Avertir le modérateur

15/04/2012

Ce que François Bayrou fera au second tour … s’il n’est pas en finale

Ce qui n’est pas joué d’avance …

 

Tout d’abord pourquoi n’est-ce pas joué d’avance ?

Parce que les Français pour la plupart ont suivi superficiellement la campagne, n’ont pas tout écouté, n’ont pas lu les projets, ne sont pas suffisamment informés de la situation réelle du pays et donc peuvent plus difficilement juger des annonces et des promesses des candidats. Tout le monde sait qu’il y a une crise économique, une crise des dettes en zone euro, quela Franceaccuse un déficit public et souffre d’un chômage croissant. Mais la dette, c’est un sujet « technique », d’économistes. Ils ne se rendent pas compte que même si l’Etat n’était plus en déficit, ses 1700 milliards euros de dette (26 000 euros par Français ou encore 40 000 euro par actif) génère annuellement une charge en intérêts de 50 milliards, plus que l’impôt sur le revenu, plus que le budget de l’éducation nationale, soit 2,5% du PIB, comme si sans cette chargela Franceavait 2,5% de croissance !

On bassine quotidiennement les Français de sondages plutôt que d’informations éclairantes sur les problèmes du pays aidant à comparer les propositions. Aucun débat (même l’émission en deux soirées des « Paroles et des Actes » sur France 2, donnant la parole à chaque candidat pendant 16 minutes, était un simulacre, relevait plus du speed-dating que d’un débat dont on a privé les Français. Les vrais sujets essentiels et vitaux, qui devraient être débattus, sont le chômage et la réindustrialisation dela France, le rétablissement de ses finances publiques et de sa balance commerciale extérieure, la refondation de l’Europe passant par une gouvernance démocratique, plus de projets communs, une mutualisation de ses dettes publiques, une reprise en main de l’éducation et de la formation en général. Mais les candidats préfèrent parler de boucherie Halal ou de permis de conduire, bref, des sujets de diversion … sauf François Bayrou justement qui parle de ces sujets essentiels.

Dans ces derniers discours, remarquons que François Bayrou passe environ les trois quarts de son temps sur l’analyse de la situation, l’explication des causes de nos maux, de la dette, du chômage, du financement des retraites. « Tout se tient, ces maux sont en fait les fruits d’un même arbre, le fait que nous ne produisons plus en France », dit-il. Et il nous livre une démonstration, qui part du déficit du commerce extérieur, c'est-à-dire la différence entre nos exportations et nos importations. Avant 2005, nous étions excédentaires. Puis en sept ans, la balance est devenue de plus en plus déficitaire, atteignant 70 milliards d’euro en 2011, soit 3,5% du PIB ou encore en montant l’équivalent du salaires charges comprises de 3 millions de gens ! Alors que celle de l’Allemagne (qui était en pleine crise en 2004, subissant le coût de la réunification), s’est améliorée au point d’atteindre 160 milliards d’euro. Et La chine ne pèse que pour 24 milliards dans ce déficit extérieur, car nous sommes surtout déficitaires vis-à-vis de nos partenaires européens (18 milliards avec l’Allemagne), à l’exception de la Grèce[1]. Et lorsque nous achetons à l’étranger au lieu de biens produits chez nous, il n’y a aucune contribution au financement de notre sécurité sociale, de notre retraite, de notre caisse chômage, à l’impôt sur le revenu des salaires correspondant. Ce qui accroît donc aussi notre déficit public !

La presse internationale le dit, les journalistes le reconnaissent : c’est François Bayrou qui a la meilleure vision, la meilleure analyse, des propositions constructives sur les sujets essentiels que sont l'emploi et le surendettement de l'Etat, sans oublier l'éducation.  Le chiffrage des projets de Nicolas Sarkozy et de François Hollande n'est pas réaliste, pour l'un comme pour l'autre,  car il retient un taux de croissance compris entre 2 et 2,5% alors que le taux officiellement prévu est à présent de 1,5%, taux retenu par François Bayrou dans son projet. François Bayrou veut dire la vérité, mais quand cette vérité fait peur, qu'elle dérange, les gens préfèrent ne pas l'entendre et être séduits par des solutions irréalistes. Bayrou fait appel à la conscience et à la responsabilité des citoyens, il leur fait confiance. Mais quand ces derniers ne lisent plus les journaux et ne regardent que le 20h de TF1 ou éventuellement un zapping du journal gratuit pour suivre l'actualité, qui délivrent quotidiennement des résultats de sondages plutôt que comparer les propositions des candidats, il est impossible de comprendre les sujets de fond, on sombre dans la démocratie d'opinion et dans la note de gueule.

C'est lamentable, affligeant, pitoyable, la décadence de la démocratie. Même cet engouement pour Jean-Luc Mélenchon, je le comprends, car ce candidat révolutionnaire sait drainer la colère du peuple en même temps qu'il dégage une chaleur humaine, "l'humain d'abord". Mais ses solutions sont complètement irréalistes, mettraient le pays en ruine, sans que les gens s'en rendent compte. Avec Jean-Luc Mélenchon, tout paraît simple, l'Etat va tout prendre en charge, « yaca » prendre aux riches et créer de la monnaie banque centrale, de la monnaie de singe (ce qu'on ne peut même pas faire à moins de sortir de l'euro, ce qui serait encore pire, et cela créerait une énorme inflation). C'est un discours déresponsabilisant et infantilisant.

Bayrou n'a pas voulu sombrer dans la démagogie ni user de marketing, d'agence de communication, préférant la conviction à la séduction et à la manipulation. C'est cela qui fait sa faiblesse dans les intentions de vote. Mais c'est tout à son honneur, il respecte vraiment les électeurs.

Nous arrivons donc à la semaine cruciale précédant le scrutin : soit les Français se réveillent, soit s’est plié et le scrutin donnera raison aux sondages.

Actuellement ces sondages donnent au second tour Hollande à 53% contre Sarkozy à 47%. Les 10% d’électeurs de François Bayrou peuvent donc faire basculer le vote. Le dernier sondage sur les reports de voix de Bayrou donne 42% sur Hollande, 39% sur Sarkozy et 19% blanc. Si les votes blancs de Bayrou (2% des voix) basculaient sur Sarkozy ainsi que la moitié de ceux préférant Hollande (encore 2%), cela représenterait 4% des voix, ce qui donnerait Sarkozy gagnant.

On comprend alors toutes les œillades de Chimène faites à François Bayrou (et à ses électeurs), la fois par Nicolas Sarkozy et ses proches et par François Hollande. Devant un tel enjeu, l’hypothèse d’une nomination de François Bayrou premier ministre de Sarkozy est avancée par l’UMP, distillée dans les médias pour faire buzz.

Mais imaginez-vous vraiment François Bayrou accepter une telle nomination ? Alors qu’il aurait déjà pu l’obtenir en d’autres temps, comme des personnes issues du PS l’ont même accepté en 2007 (Bernard Kouchner, Claude Allègre, Luc Besson, …). Ce serait humiliant pour lui, il démissionnerait au bout d'un mois ... Il perdrait son âme et la considération non seulement de ses électeurs, mais de ses propres enfants.

S'il n'est pas au second tour, je pense qu'il soumettra aux 2 candidats en lisse une sorte de charte d'engagement sur les points qui lui paraissent essentiels de son projet, à savoir :

- l'assurance du retour à l'équilibre des dépenses publiques, le retour à zéro du déficit, et un plan pour générer un excédent visant à rembourser progressivement la dette quand la croissance sera de retour ;

- l'établissement d'une véritable politique industrielle mobilisant tous les acteurs pour le "produire en France", assorti du label avec la part produite en France ;

- la préservation des moyens de l'éducation nationale avec certaines de ses propositions sur l'école ;

- le référendum sur la moralisation de la vie politique dès juin 2011, avec part de proportionnelle à l’Assemblée nationale.

Les candidats devront officiellement s'engager sur ces points et publier leur réponse. Il laissera alors ses électeurs se prononcer en toute conscience, les laissant libre de leur vote, qui d'ailleurs ne lui appartient pas.

Bien sûr, cette situation mettrait à nouveau François Bayrou dans une situation difficile pour les législatives car sans accord d’alliance, les candidats se présentant sous étiquette Modem vont subir la concurrence des grands partis et il est peu probable qu’une part de proportionnelle puisse être mise en place dès ce scrutin. 10% des voix ne font pas 10% des sièges … Cependant, des députés élus sous la bannière UMP, PS ou même EELV pourraient très bien une fois élus décider de rejoindre un groupe parlementaire d’accord d’unité nationale, conduit par François Bayrou. Ce n’est pas impossible. Mais le faire savoir par avance risque d’handicaper leur investiture au sein de ces partis … Les cartes ne devraient pas être dévoilées trop tôt.

 Mais tout n'est pas joué et il pourrait y avoir un rebond Bayrou. En effet, le dernier sondage TNS-SOFRES du 13 avril 2012 donne François Bayrou largement en tête pour la "présidentialité", sur les trois critères vision, projet et étoffe.

[62% estiment que François Byrou comprend bien les problèmes du pays, 47% qu'il a un projet crédible et 39% l'étoffe d'un Président. Vient ensuite François Hollande dont l'image est structurée de façon assez similaire (56%, 44% 38%). Puis Nicolas Sarkozy qui, si seulement 36% des enquêtés déclarent qu'il comprend bien les problèmes de la France et des Français, convainc 43% qu'il a un projet crédible et surtout 59% qu'il a la carrure, ce en quoi il se distingue nettement des deux précédents, du fait, probablement, de sa qualité de président sortant. A noter que Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, s'ils ne semblent pas majoritairement convaincre sur le projet et la carrure, sont en revanche crédités par une majorité de Français comme comprenant les problèmes de la France et des Français. On le voit, la situation du leader du Modem apparaît toujours paradoxale : apprécié et reconnu alors même qu'il est crédité, par ailleurs, d'intentions de vote bien plus faibles que François Hollande et Nicolas Sarkozy. Outre une campagne peu rythmée comme le montre notre baromètre, un autre élément d'explication dans ce sondage : seulement 24% des Français estiment qu'il a une vraie équipe pour former un gouvernement (quasiment au même niveau que Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon) pour 55% François Hollande et 60% Nicolas Sarkozy.]


[1] http://lekiosque.finances.gouv.fr/APPCHIFFRE/Etudes/table...

11/04/2012

Quel est le projet présidentiel de François Bayrou pour l'EMPLOI ?

Le sujet du chômage, de la création d’emploi, devrait être le thème essentiel de la campagne. Malheureusement, les sujets de diversion fleurissent et  l'emploi est insuffisamment traité par la presse et par les médias. Que proposent les candidats et sont-ils crédibles ? Après avoir analysé les  propositions pour l'emploi de Nicolas Sarkozy (un vide sidéral !) et les propositions de François Hollande (un chèque en bois !) passons à celles de François Bayrou. Nous poursuivrons ce feuilleton avec Jean-Luc Mélenchon puis Marine Le Pen.

 

En 2007, François Bayrou faisait une analyse critique[1] des dérives de la financiarisation de l’économie et d’une mondialisation insuffisamment régulée, dénonçant le modèle américain générateur d’inégalités croissantes, qui s’imposait de plus en plus à l’Europe : le modèle de la loi du plus fort, d’une compétition à outrance au détriment de la coopération. Il rejoignait par certains côtés l’analyse de Jean-Luc Mélenchon. Mais à la différence de ce dernier, il ne rejette pas la mondialisation, le capitalisme, le libre-échange, la finance, l’Europe ... Il ne cherche pas à expliquer les causes de nos maux, du chômage, de la dette, par des causes extérieures dont il suffirait de désigner des coupables et donc de s’attaquer à eux pour résoudre nos difficultés. Il est plus nuancé dans l’analyse et dans une posture responsabilisante : regardons vraiment ce qui nous a conduits où nous sommes, comparons l’Etat dela France à ceux d’autres pays et surtout, quelles sont les solutions réalistes, des remèdes attaquant les causes et non les symptômes, des actions qui dépendent vraiment de nous, gouvernants, entreprises et citoyens, sans attendre des solutions utopiques, une réorganisation de la gouvernance mondiale, la fin du capitalisme etc.

Même s’il dénonce l’aggravation des inégalités et prône plus de justice, sa première priorité est l’emploi. C’est par la création d’emplois, de vrais emplois créateur de valeur ajoutée et non d’emplois subventionnés creusant le déficit, c’est par la conquête de marchés grâce à l’innovation, grâce l’amélioration de l’image de marque de la France, à la qualité de ses produits et services, c’est par l’amélioration de sa balance commerciale extérieure, à la fois par une hausse des exportations et une baisse des importations, quela France pourra véritablement sortir de l’impasse économique dans laquelle elle se trouve.

Tout se tient : commerce extérieur, déficit et dette, chômage, retraites. François Bayrou démontre notamment que l’aggravation du déficit commercial extérieur de la France[2], entamée depuis 2003, serait une cause majeure du chômage et de l’aggravation du déficit public. En effet, le déficit de notre balance commerciale atteignant 70 milliards en 2011, François Bayrou remarque que ce montant correspond à l’équivalent du montant des salaires charges comprises de 3 millions d’emplois, soit l’équivalent du nombre actuel de chômeurs ! En fait une suppression du déficit commercial ne se traduirait pas par une création de 3 millions d’emplois car seule une partie du montant des importations et des exportations est constitué de coût du travail. Notre déficit commercial est dû en partie à l’augmentation de notre facture énergétique en hydrocarbures, en part des matières premières dans les importations. Mais à raison d’une part d’environ 25% du coût du travail dans les échanges extérieurs, il est vrai que sans ce déficit, nous devrions avoir environ 750 000 emplois en plus !

Par ailleurs, le coût du travail sur les biens que nous achetons en France et ceux que nous exportons comprend pour moitié environ une contribution aux charges sociales et fiscales du pays, à la différence des biens achetés à l’étranger. Ce qui signifie que le déficit commercial extérieur s’est traduit en aggravation du déficit public  d’environ la moitié de 25% du déficit commercial extérieur (de 70 milliards), soit 9 milliards d’euros.

C’est pourquoi François Bayrou propose une mobilisation forte de tous les acteurs (Etat, entreprises, partenaires sociaux, citoyens,…) pour le « PRODUIRE EN FRANCE ». Le total de nos importations s’élève à 500 milliards en 2011, le quart de notre PIB. Si nous favorisions l’achat de produits fabriqués en France, ne serait-ce pour 15% de l’ensemble de nos achats importés, il n’y aurait plus de déficit commercial extérieur et nous pourrions créer 750 000 emplois, notre déficit public serait réduit de presque 10 milliards d’euros ! Pour que les citoyens et les entreprises puissent exercer leur choix, cette préférence, il est nécessaire de créer un label « Produit en France » indiquant la part du produit fabriqué en France.

Alors que nous accusons un déficit commercial extérieur de 70 milliards d’euros, l’Allemagne affiche un excédent de 160 milliards, alors que le coût du travail est du même ordre (légèrement supérieur en Allemagne). D’autres pays de l’UE commela Belgique, les Pays-Bas,la Norvège, les Etats-Unis, ont une balance commerciale excédentaire à notre égard. François Bayrou aime donner l'exemple de Renault et Volkswagen, qui produisaient en 2005 le même nombre de véhicules, l'un en France et l'autre en Allemagne : 1,2 millions. L'an dernier, Renault n'en produisait plus que 400 000 sur le sol français et Volkswagen 2 millions ! Avec les mêmes niveaux de salaires ...Ce n’est donc pas le coût du travail qui explique notre faiblesse mais plutôt un problème de compétitivité hors-coûts, un problème de positionnement sur le marché de nos produits.

 

Propositions de François Bayrou

Pour lutter contre le chômage en recréant vraiment de l'activité et de la croissance, sans néanmoins grever encore nos déficits par une politique "sociale" de création artificielle d'emplois subventionnés du secteur public, François Bayrou propose de :

  • Créer un label indépendant pour que les consommateurs puissent connaître la provenance, ou la part française des produits qu’ils achètent.
    • Associer les consommateurs à la démarche du « produire en France ».
    • Développer l’image de marque du « produit en France ».
    • Privilégier la qualité en allongeant à 5 ans la durée de garantie légale des produits.
       
  • Créer un environnement favorable à la production :
  • Créer un Commissariat national aux stratégies. Cette structure légère aura pour objectif de mobiliser et coordonner tous les acteurs du redressement économique du pays et définir filière par filière une politique de production à long terme.
     
  • Simplifier les contraintes administratives et fiscales parce qu’une entreprise, comme une famille, a besoin de visibilité, et pas d’un paysage juridique en perpétuel mouvement. Diviser par deux les déclarations administratives.
     
  • À l’image du « Small business Act » américain, établir des règles propres aux petites entreprises pour favoriser leur accès au crédit, aux marchés publics, à la sous-traitance, et créer un guichet unique, avec un correspondant administratif unique de l’entreprise pour l’accompagner, l’informer de ses droits, et prévenir les pénalités.
     
  • Mettre en réseau les grandes entreprises et les PME, pour créer une complémentarité profitable, encouragée par un avantage fiscal lorsqu’il y aura investissement en faveur des PME.
     
  • Créer un outil de financement propre : un établissement financier, régionalisé, associant les  collectivités locales, dédié au financement des PME et des entreprises de taille intermédiaire.
     
  • Créer un livret d'épargne industrie : le réarmement économique dela France suppose qu'une partie de l'épargne soit dirigée vers l'industrie, sous la forme de ressources nouvelles.
     
  • Compléter le crédit impôt-recherche par un crédit impôt-innovation.
     
  • Rétablir l’incitation fiscale, réduite en 2010, au profit de ceux qui investissent dans les entreprises non cotées.
     
  • Au total, l'Etat doit garantir au moins l'égalité de traitement entre PME et grandes entreprises du CAC 40.
     
  • Limiter dans le temps le statut d’auto-entrepreneur et aider son bénéficiaire à rejoindre le statut de droit commun.
     
  • Engager une réflexion conduisant à un allègement progressif d’une part significative des cotisations assises sur le travail.
     
  • Permettre aux entreprises de moins de 50 salariés, aux artisans et aux commerçants de créer un emploi sans charges, pendant deux ans, si elles recrutent un jeune en premier emploi ou un chômeur sous la forme d'un CDI (à condition de n'avoir pas préalablement supprimé de poste de travail).
     
  • Soutenir l’économie sociale et solidaireen lui facilitant l’accès à la commande publique et en promouvant l’innovation sociale.
    • Promouvoir toutes les forces de distribution en circuit court du producteur au consommateur, favoriser les coopératives de production et de distribution, créer un nouveau type d’entreprise, « l’OSEE » (entreprises à Objet Social Environnemental et Economique). Ces entreprises OSEE verront leur taux d’impôt sur les sociétés minoré.
    • Moduler la fiscalité des entreprises en fonction des résultats et des efforts fournis en matière de responsabilité sociale, sur la base de normes européennes communes.
    • Sans détailler ici les propositions créatrices d’emplois par filières : développement durable et énergies nouvelles, numérique, agriculture, … (voir le site http://bayrou.fr/le-programme-en-detail/produire)

 

François Bayrou milite aussi pour une rénovation du climat social dans l’entreprise. Il souhaite organiser une négociation nationale entre partenaires sociaux sur ce thème. Si les entreprises Allemandes ont moins délocalisé que nos entreprises françaises (ou pratiqué une délocalisation sélective vers l'Europe de l'Est en préservant l'essentiel des emplois locaux dans les secteurs clés, non seulement la machine-outil et l'automobile, qui sont ses industries phares, mais bien d'autres domaines comme les biens d'équipement), c'est grâce à une stratégie industrielle appuyées par les partenaires sociaux. Si elles ont  si bien résisté à la crise en 2009 en préférant le chômage partiel aux licenciements, c'est encore grâce aux décisions prises conjointement avec les syndicats, dans chaque branche et dans chaque entreprise. 

François Bayrou  propose que les salariés aient un droit de vote au Conseil d’administration des entreprises de plus de 500 salariés. Les comités d’entreprise verront leur rôle étendu à la négociation continue des conditions de travail et des rémunérations.

Il souhaite enfin que la négociation d’accords particuliers au sein de l’entreprise soit soumise à des accords cadres dans les branches.

 


[1] Voir article de François Bayrou paru dans la revue Commentaire (N°119, 2007), « Du « Centre » au projet démocrate »

[2] Voir données clés du commerce extérieur de la France : http://lekiosque.finances.gouv.fr/APPCHIFFRE/Etudes/table...

 

07/04/2012

Présidentielle 2012 : les propositions des principaux candidats sur l’emploi sont-elles crédibles ?

Le sujet du cômage, de la création d'emploi, devrait être le sujet essentiel de la campagne. Malheureusement, les sujets de diversion fleurissent et le thème de l'emploi est insuffisamment traité par la presse et par les médias.Voici une comparaison des propositions que font les principaux candidats (Sarkozy,Hollande,Mélenchon, Le Pen et Bayrou) sur ce thème.

Voici une comparaison des propositions que font les principaux candidats (Sarkozy,Hollande,Mélenchon, Le Pen et Bayrou) sur ce thème. Cet article est disponible en version imprimable PDF : Présidentielle 2012 EMPLOI.pdf

 Depuis 2007, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de plus d’un million. Un million de chômeurs en plus, cela veut dire non seulement un problème social, qui touche notamment plus la jeunesse et les seniors, mais aussi le creusement du déficit public (hausse d’allocations, baisse de recettes fiscales) et donc de la dette. Cela veut dire aussi plus de problème pour financer nos retraites, pour pourvoir à leur financement de même que pour assumer un recul de l’âge de départ en retraite si les seniors sont de plus en plus au chômage ! De l’emploi dépend en fait la préservation de notre contrat social : sécurité sociale pour tous avec une haute qualité des soins, gratuité de l’éducation nationale, retraite par répartition, protection chômage, niveau des services publics. Pour rappel la part des dépenses publiques dans le PIB est de 56% en France contre 43% en moyennes dans l’UE (47% en Allemagne).

 

Rappel de quelques chiffres clés 

 

Selon les chiffres du Trésor, entre 1980 et 2007 :

-    la part de l'industrie dans le PIB a chuté de 24% à 14%. La part de l'emploi industriel dans l'emploi total est passée de 32% en 1978 à 20% en 2008.

-   la Francea perdu près de 2 millions d'emplois industriels soit 36% des emplois depuis 1980 (-70 000 par an). Le nombre d'emplois industriels est passé de 5,3 à 3,4 millions. La baisse s'est accélérée avec la crise : 200 000 emplois industriels ont été détruits pour la seule année 2009.

-    explication : seuls 13% des pertes de nos emplois industriel sur les trente dernières années sont dues aux délocalisations (28% sur les dix dernières années), alors que 28% proviennent de l’amélioration de la productivité et 25% sont expliquées par des transfert vers des activités de service (intérim, sous-traitance). Rappelons de plus que le commerce extérieur dela Franceest pour 60% avec nos partenaires de l’UE. Nos partenaires européens, à niveau de vie similaire, contribuent plus à la dégradation de nos échanges que les pays émergents commela Chine.

 

Pour résoudre ce problème du chômage, pour juger des propositions des candidats à l’élection présidentielle, il faut d’abord faire une bonne analyse des causes, pour agir sur ces causes et non simplement sur les symptômes. Ensuite il y a les causes sur lesquelles on a prise, sur lesquelles on peut agir, et les causes qu’on a beau déplorer mais que nous ne pouvons contrer seuls, nous Français, ni à court terme sur l’horizon d’un mandat présidentiel.

 

Quelles sont les causes du chômage selon les candidats et donc les remèdes que ces derniers préconisent ?

 

NICOLAS SARKOZY

 

Selon Nicolas Sarkozy, c’est la dévalorisation du travail et de l’effort, la diminution du temps de travail (les 35 heures), la tentation de l’assistanat, la préférence pour des allocations et des subventions plutôt qu’une reprise effective du travail, ainsi que l’inadaptation des formations au besoin du marché du travail (seuls 10% des chômeurs suivent une formation, 500 000 offres d’emplois non pourvues) qui expliquent en partie la hausse du chômage. C’est aussi une baisse de la compétitivité relative de nos entreprises, comparée à nos voisins européens notamment allemands, à cause d’un coût du travail trop élevé, qui explique la dégradation de notre balance commerciale (baisse des exportations et hausse des importations), et serait la cause de fermetures d’entreprises et de destruction de nos emplois.

 

Nicolas Sarkozy propose donc essentiellement les mesures suivantes :

Ø      TVA sociale : report du coût des allocations familiales surla TVA (+1,6 point, passant de 19,6% à 21,2% en baissant en échange d’autant les charges sociales des entreprises, en vue de baisser le prix à l’exportation et de renchérir relativement les importations ;

Ø      Suppression de la prime pour l’emploi avec un allégement des charges sur bas salaires, compensée par une hausse des bas salaires ;

Ø      Obligation pour les chômeurs de longue durée de suivre une formation qualifiante et d’accepter une offre d’emploi correspondant à cette formation. Ce sujet pourra être tranché par référendum ;

Ø      Extension du travail le dimanche, pour booster la consommation ;

Ø      Exonération de charges sociales pour l’embauche de chômeurs de plus de 55 ans qui obtiennent un CDI ou un CDD de plus de six mois

Ø      Accords compétitivité-emploi au sein des entreprises pour décider de la durée du travail ;

On peut s’interroger sur l’efficacité de ses mesures sur l’emploi :

-          L’argument visant le coût du travail en France, qui pénaliserait la compétitivité des entreprises françaises, ne tient pas : le coût du travail n’est pas plus élevé en France qu’en Allemagne, en Suisse, en Belgique, en Italie, dans les pays nordiques, qui ont à notre égard une balance commerciale excédentaire. Lorsque Nicolas Sarkozy utilise la comparaison des charges patronales avec l’Allemagne, c’est trompeur. Comme je l’ai expliqué dans un article précédent, il est vrai que globalement les charges patronales sont deux fois moins élevées en Allemagne qu'en France mais en revanche les charges salariales sont deux fois plus élevées en Allemagne qu'en France, car le salarié prend plus à sa charge sa protection sociale, mais en contrepartie il a un salaire net plus élevé qu'en France. De même que les impôts sont deux fois plus élevés en Allemagne qu'en France. Les salaires bruts avant prélèvement sociaux et fiscaux sont donc plus élevés en Allemagne qu'en France (+34%). Ce sont ces salaires bruts qu'il faut considérer pour considérer le "coût du travail" pour l'entreprise, et non simplement les charges patronales comme l'a fait Nicolas Sarkozy. De plus, le coût du logement étant 2 à 3 fois moins élevé en Allemagne comparé à la France, le niveau de vie moyen est plus élevé en Allemagne. C’est aussi ce qui explique que malgré une plus grande précarité de l’emploi en Allemagne et les plus bas salaires à 6 euros nets de l’heure contre 9 en France, les plus bas salaires arrivent à un niveau de vie équivalent.

-          Le niveau proposé de TVA sociale est trop faible pour être efficace. Environ 25% des biens importés et exportés sont constitués de coût du travail, donc 1,6% n’aurait qu’un impact de 0,4%. Il faudrait une hausse de TVA d’au moins 6% pour qu’il y ait un effet positif. De plus seulement 25% de l’économie touchée par cette mesure générale est concernée par les échanges commerciaux extérieurs, car elle s’applique aussi à tous les services, aux banques, à l’économie locale. En revanche l’impact négatif sur le pouvoir d’achat n’est pas neutre : les prix à la consommation augmenteront de 1,6%.

-          Le raisonnement consistant à faire croire qu’il suffit de former les chômeurs (2,9 millions en catégorie A, 4,3 toutes catégories dont 1,8 inscrits depuis plus d’un an[1]) afin qu’ils puissent répondre aux offres d’emplois non pourvues (500 000), est fallacieux, ne pourrait s'appliquer qu'à peu de cas. Ce qu’il faut, c’est créer de nouveaux emplois pour remplacer les emplois supprimés. D'une part le chiffre de 500 000 offres vacantes n'est pas bon comme l’explique cet article, d'autre part les offres vacantes sont très majoritairement sur des postes non qualifiés qui n'entreraient pas dans ce cursus de formation : métiers de services aux particuliers comme serveur, animateur socioculturel, apprenti de cuisine et aide à domicile. Voir le rapport 2011 de Pôle Emploi sur les offres non pourvues, notamment pages 25-26, et son enquête sur les besoins de main d'œuvre.

pole emploi,emplois difficiles


-          L’ouverture des magasins le dimanche ne fera pas plus consommer car à revenus égaux, les consommateurs dépenseront plus le dimanche en dépensant moins un autre jour. Au final cela déstabilise la vie de famille des travailleurs du dimanche.

 

 

FRANCOIS HOLLANDE

 

François Hollande ne livre pas vraiment de diagnostic, ne s’exprime pas particulièrement sur les causes du chômage (mondialisation/crise/causes structurelles…). Il entend « lutter contre le chômage et la précarité ». Il le fait plus par des mesures défensives, des emplois subventionnés grevant les finances publiques, que par une politique de création d’emplois productifs générant de la valeur ajoutée pour l’économie. Néanmoins son « patriotisme industriel » rejoint des propositions que l’on retrouve également chez François Bayrou.

Ø      150.000 emplois d'avenir : François Hollande a promis la création de 150.000 emplois d'avenir réservés aux jeunes, en particulier ceux issus des quartiers difficiles (sur le modèle des emplois jeunes du gouvernement Jospin). Il s'agit d'emplois à temps plein d'une durée maximale de 5 ans, financés par l'Etat à hauteur de 75% et exonérés de charges. Le coût de la mesure est estimé par le candidat à 2 milliards d’euros d’ici à 2017 ;

Ø      Le contrat de génération. Objectif : faire baisser à la fois le chômage des jeunes et des seniors, favoriser la solidarité entre les générations. Le principe : le jeune de moins de 30 ans embauché en contrat à durée indéterminée devra être accompagné par un salarié de plus de 55 ans, ainsi maintenu dans l'emploi jusqu'à son départ en retraite. L’entreprise bénéficiera de son côté d’une exonération de charges sociales sur les deux emplois (aide d'un montant estimé à 2.000 euros par mois). François Hollande se fixe comme objectif la signature de 500.000 contrats de génération d’ici à 2017, pour un coût de 2,3 milliards d’euros. Parallèlement, le candidat promet d'augmenter les cotisations chômage pour les entreprises qui abusent des emplois précaires.Ø       

Ø      Création de 60 000 postes dans l’Education Nationale sur 5 ans (12 000/an) : ces postes ne seront pas seulement des postes d'enseignants mais également des postes d'accompagnement : surveillants, infirmières scolaires, psychologues, assistantes sociales,... mesure évaluée à 1,7 milliards par an (5,5 milliards sur le quinquennat).

Ø      Suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires, excepté dans les TPE. Une décision qui devrait rapporter près de 3 milliards d’euros en cinq ans et inciter les entreprises à recruter plutôt qu’avoir recours aux heures supplémentaires.

Ø      Pour lutter contre la précarité, augmentation des cotisations chômage sur les entreprises qui « abusent » des emplois précaires comme les CDD ou l’intérim.

Ø      Pour dissuader les entreprises d’abuser des licenciements boursiers, augmentation du coût des licenciements collectifs pour les entreprises qui versent des dividendes ou rachètent leurs actions.

Ø      Sécurisation des parcours professionnels par un renforcement de la formation. L’objectif est que chaque salarié puisse se maintenir dans l’entreprise ou l’emploi et accéder à la formation professionnelle. Le financement de la formation sera concentré sur les publics les plus fragiles, les moins formés et les chômeurs. Les moyens de Pôle emploi seront de leur côté renforcés.

Ø      Le patriotisme industriel :

1-  Banque publique d’investissement : à travers ses fonds régionaux, favoriser le développement des PME, le soutien aux filières d’avenir et la conversion écologique et énergétique de l’industrie. Permettre aux régions, pivots de l’animation économique, de prendre des participations dans les entreprises stratégiques pour le développement local et la compétitivité dela France. Une partie des financements sera orientée vers l’économie sociale et solidaire.

2-  Soutien des PME et entreprises innovantes : faire des PME une priorité. mobiliser l’épargne des Français, en créant un livret d’épargne industrie dont le produit sera entièrement dédié au financement des PME et des entreprises innovantes. Doubler le plafond du livret développement durable, en le portant de 6 000 à 12 000 euros. Les PME, les TPE, les artisans et les commerçants auront, dans chaque région, un interlocuteur unique. Rendre le crédit d’impôt recherche plus simple et plus accessible aux PME. Leur ouvrir la commande publique.

3-  Fiscalité des entreprises : priorité à la relocalisation et à l’investissement.
Favoriser la production et l’emploi en France en orientant les financements, les aides publiques et les allégements fiscaux vers les entreprises qui investiront sur notre territoire, qui y localiseront leurs activités et qui seront offensives à l’exportation. Moduler la fiscalité locale des entreprises en fonction des investissements réalisés. Engager la relocalisation d’usines dans le cadre d’un contrat spécifique. Pour les entreprises qui se délocalisent, exiger le remboursement des aides publiques reçues. Une distinction sera faite entre les bénéfices réinvestis et ceux distribués aux actionnaires : trois taux d’imposition différents sur les sociétés : 35% pour les grandes, 30% pour les petites et moyennes, 15% pour les très petites.

4-  Compétition mondiale – réciprocité : faire obstacle à toute forme de concurrence déloyale et pour fixer des règles strictes de réciprocité en matière sociale et environnementale. Une contribution climat- énergie aux frontières de l’Europe.

 

 

JEAN-LUC MELENCHON

 

Le Front de Gauche fait une analyse systémique des causes du chômage croissant, accentué violemment par la crise : elles sont intrinsèquement liées au modèle de société capitaliste, à la financiarisation de l’économie dans la mondialisation[2], qui conduit au moins-disant social, à une compression des salaires, à l’accaparement de la valeur ajoutée créée par les plus riches, au travers essentiellement des revenus du capital, sans oublier les bonus des traders et des dirigeants de grosses sociétés cotées. L’accroissement de richesse ne bénéficie qu’à une minorité et n’est plus créateur d’emploi en net. Les entreprises prennent paradoxalement de la valeur en délocalisant des activités, en licenciant, et le gonflement du chômage coûte à la collectivité en même temps. Ce qui a pour effet un enrichissement privé de quelques uns au détriment de la collectivité, avec augmentation de la pauvreté, de la précarité, des inégalités, ainsi que le report d’un coût social supporté par les finances publiques. De surcroît, les plus riches ont les moyens d’échapper à l’impôt et pratiquent allègrement l’exil fiscal, sans que la richesse accaparée revienne proportionnellement à la collectivité. La spéculation a pris le pas sur l’économie réelle, déclenche des bulles et des crises, déclenche même des famines en s’exerçant sur les denrées alimentaires et sur les matières premières.

Dans ce modèle, la dette est la drogue des Etats et des peuples. L’endettement est venu au secours de l’Etat pour combler ses déficits et au secours de familles au pouvoir d’achat insuffisant, les plongeant dans l’enfer du surendettement. Et qui en profite ? Les banques, qui prêtent aux Etats, aux ménages et aux entreprises à des taux bien plus élevés que le taux auquel elles se refinancent (actuellement 1% auprès dela BCE).

Partant de ce constat, Jean-Luc Mélenchon prend une posture dénonciatrice, désignant des coupables qui auraient volontairement mis en place et perpétré ce système qui vampirise les peuples : gouvernants liés aux puissances financières, banquiers (dirigeants de banques et spéculateurs), grosses fortunes. Les solutions proposées visent plus à rétablir l’égalité des revenus en taxant les riches et la finance, en forçant à l’augmentation des bas salaires, en interdisant les licenciements, à supprimer les banques ou à les nationaliser et à financer la dette et les nouvelles dépenses sociales par la création monétaire (prêt direct à taux nul par la banque centrale), qu’à créer de véritables nouveaux emplois générés par création d’activité, de valeur ajoutée.

 

Les principales propositions de Jean-Luc Mélenchon pour l’emploi sont :

Ø      Des mesures relatives au temps de travail : rétablissement des 35 heures effectives et limitation stricte du  recours aux heures supplémentaires, abrogation de la loi Maillé sur l’extension du travail le dimanche ;

Ø      Réévaluation globale des salaires, traitements, pensions et indemnisations du chômage (ces derniers seront indexés sur l’évolution du coût de la vie).

Ø      Augmentation du Smic à 1.700 euros brut par mois pour 35 heures dès 2012 puis 1.700 euros net sur l’ensemble de la mandature. Instauration d’un salaire maximum dans toutes les entreprises, publiques et privées. Et l’écart des rémunérations ne pourra pas excéder une échelle entre 1 et 20. Via la fiscalité, instauration d’un revenu maximum fixé à 20 fois le revenu médian, soit 360.000 euros par an aujourd’hui.

Ø      Lutte contre la précarité en affirmant le CDI comme norme du contrat de travail. Le recours aux intérimaires et CDD sera de son côté encadré : un quota maximal d’intérimaires et de CDD à 5% des effectifs dans les grandes entreprises sera instauré et à 10% dans les PME, sauf dérogations justifiées.

Ø      Titularisation des employés

Ø      Création d’un « droit automatique au passage à temps plein » pour les personnes en temps partiel. Les droits des salariés des entreprises sous-traitantes seront de leur côté alignés par le haut sur ceux des donneurs d’ordre.

Ø      Rétablissement de l’autorisation administrative de licenciements.

Ø      Interdiction des licenciements boursiers ainsi que de la distribution de dividendes pour les entreprises qui licencient. En cas de délocalisation ou de dépôt de bilan, instauration d’un droit des salariés à la reprise de l’entreprise sous forme de coopérative. Nouveaux droits aux salariés et comités d’entreprises en cas de licenciements et de délocalisations.

Ø      Une série de mesures favorisant la relocalisation de l’industrie : taxe sur les productions délocalisées et sur les productions lointaines,

Ø      Une reprise en main par l’Etat de la politique industrielle : pôle financier public pour financer l'investissement des entreprises, secteur bancaire public, renforcement de la présence de l’Etat dans le capital d’entreprises stratégiques, plans industriels pour rétablir les productions délocalisées, planification écologique avec la redéfinition des filières industrielles prioritaires.

 

Ces propositions manquent cruellement de mesures créatrices d’emplois. Elles visent surtout à empêcher des licenciements, à pérenniser les contrats de travail et à revaloriser les salaires de façon autoritaire. De plus, l’effet de telles dispositions (forte hausse du Smic et contraintes fortes sur les contrats de travail et les licenciement) vont inciter les entreprises à quitter le territoire, à fermer ou à pratiquer des licenciements économiques. Au final ce programme est plutôt destructeur d’emplois.

Ces propositions sont de surcroît très coûteuses : le projet de Jean-Luc Mélenchon a été chiffré à 100 milliards d’euros, alors que le déficit public est déjà de cet ordre et qu’il faudrait le neutraliser pour ne plus augmenter la dette. Jean-Luc Mélenchon fait fi de la dette et refuse tous les pactes et plans d’austérité qui concourent, selon lui, à amplifier la récession économique et la régression sociale en Europe au nom d’une logique libérale de «soumission aux marchés ». Il souhaite quela France propose une refonte des missions et des statuts dela BCE, lui permettant de prêter directement aux Etats à taux faibles, voire nuls, et acheter des titres de la dette publique sur le marché. Mais il ne dit pas comment financer cette dette en attendant que les partenaires européens soient d’accord avec une telle proposition de monétisation des dettes souveraines en euro, ni n’envisage les conséquences d’une telle proposition (forte création monétaire, donc forte inflation, dévalorisation de l’euro avec fort renchérissement des importations notamment de matières premières, du pétrole et du gaz, impact négatif sur le pouvoir d’achat …).

 

MARINE LE PEN

Marine Le Pen estime quela Francen’est pas condamnée à la fatalité du chômage de masse et de la précarité de l’emploi. Les causes de la montée du chômage et d’un tassement des salaires seraient selon elle l’immigration  massive et notre soumission à une Europe ultra-libérale qui a ouvert les frontières à tout va, qui accepte le dumping social, fiscal, environnemental et qui nous soumet aux marchés financiers.

Des propositions s’articulent principalement autour de :

Ø      Une politique protectionniste (rétablissement des frontières nationales, taxes des importations aux frontières, forte limitation de l’immigration) et une sortie de l’euro et même de l’Union européenne. La sortie de l’euro, se traduisant par une dévaluation, rendrait nos exportations plus attractives, ce qui aurait un effet de relance sur l’économie, donc la création de nouveaux emplois.

Ø      La fin des politiques « d’accompagnement social » du marché de l’emploi (contrats aidés ou autres emplois jeunes) qu’elle juge inefficaces.

Ø      La réindustrialisation dela France ; le soutien aux PME, artisans et commerçants ;

Ø      L’emploi des jeunes et des seniors, favorisé dans le cadre de la stratégie de réindustrialisation dela France. Incitation des entreprises qui participent à la reconstruction des filières industrielles à utiliser les compétences des jeunes issus des filières professionnelles et des seniors exclus prématurément du marché du travail.

Ø      L’obligation donnée à l’Etat et aux collectivités locales de réserver une embauche sur trois dans la fonction publique aux personnes de plus de 45 ans issues du secteur privé.

Ø      La valorisation de l’apprentissage pour favoriser l’insertion des jeunes dans l’artisanat. L’objectif sera de passer à la fin du quinquennat à environ 700.000 apprentis contre 500.000 aujourd’hui. Elle propose d’abaisser à 14 ans l’âge légal pour pouvoir bénéficier d’un contrat d’apprentissage, de développer l’orientation vers les filières professionnelles et d’augmenter les financements des régions.

Ø      Une sanction très sévère de l’emploi de travailleurs clandestins : il constitue, selon elle, une concurrence déloyale au marché légal du travail. L’employeur sera passible de sanctions pénales et de la fermeture administrative de son établissement.

Ø      La priorité à l’emploi des personnes avec la nationalité française. Une loi contraindra Pôle Emploi à proposer, toujours à compétences égales, les emplois disponibles aux demandeurs d’emploi français. Les administrations respecteront ce principe.

Ø      L’élargissement de la liste des emplois dits « de souveraineté »: dans les secteurs régaliens, les professions seront réservées aux personnes qui possèdent la nationalité française.

Ø      Pas de remise en cause de la loi sur les 35 heures afin de ne pas « perturber » le fonctionnement du marché du travail. En revanche renégociation de la durée hebdomadaire du temps de travail  à la condition qu’elle s’accompagne d’une augmentation proportionnelle du salaire.

Ø      La hausse de 200 euros net « sur tous les salaires » allant jusqu’à 1,4 fois le Smic, grâce à la prise en charge par l’État du même montant de cotisations salariales.

Ø      Dans le secteur privé, indexation des salaires sur l’inflation. L’impôt sur les sociétés sera modulé pour inciter les entreprises à adopter une politique salariale plus généreuse et distribuer davantage de leurs profits à leurs salariés. Une réserve légale de titres sera instaurée : l’objectif est de reconnaître au personnel une part de propriété dans l’entreprise, sans droit de vote, mais permettant le versement de dividendes.

Ø      Dans la fonction publique, évolution du point d’indice sur lequel est basé le calcul des salaires : le point d’indice augmentera plus sensiblement pour les petits salaires et dans une moindre mesure pour les plus hauts salaires. Les hauts fonctionnaires, qui bénéficient de primes, pourront même voir leur traitement gelé pendant les premières années du quinquennat.

Ø      La revue du fonctionnement de Pôle Emploi : il fera l’objet d’un audit en collaboration avec les représentants des demandeurs d’emploi. Vérifier « plus sérieusement » que les demandeurs d’emploi se conforment aux obligations imposées par Pôle Emploi : obligation de recherche, d’acceptation d’un emploi dans les conditions qui seront définies.

Ø      La reprise en main par l’Etat de la politique de formation professionnelle. Instauration d’un service public de la formation tout au long de la vie avec la mise en place d’un « chèque formation ».

Ø      Une grande réforme des syndicats avec comme objectif principal d’assurer une meilleure représentation des salariés. Suppression du monopole de négociation accordés aux syndicats les plus représentatifs et revoir les modalités d’élections des représentants des salariés.

 

Les propositions de Marine Le Pen reposent une analyse doublement contestable :

 

-          d’une part la désignation de l’immigration comme une cause majeure du chômage (et de nos déficits sociaux), alors qu’il n’en est rien. Voir cet article récent « Emploi: réduire l'immigration, fausse piste pour les experts » ou encore  cet article. Ce n’est pas l’enjeu de l’emploi aujourd’hui. Patrick Simon, démographe à l'Ined, explique que «Sur le papier, il peut être séduisant de mettre face à face chômeurs et immigrés». Mais autochtones et immigrés n'occupent pas les mêmes types d'emplois, et se font peu concurrence. «Ils seraient plutôt complémentaires. La plupart des études réalisées constatent d'ailleurs un très faible impact de l'immigration sur le taux de chômage». En France et en Europe, le marché du travail est très segmenté. Les immigrés y occupent souvent des emplois peu qualifiés, peu rémunérés, aux conditions de travail difficiles. Les secteurs de la restauration, du bâtiment et des services à la personne par exemple, peinent malgré tout à pourvoir des offres d'emploi que les autochtones jugent insuffisamment attractives. D'après la dernière enquête sur les besoins de main d'œuvre réalisée par Pôle emploi, 61% des offres d'aides à domicile posent ainsi des difficultés de recrutement.

 

-          D’autre part l’idée faussée que l’euro (trop fort) et l’Europe (trop libérale) sont responsables de la montée du chômage, n’ont pas protégé nos emplois, ayant favorisé les délocalisations. On peut certes reprocher à la politique européenne n’avoir été trop naïve à l’égard de certains pays comme la Chine, en n’exigeant pas la réciprocité sur l’ouverture des marchés publics, trop laxiste sur les normes sanitaires et environnementales qui devraient être les mêmes à l’entrée des produits que celles imposées en Union européenne, en n’agissant pas plus fermement sur la surévaluation de sa monnaie. Il est possible d’œuvrer pour des échanges réciproques et plus loyaux et corriger ses facteurs nuisant à nos emplois, sans pour autant sortir de l’Union et fermer les frontières. De plus, une sortie de l’euro, se traduisant par une dévaluation relative de la nouvelle monnaie d’environ 20 ou 30%, aurait un impact extrêmement négatif sur le renchérissement de nos importations, du pétrole notamment, grevant le pouvoir d’achat, ainsi qu’un renchérissement de la dette libellée en euro, déjà abyssale (1700 milliards), d’environ 400 milliards, de même pour les intérêts annuels de la dette qui augmenteraient de plus de 10 milliards, à moins de déclarer l’Etat en faillite, de refuser de rembourser nos dettes, mais avec la cessation de paiement de l’Etat, l’impossibilité de payer les fonctionnaires et leurs retraites, un scénario à la Grecque.

 

 

FRANCOIS BAYROU

 

En 2007, François Bayrou faisait une analyse critique[3] des dérives de la financiarisation de l’économie et d’une mondialisation insuffisamment régulée, dénonçant le modèle américain générateur d’inégalités croissantes, qui s’imposait de plus en plus à l’Europe : le modèle de la loi du plus fort, d’une compétition à outrance au détriment de la coopération. Il rejoignait par certains côtés l’analyse de Jean-Luc Mélenchon. Mais à la différence de ce dernier, il ne rejette pas la mondialisation, le capitalisme, le libre-échange, la finance, l’Europe ... Il ne cherche pas à expliquer les causes de nos maux, du chômage, de la dette, par des causes extérieures dont il suffirait de désigner des coupables et donc de s’attaquer à eux pour résoudre nos difficultés. Il est plus nuancé dans l’analyse et dans une posture responsabilisante : regardons vraiment ce qui nous a conduits où nous sommes, comparons l’Etat dela France à ceux d’autres pays et surtout, quelles sont les solutions réalistes, des remèdes attaquant les causes et non les symptômes, des actions qui dépendent vraiment de nous, gouvernants, entreprises et citoyens, sans attendre des solutions utopiques, une réorganisation de la gouvernance mondiale, la fin du capitalisme etc.

Même s’il dénonce l’aggravation des inégalités et prône plus de justice, sa première priorité est l’emploi. C’est par la création d’emplois, de vrais emplois créateur de valeur ajoutée et non d’emplois subventionnés creusant le déficit, c’est par la conquête de marchés grâce à l’innovation, grâce l’amélioration de l’image de marque dela France, à la qualité de ses produits et services, c’est par l’amélioration de sa balance commerciale extérieure, à la fois par une hausse des exportations et une baisse des importations, quela Francepourra véritablement sortir de l’impasse économique dans laquelle elle se trouve.

Tout se tient : commerce extérieur, déficit et dette, chômage, retraites. François Bayrou démontre notamment que l’aggravation du déficit commercial extérieur de la France

Par ailleurs, le coût du travail sur les biens que nous achetons en France et ceux que nous exportons comprend pour moitié environ une contribution aux charges sociales et fiscales du pays, à la différence des biens achetés à l’étranger. Ce qui signifie que le déficit commercial extérieur s’est traduit en aggravation du déficit public  d’environ la moitié de 25% du déficit commercial extérieur (de 70 milliards), soit 9 milliards d’euros.

C’est pourquoi François Bayrou propose une mobilisation forte de tous les acteurs (Etat, entreprises, partenaires sociaux, citoyens,…) pour le « PRODUIRE EN FRANCE ». Le total de nos importations s’élève à 500 milliards en 2011, le quart de notre PIB. Si nous favorisions l’achat de produits fabriqués en France, ne serait-ce pour 15% de l’ensemble de nos achats importés, il n’y aurait plus de déficit commercial extérieur et nous pourrions créer 750 000 emplois, notre déficit public serait réduit de presque 10 milliards d’euros ! Pour que les citoyens et les entreprises puissent exercer leur choix, cette préférence, il est nécessaire de créer un label « Produit en France » indiquant la part du produit fabriqué en France.

Alors que nous accusons un déficit commercial extérieur de 70 milliards d’euros, l’Allemagne affiche un excédent de plus de 150 milliards, alors que le coût du travail est du même ordre (légèrement supérieur en Allemagne). D’autres pays de l’UE commela Belgique, les Pays-Bas,la Norvège, les Etats-Unis, ont une balance commerciale excédentaire à notre égard. Ce n’est donc pas le coût du travail qui explique notre faiblesse mais plutôt un problème de compétitivité hors-coûts, un problème de positionnement sur le marché de nos produits.

 

Pour lutter contre le chômage, François Bayrou propose de :

Ø      Créer un label indépendant pour que les consommateurs puissent connaître la provenance, ou la part française des produits qu’ils achètent.

o       Associer les consommateurs à la démarche du « produire en France ».

o       Développer l’image de marque du « produit en France ».

o       Privilégier la qualité en allongeant à 5 ans la durée de garantie légale des produits.

Ø      Créer un environnement favorable à la production :

o       Créer un Commissariat national aux stratégies. Cette structure légère aura pour objectif de mobiliser et coordonner tous les acteurs du redressement économique du pays et définir filière par filière une politique de production à long terme.

o       Simplifier les contraintes administratives et fiscales parce qu’une entreprise, comme une famille, a besoin de visibilité, et pas d’un paysage juridique en perpétuel mouvement. Diviser par deux les déclarations administratives.

o       À l’image du « Small business Act » américain, établir des règles propres aux petites entreprises pour favoriser leur accès au crédit, aux marchés publics, à la sous-traitance, et créer un guichet unique, avec un correspondant administratif unique de l’entreprise pour l’accompagner, l’informer de ses droits, et prévenir les pénalités.

o       Mettre en réseau les grandes entreprises et les PME, pour créer une complémentarité profitable, encouragée par un avantage fiscal lorsqu’il y aura investissement en faveur des PME.

o       Créer un outil de financement propre : un établissement financier, régionalisé, associant les  collectivités locales, dédié au financement des PME et des entreprises de taille intermédiaire.

o       Créer un livret d'épargne industrie : le réarmement économique dela France suppose qu'une partie de l'épargne soit dirigée vers l'industrie, sous la forme de ressources nouvelles.

o       Compléter le crédit impôt-recherche par un crédit impôt-innovation.

o       Rétablir l’incitation fiscale, réduite en 2010, au profit de ceux qui investissent dans les entreprises non cotées.

o       Au total, l'Etat doit garantir au moins l'égalité de traitement entre PME et grandes entreprises du CAC 40.

o       Limiter dans le temps le statut d’auto-entrepreneur et aider son bénéficiaire à rejoindre le statut de droit commun.

o       Engager une réflexion conduisant à un allègement progressif d’une part significative des cotisations assises sur le travail.

o       Permettre aux entreprises de moins de 50 salariés, aux artisans et aux commerçants de créer un emploi sans charges, pendant deux ans, si elles recrutent un jeune en premier emploi ou un chômeur sous la forme d'un CDI (à condition de n'avoir pas préalablement supprimé de poste de travail).

Ø      Soutenir l’économie sociale et solidaire en lui facilitant l’accès à la commande publique et en promouvant l’innovation sociale.

o       Promouvoir toutes les forces de distribution en circuit court du producteur au consommateur, favoriser les coopératives de production et de distribution, créer un nouveau type d’entreprise, « l’OSEE » (entreprises à Objet Social Environnemental et Economique). Ces entreprises OSEE verront leur taux d’impôt sur les sociétés minoré.

o       Moduler la fiscalité des entreprises en fonction des résultats et des efforts fournis en matière de responsabilité sociale, sur la base de normes européennes communes.

Ø      Sans détailler ici les propositions créatrices d’emplois par filières : développement durable et énergies nouvelles, numérique, agriculture, … (voir le site http://bayrou.fr/le-programme-en-detail/produire)

 

François Bayrou milite pour une rénovation du climat social dans l’entreprise. Il souhaite organiser une négociation nationale entre partenaires sociaux sur ce thème.

Il propose que les salariés aient un droit de vote au Conseil d’administration des entreprises de plus de 500 salariés. Les comités d’entreprise verront leur rôle étendu à la négociation continue des conditions de travail et des rémunérations.

Il souhaite enfin que la négociation d’accords particuliers au sein de l’entreprise soit soumise à des accords cadres dans les branches.

 

 



[2] La Grande Régression », oct.2010, Editions du Seuil, Jacques Généreux, co-fondateur du Front de Gauche. Voir mes articles partie 1 et partie 2  sur le sujet.

[3] Voir article de François Bayrou paru dans la revue Commentaire (N°119, 2007), « Du « Centre » au projet démocrate »

[4] Voir données clés du commerce extérieur de la France : http://lekiosque.finances.gouv.fr/APPCHIFFRE/Etudes/table...

01/04/2012

COMMENT BAYROU PEUT GAGNER

Par Jean-Michel Cadiot (journaliste et écrivain)

Chaque élection, c'est ce qui fait en général son côté passionnant et passionnel, est unique. Elle est magique. Aucune comparaison ne fait raison. La présidentielle, en particulier celle de 2012, n'échappe pas aux autres Il est souhaitable, et possible que, que les questions de l'emploi, de la production, de la dette, de l'éducation et autres sujets qui touchent les Français prennent définitivement la place des postures, des faux-semblants, des promesses hypocrites. Aujourd'hui, malgré les sondages et les a priori, rien n'est joué.

 

François Bayrou, lui, n'est jamais entré dans les vaines polémiques, et a imposé autant que faire se peut ces débats de fond, dans cette campagne où les règles et les régulateurs, comme le CSA, semblent aux abonnés absents. Mais le battage et la médiocrité médiatiques ont tenté de faire taire sa voix. Les Français sont adultes et ont droit à une telle compétition démocratique. Ce se produira ce mois d'avril, une fois passés un tourbillons d'événements, aberrants comme le débat sur la viande hallal, dramatiques -les crimes de Toulouse et Montauban- ou spectaculaires, comme la "descente" policière hautement médiatisée le 30 mars chez un groupuscule extrémiste, repéré depuis longtemps, chaque fois mis en scène et profitant au président-candidat sortant Nicolas Sarkozy.

 Il reste trois semaines. Nous allons le voir. C'est beaucoup. Bien sûr, des événements totalement imprévisibles peuvent tout changer.  

Deux "favoris" fragilisés

Cette élection a -outre le fait d'évacuer les vrais enjeux au profit de la communication- deux particularités par rapport aux huit précédentes. Il y a deux candidats qui, depuis quatre mois, font, selon les sondages d'intentions de vote, et selon les medias, très suivistes, beaucoup trop suivistes, deux candidats largement en tête, mais fragilisés: Nicolas Sarkozy, en raison de son impopularité, son besoin obsessionnel de créer chaque jour l'événement et de cacher son bilan, au risque de s'y perdre,; et François Hollande, qui cultive une ambiguïté vis-à-vis de ses partenaires -EELV, avec qui il a signé un accord qui semble caduc, et Jean-Luc Mélenchon, qui monte, monte....et le Centre, qu'il courtisait jusqu'à peu, avant de l'ignorer, et désormais de le combattre. Le président sortant et l'ancien Premier secrétaire du PS sont crédités de 25 à 30% des intentions de vote. Ils s'accrochent à leur statut de "favoris", au point de refuser avec mépris de débattre avec les autres candidats. S'ils sont perçus comme qualifiés pour le second tour, les sondages dans lesquels Bayrou apparaît comme le seul à pouvoir gagner dans tous les vas de figure (ce qui change tout, car le "vote utile", c'est Bayrou, en tout cas pour ceux qui veulent battre Sarkozy- ne sont pas  publiés. Et 53% des Français (contre 43) ne veulent pas, selon une étude de l'IFOP rendue publique samedi, d'un duel Sarkozy-Hollande. Il y a un gros hiatus. Il y a mauvaise donne, mauvaise pioche. Derrière ce tandem, un brin complice, à dix ou douze points, se trouvent au coude-à-coude: Marine Le Pen, François Bayrou, et Jean-Luc Mélenchon. C'est beaucoup. Mais les lignes peuvent bouger, les courbes s'inverser.

 

Bayrou, le plus populaire

Il y a cette autre constante: le candidat le plus populaire, qui a la meilleure image et fait les meilleures propositions est, très largement selon presque tous les sondages, François Bayrou (60 à 70% d'opinion favorable). L'abbé Pierre, soeur Emmanuelle, Yannick Noah, Simone Veil ont recueilli des scores comparables ou supérieurs. C'est la première fois qu'un candidat à la présidentielle, et en campagne, est dans cette configuration. Bayrou, après un départ tonitruant, passant de 5% en septembre 2011 à 13-14% en janvier 2012, stagne depuis, tout en conservant un socle très important (12-13). Mais sans, jusqu'ici réussir son deuxième "décollage". La question est que cette image de compétence, d'homme d'Etat ne se traduit pas (encore?) en bulletins de vote. Mais, tel un serpent qui se mord la queue, l'électeur, qu'il soit énarque, chauffeur-livreur, enseignant, chauffeur de taxi, ouvrier, chômeur... rétorque -tous les acteurs de la campagne Bayrou vous le diront, beaucoup en sont lassés- qu'il est disposé à voter Bayrou.....s'il est au second tour. Il y a un désir de Bayrou contrecarré parce qui parait comme une malédiction: la bipolarisation. Mais cette bipolarisation peut être jugulée.La Vème Républiquedemande qu'une majorité se dégage et que les crises style IIIème et IVème Républiques cessent. Elle ne demande pas de "ne voir que deux têtes". En 2007, Bayrou, justement lui, avait brisé ce tabou en dépassant dans un sondage Ségolène Royal. Mais un sondage CSA (société du groupe Bolloré), vendredi 19 avril, mettait Le Pen, contre toute vraisemblance (il fit six points de moins que ce qui advint!) à plus de 16%. Alors, un réflexe "anti 21 avril" fit fureur; aboutissant à la qualification de Mme Royal, donc à la victoire inéluctable de Sarkozy.

 

  Pendant cinq ans, Bayrou a été raillé, moqué par les medias, le pouvoir et le PS. Ils se gaussaient de la "solitude" du député béarnais et s'amusaient de ses revers électoraux aux élections partielles, à tel point qu'Hervé Morin, un de ses anciens lieutenants assurait que les troupes du MoDem allaient rejoindre son Nouveau Centre; et que le spécialiste des raffarinades, Jean-Pierre Raffarin en personne annonçait solennellement, la main sur le coeur un soir de mars 2008 où une alliance PS-UMP vainquit Bayrou à Pau, la "disparition" -politique, s'entend- du président du MoDem. Rien moins. Chacun sait ce qu'il est advenu du Nouveau Centre et nul n'ose plus, par humanité, rire de l'effarante cavalcade présidentielle de M. Morin, tant le sujet même parait grotesque. Jean-Pierre Raffarin, pour revenir à lui, annonçait fin février que le projet de référendum de M. Bayrou sur la "moralisation de la vie politique" était une très bonne idée, fort compatible avec une réélection de Sarkozy. Quel revirement! M. Bayrou contredisant toutes les analyses de tous les spécialistes, avait ainsi déjoué les pronostics, montré qu'il était non seulement bien vivant, mais très vigoureux politiquement. Et, avec le recul, ce débat médiatique qui dura un an, mais qui n'a pas intéressé une seconde ceux qui connaissent Bayrou, où experts, journalistes, responsables de la droite et de la gauche, se demandaient anxieusement, où était, qui dirigeait  le 'Centre" (les noms de Jean-Louis Borloo et même du fameux Morin furent souvent prononcés) apparaît comme dérisoire, comme un contresens complet. Bref, en revenant au premier plan du champ politique, en conduisant sa famille politique, Bayrou a donné tort à tous les observateurs avisés. Il lui reste à transformer l'essai: gagner la présidentielle, son but, qui est plus du bon sens, de la nécessité politiques qu'une certitude d'avoir un destin, comme le lui reproche Eva Joly. 

 

Gagner cinq points jusqu'à la clôture de la campagne

Il reste trois semaines, juste trois semaines. Il faudrait pour, qu'en trois semaines, Bayrou gagne les dix points nécessaires, et au moins cinq jusqu'au dernier sondage "autorisé" et publiable du 20 avril. Une campagne plus pugnace sans doute. Difficile quand les medias nous rabâchent que "personne ne parlent de la dette", alors que Bayrou en parle abondamment, et que son référendum qui instaure l'indépendance dela Justiceet des medias, tout comme ses propositions de justice sociale et fiscale, bien pus audacieuses que celles de M. Hollande, sont passés sous silence. Il doit "cogner" contre les dérives qui dénaturent la campagne -mais en restant lui-même, un homme pondéré, juste- parce que les Français aiment les candidats qui "cognent", politiquement. C'est cela qui, parait-il, fait le succès de MM. Mélenchon et Sarkozy. Mais ils aiment aussi les personnes honnêtes et de sang-froid. Un accident, une faute grave  dans le parcours d'un deux fébriles "favoris", doit survenir parce qu'on ne peut y avoir trois candidats au-dessus de 20% (il n'y a qu'un exemple, 1969). Des événements importants pourraient mettre en évidence les qualités de M. Bayrou. Et surtout, une prise de conscience et un esprit de responsabilité chez les Français. Tout le monde s'accord sur le fait que Bayrou avait prévu la crise de la dette. Le Point voit en lui un "Prophète". En fait, plus qu'un homme, lucide, et non "devin", il a ceci qu'il est du peuple, -c'est le seul parmi les candidats à plus de 5%- qu'il parle vrai, sans artifice, sans privilégier la communication. C'est sa faiblesse, pensent la plupart. Si cela devenait un atout au sprint final? Sa force: Il est surtout l'homme "de la conscience et de la responsabilité", socle de la démocratie selon Marc Sangnier, l'homme d'un courant de pensée à la fois très laïc, social, ouvert et fondé par des chrétiens républicains, à qui il se réfère dans sa campagne. Les jeunes générations l'ignorent souvent, mais c'est ce courant, cette famille d'esprit qui a dénoncé Munich quand les socialistes l'approuvaient, qui a permis au pays de se rassembler àla Libération, d'abord sous la houlette du général De Gaulle, puis sans le général, avec socialistes et communistes, qui a façonné -avec d'autres- le modèle social français. Les conditions historiques sont différentes; La gravité de la crise -emploi, salaires, logement, école, sécurité, délocalisation, risque de nouvelles guerres au Moyen-Orient- commande néanmoins une nouvelle forme d'unité nationale. Les Français disent la vouloir. Bayrou, seul, la propose clairement, sans que cela signifie, comme 'l"ouverture" de Sarkozy en 2007, un triste numéro de débauchages individuels, mais en séduisant un pays par son projet, pragmatique de "majorité centrale".

 

Une "première"

Dans l'histoire, presque quinquagénaire des élections d'un président au suffrage universel, il est arrivé plusieurs fois qu'en trois semaines les deux favoris des sondages ne soient pas qualifiés. Il est arrivé maintes fois qu'un candidat y gagne ou perde plus de 10%, parfois 15. La conjonction des deux serait une première. Sans doute. Mais il faut toujours commencer....La politique n'est pas une science exacte.

 Pour mieux comprendre, un retour sur le passé. En 1965, le général De Gaulle était ultra favori. Il n'empêche, à trois semaines du premier tour, le 16 novembre, l'IFOP lui donnait 61%, il finit à 44,6%, soit 16,4% de perdu. En 1969; le centriste Alain Poher était à deux semaines du scrutin à 35%, et donné vainqueur à tous les coups contre Georges Pompidou. Jacques Duclos, le communiste était à 10%. Au soir du premier tour, Poher faillit bien être battu par Duclos (23,3% contre 21,3%, soit 11,7 points de perdus pour Poher, 11,3 de gagné pour Duclos).  

  En 1974, le cas est le plus flagrant. Le gaulliste Jacques Chaban-Delmas était à 29%, le 9 avril, selon l'IFOP, et qualifié pour le second tour du 17 mai. Nous savons ce qu'il advint. En raison d'une feuille d'impôt et de l'appel d'un certain Jacques Chirac penchant pour Valéry Giscard d'Estaing, il se retrouva , le 5 mai, avec 15,%. 14% et une qualification contre Mitterrand, candidat de la gauche s'étaient envolés.

  En 1981, il apparaissait dès janvier que François Mitterrand affronterait Valéry Giscard d'Estaing au second tour. Mais, paradoxalement, ce furent des mois d'ascension pour Georges Marchais qui, selonla Sofres, avec 19%, talonnait Mitterrand (21,5) au dernier sondage. Finalement 10,5 points les séparèrent (respectivement 15,3% et 25,8%). De tels chiffres montrent que, même les sondages du dernier jour ne sont pas toujours fiables. 

1995. Dès fin février, Chirac devançait Edouard Balladur. Mais, le 4 avril, l'IFOP prévoyait un deuxième tour entre les deux "amis de trente ans" (26% pour Chirac, 20% pour Balladur, 18,5 pour Lionel Jospin). Trois jours plus tard, le CSA livrait des chiffres comparables. Le 24 avril, Jospin est premier à 23,2%!Tout était chamboulé.

  2002 reste le scénario le plus incroyable. Un sondage IFOP, le 30 mars, place Jean-Marie Le Pen à 10% (en recul de deux points)  à 10%, à égalité avec Arlette Laguillier (+2%)!! C'était une montée de Laguillier comparable peut être à celle de Mélenchon actuellement. Plus intéressants encore, le 20 avril, veille du scrutin, les tout derniers sondages, interdits de publication, plaçaient Le Pen à 12-13%. Or, Le Pen était bien au second tour. 2007 nous apprend surtout que Bayrou aurait pu, déjà, gagner. Mais les socles de Sarkozy et Royal, très proches de leur résultat final, étaient bien plus solides que ceux de Sarkozy 2012, qui court après l'extrême-droite reconstituée et non jugulée comme il l'espérait; et Hollande, qui bénéficie lui, du soutien des caciques et de l'appareil PS, au contraire de son ex-compagne, mais mène une campagne lézardée de toute part, fébrile. Signe du danger à ses yeux de Bayrou, il a chargé Arnaud Montebourg de le discréditer. Il ne prend pas ce genre de peine contre ses autres adversaires, même si la montée de Mélenchon l'horripile. 

Rien n'est jamais acquis. De chacun cela convient. En écoutant le Journal de France 3 quand j'achève cet article, dimanche 1er avril,  les journalistes et les invités ne cessent de dire que les candidats ne parlent pas des vrais problèmes. C'est totalement faux. Chacun admet que François Bayrou a mis l'accent, en 2007, sur la gravité de la dette et des déficits. Avec un brin d'honnêteté nul ne peut occulter le fait que, dans cette campagne aussi, François Bayrou s'est attaché à mettre les graves problèmes que rencontrent les Français au coeur de la campagne, refusant toute diversion, toute illusion, toute volonté de division. Les Français, nous disent les sondages, lui en savent gré. Sa volonté de rassembler est saluée. Sa personnalité est populaire, appréciée. Sa sincérité non plus que sa compétence ne sont mises en doute.

  Un tiers de Français, chiffre terrible, souhaiteraient s'abstenir. Des millions de gens hésitent à voter Bayrou, en commençant des phrases par "Je voterai pour lui si....". Il convient que ce conditionnel, qui signifie enfermement dans le clivage droite-gauche, s'annule. Pas facile en trois semaines. Possible.

 

                  Jean-Michel Cadiot

                  (Journaliste, écrivain)

30/03/2012

Ironie des sondages : Mélenchon va faire monter Bayrou !

Les sondages influencent les intentions de vote, qui elles-mêmes influencent les sondages ...


Tant que Marine Le Pen risque d'atteindre le 2nd tour, le "vote utile" contre Hollande ou contre Mélenchon incite à voter pour celui des deux favoris face à celui qu'on ne veut pas.

Selon un dernier baromètre publié dans Paris-Match mercredi 21 mars 2012, François Bayrou est en tête de cote de popularité (3ème place des personnalités politiques préférées des Français avec 70%, derrière Nicolas Hulot (73%) et Jacques Chirac (71%), Mélenchon arrivant en 10ème avec 57% et Hollande en 13ème avec 54%).
Toujours selon Paris-Match du jeudi 23 mars 2012, une étude de l'IFOP  a testé les duels François Bayrou / Nicolas Sarkozy et François Bayrou / François Hollande". Bayrou est donné "vainqueur de tous les duels", à 51% face à François Hollande, et 61% contre Nicolas Sarkozy.

Ce qui montre que François Bayrou est le choix donnant la plus grande satisfaction générale.

Il suffit donc que Bayrou monte encore un peu et dépasse franchement Le Pen pour que tout bascule.
Bayrou aurait donc le vote du coeur mais pas encore le vote de raison car les gens n'y croient pas malgré tout ...
Mais la flambée récente de Mélenchon, qui semble faire de l'ombre à Bayrou qui stagne et se voit relégué en 5ème place ou en 4ème à égalité avec Mélenchon, pourrait curieusement profiter à Bayrou ... Ce qui rappelle les principes de philosophie orientale et des Arts Martiaux : récupérer l'énergie de l'adversaire à son profit et se servir de sa force pour le déséquilibrer.

En effet, la montée de Mélenchon fait de l'ombre à Hollande qui perd sa dynamique de 1er tour tout en inquiétant l'électorat de centre gauche qui pourrait être tenté par Bayrou plutôt que par un Hollande mélenchonnisé. Cet électorat ne veut surtout pas que tout cela profite à Sarkozy qui lui-même lorgne sur l'électorat centriste. Tant que la probabilité est forte qu'Hollande soit au Second tour, pas de risque pour eux de voter Bayrou (même raisonnement que pour l'électorat de gauche tenté par Mélenchon), donc un peu de courage, allons-y !

Quant à l'électorat de centre-droit, de la droite sociale, gaulliste, radicale ou humaniste sans oublier les "nouveaux-centristes", qui n'est pas sarkozyste, à quoi bon voter pour un Sarkozy qui ne bat pas Hollande au second tour alors que Bayrou lui y arriverait ?

La montée de Mélenchon va donc faire monter Bayrou, qui va dépasser Le Pen et hop ! Le tour est joué ! Bayrou sera le 3ème homme, puis le 2ème, puis le 1er !

Déplafonnons Bayrou !
Alerte rose : Mélenchon atout ou obstacle ?

17/03/2012

L’humanisme : un modèle de société ?

Mon livre "La révolution humaniste" (éditions Salvator) traite du modèle de société dans lequel nous vivons, de nos communautés humaines, et aussi de l’homme en tant qu’individu et citoyen, de sa motivation profonde et de ce qui le relie aux autres. Il propose d’envisager l’humanisme comme fondement d’une approche politique privilégiant les valeurs et d’un modèle de société qu’il nous faut refonder, en opérant une révolution copernicienne, en changeant l’axe central : remettre l’homme au centre, à la place de l’argent (en alternative au capitalisme) et à la place de l’Etat (en alternative au socialisme). J’en résume ci-après quelques points importants de l’analyse, des constats, ainsi que des propositions concrètes visant à remettre l’humain au centre.

1- Le constat

2- L’humanisme : une alternative ?

3- L’humanisme comme modèle de société et comme projet de civilisation

4- Comment mettre l’humanisme en pratique ?

Certains pourront y voir un reflet miroir du modèle de société décrit par François Bayrou dans son dernier ouvrage qui vient de paraître « La France solidaire » (éditions Plon).

 

1- LE CONSTAT 

Je fais d’abord un constat d’ensemble sur nos sociétés occidentales dans la mondialisation, basées sur l’économie de marché et la démocratie. Elles ont libéré la création, la production de richesse globale, mais ont aussi généré des dérives, de la destruction, des inégalités, des crises.

Le constat global des dysfonctionnements dans le contexte de financiarisation de l’économie, de mondialisation et de dérégulation :

  • Un modèle générateur d’inégalités croissantes et même de pauvreté malgré une augmentation globale du gâteau (croissance mondiale de 5% par an en moyenne depuis 2004, de 80% sur 10 ans), sa répartition n’étant pas équitable, loin s’en faut. Si encore l’accroissement des inégalités était expliqué par « plus de riches » et quand même moins de pauvres, mais le problème c’est que désormais, depuis une vingtaine d’années, les riches sont plus riches, les pauvres plus pauvres et plus nombreux, les classes moyennes se sentent de plus en plus déclassées. Quelques chiffres :
  • Division internationale du travail s’exprimant au travers des délocalisations et des spécialisations géographiques. La spécialisation à outrance au niveau international nuit à l’équilibre des sociétés, à  la diversité des cultures.
  • L’impuissance des Etats Nations : le pouvoir politique s’exerce essentiellement encore au niveau des Nations. Les organisations internationales, ONG (organisations non gouvernementales), ne disposent pas (encore) de la légitimité démocratique ni des pouvoirs suffisants pour primer sur la domination marchande qui régit le monde. Ainsi, les Etats sont progressivement marginalisés. Leurs outils traditionnels de politique publique, réglementaire, fiscale, perdent de leur efficacité dans l’environnement mondialisé. Sans une réglementation internationale régissant des règles minimales de protection sociale, d’interdiction du travail des enfants, etc., la loi du marché pousse au moins-disant, au dumping social, au nivellement vers le bas.
  • De nouvelles migrations humaines : presque 200 millions le nombre de migrants internationaux pour les années 2000. C’est relativement faible à l’échelle du monde et au regard du contexte de mondialisation. Ce chiffre augmente de 2 % par an. Mais des migrations à grande échelle  de « réfugiés climatiques » sont à prévoir dans les prochaines années. En parallèle, une stagnation démographique et un vieillissement des populations des pays riches occidentaux pourrait être compensés par l’arrivée de nouveaux migrants.
  • Nouveaux risques et instabilité générés par la globalisation financière :
  • L’émergence d’une culture commune mais en même temps un appauvrissement culturel : « globish », mal-bouffe, zapping, tubes planétaires stéréotypés, films violents, basés sur une exploitation au premier degré de l’émotion, de la peur et des sentiments. Claude Lévi-Strauss, avait déjà écrit en 1955 dans Tristes tropiques : «  Il n’y a plus rien à faire, la civilisation n’est plus cette fleur fragile qu’on préservait. L’humanité s’installe dans la monoculture ; elle s’apprête à produire la civilisation en masse comme la betterave ».
  • Plus de communication tue la communication : ère d’Internet, multiplication des chaînes de télévision, e-book, démultipliant l’accès à l’information, aux savoirs, les capacités de se former, d’apprendre, de communiquer à tous points du monde. En parallèle les gens restent plus reclus chez eux, communiquent moins, s’entraident moins, n’osent plus de parler, les relations de voisinage se raréfient.
    • 20% de la population mondiale détient 90% des richesses
    • 3 milliards d’individus sur la planète sous le seuil de pauvreté (2$/j) soit 40%. Leur nombre s’est accru de 36% depuis 1981. Plus de 1 milliard vit dans l’extrême pauvreté (<1$/j).
    • Dans les pays riches de l’OCDE, les inégalités de revenus se sont accrues depuis 25 ans : la croissance a bénéficié aux plus riches, les revenus des pauvres et des classes moyennes ont stagné et le nombre de pauvres a augmenté.
  • De nouveaux rapports de forces, notamment au travers des fonds souverains (environ 6% de la capitalisation boursière mondiale).
    Comme le synthétisait l’an dernier Al Gore dans une formule choc pour le New York Times : « Les Etats-Unis empruntent de l’argent à la Chine afin d’acheter du pétrole aux pays du Golfe pour le brûler d’une manière qui détruit la planète ».
    • Les 3D : dérégulation, déréglementation et décloisonnement des marchés
    • L’innovation financière a permis de créer des instruments de couverture de risque de change, de taux ou encore sur la variation du prix de matières premières, de denrées agricoles ou de titres financiers. Mais ces instruments ont été utilisés aussi pour spéculer, et leur complexité engendre des risques nouveaux, une opacité, une perte de contrôle : CDS, titrisation, LBO …
    • Contagion des crises : financière/alimentaire/énergétique …
    • Alimenté par des liquidités abondantes et une fuite en avant des déficits et de l’endettement, le système vit à crédit en compromettant le futur.
    • Les paradis fiscaux, trous noirs de la globalisation, permettent aux plus favorisés de contourner les obligations réglementaires et fiscales, ainsi qu’aux activités illicites et mafieuses de prospérer.
  • Le secteur financier a vampirisé la création de richesse au détriment de l’économie réelle : la part de profit dans les banques est passée de 10% du total des profits des entreprises françaises en 1980 à 41% en 2007 alors que le secteur financier ne représente que 5% de l’emploi salarié et 16% de la valeur ajoutée.

Constat de l’évolution de nos modes de vie :

Mon constat rejoint celui de Edgar Morin, exprimé dans son livre « La voie » :

-          importance grandissante dans les sociétés dites occidentales des valeurs matérielles, de l’argent, du profit, au détriment des valeurs humaines et spirituelles, avec un renversement : l’argent devient une valeur en soi, une fin, alors qu’il devrait être et rester un moyen. On assiste à une perte de sens, du sens donné à sa vie ;

-          des comportements sociaux de plus en plus individualistes et égoïstes, au détriment de l’altruisme et du lien social,

-          un accroissement depuis la seconde guerre mondiale, en Europe et aux Etats-Unis, de la protection sociale (santé, retraites, chômage), du rôle protecteur et re-distributeur de l’Etat, des services publics (transports, école publique gratuite,…), avec leur fonction rééquilibrante, diminuant les inégalités, mais avec pour contrepartie une délégation de la solidarité au médiateur, l’Etat, au détriment d’un lien social direct entre générations, entre riches et pauvres, entre forts et faibles ;

-          la concentration urbaine croissante et le gigantisme des villes et des banlieues, accompagnée de la désertification des campagnes. Les villages et les quartiers se vident de leurs petits commerces, de leurs cafés et autres lieux de rencontre, au profit des hypermarchés anonymes en périphérie, des usines à cinéma (Ciné cités), des centres commerciaux fermés, qui nécessitent l’utilisation de la voiture et ne sont pas propices aux rencontres de voisinage. Ce phénomène a accentué la ghettoïsation des banlieues, le contraste entre d’un côté des villes ou des quartiers de pauvres, chômeurs, défavorisés ou exclus de la société et de l’autre des villes ou des quartiers de riches,  de plus en plus soucieux de leur sécurité, protégés par la télésurveillance ;

-          une spécialisation de plus en plus grande des métiers, des savoirs, qui nuit à l’appréhension globale des problèmes, que ce soit dans le domaine médical, scientifique, économique et social. Or la complexité des phénomènes ne se réduit pas à une décomposition de ces derniers pour en analyser et en expliquer chaque partie indépendamment, il ne faut pas perdre de vue la liaison entre eux, leurs interactions. L’économique, le social, le psychologique, l’environnemental, sont liés et interagissent entre eux. La compartimentation des connaissances et des tâches nuit à la communication entre les acteurs. La spécialisation sans adaptabilité et sansformation nouvelle est aussi sclérosante, par exemple pour changer d’emploi, de métier. Comme le souligne Edgar Morin, l’éducation nationale apprend aux écolier des bases de connaissances mais de façon disjointe entre les domaines et les matières et n’apprend pas suffisamment ce qu’est la connaissance, la propension à l’erreur, à l’illusion, les mécanismes déductifs et cognitifs de nos esprit, une réflexion sur les croyances et les mythes du passé et du présent, le développement d’un esprit critique et aussi créatif ;

-          explosion de la cellule familiale qui formait un ciment social et protecteur. La liberté des mœurs, notamment la liberté sexuelle, les mariages consentis, basés sur l’amour (ce qui est en soi une bonne chose mais qui se brisent quand l’amour se délite), la contraception, ainsi que le travail des femmes, émancipées socialement et trouvant un nouvel épanouissement au travers d’une utilité sociale complémentaire à celle de l’éducation des enfants et des tâches ménagères, ainsi qu’une une liberté financière, tout ceci a favorisé les divorces, les séparations, la recomposition des familles, déstabilisantes pour les enfants. Ce qui a eu d’autres conséquences, sur le bien-être psychologique et le niveau scolaire des enfants, qui se sont détériorés, ainsi que sur le pouvoir d’achat des familles séparées, obligeant ces dernières à subir une charge financière de logement deux fois plus lourde ;

-          la consommation croissante des drogues et des psychotropes, des somnifères, des anti-dépresseurs et des anxiolytiques, pour faire face à la dégradation psychologique, à l’anxiété ;

-          une modification notable de l’utilisation du temps libre, avec un glissement progressif du temps consacré autrefois aux activité culturelles, à la lecture (des livres et de la presse), au théâtre et au cinéma, au profit de la télévision (plus de 3 heures par jour en moyenne en France, 6 heures pour les jeunes américains !) et maintenant aussi des jeux vidéos, d’Internet et de la téléphonie mobile, en particulier chez les jeunes collégiens et lycéens. La réduction de la lecture est responsable en grande partie de la détérioration du niveau scolaire, en particulier de la grammaire et de l’orthographe. L’usage abusif de la télévision entretient une attitude passive et favorise l’impact de la publicité, de la prégnance des valeurs matérialistes, de l’argent (jeux d’argent), ainsi que la tentation des politiques à manipuler l’opinion ;

-          l’activité industrielle ainsi que l’usage intensif des transports mécanisés : de la voiture, des avions notamment (développement du tourisme de masse), qui ont considérablement accru les émissions de CO2 et de méthane dans l’atmosphère, aggravant le réchauffement climatique ;

-          le développement de nouvelles maladies liées à l’évolution du mode de vie, à la sédentarisation (marche insuffisante au profit de l’utilisation de la voiture ou des activités immobiles comme l’usage de la télévision ou de l’ordinateur), à une alimentation trop riches en graisse, sucres et viande (toxines) : obésité et diabète, de même que les cancers et les allergies, probablement du fait de la pollution, de la présence de pesticides et autres ingrédients dangereux dans les aliments, les produits de toilette et les produits sanitaires. La consommation croissante et excessive de viande a également pour effet de contribuer aux émanations de méthane (l’élevage de bovins en est autant sinon plus responsable que les transports), ainsi que de compromettre la disponibilité suffisante de production de céréales pour l’alimentation humaine, qui devrait passer de 6 milliards à 9 milliards d’êtres à nourrir d’ici 2050 ;

-          une consommation croissante de plus en plus de biens jetables plutôt que durables et réparables, d’emballages non recyclés, d’une profusion grandissante de déchets. Finie la consigne des bouteilles de verre, introuvables les machines à laver qui durent plus de dix ans ! Les biens sont même programmés pour tomber en panne au-delà d’un certain temps pour assurer un marché de remplacement. Le gâchis touche aussi le domaine alimentaire : on estime à 40% la part des biens alimentaires jetés dans nos sociétés, ce qui est énorme, surtout en regard des personnes qui souffrent de la faim, non seulement dans les pays pauvres, mais aussi chez nous, dans ces mêmes sociétés responsables de ce gâchis ! 

L’analyse du mode de fonctionnement du système :

  • Un modèle reposant sur des valeurs matérialistes et sur le culte du profit, de l’argent, que ce soit la motivation individuelle des gens ou la motivation collective des sociétés. A tel point que souvent le profit est devenu plus important pour les actionnaires des entreprises et leurs dirigeants que la finalité même de l’activité de l’entreprise qui est de satisfaire une clientèle, de rendre un service à la société, de produire ou diffuser des biens. La financiarisation de l’économie a déconnecté la finance de l’économie réelle. Les propriétaires des entreprises, les actionnaires, considèrent simplement l’entreprise dont ils sont propriétaires comme une machine à produire de l’argent.
  • Un système basé plus sur la compétition que sur la coopération, où règne la loi du plus fort
  • Un modèle qui privilégie toujours le court terme sur le long terme et les intérêts particuliers sur l’intérêt général
  • Une perte des repères et du « sens du bien commun »
  • Le modèle de libre-échange mondialisé, basé sur le capitalisme, repose sur un certain nombre d’illusions :
    • Basé sur le libre échange, la loi du plus fort, et la compétition, il tue in fine  la concurrence
    • Le prix du marché « mondial » équilibre faussement l’offre et la demande
    • La spéculation favorise le mimétisme des marchés, le comportement grégaire des investisseurs, accentuant les variations à la hausse et à la baisse. Déjà Keynes disait qu’il est plus malin pour gagner en bourse d'anticiper la psychologie de la foule plutôt que la tendance réelle des événements et de singer préventivement la déraison.
    • Basé sur la recherche du profit individuel à court terme et favorisant la prise de risque, ce système va contre l’intérêt collectif mondial et n’est pas durable.
    • La finance est moins au service de l’économie et diverge de l’économie réelle. Sur les 10 années précédant  la crise financière de 2008, la croissance de la capitalisation boursière mondiale a été 2 fois plus forte que la croissance du PIB et même 3 fois hors inflation, idem en croissance annuelle moyenne (2,4 fois plus forte sur les 17 dernières années et 3,6 hors inflation). Puis brutalement en 2008, la capitalisation boursière mondiale a chuté de presque 50%, de 30 000 milliards. Alors que la valeur totale des actifs dits toxiques (subprimes) à l’origine de la crise était estimée à environ 800  milliards de dollars et les pertes induites des banques entre 2200 et 3600 milliards de dollars dans le monde. Notez l’effet multiplicateur de la perte !
    • Des normes comptables et prudentielles qui entretiennent l’illusion et accentuent les effets pro cycliques à la hausse et à la baisse. Depuis 2005, ces règles IFRS, venues des Etats-Unis, imposent une valorisation des actifs au prix de marché, même si le prix de marché est artificiellement et momentanément surévalué ou sous évalué notamment par les effets de mimétisme et de crise.
  • Nos indicateurs de mesure de croissance et de prospérité sont calés sur le PIB, sur la valeur boursière pour les entreprises. Ceci sans tenir compte des externalités, de la destruction sociale ou environnementale qu’a engendrées la croissance matérielle exprimée en profit. L’indicateur de réussite sociale pour un individu est essentiellement son revenu et son patrimoine, son niveau de vie matériel.

 

Plusieurs variantes de modèle :

Au sein du monde occidental coexistent différentes variantes de modèle de société. Je compare ces modèles à la fois sous les angles économique, social et culturel : le modèle américain, le modèle européen et au sein de l’Europe, le modèle français, allemand, nordique. Sont aussi étudiés le modèle chinois et un modèle de pays émergent commela Corée du Sud.

Le modèle américain vs le modèle européen

 

Le rêve américain est maintenant mis à mal, la version américaine du partage des fruits de la croissance, de la « retombée en pluie » de ces fruits, également. La pauvreté a augmenté, la surcroît de richesse n’a été distribué qu’aux plus riches, les inégalités se sont creusées, et de façon pire que dans les autres pays occidentaux comparables en termes de niveau de vie. Ces inégalités sont devenues « dynastiques » en entretenant, en cumulant et en perpétuant des inégalités de patrimoine, dans un contexte ou la fiscalité ne joue plus son rôle compensateur, re-distributeur.

La croissance américaine a été stimulée par le crédit et par les espoirs de gains patrimoniaux toujours croissants. L’explosion de la dette s’est traduite non seulement chez les ménages à l’égard des banques, mais aussi au niveau de l’Etat à l’égard des autres pays, en particulier de la Chineet des pays du Golfe. Mais la récente crise a mis en lumière l’illusion de ce modèle de croissance. Et la confiance, donc le crédit (qui signifie d’ailleurs confiance), sont entamés.

Le modèle américain, dans sa configuration actuelle en tout cas, basé sur la recherche du profit avant tout, sur l’illusion de la croissance pour tous et sur le mensonge de l’égalité des chances, est bel et bien générateur d’inégalités et a même accru la pauvreté, bien plus que dans les pays européens à niveau de vie similaire, pourtant dans le même contexte de mondialisation. Les politiques publiques à l’égard de l’enseignement et de la fiscalité, ainsi que la privatisation croissante du système de santé et de retraite, sont la cause de l’accroissement de ces inégalités.

Le modèle français

La France se situe dans la moyenne européenne en termes de performance économique, de taux de chômage et de taux d’emploi et d’investissement en R&D (on pourrait en attendre mieux pour un des pays les plus avancés). Elle figure  parmi les meilleurs élèves en termes de taux de pauvreté et d’inégalités de revenus, du nombre de jeunes ayant quitté prématurément l’école et du taux de confiance de la population. Mais elle est à l’instar des pays nordiques un des pays à plus fort taux d’imposition, notamment avec un impôt sur les sociétés à plus de 33% (alors que les pays nordiques ont contenu cet impôt à la moyenne européenne, à un niveau de 25%), elle est en retard sur la compétence Internet et souffre de finances publiques en fort déficit chronique, à la limite du seuil normalement toléré dans la zone euro. Le taux d’épargne des ménages y est particulièrement élevé.

Le modèle français républicain s’appuie sur les valeurs de la république « Liberté, Egalité, Fraternité » (auxquelles on peut ajouter laïcité), triptyque formant la devise nationale affichée aux frontons de nos mairies et de nos écoles. Il est caractérisé par un modèle de protection sociale datant de l’après-guerre rédigé initialement par le Conseil National dela Résistance, inspiré par des humanistes, notamment Marc Sangnier. Notre sécurité sociale, notre système de retraite par répartition garantissant une solidarité inter-générations, notre assurance chômage et les allocations familiales, le repos hebdomadaire du dimanche, les congés payés, sont nés de ce pacte social. La gratuité de l’éducation publique, son niveau d’excellence, son accès à toute la population dans les territoire, doit garantir l’égalité des chances quelle que soit la naissance et l’origine des enfants. Les diplômes doivent reconnaître le mérite. C’est la base de l’ascenseur social qui fonde (ou plutôt qui fondait, car cela s’est bien dégradé) le « rêve français », à la différence du rêve américain du « self-made-man » qui lui visait plutôt la réussite sociale par l’enrichissement. Ce modèle est humaniste, exprimé dans ses valeurs de la république, dans l’organisation sociale assez protectrice, protégeant la famille, les faibles, les malades. Mais est en train de se déliter et n’a plus les moyens de s’exercer si d’une part l’efficacité économique n’est plus au rendez-vous, si d’autre part les valeurs de la république et de la démocratie sont bafouées, par les gouvernants et par les citoyens eux-mêmes.

En synthèse, ce sont les sociétés nordiques qui ressortent comme le modèle le plus humaniste, le plus équilibré, alliant efficacité économique et justice sociale, respect de la démocratie, tolérance, confiance, civisme et respect de la population. Si on regarde bien ce qui  fait le succès relatif à la fois économique et social de sociétés comparées à d’autres, c’est souvent le facteur culturel qui est déterminant : valeurs, confiance de la population, esprit de responsabilité, civisme, adhésion au pacte social du pays, concertation au sein des entreprises et dans le mode de gouvernance. Les décisions politiques (fiscalité, investissement public etc.) ne suffisent pas à expliquer ce succès.

Le culte de l’argent et du profit : cause principale des dysfonctionnements

Dans ce modèle occidental, l’argent est une valeur centrale. Il est devenu une fin alors qu’il aurait dû rester un moyen. Le moteur de ce modèle est la compétition, la concurrence entre les individus et entre les entreprises. Que le plus fort gagne. Selon la logique de Darwin, les plus faibles seront éliminés et les plus forts les gagnants. Ce qui génère un climat de défiance entre les individus, entre les acteurs, un comportement individualiste et égoïste, de chacun pour soi et de sauve qui peut. Les conflits sont attisés. La violence est prégnante, non seulement au travers de la délinquance croissante, de la ghettoïsation des banlieues, mais aussi dans la culture, la profusion des films violents. La précarité est la contrepartie, le revers de la médaille, de la liberté et de la compétition dans les sociétés démocratiques occidentales basées sur le libre-échange. C’est aussi pourquoi le besoin de protection y est très développé : protection sociale organisée par l’Etat ainsi que la consommation en produits d’assurance.

Le système fondé sur ce mode de fonctionnement semble bien voué non seulement à générer et reproduire les inégalités, mais également, pire encore, à détruire l’humanité. La détruire physiquement (atteinte à la planète et à la vie de millions d’individus) et la détruire mentalement, psychologiquement, dans l’atteinte intime au sens profond de ce qui est humain dans l’homme, son essence, son humanité, la reconnaissance qu’il a de l’autre comme de soi-même dans sa façon de considérer l’autre.

Il s’agit de remettre l’homme au centre, à la place de l’argent. Changer l’axe de la société, c’est le sens de la révolution humaniste que j’appelle de mes vœux : une révolution copernicienne ! … Mais comment faire ?

 

2- L'HUMANISME : UNE ALTERNATIVE ? 


L’humanisme est à la fois un courant de pensée, une philosophie et un comportement privilégiant certaines valeurs. Je démontre dans mon livre qu’il peut être aussi le fondement d’un nouveau modèle de société et d’une conduite politique

Le courant de pensée humaniste s’est exprimé au travers des siècles : dans l’Antiquité, à la Renaissanceau XVIème siècle, au XXème siècle avec le courant humaniste chrétien de Marc Sangnier, Jacques Maritain et Emmanuel Mounier, sans oublier Charles Péguy, Pierre de Coubertin (scootisme, Jeux Olympiques), l’Abbé Pierre (Compagnons d’Emmaüs, fondation pour loger les exclus et les réinsérer),… Il n’est pas l’apanage du seul occident. En effet, il s’est exprimé en Chine avec Confucius 550 ans avant notre ère. Et aussi en Afrique, avec des penseurs comme Mamadou Dia, homme d’Etat sénégalais visionnaire qui avait déjà avant 1990 livré une analyse lucide de la mondialisation et prôné une politique humaniste à l’échelle du monde. Il faut aussi citer Pierre Rabhi, l’un des pionniers de l’agriculture écologique en France. Depuis 1981, il transmet son savoir-faire en Afrique en cherchant à redonner leur autonomie alimentaire aux plus démunis et à sauvegarder leur patrimoine nourricier. Initiateur de « La Charte pour la Terre et l’Humanisme  », Pierre Rabhi nous invite à une nouvelle éthique de vie basée sur le respect de l’homme et de la nature, à une réconciliation, voire une communion, entre l’homme et la nature. Enfin saluons l’innovation méthodologique d’un penseur philosophe Roger Nifle qui a construit une approche appelée « l’humanisme méthodologique », basée sur « l’intelligence symbolique », qui permet d’analyser les communautés humaines et leurs problématiques, qu’il s’agisse de la crise financière, de l’Europe, de la vision de la république, des élections présidentielles, de manière à voir si l’on va dans un sens du bien commun, de la construction positive, du consensus. 

Le point commun de tous ces courants et de tous ces penseurs est de croire en la capacité de l’homme, de s’appuyer sur sa conscience et sa responsabilité, pour viser son épanouissement et le bien commun. Il ne s’agit ni d’angélisme ni de pur altruisme. L’humanisme fait appel à la raison plus qu’aux sentiments. Il ne s’agit pas non plus d’une idéologie, telle un dogme, un modèle de société jugé « le meilleur » qu’il s’agirait d’appliquer envers et contre tout et contraignant les humains, comme l’ont été l’idéologie socialiste et aussi l’idéologie capitaliste qui au final se muent en systèmes totalitaires, prétendant faire le bien contre le gré des gens, malgré eux, justifiant le système par des arguments faux, allant jusqu’à tordre la réalité. 

L’idéal humaniste a pour objectif le progrès de l’Humanité. L’humanisme place l’Homme au centre, reconnaissant à chaque individu sa conscience, sa responsabilité, sa valeur et son potentiel, quelles que soient son identité, sa naissance, son origine sociale, ethnique et culturelle.

Les valeurs de l’humanisme sont des valeurs de confiance, de respect, de tolérance, d’authenticité, de transparence, de justice et de solidarité. Ainsi l’humanisme s’oppose au matérialisme qui gangrène nos sociétés, instaure une domination par l’argent, confisque le pouvoir au bénéfice des riches, fait croître les inégalités, accrédite l’idée que nos motivations essentielles sont l’acquisition des richesses et la consommation.

L’humanisme est résistant, révolutionnaire, pacifique

Résistant parce que la liberté individuelle doit se gagner face à un monde où ce qui est naturel, c’est la domination de l’autre. L’égalité entre les hommes ne va pas de soi non plus dans un monde où chacun cherche à défendre ses acquis. La solidarité et la fraternité ne sont pas non plus systématiques, l’égoïsme, l’individualisme et l’hédonisme étant des attitudes si faciles à adopter.

Révolutionnaire : l’humanisme affronte la domination des esprits et de l’argent par les puissants, bouleverse les pouvoirs établis.

Pacifique : des hommes de plus en plus formés et informés élèveront leur conscience et prendront leurs responsabilités, notamment dans les pays qui fonctionnent en démocratie, par l’expression et le vote. L’humaniste espère que les puissants eux-mêmes adhèrent à ces valeurs, réalisent qu’elles seules peuvent porter le progrès de l’Humanité, sauver le devenir même de l’espèce humaine, et donner sens à son existence.

L’humanisme chrétien

Les humanistes chrétiens privilégient l’imitation de Jésus-Christ pour la dignité humaine, le salut de l’humanité souffrante, donne une priorité absolue à la solidarité avec l’homme. Notons qu’ils étaient laïcs, que le modèle de Jésus Christ, les valeurs chrétiennes prônées par eux l’étaient indépendamment de la notion de foi et de religion.

Marc Sangnier : fondateur du mouvement « Le Sillon », président du parti le MRP né pendantla Résistance, grand résistant et membre du Conseil National dela Résistance qui a été fondateur de notre pacte social en France (création dela Sécurité Sociale, des Allocations familiales, du système de retraites par répartition,…). Phrase culte que François Bayrou reprend très souvent dans ses discours : « La démocratie, c’est l’organisation sociale qui porte à son maximum la conscience et la responsabilité des citoyens ».

Jacques Maritain : défenseur de « l’humanisme intégral », une philosophie chrétienne fondée sur l’expérience et la raison, indépendante de la foi. Il a développé les principes chrétiens comme la dignité de la personne humaine, le primat de la morale sur le politique, l’économique et le bien social de même que la vertu de prudence.

Emmanuel Mounier : fondateur en 1932 de la revue Esprit, qui existe toujours, mais sans référence chrétienne; il contestait le "désordre établi" et appelait à une "révolution personnaliste et communautaire", l'homme à ses yeux n'étant pas un "individu", ce qui est réducteur, mais une "personne" ouverte aux autres hommes, à une communauté. L'individu est, aux yeux de Mounier, un "élément" au sein d'une masse, alors que la "personne" est par définition une femme ou un homme à respecter, et toujours capable de créer. 

L’humanisme de Confucius

Confucius pensait que l’homme dispose d’une nature positive, le mal se développant à partir de l’ignorance. D’où l’importance pour l’homme de s’éduquer et de suivre une éthique morale. Confucius prône un art de vivre, visant l’harmonie des relations humaines. Il ne cherche pas à s’ériger en maître à penser mais plutôt à développer l’esprit critique et la réflexion de ses disciples.

« Etre humain, c’est aimer les hommes. Etre sage, c’est les connaître » : par cette citation, Confucius donne une définition de l’humanisme : un comportement qui allie humanité et sagesse. Il ne suffit pas d’être bienveillant et altruiste de cœur pour être humaniste, ce qui serait de l’angélisme. Il faut chercher à comprendre l’homme, éveiller sa conscience et sa responsabilité vis-à-vis des autres hommes, chercher en permanence à s’améliorer. La manière d’être est aussi importante que les intentions et les ambitions. Il disait aussi : « Cultivons notre être pour devenir la meilleure version de ce que nous sommes ».

 

3- L'HUMANISME COMME MODELE DE SOCIETE ET COMME PROJET DE CIVILISATION

L’idéal humaniste vise un monde durable et juste, basé sur la confiance dans le respect de la démocratie et de la république

Construire une société de confiance, qui donne le sens de « vivre ensemble », où les relations entre les humains ne sont pas systématiquement monnayées ou « marchandisées ». Alors que dans la société de défiance l’inégalité germe dès la naissance, le plus fort fait la loi, l’apparence, la caste et le carnet d’adresse priment sur la compétence, le « chacun pour soi » se généralise : anonymat, isolement, « sauve-qui-peut ». 

Ce projet de civilisation est universel, il se traduit aussi bien au niveau individuel qu’à celui de la famille, de la commune, de la région, de la nation, de l’Europe et du Monde. Il vise la prospérité non seulement matérielle mais aussi humaine et spirituelle : le goût de l’entreprise et de l’innovation, c’est celui de progresser, de réaliser des choses qui ont une valeur humaine, là où une prétendue "création de valeur "financière repose sur la rentabilité à court terme. 

C’est un projet de « développement durable » ou l’économique, le social et l’écologie doivent être considérés comme indissociables. Parce qu’il vise la préservation de la planète, des sources d’énergie et des ressources en général, et plus généralement parce qu’il veut « répondre aux besoins des générations présentes sans compromettre pour autant la capacité des générations futures à répondre des leurs », dans tout domaine. Ainsi de la dette publique qui grève les générations futures.

Citons François Bayrou en référence à son article de la revue Commentaire n° 119, publié en 2007 : « Le projet démocratique [humaniste] ne recherche donc pas seulement l’efficace, mais l’efficace compatible avec le juste. C’est ainsi que l’économique ne devrait pas pouvoir se définir en dehors de l’écologique, comme il ne devrait pas pouvoir se définir en dehors du social, tant le principe de responsabilité devrait être reconnu comme déterminant, responsabilité à l’égard des personnes, des familles, des générations à venir. Dans ce projet, économique, social, écologique doivent être regardés comme indissociables. »

 Ce schéma, repris par le Comité Pauvreté et Politique, illustre l’interdépendance entre les trois domaines :

 

Le développement durable ne se réduit pas à l’écologie.

La préoccupation écologique sans performance économique, sans source de financement, n’est pas viable. Sans préoccupation sociale, sans souci de l’homme, est n’est pas vivable.

L’économie qui ne se préoccupe pas de l’équilibre social, de la justice, de la protection des faibles, n’est pas équitable.

Le développement durable forme un tout indissociable 

L’approche humaniste réconcilie l’Europe avec les Nations. Plus qu’un espace de libre échange, l’Europe doit être le lieu de rassemblement des Européens face à leurs problèmes communs de ressources énergétiques, d’environnement, d’immigration, de défense, le moyen de promouvoir leurs ressources, leurs cultures, leurs valeurs communes.

Il s’agit également de protéger nos racines, notre identité, nos traditions, notre culture et nos langues régionales, face à la mondialisation et à l’uniformisation culturelle et idéologique. 

La démocratie permet de construire l’Homme

L’organisation sociale et politique la mieux à même de porter ce projet de civilisation humaniste est la démocratie. La démocratie permet de construire l’Homme, reconnaît sa place en tant que citoyen autonome libre de corps et de pensée, ayant une conscience et une capacité de jugement, responsable de ses actes moralement. La démocratie donne la parole et le pouvoir au citoyen, pouvoir qu’il organise en le déléguant et en le contrôlant. Elle suppose idéalement que le citoyen bénéficie d’une transparence de l’information, d’un accès aux connaissances et à l’éducation. Il s’agit d’une démocratie proche du citoyen, qui l’informe sur les problèmes du pays, de l’Europe, du Monde, lui explique les solutions proposées et lui donne les moyens de s’exprimer.

Pour que le citoyen soit en situation d’exercer ses responsabilités, il faut renforcer les corps intermédiaires, les représentations citoyennes, syndicats, corporations, associations.

La démocratie sociale redonne au travail une valeur capitale. L’utilité du travail de chacun est rétribuée par son revenu, mais elle va au-delà. Dans son travail, la personne est reconnue, exerce et développe ses talents.

Aussi faut-il être intransigeant sur les valeurs fondamentales dela Démocratie: tenir pour prioritaires l’éducation, le droit à l’expression et à l’information du citoyen, défendre la juste représentation des courants d’opinion, le pluralisme, l’indépendance des médias.

Le pouvoir du citoyen ne doit plus être limité à la désignation de ses dirigeants par son suffrage, qui ensuite décident sans lui rendre de comptes… ou à sens unique. Le statut du citoyen doit changer, il doit être acteur et non plus figurant dans la concertation. Le conflit est sain, car permet l’expression des attentes et dénoue les tensions. La contradiction renforce ainsi l’autorité et donne légitimité à son exercice. 

Il faut passer d’une démocratie d’opinion à une démocratie adulte.

Le citoyen est infantilisé dans une démocratie d’opinion, noyé par une information qu’il a du mal à maîtriser, les idées toutes faites délivrées par les médias, la télévision. Il se réfugie dans le divertissement, dans la télé-réalité, les matchs de football,… Son sens critique n’est plus nuancé et il devient soit suiveur passif, soit révolté et violent.

Or c’est la prise de conscience et la responsabilité, exercées en démocratie, qui permettront aux citoyens de comprendre, d’adhérer à un nouveau modèle en redéfinissant les priorités, ses valeurs, les structures de fonctionnement privilégiant le sens du bien commun et l’épanouissement de l’homme, le respect de l’autre. Il faut passer à une démocratie adulte.

Mais si les citoyens sont d’accord pour s’imposer de nouvelles règles, des contraintes de régulation, de partage, un effort d’assainissement des finances publiques, d’économies d’énergie, sans être motivés individuellement pour le faire, sans avoir envie d’agir ainsi, ils seront malheureux, frustrés. Alors que s’ils retrouvent un altruisme naturel, un plaisir de l’échange et du lien social, ils seront en harmonie avec ce modèle. Cela passe par l’éducation, le vécu d’expérience, la réflexion.

La république est le projet politique de l’humanisme

Dans la préface de mon livre, François Bayrou définit la république comme « projet politique de l’humanisme », un projet de société et même un principe de civilisation. Liberté, Egalité, Fraternité, comme triptyque de valeurs unies et indissociables, se tenant comme une clé de voûte, marque la devise de cette république sui vise à libérer l’homme, à l’émanciper, à l’assurer, à l’épanouir, à le lier aux autres dans un destin commun. Dans ce triptyque, le capitalisme a privilégié la liberté (notamment des échanges) mais au détriment de l’égalité et de la fraternité. Sa valeur centrale est l’argent. Le socialisme a quant à lui privilégié l’égalité au détriment de la liberté et au nom de la fraternité a délégué la solidarité à un Etat médiateur tout puissant, laissant se développer malgré tout les valeurs matérialistes et individualistes. Il met l’Etat au centre. L’humanisme doit réinstaurer l’équilibre entre ces trois piliers, ces valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, sans oublier la laïcité, en remettant l’homme au centre à la place de l’argent et de l’Etat. 

La république exprime et garantie les valeurs de l’humanisme. La démocratie donne à l’humanisme les moyens de s’exercer et de s’épanouir. La démocratie éclaire la république en faisant appel à la conscience et à la responsabilité des citoyens.

 

4- COMMENT METTRE L'HUMANISME EN PRATIQUE ?

Le modèle humaniste s’appuie à la fois sur une organisation sociale, la démocratie et la république, sur des valeurs, et sur un comportement, une méthode, une manière de faire. La fin de justifie pas les moyens.  François Bayrou aime reprendre la formule de Gandhi : "La fin est dans les moyens comme l'arbre est dans la graine." C'est-à-dire qu'il y a une unité d'essence entre la fin et les moyens.

Donnons des exemples très concrets de l’application de l’humanisme au travers des moyens, de l’organisation de l’économie, consistant à viser le bien commun, le bien de l’homme plutôt que le profit.

Partir des valeurs à prioriser dans les actions

  • Faire de la politique autrement. Il s’agit de faire valoir en priorité le fond des sujets, plutôt que de se laisser influencer par des questions de ralliement.
  • favoriser l’intérêt général, la cohésion sociale, la cohésion des familles, l’élévation spirituelle et la qualité relationnelle, ainsi que la préservation de l’environnement qui sont des notions qualitatives, plutôt que  la recherche du profit matériel.
  • Donner priorité à l’éducation et à tout ce qui peut favoriser l’égalité des chances.
  • Repenser le rôle de l’Etat afin de conjuguer solidarité, efficacité et responsabilité.
  • Redéfinir le périmètre et le niveau de responsabilité de l’Etat 
  • Protéger les faibles, les plus démunis socialement tout en favorisant la mixité sociale.
  • Favoriser la création, qu’elle soit du domaine de l’innovation scientifique, de l’entreprise, du domaine artistique.
  • Proposer des formes nouvelles de structures entrepreneuriales alternatives aux structures capitalistiques dans lesquels les actionnaires recherchent du profit à court terme plutôt que le développement durable de l’entreprise.
  • Protéger la terre pour protéger l’Homme et l’Humanité.
  • Favoriser le lien social et la solidarité intergénérationnelle 
  • Et pour finir, enraciner ces modes de fonctionnement et de pensée en ouvrant des ateliers de réflexion citoyens.

 

La coopération plutôt que la compétition

L’économie sociale et solidaire, le commerce équitable et le microcrédit

Ces trois formes d’activité économique représentent typiquement une façon alternative d’envisager l’économie, de viser un objectif de développement humain, social, plutôt que viser le profit financier lui-même. De plus, elles font appel à la responsabilité des acteurs, parties prenantes travaillant comme des partenaires, où l’échange bénéficie à tous et de plus crée du lien positif entre les acteurs.

D’après une étude de l’Insee publiée en 2008, l’économie sociale représente près de 10% de l’emploi salarié national hors agriculture et 8% des salaires. Elle n’est donc pas négligeable.

Les formes de société coopératives, mutualistes, correspondent à cette vision de collaboration visant un intérêt commun pour les usagers, les clients, les employés qui vivent de l’activité, par opposition à la société cotée en bourse visant à privilégier le profit à court terme de l’actionnaire, dans une compétition conflictuelle où il s’agit d’éliminer le concurrent.

Il faut penser à des modes de gouvernance plus coopératifs, visant l’intérêt général durable des participants plutôt qu’un profit financier à court terme au détriment du reste. Des expériences coopératives, mutualistes, associatives (auberges de jeunesse, compagnons d’Emmaüs), les AMAP en plein développement, le commerce équitable, le microcrédit, les échanges non marchands, les bourse d’entraide où on échange du temps, Wikipedia,… sont des signes encourageants.

L’approche coopérative peut aussi être appliquée à de multiples services publics, les transports, le vélib, etc. où les usagers clients décident du niveau de qualité de service et du tarif, sachant qu’un bénéfice excédentaire leur sera rendu en ajustement de prix du service comme pour une mutuelle.

L’approche coopérative a été celle de la construction européenne, elle peut être élargie à de multiples domaines, y compris pour une approche de gouvernance mondiale, à condition de garantir une légitimité démocratique. Elle peut être aussi appliquée en politique, lorsqu’on doit se mobiliser dans un esprit d’union nationale, commela France l’a fait après la guerre et en 1958 avec le Général de Gaulle, ce que propose François Bayrou dans le contexte de crise que nous traversons.

L’approche coopérative doit prendre le pas sur l’approche compétitive.

Le citoyen « consommacteur » peut exercer sa responsabilité et un pouvoir de citoyen-consommateur

L’exercice individuel de la politique ne se limite pas à s’intéresser à l’actualité politique, à y participer, à éventuellement militer pour un parti politique ou contribuer à un think-tank, club de réflexion. Il se pratique aussi dans la vie sociale, associative, scolaire et éducative, et dans la vie de tous les jours en tant que citoyen-consommateur. En effet, par mon acte d’achat (en tant que consommateur et aussi en tant qu’actionnaire, même indirect via des fonds ou assurances), qui privilégie l’achat éthique et responsable, je commets une action politique favorisant telle entreprise, tel comportement de production, un mode de production et de distribution et au contraire boycottant telle entreprise ou tel produit fabriqué dans des conditions qui ne correspondent pas à mes critères, à mes valeurs. En refusant les prospectus dans ma boîte à lettres, je contribue à la préservation des arbres. En achetant des produits sans emballage individuel comme le riz par plusieurs kilos ou les biscuits par plus grands contenants, je fais du bien à ma planète – je me fais du bien.

Bien sûr, pour que  les achats citoyens responsables puissent se développer, il faut non seulement développer ce comportement, mais aussi l’information sur les produits et les entreprises, ainsi que l’étiquetage sur la provenance des matières premières, le lieu de fabrication, la trace carbone, le degré de pollution ou de préservation de l’environnement, le respect d’une norme quant aux conditions de travail des personnes qui ont fabriqué et distribué le produit. Ce qu’on appelle des labels. Et qu’ils soient lisibles !

Dans ce but il faut continuer à normaliser ces critères, créer des agences de notation sur ces critères, imposer une diffusion (sur Internet) de ces informations et un étiquetage des produits.

A ce titre, le débat qui a eu lieu récemment sur l’abattage Halal, qui s’est déplacé sur le thème de la discrimination à l’égard des musulmans et des juifs, aurait dû au moins porter sur la souffrance animale et l’information au consommateur sur ce sujet. Cette question était légitime mais a été vite évacuée

Comme François Bayrou le prône pour le « produire en France » nous invitant à « acheter français, produit sur le sol français », le raisonnement doit être élargi : « acheter bio ou éco-responsable », acheter des produits réalisés par des entreprises vertueuses, respectueuses de l’environnement, de leurs employés et de leurs fournisseurs.

C’est l’esprit de responsabilité du citoyen qui permettre de redonner le pouvoir à ce dernier.

L humanisme comme modele de societe.pdf

03/03/2012

Cote de popularité : la montée inexorable et fulgurante de Bayrou !

François Bayrou est 1er en bonnes opinions, 1er en côte de confiance, 1er en sincérité, 1er en qualité des propositions ... Et pourtant, paradoxalement il reste sur un étiage de 11 à 14% d'intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle. Cherchez l'erreur ...

CSA Mars 2012- Cote de popularité des personnalités politiques

Pour voir l'enquète dans son intégralité : Baromètre CSA pour Les Echos

Si François Bayrou était au second tour, il gagnerait à tous les coups. Peu importe son rival, François Hollande ou Nicolas Sarkozy. 65 % des Français, interrogés par l’Ifop, ont une bonne image du candidat du Modem. Ce qui fait de lui l’un des hommes politiques les plus populaires :
http://www.lexpress.fr/actualite/politique/pourquoi-bayro...

Voir aussi ce sondage TNS Sofres publié hier:
http://www.espacedatapresse.com/fil_datapresse/consultati...
42% des Français jugent que François Bayrou fait plutôt de bonnes propositions, contre 39% pour François Hollande - dont les propositions sont davantage connues mais qui suscite davantage de réactions négatives (35% plutôt de mauvaises propositions).

Pourquoi François Bayrou n'est-il pas 1er en intentions de vote ? Parce que les médias font croire à tous que le 2nd tour est déjà joué, parce que le temps de parole est très majoritairement donné aux candidats de l'UMP et du PS au détriment des autres, ce qui devrait bientôt changer si le CSA fait bien respecter la règle, et parce que les Français n'ont pas encore pris conscience qu'il peuvent reprendre la main, aussi parce que plus de 50% n'ont pas encore arrêté leur décision et ont encore le temps de la prendre !
http://www.lepoint.fr/politique/cotes-de-confiance-de-sar...

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu