respect de la protection de l’environnement), concurrence fiscale et même monétaire (sous-évaluation de la monnaie, comme c’est le cas du Yuan en Chine, expliquant entre 20% et 40% de sous-évaluation des prix à l’exportation). L’intention paraît vertueuse, la méthode censée motiver les pays émergents exportateurs à augmenter leur protection sociale et leurs salaires et à agir pour la protection de l’environnement, pour subir une moindre taxe. De plus, la relocalisation de la production induite par ce protectionnisme est bénéfique également pour l’environnement, diminuant les transports donc la trace carbone des activités. Ils ne précisent pas toujours comment mettre en place un scoring international permettant de comparer les pays entre eux sur les plans sociaux et environnementaux afin de justifier auprès de l’OMC de telles pratiques et de fixer le montant de taxe. Serait-il global par pays exportateur et par branche d’activité (comme le recommande Jacques Sapir), ou tenant compte des pratiques des entreprises exportatrices qu’il faudrait alors pouvoir auditer, auxquelles il faudrait attribuer une notation sociale et environnementale, grâce à des agences spécialisées à l’instar des agences de notation financière ? Concernant le dumping fiscal et monétaire, l’OMC n’a pas non plus prévu de dérogation …

Les autres, plutôt à droite, ne s’embarrassent pas toujours de toutes ces considérations humanistes, sociales et morales, et motivent leurs intentions par l’intérêt national. Mais l’autonomie protectionniste exige alors de relâcher les contraintes européennes et internationales en sortant de ces institutions, en opérant un repli.

Enfin, l’ONG altermondialiste ATTAC a exprimé un profond désaccord avec la démondialisation prônée par Jacques Sapir. Dans une tribune publiée en avril 2011 dans Politis, Thomas Coutrot, co-président d’ATTAC, récuse la thèse défendue par Jacques Sapir : « Prôner le replis national au moment où la planète prend feu est purement irresponsable ». Il « refuse de dresser les peuples les uns contre les autres chacun au nom de son intérêt national et de faire le jeu des populisme en Europe ».  Les altermondialistes d’ATTAC rappellent qu’ils sont partisans d’une coopération à l’international et d’une hausse des salaires, dont la part dans la valeur ajoutée a injustement diminué au profit du capital dans les pays occidentaux et qui sont insuffisants dans les pays émergents pour vivre dignement. Le protectionnisme n’est donc pas à leur avis la bonne méthode.

La démondialisation va aussi au-delà du protectionnisme et de la volonté de relocaliser les activités. Elle s’attaque aussi à la globalisation financière, à la domination des marchés financiers sur l’économie, à la soumission des Etats au diktat de la finance et des agences de notations, aux paradis fiscaux. Mais sur ce sujet également, les « démondialisateurs » ne sont pas tous d’accord sur la manière d’opérer pour réguler la finance et la remettre mieux au service de l’économie. Entre les partisans d’une ligne dure et ceux d’une ligne plus souple, plus régulatrice, les propositions ont différents degrés : nationalisation des banques (Frédéric Lordon) à moindre coût si elles frisent la faillite, mise des banques sous tutelle (Arnaud Montebourg), cloisonnement strict des marchés financiers, interdiction ou limitation de la spéculation pour compte propre des banques, mesures fiscales spécifiques au profit bancaire et aux rémunérations des dirigeants et des traders, financement des déficits publics directement par la Banque Centrale même si cela induit de la création monétaire …

Ce thème de la démondialisation a donc fait naître de nouveaux clivages, tant au sein de la gauche qu’au sein de la droite, et introduit aussi une ligne convergente entre une partie de la gauche et une partie de la droite, qui dérange, rend très mal à l’aise, la gauche et la droite. Le concept ajoute de la confusion au dialogue en recouvrant des contenus en partie différents par ceux qui le prônent. Par ailleurs il est utilisé souvent par les politiques comme un label marketing, un étendard pour radicaliser un discours, pour se montrer en rupture avec un système jugé responsable de nos crises.

Quant au centre, notamment celui du Mouvement Démocrate conduit par François Bayrou, il affirme son désaccord avec la thèse de la démondialisation pour les raisons suivantes :

-          le concept est trompeur, faisant croire que l’on peut sortir de la mondialisation ou s’en affranchir, la contourner ;

-          le protectionnisme a des effets dévastateurs et implique des mesures de rétorsion de la part des pays exportateurs à l’égard des pays dont ils importent aussi des marchandises. En France, un emploi sur quatre dépend des exportations et se verrait donc menacé ;

-          la sortie de l’euro serait catastrophique, notamment à cause d’une dette colossale libellée en euro qui deviendrait encore plus difficile à rembourser avec une monnaie nationale dévaluée et une explosion des taux d’intérêt qui renchérirait, doublerait ou triplerait la charge financière déjà équivalente à l’impôt sur le revenu des Français.

En revanche, François Bayrou avait exprimé des points de vue convergents avec certaines propositions que l’on retrouve dans l’approche dite de démondialisation : viser une concurrence juste et loyale dans les échanges internationaux (intégrer les objectifs environnementaux et sociaux dans les échanges internationaux, à travers une réforme de l’OMC, en amont des échanges plutôt que par des taxes aux frontières), une convergence fiscale et sociale au sein de la zone euro, une taxe carbone aux frontières de l’Europe, une application des normes européennes, sanitaires, sociales et environnementales à tous les produits vendus dans l’UE plutôt que simplement produit dans l’UE. Et concernant la finance : séparation stricte entre d’un côté les banques de dépôts et crédits et de l’autre les banques d’affaire (de marchés et d’investissement), limitation de la spéculation, taxe sur les transactions financières, mise au ban de la pratique des paradis fiscaux. De même l’idée de relocalisation, de redonner la priorité à produire en France en faisant aussi appel à la responsabilité du citoyen consommateur grâce à la création de labels sur le degré de production du produit en France et en Europe (comprenant toute la chaîne), sur l’empreinte sociale et environnementale.

En conclusion, parler de la démondialisation, alors que ce terme recouvre certaines idées différentes, semble semer la confusion dans les esprits. L’intention est louable : vouloir proposer un modèle de société plus juste, plus équitable, de protéger nos emplois, de relocaliser les activités et d’introduire une responsabilité environnementale en adaptant la fiscalité à cet impératif. Mais les propositions concernant les formes de protectionnisme et la sortie ou non de l’euro, sont controversées. Il est donc nécessaire de clarifier cette appellation de démondialisation : la redéfinir dans un langage commun recouvrant un même contenu, ou la limiter aux intentions, ou encore ne plus l’utiliser, préférant revenir à d’autres termes : un concept de modèle coopératif, visant un intérêt commun plutôt qu’un modèle de pure libre-échange dans la compétition qui vise le profit, un modèle de société qui régule préventivement en amont avec une meilleure gouvernance mondiale et européenne (normes sociales et environnementales, travail plus justement rémunéré, comme le souhaite ATTAC) plutôt qu’un modèle privilégiant une correction a posteriori de type protectionniste, qui risque d’induire en chaîne des mesures de rétorsion et obérer au final l’ensemble des échanges au détriment des populations.



[2] Deglobalization, ideas for a New World Economy, Walden Bello, Londres et New-York, 2002

[3] Votez pour la démondialisation ! , Arnaud Montebourg, préface d’Emmanuel Todd, Flammarion, 2011

[4] La démondialisation, Jacques Sapir, Seuil, 2010

17/08/2011

François Bayrou : « Attaquons-nous aux causes plus encore qu’aux symptômes !»


Crise financière, crise de l’Europe et de l’euro, crise des dettes souveraines, panne de croissance de l’économie, … Face aux extrêmes qui prônent le protectionnisme aux frontières, la démondialisation ou la sortie de l’euro voire de l’UE, nous constatons une convergence de diagnostic ainsi qu’un consensus sur les propositions, venant à la fois du gouvernement de droite (UMP), de la gauche (PS et EE-Les Verts) et du centre (Modem), avec des variantes sur les degrés des mesures proposées :

-il est indispensable d’endiguer la dette publique, à commencer par le déficit public qui incrémente cette dernière. Nous arrivons à un stade appelé « boule de neige » où l’ampleur de la dette génère des charges financières dépassant l’impôt sur le revenu, 3% du PIB, au-delà du taux de croissance qui devrait être deux fois supérieur au taux déficit public/PIB pour engendrer des recettes fiscales complémentaires permettant de combler le déficit ;

-il faut à la fois trouver des économies dans les dépenses de l’Etat et trouver des recettes fiscales pour endiguer cette dette ;

-mais il faut le faire de manière plus juste, en faisant contribuer plus les plus hauts revenus (François Bayrou propose en plus d’une baisse de 20 milliards d’euro d’exonérations sur les niches fiscales sur un total de 70 et d’une hausse de 2 points de la TVA, 2 tranches d’impôts supplémentaire à 45% et à 50% tandis que le gouvernement s’en tient pour le moment à « rogner » 5 à 10 milliards sur les niches fiscales, Gilles Carrez ose timidement proposer de taxer 1% les très hauts revenus et Martine Aubry pour le PS propose de réduire les niches fiscales de 50 milliards) ;

-ne pas être tenté par la génération volontaire d’inflation (voir cet article du Monde) au motif de dévaloriser la dette en haussant le recettes fiscales relativement, car cet apparent avantage est compensé par un accroissement très élevé du taux d’intérêt sur le renouvellement des émissions souveraines, creusant d’autant plus le déficit et durablement … en même temps qu’il se traduit in fine par une perte de pouvoir d’achat des classes moyennes et défavorisées, surtout si la croissance est faible et le chômage élevé ;

-les eurobonds ou euro-obligations, émissions souveraines mutualisées sur la zone euro, à un taux d’intérêt moyen de la zone, pour garantir des taux d’intérêt plus bas et plus supportables aux pays de la zone en difficulté tout en endiguant la spéculation des marchés sur ces pays;

-une taxe de type Tobin sur les transactions financières (par exemple de 0,01%), qui mettrait un « grain de sable » dans la spéculation et génèrerait de nouvelles ressources (50 milliards par an au niveau de la zone euro) ;

-autorisation de la BCE à acheter les dettes souveraines, plutôt que prêter à 1% aux banques qui ensuite placent les fonds à 4% et plus en se faisant rémunérer un risque qui au final est pris en charge quand même par les Etats, le Fonds de stabilité FESF, … donc ne justifiant plus ce spread ;

-un renforcement de l’Europe, de la gouvernance de la zone euro, de l’efficacité des institutions, pour une coordination renforcée, des investissements communs, une meilleure harmonisation fiscale et sociale, pour peser plus face au dumping monétaire de la Chine …

Mais ce consensus et ces mesures s’attaquent aux symptômes, en écopant l’eau qui inonde le bateau, sans vraiment réparer le bateau ni lui redonner le cap. Même si François Bayrou a été parmi les premiers à prôner ces mesures au début de la crise financière en 2008, il ne s’arrête donc pas là.

Dans son nouvel essai à paraître jeudi 18 août 2011 chez Plon, « 2012, état d’urgence », François Bayrou nous donne son diagnostic sur les causes profondes en amont de ces crises en particulier en France et s’attache à défendre deux priorités pour s’attaquer aux racines du mal : « produire à nouveau en France » et « redonner à la France la meilleure éducation du monde ». Il rappelle les chiffres désastreux et en dégradation croissante du commerce extérieur (déficit de 75 milliards d’euros par an, comparé à l’excédent de 150 milliards pour l’Allemagne, et cela avec la même monnaie et les mêmes salaires que les nôtres). L’échec scolaire qui s’est accentué fortement ces quinze dernières années (notre éducation perdant plus de 20 places dans le classement international), explique aussi en partie le chômage, notamment des jeunes sans qualification. Ces chiffres démontrent un appauvrissement continu de la France ces dernières années, expliquant des pertes d’emplois, une baisse de recettes fiscales, donc au final nos déficits. Pour juguler le mal à la racine, François Bayrou s’intéresse aux atouts de la France et propose des pistes.

Lire interviews de François Bayrou sur Le NouvelObs, le JDD, Le Figaro, L’Express, La Croix,France Soir, La République des Pyrénées avec extraits, Midi Libre, sans oublier le Point qui y consacre sa couverture et le journal du 20h de TF1 invitant François Bayrou ce soir).

31/07/2011

L'évasion fiscale, c'est facile pour les riches : démonstration par Bernard Tapie

Selon une enquête de Charlie Hebdo et de Rue89, Bernard Tapie aurait transféré une partie importante de ses biens en Belgique, via la création d'une holding, pour échapper à l'ISF et à la taxation sur les bénéfices issus de la vente de titres de sociétés.

Bernard Tapie


Comme le rappelle aussi Le Figaro en citant Le Canard Enchaîné : "cette opération ne serait pas la seule montée par l'homme d'affaires pour échapper au fisc. Dès les années 1990, Bernard Tapie se serait en effet servi d'une autre société, nommée Superior Ventures Limited, pour dissimuler des sommes d'argent à l'expert-comptable chargé de liquider ses dettes, révèle cette semaine le Canard Enchaîné. Superior Ventures Limited est filiale d'une société établie en Malaisie et détenue pour moitié par Bernard Tapie et pour moitié par André Guelfi."

Au delà de la scandaleuse spoliation du contribuable (double peine : spoliation initiale + sur l'impôt sur le magot reçu), dénoncée en premier lieu par François Bayrou, ceci dévoile l'extrême facilité avec laquelle les gens fortunés peuvent échapper au fisc en toute impunité. Et cela se passe en Europe, entre France et Belgique, même pas dans un paradis fiscal des caraïbes !

Alors que notre dette publique est abyssale (1700 milliards d'euro) et notre déficit public toujours aussi irrésorbable  (plus de 100 milliards prévus en 2011, presque 150 milliards d'euros en 2010, triple de celui datant de 2007), la diminution des recettes fiscales annuelles depuis 2000 s'est élevée entre 100 et 120 milliards dont 2/3 en diminution d'impôts, comme en attestait  Gilles Carrez l'an dernier (voir cet article de l'Expansion). Cette diminution d'impôt a été réalisée essentiellement au profit des plus riches et des sociétés multinationales (niche fiscale Copé par exemple en 2007, exonérant les plus-values sur vente de titres de filiales), alors que les classes moyennes et les PME continuaient de payer pour les autres. Ce qui signifie que si nous n'avions pas baissé les impôts depuis l'an 2000, nous ne serions pas en déficit aujourd'hui et les inégalités de revenus seraient moins importantes.

Mais, me direz-vous, cela ne servirait à rien de les rétablir puisqu'il est si facile aux personnes fortunées, comme Liliane Bettencourt ou Bernard Tapie nous l'ont démontré, grâce à la création de holdings exonérées d'impôt sur des revenus de dividendes même en France (Téthys pour Bettencourt) ou en Belgique (GBT Holding pour Tapie), d'échapper au fisc dans ce merveilleux paradis fiscal qu'est la France !

22/06/2011

François Bayrou sur BFM : pour la binationalité, contre les jurés populaires, gel des suppressions de classes,...

François Bayrou était l'invité de Jean-Jacques Bourdin ce matin sur BFM TV :


Voici en résumé ses positions sur les différents sujets d'actualité :

1- Dernier sondage IFOP montrant que les Français le hissent au top comme candidat représentant mieux le centre. Pourquoi à son avis ?
=> Car les Français ne sont pas dupes. L’élection présidentielle est une élection de vérité. Tenir un cap est la qualité principale demandée à un président de la république. C’est ce qu’il fait. Les Français ont compris que si centre a une signification, c’est celle de l’indépendance.

2- Droit de la nationalité : le gouvernement veut proposer la suppression de la bi-nationalité : pour ou contre ?
=> Contre. La binationalité est légitime dans les cas de familles mixtes, d’enfants nés de parents étrangers qui veulent garder un lien avec leur pays d’origine.

3- Jurés populaires dans les tribunaux correctionnels ?
=> Contre. C’est déjà difficile et coûteux pour les jurys d’assise (2700/an) alors imaginez une extension au tribunaux correctionnels (500 000 jugements/an) ! Et même si on réduit aux affaires les plus graves, comment discerner les affaires ?
Plutôt que dans l’énoncé de la peine, c’est plutôt dans l’exécution des peines qu’il faut agir !

4- Gel des fermetures de classe annoncé par Nicolas Sarkozy : rassuré ?
=> Il ne faut pas prendre les gens pour des gogos ! Les titres des journaux annoncent ceci sans dire la suite : « sauf pour raison démographique ». Or dans la grande majorité des cas, c’est une baisse de l’effectif des écoliers qui justifie la suppression et cela continuera. Donc la formule est ambiguë et trompeuse. Il est prévu en net encore 9000 suppressions de postes d’enseignant l’an prochain. La France a rétrogradé en dessous de la 20ème place, après avoir été la meilleure du monde en matière d’éducation. Ce qu’il faut c’est sanctuariser l’éducation, son budget. Il faut se mettre autour de la table, avec les enseignants, et surtout regarder pourquoi les élèves loupent la 1ère marche en primaire : celle de la lecture et de l’écriture. Tout cela se joue très tôt, déjà en famille, quand les familles ne se parlent plus …

5- Primaires au centre ?
=> La candidature du centre ne doit pas être celle d’un seul parti mais d’un rassemblement de plusieurs sensibilités. Et la candidature à l’élection présidentielle ne s’improvise pas !

6- Dette publique et protectionnisme : faut-il rétablir des droits de douane à l’importation, réclamé par la droite (FN) comme par une partie de la gauche ?
=> N’aime pas l’expression « protectionnisme ». 1 emploi sur 3 en France dépend des exportations. Limiter ou renchérir les importations, c’est s’exposer en retour à un risque sur nos exportations, donc nos emplois. C’est une fausse idée d’imposer aux autres ce que l’on se s’impose pas à soi. En revanche, il faut être équitable, à égalité. Par exemple la sous-évaluation de la monnaie chinoise fausse la concurrence. Il est légitime d’agir pour que la Chine ne poursuive pas en ce sens et l’Europe est assez puissante pour le faire valoir, … à condition d’en avoir la volonté politique et de l’affirmer !

21/06/2011

Démondialisation, protectionnisme et sortie de l’euro

La "démondialisation" fait débat. Terme médiatisé par Arnaud Montebourg, ce néologisme mérite d'être défini et nuancé car recouvre plusieurs concepts, tels que protectionnisme (de quel type ?), sortie de l'Union européenne ou de l'Euro, relocalisation d'activités, recours à d'autres formes d'organisation économique ou entrepreneuriales,...

Or si les acteurs du débat entendent des concepts différents derrière ce mot, le discours est faussé, le conflit exacerbé, la discussion difficile. Ne mélangeons pas tout et apaisons ce débat, intéressant et indispensable dans la campagne présidentielle qui s'annonce !

Comme le disait récemment Jacques Attali invité par François Bayrou, « les deux questions clés de l'élection présidentielle porteront sur la vision du monde (et de l’Europe) et sur la vision de l'Etat » :

- comment résister aux forces de la mondialisation, au dumping monétaire, à une concurrence parfois jugée déloyale (dumping social et environnemental), avec ses conséquences sur les emplois (délocalisations) ?

- comment réguler la mondialisation, établir des règles acceptées de tous en matière d’accès aux ressources et de protection de l’environnement ? Comment interdire vraiment les paradis fiscaux et contrer les mafias internationales ? Au travers d’une gouvernance mondiale renforcée (et cependant démocratique) ou au travers d’un repli de la nation sur elle-même en fermant les frontières, en sortant de l’Europe, de l’Euro ?

- quel pouvoir reste à l’Etat ? Quelle prise a-t-il sur l’Europe, sur la mondialisation, sur la croissance économique, sur nos entreprises et nos emplois ?

 

En effet, les Français se rendent bien compte des conséquences de la mondialisation sur leurs emplois, par l’effet des délocalisations d’activités : depuis 1980, l’industrie française a détruit près de 2 millions d’emplois. Un document de Bercy estime que, entre 2000 et 2007, 63 % de ces destructions sont le fait de la concurrence internationale. Par exemple PSA et Renault n'ont produit que 29,7% de leurs automobiles sur le sol français en 2010 (...) » A noter que si Peugeot affiche 37,2% et Citroën 36,8% de véhicules assemblés en France, Renault dont l'état est toujours actionnaire n'en a produit que ... 26,4% ! (source : l'Auto Journal n°824 du 10 mars 2011).

Un sondage IFOP sur "Les Français et le protectionnisme" a été récemment publié sur le site "Pour un protectionnisme européen", réalisé à l’initiative d’un collectif qui fait la promotion du protectionnisme. Clairement, comme le résume cet article sur Agoravox, les Français approuvent à 65% le principe du protectionnisme, en tout cas sur les questions telles que posées.

Ces questions sont brûlantes et divisent les partis, au sein de la gauche (JL Mélenchon prône la sortie du traité de Lisbone, s’affranchir des règles européennes qui imposent aux politiques un carcan néolibéral, Arnaud Montebourg médiatise le concept de démondialisation ») et aussi au sein de la droite (Front National protectionniste à fond et pour une sortie de l’Euro et de l’UE, Nicolas Dupont-Aignan avec Debout la République aussi). Il semble que les lignes de clivage ne sont plus gauche-droite mais les anti-mondialisation et anti-euro face aux autres. Cependant, on trouve plusieurs nuances dans ces visions : « démondialisation » ne veut pas dire sortie de l’euro (Arnaud Montebourg ne va pas jusque-là) et peut signifier « relocalisation des activités, avec plus ou moins de dispositif protectionniste. De même le protectionnisme peut être très poussé et aveugle, avec une forte taxe dissuasive aux frontières, il peut être « éclairé » (terme de Maurice Allais), pour compenser une concurrence déloyale, par exemple le dumping monétaire de la Chine sur le Yuan, ou encore sociale ou environnementale si le pays ou la société exportatrice exploite ses travailleurs sans couverture sociale ou produit sans respect de normes environnementale. Dans ce cas, il faut savoir si on prône une telle taxe aux frontières de l’Europe sans pour autant sortir de l’Europe, ou aux frontières de la France. La question de l’euro (sortie de l’euro sans sortir forcément de l’UR) est aussi une autre question. Il ne faut donc pas tout mélanger !

Or les débats actuels, les invectives parfois violentes (comme récemment sur Mediapart avec Jacques Sapir, Pierre Khalfa et d’autres) ne permettent pas d’expliquer et différencier ces sujets, pour discuter dans un climat apaisé. Même Philipe Cohen dans Marianne2 interpelle François Bayrou, suite à son intervention sur France Inter lundi 20 juin 2011 :
« François Bayrou, réglait la question en un coup de cuillère à pot : la démondialisation, selon lui, ce n'est pas sérieux puisque seules l'extrême droite et l'extrême gauche en parlent. Bayrou, lui parle de régulation. Comme Nicolas Sarkozy. Comme François Hollande. Comme François Fillon. Comme Dominique de Villepin. Comme Jean-Louis Borloo. »

En fait François Bayrou avait dit :
« "La thèse de la démondialisation exposée par les deux extrêmes est un mensonge. La seule question que nous devons nous poser, c'est comment la France peut-elle continuer à produire?' L’Allemagne montre qu’on peut parfaitement produire et exporter en étant un pays de la zone euro, et donc améliorer le niveau social du pays", a-t-il souligné. "Je plaide pour une France forte et productrice ! »

Mais il a parlé un peu trop vite en assimilant la « démondialisation » à la sortie de l’Euro et de l’Europe ... Car en fait le Mouvement Démocrate défend l’euro et alerte sur les dangers d’une sortie de l’euro, qui renchérirait tant notre dette (15 milliards d’euro en plus de déficit public annuel pour une hausse de 1 point du taux, donc pour une hausse de 3%, ce qui serait le cas, l’équivalent de la totalité de l’impôt sur le revenu !). Mais par ailleurs, le Mouvement Démocrate prônait déjà en 2009 dans sa campagne européenne la réciprocité équitable des échanges entre l’Europe et les pays émergents, notamment la Chine (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, par exemple pour obtenir des marchés de construction en Chine, ou pour acheter des entreprises chinoises) et une fiscalité équitable aux frontières de l’Europe en cas de dumping de pays ne respectant pas les normes internationales en matière sociale, sanitaire ou environnementale (ce que propose aussi maintenant le Parti Socialiste dans son projet pour 2012), de même s’il y a un dumping monétaire... Appliquer ainsi aux autres les règles que nous nous appliquons à nous-mêmes en Europe et en cas de non respect, justifier d’une interdiction ou d’une pénalité. Ce qui n’est pas du « protectionnisme » qui lui consiste à pénaliser les autres sans pour autant que l’on s’applique la pénalisation à soi-même.

De plus, la mise en place d’un droit de douane « social et environnemental » sur les pays ou sociétés ne respectant pas les normes européennes que nous nous appliquons à nous-mêmes, supposerait :

1- La mise en place d'une norme internationale de minimum social et environnemental

2- Une application de cette taxe à la frontière avec un certain discernement. Cette taxe doit être juste et ne taxer que les produits ou service ne respectant pas la règle. Donc pas une taxe unique sur tous les produits chinois (sauf si on ne tient compte que d’un dumping monétaire, ayant une estimation de la sous-évaluation de la monnaie).

3- La possibilité d'en vérifier le respect. Il faut des agences de rating social et environnemental ! Autant on peut l'imaginer pour des grosses sociétés cotées par exemple, dont il faudrait compléter le rating existant qui est focalisé sur la rentabilité et les risques dans un but boursier, autant c'est plus difficile pour les petites sociétés. Comment vérifier ? A quel coût ?

Pour parler d'une "humanisation de la mondialisation", il faudrait réserver cette taxe pour financer les deux points ci-haut et mettre le reste dans un fonds qui aiderait les pays dont on a importé la marchandise à améliorer sa protection sociale et environnementale. Ainsi, l'argent taxé serait vraiment destiné dans son but premier, qui est le respect de l'homme et de l'environnement, incitant le pays à appliquer la norme de protection pour éviter la taxe, au bénéfice de son peuple. Utiliser cette taxe pour simplement réduire notre déficit détournerait l'intérêt de l'objet initial et ne serait pas inscrit dans une démarche humaniste, mais démagogique.

En fait, au-delà de l’intérêt égoïste mais néanmoins légitime de la protection de nos emplois pour éviter les délocalisations, la grande question est celle-ci :

« Mettre sur un pied d’égalité le commerce, l’environnement et le social »

L’OMC ne devrait plus pouvoir décider des négociations sur le libre-échange et sur la concurrence sans le FMI (dumping monétaire), sans l’OIT (normes de protections sociales et du travail) et sans les instances internationales donnant les normes de protection de l’environnement (en attendant une véritable une agence internationale de l’environnement). De même pour l’Europe vis-à-vis de ses partenaires extérieurs.

C’est l’idée que défend le Comité Pauvreté et Politique (petit think-tank dont l'objet est de lutter contre la pauvreté et de remettre l'homme au centre), avec ses recommandations :

ð Mettre sur un pied d’égalité le droit du commerce international, le droit de l’environnement et le droit social,

ð Harmoniser entre elles les négociations internationales,

ð Promouvoir la justice sociale dans le nouvel ordre mondial.

Les toutes récentes déclarations de N.Sarkozy et de Ban-Ki-Moon vont dans ce sens. Mais il faut être plus précis et concret sur la manière de le faire. Et relier cette question internationale, qui a trait à la gouvernance mondiale, à la question de protection de notre économie locale, à la question du protectionnisme (et lequel ? Sous quelle forme) qu’il ne faut peut-être pas nommer protectionnisme s’il s’agit d’une régulation équitable du libre-échange.

 

 

 
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