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06/03/2010

Nicolas Sarkozy ne défend pas les agriculteurs

Cette parade de Nicolas Sarkozy ce matin au Salon de l'Agriculture est une parodie. Alors qu'il tente de montrer compassion envers les agriculteurs en détresse, d'envisager des aides palliatives, rappelons-nous que le gouvernement a été complice des causes de cette détresse, a approuvé la suppression des quotas, la libéralisation excessive qui conduit à casser les prix, en dessous des prix de revient. Et au delà de ces paroles quels actes ? 
Le texte présentant la position du gouvernement français sur la stratégie de l'Union européenne à horizon 2020,  pour préparer le Conseil européen des 19-20 mars prochains, ne parle pas du tout de l'agriculture !

 

Sarkozy_Salon_Agriculture_2010 2.jpg

 

Le président de la République a annoncé ce matin ses mesures pour aider le secteur à sortir de la crise. «Je ferai pour l'agriculture française et européenne ce que nous avons déjà fait pour sauver la finance, a martelé Nicolas Sarkozy. Voir l'article du Figaro.

 

Ces mesures annoncées pour soutenir les agriculteurs sont : 800 millions d'euros supplémentaires de prêts bonifiés, et 50 millions en plus d'allègements de frais financiers pour les emprunts anciens. Sans oublier l'exonération des charges patronales pour les saisonniers et un probable allègement des contraintes écologiques qui pèsent sur l'agriculture (fi du Grenelle de l'environnement !).

 

C'est le pansement sur la jambe de bois ! Songez que les agriculteurs français ont perdu 20% de leur revenus en 2008 et 30% en 2009. 1/3 des exploitations menacées de disparition à très court terme. Les agriculteurs ne peuvent même plus vivre de leur travail.

 

Les causes profondes viennent de ce modèle de société dérégulé dans la mondialisation, de la dictature des prix du marché et de la loi du plus fort,, où les prix font la voltige au gré des déséquilibre de l'offre et de la demande marginale, imposant un prix à tous, d'un marché dominé par des centrales d'achat puissantes face à des milliers de producteurs sans pouvoir. Ce monde nous conduit vers l'éradication de l'agriculture familiale, des petites exploitations, favorisant les grandes industries agricoles inhumaines. la concentration des moyens de production pour une agriculture intensive et loin des lieux de consommation, donc coûteuse en carbone. "L'Europe doit rééquilibrer le marché en permettant l'organisation des producteurs", comme l'a préconisé François Bayrou.

 

Or, c'est bien notre gouvernement actuel qui a favorisé cette politique de dérégulation, qui a approuvé la suppression des quotas européens de production, notamment les quotas laitiers, qui permettait de réguler les prix. Enfin, dans le débat sur l'avenir de la PAC, qui doit être revue avant 2013, Nicolas Sarkozy s'est dit prêt à diminuer le budget de plus de 50 milliards d'euros mais à condition que les agriculteurs vivent avec des prix décents et que l'on applique la préférence communautaire. Il s'est aussi engagé à défendre l'agriculture française à Bruxelles.

 

Alors, que propose le gouvernement à l'Europe en matière de politique agricole  ?

RIEN.

 

Je vous invite à lire le document remis le 13 janvier 2010 par le gouvernement français à la Commission européenne, rédigé sous la responsabilité de Pierre Lelouche, donnant la position de la France sur la stratégie de l'Union Européenne à horizon 2020. Voir aussi l'article de Euractiv.fr.

 

Vous serez étonnés de lire que le sujet de l'agriculture et de la PAC n'y est absolument pas abordé, de même que d'autres sujets tout aussi importants tels que la lutte contre les paradis fiscaux et la corruption, une taxe carbone européenne ou  une taxe carbone aux frontières, le renforcement de l'Europe dans les instances internationales pour parler d'une voix, la mise en place d'une veritable force d'intervention européenne en cas de conflit ou de catastrophe (cf Haïti), l'action européenne envers les PVD et le problème de la crise alimentaire, la lutte contre la faim dans le monde, même si on évoque au moins une volonté de lutter contre la pauvreté.

 

23/02/2010

Sélection de citations pour le MoDem et pour François Bayrou

"Seuls les poissons morts nagent dans le sens du courant" (proverbe chinois)

"Etre humain, c'est aimer les hommes. Etre sage, c'est les connaître" (Lao Tseu)

"Dire des idioties de nos jours où tout le monde réfléchit profondément, c'est le seul moyen de prouver qu'on a une pensée libre et indépendante" (Boris Vian)

"Il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des conneries que mobiliser sa connerie sur des choses intelligentes" (Jacques Rouxel, Les Shadoks)

"Les gens qui ne tiennent jamais leurs promesses sont les seuls à qui ont puisse faire entièrement confiance" (Yvan Audouard)

Spécialement pour François Bayrou : "Ad augusta per angusta" ou  "ad astera per aspera" ... ou encore "Per aspera ad astra"

Expression latine « à de grands résultats par des voies étroites », ou encore « la gloire, ou les sommets, par des sentiers sinueux, escarpés », une façon de dire que la gloire n'arrive pas facilement, reprise par Victor Hugo (mot de passe des conjurés d'Hernani  - acte IV).

Et ce  précepte chinois sur l'argent, qui exprime bien l'opposition de l'humanisme au matérialisme. Vous remarquerez d'ailleurs que le capitalisme (culte du profit et de l'argent), comme le socialisme (idéal collectif de partage des richesses) et même aussi l'écologisme (priorité de la nature sur l'homme, préservation des ressources naturelles même si au détriment du développement humain), ont des valeurs articulées sur une logique matérialiste 

L'argent peut acheter une maison

             Mais pas un foyer.

Il peut acheter un lit

             Mais pas le sommeil.

Il peut acheter une horloge

             Mais pas le temps.

Il peut acheter un livre

             Mais pas la connaissance.

Il peut acheter une position

             Mais pas le respect.

Il peut payer le médecin

             Mais pas la santé.

Il peut acheter du sang

             Mais pas la vie.

Il peut acheter du sexe

             Mais pas de l'amour !

20/02/2010

François Bayrou, bouc émissaire des éconduits du MoDem aux régionales

Trop, c’est trop ! Je ne voulais pas intervenir pour ne pas alimenter la polémique, mais cela devient insupportable. Plusieurs cadres militants du MoDem en dissidence ou éconduits des listes ont récemment démissionné à grand bruit, avec lettres ouvertes sur place publique relayées sur la Toile. La presse, avide de querelles alimentant ses colonnes, ainsi que les partis politiques ravis de voir déstabilisé de l’intérieur un concurrent potentiel, se sont empressés de relayer ces polémiques, rendant inaudible tout autre discours, notamment de fond sur le projet du MoDem pour les élections régionales.

Un mauvais sondage, quelques défections ou quelques ralliements de cadres à une liste concurrente, d’une extrême banalité en période de bouclage de liste, auxquels s’ajoute une critique d’une personnalité représentative comme Corinne Lepage, suffisent à la presse pour conclure à la débâcle électorale et adopter un ton catastrophiste, attestant que l’optimisme orange est passé au blues …

Je voudrais simplement dire qu’il est tout à fait normal qu’il y ait beaucoup de déçus dans ce contexte électoral. Le score des dernières élections régionales en 2004 avait été en moyenne de 12% pour l’UDF, dont 16,1% pour l’Ile de France. En général, les sortants sont motivés pour être reconduits. De surcroît la rémunération due au poste met du beurre dans les épinards (1508 à 2640 euros par mois pour un simple conseiller, 3771 avec indemnités et majoration selon cet article). Or, d’une part le Modem n’est plus l’UDF, il s’est renouvelé de nombreux militants, parfois nouveaux en politique, comptant parmi ses cadres autant sinon plus de nouveaux, qui prétendent autant que les anciens à être candidats, d’où un ratio de reconduction des anciens élus sur les listes inférieur à 50%. Le contexte actuel étant devenu aussi plus difficile, les sondages menaçant le MoDem d’un score de 5%, l’éligibilité des candidats sur les listes est divisée par 2  ou par 3. Ce qui donne en moyenne à un ancien élu candidat 1 chance sur 4 à une chance sur 6 d’être reconduit sur son mandat, même en gardant le même rang sur la liste. Il faut savoir aussi que sous le score de 5%, les frais de campagne sont à la charge des candidats, éventuellement subventionnés par le parti. On comprend alors la bataille naturelle qui s’engage entre les anciens et les nouveaux, sans qu’ils osent bien sûr l’avouer … On comprend aussi plus facilement la tentation de rejoindre des listes concurrentes qui présentent des sondages plus avantageux, heureuses de compter des MoDem dans leurs rangs en affaiblissant ainsi un concurrent. Les malheureux éconduits des listes ou frustrés de ne pas se trouver dans une position éligible, qui ont inondé la toile et la presse de leur atermoiements, se gardent bien de dire l’origine réelle de leur frustration. Ils évoquent alors toujours les même arguments : manque de démocratie interne, problème de gouvernance, flou de stratégie et … autocratisme de François Bayrou. Il a bon dos l’autocratisme ou l’égocentrisme de François Bayrou ! Ecoutez-le, connaissez-le ! Il n’est pas vrai qu’il décide seul. Il décide avec son bureau exécutif (et pas seulement sa fidèle Marielle de Sarnez), il écoute ses cadres, il s’appuie sur des relais car il ne peut pas gérer seul. Cet argument est utilisé toujours en dernier ressort par ceux qui ne savent pas en opposer d’autres pour justifier leur défection ou leur désaccord.

 

Pourtant, les statuts et le règlement intérieur du MoDem, élaboré par les militants et voté par les adhérents en Conseil national, ont été parfaitement respectés. Il n’était pas question de primaires sur les candidatures, mais de consultation des Mouvements départementaux pour avis sur les listes, ce qui a été fait. L’approbation des têtes de listes a été soumise au vote des adhérents. Certes, il y a eu un couac sur l’approbation des têtes de listes départementales, assez tardif, donc qui permettait difficilement les ajustements de dernière minute. Il y a eu aussi une maladresse en Languedoc-roussillon où malgré un vote des militants approuvant Marc Dufour, François Bayrou souhaitait une alliance avec l'ex-journaliste météo Patrice Drevet, tête de liste de l'Alliance écologiste indépendante. Ils n’ont pas su se mettre d’accord et au final tout a capoté, Patrice Drevet a présenté sa propre liste et Marc Dufour a retiré sa liste au dernier moment.

 

Il y a aussi le courant de Cap21 présidé par Corinne Lepage, co-fondateur du MoDem et intégré au MoDem, mais qui a gardé ses instances, son Conseil national, une indépendance programmatique, ses propres cotisations, se présentant comme le courant écologiste du MoDem (alors qu’il y a de nombreuses sensibilités écologistes au MoDem qui ne sont pas de Cap21, tels Yann Wehrling et Jean-Luc Bennhamias, anciens secrétaires des Verts …). Dès que Europe Ecologie a connu ce flambant succès aux européennes, beaucoup de militants de Cap21 ont senti le vent tourner au vert et se sont montrés plus critiques, à commencer par sa présidente. Ils souhaitaient des accords d’alliance de 1er tour du MoDem avec les listes Europe Ecologie, mais la majorité des adhérents a voté en congrès une préférence pour des listes MoDem autonomes au 1er tour, marquant l’identité de notre sensibilité et réservant au 2nd tour les possibilités d’alliance. Ils déplorent donc une « mauvaise stratégie » (pourtant décidée démocratiquement) et certains ont fait dissidence en ralliant des listes EE dès le 1er tour. Ce comportement est parfaitement logique. De plus, Corinne Lepage, de plus en plus critique à l’égard de François Bayrou, n’a jamais caché ses ambitions présidentielles et elle aurait sans doute aimé être la candidate du MoDem (... et maintenant de Europe Ecologie ?). On comprend alors aussi ses motivations … Le sondage de popularité commandé par Cap21 sur sa présidence n’est pas anodin et cherche à mettre en avant cette dernière. Elle peut tout à fait être candidate à la candidature, si elle est encore au MoDem le moment venu et les adhérents se prononceront par le vote. Mais François Bayrou a un grand capital confiance au sein du MoDem et encore une belle cote de popularité dans l’ensemble de la population (40% dernièrement). Sa détermination est intacte, sa vision juste. Il reste un repère pour nombre de Français.

Ces événements ont contribué à la baisse du MoDem dans les sondages et à son inaudibilité sur les régionales. Malgré tous ces incidents, nous sommes nombreux et même majoritaires à être engagés dans ce Mouvement pour défendre une autre politique, un modèle de société plus humain, plus épanouissant, plus créatif et plus équilibré. Faire partie du MoDem, aujourd’hui, c’est faire acte de résistance. Résistance à l’oppression, à la pression médiatique et à la désinformation, au rouleau compresseur des partis dominants et du pouvoir de l’argent, résistance à toutes les dérives démocratiques et aux atteintes aux principes républicains notamment d’égalité des chances et des libertés individuelles. Mais plus qu’un môle de résistance, le Mouvement Démocrate est une force de proposition, de construction, des compétences solides en réserve sur les questions économiques, le développement durable, la défense, l’agriculture…, des profils nouveaux issus de la vie civile, entrepreneurs et acteurs de la vie associative, comme Alain Dolium, des militants chaleureux, courageux et enthousiastes. Même si les circonstances sont difficiles, il n’y a aucune raison pour que ce mouvement ne s’épanouisse pas. Quels que soient les sondages, la bête bouge encore … Et les sondages ont toujours eu tort. A nous de les faire à nouveau mentir, si possible cette fois à notre avantage !

30/01/2010

A Villepin, Bayrou, Sarkozy : "Arx tarpeia capitoli proxima !"

Tous ceux-là, malgré la réception des honneurs,roche_10.jpg
Devraient méditer sur ce bel antique adage
Qui rappelle que nul même sous projecteurs
N'est à l'abri d'une chute après les hommages :
Le "Arx tarpeia Capitoli proxima " :
"La Roche Tarpéienne est près du Capitole"
Voilà ce dont prévient, maxime a minima,
Que même la tête des vrais preux dégringole.

L'adulé d'aujourd'hui peut être honni demain,
Quand le banni d'hier a aujourd'hui la main !

29/01/2010

Le glissement à gauche de François Bayrou est un effet d'optique

Comme je le remarquais dans un précédent billet, François Bayrou n'a pas changé de ligne depuis la présidentielle, dans le registre démocrate et humaniste, à la fois pour des valeurs morales et républicaines, le développement économique des entreprises, la bonne tenue des finances publiques et pour l'égalité des chances, la démocratie, la justice et la solidarité envers les plus faibles ainsi que pour prendre en compte l'urgence environnementale.

En revanche, la droite s'est droitisée avec Nicolas Sarkozy, au son de "Travail-Famille-Patrie" préférées à "Liberté-Egalité-Fraternité", auxquelles on devrait ajouter "Fric-Chic et toc", une dégradation des valeurs républicaines et une aggravation des inégalités.

La gauche sociale-démocrate elle, notamment du PS et des radicaux de gauche, s'est déplacée vers le centre en renonçant au collectivisme de l'économie administrée et en acceptant le marché dans la mondialisation avec des garde-fous, rejoignant ainsi la conception de François Bayrou.

Cela donne l'effet d'optique que François Bayrou a glissé à gauche !

Les écologistes ont sur ce repère euclidien une position plus ambiguë, les Verts étant classés à gauche, traditionnellement alliés au PS, mais liés à Europe-Ecologie alors que Daniel Cohn-Bendit est réputé ultra-libéral...

19:16 Publié dans Analyse politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : bayrou, gauche, droite |  Facebook | | |

31/12/2009

Voeux 2010 : oui, un autre monde est possible !

Oui un autre monde est possible, si on résiste à celui qu’on ne veut plus, si chacun y met du sien. C’est ce que François Bayrou nous souhaite en nous rappelant à l’essentiel, en priorisant le souci des générations futures dans toutes nos décisions, de l’égalité des chances, de la résistance à la globalisation telle qu’elle va aujourd’hui, de la solidarité, vertu la plus importante, et enfin "Retrouver l'optimisme, savoir qu'une autre politique est possible, la définir et la défendre et ne pas se laisser décourager ».

Pour compléter ces voeux de François Bayrou, voici les conclusions et les principales leçons que je tire de ces dernières années :

L’année 2009 marque la fin d’une décennie qui, au début de ce 3ème millénaire, a fait prendre conscience aux peuples du monde et à leurs dirigeants :

-          de l’inéluctable et incontrôlable globalisation dans un monde insuffisamment régulé, mal coordonné par des Etats et des organismes internationaux devenus impuissants, face aux pouvoirs financiers, aux organisations mafieuses et terroristes, ainsi qu’aux tyrannies,

-          d’un monde où règne la loi du plus fort et où les inégalités ne cessent de croître, entre pays riches et pays pauvres ainsi qu’au sein des pays riches ou pauvres,

-          de la menace imminente de la survie de la planète, de la biodiversité des espèces et de l’homme lui-même, par le réchauffement climatique et la pollution, si l’ensemble de l’humanité ne prend pas dès maintenant des dispositions drastiques visant à changer ses comportements de consommation et les modes de production.

 

Les causes de ces maux sont intrinsèques au modèle de nos sociétés occidentales, que nous avons transmis aussi aux pays émergents, valorisant la recherche du profit individuel à court terme, la recherche du bien-être au travers de la richesse matérielle et du divertissement, dans un contexte d’économie de marché où le plus fort gagne au détriment du plus faible, ou la compétitivité est préférée à la coopération et à la solidarité, inscrivant même ces principes de fonctionnement dans des normes de négociation au sein de l’OMC et de l’Union européenne.

Ainsi, la visée de la somme d’une maximisation des intérêts individuels à court terme n’a pas optimisé l’intérêt général à long terme et l’a au contraire mis à mal. La croissance économique, que l’on croyait être source de progrès pour l’humanité, qui devait « retomber en pluie » et bénéficier à tous, était basée sur une illusion et s’est avérée bénéficier essentiellement à quelques uns devenus richissimes, au détriment des autres, au prix d’une stagnation des salaires et du pouvoir d’achat, particulièrement au sein des populations défavorisées. La grande pauvreté s’est accrue dans le monde, la famine aussi. Si le libre marché dans un contexte mondialisé et dérégulé a favorisé d’une part la sortie de l’extrême pauvreté d’une partie de la population de pays émergents ainsi que d’autre part, pour le bénéfice des consommateurs de pays riches, la baisse de prix de certains biens fabriqués dans des pays à main d’œuvre bon marché, il a en même temps ruiné une grande part de l’activité industrielle de ces mêmes pays riches par l’effet des délocalisations, accroissant le chômage et la pression sur les salaires dans ces mêmes pays, sans pour autant procurer un pouvoir d’achat, un bien-être et une protection sociale aux salariés des pays émergents, qui soit à la hauteur même relative de ceux des pays riches. L’essentiel de l’accroissement de la richesse, de la valeur ajoutée, a été captée par le capital plutôt que par une valorisation des salaires, par une minorité constituée d’actionnaires des entreprises, soit directs (grosses fortunes devenues héréditaires et bénéficiant des avantages des paradis fiscaux) soit indirects via les fonds de pension destinés à rémunérer des rentes et des retraites par capitalisation. De surcroît, ce fonctionnement est destructeur de l’environnement.

Dans ce contexte, la récente prise de conscience est salutaire et mobilisatrice. Mais au-delà des vœux pieux des différents sommets internationaux, les actions peinent à se concrétiser, comme l’ont démontré la non réalisation des objectifs du Millénaire en 2000 (notamment consécration de 0,7% du PIB des pays riches à l’aide au développement, réduction de la moitié de la pauvreté dans le monde) ou encore l’échec récent du sommet de Copenhague. Les dirigeants des pays occidentaux sont pris en étau entre d’un côté le désir de répondre à des obligations d’intérêt général, à la volonté générale de leur population à prendre des dispositions vertueuses pour réguler la planète, changer les comportements de consommation, assurer plus de solidarité, et de l’autre côté un manque de moyens nécessités par de nouveaux investissements, l’impossibilité d’accentuer une pression fiscale ou une dette publique déjà trop importante, ainsi qu’une forte hésitation à adopter un comportement plus vertueux avant les autres pays en terme de régulation et de normes sociales ou environnementales, au risque de voir fuir les entreprises et donc les emplois. 

Durant toute dette dernière décennie et même pendant les trente dernières années, (depuis les années 1980), les gouvernements de droite comme de gauche ont été impuissants à résoudre ces problèmes d’environnement et d’inégalités sociales, à éradiquer la pauvreté et la précarité. Une forme de désespoir et de renoncement s’est emparé des populations, expliquant un désintérêt croissant pour la politique, voire un écoeurement, et un abstentionnisme électoral croissant dans les démocraties, notamment en France. Or, une démocratie où le peuple ne vote plus et ne prend plus ses responsabilités, ou encore une démocratie où le citoyen vote sans conscience, manipulé par les médias, ou à la « note de gueule », sans réfléchir vraiment au sens et aux conséquences de son vote, comme dans une pseudo démocratie de certains pays où le vote est truqué, ce n’est plus une démocratie de fait. 

Lors des dernières élections en 2009, les écologistes ont bénéficié à la fois d’un positionnement en marge des partis traditionnels et d’un engouement pour la cause environnementale, ou plutôt, vu sous un angle psychologique, d’un besoin de déculpabilisation des citoyens face aux problèmes du réchauffement climatique et de la pollution. Mais une politique de décroissance et d’austérité, de préservation de la nature au détriment de l’homme, sans résoudre le problème des emplois, de la précarité, de baisse du niveau de vie, n’est-elle pas vouée à l’échec ? De même qu’une vision angélique ou irréaliste d’une application autoritaire de la solidarité et de l’orientation des investissements par un rôle accru du pouvoir central et redistributeur de l’Etat associé à une ponction fiscale importante, sur les entreprises ou sur les actionnaires des entreprises, ne risque-t-elle pas de nuire à la créativité, au développement de l’activité économique et à la responsabilité personnelle des citoyens ?   

Mais le pire serait de continuer comme aujourd’hui, de mentir aux citoyens en leur laissant croire par l’affichage de vœux pieux que l’on fait quelque chose, que l’on a su contenir le réchauffement climatique, les inégalités, l’immigration, la délinquance, la crise financière et économique, que l’on a éradiqué les paradis fiscaux, ... , de continuer à vivre à crédit au dépens des générations futures, d’accepter que soient bafouées les valeurs de la république, que le parlement et l’indépendance de la justice ne soient plus respectés, que les abus de pouvoirs croissants imposent leur loi, qu’un pouvoir toujours plus autoritaire et centralisateur paraisse rassurant et protecteur dans ce contexte d’inquiétude.

Si la prise de conscience de l’intérêt général passe par une mise sous contrainte des aspirations individuelles (baisse de consommation, du confort matériel, contribution supérieure à la solidarité …), elle sera à tout le moins plus acceptable si les individus sont intimement convaincus et motivés par les valeurs altruistes et humanistes de solidarité, de respect, de partage, que s’ils continuent à viser en priorité des valeurs individualistes et matérialistes, un profit financier à court terme, un confort matériel et à oublier le reste, leurs responsabilités et la conscience d’un monde menaçant, par refuge dans le jeux et le divertissement. Il faut trouver un juste équilibre entre la priorité environnementale, un développement humain et solidaire, favoriser la création, tout en retrouvant les valeurs essentielles, fondamentales, du vivre ensemble et en reprenant conscience et responsabilité.

Souhaitons donc pour 2010 de nos gouvernants une exigence de vérité et de transparence, des actions concrètes plutôt que des vœux pieux ou des effets d’annonce, marquant le respect des valeurs fondamentales de notre république, de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité, plus de justice sociale, notamment plus de garantie d’égalité des chances. Souhaitons leur aussi de manifester plus de démocratie en respectant mieux la séparation des pouvoirs non seulement entre le législatif, l’exécutif et le judiciaire, mais également médiatique et financier. Et plus d’humanité dans le traitement des sans-papiers, des migrants et de leur famille, des prisons, des exclus, des agriculteurs et des pêcheurs, comme dans l’urbanisation des villes et la désertification des campagnes.

Souhaitons aussi de la part des citoyens, des Français comme des autres Européens, une meilleure prise de 2088934562.jpgconscience individuelle de l’importance de leur vigilance et de leur vote, de leurs actions personnelles, de leur implication à la fois dans la vie civile, associative, et politique.

Oui, un autre monde est possible !

 

 

Bonne année 2010 !

 

 

 

 

19:35 Publié dans Analyse politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bayrou, voeux, 2010, modem |  Facebook | | |

21/12/2009

La vision géopolitique de François Bayrou : le syndrome de Copenhague

Hier, François Bayrou s’est exprimé sur RFI-TV5 Monde, occasion pour lui de donner sa vision du sommet de Copenhague et plus encore, sa vision géopolitique du monde. 

 

Curieusement, l'AFP a semble-t-il retenu essentiellement trois points de cette interview : l’expulsion des Afghans qui n’honore pas la France, ses réserves sur l’intérêt d’une loi contre le voile intégral (ne voulant pas stigmatiser une tenue assimilée à une religion mais plutôt rappeler que notre société a le principe du « visage découvert ») et enfin sa qualification de "caricatural" concernant le débat sur l'identité nationale, estimant qu'il cherchait à "exploiter un certain nombre de peurs de l'opinion publique" (même si le sujet n’est pas sans intérêt, notamment débattre des valeurs de la république de liberté, égalité, fraternité, sans oublier la laïcité, ainsi que de la définition de la « Nation »).

 

Cependant, il s’est aussi exprimé d’une manière très profonde et avec une grande vision du monde, au sujet du sommet de Copenhague et je regrette vivement que ces points n’aient pas été plus commentés, car j’aurais attendu de tous les autres hommes politiques impliqués, notamment lors de la préparation du sommet, une telle vision.

 

Copenhague a été un petit pas positif dans la mesure où le monde reconnaît officiellement la participation des activités humaines au réchauffement climatique et l’affirmation des intentions de tous les pays de faire un effort, de contenir la hausse de température à 2°C.

Cependant, ce sommet a surtout été un tapage médiatique, une "mise en scène", affichant de bonnes intentions et révélant aussi une grande confusion, où certains se sont mis en avant avec un affichage de bonnes intentions, pour un effet très décevant, sans engagements contraignants pour les pays industrialisés et sans garanties de ces mêmes pays à l’égard des pays les plus pauvres qui subissent en première ligne le réchauffement climatique (alors que les accords du Millénaire qui les engageaient à octroyer 0,7% du PIB aux pays pauvres n’est même pas respecté), sans système fiable de mesure des efforts entrepris. Les ONG ont été laissées de côté, ignorées, et l’Europe paraît marginalisée, absente dans la dernière ligne droite des négociations, incapable de s’exprimer d’une seule voix pour peser et donc changer le cours des choses.

 

Face à ce constat, François Bayrou a très justement rappelé que d'autres fléaux tout aussi importants devraient être traités aussi au niveau mondial, comme l'accès à l'eau, la faim, les autres types de pollution et notamment les déchets, les migrations humaines, l'accès à la santé et aux médicaments.

 

Il a aussi fait part d’une vision relative des émissions CO2/habitant, qui sont de 21 t pour les Etats-Unis, 6 pour la France, 4 pour la Chine et inférieure à 1 pour les pays d'Afrique. Même si, en valeur absolue des émissions, la Chine a finalement dépassé les Etats-Unis plus tôt que prévu,  ses émissions restent encore deux fois moindres par habitant que celles d'un Français moyen et 7 fois moins importantes qu'un américain moyen ! Remarquons que les Etats-Unis et l'Europe totalisent à eux seuls près de 60% des émissions contre moins de 8% pour la Chine. Les négociations préalables auraient dû tenir compte de ces chiffres dans les objectifs à cibler. Il était évident qu'un objectif de réduction de 20% sur des chiffres exprimés en valeur absolue appliquée à tous pays qui ne partent pas du même niveau de développement paraît injuste et trop difficile à atteindre pour les pays émergents. Il faut aussi planifier progressivement dans le temps et de manière réaliste l’atteinte des cibles visées.

 

Par ailleurs François Bayrou a aussi dit des choses très intéressantes sur sa vision géopolitique de la gouvernance mondiale, qu'il serait préférable d'organiser par pôles régionaux qui parlent chacun d'une seule voix dans un monde devenu multipolaire (Amérique latine, Afrique, Pays d'Asie du Sud Est, Europe, face à la Chine et aux Etats-Unis) plutôt que celle de la domination du monde par les plus fortes puissances économiques de certains pays.

 

Il a raison et cela sonne comme une évidence. Une représentation plus équilibrée et ainsi plus concentrée au travers de pôles régionaux dans les ONG, l'ONU, la Banque Mondiale, l'OMC, le FMI, le BIT etc. (impossible de négocier ainsi à 130 pays !) et la vision transversale des problèmes inter-ONG (prise en compte de normes environnementale, éthique et sociale dans les négociations de l'OMC par exemple) permettraient de mieux conduire ces sujets mondiaux.

 

 

 

 

 
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