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18/08/2010

Pour une presse d’information ou pour une presse engagée ?

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Le métier de la presse et des médias (audiovisuels) consiste tout d’abord à fournir de l’information. Oui mais quelle information ?

-         Une (des)information distillée savamment par le pouvoir en place avec la complaisance d’une direction soumise à des actionnaires « en affaires » avec le pouvoir, dont les intérêts sont liés financièrement ? 

-         La publication de résultats de sondages visant à confirmer ou à influencer l’opinion publique, après avoir été commandités, financés, orientés par la façon dont les questions sont posées, jusqu’à rendre possible des publications concomitantes de résultats apparemment contradictoires (cf. le sondage CSA publié samedi 14 Août par le journal Marianne démontrant que 70% des Français  jugent inefficace la politique sécuritaire menée par Nicolas Sarkozy alors qu’un sondage IFOP commandé par Le Figaro démontre que les Français plébiscitent cette politique sécuritaire) ?

-         Des faits, rien que des faits ? Mais le fait même de décrire un fait, de sélectionner un fait plutôt qu’un autre, ou celui de taire un fait, n’est-il pas déjà un acte orienté ? De même que la façon de le relater, de l’argumenter ?

 

Le rôle de la presse et des médias (audiovisuels) est aussi celui de :

-         diffuser les opinions délivrées par les différents courants politiques sur une orientation gouvernementale, un projet de loi et des événements publics en réaction à l’actualité ;

-         aider le lecteur à comprendre l’information en la resituant dans le contexte, l’histoire, en rappelant des chiffres clés ;

-         permettre ainsi au citoyen d’analyser lui-même l’information, de comparer les opinions et d’entrer dans le jeu politique en participant au débat et en faisant ses choix.

 

Aussi ai-je été étonnée et même choquée en lisant l’interview accordée par le journal Marianne à Michel Rocard, parue dans le numéro du 7 Août dernier, lorsque ce dernier reproche le comportement des journalistes de Marianne : « Vous vous comportez non comme des journalistes d’information pure, mais comme des acteurs politiques. C’est aux hommes politiques d’agir en politique. Ainsi, vous sollicitez de moi cette interview et je sais que, si je l’avais refusée, vous en auriez informé vos lecteurs. C’est une forme de chantage ! ».

Michel Rocard exprime ainsi sa désapprobation envers l’engagement du journal, ses attaques répétées à l’encontre de Nicolas Sarkozy et de sa politique, non pas sa désapprobation d’une ligne politique défendue par le journal, mais le fait même que le journal exprime une critique, un avis politique. Fidèle lectrice de Marianne depuis sa création par Jean-François Kahn, je puis témoigner personnellement que c’est justement ce sens critique du journal qui me plait, ainsi que la façon dont ses journalistes décryptent l’information, s’interrogeant sur le fond des sujets, surtout s’ils portent atteinte aux valeurs de la démocratie et de la république, à l’intérêt général, à une éthique, au respect de l’homme et de sa dignité, ceci indépendamment de tout engagement en faveur d’un parti quelconque. Il arrive souvent à Marianne de critiquer des annonces ou des décisions du gouvernement, en référence à ces valeurs, certes. Mais précisons aussi qu’il lui arrive aussi de critiquer des positions ou au contraire des absences de positions, ou des comportements, manifestés par des opposants à ce gouvernement, qu’ils soient du PS ou d’ailleurs … La presse ne devrait-elle que délivrer une information « pure », (si seulement ce qualificatif était concevable dans l’expression de toute information …) ? Et même dans ce cas l’AFP suffirait donc …

 

Le mois dernier, à propos de l’affaire Bettencourt, Michel Rocard avait co-signé avec Simone Veil dans le journal Le Monde une tribune « Halte au feu », suite à la publication par Mediapart des écoutes téléphoniques mettant en cause notamment Eric Woerth, s’indignant de la tournure de type « attaque ad hominem » de l’événement. Or qu’avait fait Mediapart ? Justement diffuser une information « pure », restituer des conversations privées rendues publiques, dont le contenu dévoilait une atteinte à l’intérêt général. Mediapart a aussi relevé les conflits d’intérêt sous-jacents. Il ne s’agissait même pas de s’attaquer personnellement à un homme, mais bien de dévoiler des faits ! Je m’attendais à une autre réaction de la part de ces anciens ministres que j’ai tant admirés et respectés … Et aujourd’hui je me demande, comme le fait Maurice Szafran, le directeur de Marianne, dans son éditorial daté du 7 Août 2010, pourquoi Simone Veil ne réagit pas, tant en qualité de juriste éminente que pour la défense des valeurs humanistes qu’elle incarne et en écho au souvenir douloureux de la shoah et du régime de Vichy qui a permis sa mise en application, pourquoi ne réagit-elle pas à l’annonce faite à Grenoble par Nicolas Sarkozy, d’appliquer une loi sécuritaire différenciée à des citoyens « d’origine étrangère », de déchoir ces derniers de la nationalité française, mesure anticonstitutionnelle car ne respectant pas l’égalité des citoyens devant la loi, de même qu’elle pourrait aussi réagir à cette idée de punir de prison des parents pour des crimes commis par leurs enfants ?

Pourquoi Michel Rocard ne fait-il pas publiquement aussi cet appel à Simone Veil, si comme il le dit, c’est aux hommes (ou aux femmes) politiques d’agir en politique !

 

Le lecteur citoyen éclairé a une exigence absolue de vérité, d’abord celle des faits, peu importe la manière dont ils sont commentés, qu’il jugera pertinente ou non, grâce à un sens critique qu’il doit à toute force maintenir éveillé. Merci à Marianne, à Mediapart, au Canard Enchaîné, d’avoir révélé des faits !

 

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Le lecteur démocrate a aussi un besoin avide de liberté, liberté d’expression des opinions, de leur diffusion, ainsi que de sa propre parole et de ses choix politiques. En se sens une presse « engagée », qui montre une orientation politique, ne doit pas l’offusquer. Elle est moins dangereuse qu’une presse aux ordres qui n’avoue pas l’être et manipule les esprits.

 

Le lecteur républicain est attentif à l’existence de contre-pouvoirs et à la séparation des pouvoirs, à l’Esprit des lois de Montesquieu, non seulement entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, mais comme le dit François Bayrou également médiatique et financier. Les conflits d’intérêt révélés par l’affaire Bettencourt témoignent de cette dérive de séparation des pouvoirs :

-         les liens financiers entre un parti politique, le gouvernement, et des puissances financières,

-         les liens entre le pouvoir exécutif, le président de la république, et le pouvoir judiciaire, un procureur ami du président,

-         enfin les liens entre le pouvoir et la presse, devenue très timorée dans la diffusion des faits nuisant au pouvoir, parfois porte-parole d’une pensée unique préservant les intérêts financiers et politiques d’une caste dominante liguée, où pratiquement seuls des journaux indépendants de ces puissances financières osent dévoiler des faits mettant en cause le régime en place et osent aussi prendre parti contre les dérives qu’il engendre à l’encontre de l’intérêt général et des valeurs de la république.

 

Alors oui à une presse d’information qui révèle des faits ! Oui à une presse engagée qui réagit, qui représente le 4ème pouvoir ! Oui à Internet qui incarne un cinquième pouvoir ! Merci à Marianne, merci à Mediapart, merci au Canard Enchaîné !

30/07/2010

Villepin ou Bayrou ?

Dominique de Villepin vient de s'exprimer aujourd'hui sur une tribune offerte par Mediapart, dans un texte intitulé «Répondre à l'appel de la France». Je trouve très salutaire pour le pays que se forme, à l'initiative de Dominique de Villepin, un courant républicain à droite issu de l'UMP qui s'oppose à Nicolas Sarkozy, en tout cas aux dérives de sa présidence, intolérables, inadmissibles, insupportables, tant en termes de justice sociale, de démocratie, de valeurs morales.

Et après tout, une division de la droite donne moins de chance à Sarkozy pour le 1er tour en 2012, mais ce dernier pourra-t-il encore, osera-t-il encore, se présenter d'ici là ?

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J'approuve son appel à un rassemblement républicain d'union nationale, comme l'a déjà fait François Bayrou, allant des Gaullistes républicains avec Villepin à la partie du PS plus proche du centre, ouverte au dialogue, en passant par le Mouvement Démocrate, en incitant aussi le Nouveau Centre à couper le cordon qui le lie à l'UMP.

DDV reprend beaucoup de points du discours de François Bayrou (déficit, démocratie, indépendance de la justice, valeurs républicaines, justice sociale, position sur les retraites ...). Je suis néanmoins étonnée qu'il prône plus de justice sociale sans parler de la remise en cause du bouclier fiscal. C'est sans doute parce qu'il l'a lui-même mis en place sous la présidence Chirac (à 60%) avant que Sarkozy baisse le seuil à 50% ? 

J 'aimerais beaucoup qu'il nous explique les éventuels points de désaccord avec François Bayrou, ce serait plus clair pour nous citoyens. Je constate en tout cas que, même s'il n'est jamais trop tard pour bien faire, pendant qu'il était au pouvoir D. de Villepin a laissé filer le déficit, il a mis en place le bouclier fiscal, il n'a pas valorisé suffisamment les petites retraites, il n'a pas proposé à l'époque de plus taxer le capital et en général de rendre la fiscalité plus juste, il n'a pas rendu la justice vraiment indépendante, il n'a pas proposé une loi électorale juste (introduction de 50% de proportionnelle à l'Assemblée comme en Allemagne par exemple), il n'a pas franchement soutenu les PME et l'innovation ...S'ils sont maintenant d'accord sur le fond, sur les idées, en tout cas sur l'essentiel, ils devraient se mettre ensemble et il ne resterait qu'à départager deux personnalités en vue de la présidentielle ...

Concernant l'homme lui-même, qui a du panache, de l'élégance, de la classe, du verbe, de la culture, de vraies valeurs républicaines et un certain sens du sacrifice pour la France qui sied à l'homme d'Etat, plusieurs choses lui manquent néanmoins à mon avis :

1- la simplicité, l'authenticité, la proximité du peuple, des gens "d'en bas" (je déteste ce terme !). Bayrou a été vraiment paysan, est issu d'une famille très modeste (et néanmoins très cultivée, son père récitait Virgile en latin en revenant des champs sur son tracteur, bibliothèque truffée de vieux bouquins depuis plusieurs générations ...). Mélenchon a aussi cette chaleur humaine, ce contact, cet amour des gens que je ne sens pas de Villepin qui reste un aristocrate, un représentant de l'élite intellectuelle du sérail de l'ENA, de la grande bourgeoisie, pas celle arriviste du bling-bling et de l'argent, mais celle d'une classe dominante qui reste entre-soi ;

2-  le sourire et la chaleur humaine. Quand il arbore un sourire, il est crispé et  l'oeil reste glacial. On dirait un aigle. Certes un bel aigle royal (sans jeu de mot sur Ségolène), mais bien celui d'un oiseau de proie. Il manque de chaleur humaine et paraît assez hautain. Moi, je ressens un être et en particulier un homme au regard et à la voix. Regardez-le bien dans les yeux quand il parle, observez la cohérence entre le regard, le sourire et les mots. Puis fermez les yeux et oubliez le fond, le sens des paroles. Ecoutez la musique des mots, le timbre, le souffle, la vibration. Ils révèlent souvent une personne. Par exemple, ce bégaiement sous contrôle de François Bayrou, détecté par de petites traces, ponctué parfois de "heu", me plait beaucoup. Il tempère le rythme de la parole en révélant une force psychique qui force le respect tout en rdévoilant une petite faiblesse qui l'empêche d'être prétentieux. C'est une faiblesse apparente qui donne du charme  et une force intérieure ;

3- la confrontation aux urnes, la reconnaissance des électeurs. Villepin n'a JAMAIS été élu, ni au niveau local, ni territorial ni national. Nommé conseiller, puis secrétaire général de l'Elysée, Ministre, mais jamais élu. Ce n'est pas obligatoire pour se présenter à la présidentielle, mais bon ...

4- le travail en équipe, les amis. Je l'ai toujours vu seul. Même si des gens le soutiennent parmi les députés UMP et bien qu'il ait des fans, je ne l'ai jamais vu "travailler vraiment en équipe", soutenir des amis politiques en campagne (à part Chirac). J'ai entendu François Bayrou appeler aussi au rassemblement et citer nommément Villepin, de même que Peillon, Valls, DSK pour appeler à travailler ensemble. Villepin aussi souhaite un rassemblement et il ressort dans son discours une partie du discours de François Bayrou, mais alors pourquoi ne le rejoint-il pas directement ? Pourquoi n'appelle-t-il pas clairement le Nouveau Centre dans ce rassemblement ? Peut-il nous expliquer ce qui le différencie de François Bayrou pour qu'on puisse y voir plus clair ?

5- l'humour. Certes ce n'est pas indispensable, mais il se prend un peu trop au sérieux. Il n'est pas drôle. Sa grandiloquence est un peu agaçante. Qu'il prenne exemple sur Obama, qui sait être élégant, sérieux et aussi avoir la pointe d'humour qui détend et permet de prendre du recul !

Bon, j'espère que si Dominique de Villepin lit mon billet, il ne sera pas vexé ni peiné de mes critiques et en prendra "de la graine" ...

19:32 Publié dans Analyse politique | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : villepin, bayrou |  Facebook | | |

22/07/2010

Appel à Liliane Bettencourt : un geste classe pour la postérité !

Chère Madame,

En voyant tous ces vautours autour de vous, qui se comportent comme des malfrats, cherchent à vous dicter votre conduite et même vos mots à prononcer devant le président de la république, votre propre fille qui dit vous aimer mais qui s'est coupée de vous pour une sordide histoire d'argent, laissant croire qu'elle ne s'intéresse qu'à cela alors qu'elle en veut semble-t-il à ces vautours et cherche à vous en protéger, quand je vois aussi vos anciens employés Monsieur Bonnefoy, Mesdames Thibout et Trovel qui vous portent affection et sont écœurés par toutes ces manœuvres, qui ont été licenciés sous la pression des vautours justement parce qu'ils cherchaient aussi à vous en préserver, je me dis qu'au fond, toute milliardaire que vous êtes, l'argent ne fait pas votre bonheur et qu'il fait même votre malheur.

J'ai ressenti au travers de ces écoutes, illicites mais combien révélatrices, votre réaction, votre gentillesse et votre détachement concernant l'argent. En fait l'argent ne semble pas vous intéresser et tous ces gens vous barbent. Vous aviez cru trouver un ami divertissant en François-Marie Banier, il ne révèle aussi rapace que les autres. Vous êtes vous-même assez « classe » (ce qui contraste face au style "beauf" de vos interlocuteurs sur ces écoutes téléphoniques) et même belle, et sans doute généreuse, vu les émoluments et les cadeaux dont ont pu bénéficier vos serviteurs et amis. Vous n'avez besoin que d'un minimum d'argent et de la tendresse familiale ou de vrais amis  pour les dernières années qui vous restent encore à vivre et ne méritez probablement pas de laisser derrière vous une telle image, celle d'une femme vénale qui participe à des manipulations, du trafic d'influence.

Quand j'ai vu ces photos de vous avec l'écharpe orange, qui vous sied fort bien, je me suis dit : "tiens, on dirait une militante du MoDem !" et cela m'a donné une idée. Non pas de vous proposer d'adhérer au MoDem, de le financer ou de créer des micros partis affidés pour lui fournir aussi du financement, ce que François Bayrou dénonce au premier chef (même si les finances du MoDem ne sont pas au top !), mais de changer globalement de camp, de passer de celui de l'argent-roi, des abus de pouvoir et du monde des vautours et des vampires à celui de l'humain, des personnes chaleureuses, généreuses et altruistes, pour lesquelles les relations humaines, la protection des faibles, le respect de tout homme et l'égalité des chances sont des valeurs qui priment sur celles de l'argent. Ce qui n’est pas l’exclusivité des sympathisants du MoDem ...

Tant que vous n'êtes pas "mise sous tutelle", vous pourriez faire ce geste classe et salutaire, qui vous inscrirait dans la postérité et dans l'histoire : allez voir votre notaire, supprimez tous ces dons, bénéfices, assurances vie promises à tous ces vautours, faites don de toute votre fortune, à l'exception de ce qui vous est utile pour vivre sans excès, à des fondations et associations qui améliorent notre humanité, qui soulagent les souffrances, qui luttent contre la pauvreté, en France et dans le monde, qui financent la recherche médicale, qui redonnent leur chance de réinsertion à des jeunes en difficulté, à des exclus, à des prisonniers. Disposant d'une fortune (déclarée) de 14,5 milliards d'euros (l'équivalent du coût fiscal de la loi TEPA sur un an, ou encore du tiers de l'impôt sur le revenu), vous pourriez "faire beaucoup de bien" à ceux qui ont si peu ! Vous pouvez le faire même au travers d'une fondation Bettencourt, comme Bill Gates l'a fait en son nom, dont le nom résonnera plus fort que l'auditorium Bettencourt d'un centre de conférences construit sur un terrain de l'Hôtel de la Monnaie ! e

Avec ma considération distinguée, si vos actes montrent prochainement que vous avez été sensible à de tels arguments,

                                                  Marie-Anne Kraft

  

11/07/2010

L’actualité politique révèle que François Bayrou avait raison sur les abus de pouvoir

Ce dimanche matin François Bayrou était l’invité sur Europe1 au « Grand Rendez Vous Politique » de Jean-Pierre Elkabbach et de Bayrou-europe1-110710.jpgPatrick Cohen.

 

9782259208765.gifDécidément, le livre « Abus de Pouvoir » écrit l’an dernier par François Bayrou démontre que ce dernier avait raison sur tout, sur toutes ces dérives, sur le non respect de principes démocratiques et républicains, sur les conflits d’intérêt entre la sphère publique et la sphère privée, sur la politique mise au service des intérêts de quelques uns, des privilégiés, sur le verrouillage de la presse et des médias et combien il est heureux que se soit créée une presse indépendante sur Internet comme Mediapart, …

 

François Bayrou ne s’est pas trompé sur le diagnostic, sur les dérives, sur la racine du mal : l’introduction de l’argent dans la société en tant que valeur.

 

Dépassant les discussions habituelles de l’effervescence médiatique et du bouillonnement politique autour de cette affaire Woerth-Bettencourt-Sarkozy, la parole des uns contre celle des autres, les accusations personnelles, croyance ou non en l’honnêteté d’un homme politique, François Bayrou s’est exprimé sur la gravité de ce qui est à l’origine de cette affaire et qui exprime une crise profonde de la société et de la République, des institutions, une crise des valeurs de la société et de la démocratie française, une crise à la fois politique et morale.

 

Les Français ont besoin d’un gouvernement que l’on respecte et à l’abri de tout soupçon. Il faut d’urgence un sursaut républicain, sur cinq points :

1-     Le conflit d’intérêt entre les responsables publics et les intérêts privés. Ne pas autoriser les situations où le soupçon devient possible sur des responsables politiques censés défendre l’intérêt général alors qu’eux ou leurs proches bénéficient d’intérêts privés dépendant des décisions de ces responsables ;

2-     L’exigence d’indépendance réelle de la justice : nécessité de saisir un juge indépendant sur cette affaire Woerth-Bettencourt-Sarkozy ; l’intervention d’un procureur (Philippe Courroye), nommé par le président de la république contre l’avis du Conseil Supérieur de la Magistrature, [ndlr de surcroît juge et parti], en conflit avec le juge du tribunal de Nanterre (Isabelle Prévost-Desprez), est intenable ; de plus les auditions des témoins se font sans présence de leurs avocats, les procès verbaux divulgués dans la presse n’ont pu l’être qu’avec la complicité du procureur lui-même ou de la police,…

3-     L’injustice fiscale : la révélation concrète de ce que représente le bouclier fiscal : un remboursement de 30 millions d’euros à une milliardaire qui n’en avait pas besoin …

4-     Le problème de liberté et d’indépendance de la presse : le fait que ces scandales touchant l’intérêt public aient été révélés par une nouvelle presse libre, indépendante financièrement et publiant sur Internet, Mediapart, [ndlr de même que par Le Canard Enchaîné ou le journal Marianne] démontre qu’il est heureux et salutaire que cette presse existe, non soumise aux puissances financières ni à l’audiovisuel ou à la radio publics dont le président est nommé par le pouvoir ;

5-     L’opacité et les contournements du financement des partis politiques, la création de structures artificielles qui sont au service d’intérêts privés et non de partis [ou qui servent de manière illégale des partis] : il découvre qu’il existe environ 300 structures du même type que « l’association de financement de l’action politique de Eric Woerth ». Ceci est un détournement de l’esprit de la loi.

 

Sur le premier point, François Bayrou propose que soient prises concrètement deux mesures d’urgence :

1-     Une loi définissant et codifiant le conflit d’intérêt : les élus, les responsables politiques, doivent servir l’intérêt général et non des intérêts privés. Si par exemple un membre de leur famille proche occupe un poste ayant un intérêt financier, économique, qui pourrait dépendre d’une décision ou de l’action de ce responsable, il ne faut pas admettre cette situation ;

2-     La mise en place d’une autorité indépendante à laquelle on pourrait soumettre un conflit d’intérêt a priori, une commission pluraliste qui pourrait en juger et statuer. Idem pour la question du financement public.

 

Il faut faire la différence entre le « conflit d’intérêt », qui place le responsable politique dans une situation de soupçon, même s’il n’a pas l’intention d’être malhonnête, et « la prise illégale d’intérêt », bannie par la loi, qui n’est qu’une conséquence d’un conflit d’intérêt qui a permis ce délit.

 

Plutôt que réclamer la démission d’un homme ou de polémiquer sur la parole de l’un contre celle de l’autre et poursuivre dans les invectives, François Bayrou pose correctement le problème à la racine et propose des solutions claires. Le président de la république les suivra-t-il ? Rendez-vous demain soir sur France 2 pour écouter son allocution devant les Français …

23/06/2010

François Bayrou : "face aux dérives, il est urgent de refonder le modèle républicain"

François Bayrou était ce matin l'invité de France Info.

Une semaine de dérives et de naufrage". constate-t-il au lendemain du dernier match des Bleus. Le problème, c’est un problème de comportement, "les valeurs humaines n’ont pas respectées". Symptomatique d'un "modèle de société dans lequel la France s'est égarée : trop d’argent, peopolisation à l'excès, un faux star-system..." Alors que la France s'est construite sur un modèle contraire à celà. Il faut mettre de la "une dose élémentaire de morale" dans le football.

De même devant les manquements, dérives et accumulations de privilèges, qui sont dévoilés par la rare presse encore indépendante (Le Canard Enchaîné, Mediapart,...), il est urgent et indispensable d'agir "pour une république irréprochable". Il y a un "bloc républicain à reconstruire" : 

  • - interdiction du cumul des rémunérations et des retraites chez les élus et ministres, ce qui serait le début de l'arrêt du cumul des mandats (affaire Boutin)
  • - prudence élémentaire pour éviter les conflits d'intérêt, le mélange des intérêts publics et des intérêts privés (affaire Woerth-Bettencourt). Le pouvoir républicain devrait être insoupçonnable.
  • - indépendance de la justice, du parquet, à l'égard de l'exécutif (les écoutes révélées par Mediapart dans l'affaire Bettencourt laisse penser que l'exécutif agit sur la justice).

François Bayrou revient sur la visite de Nicolas Sarkozy dans les Pyrénées-Atlantiques, hier, à l’occasion de l’inauguration d’une usine de turbines. A ceux qui font croire à un "rapprochement", voire des "retrouvailles" entre les deux hommes, il rétorque qu'il n'en est rien, que n’est pas "une manœuvre politique". Il rappelle qu'il a rencontré le président de la république à propos des retraites, pour faire passer des idées, notamment celle de ne pas toucher au filet de sécurité des 65 ans où on peut prendre sa retraite sans pénalisation (il n'a pas été entendu). Ensuite, au sujet de cette dernière rencontre à l'occasion de la visite de Turbomeca pour l'inauguration de la 1ère usine de fabrication de moteurs d'hélicoptère au monde, c'est parfaitement normal que le président de la république  s'y soit déplacé ainsi que lui-même, député de cette circonscription.

Sur la question d’une alliance avec Dominique de Villepin, François Bayrou ne répond pas sur le terme "alliance", mais dit que "Tous ceux qui voudraient reconstruire le bloc républicain ont quelque chose à faire ensemble, on doit se parler, c’est une grande famille."

22/06/2010

Affaire Woerth-Bettencourt : Copé collé !

cope-84ae1.jpgCe matin, l'invité de la matinale de France Inter était Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, député-maire de Meaux et de surcroît exerçant encore la profession d'avocat pour arrondir les fins de mois. Video ici. L'essentiel de son temps de parole fut consacré à prendre la défense d’Eric Woerth, dénonçant un complot construit sur des amalgames en vue de s'attaquer à une personnalité politique. En effet, toute cette polémique est basée sur des extraits d'écoutes téléphoniques douteuses et illégales et le montage, visant à démontrer par amalgame des liens entre la fonction d'Eric Woerth ministre du budget et celle de son épouse employée à la gestion de fortune de Mme Bettencourt (sans preuve qu'elle s'appliquait à des biens gérés dans des paradis fiscaux), est tout simplement fallacieux.

 

Monsieur Copé est certainement un bon avocat en exerçant ici sa compétence mais fait malheureusement abstraction de toute une vérité à laquelle se doit un parlementaire soucieux du bon exercice de la république et de la démocratie, notamment de la séparation des pouvoirs, de l'interdiction de conflits d'intérêt évidents entre la sphère privée et la sphère publique, comme l'a rappelé François Bayrou hier sur RTL.

 

En effet, même si ces écoutes n'avaient pas eu lieu, ont été tolérées de graves anomalies qui d'évidence démontrent un conflit d'intérêt majeur dans l'exercice des fonctions de Eric Woerth et de son épouse :

 

- Eric Woerth a été nommé ministre du budget en même temps qu'il exerçait la fonction de trésorier de l'UMP. D'une main il recevait et reçoit encore les dons des généreux donateurs, notamment de grandes fortunes amis de N.Sarkozy, de l'autre il collecte l'impôt et peut user de mansuétude aurpès de ces personnes en cas de litige fiscal. Il a même été remercier des généreux donateurs dans un palace en Suisse, comme le décrit cet article. Eric Woerth ne cherchait pas alors à savoir si les chèques qu’on lui remettait étaient prélevés sur des comptes suisses non déclarés au fisc français", explique dans l'article un banquier français résidant en Suisse.

 

- Eric Worth, affichant sa volonté de lutter contre les paradis fiscaux, est le premier à avoir accès à cette fameuse liste provenant de HSBC de 3000 comptes en Suisse non déclarés détenus par des Français et il est plus que probable que parmi ces comptes figurent des généreux donateurs de l'UMP, qui attendent une bienveillance à leur égard.

 

- Son épouse, Florence Woerth, a été recrutée par Patrick de Maistre Directrice des investissements de la société Clymène qui gère la fortune de Liliane Bettencourt, elle-même grande donatrice au profit de l'UMP et de la campagne de N.Sarkozy. Ce recrutement a eu lieu alors qu’Eric Worth était déjà ministre du budget, ce qui est de sa part une imprudence déjà impardonnable, car le conflit d'intérêt est manifeste. Le couple Woerth doit se montrer bienveillant à l'égard de Mme Bettencourt non seulement car il est redevable à l'égard de la cliente pour laquelle travaille Florence Woerth, dépendant d'elle financièrement, mais aussi à l'égard de la généreuse donatrice de l'UMP.

 

 

Nous attendions donc pour le moins un minimum de discernement et de vérité de la part du parlementaire Jean-François Copé, et non une telle mauvaise foi, une telle complaisance, masquées derrière une sombre théorie du complot ! Et je regrette que l'excellent journaliste Nicolas Demorand n'ait pas relevé ces évidences là dans son entretien.

D'ailleurs, Jean-François Copé n'a-t-il pas été imprudent lui-même en cumulant la fonction d'avocat d'affaires et de député ? C'est lui qui a fait voter en 2007 lorsqu'il était ministre du budget une loi exonérant les sociétés d'impôt sur plus-values lors de la vente de leurs filiales, à condition de les avoir détenues au moins deux ans. Or, cette exonération - appelée «niche Copé» - a généré un manque à gagner pour l'État de 3,4 milliards en 2007, 12,5 milliards en 2008 et 6,1 milliards en 2009, selon les chiffres de Bercy (environ 10 milliards par an hors effet crise). Cette niche a  bénéficié à la clientèle d'entreprise qui est aussi cliente de l'avocat d'affaires Jean-François Copé ... Même mélange des genres entre la sphère publique et la sphère privée que dans le cas Woerth !

Ceux qui pensent que je m'acharne sur Copé (un billet lui était déjà consacré hier mais vient curieusement d'être déréférencé de Google aujourd'hui !) se trompent. Je répugne aux atteintes à la république et aux donneurs de leçons sophistes de mauvaise foi. Mais à ce rythme là je vais être de plus en plus adepte du "Copé-collé" !

 

 

 

 

14/06/2010

Pourquoi Hervé Morin est dans une impasse

Afficher l'image en taille réelleLe Nouveau Centre a tenu ce week-end un congrès à Tours, reconfirmant Hérvé Morin à sa tête. Comme le décrypte Mediapart dans un article intitulé " 2012: comment Nicolas Sarkozy joue avec les centristes", Hervé Morin a un plan, celui de se présenter au premier tour de la présidentielle de 2012 (avant de rallier Nicolas Sarkozy au second), pour doper sa notoriété et peser enfin dans la majorité. Mais son plan est contrarié par l'opposition de Nicolas Sarkozy à cette éventualité, qui ne ferait que lui retirer des voix au 1er tour sans lui en apporter plus au second. Bien vu Nicolas ! Et le rusé Nicolas a plus d'un tour dans son sac : il ressort la menace les députés du Nouveau Centre de leur mettre un candidat UMP en concurrence du candidat Nouveau Centre aux Législatives de 2012, comme il l'avait fait en 2007 pour rallier leur soutien entre les deux tours.

CONCLUSION :

- soit Morin ne se présente pas et se couche devant la volonté du Prince Nicolas Sarkozy, préservant sans certitude les mandats de ses députés pour 2012, mais l'identité du Nouveau Centre perd tout crédit, et le parti fait définitivement pchitt !

- soit il se présente et il perd une majorité de ses élus qui :

  • soit l'auront quitté pour l'UMP ou le parti Valoisien aligné à l'UMP pour ne pas avoir de concurrent UMP aux législatives,
  • soit iront au casse-pipe aux législatives avec concurrence UMP, se faisant encore plus rétamer que s'ils étaient du MoDem dont l'honneur est sauf.

Bref dans les deux cas Morin est mort.

Un autre scénario : François Bayrou reprend du poil de la bête et ses anciens amis députés (sauf Morin et Leroy qui ont trop daubé sur lui !) le rejoignent en espérant gagner sous ses couleurs en 2012, qui sait ?

 
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