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18/12/2010

Après le « rêve américain », le « mythe allemand »

Il y avait « le rêve américain » (American dream), un mythe fait de l’idéalisation du « self-made man », de la réussite à la portée de tous, d’un succès dont les symboles sont essentiellement ceux de l’avoir et du paraître, la richesse matérielle, la fortune et aussi la notoriété, le vedettariat (Star system, pipolisation). Un modèle qui justifie les inégalités car elles sont supposées répondre logiquement à une sélection darwinienne de la loi du plus fort, les pauvres ne récoltant que ce qu’ils méritent. Un modèle où on fait la charité aux pauvres, par le bon vouloir des riches qui s’achètent une image de bienfaiteur de l’humanité, plutôt que par redistribution républicaine par l’impôt. Un mythe, car les espoirs et les croyances en ce modèle sont nourris d’illusions, comme je l’ai démontré dans une précédente analyse en février 2009, reprenant l’étude OCDE de fin 2008 et l’analyse de Jacques Mistral publié dans son livre « La troisième révolution américaine » en Août 2008 (avant la faillite de Lehmann Brother qui a enchaîné la grave crise financière) : Le Modèle Américain.

Je disais en conclusion :

« Le modèle américain, dans sa configuration actuelle en tout cas, basé sur la recherche du profit et sur l’illusion de la croissance pour tous et sur le mensonge de l’égalité des chances, est bel et bien générateur d’inégalités et a même accru la pauvreté, bien plus que dans les pays européens à niveau de vie similaire, pourtant dans le même contexte de mondialisation. Les politiques publiques à l’égard de l’enseignement et de la fiscalité, ainsi que la privatisation croissante du système de santé et de retraite, sont la cause de l’accroissement de ces inégalités.

Nicolas Sarkozy nous conduit progressivement au modèle américain qu’il admire tant, la France risque donc de reproduire ce creusement d’inégalités et de pauvreté. C’est la traduction malheureusement de sa politique actuelle : bouclier fiscal, suppression de droits de succession, franchises médicales et report des frais de santé de plus en plus vers des assurances privées, financement du RSA par les classes moyennes et pas les plus aisées, suppression de la carte scolaire (encore plus ghéttoïsante, néfaste pour l’égalité des chances)… »

Nous avons vu les folies du système américain, responsable à la fois des causes profondes du dysfonctionnement d’un modèle de financiarisation de l’économie, de plus en plus déconnectée de l’économie réelle, et du déclenchement de la crise financière, qui a contaminé la planète dans le contexte de globalisation financière et de mondialisation économique. Nous avons vu aussi ses conséquences sociales, notamment sur les classes moyennes et défavorisées, surtout du fait de ses faibles « amortisseurs sociaux ». Nicolas Sarkozy, qui enviait le modèle américain et nous avait vanté en avril 2007 le système américain des crédits hypothécaires rechargeables, gagés sur le bien immobilier acheté (autrement dit des subprimes), évite à présent d’en parler … Je signale que parmi les candidats à la présidentielle 2007, seul François Bayrou avait alerté sur les dangers de ce modèle, qui est en contradiction avec notre modèle républicain français. Il avait opposé les valeurs prônées ou sous-entendues par Nicolas Sarkozy dans son projet présidentiel aux valeurs humanistes, républicaines et démocrates qui sont les siennes. François Bayrou avait même justifié qu’il ne voterait pas Nicolas Sarkozy au second tour précisément pour ces raisons.

 

Maintenant nous entrons dans une nouvelle étape : celle du mythe allemand. Nicolas Sarkozy nous montre le succès économique allemand comme un modèle à suivre :

- sur le coût du travail, la durée du travail, les retraites,

- sur la fiscalité,

- cela commence aussi sur l’éducation (rythmes scolaires réduits)

 

Il est vrai que les Allemands se sont serrés la ceinture pendant les dix dernières années, sans augmenter leurs salaires. Il est vrai que le taux de prélèvements obligatoires (impôts +charges sociales contraintes) est bien moindre en Allemagne (37% en 2007) qu’en France (43%), la moyenne de l’UE se situant à 40%[1], notamment moindre sur les charges sociales patronales, supposées expliquer une meilleure compétitivité des entreprises allemandes, notamment à l’exportation. Il est vrai que les Allemands ont mis en place une « TVA sociale », reportant une partie des charges sociales patronales en 2007 sur la TVA, en l’augmentant de 3% (une partie seulement de ces 3% était du report de charges), ayant pour effet de renchérir le coût des importations et d’opérer une « dévaluation compétitive » baissant le coût des exportations (mais leur TVA est passée de 15 à 19%, donc s’est alignée quasiment à la France et à la moyenne de l’UE).

Cependant, Nicolas Sarkozy avait justifié le bouclier fiscal (le seuil passant de 60% sous le gouvernement précédent à 50%) en citant l’Allemagne, qui l’avait mis en place, mesure censée retenir les riches créateurs d’emplois sur le territoire. Vérification faite (par la Cour des Comptes notamment), ceci s’avère faux. Ce bouclier fiscal n’existe pas en Allemagne, de même que s’avère faux la croyance que la mesure allait faire revenir les riches expatriés ou empêcher le départ des riches, ce qui a été prouvé. Faux également de prétendre que le critère de résidence des riches est déterminant pour la localisation des emplois, car les actionnaires peuvent investir dans des entreprises situées en dehors de leur pays de résidence ! Loin de se déjuger, Nicolas pousse l’audace et l’aplomb jusqu’à justifier maintenant l’abandon programmé du bouclier fiscal, sous la pression populaire et politique y compris dans ses propres rangs, en nous disant que les Allemands eux-mêmes y ont renoncé (ce qui prouve par là son précédent mensonge !).

 

Maintenant attachons-nous à la réalité, aux chiffres, sur le coût du travail. Dénonçons les fausses idées circulent sur le coût du travail, la productivité et la compétitivité comparés entre la France et l'Allemagne.

Voici une étude chiffrée récente (résumée sur 4 pages) comparant La France et l'Allemagne (ainsi que d'autres pays de l'OCDE) en coût de main d'oeuvre et de prélèvements obligatoires, charges sociales et impôts. Il s'agit d'un rapport à la Commission des comptes de la Sécurité sociale qui date de juin 2010 :
http://www.securite-sociale.fr/comprendre/dossiers/compte...

Les salaires bruts sont 34% en moyenne plus élevés en Allemagne qu'en France. En net de charges et d'impôt sur le revenu, l'écart se réduit car les prélèvements sont plus élevés en % en France, mais restent encore 6% supérieurs.  La réduction de l'écart tient à l'importance relative plus grande des prélèvements patronaux en France et de l'impôt sur le revenu en Allemagne. Au final, le niveau supérieur du salaire moyen et du coût annuel du travail en Allemagne ne semble pas justifié par une productivité supérieure du travail et n'est que partiellement lié au nombre d'heures travaillées (d'après l'OCDE, le PIB par heure travaillée est plus élevé en France qu'en Allemagne (96,2% du niveau des Etats-Unis pour la France contre 91,4% pour l'Allemagne).

L'article comprend un passage intéressant sur la politique allemande de compétitivité et la dévaluation compétitive opérée par le transfert d'une partie des charges sociales sur la TVA en 2007 (+3%). Ce coût a été transféré des entreprises vers les ménages, ponctionnant donc leur pouvoir d'achat. Mais l'Allemagne partait d'un taux de TVA beaucoup moins élevé que le nôtre (16%)  et arrive maintenant à 19%.

 

En conclusion :

- le coût du travail est plus élevé en Allemagne, en brut commet en net,
- les charges sociales patronales sont plus élevées en France mais les charges sociales salariales sont plus élevées en Allemagne et donc au final les salaires allemands sont plus élevés en moyenne pour permettre aux salariés de payer leur couverture sociale, avec aussi plus de recours à des complémentaires privées santé et retraite,
- les prélèvements obligatoires sont plus élevés en France en % du PIB mais la part des prélèvements sociaux et de l'impôt sur le revenu dans le coût du travail est supérieure en Allemagne (52% contre 49,3%),
- la productivité (PIB/heure travaillée) est en moyenne meilleure en France qu'en Allemagne,

- ajoutons que malgré le succès économique de l’Allemagne en termes de croissance et d’exportations qui soutiennent cette croissance, les chiffres du chômage ne sont pas bons (7,3% en 2008, au 20ème rang, contre 7,8% pour la France).

- ce qui justifie le succès incontestable des entreprises allemandes à l’exportation, surtout vers les pays émergents dans le secteur spécialisé des machines outils, ceci malgré le renchérissement de l’Euro face au dollar et au Yuan, donc malgré la cherté relative des marchandises, c’est une expertise industrielle, c’est la haute qualité des produits, peu sensibles à la concurrence.

Dans la mesure où Nicolas Sarkozy veut faire baisser les charges sociales au motif que nos entreprises sont moins compétitives que les entreprises allemandes de ce fait, je pense que ces chiffres sont très éclairants et qu'il faut d'abord combattre les fausses idées !

Là aussi François Bayrou nous a avertis sur ces fausses idées au sujet de l’Allemagne, dans son discours au Congrès du Mouvement Démocrate du 12 décembre 2010, que je vous invite à lire ou à écouter. Il nous dit :

« Il y a une campagne en cours qui objecte que les Allemands réputés vertueux n'ont pas augmenté leur coût du travail depuis 10 ans, alors que chez nous, c'est près de 30 pour cent d'augmentation du coût du travail que nous avons eu depuis 10 ans. Je prends ces chiffres avec précaution, car je crois, comme disait Disraéli qu'il y a trois degrés dans le mensonge : le mensonge, le satané mensonge et les statistiques !

Mais il y a une campagne en cours. Avant-hier, il y avait pas moins de trois articles de fond sur ce sujet dans les journaux économiques qui disaient cela avec des courbes qui montraient le gouffre qui était en train de se creuser. On expliquait que c'était pour cela que l'on perdait tout.

En réalité, quand on fouille, et je vous propose de vérifier cette objection, on s'aperçoit que le coût du travail français reste du même niveau ou légèrement inférieur à celui du travail allemand. Il est vrai que, en France, les cotisations patronales sont supérieures à ce qu'elles sont en Allemagne, mais le salaire direct, celui que perçoit réellement le salarié est inférieur chez nous. Au total, le coût d'une heure de travail est donc plus bas en France qu'en Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, au Danemark, en Suède et au Luxembourg. Et la productivité est supérieure chez nous puisque nous avons, à l'heure de travail, la plus haute productivité du monde !
»

 

Maintenant examinons la fiscalité allemande comparée à la France.

Il y un mois, Nicolas Sarkozy expliquait aux Français qu’il fallait copier la fiscalité allemande. Avec ce but : rester compétitif et éviter les délocalisations. François Fillon a constitué un groupe de réflexion sur ce thème. Le 8 décembre sur France Inter, au 5/7 avec Audrey Pulvar, Romain Gubert, journaliste au Point, revient d'Allemagne et fait part des fausses idées de N.Sarkozy sur la fiscalité allemande et de l'étonnement des Allemands. Voici le lien sur sa chronique : Le modèle de la fiscalité allemande, pour le meilleur et pour le pire.

 

Romain Gubert nous dit que les Allemands étaient très étonnés des déclarations de Nicolas Sarkozy vantant la fiscalité allemande. Leur système est très compliqué, la déclaration d’impôt que remplissent chaque année ses concitoyens fait 24 pages. « Chaque land, chaque commune, peut faire à peu près ce qu’il veut en matière fiscale. Savez vous que les propriétaires de chien en Allemagne payent une taxe ? Savez vous qu’à chaque fois que vous buvez une bière, c’est une taxe spéciale ? Et le tout à l’avenant. D’ailleurs, un Allemand sur deux utilise les services d’un « conseiller fiscal » pour l’aider à s’y retrouver. C’est dire ! ».

« - Mais tout de même, il n’y a pas d’ISF en Allemagne, ni de bouclier fiscal. Et c’est pour cette raison que Nicolas Sarkozy regarde vers l’Allemagne.

C’est exact. Les Allemands n’ont ni ISF, ni bouclier fiscal depuis une dizaine d’années. Et d’ici le mois de juin, Nicolas Sarkozy rêve de se débarrasser de ces deux boulets politiques en créant une taxation supplémentaire sur les revenus du capital.

Problème : les impôts français sont, avant la réforme, plus élevés ici qu’Outre-Rhin. Nos prélèvements obligatoires sont supérieurs. Notre TVA est plus élevée. En fait, de leur coté, nos amis allemands n’ont aucune envie d’harmoniser leur fiscalité avec la nôtre. Ils ne veulent pas entendre parler de convergence. Comme si finalement, le rêve de Nicolas Sarkozy était à sens unique. »

J’en viens maintenant à l’éducation, surtout après la parution de l’étude PISA le 7 décembre dernier qui montre que la France est située au 22ème rang et a nettement rétrogradée depuis l’an 2000 (voir cet article du Monde). En compréhension de la lecture, les élèves français chutent de 9 points et de 6 places, passant de la 12e à la 18e places en dix ans. La France est en chute sur les mathématiques. L’école ne joue plus son rôle d’ascenseur social. L'Allemagne, derrière nous il y a dix ans, s'est ressaisie et nous passe devant en lecture, en sciences et aussi en mathématiques. J’ai lu la semaine dernière que Luc Chatel voulait s’inspirer de l’Allemagne en progression, remarquant notamment que leur rythme scolaire est très différent, les Allemands consacrant la matinée aux cours et l’après-midi aux sports, aux arts, aux activités culturelles et aux loisirs. Il se trouve que au même moment, les Allemands veulent se rapprocher du modèle français, car ils se sont rendu compte que ce rythme nuisait à l’égalité des chances et à l’ascenseur social : alors que les familles modestes envoient leurs enfants faire du foot l’après-midi, les familles aisées profite du temps libre pour faire donner à leur enfants des cours de soutien scolaire, qui sont onéreux. Il s’ensuit une différence notable de niveau des enfants selon leur origine sociale.

Sur l’éducation, l’Allemagne n’est donc pas forcément le meilleur modèle, même s’il est indéniable que nos rythmes scolaires trop chargés, trop soutenus, saturent les esprits de nos enfants et sont peu propices à l’épanouissement personnel et culturel…

 

Cependant, ces observations n’ont pas pour but de dénigrer le modèle allemand, car certains aspects de ce modèle sont à leur envier. Le dynamisme de leurs entreprises, le tissus industriel de leurs nombreuses PME qui maillent le territoire, la décentralisation territoriale et l’équilibre des régions, la puissance des syndicats et de la négociation entre le patronat et les partenaires sociaux, l’importance des corps intermédiaires et enfin leur modèle politique bien plus démocratique qu’en France en termes de représentation des partis (50% de proportionnelle pour les élections des députés pour les partis ayant obtenus plus de 5% des voix). Le capitalisme rhénan est aussi intéressant et assez proche de notre modèle français (sauf sur l’aspect syndical). Il se caractérise par (cf Wikipedia) :

  • un rôle important des grandes banques et une relativisation du rôle de la bourse dans le financement des entreprises,
  • une vision à long terme appuyée sur ce mode de financement et sur un système de partenariat avec les clients, fournisseurs et employés,
  • un partenariat entre de puissants syndicats patronaux et salariaux qui limite aussi bien les conflits du travail que les interventions directes de l'État dans la vie des entreprises,
  • un système de protection sociale très développé,
  • une politique de stabilité monétaire gérée indépendamment des gouvernements.

 

Après ces observations sur le rêve américain et le mythe allemand, je vous propose de revenir au modèle républicain français et aussi de regarder attentivement le modèle social nordique, combinant lien social, civisme et performance économique, comme l’atteste l’intéressante étude ODIS, qui vient de paraître(voir cet article de LaCroix), le rapport sur «l’état social de la France», comparé aux pays de l’UE et aussi entre régions françaises, et qui sera l’objet de mon prochain billet.



[1] voir ce rapport du Sénat qui doit dater de 2007 et aussi extrait du rapport fait dans le cadre de la PLF2010 : http://www.performance-publique.gouv.fr/fileadmin/medias/...

11/12/2010

François Bayrou pour le "Parti de La Fontaine"

François Bayrou fait souvent référence aux fables de La Fontaine, qu'il adore et connait presque toutes par coeur. Beaucoup de circonstances de la vie politique actuelle trouvent en ces fables une illustration, démontrant à la fois leur puissance et leur actualité. A tel point que François Bayrou propose de créer le PLF, le "Parti de la Fontaine".

Invité de l'émission "Vivement Dimanche" le 5 décembre 2010, il a récité avec talent la fable "Le loup et le chien", qui traduit parfaitement sa position politique : il préfère être le loup, affamé mais libre, que le chien bien nourri, qui a la faveur de ses maîtres, leur obéissant, mais privé de liberté, attaché la corde au cou. Jean-Louis Borloo et Hervé Morin, comparés à lui, sont des chiens, ce qui n'est pas sans rappeler le cynisme politique (Le terme « cynisme » provient du grec ancien κύων / kuôn, qui signifie "chien"). Je ne résiste donc pas à vous passer l'extrait de cette émission.


loup3
envoyé par ddruze. - L'info video en direct.

François Bayrou a également fait référence à la fable "Les animaux malades de la peste", citant la phrase finale : "Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir." l'illustrant de multiples exemples concrets et vécus, notamment :

-  la campagne présidentielle de 1995 :  les comptes de campagne de Chirac et de Balladur n’auraient pas dû être validés par le Conseil constitutionnel, mais ils le furent car il n’était pas « pensable » de ne pas le faire, alors même qu’un petit candidat, Jacques Cheminade, avec 0,28% des voix, fut ruiné par cette campagne.

- Liliane Bettencourt a pratiqué l'évasion fiscale à grande échelle (Iles d'Arros), n'est pas inquiétée, est censée "régulariser sa situation" sans tracas, alors qu'une femme de ménage qui n'a pas déclaré 8 heures de ménage devra rembourser 3000 euros et plus en pénalités,...

J'ai trouvé très bonne l'idée de ce Parti de La Fontaine. Cela permet  de remoraliser la politique avec humour, sur des références que connaissent les gens, sans être un moraliste austère et ennuyeux. Comme j'aime composer des fables et en ai revisité une de La Fontaine, "Le Corbeau et le Renard", transposée en "Leuro et le dollar", je la propose ci-dessous à ce nouveau parti. J'ai aussi composé la petite fable "Arx Tarpeia Capitoli Proxima" à l'attention des centristes qui ont quitté le MoDem pour prendre des postes de ministres, comme les chiens dont nous venons de parler.

 

L'EURO ET LE DOLLAR

Maître Euro, sur Reuters coté, pavoisait au certain sur les pages
Le Dollar, se sentant de côté, lui tint à peu près ce langage :
Eh bonjour Monsieur de l'Euro !
Comme vous êtes joli, comme vous me semblez beau !
Si votre figure sur cette page se rapporte à votre noble image,
Vous êtes sans mentir phénix des monnaies avant moi !
A ces mots, l'Euro ne se sent plus de joie,
Et tout à son comble ravi,
Il ouvre un large spread et laisse tomber son prix.
Le trader s'en saisit et dit :
Mon bon ami, tout trader vit au dépens de ceux à qui il coûte,
Cette leçon vaut bien quelques ticks sans doute.
L'Euro, honteux et confus, jura, mais un peu tard, qu'on ne le collerait plus.

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ARX TARPEIA CAPITOLI PROXIMA

Tous ceux-là, malgré la réception des honneurs,
Devraient méditer sur ce bel antique adage
Qui rappelle que nul même sous projecteurs
N'est à l'abri d'une chute après les hommages :
Le "Arx tarpeia Capitoli proxima " :
"La Roche Tarpéienne est près du Capitole"
Voilà ce dont prévient, maxime a minima,
Que même la tête des vrais preux dégringole.

L'adulé d'aujourd'hui peut être honni demain,
Quand le banni d'hier a aujourd'hui la main !

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LE LOUP ET LE CHIEN


Un Loup n'avait que les os et la peau ;
Tant les Chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers.
Mais il fallait livrer bataille
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
Il ne tiendra qu'à vous, beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? Rien d'assuré, point de franche lippée.
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi ; vous aurez un bien meilleur destin.
Le Loup reprit : Que me faudra-t-il faire ?
Presque rien, dit le Chien : donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son maître complaire ;
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
........Sans parler de mainte caresse.
Le loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant il vit le col du Chien, pelé :
Qu'est-ce là  ? lui dit-il.  Rien.  Quoi ? rien ? Peu de chose.
Mais encor ?  Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ?  Pas toujours, mais qu'importe ?
Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.

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LES ANIMAUX MALADES DE LA PESTE

 

Un mal qui répand la terreur,

Mal que le Ciel en sa fureur

Inventa pour punir les crimes de la terre,

La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom),

Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,

Faisait aux animaux la guerre.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :

On n'en voyait point d'occupés

A chercher le soutien d'une mourante vie ;

Nul mets n'excitait leur envie ;

Ni Loups ni Renards n'épiaient

La douce et l'innocente proie.

Les Tourterelles se fuyaient ;

Plus d'amour, partant  plus de joie.

Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,

Je crois que le Ciel a permis

Pour nos péchés cette infortune ;

Que le plus coupable de nous

Se sacrifie aux traits du céleste courroux ;

Peut-être il obtiendra la guérison commune.

L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents

On fait de pareils dévouements :

Ne nous flattons  donc point ; voyons sans indulgence

L'état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons

J'ai dévoré force moutons ;

Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense  :

Même il m'est arrivé quelquefois de manger

Le Berger.

Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense

Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi

Car on doit souhaiter selon toute justice

Que le plus coupable périsse.

Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;

Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;

Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce.

Est-ce un péché ? Non non. Vous leur fîtes, Seigneur,

En les croquant beaucoup d'honneur;

Et quant au Berger, l'on peut dire

Qu'il était digne de tous maux,

Etant de ces gens-là qui sur les animaux

Se font un chimérique empire.

Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.

On n'osa trop approfondir

Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances

Les moins pardonnables offenses.

Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples Mâtins ,

Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L'Âne vint à son tour, et dit : J'ai souvenance

Qu'en un pré de Moines passant,

La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense

Quelque diable aussi me poussant,

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.

A ces mots on cria haro  sur le Baudet.

Un Loup quelque peu clerc  prouva par sa harangue

Qu'il fallait dévouer ce maudit Animal,

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !

Rien que la mort n'était capable

D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de Cour  vous rendront blanc ou noir.

 

 

 

06/12/2010

François Bayrou invité de "Vivement Dimanche"

Hier après-midi, Michel Drucker recevait sur son célèbre canapé rouge de "Vivement Dimanche" François Bayrou, président du Mouvement Démocrate et député des Pyrénées atlantiques. Ici lien pour visionner (en 4 parties).

Avant même que l'émission soit transmise (car elle est préenregistrée trois jours avant), des articles se sont empressés de transmettre le scoop après tant de mystère depuis 2007 : François Bayrou a enfin dit ce qu'il avait voté au second tour de l'élection présidentielle 2007, à savoir qu'il avait voté blanc !

En fait tout le monde s'en doutait et cela ne change rien. Il a dit en revanche d'autres choses très fortes et intenses dans l'émission, notamment à l'occasion de l'évocation du martyr des moines de Tibéhirine, que c'était pour lui une démonstration que "L'AMOUR est plus fort que la mort".

Nous avons aussi découvert en François Bayrou un talent réel pour le théâtre (il a fait le conservatoire national de région, au départ pour vaincre son défaut d'élocution, de bégaiement). Jean-Laurent Cochet s'est montré époustouflé, admiratif, lorsque François Bayrou a récité la fable de la Fontaine "Le loup et le chien" (je le mettrai en ligne quand je l'aurai). Il est vrai que le talent d'acteur et de tribun sert en politique, alors que certains sont plutôt des illusionnistes, le rappelle François Bayrou à l'occasion d'un tour de magie d'un jeune Science-Po (pas Science-Pau !) de Bordères sur le plateau.

Moments émouvants de souvenirs politiques et de famille, images magnifiques de montagne des Pyrénées et de la ville de Pau,  région et ville très chères à François Bayrou, attaché à ses racines, se ressourçant auprès des siens, de son village et de ses chevaux (il sait leur parler et les mettre en confiance, l'un d'eux pose même sa tête sur son épaule).

Michel Drucker le présente comme un homme politique "décalé", toujours où on ne l'attend pas. Claude Sérillon découvre que c'est un "geek" (accroc à Internet,  aux nouvelles technologies de l'information). François Bayrou a même invité sur le plateau la représentante de Wikipedia, encyclopédie électronique réalisée grâce à la contribution gratuite des internautes. Il présente ce phénomène comme une révolution (comme le fut l'écriture et l'imprimerie) et un exemple d'entreprise non marchande, ou le savoir s'échange et s'enrichit sans contrepartie financière, une nouvelle forme d'intelligence en réseau. Décidément, François Bayrou n'est pas comme les autres hommes politiques !

Les frères journalistes Alain et Patrice Duhamel étaient aussi invités sur le plateau à parler de leur livre "Cartes sur table", traitant des relations qu'entretiennent les hommes politiques et les médias. Alain Duhamel décrit François Bayrou face aux journalistes comme un "mâle dominant" : "soit les journalistes jouent un rôle subalterne face à lui, soit ils se font engueuler !"

Enfin, François Bayrou a pu (un peu) parler politique, expliquant la difficile position de résistance et d’indépendance au centre, indépendance à ne pas confondre avec solitude. Il a exprimé ce qui l’indignait le plus, reprenant encore une fable de la Fontaine (Les animaux malades de la peste) : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». Il propose même de créer le PLF, le « Parti de La Fontaine » ! Pour illustrer l’objet de cette indignation, il cite la campagne présidentielle de 1995 : nous découvrons que les comptes de campagne de Chirac et de Balladur n’auraient pas dû être validés par le Conseil constitutionnel, mais qu’ils le furent car il n’était pas « pensable » de ne pas le faire, alors même qu’un petit candidat, Jacques Cheminade, avec 0,24% des voix, fut ruiné par cette campagne.

Interrogé sur la crise des dettes publiques européennes et sur la politique qu’il mènerait à l’égard des banques, il fait également une proposition : « Aujourd’hui la BCE prête aux banques à moins de 2% et les banques prêtent aux Etats, dans le cas Irlandais à 8 ou 9%. Au lieu de voir les intermédiaires privés prendre des marges considérables, il faut que la BCE assume cette fonction, qu’elle achète les titres de dette publique des pays de la zone euro fragilisés, ce qui permettrait aussi de les prémunir de la spéculation des marchés. »

 

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29/11/2010

Un tiercé gagnant DSK-Fillon-Bayrou pour 2012 ?

Loin de la scène politique française, sans rien faire, sans rien dire et sans avoir annoncé un projet, DSK est plébiscité candidat socialiste préféré des Français (pour 32%) et aussi des Socialistes (41%) très loin devant Martine Aubry puis autres concurrents. Voir ce dernier sondage IFOP pour le Journal du Dimanche d'hier.

Pourquoi ce succès ? Sans doute car il incarne l'oxymore du "libéralisme social" et une forme de solidité, d'expérience et de responsabilité. Il marque aussi une préférence pour un PS moins à gauche, peut-être plus réaliste et responsable, plus ouvert sur des réformes nécessaires.

Parallèlement, Nicolas Sarkozy dévisse dans les sondages et cependant dans le journal Marianne d'hier, Jean-François Kahn nous avertit qu'il pourrait bien être réélu grâce à la division de l'opposition, grâce au pouvoir énorme que lui et ses amis détiennent sur les médias bienveillants, grâce à des moyens de campagne et de communication sans pareils, enfin grâce à l'adaptabilité du discours opportuniste dans lequel il excelle, qui fera oublier toutes les promesses qu'il n'a pas tenues et les mensonges qu'il a tenus, tout en fustigeant les coupables de la crise, les banquiers voyous, la mondialisation déloyale, etc., séduisant l'électorat populaire tout en donnant des gages à ses soutiens habituels du Fouquet's.

Or un autre scénario se profile à mon avis. Celui où Nicolas Sarkozy pourrait bien ne pas être candidat. Soit du fait des scandales qui le rattrapent et vont lui coller à la peau jusqu'à l'élection présidentielle, où bien tout simplement quand les sondages vont oser présenter des candidats alternatifs (Fillon, Copé, Juppé, Villepin) qui le dépasseront et optimiseront les chances pour l'UMP de gagner l'élection.

Ainsi, je ne serais pas étonnée de voir François Fillon arriver en tête du candidat UMP préféré des Français et des sympathisants UMP, plus apte que Nicolas Sarkozy à capter les voix centristes au deuxième tour, face à un DSK qui les attireraient aussi.

Un autre sondage de la semaine dernière (voir cette dépêche AFP ou cet article) dit que François Bayrou est le candidat qui représente mieux le centre, devançant nettement Jean-Louis Borloo. Il paraît bien être celui qui tient la route pour représenter un centre indépendant.

DSK_Fillon_Bayrou.JPGOn pourrait alors voir un premier tour où les trois candidats Fillon, Bayrou et DSK, auraient des scores assez proches.

La France, au lieu de se radicaliser sur les pôles, serait alors peut-être mûre pour une Union nationale plus équilibrée, avec des hommes capables de s'entendre, de se parler, de gouverner ensemble ...


24/11/2010

Lactualité démontre que François Bayrou avait raison sur tout

L’actualité démontre que FRANCOIS BAYROU AVAIT RAISON SUR TOUT :

- l’insignifiance d’un centre inféodé, proclamée par François Bayrou depuis la création de l’UMP en 2002, indépendance qu'il a payé cher et avec courage mais qui lui donne raison et dont il récoltera maintenant les fruits, car c’est LE SEUL a pouvoir représenter maintenant ce centre indépendant,

- LES ABUS DE POUVOIR du "régime sarkozyste", que F.Bayrou a dénoncés le premier, avant le PS et bien mieux que le PS, et qui éclatent au grand jour, L'affaire Tapie, l'affaire Jean Sarkozy, ... et maintenant l'affaire Woerth-Bettencourt et l'affaire Karachi et des rétrocommissions en sont des exemples emblématiques,

- Le problème crucial du déficit, de la dette publique, qui nous plombaient déjà avant la crise et risquent de nous entraîner vers la faillite, comme la Grèce, l’Irlande, ...

- le délitement de notre modèle social et de notre pacte républicain, le dysfonctionnement du modèle capitaliste dérégulé dans la mondialisation, générateur d’inégalités croissantes, le pouvoir destructeur de l’argent roi, du règne de la cupidité et de l’individualisme, du pouvoir des puissances financières qui ont la main sur les Etats et les médias, médias ...

- la dénonciation d’une idéologie qui cherche à aligner notre modèle sur le modèle anglo-saxon et qui justifie, voire prône les inégalités croissantes.

F.Bayrou avait déjà pointé ces problèmes avant la crise financière. Il était très visionnaire. Il mérite d'être plus écouté par les Français.

Comme il le disait au micro d'Europe1 ce matin, il ne votera pas la confiance au gouvernement Fillon à l'Assemblée cet après-midi, car il estime que la politique du gouvernement n'est pas la bonne, qu'il s'agisse de l'emploi, de l'éducation, de la fiscalité et du déficit, ... bien qu'il ait personnellement de l'estime pour l'homme François Fillon.


“Purger les affaires“ Karachi et Bettencourt
envoyé par Europe1fr. - Regardez les dernières vidéos d'actu.

19/10/2010

Faire payer les riches : combien et comment ?

Toutes les dernières études sur l’évolution des inégalités de revenu et de patrimoine attestent que ces inégalités se sont accrues ces 20 dernières années et encore davantage ces 10 dernières années. La toute récente analyse publiée par le service recherche du Crédit Suisse sur l’évolution de la richesse mondiale corrobore ce constat : les inégalités se sont creusées, l’essentiel de la richesse crée bénéficie aux plus riches tandis que les salaires des classes moyennes et défavorisées stagnent, leur pouvoir d’achat régresse, le chômage croissant et les délocalisations permettent de contenir les salaires par l’effet d’une concurrence accrue à l’embauche, les déficits sociaux vont toujours croissants.

Il est donc légitime de vouloir rétablir une plus juste répartition de la richesse par l’effet redistributif de la fiscalité, en taxant plus les hauts revenus ainsi que le capital, les revenus tirés des placements en titres (dividendes, stock-options, plus-values).

La question est de combien ? Dans quelles limites pour ne pas faire fuir les capitaux et certaines compétences bien rémunérées, sans risquer de nuire à l’économie et à l’emploi, surtout dans une économie mondialisée où règne la liberté de circulation des personnes et des capitaux ? Qu’est ce que cela rapporterait et cela suffirait-il à combler les déficits publics et sociaux ?

Livrons-nous à une simple simulation sur la France …

Sachant que le bouclier fiscal, passant d'un seuil de 60% à 50% (gain de 10% sur les revenus) a coûté environ 600 millions d'euros, cela signifie que les plus riches assujettis au bouclier gagnaient 6 milliards dans l'année (pour information les traders, qui en font partie, ont reçu 2 milliards de bonus en 2010 perçus au titre de 2009 dont environ 50% est payé en 2010), tout en ayant payé 50% d'impôt, donc leur impôt était de 3 milliards (ce qui est relativement l'équivalent du manque à gagner de la réduction de taxe sur la restauration) ...

Si on revenait à une tranche marginale d'IR de 65% comme avant 1986, au lieu de 40% (+25%), cela rapporterait 1,5 milliards d'euros seulement par an.  Alors que le déficit public 2010 de la France s’élève à 174 milliards et la dette publique à 1500 milliards !

Cela dit, il faut être conscient qu'une grande partie des revenus des plus riches est domicilée anonymement dans les paradis fiscaux et sinon logée dans des sociétés holdings déclarées (comme celle de Liliane Bettencourt, Thétys) qui sont détenues et contrôlées en toute légalité et en conformité avec la loi européenne, domiciliées en France ou dans un autre pays. Ces sociétés peuvent recevoir des dividendes et ne subissent pratiquement pas l’IS (Impôt sur les Sociétés) ou en tout cas limité à 1,66%, au motif qu’il a déjà été payé par la société distribuant les dividendes (L’Oréal pour Liliane Bettencourt). Voir cet article de l’Expansion .
Elles ne subissent pas non plus (à vérifier par un fiscaliste) la taxe sur les plus-values de titres puisque doivent entrer dans la « niche Copé » qui exempte de plus-value les sociétés vendant des part de filiales ...
Ce sont les montants versés par la holding à leur propriétaire qui sont considérés comme des revenus (dans le cas de Liliane Bettencourt, Thétys a reçu plus de 400 millions d’euros de dividendes et Liliane Bettencourt n’a payé que 40 millions d’impôt, après avoir reçu un chèque de l’Etat de 30 millions au titre du bouclier fiscal, ce qui en final donne un taux d’impôt sur les revenus d’origine de 9% et non de 50%).

=> Les riches utilisant ce dispositif, comme Liliane Bettencourt, sont donc en fait imposés sur leurs dépenses et non sur leurs revenus !

Par ailleurs, il est facile de transférer un patrimoine d’un pays à l’autre (au profit d’une destination paradisiaque fiscalement), notamment en vue d’une succession pour éviter l’imposition sur les successions, en faisant une vente de gré à gré de titres détenus par la holding à une société offshore détenue par la même personne mais de préférence en fiduciaire, à un prix volontairement bas, générant ainsi une forte moins-value (sachant que l’achat à bas prix par la société offshore permet de générer une plus-value potentielle équivalente).

Toutes les grandes fortunes utilisent ces techniques dites d’optimisation fiscale.

Si on voulait prendre aux plus riches pour redistribuer aux classes moyennes, en impôt sur revenus officiels, cela n'irait donc pas bien loin (ce qui n'empêche pas de viser plus de justice et d'équité dans la fiscalité !) ... Il faudrait attaquer le patrimoine, notamment logé sur des holdings de ce type (comment ? Dérogation à la loi européenne sur les sociétés mères ?), ... et bien sûr faire la chasse à l’évasion fiscale !
On pourrait commencer par la suppression de la niche Copé (7 milliards par an et même 10 milliards hors crise) ...

C’est là qu’on trouve les gros enjeux ... Le bouclier fiscal et la tranche marginal supplémentaire sur l’IR, à côté, c’est de la « gnognotte » !

Il est clair que la politique du gouvernement, de Nicolas Sarkozy, de l’UMP, ne vas pas dans le sens de la justice ni de l’efficacité. Elle est responsable en partie de l’accroissement des inégalités (Niche Copé, bouclier fiscal, réduction des droits de successions, complaisance fiscale à l’égard de riches fortunes donatrices soutenant l’UMP et pratiquant l’optimisation et l’évasion fiscale …). L’affaire Bettencourt est emblématique de ce système. Le bouclier fiscal, qui n’a pas eu l’effet escompté de faire revenir les expatriés fiscaux (solde négatif), a du plomb dans l’aile. L’UMP envisage à présent de revenir dessus, mais en supprimant l’ISF, ce qui serait encore une grosse arnaque et coûterait 3 milliards d’euros si on ne remplace pas cette taxe par une autre.

Que proposent les partis politiques notamment d’opposition ? François Bayrou et Dominique de Villepin, Martine Aubry, François Hollande, Cécile Duflot, Jean-Luc Mélenchon, … prônent tous la suppression du bouclier fiscal, certains suggèrent de plus taxer le capital, ou commencent à penser à une TVA sociale, mais n’oublions pas que une taxe sur le capital touche aussi des classes moyennes, des petits revenus (à moins d’incorporer les revenus de capital dans l’assiette de l’impôt sur le revenu tout en les traitant hors bouclier fiscal), et que la TVA sociale n’est pas très sociale car c’est un impôt non progressif et qui aurait pour effet secondaire de renchérir le coût des produits importés, pesant plus fortement sur les classes moyennes et défavorisées.

Et quand Jean-Luc Mélenchon dit « qu’ils s’en aillent tous ! », est-ce vraiment responsable ? Si les actionnaires fortunés s’expatrient tout en gardant leurs investissements en France, nous préserverons des emplois (ce qui est un moindre mal) sans pouvoir taxer les revenus de ces personnes …

Ne faut-il pas revoir d’urgence cette loi européenne sur le régime des sociétés mères, dans le cas de ces holdings, tout en mettant le paquet sur la chasse à l’évasion fiscale ?

16/10/2010

Réponse aux critiques violentes faites aux votes du MoDem sur les retraites

Suite au récent vote des Sénateurs sur l'article  5 (âge légal d'ouverture du droit à une pension)et  l'article 6 (âge légal d'annulation de la décote)de la réforme des retraites, de nombreux billets de blogs ou de commentaires (sur Facebook notamment), se sont insurgés contre la position traitre des Centristes en général, qui se sont "couchés" en approuvant les articles, et contre celle du MoDem en particulier.

Je tiens à préciser que les Sénateurs du MoDem ont certes voté oui à l'article 5 mais ont voté NON à l'article 6.

Le MoDem poursuit les mêmes objectifs que la gauche sur la lutte contre l'injustice, l'inégalité sociale, contre cette politique du gouvernement qui privilégie les plus nantis, mais il ne faut pas non plus sombrer dans l'illusion et les solutions irréalistes qu'une certaine gauche clame légèrement, obtenant facilement une adhésion populaire aveugle.

Sur la question de l'âge légal minimum à 60 ans, je signale que le gouvernement a prévu une exception pour les carrières longues des personnes ayant commencé à travailler avant 18 ans. Si on veut partir à la retraite à 60 ans avec un taux plein, toutes ses annuités, cela donne un âge minimum de 19 ans (pour 41 ans de cotisations) ou de 18 ans (pour 42 ans de cotisations). Partir à 62 ans reviendrait à faire cotiser au delà des annuités nécessaires les personnes ayant travaillé avant 20 ou 21 ans Par exemple, pour une infirmière qui a passé son bac + 2 ans d'étude, on arrive à cet âge justement, donc celà ne change rien. Sachant que les personnes qui veulent partir à 60 ans et n'ont pas toutes les annuités (elles  sont nombreuses, notamment du fait des études et de l'entrée tardive dans la vie active) subissent de fortes décotes, qui sont quasi insupportables pour les gens qui ont des petites retraites, donc ces personnes attendront les 65 ou 67 ans sauf incapacité physique. C'est pourquoi François Bayrou parle d'un leurre, d'une illusion quand le PS laisse croire qu'il est pour les 60 ans en évitant de parler des décotes associées ... Tandis que le PCF et le Parti de Gauche eux demande le maintien de la retraite à 60 à taux plein, mais qui n'est pas financé à moins d'augmenter très fortement les impôts ou les prélèvements, ce qui aurait des conséquences néfastes sur l'économie. Et il faut bien être conscient de l'allongement de l'espérance de vie enbonne santé et de la comparaison avec les autres pays.

Il n'y a aucune contradiction, aucun illogisme de la part du MoDem, à accepter le report de 60 à 62 ans de l'âge minimum dans ces conditions tout en n'acceptant pas en revanche le report de 65 à 67 ans de la liquidation de la retraite sans décote. Car même avant 65 ans, c'est déjà injuste de ne pas obtenir des droits à proportion de ce qu'on a cotisé.

Personnellement, je suis pour ne pas mettre de limite d'âge, que ce soit sur la borne d'âge minimum ou d'une borne de liquidation sans décote. Je pense que seule la durée de cotisation doit être le curseur principal, qu'on ne doit pas appliquer de décote mais donner des droits proportionnels aux cotisations, tout en tenant compte de la pénibilité (en appliquant un barême selon les types de pénibilité associés aux professions, froid, charges, travail de nuit ou horaires décalés, produits toxiques etc. mais en faisant abonder un fonds spécial par ces professions pour financer le surcoût), et je suis pour l'abolition des régimes spéciaux,  à commencer par celui des parlementaires comme l'a proposé François Bayrou, privilégiant pour tous un système unifié de retraites à points comme dans les pays nordiques, comme le prône aussi François Bayrou déjà depuis la présidentielle 2007 et même avant.

 
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