Avertir le modérateur

24/07/2011

Plan d'aide à la Grèce : réactions de Bayrou, de Fillon, ... et conséquences

Derrière l'apparence d'un sauvetage avec sourires affichés et poignées de mains fraternelles, d'une réconciliation du couple franco-allemand et d'une Europe qui recolle les morceaux, quelques remarques pour la suite ...

La presse a essentiellement retenu le succès du sauvetage et ... enfin une Europe de la zone euro qui commence à s'entendre à la dernière minute, grâce à la réconciliation du couple franco-allemand sur un compromis, notamment sur la contribution du secteur privé (banques, assurances, fonds de pension) ! L'Union européenne a débloqué 158 milliards d'euros : 109 milliards seront financés par l'Europe et le FMI. Le reste sera apporté par des institutions privées.

Cependant quelles remarques méritent d'être soulignées :

1- Le plan d'aide à la Grèce est un répit mais qui ne suffit pas à éviter les autres crises prévisibles, notamment sur les autres pays de la chaine de dominos. Il éteint un feu sur des braises ardentes et l'incendie risque de reprendre.

Comme le dit François Bayrou : "On était dans l'urgence extrême (...) On a pris des décisions dans la douleur qui donneront un répit au gouvernement grec et on l'espère à son peuple. Mais ce plan ne suffira pas", le plan "souffre de deux défauts rédhibitoires". D'abord, "il dit haut et fort que les efforts qui ont été décidés en faveur de la Grèce, notamment du secteur bancaire, ne seront en aucun cas repris pour d'autres Etats", or "traiter au coup par coup, c'est se condamner à des crises à répétition.  Ensuite, "les règles et les structures d'une défense systémique de la monnaie européenne (mutualisation de la dette, structure commune de gestion et autorité politique) n'ont pas été mises en place et donc les même causes risquent à court terme de produire les mêmes effets. On aurait voulu et espéré que la crise grecque permette à la zone euro de régler les problèmes d'ensemble qui l'assaillent. On n'a pas trouvé la réponse et on connaîtra d'autres crises".

2- La contribution "volontaire" du secteur privé cache un transfert des risques du privé vers le public :

Le dispositif de "contribution volontaire" du secteur privé (des banques) donne le choix entre trois options (prolonger les prêts avec taux abaissé, reconduire les prêts ou revendre la dette grecque au FESF avec une décote (ou l'échanger contre titres de zone euro bien notés, avec décote)  mais reste à préciser toutes les contraintes, un chiffrage plus précis de ces engagements soi-disant "volontaires" des banques.  Le Financial Time, Mediapart et ATTAC ont dénoncé le risque de voir se transformer le Fonds européen de stabilité financière en une structure qui rachète les bad debts, et renforce la spéculation sur les obligations risquées. Ce dispositif rappelle une structure de défaisance à l'instar du CDR du Crédit Lyonnais. Ainsi, les banques pourraient se débarasser de ces actifs pourris, bien sûr avec une décote donc en subissant une perte mais ainsi en limitant les dégâts, et ce risque serait supportépar l'ensemble des contribuables de la zone euro ... Il s'agit d'un transfert des risques du privé vers le public !

3- Le gouvernement va probablement utiliser le prétexte d'aide à la Grèce pour justifier son excès de dette publique :

Comme le dit cet article du Monde François Fillon annonce que ce plan coûterait 15 milliards d'euros à la France d'ici 2014 et viendrait augmenter notre endettement compte tenu de l'intégration des garanties. Ceci est faux car une garantie  n'exige pas l'appel en financement, donc l'endettement supplémentaire, tant qu'elle n'est pas exercée, tant qu'il n'y a pas défaut. Ou alors il a déjà intégré la certitude de la faillite de l'Etat grec, ce qui signifierait que la garantie de l'Etat apportée au secteur privé (aux banques) est en fait un cadeau ! Voir cet article de l'Expansion qui précise ce que l'aide à la Grèce va vraiment coûter à la France (en fait 5 milliards ont vraiment été avancés par l'Etat français en prêt direct pour la Grèce). C'est La Croix qui explique le plus précisément le dispositif décidé.

Précision ajoutée le 3 août, suite à une information apportée par Raphaël Vuitton, un internaute :

"C'est à tort que vous contestez que la dette de la France ne sera pas impactée par la garantie apportée.

En effet, Eurostat a décidé que les fonds levés dans le cadre de la Facilité Européenne de Stabilisation Financière (FESF) doivent être enregistrés dans la dette publique brute des Etats membres de la zone euro participant à une opération de soutien, en proportion de leur part dans la garantie accordée.

Ainsi, conformément aux règles comptables de l’Union européenne, la dette de la France sera augmentée au fur et à mesure des emprunts contractés par le FESF au prorata de la participation de la France au fonds, par le biais de la garantie apportée.

La dette de la France augmentera donc, même si la garantie n'est pas appelée.

Cette dette n’induira toutefois pas, dans l'immédiat, de charge d’intérêt supplémentaire pour l’Etat français, ni de besoin de recours au marché supplémentaire.

Écrit par : Raphaël Vuitton | 02.08.2011

Voici le lien vers les documents (background note et CP) explicitant la décision d'EUROSTAT, en date du 27 janvier 2011.

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page/portal/gover...

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-27012...

Je vous renvoie également à l'exposé des motifs du PLFR 2011 qui sera discuté en septembre prochain au Parlement lors d'une session extraodinaire."


4- Nous sommes informés des mesures d'austérité imposées à la Grèce ainsi que des décisions concernant l'aide des pays européens mais pas sur d'éventuels engagements de la Grèce concernant les mesures fiscales qu’il faudrait mettre en place sur les activités d’armateurs et de l’église, actuellement exonérés, ainsi que les mesures visant à éradiquer l’éviction fiscale (marché noir) qui touche 30% de l’économie et surtout une mesure visant à arrêter les dépenses énormes d’armement du fait du conflit opposant la Grèce à la Turquie notamment impliquant Chypre, qui est dans l’UE. Faisons les comptes sur ces points et exigeons des engagements !

5- Enfin, comme le dit très justement l'Oeil du Post dans cet article, avec un extrait-montage très significatif et édifiant, Nicolas Sarkozy a fait montre d'un comportement étrange lors de sa conférence de presse annonçant les décisions relatives à ce plan. Mal à l'aise car devant faire ce discours sans note (d'habitude il lit toujours un texte qui lui a été préparé au point de lever rarement les yeux vers la caméra), il donne l'impression de ne rien comprendre à ce qu'il raconte, n'est absolument pas clair, il a une gestuelle surjouée, ponctuées de tics nerveux. Ce n'est pas très bon signe ...

01/07/2011

La démondialisation selon Arnaud Montebourg : qu’en pense François Bayrou ?

 

Je viens de lire attentivement le petit livre que vient de publier Arnaud Montebourg intitulé « Voter pour la démondialisation !». En fait les recommandations convergent fortement avec celles déjà faite par le MoDem sur l'Europe en 2009 et ne prônent pas un vrai protectionnisme au sens habituel. Si le ton du réquisitoire donne l'impression d'être très "à gauche", la "démondialisation" d'Arnaud Montebourg paraît surtout être une opération médiatique ! 

 

Je fais ce constat après avoir analysé en profondeur le phénomène de mondialisation et de globalisation, ses conséquences sur nos économies et celles des pays émergents, sur l’Europe, lu aussi de nombreux récents ouvrages parus sur ce thème.

Le débat sur le modèle de société, à la fois social et économique, devant intégrer la dimension écologique, est essentiel pour aborder la prochaine campagne présidentielle. Les Français ont une attente sur ce sujet. Avant de se lancer dans un programme, dans des propositions sur la dette publique et la fiscalité, sur l’éducation, sur la relance économique, dans des promesses électorales auxquelles les citoyens ne croient plus, les responsables politiques devraient affirmer leur priorité à des valeurs et donner une vision du monde, pas seulement de la France et de l’Europe. Ils devraient exprimer avec pédagogie leur analyse des causes des dysfonctionnements de la société et de l’économie, leur positionnement idéologique sur la mondialisation, sur le libre-échange et le protectionnisme, sur la capacité des Etats à réguler cette mondialisation, sur les rapports de force entre la finance et l’économie des entreprises, entre les Etats et les puissances financières multinationales, sur la gouvernance mondiale et les trous noirs des paradis fiscaux, le dumping monétaire de la Chine, l’hégémonie du dollar, les grands déséquilibres entre des pays dits riches, mais avec de plus en plus de pauvres, qui vivent à crédit et de l’autre des pays pauvres pillés de leurs ressources (l’Afrique) et des pays émergents (Chine, Inde, Brésil) à forte croissance qui « aspirent » nos emplois grâce à leurs faibles coûts salariaux et financent nos dettes publiques.

C’est l’objet de ce livre, qui est percutant, pédagogique et de prime abord convaincant. Le diagnostic est éclairant. Il est vrai que les vertus du libre-échange ont été idéalisées au point d’en faire un dogme absolu, alors que nous constatons maintenant que des postulats qui fondaient la théorie étaient faux : notamment sur la libre concurrence supposée non faussée, sur « le prix de marché » réputé équilibrant, sur la non prise en compte des coûts d’externalité dans les échanges (destruction sociale et environnementale, impliquant des coûts cachés) ... L’ouverture à la mondialisation a engendré des délocalisations qui furent une cause des destructions de nos emplois.

Cependant, je vois quelques points à critiquer dans ce livre :

 

1- Critique sur le diagnostic :

-         Exagération de l’ampleur des destructions d’emplois dues aux échanges internationaux :
Page 31, le livre fait référence à un document officiel du ministère de l’Economie et des Finances, « La désindustrialisation en France » : « En trente ans, environ 2 millions d’emplois industriels ont été détruits en France (1 913 500 entre 1980 et 2007). Cela représente 71 000 emplois détruits en moyenne chaque année, et un total de 36% des effectifs industriels ». Mais lorsqu’on lit ce rapport de Bercy, il est précisé que sur ces chiffres, seuls 13% des destructions d’emplois sont expliqués par les échanges internationaux, selon une approche comptable fondée sur le contenu en emplois des échanges. Ce taux étant plus élevé sur la période plus récente 2000-2007 (28%). 25% des destructions d’emplois étant dus à des transferts de l’industrie vers les services par externalisation (donc pas une destruction d’emploi au total) et 29% dus à des gains de productivité (65% sur la période 2000-2007). Il faut donc être honnête sur les chiffres en présentant mieux la réalité.
Il faut aussi considérer que la mondialisation a eu des effets positifs sur l’échange des savoirs, la communication, nos exportations, ainsi qu’une baisse importante de prix sur des biens à la consommation (textiles, jouets, électronique,...) avec un effet favorable sur le pouvoir d’achat des consommateurs français, qu’il faudrait chiffrer. Ces avantages ne sont pas évoqués, pas plus que les inconvénients de mesures de rétorsion brutales sur nos exportations qui résulteraient de la part de pays comme la Chine de décisions françaises ou européennes d’interdiction ou de forte taxation aux frontières de leurs produits, même justifiées par des normes sociales et environnementales, surtout si ces normes ne sont pas mondiales ...

-         Occultation des points positifs de la mondialisation pour les pays pauvres et émergents :
Le livre pointe le maintien des bas salaires et d’une faible protection sociale dans ces pays malgré leur croissance forte qui en réalité bénéficie plutôt aux détenteurs des capitaux, aux actionnaires des sociétés exportatrices installées dans ces pays qui sont soit des riches privilégiés soit l’Etat (pour la Chine), qui se sert de l’excédent commercial pour acheter la dette publique américaine ou européenne ou prendre des participations stratégiques dans nos pays (ports grecs, entreprises européennes) pour accroître son pouvoir politique sur nos pays dans un rapport de force. C’est vrai mais il faut aussi reconnaître une indéniable montée du niveau de vie moyen dans ces pays émergents, dont la Chine, la constitution d’une classe moyenne visant à atteindre un niveau de vie comparable aux classes moyennes occidentales. Arnaud Montebourg conteste les chiffres annoncés par le gouvernement chinois de la population sortie de la pauvreté (400 millions sur 1,4 milliards) car le chiffre est obtenu en prenant un seuil de pauvreté de 0,4 dollar par jour.  Regardons mieux les chiffres : en Chine, d’après
cet article, on définit la classe moyenne par l’ensemble des personnes dont les revenus sont compris entre 25.000 et 100.000 yuans par an [soit respectivement 2.500€ et 10.000€]. De 2005 à 2010, son effectif a progressé de 46%. Elle représentera 57% de la population chinoise en 2010, contre 39% en 2005, et près de 75% de la totalité du pouvoir d’achat disponible de la Chine. Le salaire minimum chinois est entre 1 100 et 1 200 yuans par mois selon les provinces, ce qui donne environ 133 euros par mois (1 €=9 yuans). Arnaud Montebourg reprend page 40 le chiffre de 80 millions de Chinois gagnant aujourd’hui plus de  20 000 dollars par an, soit 5% de la population. En termes de niveau de vie dans une grande ville comme Pékin ou Shanghai, 20 000 dollars par an correspond à 120 000 yuans/an, soit 10 000 par mois, alors qu’il faut 3000/mois (dont 1000 pour le loyer d’un studio) soit 333 €/mois pour l’équivalent en niveau de vie à notre Smic à 1000 € net. Ce chiffre correspond donc à un niveau assez élevé pour un chinois (3 fois le niveau de vie d’un Smic en France).

 

-         Dénonciation du succès de Allemagne, agissant en prédateur comme la Chine pour ses voisins européens, et du « modèle allemand » en réalité égoïste :
Pour répondre à ceux qui rétorquent que l’Allemagne, avec la même monnaie l’euro et avec un modèle social comparable à la France, n’a pas détruit ses emplois industriels et en a au contraire créé dans la mondialisation, Arnaud Montebourg explique que l’Allemagne a su être compétitive au détriment de ses voisins grâce à un écrasement des salaires, qui ont stagné depuis 12 ans alors qu’ils augmentaient en France. Mais un
rapport publié par la Commission des comptes de la Sécurité sociale, datant de juin 2010,dont j’ai parlé dans un précédent article sur le mythe allemand, explique que malgré cette compression des salaires allemands, le coût du travail est aujourd’hui en moyenne un peu plus élevé en Allemagne qu’en France (alors que la France est plus productive). Même si par ailleurs il faut signaler l’absence de salaire minimum légal en Allemagne, permettant d’employer des salariés à moins de 6 € de l’heure (contre 7 € net chez nous, 9 € en brut), ayant conduit à une augmentation du nombre de travailleurs pauvres en Allemagne, comme en témoigne cet article : « Selon l'institut du travail de l'université de Duisbourg-Essen, plus de 6,5 millions de personnes en Allemagne, soit près de 20 % des travailleurs, toucheraient moins de 10 euros brut de l'heure. Le chiffre est surtout inquiétant concernant les très petits salaires : 2 millions d'employés gagnent moins de 6 euros de l'heure ».
Ce n’est pas un différentiel de coût du travail qui explique le succès allemand, pas plus qu’un comportement allemand « prédateur » et « égoïste » à l’égard de ses voisins qui explique son succès commercial à l’exportation, mais un positionnement sur des produits de qualité, à haute valeur ajoutée, que ce soit dans l’automobile ou dans le secteur de la machine outil pour l’industrie manufacturière, fournisseur non seulement de l’Europe (62% de ses exportations) mais aussi de la Chine, des pays émergents, grâce à leur croissance forte sur les secteurs de production utilisant ces machines.

-         Enfin, le ton accusateur du réquisitoire, qui frise le populisme démagogique :
Ce diagnostic cible le libre-échange qualifié d’ennemi, alors que ce sont les dérives d’un libre-échange insuffisamment régulé qu’il faudrait plutôt condamner. Ce réquisitoire  prend aussi un ton accusatoire, dénonçant une caste de nantis disposant du pouvoir au travers des puissances financières et des banques, qui auraient volontairement entretenu ce système, imposant un dogme à l’OMC comme à la Commission européenne, pour s’enrichir sur le dos des classes moyennes et défavorisées. On est proche de la théorie du complot ... Or, même si ce système capitaliste dans la mondialisation fonctionne sur l’appât du gain plutôt que sur une volonté entrepreneuriale de développement au bénéfice de l’homme, même s’il profite aux riches détenteurs de capitaux, il faut être conscient que les puissances financières sont majoritairement (nous chercherons à en évaluer la proportion dans un prochain article) des fonds de pension ou d’investissement qui investissent pour placer des liquidités des retraites par capitalisation et les économies des épargnants, défendant les intérêts financiers des ... classes moyennes occidentales.

 

2- Originalité des recommandations ?

 

Curieusement, alors que le positionnement de Arnaud Montebourg est qualifié très « à gauche », proche de Jean-Luc Mélenchon, ce qui sans doute tient au ton réquisitoire accusateur du diagnostic et à l’emploi du mot « protectionnisme » renforcé par la médiatisation de l’expression « démondialisation », les propositions en fin de livre sont très classiques et la plupart reprennent des point déjà recommandés par François Bayrou et le Mouvement démocrate dans son projet humaniste (livre orange) et dans le projet du MoDem pour l’Europe de 2009 notamment pour régulariser la mondialisation :

 

-         Concernant les point 1 et 2 « faire intégrer dans les traités de libre-échange de l’OMC de nouvelles conditions non marchandes, afin que la compétition ne se fasse pas au détriment du travail et de l’environnement » :
MODEM (p.47) =>  intégrer les objectifs environnementaux et sociaux dans les échanges internationaux, à travers une réforme de l’OMC ; dans le programme européen du Modem => Réformer en profondeur les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour intégrer davantage les exigences sociales et environnementales. Les produits qui entrent en Europe devront progressivement être soumis aux mêmes normes que ceux que nous fabriquons chez nous.

-         Sur le point 3 «  créer une agence française sanitaire, sociale et environnementale chargée de calculer le coût écologique et social des produits étrangers selon des critères transparents » :
Le MODEM propose au niveau de l’Europe (p. 47) => introduire une norme comptable fondée sur la responsabilité sociale et environnementale pour les grandes entreprises et réalisée par des agences indépendantes ;

-         Point 4 « instaurer une taxe carbone aux frontières de l’UE » et 6 (taxe appliquée aussi au sein de l’Europe) :
Le MODEM le proposait déjà dans son
programme pour l’Europe en 2009 : 
 
- Instaurer une taxe carbone européenne qui pénalisera les énergies fossiles les plus polluantes.
- Taxer les pollueurs pour qu’ils soient incités à modifier leur comportement.
 une fiscalité environnementale :
Dans son projet humaniste (p.16) =>
La fiscalité doit désormais être adaptée à l'impératif environnemental. Elle doit être liée directement aux comportements des entreprises et des particuliers. Pour les entreprises, des tranches d’impôt sur les sociétés pourraient être établies en fonction de leur performance environnementale. Pour les particuliers, la TVA pourrait être modulée en fonction de la performance environnementale des produits de consommation achetés ;
et p.19 : une fiscalité réorientée pour susciter chez chaque acteur des comportements plus éco-responsables

-         Point 11 : «  Permettre aux consommateurs d’accéder à l’information du contenu social et environnemental des produits qui leur sont proposés, par l’institutionnalisation des labels,... » :
Le MODEM, p.17-18 : encourager la consommation de produits à plus-value sociale et environnementale en clarifiant les labels et en communiquant l’empreinte sociale et environnementale des produits et services ;

-         Point 13 « Politiser le droit européen à la concurrence pour constituer des champions industriels ayant la taille critique sur le marché mondial » :
Programme européen du MoDem =>
Instaurer une politique industrielle européenne grâce à la mise en place d’un fonds stratégique l’investissement au sein de la Banque européenne d’investissement (BEI). Il financera des projets stratégiques, les nouvelles technologies de l’environnement et les PME innovantes
Projet humaniste, p.47 => soutenir les rapprochements entre entreprises pour susciter des « champions européens ». Un Fonds stratégique européen pourrait élargir les compétences actuelles du Fonds Européen d’Investissement. Il investirait dans les grandes entreprises stratégiques, les PME innovantes, les projets d’infrastructures de niveau européen ;

-         Point 14 « Mettre la convergence sociale et fiscale à l’agenda immédiat de l’Union européenne » :
Programme européen du MoDem =>
 Mettre en place un plan de convergence sociale
afin d’harmoniser progressivement nos niveaux de protection sociale en Europe.
Comme je le disais dans un article « TVA sociale : pour ou contre ? », il faut entrer dans une logique de concurrence loyale et solidaire proposant une taxe sociale et environnementale solidaire aux frontières de l’Europe. Marielle de Sarnez, députée européenne et vice-présidente du Mouvement Démocrate, a défendu ces positions lors de plusieurs interventions au Parlement européen, notamment celle-ci le 8 octobre dernier à propos de la Chine.

-         Même si malheureusement ne figure pas dans les propositions à la fin du livre la recommandation déjà faite par Arnaud Montebourg de séparer les banques de dépôt des banques d’affaire (pour que les banques ne mettent pas en danger les activités bancaires classiques en spéculant sur les marchés), comme le stipulait le Glass Steagall Act aux Etats-Unis avant son abolition en 1999, François Bayrou a été le premier à la proposer dès l’éclatement de la crise financière fin 2008. Arnaud Montebourg avait aussi parlé de « mettre les banques sous tutelle » (ce que ne recommande pas le MoDem), en prônant un pôle bancaire public, que l’on ne trouve pas dans ces 17 propositions.

 

Lacunes dans les recommandations :

Comparé à ces recommandations, même s’il n’emploie ni le mot « démondialisation » (terme utilisé dans un but médiatique comme une « marque déposée ») ni le mot « protectionnisme » (qui signifie des barrières aux frontières sur des critères que l’on ne s’impose pas à soi-même), le Mouvement Démocrate va plus loin en vue de réguler la mondialisation.

Il insiste beaucoup sur l’importance d’une gouvernance mondiale sur la concurrence déloyale monétaire, permettant à certains pays comme la Chine de pratiquer un dumping par sous-évaluation de sa monnaie.

La protection de nos emplois et de nos ressources fiscales passe également par l’interdiction des paradis fiscaux ou Etats dits « non coopératifs », au niveau de l’Europe comme au niveau mondial. Dans le programme européen du MoDem  figurait « Prendre les décisions nécessaires, avec un calendrier contraignant, pour bannir la pratique des paradis fiscaux. »

 

 

01/06/2011

Présidentielle 2012 : les petits calculs de Jean-Louis Borloo



"J'y vais, j'y vais pas ? J'y pense (en me rasant ?). Je t'aime (et tu me finances) mais je te quitte ... On se retrouvera de toute façon au 2nd tour ... Je m'appelle centriste mais je roule à droite, car le centre est à droite par nature (comme DSK se proclamait à gauche en se situant plutôt au centre) ..."

Tels sont les petits jeux de précampagne présidentielle entre Jean-Louis Borloo et Nicolas Sarkozy, qui alimentent la presse et les médias, plutôt que des débats intéressants sur les problèmes de l'emploi, des banlieues, de l'échec scolaire, sur les choix de modèle de société dans la mondialisation, sur la manière de sortir de la crise des dettes européennes, ... qui manquent sérieusement au programme. A dire vrai, cela finit par lasser et risque d'essoufler la campagne avant qu'elle commence et même avant la déclaration officielle des candidatures.

Alors allons droit au but sur les intentions et sur la posture politique de Jean-Louis Borloo :

1- Politiquement, son existence se mesure à l'aune de son pouvoir de nuisance ou de challenge sur Nicolas Sarkozy, seule façon pour lui de pouvoir négocier au mieux un poste de 1er ministre et pour les députés qui le suivent, l'assurance d'un mandat législatif au lendemain des présidentielles ;

2- Le contexte de baisse continue de popularité de Nicolas Sarkozy est favorable à l'émergence d'une alternative à droite, l'UMP étant de plus en plus divisée entre une aile droite populiste, jouant sur le même terrain de jeu que le FN sur les questions sécuritaires et d'immigration, une aile préservant les intérêts des hauts revenus, des plus fortunés, et une autre aile gaulliste ou plus centriste et plus sociale. Cependant, plus il y aura de candidats, moins chacun (notamment Nicolas Sarkozy) a de chance à passer le cap du premier tour de l'élection présidentielle ... D'où le sentiment de puissance du challenger, qui pourra d'autant mieux monétiser son désistement juste avant le premier tour, en fonction des sondages ...

3- Aucun risque finalement à se déclarer candidat, si ce n'est d'affaiblir Nicolas Sarkozy dans les sondages, tout en lui assurant qu'en fonction des intentions de vote affichées avant le premier tour, Jean-Louis Borloo se désistera bien entendu au bénéfice de Nicolas Sarkozy au cas où la division des voix risque de ne pas permettre à ce dernier d'atteindre le 1er tour (scénario du 21 avril à l'envers). En échange de cette promesse, Nicolas Sarkozy lui garantit encore le financement du Parti Radical jusqu'à cette échéance.

4- Sauf que ... Autre scénario possible, qu'espère Jean-Louis Borloo : celui de dépasser Nicolas Sarkozy dans les sondages d'intentions de vote à la veille de l'élection, qui lui permettrait peut-être d'atteindre le 1er tour en ralliant d'autres voix du centre, celles de François Bayrou, comptant sur un désistement de ce dernier à son profit ;

5- Sauf que ... Encore un autre scénario possible : s'il dépasse Nicolas Sarkozy dans les sondages mais reste derrière François Bayrou, c'est ce dernier, déjà légitime représentant du centre, qui devrait bénéficier d'un désistement de Jean-Louis Borloo, au détriment de Nicolas Sarkozy. Dans le cas d'une telle solution de repli, il essaierait de négocier une place de 1er ministre et ses amis députés espèreraient également se voir assurer de mandats législatifs, en reconnaissant soudain toutes les qualités de François Bayrou ...

Mais tous ces petits calculs sont sans compter sur les incertitudes suivantes :

- tout d'abord les voix n'appartiennent qu'aux électeurs, pas au candidat. En cas de désistement d'un candidat décidant d'en soutenir un autre, les reports ne sont pas si systématiques. Ainsi, si après avoir critiqué Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Borloo se met à le soutenir, les voix ne vont-elles pas plutôt se reporter sur François Bayrou ? De même qu'après neuf années au gouvernement dont quatre sous la présidence Sarkozy il n'a rien critiqué, il a tout voté, sans jamais émettre de réserve sur la politique du gouvernement : bouclier fiscal et suppression des droits de succession, intégration du commandement de l’OTAN, discours de Dakar, Discours de Grenoble, réforme de l’audiovisuel public, affaire Tapie, affaire Bettencourt, affaire Pérol, affaire Epad/Jean Sarkozy, etc. Où est la crédibilité ?

- ensuite, comment continuer ainsi à porter des étiquettes en contradiction avec le contenu ? Les Français ne risquent-ils pas de percevoir une imposture ?

Centriste ? En fait à droite même s'il est plus modéré, il ne le nie même pas et proclame par avance un ralliement. Sinon il irait directement vers François Bayrou, qui a prouvé son indépendance tout en acceptant de dialoguer avec des personnalités politiques d'autres clans.

Social ? François Chérèque, secrétaire général de la CFDT dit de Jean-Louis Borloo : "Je ne reconnais aucune fibre sociale à une personne qui ne s'est pas exprimée sur le blocage du dialogue social pendant six mois." Ajoutant aussi : "Il était le ministre du travail quand il y a eu le CPE (Contrat de première embauche), donc on a l'habitude de M. Borloo, qui a un double discours, qui ne dit rien alors qu'il a des responsabilités."
Que dire aussi de l’échec du programme visant à faciliter l’accès à la propriété des gens modestes avait été lancé en 2005 par Jean-Louis Borloo, alors ministre de la Cohésion sociale et du Logement du gouvernement Villepin ? Six ans après, sur les 20.000 logements prévus, seuls 600 sont sortis de terre. Ces "maisons Borloo" annoncées à 100 000 euro, coûtent finalement 150 000 euros aux familles, qui se plaignent de malfaçon et doivent se pourvoir en justice.

Ecologiste ? D'après l’écologiste Fabrice Nicolino, qui vient de publier "qui a tué l’écologie ?" : "il est arrivé là par hasard en héritant du ministère de l’écologie, mais n’a jamais eu cette sensibilité", le Grenelle de l’environnement a été médiatisé mais a accouché d’une souris, le gouvernement n’ayant même pas mis en place la mesure phare que devait être la taxe carbone, mal ficelée. Capable de signer les autorisations d'exploration de gaz de schiste sans même consulter le premier ministre et de dire ensuite qu'il a manqué de vigilance, il démontre son inconscience écologique et son irresponsabilité. Et qu’a-t-il dit quand le gouvernement a décidé de supprimer une aide fiscale à l’investissement en panneaux photovoltaïques ?

Enfin, alors que le scandale de l'affaire Tapie va inévitablement ressurgir, impliquant Christine Largarde et éclaboussant le président Sarkozy, Jean-Louis Borloo ne risque-t-il pas de pâtir également de sa proximité avec cet ami bien sulfureux ?

31/05/2011

Echec scolaire des enfants d’immigrés : Bayrou a raison contre Guéant

Gueant-Bayrou.JPG

Dimanche dernier, Claude Guéant affirmait que "les deux tiers des échecs scolaires, c'est l'échec d'enfants d'immigrés", suscitant l'indignation du monde éducatif. Et mercredi, devant l'Assemblée nationale, il persistait avec d'autres chiffres, assurant que deux tiers des enfants d'immigrés sortent du système scolaire "sans diplôme". Voir cet article.

Le président du MoDem, François Bayrou, a tout de suite réagi dans un entretien au Parisien en qualifiant de "grossièrement faux" les chiffres avancés par Claude Guéant sur l'échec scolaire des enfants d'immigrés, reprochant au ministre de l'Intérieur d'"allumer une polémique nouvelle chaque jour" et ajoutant : "on sait bien qu'il y a davantage d'échec scolaire parmi les plus pauvres, ce n'est pas une raison pour mettre les plus pauvres en accusation!"

Lundi, Claude Guéant réplique à François Bayrou, en affirmant que ses chiffres sont exacts :

"Les chiffres que je cite sont rigou­reu­se­ment exacts, même s'ils ne sont pas plai­sants à entendre", débute-t-il dans cette lettre dont l'AFP a eu copie. Il cite "le rap­port de l'Insee sur les immi­grés en France (édition 2005)" (voir rapport entier ici) selon lequel "les enfants de familles immi­grées sortent presque deux fois plus sou­vent du sys­tème éduca­tif sans qualification".

"Cela revient stric­te­ment à ce que j'ai dit, à savoir que parmi les enfants qui sor­taient sans qua­li­fi­ca­tion de l'appareil sco­laire, les deux tiers étaient des enfants de familles immi­grées", pour­suit Claude Guéant.

Or justement, cela ne revient pas du tout à ce que Claude Guéant a dit. Ce dernier commet une grossière erreur de raisonnement (à moins que ce soit un sophisme volontaire) facilement démontrable (niveau primaire). Démonstration :

- La prétendue conclusion de l’Insee signifie que proportionnellement, le nombre d’enfants d’immigrés sans qualification (EISQ) sur le nombre total d’enfants d’immigrés (EI) est deux fois plus élevé que le nombre d’enfants non immigrés sans qualification (ENISQ) sur le nombre total d’enfants non immigrés (ENI) :

EISQ/EI = 2 x ENISQ/ENI

- Claude Guéant en conclut que « parmi les enfants sans qualification (ESQ), les deux tiers étaient des enfants de familles immigrées », donc les enfants d’immigrés sans qualification (EISQ) sont deux fois plus nombreux que les enfants de non immigrés sans qualification (ENISQ) :

EISQ = 2x ENISQ

La conclusion de Claude Guéant ne vérifierait l’équation prétendue vraie de l’Insee que dans le cas ou EI = ENI (nombre d’enfants d’immigrés = nombre d’enfants de non immigrés), ce qui est complètement faux !

On peut même démontrer, connaissant la proportion d’immigrés sur la population totale (7,4% d’après l’étude Insee à laquelle Claude Guéant fait référence), que EISQ=0,16x ENISQ, soit moins de 10 fois moins !

Si on considère en effet que la proportion d’enfants d’immigrés sur la population d’enfants totale est la même, 7,4% (elle est sans doute plus élevée, mais si elle l’est deux fois plus, cela doublera notre facteur au total, soit 0,3 environ, encore nettement inférieur au chiffre annoncé par Claude Guéant) :

EI = 7,4% x (EI+ENI) donc ENI = EI (1-7,4%)/7,4% donc ENI= 12,5135 EI

Si nous remplaçons ENI dans l’équation supposée vraie de l’Insee :

EISQ/EI = 2 x ENISQ/ (12,5135xEI) donc EISQ = 2 x ENISQ/12,5135 = 0,16 ENISQ

Mais ce n’est pas tout ! Claude Guéant semble prêter abusivement à l’Insee une conclusion que je n’ai pas trouvée dans le rapport.

J’ai bien relu le rapport de l’Insee et n’ai pas trouvé ce prétendu ratio deux fois plus élevé chez les enfants d’immigrés sans qualification comparé aux enfants de non immigrés sans qualification. Le rapport fait état page 99 d'un taux d'enfants sortis du système scolaire sans qualification de 10,7 chez les enfants de familles d'immigrés et de 6,1 chez les enfants de familles non immigrées (ratio de 1,7). C'est donc sur cette base que le ministre de l'intérieur Claude Guéant s'est fondé.

Il est mentionné dans le rapport de l’Insee que « Les enfants d’immigrés sont souvent en difficulté scolaire, mais pas plus que les autres enfants ayant les mêmes caractéristiques sociales. »

« Les plus grandes difficultés scolaires que rencontrent les enfants d’immigrés ne sont pas indépendantes de leur environnement familial et social. Ainsi, les trois quarts d’entre eux appartiennent à une famille dont la personne de référence est ouvrière, employée de services ou inactive contre un tiers pour les jeunes non issus de parents d’immigrés ».

L’Insee précise même que « À situation sociale et familiale comparable, les enfants d’immigrés ont des chances au moins égales à celles des autres élèves de préparer un baccalauréat général »

François Bayrou a donc parfaitement raison : « c’est l’origine sociale, le niveau de pauvreté, qui détermine une influence sur l’échec scolaire et non l’origine « immigration ». Il a également raison de dire que les chiffres annoncés par Claude Guéant sont faux.

Voir aussi cet article de Libération, postérieur à mon billet.

Voir aussi cette réponse de François Bayrou à Claude Guéant publié le 7 juin dans cet article "Echec Scolaire : François Bayrou apprend à Claude Guéant la règle de trois"

24/04/2011

Une élection présidentielle 2012 à trois tours, les sondages étant le premier tour

La bipolarité : psychose maniaco dépressive de la vie politique en France

 

Les sondages prennent de plus en plus d'importance dans la vie politique et notamment à l'approche de grandes élections. En effet, leur prise en compte par l'électeur peut avoir un effet inductif et réflexif sur la décision de son vote, soit par effet d'entraînement sur un réflexe primaire, favorisant un candidat en hausse, soit par un effet plus secondaire et plus réfléchi quant à l'impact de son vote. Par ailleurs, les sondages sont également une base importante de décision des candidats à l'élection, influençant leur stratégie d'alliance, de soutien, de maintien ou de désistement.

Ainsi, les sondages, à l'approche du premier tour des présidentielles 2012, pourraient bien constituer une primaire aux élections, un premier tour avant le premier tour, d'une élection qui en comporterait finalement trois.

L'élection présidentielle en France s'effectue au suffrage universel et  selon deux tours : le premier où se présentent toutes les sensibilités, les candidats des différents partis, petits ou grands, voire sans parti, et le second tour où ne restent en lice que les deux candidats qui ont recueilli le plus de suffrages au premier tour. Ce mécanisme favorise la bipolarité, c'est à dire la prédominance des deux partis majoritaires, en général celui de droite (UMP) et celui de gauche (PS), qui tentent au second tour de bénéficier du soutien des candidats et des partis minoritaires qui n'ont pas passé le premier cap.

Du fait des élections législatives, qui suivent directement les élections présidentielles et qui sont également organisées à deux tours, selon un scrutin majoritaire et non proportionnel, cette bipolarité est renforcée et les soutiens du second tour de la présidentielle se monnayent souvent en places accordées par les partis majoritaires aux partis minoritaires, c'est à dire des promesses de non concurrence de candidats aux législatives pour favoriser l'élection de candidats de partis minoritaires.
Cette bipolarité renforcée conduit la France à une guerre permanente clan contre clan et finalement à la victoire d'un des clans, qui en fait a recueilli moins d'un tiers des suffrages du premier tour (quelquefois moins de 20%, même pas un Français sur 5, comme ce fut le cas en 2002 pour Jacques Chirac avec 17%) et un peu plus de 50% au second, ce qui signifie presque 50% de Français mécontents.

L'alternance, consistant tour à tour, du fait du balancier dont le poids du mécontentement fini par faire pencher la balance vers le parti majoritaire concurrent qui n'était pas au pouvoir, n'est en aucun cas une "alternative". Elle consiste souvent à déconstruire tout ce qu'à fait le gouvernement précédent. Ce cycle de haut et bas inflige une maladie mentale à la société qui n'est pas sans rappeler la bipolarité qui chez un être humain est une psychose maniaco dépressive, alternant les phases d'euphorie, d'expansion, d'excitation, avec les phases de dépression psychique et physique, de mélancolie, d'atonie.

L'élection présidentielle du 21 avril 2002, a vu exceptionnellement un parti minoritaire arriver au premier tour : le Front National. Ce parti étant aux extrêmes de l'échiquier, le vote de second tour n'était plus un vote d'adhésion mais un vote d'exclusion : je vote pour celui que je ne veux surtout pas ; c'est bien entendu Jacques Chirac qui l'a emporté avec 80% des voix. Mais ce dernier, qui devait sa victoire à tous ceux qui avaient voté contre le Front National, aurait dû en tenir compte et former un gouvernement d'union nationale, ce qu'il n'a pas fait. L'UMP a cassé le centre en imposant quasiment un ralliement de la majorité des députés de l'UDF, les plus courageux résistant à la pression autour de François Bayrou. Ceci a encore plus favorisé la bipolarité et le conflit entre clans, que nous payons encore aujourd'hui.

En 2007, un autre scénario a été à deux doigts de se réaliser : l'arrivée du troisième homme, François Bayrou, au premier tour. Il a frolé cette victoire. Les sondages qui précédaient le scrutin le donnait gagnant à 55%, à la fois face à Nicolas Sarkozy et face à Ségolène Royal, s'il avait atteint ce premier tour. Ce qui signifie que c'est le candidat qui aurait satisfait le plus de Français au final. Si l'on fait confiance aux sondages (je ne parle pas de leur interprétation dans la presse, mais bien de leur résultat lorsqu'il est franc et sans appel), ces derniers peuvent nous aider à prendre notre décision de vote. Les sondages donnaient en 2007 Ségolène Royal perdante face à Nicolas Sarkozy et ceci même si François Bayrou s'était désisté avant le premier tour en sa faveur et même s'il avait soutenu Royal au second tour. Un duel Sarkozy-Royal donnait Nicolas Sarkozy gagnant d'une façon franche. Ce qui signifie que les électeurs de gauche, s'ils avaient réfléchi, auraient dû voter François Bayrou pour ne pas laisser gagner Nicolas Sarkozy !
Cet épisode démontre que si un candidat situé plus au centre (comme François Bayrou ou Nicolas Hulot) arrive à atteindre le premier tour, même si c'est a priori plus difficile dans ce contexte de bipolarité, il a plus de chance de l'emporter au second car les voix des électeurs de l'aile déchue préfèreront se reporter sur le centre que sur l'aile opposée. Ce qui n'est pas le cas si une aile extrême (Front National ou Front de Gauche) arrive au premier tour face à un clan moins extrême.

Ce qui signifie que si les Français veulent vraiment changer cette alternance maniaco dépressive et au final obtenir un centre de gravité plus stable, optimisant la capacité de la France à se rassembler, c'est plus l'option du centre qui doit être favorisée.

Or que se passe-t-il en ce moment, notamment du fait des sondages donnant Marine Le Pen au premier tour devant Nicolas Sarkozy ? L'UMP est aux abois et va tout faire pour décourager les candidats de droite et de centre-droit pour maximiser au premier tour les chances de Nicolas Sarkozy (ou du candidat alternatif éventuel en cas de poursuite de sa pente descendante). La candidature Borloo, qui fait croire à une candidature du centre tout en s'avouant soutien de la majorité, ne pourra y résister et, s'il est candidat, il est certainement convenu qu'il se désistera avant le premier tour en fonction des sondages (son maintien n'étant prévu que si les sondages le montre en capacité d'atteindre le premier tour face au PS). A la limite la candidature Villepin, en opposition avec Nicolas Sarkozy, serait plus crédible à s'allier avec le centre de François Bayrou. C'est donc manifestement un leurre. De même, du côté du Front de Gauche et des Ecologistes, la pression est forte pour envisager une candidature de rassemblement juste avant le premier tour si jamais les sondages précédant ce dernier montrent qu'il y a un risque d'atteinte du premier tour par le Front National face à la droite UMP & Co.

Conclusion : ce sont les sondages juste avant le premier tour de la présidentielle 2012 qui vont servir de primaires au premier tour. Ils vont foisonner, s'affoler, imaginer toutes les combinaisons d'alliance, de ralliement, de désistement (à moins que les instituts de sondage subissent des pressions pour ne pas faire paraître des résultats qui donnent des "mauvaises" idées aux électeurs ou aux candidats minoritaires (quand on sait qui est derrière ces instituts, comme le rappelle cet article (Bolloré, Parisot, Pérol, Buisson), on peut s'interroger ...). Les électeurs devraient décider leur vote de premier tour en fonction des résultats des sondages pour le second tour, selon les hypothèses de premier tour (comme ils auraient dû le faire en faveur de François Bayrou en 2007 pour contrer Nicolas Sarkozy, au lieu de voter Royal) et les candidats vont décider leur éventuel désistement avant le premier tour dans le cas où ils ne soient pas annoncés vainqueur et que leurs voix perdues risquent de faire passer au premier tour et en particulier au second le candidat de l'aile opposé qui ne leur apportera rien aux législatives. Mais fait nouveau, ce ne sera peut-être pas cette fois un parti dit majoritaire qui atteindra  le premier et le second tour tant convoité ... Et si pour changer vraiment et sortir de la psychose maniaco dépressive, on songeait à une nouvelle polarisation au centre, avec Bayrou, Hulot et Villepin par exemple ?

30/03/2011

Prix du gaz et de l'énergie : François Bayrou pointe la responsabilité de l'Etat

Invité ce mercredi matin 30 mars 2011 de Jean-Jacques Bourdin sur BFM/RMC, François Bayrou a vivement dénoncé la hausse inconsidérée du prix du gaz, de l'électricité et du carburant, insupportable pour tous les Français et en particulier les moins favorisés.

Rappelons qu'il avait déjà vivement dénoncé cette aberration du prix du gaz, qui a plus que doublé en trois ans pendant que le prix du marché lui était divisé par trois, lors d'un débat sur la dernière émission de "A vous de juger" le 3 mars dernier (voir vidéo de 15'30 à 19') alors que personne n'en parlait ! Rappelons aussi toute la campagne réalisée pour inciter les Français à se chauffer au gaz, l'énergie la moins coûteuse !

En effet, demain 1er avril, le prix du gaz sera augmenté de 5%, après l'avoir été de 16% en 2010. En un an : 21% d'augmentation et sur trois ans, plus de 50% !
Pendant la même période de trois ans, le prix du gaz sur les marché était divisé par trois !

Pourquoi cette anomalie ? Parce que GDF a signé auprès de fournisseurs étrangers (Norvège, Algérie, Russie, etc.) des contrats d'approvisionnement à long terme (de 20 ans) indexés sur le prix du pétrole car à l'époque, les gisements de gaz se situaient souvent sur les mêmes sites que le pétrole et il y avait peu de transactions sur le gaz. Une renégociation des contrats a commencé mais seulement sur 10% du prix, ce qui pèse peu. En fait, les fournisseurs s'en mettent plein les poches d'une façon scandaleuse !

Comme le rappelle François Bayrou, l''Etat est actionnaire (à 35%) de GDF-Suez. Il est également responsable de la régulation des prix de l'énergie. Il doit pouvoir intervenir. De plus, il y a une exigence de vérité des prix vis à vis des Français, des consommateurs.

Non seulement les factures de gaz flambent, mais aussi celles de l'électricité (+6,4% en un an et du carburant (+17,3% en un an). Voir aussi cet article de Challenges :

Il se trouve qu'en même temps, EDFnous annonce une hausse du prix de l'électricité de 30% sur les prochaines années ( +5,2% au 1er avril, portant l'augmentation des prix à 21 % depuis un an et à 61 % depuis juillet 2005 ! ), pour pouvoir financer les investissements nécessaires de prolongation et de sécurisation du parc nucléaire.

Or, notre électricité est actuellement 30% en dessous du prix moyen en Europe, grâce, nous disait-on, à notre production nucléaire moins coûteuse ! Ce discours était donc aussi un mensonge ! Sujet très sensible au moment où la dangerosité de la production d'énergie nucléaire est mise en exergue avec la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon et que sont révélés les mensonges répétés de Tepco sur cette affaire !

Le porte-parole du Mouvement Démocrate, Yann Wehrling, a aussi dénoncé hier lors d'une conférence de presse la faiblesse dont fait preuve le gouvernement cis-à-vis des fournisseurs d'énergie.

27/03/2011

Sortir de l’Euro : pour ou contre ?

 

Deux thèses s’affrontent au sujet d’une hypothétique sortie de l’Euro (retour au Franc) : nous apporterait-elle un avantage économique, une indépendance une fois libérés des contraintes de Maastricht, permettant de maîtriser notre monnaie et nos outils de relance de l’économie ? Ou au contraire serait-elle annonciatrice d’un grand péril, comme l’a proclamé récemment François Bayrou pour le Mouvement Démocrate, de même que l’ont aussi averti des représentants de l’UMP et du PS ?

Comme le remarque François Bayrou, sur ce sujet comme sur bien d’autres (déficit, guerre en Libye, éducation, hôpital,…), la ligne de clivage entre les deux positions n’est pas celle qui départage « la gauche » de « la droite ». En effet :

- Les partis favorables à la sortie de l’Euro sont : pour la droite le FN et les souverainistes (Debout La République) et pour la gauche le Parti de Gauche et le NPA ;

- Les partis qui au contraire alertent sur les dangers et les conséquences catastrophiques d’une sortie de l’Euro par la France sont l’UMP, le PS et même le PC par la voix de Pierre Laurent. Et surtout le MoDem avec François Bayrou, qui avertit qu’une telle hypothèse conduirait à une catastrophe économique, voire à des « larmes de sang », touchant notamment encore plus durement les plus défavorisés. Voir ses interventions récentes sur France Inter et sur la chaîne parlementaire LCP.

- A noter, une position intermédiaire : l’économiste Christian Saint-Etienne, du Nouveau Centre, qui prône quant à lui une scission de la zone Euro en deux : d’un côté une zone Euro fort, avec l’Allemagne et en général les pays du Nord, les moins endettés, de l’autre côté une zone euro faible avec les pays du sud les plus endettés : la Grès, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, … et la France, auxquels s’ajoute l’Irlande. Ce scénario reviendrait au même pour la France qu’une sortie de l’Euro : une dévaluation de sa monnaie accompagnée d’une forte hausse des taux d’intérêt, donc de la charge de la dette publique.

 

Quels sont les arguments avancés pour soutenir ces deux thèses et comment pouvoir en juger ?

Tout d’abord un rappel pédagogique sur quelques notions simples d’économie, comme je l’avais fait lors d’un précédent article « Equations économiques : la quadrature de la crise » :

· La valeur relative d’une monnaie reflète la solidité de son économie comparée à celle des autres pays, son pouvoir d’achat relatif comparé à celui d’une autre monnaie. Plus un pays est endetté, plus sa dette publique est élevée, plus il a de risque de rencontrer des difficultés à la rembourser, plus le taux d’intérêt exigé sur cette dette par les investisseurs est élevé, d’autant plus si ces derniers anticipent un risque de dévaluation de sa monnaie par rapport à la leur. La politique budgétaire impacte la valeur de la monnaie, pas seulement en termes de dette et de déficit public. L’anticipation d’inflation, notamment du fait de création monétaire (augmentation de la monnaie en circulation, des crédits, sans création de richesse en contrepartie, traduite au final par une hausse des prix), fait baisser la valeur de la monnaie. D’où la théorie de parité des pouvoirs d’achat établissant une équation d’équilibre entre trois variables : le taux de change entre deux monnaie, taux d’intérêt et taux d’inflation (voir définition Wikipedia ou plus d’explications dans cet article de Christian Biales).

· Lorsqu’un pays est autonome sur sa monnaie (ce qui n’est pas le cas s’il fait partie de la zone euro, contraint par les critères de Maastricht et la soumission à la politique de la BCE sur les taux d’intérêt), il peut utiliser la dévaluation comme un outil de relance des exportations (ce que fait la Chine en maintenant le Yuan sous-évalué). Il peut le faire en menant une politique budgétaire ou monétaire laxiste (augmentation exagérée des crédits consentis par le système bancaire ou rachat des titres de dette publique du Trésor par la Banque centrale), laissant filer sa monnaie sans contrainte.

Effets multiples d’une dévaluation monétaire :

L’inflation peut impliquer une dévaluation, de même qu’une dévaluation peut se traduire en inflation. Une politique monétaire ou budgétaire laxiste crée de l’inflation, provoquant mécaniquement une baisse du cours de la monnaie car les marchés vont anticiper cette baisse de valeur relative comparée aux autres monnaies. Ceci a aussi pour effet de faire mécaniquement baisser de prix des exportations pour les pays tiers, mais aussi de renchérir le prix des importations. Ce qui est un facteur positif si le pays est exportateur en net (balance commerciale excédentaire). En revanche, l’inflation va faire baisser le prix des valeurs mobilières (titres d’actions ou d’obligations) et immobilières, ce qui grève le patrimoine des épargnants et des investisseurs. De plus, l’inflation renchérit le prix des biens à la consommation alors que les salaires ne suivent pas ou suivent avec retard (surtout en période de chômage ou de récession), ce qui provoque une baisse de pouvoir d’achat des consommateurs, touchant en particuliers les plus défavorisés. Par ailleurs, si l’Etat est endetté vis-à-vis de l’étranger, la valeur relative de sa dette publique s’en trouvera diminuée (le cours du titre souverain libellé en monnaie étrangère baisse). Mais en contrepartie, les investisseurs qui souhaitent rentrer dans leurs fonds exigeront un taux d’intérêt bien plus élevé qu’avant, représentant une prime de risque, de dépréciation de leur actif. Un renouvellement de la dette (permettant de rembourser les échéances de la vielle dette) ne pourra se faire par l’Etat qu’à un taux plus élevé, ce qui renchérira considérablement la charge financière annuelle de cette dette, donc le déficit public, qui lui-même incrémente la dette publique. Il arrive même un seuil critique où la dette devient quasi impossible à rembourser, entrant dans un « effet boule de neige », qui justement se situe au-delà des critères de Maastricht de 60% du PIB pour la dette publique et de 3% du PIB pour le déficit public annuel). Plus encore que ces indicateurs, c’est le ratio déficit public/ recettes fiscales (capacité à couvrir le déficit par l’impôt) qui est un critère déterminant. La charge accrue de la dette handicape la croissance, obligeant l’Etat à augmenter les impôts ou à diminuer les dépenses publiques.

Au vu de ces multiples facteurs, la résultante des effets d’une dévaluation ne peut être anticipée, mesurée et appréciée qu’au regard d’une situation initiale dépendant des enjeux suivants :

- Niveau de la dette publique et niveau relatif des taux d’intérêt sur cette dette, impactant le déficit et nécessitant éventuellement une augmentation des impôts,

- Niveau relatif des exportations et des importations, ainsi que leur sensibilité aux prix (on a vu par exemple que l’Allemagne, grande exportatrice vers les pays émergents et la Chine, est peu sensible à l’augmentation de l’Euro),

- Impacts relatifs sur la relance de l’économie de l’effet sur les exportations et les importations,

- Effets de l’inflation sur le pouvoir d’achat des ménages.

 

Quel serait vraiment sur la France l’impact d’une sortie de l’Euro ?

1- Compte tenu de la situation très dégradée de nos finances publiques (dette publique atteignant 1600 milliards d’euros) et de notre balance commerciale (les importations excèdent les exportations), une sortie de l’euro se traduirait immédiatement par une dévaluation très forte de notre monnaie (certains économistes l’ont évalué à 20%, soit une valeur de 0,85 euros au lieu de 1 initialement) ;

2- L’effet positif sur les exportations serait neutralisé par l’effet négatif sur les importations. Comme le relate le Figaro dans cet article daté du 20 décembre 2010, un économiste de banque, Mark Cliffe, responsable de la recherche d'ING Bank, a chiffré les conséquences d'un retour général aux monnaies nationales : pour la France une récession avec baisse de 10% du PIB sur trois ans, hausse du chômage à 13,8%, le prix de l’essence qui s’envole à 1,75 euro le litre (à traduire en monnaie nationale). De plus l’inflation aurait un impact négatif sur le pouvoir d’achat des Français;

3- Libérés des contraintes de Masstricht, nous pourrions créer de la monnaie à notre gré, comme le préconise Marine Le Pen, afin de rembourser notre dette publique. Il suffirait que la Banque centrale rachète les bons du trésor au Trésor. Facile ! Sur les 1600 milliards de dette publique française, 2/3 sont détenus par des investisseurs étrangers (1200 milliards). La dévaluation relative de cette dette serait de 20%x1200 = 240 milliards. Continuer à emprunter à l’étranger nous contraindrait à payer un taux d’intérêt bien plus élevé : alors qu’il est de 3,5% aujourd’hui, il monterait facilement à 7%. Or la charge de la dette (intérêts), devenu en 2011 le premier poste budgétaire juste devant l’éducation, est actuellement de 45 milliards d’euros, soit l’équivalent du total de l’impôt annuel sur le revenu. Il faudrait donc soudain doubler l’impôt sur le revenu des Français pour ne pas déclarer l’Etat en faillite ! Faire racheter les créances publiques par la Banque centrale revient aussi à de la pure création monétaire, traduite en taux d’inflation, qui lui-même est intégré dans le taux d’intérêt exigé par les investisseurs, étrangers ou Français, répercuté sur toute l’économie, prêts aux particuliers comme crédits aux entreprises …

 

La conclusion paraît évidente : une sortie de l’euro serait catastrophique pour la France et ceux qui la prônent sont irresponsables, compte tenu de ces enjeux.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu