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25/08/2010

Coopération plutôt que compétition : la clé pour changer de modèle de société

 Il faut changer de « modèle de société », trouver une alternative au capitalisme, dominé par la recherche absolue du profit et par la loi du plus fort au détriment de l’égalité et de la fraternité, et aussi une alternative au socialisme, dominé par l’Etat et le collectivisme au détriment de la liberté, qui tous deux ont montré leur limite. Telle est la conclusion de plus en plus évoquée par les groupes politiques, des philosophes, des think-tanks, ... Mais si les diagnostics convergent, ils sont néanmoins limités par le périmètre de l’analyse (économique et écologique essentiellement, qu’il faut compléter par une analyse sociologique, psychologique, philosophique, anthropologique, sur des domaines étendus tels que l’éducation, les médias, la culture, la santé et même la politique…). Ces diagnostics convergents souffrent aussi d’un manque d’analyse en profondeur sur les causes profondes et nécessitent une approche plus globale. Enfin, ils ne sont pas suivis de réelles propositions alternatives où ces dernières restent très partielles.

 

Je suis même frappée que les éminents sociologues et économistes qui sont le plus écoutés en ce moment pour avoir alerté et prédit la crise (Joseph Stiglitz, Paul Jorion, Nouriel Roubini, Frédéric Lordon, …) axent essentiellement leurs propositions sur la nécessité d’une forte régulation, d’une suppression de la spéculation financière, du renforcement et de la redéfinition du rôle de l’Etat face aux puissances financières multinationales, d’une éventuelle nationalisation des banques, etc. sans aller vraiment plus loin. Je pense surtout à Paul Jorion, qui est anthropologue et aurait dû reprendre le sujet essentiellement sous l’angle anthropologique, de l’évolution de l’homme et des civilisations, sur ses aspirations profondes et sur la lutte pour sa survie, survie individuelle et survie de l’espèce.

 

Par le terme « modèle » de société, il faut entendre deux sens :

-         d’une part la référence idéologique à un type de société, de civilisation, qui serait « idéal », une utopie qui pourrait servir de modèle, à envier, à prendre pour exemple, à cibler ;

-         d’autre part la référence conceptuelle systémique à la façon de fonctionner d’un organisme, comme celui du corps humain avec son code génétique, ses cellules constituant un organes, organes eux-mêmes constituant ensemble un corps, ou comme l’écosystème, ou encore une entreprise. Quelle est la finalité du système ? Sa motivation ? De quoi se nourrit-il ? De quoi est-il composé et quelle est la motivation de ses composants ? Quels sont ses principes de régulation ?

 

Cette question du « modèle de société » doit nous interpeller dans sa globalité, pas seulement dans sa composante économique ni seulement sous l’angle écologique. L’analyse du fonctionnement de la société actuelle dans la mondialisation devrait nous conduire à remonter aux causes profondes, psychologiques, qui motivent l’être humain dans son conditionnement social et éducatif, aux dysfonctionnements structurels de la société et de l’économie dans leur organisation, en analysant les valeurs qui les motivent collectivement, leur moteur (motivation) et leurs freins (loi, régulation) et les interactions entre l’individu et la société dans laquelle il évolue.

 

Une des principales clé de la réflexion sur le moteur de fonctionnement, qui mène justement à tous ces dysfonctionnements sociaux, économiques, écologiques et même politiques, semble être la primauté accordée à la compétition sur la coopération, répondant à une logique darwinienne de la loi du plus fort. Voir à ce sujet un article que j’avais publié l’an dernier, intitulé « Pour une société plus coopérative ». Ceci est vérifié dans de nombreux domaines :

 

-         En économie de marché capitaliste (basée sur la recherche du profit), la primauté est donnée à la concurrence sur un marché libre, ou devront gagner les plus forts au détriment des plus faibles. C’est cette loi que la Commission européenne met toujours en avant, au risque de casser des services publics d’intérêt général ou des logiques coopératives soupçonnées de cartellisation (par exemple dans le domaine bancaire pour des services communs de cartes bancaires ou de paiements, ou de bourse européenne,…). Le but recherché des entreprises et des individus qui composent la société est avant tout la recherche du profit et non l’intérêt général, le développement humain. L’hypothèse est d’une part l’argent fait le bonheur des hommes, d’autre part que l’optimisation par la recherche du profit conduit à la meilleure façon d’augmenter la richesse globale qui « retombe en pluie » en enrichissant la collectivité dans son ensemble, crée des emplois etc. Une régulation par la fiscalité et les lois permet par ailleurs d’assurer une sécurité publique et une redistribution minimale pour garantir une paix sociale. Mais ce système comporte plusieurs « bugs » à commencer par ses faux postulats et non vérification de ses hypothèses :

o       l’argent ne fait pas nécessairement le bonheur,

o       l’accroissement global du gâteau ne s’est pas traduit pas une retombée en pluie mais par l’accaparement des richesses créées par la minorité de personnes déjà riches et puissantes,

o       la concurrence tue la concurrence dans la mesure où la loi du plus fort dans la recherche de la meilleure rentabilité conduit à des situations de monopole, à  la concentration des entreprises, où les plus grosses deviennent les plus rentables, attirant les actionnaires à la recherche du meilleur ROE et les clients à la recherche du meilleur prix, au détriment des valeurs sociales, humaines, de la qualité, …,

o       la liberté du marché est souvent un leurre : les opérations d’initiés montrent que l’accès à l’information n’est pas le même pour tous, de même que je jeu est faussé en politique et en économie par les liaisons entretenues entre les hommes politiques au pouvoir et les puissances médiatiques et financières  (affaire Bettencourt, domination de la presse et des médias par des actionnaires en affaire avec l’Etat, …),

o       le « prix de marché » n’est pas forcément un prix d’équilibre entre une demande globale et une offre globale, mais plus souvent le résultat d’un déséquilibre entre une offre marginale et une demande marginale qui impose leur prix à l’ensemble des acteurs, ainsi que le résultat de manœuvres spéculatives artificielles.

-         Dans le domaine de l’éducation, l’école et l’université : comme le titre Mediapart, « Les élèves sont victimes de la concurrence entre établissements scolaires » en faisant référence à un livre à paraître le 9 septembre « Ecole: les pièges de la concurrence ».

o       Les établissements scolaires, pour optimiser leurs résultats, privilégient la réussite de leurs meilleurs éléments et ont tendance à éliminer les faibles plutôt qu’à les tirer vers le haut ces derniers et les moyens,

o       La suppression de la carte scolaire (au motif de la liberté de choix en favorisant la concurrence entre établissements) a renforcé les inégalités et encore plus ghettoïsé les quartiers, faisant fuir les bons élèves qui étaient dans des collèges jugés moins bons, comme le montre un rapport de la Cour des Comptes,

o       La décentralisation appliquée aux universités est bonne pour ce qui est de la meilleure responsabilisation des établissements sur leur gestion opérationnelle, leur organisation, mais en revanche leur mise en concurrence et leur hyper spécialisation doublée de leur autonomie financière, à l’image des universités américaines, conduit à une inégalité des offres sur le territoire, obligeant les étudiants à déménager loin de leur famille pour suivre un cursus dans une autre région, engendrant des coûts importants, de même qu’elle aboutit à une inflation des coûts pour attirer les meilleurs professeurs et à une élévation importante des frais d’inscription, privilégiant ainsi les élèves qui ont les moyens.

-         Dans les secteurs publics et notamment dans la police, au pôle emploi et dans le domaine de la santé, avec la culture du résultat, du chiffre : Nicolas Sarkozy a voulu créer de l’émulation dans les services publics, chez les fonctionnaires, en les évaluant sur leurs résultats comme on le fait dans une entreprise privée. Si l’intention est louable, de vouloir optimiser les résultats, la manière de le faire peut conduire au résultat opposé :

o       Les policiers, jugés sur l’efficacité de leur action par le décompte des plaintes (une baisse signifiant une réduction de la criminalité), refusent des dépôts de plainte ou préfèrent enregistrer des « mains courantes » qui ne conduisent pas à une enquête. Un policier peut hésiter à s’occuper d’une atteinte physique à la personne car l’objectif est de baisser le chiffre de ce type d’intervention ! De même que la hausse des gardes à vue souvent non justifiées est motivée encore par le chiffre, …

o       La concurrence entre les hôpitaux et la course à la rentabilité conduit à une concentration des établissements, donc à un problème de maillage du territoire accélérant la désertification des campagne et les déséquilibres sur le territoire, de même que l’évolution des facturations de service à la tâche, aux nombre d’actes, ou la limitation des ordonnances, la politique des quotas, peut en final nuire à la qualité des soins.

o       L’accroissement du nombre de suicides chez France Telecom est aussi une conséquence de la mise en place de cette politique du chiffre appliquée à un service public,

o       Dans certains cas cette politique a conduit à changer le thermomètre, jouer sur les statistiques, pour modifier le chiffre servant à l’évaluation (mesure du nombre de chômeurs,

-         Dans l’organisation du monde et la politique internationale : la concurrence mondiale pour les ressources terrestres en voie de raréfaction, pour le pétrole, les matières premières, l’eau et même les terres agricoles, peut conduire les pays à se faire la guerre pour s’accaparer ces ressources. Au lieu de s’entendre ensemble, de s’organiser pour contenir le réchauffement climatique, pour partager les ressources et veiller à ce que leur consommation n’excède pas leur renouvellement, pour réguler la démographie afin qu’elle soit soutenable, de partager l’innovation technologique pour en faire bénéficier les autres, les nations ont tendance à faire cavalier seul, certaines ne veulent pas coopérer (comme les Etats-Unis et la Chine pour signer les accords de Kyoto). La politique de la loi du plus fort n’optimise pas l’intérêt général et compromet à présent la survie même de la planète. Elle favorise les guerres, rend la paix impossible. La création d’organisations internationales comme les ONG, l’ONU, la banque mondiale, le FMI, a permis de mettre en place des cadres coopératifs mais avec de nombreux défauts, à la fois de légitimité démocratique, de moyens d’actions insuffisants, et d’absence de coordination globale pour une gouvernance mondiale plus cohérente. L’Union européenne est aussi un bon exemple d’approche au départ coopérative, de mise en commun de moyens, de normes, mais s’essouffle parce qu’elle est essentiellement bâtie sur l’économie et ses règles de concurrence du marché, parce que les nations qui la compose n’ont pas elles-mêmes naturellement cette approche coopérative, se trouvent en conflit ou en concurrence, ne jouent pas la solidarité.

-         Dans le domaine politique : le fonctionnement de la démocratie repose sur une juste représentation des courants d’opinion au travers de partis politiques, sur le choix par les citoyens du président de la république ainsi que de leurs élus représentant ces courants ou ces partis, sur la délégation à ces élus parlementaires de votes des lois au Parlement et du contrôle de l’exécutif. Cependant, la prédominance de scrutins majoritaires, notamment pour les élections législatives en France, fait que celui qui a recueilli le plus de voix l’emporte par circonscription, même s’il représente un pourcentage d’électeurs faible. Il oblige aux ralliements de second tour, favorise la bipolarité sur les deux partis dominants, la concurrence entre la droite et la gauche au détriment d’un centre qui pourrait être plus équilibré et sans doute plus propice à une synthèse de la satisfaction générale. Une fois au pouvoir, le parti qui l’emporte a tendance à imposer sa loi, même si au final plus de 50% des électeurs n’ont pas été satisfaits. Rien ne l’oblige à coopérer avec l’opposition sur des sujets. L’opposition de son côté, se sent souvent obligée de dénigrer systématiquement l’action du gouvernement en place pour rester dans son statut d’opposition. Cela peut même conduire à des blocages institutionnels. Par exemple sur le dossier des retraites, il serait bon que chacun y mette du sien, d’un côté le gouvernement pour tenir compte des critiques de l’opposition, par exemple sur le traitement de la pénibilité et sur la recherche de nouvelles ressources que propose le PS ou encore sur le refus par François Bayrou et le MoDem de retarder de 65 à 67 ans l’âge auquel on peut valoriser ses droits à la retraite sans pénalité. De même que l’opposition ne devrait pas bloquer complètement une réforme vitale, nécessaire, au risque sinon de compromettre le système de nos retraites par répartition et d’aggraver le déficit public déjà abyssal. En politique, il faut aussi apprendre à coopérer plutôt que se faire systématiquement concurrence.

 

Cette approche coopérative est de plus en plus mise en valeur comme une alternative à l’approche compétitive. En témoignent le succès des AMAP (coopératives mettant en relation les consommateurs et les producteurs), des logiciels libres et des wiki collaboratifs, où un ensemble d'individus mettent en commun gratuitement leurs savoirs au bénéfice de tous, dont ils profitent aussi en retour. Dans la recherche, une transparence et un partage des travaux de chercheurs au travers le monde, grâce à Internet, permet aussi de plus grandes avancées que lorsque chacun joue séparément et même en concurrence, occasionne moins de coût que des investissements parallèles et concurrents dont un seul sera rentabilisé finalement, celui qui gagne en final.

 

L’approche coopérative n’est pas seulement une nouvelle manière de travailler, de s’organiser. Elle suppose aussi de se fixer un objectif basé réellement sur l’intérêt général, sur un niveau de service, sur des critères de satisfaction, de qualité, de préservation de valeurs, plutôt que sur l’unique critère du profit même contraint par des exigences de normes, par des garde-fous exercés de manière coercitive. Une mutuelle ou une coopérative a pour objectif la satisfaction de ses usagers au meilleur coût et non la maximisation du profit à niveau minimum de service. Il s’agit d’inverser l’objectif et les contraintes, donc bien d’un changement de modèle.

 

Une organisation privilégiant la coopération peut être une alternative au capitalisme, notamment au capitalisme financier, mais aussi une alternative au socialisme centré sur l’Etat, en responsabilisant mieux les citoyens. L’Etat ne peut s’occuper de tout. Il conduit même les citoyens à attendre tout de l’Etat, à s’isoler et à moins s’impliquer, voire à faire moins d’effort, par exemple à être moins solidaire vis-à-vis de son prochain puisque l’Etat est là pour le prendre en charge. Plutôt que nationaliser les banques suite à la crise financière, comme le préconisent certains comme Frédéric Lordon, pourquoi ne pas favoriser les structures mutualistes bancaires, qui d’ailleurs existent déjà en France tout en veillant à une suppression des activités spéculatives, à une séparation des banques d’affaires et des banques de dépôts ou banques commerciales ?

 

Cette approche n’est d’ailleurs pas antinomique à l’approche compétitive, car on peut voir des structures coopératives être elles-mêmes en concurrence pour un meilleur service (pas nécessairement pour le profit d’ailleurs). Elle répond aussi à une régulation préventive plutôt que corrective : la spéculation n’a plus cours et les gains de productivité ou en qualité bénéficient à tous. C’est plus sain que laisser faire la spéculation et l’accumulation des profits en capital au bénéfice des plus riches, que l’on cherchera ensuite à taxer plus pour opérer une correction redistributive.

 

La société coopérative est fondée sur la confiance en l’autre et sur la motivation de solidarité, d’aider l’autre, non de le dominer. Elle suppose une conscience et une responsabilité citoyenne, s’appuie sur un autre comportement. Mais pour que cela fonctionne, il faut non seulement que les organisations humaines, les entreprises, les organisations internationales, les nations, les partis politiques, privilégient la coopération selon cette logique, ce qu’on pourrait imposer aux structures, il faut aussi que les individus qui composent ces structures, à la fois en tant qu’usagers ou consommateurs, en tant que salariés et en tant qu’actionnaires/propriétaires, soient eux-mêmes motivés. Un usager est motivé par le meilleur service au meilleur coût, un actionnaire est motivé par la rentabilité de son placement et l’envie de soutenir l’entreprise, un salarié est motivé par son salaire mais aussi par la fierté de travailler dans une entreprise utile, respectant des valeurs et une certaine éthique, se conduisant correctement. L’approche coopérative revient à faire converger ces intérêts. L’usager est en même temps actionnaire. Le salarié peut l’être aussi.

 

La société coopérative est une société humaniste. Elle est la clé de voûte d’une approche idéologique que l’on peut appeler l’humanisme, en alternative au capitalisme et au socialisme.

01/05/2010

Zahia Dehar, un joli symptôme de notre laid modèle de société

Zahia dehar une de Match.JPG« Zahia la scandaleuse », « Zahia qui a fait tomber les bleus », « le cadeau d’anniversaire de Ribery » … fait la une des magazines people cette semaine. La brigade cherche les coupables : clients abusant d’une mineure, proxénète en profitant, les médias faisant la une sur un scandale, l’équipe des bleus est déstabilisée, … Mais le vrai coupable n’est-il pas ce modèle de société, qui valorise quotidiennement à la télévision comme dans les magazines, les valeurs du sexe et des paillettes, le star system, le fric et le toc ?

 

Prostituée ? Non, « escort-girl » dit-elle. Mineure ? Non, j’avais 16 ans, je pensais que je n’étais plus Zahia-Dehar-VSD-1705-01-400x499.jpgmineure, dit-elle aussi … Quel délit ? Pour Ribery et Benzema, « Sollicitation de prostituée mineure », passible de trois ans de prison et de 45 000 euros d’amende (si les joueurs connaissaient son âge … ce qui ne paraît pas être le cas). Quant à Abou Sofiane, interpellé pour proxénétisme aggravé, est-il vraiment proxénète ou « intermédiaire rémunéré pour service, mise en contact » ? Telles sont les questions qui font la une des journaux et aucun, je dis bien aucun, ne pose le problème sur le fond : comment cette jeune fille, libre, consentante et décomplexée, en est arrivée là ?

 

Zahia hehar.jpgMontrée par les médias comme provocante et vénale, Zahia est en fait une ravissante jeune fille timide et plutôt innocente, adorable, de surcroît gracieuse et charmeuse, qui a découvert assez tôt les plaisirs du sexe et surtout la fascination qu’il exerce sur les hommes, le pouvoir qu’il confère aux femmes sur les hommes, puis l’argent facile, en tout cas quand on est bien dotée par la nature …

 

 

 

Zahia était dans la classe de mon fils en 5ème et sa famille réside dans mon quartier. Très jolie, elle faisait déjà des photos de mannequinât. Dès l’année suivante, elle ne cachait pas non plus à ses camarades qu’elle avait des activités sexuelles et qu’elle y prenait goût. Son rêve ? Côtoyer des stars, l’argent facile, c’est tout simplement ce que véhiculent en permanence nos médias et en particulier la télévision. La reconnaissance sociale passe par l’argent et le star system (émissions comme  « La nouvelle Star »), la beauté des femmes est stéréotypée et appelle les jeunes filles à s’y conformer (cheveux décolorés, poitrine siliconée, maigreur anorexique,…), le culte du sexe et du plaisir sexuel sans complexe est montré comme une valeur de nos temps post-modernes.

 

Zahia est en fait un pur produit de cette société. Elle n’a fait que répondre aux appels et aux sollicitations permanentes, aux nouvelles valeurs de notre temps. En toute innocence et franche naïveté, à tel point qu’elle n’a pas l’impression d’être une prostituée (préférant le terme « d’escort-girl ») même en tarifant ses faveurs, puisque c’est de son propre gré et que les clients viennent à elle sans qu’elle ait besoin de les solliciter. Elle n’avait pas non plus la conscience d’être mineure et donc dans l’infraction, croyant que la majorité était à 16 ans !

Certes, on peut aussi se questionner sur les parents, qui laissent une enfant mineure vivre cette vie, dormir on ne sait où, prendre l’avion pour Munich ou Dubaï, se faire refaire la poitrine …

 

Mais surtout, interrogeons-nous sur la raison pour laquelle cette société véhicule ces valeurs ? Est-ce que la résurgence de la burka ou du niqab, du voile intégral, n’est pas simplement une contre-réaction à cette démesure sexuelle ? Pourquoi la télévision est-elle de plus en plus crasse, une telle daube ? Parce qu’elle est plus motivée par l’audience, qui permet les recettes publicitaires notamment. Parce que c’est ce que demande le grand public … Mais est-ce ce qu'il veut pour ses enfants ?

Ceci doit nous faire réfléchir.

19/04/2010

Faut-il taxer les banques ?

 L’idée d’une taxe bancaire, visant à prévenir du risque systémique, fait son chemin et divise l’Union européenne. Les ministres de Finances réunis lors de l’Ecofin à Madrid n’ont pu trouver un accord et le débat va rebondir cette semaine au FMI. Ces réflexions et discussions sont souvent difficiles à comprendre pour le grand public, qui ne maîtrise pas ce qu’est le « risque systémique » mais qui pressent que, les banques ayant été à l’origine de la crise financière, muée en crise économique, il est logique qu’elles paient leur tribut à cette crise.

De quoi s’agit-il ? A quoi servirait une telle taxe et combien rapporterait-elle ? Y-a-t-il un rapport avec la taxe « Tobin » sur les transactions financières ? Ne faut-il pas prendre le problème autrement et plus en profondeur ?

 

 

Qu’est-ce que le risque systémique ?

Le rapport Lepetit commandé par Bercy définit le risque systémique comme « le résultat d’un accumulation de risques qui ne sont pas correctement appréhendés par les dispositifs existants de gestion des risques, de régulation et de contrôle du secteur financier ».

 

Cette taxe ne serait-elle pas plutôt une assurance contre le risque ?

L’Allemagne a déjà décidé un prélèvement censé atteindre 1 à 1,2 milliards d’euros par an afin d’alimenter l’Office de Stabilisation des Marchés Financiers (OMSA), l’organe de tutelle du fonds de soutien des banques. Ce prélèvement s’apparente donc plutôt à une forme d’assurance, de mutualisation du risque afin que l’ensemble de la profession cotise pour venir en aide à un acteur qui risquerait par sa faillite, d’entraîner les autres dans sa chute.

Le rapport Lepetit recommande d’affecter la taxe aux budgets des Etats et non à un fonds de garantie (pourquoi ?). Elle viserait les activités de marché ou de gestion concernant les actifs valorisés au moyen de modèles et peu liquides (aucunement les activités de crédits aux entreprises ou aux ménages, ni les activités d’assurances, correctement régulées). Ceci signifie que cette taxe équivaut à un prélèvement valant assurance d’un risque sur activités spéculatives, ce qui est assez choquant : les banques qui ne spéculent pas devraient-elle mettre au pot pour mutualiser les risques pris par des banques qui spéculent, évaluent mal leur risques et risquent de mettre en défaut tout le reste de la profession ? Dans ce cas ce serait même carrément immoral. Comme si nos primes d’assurance devaient couvrir les risques de faillite des personnes jouant au casino et perdant aux jeux d’argent ...

 

Autre utilité d’une telle taxe ?

Cette solution permettrait, selon Christine Lagarde, de dissuader avec plus d'efficacité les banques de prendre des risques inconsidérés. Ceci à condition que la taxe soit assise sur les risques pris par les banques, mais comme cette base n’est pas encore définie et que justement il s’agit de faire face à des risques qui ne sont pas évaluables, difficiles à anticiper, à mesurer, ceci risque d’être très difficile ... A mon avis, c’est le contraire qui risque de se passer : si les banques doivent de toute façon payer leur tribut et qu’elle ont par avance l’assurance que l’Etat ou un fonds de solidarité viendra à leur secours en cas de risque de faillite, elles sont moins incitées à la prudence ...

 

Modalités d’application  ?

L’objectif, le champ, l’assiette et le taux de la taxe devraient être définis et approuvés au niveau international. En effet, si un pays l’applique sans que d’autres pays n’y soient soumis, cela introduirait une distorsion de concurrence entre les banques taxées et non taxées, incitant les investisseurs, les actionnaires des banques, à préférer mettre leurs capitaux dans les banques non taxées.

 

Taxe en remplacement de la « taxe Tobin » ?

Selon Christine Lagarde, la création d'une telle taxe ne met pas fin aux réflexions sur une taxe sur les transactions financières, souvent comparée au projet de "taxe Tobin".

"Je ne crois pas qu'ils soient mutuellement exclusifs", a-t-elle déclaré.

"Les besoins de financement dans le domaine du changement climatique, de l'aide au développement, nécessitent des financements probablement innovants, au rang desquels on doit inclure, pour y réfléchir, une taxation sur les transactions financières", a-t-elle ajouté.

 

Enjeux financiers ?

On parle d’un enjeu de l’ordre de 50 milliards par an pour les banques au niveau européen, de un peu plus de 1 milliard pour l’Allemagne, du même ordre 1 milliard pour la France. Or il faut relativiser cet enjeu. Rappelons-nous qu’en 2008 l’Etat a dû renflouer Dexia en capital pour lui éviter la faillite, en injectant 6,4 milliards d’euros. L’Etat a aussi accordé 7 milliards d’euros à la BPCE (maison mère de Natixis) au plus fort de la crise, sous forme de titre super-subordonnée (dette équivalent à du capital), que BPCE envisage de rembourser d’ici 2013. L’Etat avait aussi renforcé les fonds propres d’autres banques, au travers de la SPPE, sous forme de prêts subordonnés (pour un montant total de 23,5 Milliards à un taux de 8,2%) et avait aussi garanti les banques pour relancer  les prêts interbancaires au travers de la SFEF, en facturant cette garantie aux établissements de crédits, son coût variant selon la prime de risque caractérisant chaque banque. En 2009, l’Etat a gagné 2 milliards sur ces deux dispositifs  dont environ la moitié de commissions de garanties pour les banques se finançant auprès de la SFEF et l'autre moitié en intérêt touché sur les TSS (Titres Super Subordonnés).

On peut donc légitimement se poser la question : est-ce que 1 milliard par an provisionné pour risque systémique est suffisant pour prévenir de la prochaine bulle ?

 

Taxer les banques pour redistribuer à l’économie ?

Outre l’intérêt de provisionner et de mutualiser un risque systémique au travers d’une taxe pour faire face à une prochaine bulle, on peut aussi se demander s’il n’est pas légitime de taxer les bénéfices des banques plus que ceux des entreprises, dans la mesure où elles captent une part importante de la valeur ajoutée. Aux Etats-Unis par exemple, la part de la valeur ajoutée totale captée par les banques et institutions financières est passée de moins de 10% à 40% entre 1980 et aujourd’hui, comme le rappelle Joseph Stiglitz. Il serait intéressant de regarder les chiffres sur la France et sur l’Europe ... Une telle taxe est proposée par les tenants d’une politique de gauche. Cependant, il faut faire attention : les bénéfices des banques servent à couvrir leurs risques et il est normal que plus elles en prennent, que ce soit de marché ou de contrepartie (sur les clients et sur les autres banques), plus elles ont intégré ce risque dans leurs tarifs et font des marges importantes, mais qu’il faut alors investir ce bénéfice en capital et non le distribuer (ce qu’imposent les règles de Bâle). Il serait alors plus logique de pouvoir provisionner tous ces risques, sur base statistique comme le font les compagnies d’assurance (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui dans les normes de comptabilité bancaire qui ne permettent que de provisionner les risques des défaillances avérées dans l’année suivante), mais ce qui aurait aussi pour effet, en diminuant le profit, ... de diminuer les impôts ! Il serait aussi plus logique d’assoir les bonus des traders et des dirigeants sur une base de profit après coût du risque, incitant moins les bénéficiaires à faire prendre des risques à la banque sans en prendre eux-mêmes. Ce qui réduirait les montants versés. Ces dispositions devraient être prises au niveau international pour éviter les distorsions de concurrence. Elles contribueraient à lisser les effets de cycle, alors que les règles actuelles ont accentué la procyclité (accélération et accentuation  des effets de crise et à l’inverse accentuation des périodes fastes donnant une illusion de moindre risque et de valorisation).

 

Prendre le problème autrement ? Séparer les banques d’affaires des banques commerciales et même supprimer la spéculation financière des banques ...

 

Les dérives et perversions du système actuel ont été diagnostiquées : les pertes non anticipées, mal maîtrisées, sont venues des activités de marchés spéculatives et ces dernières ont mis en péril les activités de banques commerciales classiques ainsi que les banques qui détenaient des créances ou avaient pris des risques sur les établissements en faillite, déclenchant le fameux risque systémique par l’effet domino. Si les activités de marchés, de banque d’affaires, étaient séparées capitalistique ment des autres activités de la banques, elles ne mettraient pas en péril ces dernières. Les actionnaires des activités risquées de banque d’affaire ne s’en prendraient qu’à eux-mêmes, subissant leur risque. C’était la logique du Glass Steagle Act, mis en place aux Etats-Unis en 1933 suite à la grande crise de 1929, et abrogé en 1999 lors de généralisation de la dérégulation financière, et que Barack Obama envisage éventuellement de réactiver. Cependant, on peut critiquer deux faiblesses à cette proposition : elle atténue mais ne supprime pas le risque systémique, si des banques d’affaires et banques commerciales ont des engagements (crédits) entre elles. De plus, les activités de crédits et les opérations de marchés en support et en couverture des crédits, réalisées par des entreprises, sont souvent liées, sans qu’elles soient pour autant sujettes à spéculation. Il est plus pratique pour un client de s’adresser à une même banque, qui connaît bien son risque, à la fois pour un crédit et des couvertures associées, des opérations de change et de dérivés de taux. C’est pourquoi je suggère plutôt de toujours permettre à une banque commerciale de faire des opérations de marchés pour ses clients mais de lui interdire de faire de la spéculation, du trading. Il faudrait obliger les banques commerciales à couvrir toutes leurs positions clientèle autant que possible auprès de marchés organisés (futures, options), qui sont régulés, offrent une transparence des positions prises par les acteurs, et dont le risque de marché est couvert grâce à des dépôts de garantie et des appels de marge. Pour les cas où il n’existe pas de marchés organisés, on pourrait envisager quelques établissements « teneurs de marché » auprès desquels les banques se couvriraient. Ces derniers seraient encadrés, leurs prises de risque limitées, leur capital pourrait être soit public soit comme pour une coopérative partagé entre les banques commerciales utilisatrices du service.

 

... ce qui limiterait les bonus des traders, puisqu’il n’y aurait plus de traders (en dehors des quelques opérateurs teneurs de marchés) !

 

Le rôle des banques est à repenser. La financiarisation de l’économie a montré ses dérives. Il faut revenir à des services financiers au service de l’économie et limiter la spéculation tout en prévenant des risques. Pour cela il faut se garder des attitudes populistes et manichéennes, de la tendance à chercher en temps de crise le bouc émissaire en dénonçant les banques en un bloc comme les « méchants » responsables de la crise, ne pensant qu’à les taxer sans réfléchir à la formation de leur profit et de leur risque. Il faut agir en profondeur en en prévention, selon une « régulation préventive » plutôt que simplement selon une « régulation corrective » par l’impôt. Appliqué à d’autres domaines, c’est dans la même logique de « régulation préventive » qu’il vaut mieux garantir une vraie égalité des chances scolaires plutôt que garantir des quotas d’entrée aux concours aux classes défavorisées. C’est dans cet esprit qu’il faut repenser le modèle de société.

 

http://www.agefi.fr/articles/Lidee-dune-taxe-bancaire-divise-lUnion-europeenne-1133574.html

http://www.e24.fr/finance/banque/article195095.ece/Les-banques-francaises-ne-veulent-pas-se-faire-taxer.html

http://www.latribune.fr/entreprises/banques-finance/banque/20100415trib000499158/le-rapport-lepetit-pour-une-taxe-bancaire.html?print

http://www.lexpress.fr/actualites/2/paris-et-berlin-veulent-une-taxe-bancaire-internationale_859520.html?actu%20=%201

http://www.lepoint.fr/actualites-economie/2008-10-01/6-4-milliards-d-euros-injectes-dans-dexia/916/0/278203

http://www.investir.fr/infos-conseils-boursiers/actus-des-marches/infos-marches/bpce-remboursera-l-etat-d-ici-2013-natixis-se-redresse-224641.php

 

27/01/2010

Grand débat public sur l'Alternative sociale mercredi 3 février à 20 heures à l'ENS de Lyon

Carrefour de la République

 

Grand débat public

 

« L'alternative sociale, ou comment sur le plan régional contribuer à construire un nouveau modèle de société ? »

 

avec Jean-François Kahn (c.r.r.é.a.)

et Azouz Begag, Philippe Meirieu, Jean-Jack Queyranne

 

Mercredi 3 février à 20 heures

à l’Amphithéâtre Charles Mérieux de l’ENS de Lyon (site Monod)

46 allée d’Italie, Lyon 7ème (Métro ligne B, station Debourg)

 

 


Le Carrefour de la République et le C.R.R.E.A. présidé par Jean-François Kahn (Centre de réflexions et de recherche pour l’élaboration d’alternatives) organisent en partenariat avec le journal Marianne, le site Mediapart et le Bureau des élèves de l'École normale supérieure de Lyon un grand débat public sur le thème de « L'alternative sociale, ou comment sur le plan régional contribuer à construire un nouveau modèle de société ? », avec la participation des représentants de toutes les sensibilités qui se réclament de cette recherche d'alternatives : Azouz Begag, Philippe Meirieu et Jean-Jack Queyranne.

 

Que ce soit sur la recomposition du paysage politique français, la démocratie participative, la souffrance au travail ou le mal-être social, les débats publics organisés par le Carrefour de la République en partenariats avec le monde associatif dont il est issu ont été l'occasion pour tous les participants de s'exprimer librement. C'est notamment pour donner la parole à ceux qui ne l'ont pas, et la libérer contre les préjugés et la méconnaissance de l'autre, que nous avons lancé ces rencontres mensuelles à Lyon. Elles ont réuni des personnes d'origines socio-professionnelles très diverses qui ont témoigné et débattu dans un esprit d'ouverture et avec une volonté de compréhension mutuelle. Des représentants syndicaux, des psychiatres et des médecins du travail, des salariés et des résidents de centres d'hébergement et de réinsertion, des universitaires, des ouvriers, des professionnels en ressources humaines, des avocats en droit du travail, des entrepreneurs, des enseignants, des citoyens engagés dans leur comité de quartier, et des militants associatifs et politiques ont pris activement part à toutes les discussions.

 

L'Année européenne 2010 est consacrée à la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Alors que près de 80 millions d'Européens vivent en-deçà du seuil de pauvreté, que le chômage augmente et que l'emploi ne suffit plus à sortir de la pauvreté, l'Union européenne mènera tout au long de l'année une campagne de sensibilisation visant à donner la parole à ceux qui vivent au quotidien la pauvreté et l'exclusion sociale. Reconnaître le droit fondamental de ces personnes à prendre une part active dans la société, accroître l'adhésion du public aux politiques d'inclusion sociale en favorisant l'engagement de tous les acteurs publics et privés, et promouvoir une plus grande cohésion dans la société sont les objectifs de cette année européenne 2010. Pour ce faire, la participation de la société civile, des partenaires sociaux et des autorités locales et régionales est requise. C'est dans cette optique que le Carrefour de la République a été lancé et poursuivra son action de sensibilisation.

 

Tous les comptes-rendus des débats, fruits de contributions très diverses et d'un travail collectif, sont des documents forts que nous mettons à disposition du public.

 

En vous souhaitant une année riche de rencontres, d'échanges et d'engagements, nous espérons vous voir nombreux au grand débat public sur l'Alternative sociale mercredi 3 février à 20 heures à l'ENS de Lyon.

 

          De la part de Florence Mardirossian, animatrice des débats

 

27/09/2009

Le modèle de société du G20

Si l'on doit retenir une phrase du communiqué du G20, qui résume à elle seule la finalité communément exprimée par nos leaders mondiaux, quelle est-elle ?

"Lancer un cadre qui définisse les politiques et la manière dont nous agirons ensemble pour parvenir à une croissance mondiale, forte, durable et équilibrée" (voir point 13 page 2).

Significatif sur les objectifs premiers : la croissance de la richesse et bien sûr des emplois (qui doit désormais intégrer la notion de "durable"). La survie de l'espèce et de la planète n'étant pas un objectif premier mais secondaire. La réduction des inégalités et de la pauvreté étant reléguée dans les annexes, ou au travers d'une expression incroyablement hypocrite : "Nous réaffirmons notre attachement historique à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement et nos engagements d'APD respectifs,...", qui rappelons-le, édictés en l'an 2000, sont loin d'être atteints !

Le renforcement du soutien aux plus vulnérables est évoqué, une volonté "d'améliorer l'accès des pauvres aux services financiers", la "promotion du déploiement d'énergie propres et peu coûteuses dans les pays en développement", la "prévention des sorties de capitaux illicites" de ces pays, mais cela paraît être comme disent les anglo-saxons du "wishfull thinking", en fait des voeux pieux.

En termes de moyens à mettre en oeuvre, notons la focalisation sur la régulation financière pour faire face à la crise financière et économique à court terme, avec des actions  sur les bonus et les paradis fiscaux qui sont plus médiatiques qu'efficaces. Une occulation de sujets important comme la monnaie mondiale de référence en alternative au dollar qui met gravement en danger les fiannces du monde, ou comme une taxe de type "Tobin" sur les flux financiers et surtout spéculatifs. Rien de concret proposé pour la création d'une agence mondiale pour l'environnement, sur le respect de normes sociales et environnementales à imposer à l'OMC, ni sur réduction des inégalités et de la pauvreté, qui sont des objectifs secondaires ou au lieux des "contraintes" à intégrer dans l'onjectif de croissance de la richesse.

Sur ce dernier point, deux types de moyens d'action peuvent être envisagés :

1- le moyen correctif "ex-post", visant à redistribuer par l'impôt une richesse inégalement distribuée sur la planète et au sein de chaque pays. Prenons un étalon, par exemple 1980. Mesurons les écarts d'inégalités et quelle aurait due être la richesse de part et d'autre, à richesse globale constante, pour maintenir le niveau d'inégalités de l'époque. Et corrigeons le tir. Les pays riches redonneraient aux pays pauvres la part servant à maintenir le niveau d'inégalités constant. Ceci par l'APD, par investissement dans ces pays dans l'éducation, la santé, la productivité de l'agriculture. Pourquoi ne pas proposer aussi de taxer les entreprises occidentales qui délocalisent leurs industries polluantes dans ces pays pour combler le coût environnemental afférant ?
De même, au sein de chaque pays, on pourrait corriger l'accroissement des inégalités, par exemple depuis 1980, par redistribution fiscale entre les riches et les pauvres, d'une manière mondiale (pour éviter l'utilisation de l'argument "si on le fait dans notre pays sans que ce soit fait ailleurs, la richesse et les investissements, donc l'emploi, vont partir ailleurs").
Lorsqu'on voit  les profits des établissements financiers  caractérisés par des ROE (Return on Equity) de 25-30% de 40% voire plus dans leurs activités de marché (André Orléan, De l'euphorie à la panique  penser la crise financière), comparé à 15-20% dans les firmes industrielles  , et que cette part de profit dans les banques est passée de 10% du total des profits des entreprises françaises en 1980 à 41% en 2007 alors que le secteur financier ne représente que 5% de l'emploi salarié et 16% de la valeur ajoutée, on pourrait aussi proposer de corriger la répartition par une fiscalité appropriée entre les profits des banques et les profits des entreprises (voire même redonner un crédit aux entreprises qui n'ont pas fait de bénéfice).

Dans une telle logique, on reste sur le même moteur de société qui est la recherche égoïste du profit individuel, l'intérêt général étant représenté comme une contrainte et les bénéficiaires de la redistribution comme des assistés. C'est l'humanitaire, qui donne bonne conscience aux capitalistes individualistes bien pensants.

2- Le moyen préventif ex-ante, c'est à dire toute régulation encadrant par avance les dérives potentielles. C'est le cas de la limitation des bonus ou d'une meilleure répartition ex ante de la valeur ajoutée des entreprises entre le capital, le travail et l'investissement, afin de tarir la source de l'appât du gain de quelques uns, de la vampirisation d'une catégorie minoritaire de population aux dépens des autres. Les actions visant la préservation de l'égalité des chances par l'accès à l'éducation et à la santé font partie de ces mesures préventives. L'investissement dans le retraitement des déchets et des économies d'énergie, ainsi que l'évolution des modes de consommation, avant même la taxation des consommations carbone, fait aussi partie de l'arsenal préventif. La meilleure prévention passant par un changement du moteur de la société : renverser l'objectif et les contraintes, faire de la préservation de l'environnement et de la justice, de la réduction des inégalités, des valeurs ultimes, le profit et l'argent n'étant qu'un moyen pour atteindre ces objectifs. C'est cela qui doit être le marqueur du changement de modèle de société, en reprenant radicalement, c'est à dire à la racine, le mal dont nous sommes atteint. Cela peut se faire par des moyens cohercitifs que l'intérêt général aura fini par imposer à tous les individus que nous sommes. Cela pourra aussi, de préférence se faire par un changement des mentalités et une adhésion individuelle directe aux objectifs de solidarité et de respect, de l'environnement comme de la personne humaine.

C'est l'humanisme, remplaçant l'humanitaire, passant par la concience des individus responsables et solidaires de demain.

02/07/2009

La recomposition politique française devrait s'articuler autour de la confrontation entre deux modèles de société

Quelques réflexions personnelles sur le paysage politique français en vue de proposer une approche pour les prochaines échéances électorales :

 

Il y a les partis, les idéologies et les leaders politiques

 

Certains partis sont des partis initialement fondés sur une idéologie plus que sur un leader (le PS, le PC ou Front de Gauche, Les Verts) et d’autres sont des partis rassemblés autour d’un leader, qui montre le chemin et fédère soit par sa personnalité soit par les valeurs qu’il représente (l’UMP avec Nicolas Sarkozy, le Mouvement Démocrate avec François Bayrou). Le NPA étant une combinaison des deux avec le leadership d’Olivier Besancenot.

Certains partis ont une base idéologique affirmée (NPA, Front de Gauche et PC basés sur la lutte des classes, la lutte sociale), d’autres en avaient une mais qui est dépassée (le PS, basée sur le collectivisme et le rôle central de l’Etat), d’autres encore n’affichent pas franchement leur idéologie même si elle est sous-jacente à leur programme (UMP, avec une politique néocapitaliste, centrée sur l’argent, le profit individuel, les valeurs matérielles et la loi du plus fort, même si elle est mâtinée de protection sociale et d’interventionnisme de l’Etat avec notamment la récente crise).

 

Dans ce paysage, le PS est un parti ancien, ancré, avec de nombreux élus mais souffrant à la fois d’un problème de leadership (trop de prétendants, en lutte dans une guerre de concurrence autodestructrice, se livrant une guerre fratricide) et d’un problème de clarification idéologique. Son contenu programmatique s’est construit autrefois dans un certain contexte puis a dû s’adapter, nécessitant des « synthèses » de plus en plus difficile à élaborer et à exprimer en cohérence notamment avec les anciens fondamentaux idéologiques et même avec son nom « Socialisme » devenu obsolète. Ainsi comment faire la synthèse entre les partisans du oui et du non à l’Europe, entre les tenants de l’économie de marché dont certains, notamment dirigeants du FMI et de l’OMC (Dominique Strauss-Kahn et Pascal Lamy), s’affichent très libéraux et d’autres au contraire partisans d’une économie régulée par l’Etat.

 

Les Verts sont un parti non fondé sur une véritable idéologie mais basé sur la défense de l’environnement, délivrant un programme centré sur ce thème et donc partiel. En termes de leaders, les élections européennes montrent un décalage entre le contenu programmatique et la représentation de ses leaders, ainsi que l’importance de la communication. Daniel Cohn-Bendit et Eva Joly ne s’étaient jamais montrés spécialement écologistes avant de venir porter les couleurs des Verts, traduisant un certain opportunisme, de même que Daniel Cohn-Bendit a toujours été très libéral, ayant toujours par ses votes soutenu la concurrence contre les services publics, comme l’atteste le dernier numéro du journal Marianne du 27 juin 2009, alors que dans la perception du public Les Verts sont situés à gauche. Des anciens Verts ont préféré rejoindre le MoDem, à forte composante écologique, notamment des anciens représentants du parti tels que Jean-Luc Bennhamias et Yann Wehrling. Point assez paradoxal et qui démontre le succès de communication de Daniel Cohn-Bendit : la manière dont ce dernier a mené campagne en disant qu’il la faisait sur le fond, sur l’Europe, en ne rappelant pas l’orientation de ses propres votes passés (contre les services publics), en stigmatisant en même temps François Bayrou (pourtant profondément européen) qu’il désignait comme un obsédé de la présidentielle « touché par la Vierge », multipliant les petite phrases assassines et les provocations, retournant en bouquet final contre ce dernier l’accusation de phrase assassine (syndrome de l’arroseur arrosé), qu’il a fini par provoquer lui-même en retour. Trop fort ce Dany ! Son fils a raison de dire qu’il ressemble à Sarkozy, sur la com’ notamment ...

 

Le Mouvement Démocrate, issu à la fois de l’ancien parti UDF centriste démocrate et européen et du parti écologiste CAP21 fondé par Corinne Lepage, a été clairement un rassemblement d’hommes et de femmes autour d’un leader, de François Bayrou, au lendemain des présidentielles où ce dernier avait recueilli 19% des voix. Ce leader incarnant des valeurs et une nouvelle forme d’idéologie : défense des valeurs démocrates, républicaines, sociales et humanistes, priorité à l’égalité des chances et au respect de l’environnement, aux valeurs créatives, qu’elles soient appliquées à la création d’entreprise, à l’innovation et à la recherche ou à la culture. On remarquera d’ailleurs la convergence de valeurs exprimées entre le MoDem et le PS, et pour la partie écologique la grande convergence de priorités et de contenu entre le MoDem et les Verts. Le MoDem cherche à exprimer plus franchement son idéologie humaniste, remettant l’homme en tant que valeur centrale à la place de l’Etat et à la place de l’argent-roi. En termes programmatiques, d’application politique, l’Europe représente pour le MoDem un levier central et incontournable dans la mondialisation pour de nombreux sujets : réchauffement climatique, défense, immigration, spéculation mondiale et lutte contre les paradis fiscaux, crise économique et problème de concurrence non équitable engendrant des délocalisations, gestion des ressources énergétiques, accès à l’eau et aux matières premières, développement de l’Afrique, ...

 

 

Il y a les élections présidentielles et les autres élections 

 

Les élections présidentielles sont différentes des autres car même si un leader est porté par un parti, il doit obtenir une adhésion plus large que celle de son parti et doit pouvoir rassembler et représenter l’ensemble des Français. Il doit aussi être crédible en matière de capacité à former un gouvernement, des ministres qui mèneront une politique cohérente. Ce challenge est d’autant plus fort pour François Bayrou et le MoDem, parti non majoritaire et comptant peu d’élus, donc peu de ministrables.

Les élections législatives découlent des élections présidentielles, le calendrier électoral aidant, alors que les autres élections intermédiaires municipales et cantonales, européennes et régionales, dépendent plus d’enjeux locaux ou programmatiques.

Comme le montrent les résultats en France, un parti peut être majoritaire sur des élections régionales et locales (PS) alors même qu’un autre est majoritaire aux présidentielles et aux législatives (UMP), même à peu de temps d’intervalle. Le score des européennes a aussi montré sur fond de forte abstention un autre équilibre des forces politiques ainsi qu’une très forte volatilité la dernière semaine précédent le scrutin. En effet, en une semaine environ, comparé aux sondages précédents relativement stabilisés, à 27% pour l’UMP, 22% pour le PS,  13 ou14% pour le MoDem, 10% pour Europe Ecologie (Les Verts), le PS perdait finalement plus de 5 points, le MoDem également, le NPA presque 2 points au profit du Front de Gauche tandis que l’UMP gagnait 1 point et que Europe Ecologie (Les Verts) gagnaient 6 points. François Bayrou a été fortement attaqué, rendu coupable de la baisse du score attendu des listes du MoDem suite à l’escalade d’invectives dans laquelle il s’est laissé entraîner lors du débat l’ayant opposé à Daniel Cohn-Bendit, mais on peut se demander si l’effet de la diffusion du film « Home » juste avant le jour du vote, vu par 9 millions de téléspectateurs, déclenchant un réflexe écologique, n’est pas plutôt la cause majeure du renversement. En effet, la baisse constatée sur le PS est de la même ampleur que celle du MoDem, environ 5,5 points chacun (11 points en tout), alors que Europe Ecologie a récupéré 6 points au total.

 

 

Il y a ce que disent les leaders pour leur propagande électorale et il y a ce qu’ils font réellement, appliquant leur politique

 

Nicolas Sarkozy a été élu majoritairement par les Français surtout pour sa personnalité, trépidante et active, jugée dynamisante, quelle que soit l’idéologie qu’il défendait ou plutôt qui était sous-jacente à son programme de réformes, sur base de slogans simples (« travailler plus pour gagner plus », « chercher la croissance avec les dents ») et quelques thèmes phares (le pouvoir d’achat et la croissance), thèmes qui rassemblent les français à la fois de gauche et de droite. Il n’a pas été élu ni pour démanteler le contrat social et précariser encore plus les classes moyennes et pauvres, ni pour piétiner les valeurs républicaines d’égalité des chances, ni pour « monarchiser » le pouvoir du président de la République et supprimer les contrepouvoirs, ni pour mettre la main directe sur l’audiovisuel public, ni faire des cadeaux fiscaux aux riches (bouclier fiscal), ni pour rallier le commandement armé de l’OTAN (de surcroît sans conditions ...) donnant une caution atlantiste  la politique étrangère et de défense et remettant en question tout espoir de mise en place d’une politique de défense européenne indépendante), ...

Et pourtant, il a mis en place de nombreuses réformes non annoncées dans sa campagne.

De même qu’il n’a pas augmenté le pouvoir d’achat ni la croissance, même juste avant  la crise financière, qui au moins peut servir maintenant d’alibi à cet échec.

Il a aussi récemment fait de nouvelles annonces/réflexions qui reprennent des propositions que François Bayrou avait faites lors de sa campagne présidentielle : la taxe carbone, la retraite à points, la distinction entre un bon et un mauvais déficit (déficit dû à des investissements d’avenir et déficit de fonctionnement couvrant des dépenses courantes),...

Malgré toutes ces contradictions, l’UMP (dont le Nouveau Centre, La Gauche Moderne, et autres affidés), ministres et députés, suivent leur leader (aveuglément ?) et votent les réformes décidées par avance par leur charismatique président et encore officiant comme un chef de parti.

 

Concernant François Bayrou, si on compare ses actes à son projet présidentiel, les élus députés qui l’ont lâché au second tour des présidentielles pour soutenir Nicolas Sarkozy ont prétexté qu’il avait dérivé de sa ligne en disant qu’il « ne voterait pas pour Nicolas Sarkozy », voyant en cela à un virage à gauche, même s’il n’a pas soutenu Ségolène Royal, étant en désaccord avec son programme malgré la convergence des valeurs. Les militants n’ont pas suivi ces élus et ont considéré qu’au contraire, François Bayrou était bien fidèle à la ligne défendue, notamment sur l’incompatibilité des valeurs défendues avec celles de Nicolas Sarkozy. Deux ans après, suite aux élections européennes dont le résultat a déçu fortement les têtes de listes et les militants du MoDem, certains parmi eux ont fait ressortir des défauts de gouvernance du parti, notamment le caractère trop autocratique de François Bayrou, la nécessité d’un management plus collégial. Ils considèrent que François Bayrou se doit d’afficher un comportement exemplaire respectant les valeurs que lui-même a toujours prônées, de représentation démocratique des citoyens comme de la manière de faire de la politique, sur les sujets de fond et non sur des querelles de personnes, une attitude d’opposition systématique (à Nicolas Sarkozy) ou se laissant aller à des invectives personnelles. Bref, ils sont les premiers à le rappeler à l’ordre, comme quoi contrairement à ce que disent de mauvaises langues, le MoDem n’est pas un club de fans et de « béni-oui-oui » ! Simplement, je pense qu’ils n’auraient pas dû le faire en public, sous forme de lettre ouverte sur internet avec en plus une pétition publique, ce qui ajoute de la critique à la critique. Les problèmes internes doivent être réglés en interne, en famille.

 

 

Conclusion

 

Sur le fond, la forte convergence de valeurs entre le MoDem, le PS et Les Verts, pour un modèle de société alternatif humaniste et durable, est favorable aux alliances entre ces partis. Ce modèle à construire est en opposition avec le modèle néocapitaliste libéral dérégulé dans la mondialisation que défendent Nicolas Sarkozy (donc l’UMP dans son sillage) et José Barroso au niveau de l’Europe. Il y a clairement une idéologie convergente à défendre et c’est cela qui est important, au-delà de la concurrence entre personnalités présidentiables. Surtout suite à la grave crise que nous vivons, qui prouve l’échec de la politique précédente. Mais Nicolas Sarkozy, devant l’échec du capitalisme mondialisé, devant la perversion à laquelle a mené la financiarisation de l’économie, commence à adopter un langage plus social, plus régulateur, plus étatiste, pour rassurer, même si les actes ne vont pas vraiment dans le même sens (il ne revient pas sur le bouclier fiscal, il ne fait rien sur les stock-options et les salaires exorbitants des dirigeants, les mesures contre les paradis fiscaux sont purement cosmétiques,...).

Le débat politique devrait se recentrer sur l’affrontement entre deux modèles de société, d’une part le modèle actuel capitaliste centré sur la maximisation des profits individuels, même s’il est soi-disant « refondé » et mieux régulé, d’autre part sur un modèle alternatif qu’on peut qualifier d’humaniste.

Une entente de convergence sur le modèle de société alternatif peut être matérialisée dans des alliances tout d’abord sur le front européen contre la nomination de Barroso, puis aux régionales, dans des positions communes au Parlement en France comme au niveau européen, puis dans une entente de second tour à la présidentielle.

Il s’agira de maximiser les chances au second tour, quel que soit le candidat arrivant au 1er tour, et d’envisager un gouvernement composé de personnes venues à la fois du MoDem, du PS, des Verts.

 
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