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31/12/2009

Voeux 2010 : oui, un autre monde est possible !

Oui un autre monde est possible, si on résiste à celui qu’on ne veut plus, si chacun y met du sien. C’est ce que François Bayrou nous souhaite en nous rappelant à l’essentiel, en priorisant le souci des générations futures dans toutes nos décisions, de l’égalité des chances, de la résistance à la globalisation telle qu’elle va aujourd’hui, de la solidarité, vertu la plus importante, et enfin "Retrouver l'optimisme, savoir qu'une autre politique est possible, la définir et la défendre et ne pas se laisser décourager ».

Pour compléter ces voeux de François Bayrou, voici les conclusions et les principales leçons que je tire de ces dernières années :

L’année 2009 marque la fin d’une décennie qui, au début de ce 3ème millénaire, a fait prendre conscience aux peuples du monde et à leurs dirigeants :

-          de l’inéluctable et incontrôlable globalisation dans un monde insuffisamment régulé, mal coordonné par des Etats et des organismes internationaux devenus impuissants, face aux pouvoirs financiers, aux organisations mafieuses et terroristes, ainsi qu’aux tyrannies,

-          d’un monde où règne la loi du plus fort et où les inégalités ne cessent de croître, entre pays riches et pays pauvres ainsi qu’au sein des pays riches ou pauvres,

-          de la menace imminente de la survie de la planète, de la biodiversité des espèces et de l’homme lui-même, par le réchauffement climatique et la pollution, si l’ensemble de l’humanité ne prend pas dès maintenant des dispositions drastiques visant à changer ses comportements de consommation et les modes de production.

 

Les causes de ces maux sont intrinsèques au modèle de nos sociétés occidentales, que nous avons transmis aussi aux pays émergents, valorisant la recherche du profit individuel à court terme, la recherche du bien-être au travers de la richesse matérielle et du divertissement, dans un contexte d’économie de marché où le plus fort gagne au détriment du plus faible, ou la compétitivité est préférée à la coopération et à la solidarité, inscrivant même ces principes de fonctionnement dans des normes de négociation au sein de l’OMC et de l’Union européenne.

Ainsi, la visée de la somme d’une maximisation des intérêts individuels à court terme n’a pas optimisé l’intérêt général à long terme et l’a au contraire mis à mal. La croissance économique, que l’on croyait être source de progrès pour l’humanité, qui devait « retomber en pluie » et bénéficier à tous, était basée sur une illusion et s’est avérée bénéficier essentiellement à quelques uns devenus richissimes, au détriment des autres, au prix d’une stagnation des salaires et du pouvoir d’achat, particulièrement au sein des populations défavorisées. La grande pauvreté s’est accrue dans le monde, la famine aussi. Si le libre marché dans un contexte mondialisé et dérégulé a favorisé d’une part la sortie de l’extrême pauvreté d’une partie de la population de pays émergents ainsi que d’autre part, pour le bénéfice des consommateurs de pays riches, la baisse de prix de certains biens fabriqués dans des pays à main d’œuvre bon marché, il a en même temps ruiné une grande part de l’activité industrielle de ces mêmes pays riches par l’effet des délocalisations, accroissant le chômage et la pression sur les salaires dans ces mêmes pays, sans pour autant procurer un pouvoir d’achat, un bien-être et une protection sociale aux salariés des pays émergents, qui soit à la hauteur même relative de ceux des pays riches. L’essentiel de l’accroissement de la richesse, de la valeur ajoutée, a été captée par le capital plutôt que par une valorisation des salaires, par une minorité constituée d’actionnaires des entreprises, soit directs (grosses fortunes devenues héréditaires et bénéficiant des avantages des paradis fiscaux) soit indirects via les fonds de pension destinés à rémunérer des rentes et des retraites par capitalisation. De surcroît, ce fonctionnement est destructeur de l’environnement.

Dans ce contexte, la récente prise de conscience est salutaire et mobilisatrice. Mais au-delà des vœux pieux des différents sommets internationaux, les actions peinent à se concrétiser, comme l’ont démontré la non réalisation des objectifs du Millénaire en 2000 (notamment consécration de 0,7% du PIB des pays riches à l’aide au développement, réduction de la moitié de la pauvreté dans le monde) ou encore l’échec récent du sommet de Copenhague. Les dirigeants des pays occidentaux sont pris en étau entre d’un côté le désir de répondre à des obligations d’intérêt général, à la volonté générale de leur population à prendre des dispositions vertueuses pour réguler la planète, changer les comportements de consommation, assurer plus de solidarité, et de l’autre côté un manque de moyens nécessités par de nouveaux investissements, l’impossibilité d’accentuer une pression fiscale ou une dette publique déjà trop importante, ainsi qu’une forte hésitation à adopter un comportement plus vertueux avant les autres pays en terme de régulation et de normes sociales ou environnementales, au risque de voir fuir les entreprises et donc les emplois. 

Durant toute dette dernière décennie et même pendant les trente dernières années, (depuis les années 1980), les gouvernements de droite comme de gauche ont été impuissants à résoudre ces problèmes d’environnement et d’inégalités sociales, à éradiquer la pauvreté et la précarité. Une forme de désespoir et de renoncement s’est emparé des populations, expliquant un désintérêt croissant pour la politique, voire un écoeurement, et un abstentionnisme électoral croissant dans les démocraties, notamment en France. Or, une démocratie où le peuple ne vote plus et ne prend plus ses responsabilités, ou encore une démocratie où le citoyen vote sans conscience, manipulé par les médias, ou à la « note de gueule », sans réfléchir vraiment au sens et aux conséquences de son vote, comme dans une pseudo démocratie de certains pays où le vote est truqué, ce n’est plus une démocratie de fait. 

Lors des dernières élections en 2009, les écologistes ont bénéficié à la fois d’un positionnement en marge des partis traditionnels et d’un engouement pour la cause environnementale, ou plutôt, vu sous un angle psychologique, d’un besoin de déculpabilisation des citoyens face aux problèmes du réchauffement climatique et de la pollution. Mais une politique de décroissance et d’austérité, de préservation de la nature au détriment de l’homme, sans résoudre le problème des emplois, de la précarité, de baisse du niveau de vie, n’est-elle pas vouée à l’échec ? De même qu’une vision angélique ou irréaliste d’une application autoritaire de la solidarité et de l’orientation des investissements par un rôle accru du pouvoir central et redistributeur de l’Etat associé à une ponction fiscale importante, sur les entreprises ou sur les actionnaires des entreprises, ne risque-t-elle pas de nuire à la créativité, au développement de l’activité économique et à la responsabilité personnelle des citoyens ?   

Mais le pire serait de continuer comme aujourd’hui, de mentir aux citoyens en leur laissant croire par l’affichage de vœux pieux que l’on fait quelque chose, que l’on a su contenir le réchauffement climatique, les inégalités, l’immigration, la délinquance, la crise financière et économique, que l’on a éradiqué les paradis fiscaux, ... , de continuer à vivre à crédit au dépens des générations futures, d’accepter que soient bafouées les valeurs de la république, que le parlement et l’indépendance de la justice ne soient plus respectés, que les abus de pouvoirs croissants imposent leur loi, qu’un pouvoir toujours plus autoritaire et centralisateur paraisse rassurant et protecteur dans ce contexte d’inquiétude.

Si la prise de conscience de l’intérêt général passe par une mise sous contrainte des aspirations individuelles (baisse de consommation, du confort matériel, contribution supérieure à la solidarité …), elle sera à tout le moins plus acceptable si les individus sont intimement convaincus et motivés par les valeurs altruistes et humanistes de solidarité, de respect, de partage, que s’ils continuent à viser en priorité des valeurs individualistes et matérialistes, un profit financier à court terme, un confort matériel et à oublier le reste, leurs responsabilités et la conscience d’un monde menaçant, par refuge dans le jeux et le divertissement. Il faut trouver un juste équilibre entre la priorité environnementale, un développement humain et solidaire, favoriser la création, tout en retrouvant les valeurs essentielles, fondamentales, du vivre ensemble et en reprenant conscience et responsabilité.

Souhaitons donc pour 2010 de nos gouvernants une exigence de vérité et de transparence, des actions concrètes plutôt que des vœux pieux ou des effets d’annonce, marquant le respect des valeurs fondamentales de notre république, de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité, plus de justice sociale, notamment plus de garantie d’égalité des chances. Souhaitons leur aussi de manifester plus de démocratie en respectant mieux la séparation des pouvoirs non seulement entre le législatif, l’exécutif et le judiciaire, mais également médiatique et financier. Et plus d’humanité dans le traitement des sans-papiers, des migrants et de leur famille, des prisons, des exclus, des agriculteurs et des pêcheurs, comme dans l’urbanisation des villes et la désertification des campagnes.

Souhaitons aussi de la part des citoyens, des Français comme des autres Européens, une meilleure prise de 2088934562.jpgconscience individuelle de l’importance de leur vigilance et de leur vote, de leurs actions personnelles, de leur implication à la fois dans la vie civile, associative, et politique.

Oui, un autre monde est possible !

 

 

Bonne année 2010 !

 

 

 

 

19:35 Publié dans Analyse politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bayrou, voeux, 2010, modem |  Facebook | | |

11/11/2009

Les think tanks sont-ils une nouvelle force politique face aux traditionnels partis ?

Les « think tanks », terme barbare venu des Etats-Unis pour désigner des cercles de réflexion ou encore des laboratoires d’idées, des clubs, instituts ou fondations soi-disant « indépendants » (sous-entendu des partis politiques), sont devenus à la mode ces dernières années. Ils prolifèrent de plus en plus. Mais que font-ils ? A quoi servent-ils ? En quoi se différencient-ils des partis politiques et comment communiquent-ils avec ces derniers?

 

Comme le remarquait le site Euractiv.fr en avril 2009...

 

... le nombre de think tanks en Europe a plus que quadruplé au cours des dernières années (environ 1200 sur un total de 5000 dans le monde), et ils sont devenus plus actifs et inventifs dans la diffusion des solutions politiques auprès des décideurs. Mais ils risquent de se transformer en groupes de pression, étant confrontés à des questions de financement, d’autonomie et d’innovation.» Certains think tanks sont spécialisés, regroupant des experts dans un domaine (relations internationales, justice, construction européenne, économie, sport, éducation, écologie, …) et d’autres sont plus généralistes. Sans être étiqueté politiquement, c'est-à-dire sans soutenir officiellement un parti, ils peuvent néanmoins afficher une couleur ou une tendance politique, en faisant la promotion d’idéaux et de politiques publiques. Par exemple Les Gracques, ou Terra-Nova (comprend notamment les principaux fondateurs des Gracques), créé en 2008, qui a pour objectif de contribuer à refonder « la matrice idéologique » de la gauche progressiste et de formuler des propositions concrètes au profit des leaders politiques. Plus récemment, Jean-François Kahn a lancé un club de réflexion « le Créa » (Centre de réflexion et de recherche pour l’élaboration d’alternatives), visant à réfléchir à une alternative politique tournée vers l’avenir, pour élaborer une proposition de modèle de société. De son côté, Corinne Lepage vient d’annoncer également le lancement d’un nouveau « club citoyen », Terre Démocrate, qui se prétend indépendant de tout parti politique, constitué pour deux tiers de membres de la société civile, et dont l’objectif estde «proposer des actions concrètes, sur la base de l'observation des bonnes pratiques dans la société française, en partant de ce qui fonctionne dans la société pour en évaluer la pertinence».


Jean-François Kahn et Corinne Lepage appartiennent tous deux du Mouvement Démocrate, qui est un parti politique. Corinne Lepage est également fondatrice et présidente de Cap21, un parti écologiste lui-même fondateur du Mouvement Démocrate, qui paraît aujourd’hui déchiré entre le choix de rejoindre les autres partis écologistes en prônant un regroupement et celui de rester une force préservant une certaine autonomie au sein du MoDem. Or, ils font tous deux le constat suivant : « les partis politiques traditionnels ne permettent pas de changer la société. Leurs structures, leurs modes de gouvernance, leur organisation, leurs luttes de pouvoir ainsi que leurs méthodes de travail ne favorisent pas l'écriture et l'émergence d'un projet de société qui soit véritablement nouveau.»


On peut se demander pourquoi, partant d’un même constat et membre d’un même parti, ils n’ont pas d’ailleurs créé ensemble un club commun … Divergent-ils sur des idées ou des valeurs ? On peut aussi de demander pourquoi ils arriveront mieux à favoriser l’émergence d’un projet de société qu’au sein de leur parti. Que je sache, le MoDem ne les a jamais empêché de s’exprimer bien au contraire. Ils ont contribué à son programme, Corinne Lepage était présidente des commissions de travail du MoDem et donc directement responsable de l’élaboration du projet, ils l’ont aussi défendu comme candidats. On peut également s’interroger sur la capacité d’un mouvement, qui se dit en marge des partis politiques, de mieux changer la société. Est-ce que le fait de nourrir une réflexion au sein d’un parti dissuaderait, voire dégoûterait les experts de la vie civile, comme si dialoguer avec un parti risquait d’entacher les relations avec des personnes qui ne seraient pas de ce parti, comme si c’était une marque de sectarisme?


Pourtant, si un club de réflexion peut se targuer d’être un réservoir d’idées, dans lequel les partis sont libres de puiser, sans avoir l’inconvénient de prétendre à des postes d’élus, donc s’affranchissant des contraintes liées aux luttes fratricides de pouvoir, ainsi que des éventuelles tentations démagogiques visant à séduire un électorat, un club n’a aucun moyen d’action directe pour changer la société. Il ne peut qu’exercer un pouvoir d’influence, de lobbying. Alors que le propre d’un parti est non seulement de présenter une offre idéologique, de défendre des valeurs prioritaires, de privilégier des moyens d’actions (la régulation par l’Etat, la redistribution par la fiscalité, la stimulation par la liberté d’entreprise et de marché et la concurrence, …), mais aussi d’occuper des postes de décision, aussi bien à l’échelon local que national ou européen. C’est ainsi que fonctionne notre démocratie.


Or force est de constater que ces derniers temps les partis politiques sont critiqués par leur attitude partisane, leur manque d’idéaux, d’imagination, de projet de société. Il est presque mal vu d’appartenir à un parti politique et il vaut mieux le taire dans le milieu professionnel, car il peut être source de discorde, comme peut l’être la religion. Une forme de « laïcité politique » est en vogue : défendre des idées, oui, mais pas un parti, ou à tout le moins taire son appartenance à un parti, ce qui permet de pouvoir dialoguer avec d’autres personnes qui peuvent appartenir à d’autres partis. En somme, pour permettre un dialogue entre partis politiques, il faut passer par des structures médiatrices apolitiques, qui seraient ces fameux think tanks.


Au départ, ces clubs sont présentés comme des réservoirs d’idées qui peuvent nourrir les partis politiques (approche top-down comme disent les Anglo-saxons), qui eux-mêmes auront éventuellement des offres concurrentes dans les urnes, même si certaines idées sont communes.


Au final, nous sommes dans un contexte politique où les lignes sont en train de bouger et où tout le monde s’observe. Il y a clairement une demande d’un nouveau projet de société et une nécessité de rassemblement. Il y a aussi des points idéologiques de convergence évidents entre les écologistes, les démocrates et les socialistes, en opposition avec un modèle dominant écrasant imposé par Nicolas Sarkozy. Il serait temps que ces forces politiques dialoguent en public pour faire part de leurs convergences et différences, devant tous les français, comme l’a proposé François Bayrou. Pour le faire, il ne paraît pas nécessaire de se regrouper absolument au sein de « clubs » ou de « think tanks ». Si ces forces politiques se rassemblent au sein de cercles de réflexion pour concrétiser au sein d’un club leurs idées convergentes (approche plutôt bottom-up cette fois selon les Anglo-saxons), comment traduiront-ils ensuite cette convergence publiquement sur la scène politique et dans les urnes, s’ils prétendent être apolitique?


J’apprécie beaucoup à la fois les personnalités de Jean-François Kahn et de Corinne Lepage, ainsi que les idées qu’ils défendent. Ce que je n’apprécie guère, c’est la manière dont ils ont étalé publiquement dans la presse des critiques à l’égard du MoDem et des partis politiques, résumant ces derniers à des organisations partisanes au service de l’ambition d’un homme et incapables de proposer un projet de société. Ils contribuent ainsi à donner une idée dégradée de la politique, à en détourner les citoyens et à accréditer l’idée que les politiques sont tous cyniques, que la politique est à jeter aux chiens. Or la politique, c’est aussi des hommes et des femmes qui défendent un idéal et sacrifient beaucoup de leur vie privée, qui subissent avec courage et pugnacité défaites, trahisons, abandons, pour, parfois, arriver à faire gagner leur cause. François Bayrou fait parti de ceux-là, Ségolène Royal également. Nous sommes encore de nombreux militants qui soutenons un homme ou une femme politique et en même temps un idéal incarné par cette personne, sans résumer pour autant notre parti à une organisation au service d’une ambition personnelle. Un parti politique, c’est aussi une forme de fidélité, de solidarité, où on se serre les coudes devant les difficultés. Lorsqu’on a un désaccord de fond, on l’exprime d’abord en interne plutôt que publiquement, on essaie de le résoudre et on contribue positivement pour améliorer la situation. Quand cela ne marche pas, il est légitime d’en tirer des conséquences et de quitter le parti pour en rejoindre ou en créer un autre. Corinne Lepage avait critiqué le fonctionnement interne du MoDem et avait appelé le débat avec les adhérents de ses vœux. Le jour de ce débat, aux universités d’été du MoDem, le vendredi 4 septembre 2009 au soir, « parole aux adhérents », elle a déserté la tribune, décevant beaucoup de militants qui souhaitaient ce débat. De même, elle souhaitait peser sur la stratégie électorale pour les régionales et l’élaboration du programme, sur lesquels avait lieu un vote du Conseil national le 24 octobre 2009, et elle n’y est pas venue. Que faut-il en déduire?


En conclusion :

- Les think tanks sont utiles mais ne pourront pas remplacer les partis politiques.

- Le dialogue public entre partis politiques est nécessaire et salutaire. Il manque aux Français (quelle nostalgie des débats télévisés, des joutes oratoires des années 1970 et 1980 !). Il peut être favorisé par les think-tanks, lieux de dialogue où peuvent s’exprimer sur des thèmes communs des personnes issues de la vie civile et de différents partis, mais comme ils ne peuvent pas s’exprimer au nom des partis, leur rôle s’arrête là.

- Un grand rassemblement de forces politiques concurrentes et ayant chacune leur sensibilité, mais convergeant sur l’essentiel autour d’un projet de société alternatif, est plus que jamais nécessaire. C’est plutôt à la presse, aux médias, d’organiser la médiation justement, le dialogue public auquel les Français ont droit et qu’ils souhaitent et pas seulement pour faire de beaux discours sur de belles idées, mais pour gagner ensemble des élections ! Et pitié, arrêtons les vaines querelles et les mesquineries politiciennes … Question de survie !

Ci-dessous la liste des principaux think-tanks :

Nom

Domaine

Orientation politique

Pays

Fondé en

Fabian Society

généraliste

centre gauche

Royaume-Uni

1884

Action française

parti politique devenu think tank en 1947

royaliste

France

1898

Semaines sociales de France

généraliste

christianisme social

France

1904

Fondation Carnegie pour la Paix Internationale

relations internationales

États-Unis

1909

Brookings Institution

généraliste

centre

États-Unis

1916

Hoover Institution

généraliste

républicain

États-Unis

1919

Council on Foreign Relations

relations internationales

États-Unis

1921

American Enterprise Institute

généraliste

néo-conservateur

États-Unis

1943

RAND Corporation

généraliste

États-Unis

1945

AUEG - Alliance Université Entreprise de Grenoble

généraliste, innovation,relations internationales

France

1947

EGMONT

relations internationales

Belgique

1947

GRECE

généraliste

identitaire européiste

France

1969

Adam Smith Institute

économie

libéral

Royaume-Uni

1971

German Marshall Fund of the United States

relations transatlantiques

États-Unis

1972

Heritage Foundation

généraliste

conservateur

États-Unis

1973

Institut Fraser

généraliste

libéral

Canada

1974

Club de l'horloge

généraliste

libéral-nationaliste

France

1974

Institut de l'entreprise

économie

France

1975

Club des vigilants

généraliste

France

1999

Cato Institute

généraliste

libertarien

États-Unis

1977

IFRI

relations internationales

France

1979

Centre for European Policy Studies (CEPS)

construction européenne

Europe

1983

Institut Choiseul

relations internationales

France

1997

iFRAP

généraliste

libéral

France

1985

IRIS

relations internationales

France

1990

Institut Turgot

généraliste

libéral

France

1990

Confrontations Europe

construction européenne

centre gauche

France

1991

Fondation Robert Schuman

construction européenne

centre

France

1991

Fondation de service politique

généraliste

doctrine sociale de l'Église

France

1992

Notre Europe

construction européenne

Europe

1996

Fondation Concorde

généraliste

France

1997

PNAC

relations internationales

États-Unis

1997

Fondation Copernic

généraliste

gauche

France

1998

Avenir Suisse

généraliste

pragmatisme libéralisme

Suisse

1999

Institut Montaigne

généraliste

indépendant

France

2000

Institut de recherche et d'informations socioéconomique

économie, social

gauche

Canada

2000

Institut économique de Montréal

économie

libéral

Canada

2000

La République des idées

généraliste

social-libéral

France

2002

Institut Thomas More

généraliste

conservateur-libéral

Europe

2003

Fondation pour l'innovation politique

généraliste

centre droit

France

2004

Euroreflex

construction européenne

Europe

2005

Fondation Res Publica

république, mondialisation, dialogue des civilisations et des nations

républicain civique

France

2005

Bruegel

économie

Europe

2005

Fondation Prometheus

politique, économie, enjeux de la mondialisation

France

2005

Institut Amadeus

généraliste

indépendant

Maroc

2005

La Forge

généraliste

gauche

France

2007

Gauche Avenir

généraliste

gauche

France

2007

Égalité et réconciliation

généraliste

nationaliste de gauche

France

2007

Sport et Citoyenneté

sport

apolitique

France

2007

Terra Nova

généraliste

progressiste

France

2008

Institut pour la Justice

justice

France

2008

Association AMAQUEN

éducation

Maroc

2003

08/09/2009

Ce n'est pas Bayrou qui a changé, c'est la droite et la gauche !

L'offre publique de dialogue faite par François Bayrou et Marielle de Sarnez à toutes les forces politiques démocrates et progressistes, notamment socialistes et écologistes, qui souhaitent une alternance à la politique actuelle du gouvernement, suscite diverses réactions, positives et chaleureuses pour les uns, embarrassées pour les autres, moqueuses des habituels porte-parole et porte-flingue de la majorité gouvernementale. Elle fait bouger les lignes car elle incite à ouvrir de nouvelles portes, à dévoiler les cartes, à se remettre en question et enfin à parler des sujets de fond devant les Français.

1784141572.jpgCette proposition est interprétée par les différents médias comme un "glissement" à gauche, par certains comme un reniement d'une position passée d'une centre plus proche de la droite. Même Mediapart (article de Mathilde Mathieu) n'y a vu qu'une posture tactique politicienne, sans poser le problème de fond, en disant "Pour éviter qu'écologistes et socialistes fassent une OPA sur le Modem, sorti très affaibli des élections européennes, Bayrou leur a lancé une «offre publique de dialogue», dimanche 6 septembre, en clôture de l'université d'été du mouvement, organisée à La Grande-Motte." Et pourtant la suite de l'article dit clairement qu'il explique que la nouvelle ligne de partage politique est à présent d'un côté à droite avec Nicolas Sarkozy celle de «l'idéologie des inégalités», (...) ceux qui se résignent à voir ce régime, (...) avec ses injustices sociales et démocratiques, durer pendant 10 ans et corroder ce qui fait la France»; de l'autre, «ceux qui veulent une alternance», ensemble qui s'élargit  à "la gauche", aux Ecologistes et au MoDem. Rien de plus clair sur le fond.

 

1431263936.JPGOr, la vérité est que François Bayrou, Marielle de Sarnez et autres cadres et militants du Mouvement Démocrates, qu'ils soient anciens de l'UDF ou nouveaux du MoDem, n'ont pas changé pour l'essentiel de valeurs, de fondamentaux. Ils ont fait valoir de nouvelles priorités face à l'urgence climatique et face aux injustices croissantes, mais restent bien sur l'idéal démocratique, républicain, alliant la liberté d'expression, de création, d'entreprise, une liberté de marché (sous condition de régulation !) et la solidarité, la protection des faibles, un socle de protection sociale et des services publics garantissant l'égalité des chances et l'octroi d'un service à tous et sur tout le territoire non forcément asservi à la rentabilité, notamment dans la santé et dans l'éducation.

 

En revanche, la droite a changé. Autrefois, la droite était  plus conservatrice en termes de valeurs, de morale, d'autorité, de valeur du mérite et du travail. Elle était surtout républicaine. De Gaulle était fervent gardien de ces valeurs républicaines, d'une éthique morale, de l'égalité des chances pour les Français. Le centre, avec Lecanuet et Giscard, ont porté aussi ces valeurs fondamentales. Avec Chirac, la droite était encore républicaine, mais plus teintée de "copains-coquins", de politique de clan, ... Avec l'ère Sarkozy elle a connu une réelle rupture, un alignement au modèle anglo-saxon générateur d'inégalités croissantes, une politique au service des amis du président et des plus fortunés, une atteinte de plus en plus évidente à l'égalité des chances et aux valeurs républicaines, à la démocratie, avec une concentration de tous les pouvoirs, sans respect pour les règles les plus élémentaires de séparation des pouvoirs chères à Montesquieu et indispensables au bon fonctionnement de la démocratie, avec démantèlement progressif ou mise sous tutelle ou sous influence de tous les contre-pouvoirs dont la justice, les médias, et même le Parlement qui n'est plus qu'une chambre d'enregistrement des décisions du gouvernement,... Et la valeur centrale qui domine est l'argent, le culte du profit, la rentabilité au mépris des autres critères, dans une mondialisation où règne la loi du plus fort, où le faible n'est plus protégé, ou le riche devient toujours plus riche et bénéficie de plus en plus d'avantages fiscaux. Et l'emprise de l'Etat, chère à la gauche, est devenue l'apanage de la droite. Et ce qui est en train de s'installer en France, sournoisement et sans dire son nom, c'est un régime autoritaire, autocratique, inégalitaire, qui ne respecte plus les valeurs prônées par l'ancienne droite et le centre qui lui était autrefois allié. Oui, la droite a changé, ce n'est plus la même.

La gauche aussi a changé. Autrefois elle était socialiste ou communiste, idéologies basées sur l'égalité entre les hommes, mais égalité garantie par une économie administrée, où l'Etat est au centre de tout, collectiviste, liberticide. Elle a évolué d'abord vers des valeurs "libertaires" sur le plan des mœurs puis, avec la pérestroïka et la chute du mur de Berlin, le système collectiviste administré a été rejeté. Des pays se proclamant encore communistes comme la Chine ont adopté le capitalisme et n'ont gardé du communisme que la dictature du prolétariat. En France, les gouvernements socialistes ont dérégulé la finance, privatisé, facilité le développement de l'activité de marché des traders (à partir des années 1983), mis en place les stock-options (D.Strauss-Kahn), défiscalisé les investissements en œuvres d'art et les bonus (L.Fabius). Même si les tenants de la gauche se proclament plus sociaux et que le parti socialiste n'a pas changé de nom, pensant que le label "social", dans le mot "socialiste", serait la caution de cette idéologie. Le mot de "social-démocratie" a qualifié les modèles de société nordiques, qui présentent plus de redistribution sociale, moins d'inégalités de revenus. Sans le dire, une partie de la gauche, des socialistes, s'est finalement retrouvée dans les valeurs prônées par le centre. Oui la gauche a changé, ce n'est plus la même.

Alors regardons cette évolution en face et requalifions le repère euclidien droite-gauche, ou mieux encore, au lieu de droite-gauche, appelons les idéologies par leur nom. Encore que ... les partis prennent des étiquettes convenables (Le parti néoconservateur de Bush était nommé le parti "républicain"). Revoyons tous ensemble la véritable ligne de clivage, qui doit nous servir de repère pour envisager une alternance. C'est bien celle du choix entre deux modèles de société. Tout en acceptant le pluralisme de mouvements qui représentent une diversité de vues, de préférences de moyen d'action, mais qui peuvent converger sur les valeurs et les priorités.

 

Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement

... et les mots pour le dire viennent aisément.

(Nicolas Boileau, l'Art poétique, 1674)

25/07/2009

Manipulation de sondages par l'Elysée : Bayrou avait donc raison !

La vérité finit toujours par sortir ...

Ainsi ce scandale de manipulation de sondage par l'Elysée, que vient de révéler le rapport de la Cour des Comptes et que reprennent quels médias ? Les seuls encore non corrompus, indépendants, rebelles et vigilants : Marianne, Mediapart et le Canard Enchaîné.

Alors que le sujet est très grave pour notre démocratie. Le PS et le MoDem ont réagi. Quelques billets de blog le dénoncent comme celui-ci  et celui-là.

Qui avait prévenu et avait déjà dénoncé ces manipulations, dans son discours du 3 juin et sur France Inter le 4 juin, et s'est fait tacler pour cette dénonciation, voire traiter de parano ? C'est François Bayrou. La bête noire des politiques au pouvoir et des opposants en perte de vitesse, qui se sont empressés d'arroser l'arroseur ...

J'aimerais bien qu'au lieu de dire que François Bayrou fait de l'anti-sarkozysme primaire, la presse s'intéresse au fond de ce qu'il dénonce, notamment dans son livre "Abus de pouvoir", reprennent aussi tant de sujets sur lesquels il s'était fait moquer ou tacler et qui lui ont donné raison ensuite, les idées qui ont même été reprises par ses détracteurs, du gouvernement comme de l'opposition, comme la dénonciation de la financiarisation de l'économie et de ses dérives avant même que n'éclate cette crise financière, le sujet des inégalités croissantes et des rémunérations indécentes des grands patrons, la politique d'ouverture, le Small Business Act pour soutenir les PME, la taxe carbone, l'idée des retraites à points qui fait son chemin, et bien d'autres encore ...

Cette histoire de manipulation de sondages par l'Elysée, ainsi que l'incroyable renversement du scrutin des dernières élections européennes permettent de tirer la conclusion suivante : la COMMUNICATION et les MEDIAS ont un rôle bien plus important que le fond. Les électeurs votent bien plus sur des impressions de dernière minute, sur l'émotion d'une émission (le débat avec cette altercation entreCohn-Bendit et Bayrou, le film Home) plutôt que sur le fond des programmes qu'ils n'ont même pas lu. Contrairement à ce qui est colporté par ses partis concurrents et la presse, le MoDem a fait une campagne complètement de fond, sur le programme européen, que ce soit par ses documents de campagne, internet, ses meetings, les diverses interventions de presse et medias des candidats. Mais à force de marteler dans la presse grand public ou télévision, rebondissant sur le succès du livre de Bayrou "abus de pouvoir", que Bayrou ne parlait pas d'Europe, et tout ceci était volontairement orchestré, que le MoDem n'avait pas de programme européen, l'opinion s'est laissé prendre.

CONCLUSION :
- est-ce que le MoDem doit entrer dans ce jeu et "faire de la com" ?
- est-ce que le MoDem doit faire prendre conscience aux citoyens qu'ils sont vraiment manipulés, qu'ils se réveillent, qu'ils exercent leur conscience et leur responsabilité, qu'ils boycottent les médias manipulés et aillent chercher leur information plutôt sur internet, qu'ils s'intéressent vraiment aux sujets de fond et non à l'apparence, aux mensonges et aux fausses promesses, et qu'ils s'intéressent plutôt à l'honnêteté et à la crédibilité des hommes politiques, et qu'ils fassent ainsi leur choix en toute conscience.

La 2ème option est sans doute la plus difficile, mais c'est pour moi la voie la plus saine.

02/07/2009

La recomposition politique française devrait s'articuler autour de la confrontation entre deux modèles de société

Quelques réflexions personnelles sur le paysage politique français en vue de proposer une approche pour les prochaines échéances électorales :

 

Il y a les partis, les idéologies et les leaders politiques

 

Certains partis sont des partis initialement fondés sur une idéologie plus que sur un leader (le PS, le PC ou Front de Gauche, Les Verts) et d’autres sont des partis rassemblés autour d’un leader, qui montre le chemin et fédère soit par sa personnalité soit par les valeurs qu’il représente (l’UMP avec Nicolas Sarkozy, le Mouvement Démocrate avec François Bayrou). Le NPA étant une combinaison des deux avec le leadership d’Olivier Besancenot.

Certains partis ont une base idéologique affirmée (NPA, Front de Gauche et PC basés sur la lutte des classes, la lutte sociale), d’autres en avaient une mais qui est dépassée (le PS, basée sur le collectivisme et le rôle central de l’Etat), d’autres encore n’affichent pas franchement leur idéologie même si elle est sous-jacente à leur programme (UMP, avec une politique néocapitaliste, centrée sur l’argent, le profit individuel, les valeurs matérielles et la loi du plus fort, même si elle est mâtinée de protection sociale et d’interventionnisme de l’Etat avec notamment la récente crise).

 

Dans ce paysage, le PS est un parti ancien, ancré, avec de nombreux élus mais souffrant à la fois d’un problème de leadership (trop de prétendants, en lutte dans une guerre de concurrence autodestructrice, se livrant une guerre fratricide) et d’un problème de clarification idéologique. Son contenu programmatique s’est construit autrefois dans un certain contexte puis a dû s’adapter, nécessitant des « synthèses » de plus en plus difficile à élaborer et à exprimer en cohérence notamment avec les anciens fondamentaux idéologiques et même avec son nom « Socialisme » devenu obsolète. Ainsi comment faire la synthèse entre les partisans du oui et du non à l’Europe, entre les tenants de l’économie de marché dont certains, notamment dirigeants du FMI et de l’OMC (Dominique Strauss-Kahn et Pascal Lamy), s’affichent très libéraux et d’autres au contraire partisans d’une économie régulée par l’Etat.

 

Les Verts sont un parti non fondé sur une véritable idéologie mais basé sur la défense de l’environnement, délivrant un programme centré sur ce thème et donc partiel. En termes de leaders, les élections européennes montrent un décalage entre le contenu programmatique et la représentation de ses leaders, ainsi que l’importance de la communication. Daniel Cohn-Bendit et Eva Joly ne s’étaient jamais montrés spécialement écologistes avant de venir porter les couleurs des Verts, traduisant un certain opportunisme, de même que Daniel Cohn-Bendit a toujours été très libéral, ayant toujours par ses votes soutenu la concurrence contre les services publics, comme l’atteste le dernier numéro du journal Marianne du 27 juin 2009, alors que dans la perception du public Les Verts sont situés à gauche. Des anciens Verts ont préféré rejoindre le MoDem, à forte composante écologique, notamment des anciens représentants du parti tels que Jean-Luc Bennhamias et Yann Wehrling. Point assez paradoxal et qui démontre le succès de communication de Daniel Cohn-Bendit : la manière dont ce dernier a mené campagne en disant qu’il la faisait sur le fond, sur l’Europe, en ne rappelant pas l’orientation de ses propres votes passés (contre les services publics), en stigmatisant en même temps François Bayrou (pourtant profondément européen) qu’il désignait comme un obsédé de la présidentielle « touché par la Vierge », multipliant les petite phrases assassines et les provocations, retournant en bouquet final contre ce dernier l’accusation de phrase assassine (syndrome de l’arroseur arrosé), qu’il a fini par provoquer lui-même en retour. Trop fort ce Dany ! Son fils a raison de dire qu’il ressemble à Sarkozy, sur la com’ notamment ...

 

Le Mouvement Démocrate, issu à la fois de l’ancien parti UDF centriste démocrate et européen et du parti écologiste CAP21 fondé par Corinne Lepage, a été clairement un rassemblement d’hommes et de femmes autour d’un leader, de François Bayrou, au lendemain des présidentielles où ce dernier avait recueilli 19% des voix. Ce leader incarnant des valeurs et une nouvelle forme d’idéologie : défense des valeurs démocrates, républicaines, sociales et humanistes, priorité à l’égalité des chances et au respect de l’environnement, aux valeurs créatives, qu’elles soient appliquées à la création d’entreprise, à l’innovation et à la recherche ou à la culture. On remarquera d’ailleurs la convergence de valeurs exprimées entre le MoDem et le PS, et pour la partie écologique la grande convergence de priorités et de contenu entre le MoDem et les Verts. Le MoDem cherche à exprimer plus franchement son idéologie humaniste, remettant l’homme en tant que valeur centrale à la place de l’Etat et à la place de l’argent-roi. En termes programmatiques, d’application politique, l’Europe représente pour le MoDem un levier central et incontournable dans la mondialisation pour de nombreux sujets : réchauffement climatique, défense, immigration, spéculation mondiale et lutte contre les paradis fiscaux, crise économique et problème de concurrence non équitable engendrant des délocalisations, gestion des ressources énergétiques, accès à l’eau et aux matières premières, développement de l’Afrique, ...

 

 

Il y a les élections présidentielles et les autres élections 

 

Les élections présidentielles sont différentes des autres car même si un leader est porté par un parti, il doit obtenir une adhésion plus large que celle de son parti et doit pouvoir rassembler et représenter l’ensemble des Français. Il doit aussi être crédible en matière de capacité à former un gouvernement, des ministres qui mèneront une politique cohérente. Ce challenge est d’autant plus fort pour François Bayrou et le MoDem, parti non majoritaire et comptant peu d’élus, donc peu de ministrables.

Les élections législatives découlent des élections présidentielles, le calendrier électoral aidant, alors que les autres élections intermédiaires municipales et cantonales, européennes et régionales, dépendent plus d’enjeux locaux ou programmatiques.

Comme le montrent les résultats en France, un parti peut être majoritaire sur des élections régionales et locales (PS) alors même qu’un autre est majoritaire aux présidentielles et aux législatives (UMP), même à peu de temps d’intervalle. Le score des européennes a aussi montré sur fond de forte abstention un autre équilibre des forces politiques ainsi qu’une très forte volatilité la dernière semaine précédent le scrutin. En effet, en une semaine environ, comparé aux sondages précédents relativement stabilisés, à 27% pour l’UMP, 22% pour le PS,  13 ou14% pour le MoDem, 10% pour Europe Ecologie (Les Verts), le PS perdait finalement plus de 5 points, le MoDem également, le NPA presque 2 points au profit du Front de Gauche tandis que l’UMP gagnait 1 point et que Europe Ecologie (Les Verts) gagnaient 6 points. François Bayrou a été fortement attaqué, rendu coupable de la baisse du score attendu des listes du MoDem suite à l’escalade d’invectives dans laquelle il s’est laissé entraîner lors du débat l’ayant opposé à Daniel Cohn-Bendit, mais on peut se demander si l’effet de la diffusion du film « Home » juste avant le jour du vote, vu par 9 millions de téléspectateurs, déclenchant un réflexe écologique, n’est pas plutôt la cause majeure du renversement. En effet, la baisse constatée sur le PS est de la même ampleur que celle du MoDem, environ 5,5 points chacun (11 points en tout), alors que Europe Ecologie a récupéré 6 points au total.

 

 

Il y a ce que disent les leaders pour leur propagande électorale et il y a ce qu’ils font réellement, appliquant leur politique

 

Nicolas Sarkozy a été élu majoritairement par les Français surtout pour sa personnalité, trépidante et active, jugée dynamisante, quelle que soit l’idéologie qu’il défendait ou plutôt qui était sous-jacente à son programme de réformes, sur base de slogans simples (« travailler plus pour gagner plus », « chercher la croissance avec les dents ») et quelques thèmes phares (le pouvoir d’achat et la croissance), thèmes qui rassemblent les français à la fois de gauche et de droite. Il n’a pas été élu ni pour démanteler le contrat social et précariser encore plus les classes moyennes et pauvres, ni pour piétiner les valeurs républicaines d’égalité des chances, ni pour « monarchiser » le pouvoir du président de la République et supprimer les contrepouvoirs, ni pour mettre la main directe sur l’audiovisuel public, ni faire des cadeaux fiscaux aux riches (bouclier fiscal), ni pour rallier le commandement armé de l’OTAN (de surcroît sans conditions ...) donnant une caution atlantiste  la politique étrangère et de défense et remettant en question tout espoir de mise en place d’une politique de défense européenne indépendante), ...

Et pourtant, il a mis en place de nombreuses réformes non annoncées dans sa campagne.

De même qu’il n’a pas augmenté le pouvoir d’achat ni la croissance, même juste avant  la crise financière, qui au moins peut servir maintenant d’alibi à cet échec.

Il a aussi récemment fait de nouvelles annonces/réflexions qui reprennent des propositions que François Bayrou avait faites lors de sa campagne présidentielle : la taxe carbone, la retraite à points, la distinction entre un bon et un mauvais déficit (déficit dû à des investissements d’avenir et déficit de fonctionnement couvrant des dépenses courantes),...

Malgré toutes ces contradictions, l’UMP (dont le Nouveau Centre, La Gauche Moderne, et autres affidés), ministres et députés, suivent leur leader (aveuglément ?) et votent les réformes décidées par avance par leur charismatique président et encore officiant comme un chef de parti.

 

Concernant François Bayrou, si on compare ses actes à son projet présidentiel, les élus députés qui l’ont lâché au second tour des présidentielles pour soutenir Nicolas Sarkozy ont prétexté qu’il avait dérivé de sa ligne en disant qu’il « ne voterait pas pour Nicolas Sarkozy », voyant en cela à un virage à gauche, même s’il n’a pas soutenu Ségolène Royal, étant en désaccord avec son programme malgré la convergence des valeurs. Les militants n’ont pas suivi ces élus et ont considéré qu’au contraire, François Bayrou était bien fidèle à la ligne défendue, notamment sur l’incompatibilité des valeurs défendues avec celles de Nicolas Sarkozy. Deux ans après, suite aux élections européennes dont le résultat a déçu fortement les têtes de listes et les militants du MoDem, certains parmi eux ont fait ressortir des défauts de gouvernance du parti, notamment le caractère trop autocratique de François Bayrou, la nécessité d’un management plus collégial. Ils considèrent que François Bayrou se doit d’afficher un comportement exemplaire respectant les valeurs que lui-même a toujours prônées, de représentation démocratique des citoyens comme de la manière de faire de la politique, sur les sujets de fond et non sur des querelles de personnes, une attitude d’opposition systématique (à Nicolas Sarkozy) ou se laissant aller à des invectives personnelles. Bref, ils sont les premiers à le rappeler à l’ordre, comme quoi contrairement à ce que disent de mauvaises langues, le MoDem n’est pas un club de fans et de « béni-oui-oui » ! Simplement, je pense qu’ils n’auraient pas dû le faire en public, sous forme de lettre ouverte sur internet avec en plus une pétition publique, ce qui ajoute de la critique à la critique. Les problèmes internes doivent être réglés en interne, en famille.

 

 

Conclusion

 

Sur le fond, la forte convergence de valeurs entre le MoDem, le PS et Les Verts, pour un modèle de société alternatif humaniste et durable, est favorable aux alliances entre ces partis. Ce modèle à construire est en opposition avec le modèle néocapitaliste libéral dérégulé dans la mondialisation que défendent Nicolas Sarkozy (donc l’UMP dans son sillage) et José Barroso au niveau de l’Europe. Il y a clairement une idéologie convergente à défendre et c’est cela qui est important, au-delà de la concurrence entre personnalités présidentiables. Surtout suite à la grave crise que nous vivons, qui prouve l’échec de la politique précédente. Mais Nicolas Sarkozy, devant l’échec du capitalisme mondialisé, devant la perversion à laquelle a mené la financiarisation de l’économie, commence à adopter un langage plus social, plus régulateur, plus étatiste, pour rassurer, même si les actes ne vont pas vraiment dans le même sens (il ne revient pas sur le bouclier fiscal, il ne fait rien sur les stock-options et les salaires exorbitants des dirigeants, les mesures contre les paradis fiscaux sont purement cosmétiques,...).

Le débat politique devrait se recentrer sur l’affrontement entre deux modèles de société, d’une part le modèle actuel capitaliste centré sur la maximisation des profits individuels, même s’il est soi-disant « refondé » et mieux régulé, d’autre part sur un modèle alternatif qu’on peut qualifier d’humaniste.

Une entente de convergence sur le modèle de société alternatif peut être matérialisée dans des alliances tout d’abord sur le front européen contre la nomination de Barroso, puis aux régionales, dans des positions communes au Parlement en France comme au niveau européen, puis dans une entente de second tour à la présidentielle.

Il s’agira de maximiser les chances au second tour, quel que soit le candidat arrivant au 1er tour, et d’envisager un gouvernement composé de personnes venues à la fois du MoDem, du PS, des Verts.

19/06/2009

Post-mortem des élections européennes : le vrai débat à lancer

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Alors que la presse et des blogueurs et un récent sondage relaient les messages répétés de « Bayrou est KO debout », « Bayrou a perdu ses chances d’être président de la république », « Bayrou a versé dans l’anti-Sarkozysme primaire au lieu de parler d’Europe », etc., jusqu’à déstabiliser une partie des militants du MoDem, il est temps de reprendre ses esprits pour s’interroger sur le fond, d’une part sur les véritables raisons de l’échec des listes du MoDem (8,45%) aux Européennes et d’envisager la recomposition politique sous un angle autre que purement politicien.

 

Tout d’abord, une semaine avant le scrutin, les sondages donnaient encore le MoDem à 14%, les Verts à 11% et le PS à 20%. Que s’est-il passé entre-temps ?

 

 

 

Deux événements :

-        d’une part le fameux débat télévisé tournant à l’invective entre Daniel Cohn-Bendit et François Bayrou, à la suite duquel les hommes politiques comme la presse n’ont relayé que la réplique de François Bayrou et non l’insulte préalable lancé par l’ineffable Dany à la figure de François Bayrou (« Tu n’es qu’un minable, ... ») ; on n’ose pas non plus reparler des écrits libertaires de Dany, auxquels a fait allusion François Bayrou dans sa réplique car bien sûr c’est tabou et le médiatique Dany a fait « amende honorable » en 2001 en se justifiant par un « j’ai écrit cela pour choquer le bourgeois »,

-         d’autre part la diffusion du film « Home », magnifique et très inquiétant sur le sort de la planète, annonçant la disparition prochaine de l’espèce humaine, déclenchant un réflexe écologique qui porta tous les indécis sympathisant du PS et du MoDem à marquer un soutien étiqueté de l’écologie.

 

Alors bien sûr, quand les chroniques font le post-mortem du résultat électoral, on charge la barque, du MoDem comme du PS, et on tire surtout sur Bayrou, occasion rêvée de s’en débarrasser : « Bayrou a fait une campagne présidentielle basée sur l’anti-Sarkozysme primaire au lieu de présenter un projet sur l’Europe », « Bayrou paye pour la personnalisation de son parti, son autocratisme et des problèmes de gouvernance au MoDem », ...

 

C’est un peu facile, et la presse s’en est fait écho, répétant les petites phrases assassines des politiciens trop heureux de taper sur un concurrent, les incrustant dans les oreilles et les yeux du public, sans se poser de question ...

 

Mais si c’était le cas, les sondages une semaine avant auraient dû refléter déjà le résultat du scrutin !

 

En quoi un résultat si volatil préfigure-t-il d’une recomposition structurelle des partis d’opposition ? A moins que le résultat lui-même, au départ conjoncturel déclenché par deux événements finalement mineurs, n’influence lui-même les électeurs pour la suite, les convainquant que le paysage a structurellement changé et fige ou stabilise le vote des ex-indécis ? Ou qu’il ait soudain vraiment éveillé une conscience écologique profonde qui sourdait dans le tréfonds des âmes. Cependant sur le fond, le projet écologique du MoDem avait quasiment le même contenu que celui des verts (tout en étant plus complet sur le reste), mais qui a lu les programmes ?

 

Pendant que l’on débat de la recomposition des forces politiques, que l’on envisage le remaniement ministériel et la poursuite de son ouverture déstabilisant l’opposition et que certains se positionnent pour la prochaine élection présidentielle, je constate que personne (pas la presse en tout cas) ne parle du fond, de la question essentielle qui devrait être débattue aujourd’hui, en pleine crise économique d’un système libéral dans la mondialisation, générateur d’inégalités croissantes et destructeur pour la planète, crise démocratique, crise démographique, celle d’un modèle de société alternatif, esquissé pourtant dans les contenus programmatiques du MoDem, du PS et des Verts, avec leurs points de convergence et de complémentarité, plus juste, plus social, plus équitable et plus durable, que le modèle qui nous a été imposé dans la mondialisation dérégulée et vers lequel nous a entraîné Nicolas Sarkozy avec l’UMP. Ce dernier essaie maintenant de faire bonne figure en prônant une refondation et une moralisation du capitalisme, avec plus de régulation, se met à vanter le modèle français dans les instances internationale, celui-là même qu’il désignait il y a peu comme ringard et attardé, désirant copier le modèle américain ... Mais en soutenant la candidature de José Manuel Barroso. En maintenant le bouclier fiscal dans un contexte de déficit insupportable et d’injustice sociale où les plus faibles vont cruellement souffrir de la crise, en faisant croire qu’on supprime les paradis fiscaux alors qu’on ne fait rien, ...

 

Je continue de penser que sur le fond, c’est François Bayrou qui a raison, qui a bien posé le problème de projet de société, d’une manière globale, et son livre « abus de pouvoir », bien au-delà de l’argumentation d’une opposition au gouvernement actuel, n’est rien d’autre que la proposition d’un autre modèle, que ce soit pour la France comme pour l’Europe et le Monde. C’est ce débat-là qui doit être ouvert, avec les différents partis en présence, plutôt que celui des luttes partisanes et des alliances pour les prochaines élections. 

 

 

 

09/04/2009

Pour une société plus coopérative

La crise financière brutale a mis en évidence l'échec du modèle capitaliste néolibéral anglo-saxon, générateur d'inégalités croissantes, de profits concentrés sur quelques uns au détriment de l'intérêt général, incapable d'assurer son autorégulation. Clin d'oeil de l'histoire, une nationalisation de fait de banques, en premier lieu aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, et peut-être bientôt d'entreprises du secteur automobile, laisse supposer que l'alternative socialiste fait son retour, et ceci sans même avoir besoin d'un vote politique. Il est temps de réfléchir sérieusement au modèle de gouvernance de la société, ainsi qu'au modèle de gouvernance des sociétés, des entreprises, compatible avec des valeurs et des priorités clairement édictées et sur lesquelles les citoyens adhèrent, démocratiquement.  Le Mouvement Démocrate propose de construire une société plus coopérative. Qu'est ce que cela veut dire ?

 


Face aux deux modèles capitaliste et socialiste, la troisième voie  proposée par François Bayrou avec le Mouvement Démocrate est celle de l’Humanisme, visant à remettre l’homme au centre de la société plutôt que l’argent et l’Etat. Sa doctrine consiste à partir d’objectifs et de valeurs pour construire une société juste, humaine, démocrate, responsable et durable. L’argent doit être un moyen et non une fin, de même que l’Etat est utile dans ses fonctions régaliennes, de garantie de la sécurité, de la justice, de l’égalité des chances, du respect de la démocratie et du pluralisme politique et médiatique, mais ne doit pas toutefois se substituer outre mesure aux acteurs économiques, risquant sinon de déresponsabiliser les citoyens, voire de les infantiliser, et de nuire finalement à l’efficacité et à la rentabilité des services au travers une trop forte centralisation.

 

Partant de ces principes, il est légitime de se demander quel modèle économique répond le mieux à cette logique humaniste. Est-ce un modèle qui rejette à la fois le capitalisme et le socialisme, à la fois la recherche du profit et un rôle actif de l’Etat dans l’économie, ou qui compose un mix des deux ? Quelle gouvernance d’entreprise prône-t-il si ce n’est d’un côté celle d’actionnaires recherchant une rentabilité maximum et une flexibilité de placement à l’aide des marchés boursiers et financiers, de l’autre celle d’un Etat omnipotent lui-même actionnaire d’entreprises et de banques de manière à exercer un contrôle direct sur ces dernières ?

 

Je vous livre ici des réflexions personnelles, en apportant ma contribution aux idées qui me paraissent aller dans le sens de cette construction de société humaniste, ceci sans prétendre à aucune exclusivité du Mouvement Démocrate, en espérant qu'elles seront partagées et enrichies par vous tous, que vous soyez membre d'un parti ou non.



La source du mal : la financiarisation de l’économie

 

Si l’on résume au mieux le constat admis par tous des causes de la récente crise financière majeure et séculaire, quels que soient les courants politiques qui en sont juges, la principale critique de fond faite au système économique actuel basé sur le capitalisme est d’avoir dérivé de l’économie réelle. Alors que depuis de nombreuses années la croissance mondiale était de l’ordre de 5% et inférieure à ce taux dans les pays occidentaux, les bourses affichaient des taux de rendement sur actions bien supérieurs, la norme prévalant étant un ROE (Return On Equity, ou encore retour sur investissement) d’au minimum 15%. Or, d’un point de vue macro économique, ces taux auraient dû logiquement converger, cette croissance de PIB devant correspondre à l’augmentation de richesse des entreprises (petites et grandes), elle-même traduite par la rentabilité boursière, qui anticipe une croissance des résultats de l’entreprise. Car l’anticipation de la rentabilité d’une entreprise est basée sur une espérance de gain elle-même influencée par des effets spéculatifs, la croyance en une hausse future, qui peut dériver de la réalité. Cela ne pouvait durer éternellement et le monde était bien dans une bulle mondiale qui devait un jour éclater. Finalement la bulle des subprimes, fuite en avant vers une rentabilité espérée avérée illusoire n’était qu’une des petites bulles dans une marmite arrivant à ébullition, un catalyseur qui a déclenché la prise de conscience de l’illusion de rentabilité entretenue par un système devenu déconnecté de l’économie réelle.

Bien sûr il y a eu un manque de régulation et de surveillance de certains acteurs financiers (agences de notations, hedge funds et banques d’investissement américaines) et des facteurs aggravants tels que la norme comptable de valorisation des actifs bancaires en « fair value » ; on a aussi dans le lot mis sur le compte des fauteurs de troubles les bonus des traders et parachutes dorés des grands patrons, ou encore les paradis fiscaux qui facilitent les détournements de flux financiers, alors qu’ils ne sont pas une cause directe de cette crise même s’ils participent aux excès, à la démesure, du système capitaliste.

Mais au fond du fond, la raison profonde de la crise n’est pas à chercher dans ces facteurs, qui ont été plutôt des facilitateurs et déclencheurs de crise. La cause originelle est dans le cœur même du modèle, dans l’économie basée avant tout sur la recherche du profit à court terme, quelles que soient les conséquences sur l’environnement, sur la viabilité durable de l’entreprise, sur les conditions de vie de ses salariés, les délocalisations et leurs conséquences sociales, … Or il est intéressant de noter que le florilège de mesures visant à lutter contre la crise, à éviter qu’elle ne se reproduise, proposées par les experts économiques, les gouvernements, et même les partis d’opposition, s’attachent à  ces facteurs, à contenir leurs excès ou à prévenir de leur dérive, mais non à proposer un modèle alternatif, à l’exception près du contre modèle socialiste visant à remettre l’Etat au premier plan, en nationalisant les banques notamment, alors qu’il a été déjà prouvé que ce modèle n’était pas efficace. Pour combattre les causes réelles d’un mal et y trouver remède, il faut commencer par bien le diagnostiquer, le comprendre, s’attaquer au germe de ce mal et non aux symptômes. Regardons comment ce mal a évolué.

Partant d’un capitalisme au départ entrepreneurial lors de la révolution industrielle, lorsque le propriétaire de l’entreprise était le patron et visait le développement de cette entreprise, son utilité sociale, l’économie capitaliste a progressivement dérivé vers un capitalisme financier, sous la double influence d’un côté de la sophistication des techniques financières et des technologies de l’information, du recours aux marchés financiers, et de l’autre côté du contexte de la mondialisation, accentuant la spécialisation et la concurrence des acteurs, ainsi que la contagion rapide des phénomènes, des ajustements de prix et de taux entre secteurs et entre marchés.

A quelques exceptions près, un actionnaire entre ainsi au capital d’une entreprise bien plus souvent avec l’objectif d’en tirer un rendement maximum à court terme (plus-value et dividendes) qu’avec celui de développer l’utilité sociale de cette entreprise, que cet actionnaire soit lui-même une autre entreprise, une banque, un particulier fortuné, un fonds de pension ou un OPCVM plaçant lui-même des fonds pour le compte de petits épargnants. Le comble du découplage entre l’intérêt de l’entreprise et le rendement qu’attend son propriétaire est atteint avec les opérations financières à effet de levier, dites LBO (Leverage Buy Out), qui nécessitent une mise de fonds peu importante de l’actionnaire pour racheter une entreprise parfois en difficulté donc sous-évaluée, sur laquelle il anticipe une plus-value potentielle à la revente suite à un « redressement », un démantèlement puis « vente par appartements », une délocalisation, grâce à l’obtention d’un prêt gagé sur les actifs de cette société. C’est notamment les LBO qui ont fait la fortune du sulfureux homme d’affaire Bernard Tapie sans qu’il ait au départ une fortune personnelle (il n’a dit-on pas eu à investir un franc dans le rachat d’Adidas, ce dernier ayant été financé par des prêts bancaires gagés sur l’entreprise achetée, ce qui veut dire que la compensation qui lui a été octroyée par le tribunal arbitral privé au titre du manque à gagner, qu’il revendiquait sur les plus-values futures réalisées par le Crédit Lyonnais après la revente de l’entreprise, ne récompensent même pas un risque pris par Bernard Tapie initialement dans l’affaire …).

Or, non seulement l’entreprise est dépendante des liquidités nécessaires à son développement, donc de ses banques et de ses actionnaires, mais ces actionnaires, par leur droit de vote, ont aussi leur mot à dire sur la stratégie de l’entreprise, sa politique sociale, ses dépenses couvrant les risques environnementaux, etc. Ce capitalisme financier n’a aucune morale. S’il n’est pas contraint par des règles coercitives, à partir du moment ou l’actionnaire privilégie le profit à court terme sur l’utilité sociale et le respect environnemental, il est tout à fait logique que ce système ne soit pas durable. L’entreprise a elle-même un objectif social, celui de rendre service, de fabriquer ou distribuer un bon produit, mais les propriétaires de l’entreprise ont un autre but premier : celui du rendement maximum. Ce qui se traduit dans les objectifs et la rémunération du patron de l’entreprise, pas forcément lui-même actionnaire.

On peut ainsi parler de « financiarisation de l’économie » mais pas de déconnexion entre le capitalisme financier et le capitalisme entrepreneurial, avec d’un côté l’économie réelle, l’entreprise, et de l’autre l’économie virtuelle, la finance. Il ne s’agit pas de deux économies différentes, parallèles. C’est un tout et la finance est nécessaire à l’entreprise, les marchés financiers sont utiles pour pouvoir lever des fonds, surtout pour une entreprise industrielle qui nécessite de gros investissements, les banques sont indispensables pour assurer des prêts aux entreprises comme aux particuliers tout en appréciant leurs risques. Il ne faut pas « jeter le bébé avec l’eau du bain » en rejetant massivement les marchés, la bourse, les banques. C’est aussi un leurre de croire que la nationalisation des banques et même des entreprises résoudra le problème, comme l’expérience a déjà montré les lacunes de ce système.

 

 

La question essentielle : viser l’objectif de développement de l’entreprise plutôt que le profit

 

Partant de ce constat, c’est en fait le moteur même de la recherche absolue, effrénée et prioritaire du profit à court terme qui est la source de dérive de ce modèle. Quel est donc le modèle de gouvernance d’entreprise qui garantit avant tout une recherche de développement durable, d’optimisation du meilleur service au meilleur coût ? Il en existe un dans nos sociétés : celui des mutuelles ou des coopératives, au sein desquelles se regroupent une communauté d’intérêts communs, d’acteurs qui vont investir ensemble pour un service ou la fabrication d’un produit dont ils seront les clients. Il s’agit donc de viser la qualité et l’efficacité de ce service, un rapport qualité prix. L’objectif n’est pas de faire du bénéfice et si l’entreprise en fait un, il est soit réinvesti soit distribué aux actionnaires qui sont eux-mêmes clients.

Ce type de structure est courant dans le secteur bancaire et celui des assurances, ainsi que dans le domaine agricole regroupant des petites structures familiales ou même dans la distribution (Leclerc avec ses franchises). On le retrouve aussi dans le domaine des marchés financiers lorsque les banques privées ou les banques centrales investissent ensemble soit au sein d’un pays soit même de l’Europe ou du monde dans des structures de place communes, par exemple dans les plates-formes de clearing et de paiement interbancaire comme Swift, ABE, STET (ex GSIT), Target2, Euroclear, LCH-Clearnet, GIE Cartes Bancaires… Des banques à la fois clientes et actionnaires de ces infrastructures de place communes deviennent partenaires même si par ailleurs elles sont concurrentes pour des services offerts à la clientèle qui eux-mêmes utilisent ces infrastructures. De même elles offrent à des petites banques, qui n’ont pas eu les moyens d’investir dans ces systèmes, un service de sous participation à ces plates-formes, une forme de sous-traitance rémunérée.

 

Exemples de structures coopératives 

 

Il existe déjà des banques à réseau et des sociétés d'assurances mutuelles fonctionnant sur le principe de la coopérative. Il est intéressant de noter d'ailleurs que la grande majorité de la banque de détail en France (Crédit Agricole, Caisses d'Epargne et Banques Populaires, Crédit Mutuel, Crédit Coopératif,...) sont gérés sur ce principe et cette activité a une forte résilience en période de crise. C'est lorsque certains de ces groupes se sont mis à vouloir lever des fonds en bourse grâce à des filiales spécialisées et à vouloir les faire fructifier sur des activités de marchés, éloignées de l'activité initiale du groupe mutualiste et de ses clients d'origine, en se soumettant aux obligations de l'information financière et à la tentation de séduction des investisseurs, que l'objectif initial a été détourné et que finalement des pertes ont été subies par ces groupes.

On voit de plus en plus se développer des centrales d'achat coopératives, AGAP, des petites coopératives de marchés bio locaux où des citoyens paient une cotisation pour contribuer à des cultures locales vivrières, sans engrais chimiques et nécessitant peu de transport, dont ils retirent un panier au gré de la saison.

Les SCOP, sociétés coopératives, sont peu nombreuses (environ 2000 en France, pour 40 000 salariés) mais semblent connaître un regain, notamment dans un contexte où suite à une fermeture d'entreprises les salariés se mettent ensemble pour recréer l'affaire et poursuivre l'activité. Un reportage sur France Inter ce matin décrivait le cas d'une entreprise d'analyses pharmaceutique qui avait réussi cette expérience, faisait bénéficier à ses salariés actionnaires de 50% des bénéfices et réinvestissait l'autre moitié dans l'entreprise, conformément à une décision commune des salariés-actionnaires, qui fixaient aussi ensemble la grille des salaires. La SCOP, ou société coopérative de production, est une entreprise de forme SA ou SARL, dont les salariés sont associés majoritaires et vivent un projet commun en mutualisant équitablement les risques et les grandes décisions : désignation des dirigeants, orientations stratégiques, affectation des résultats. Il s'agit d'une forme pratique très aboutie de la démocratie dans le secteur économique.

On peut imaginer aussi d'autres expériences coopératives, comme du covoiturage partagé avec investissement commun du voisinage dans un parc de voiture en libre service. Il existe déjà ce type d'entreprise à Paris, fournissant des voitures en libre-service dans des parkings, contre un abonnement et paiement à l'usage.  Le Vélib est une initiative procédant aussi de cet état d’esprit, de mise en commun d’un matériel que les clients vont utiliser (même s’ils ne sont pas directement actionnaire si ce n’est en tant que contribuable via les impôts locaux). Dans le domaine social, il existe déjà des crèches coopératives. Le système pourrait être étendu à d’autres services.

 

 

Peut-on envisager l’extension du modèle de gouvernance coopérative ?

 

Pour imaginer une généralisation de ce modèle de gouvernance à d’autres entreprises, il faut réunir les conditions suivantes :

-         Lors de la mise en place d’une telle entreprise au service d’une communauté d’intérêt d’acteurs, qu’ils soient des citoyens, des particuliers, ou bien des personnes morales, des associations ou des entreprises, voire des Etats, ces derniers doivent avoir pris conscience qu’au lieu d’investir séparément chacun dans la mise en place d’un service, ils ont intérêt à investir ensemble, en se mettant d’accord, et qu’ainsi le service sera moins cher, plus efficient. L’objectif de l’entreprise doit être clairement exprimé.

-         La majorité de l’ actionnariat avec droit de vote est réservé à des acteurs ayant un intérêt durable et économique ou social, dans l’entreprise : clients, voire fournisseurs, salariés, acteur politique. L’Etat peut d’ailleurs être un de ces acteurs à partir du moment où un enjeu politique, de sécurité publique (nucléaire) ou sociale (rôle social de la poste par exemple dans le tissu social). Ces acteurs font en sorte d’avoir une majorité de contrôle de manière à toujours décider de la stratégie de l’entreprise,

-         Cette structure d’actionnariat est compatible avec la possibilité de recourir éventuellement à des levées de fonds sur les marchés en complément du socle d’actionnariat de contrôle. Mais attention à ce que les objectifs de rentabilité financière du marché ne prennent pas le pas sur les objectifs de développement durable et social de l’entreprise … Eventuellement ne pas associer des droits de vote à cette forme d’actionnariat.

-         Le fonctionnement de l’entreprise doit être vraiment démocratique, son actionnariat, qui peut être constitué de millions de personnes (cas du Crédit Agricole ou des Caisses d’Epargne par exemple), a droit à une information transparente, doit pouvoir désigner des administrateurs responsables qui lui rendront des comptes. Ce client actionnaire attend principalement de l’entreprise qu’elle lui garantisse le meilleur service possible, pas qu’elle « crache du cash » purement pour sa mise de fonds initiale … Mais à condition d’avoir un droit de regard sur la gestion de l’entreprise et pouvoir sortir s’il n’est pas d’accord avec la stratégie et le comportement de l’entreprise. Peut-être peut-on envisager un « label de gouvernance » pour donner une garantie sur la manière dont l’entreprise est dirigée, dont elle gère l’information et la démocratie interne etc.

 

Les domaines d’applications peuvent être multiples. Dans le domaine des hautes technologies très coûteuses (satellites,…), des recherches de nouvelles sources d’énergie renouvelables, etc., il peut être utile à des entreprises d’investir en commun pour de la recherche fondamentale ou des équipements communs d’infrastructures. Les promoteurs immobiliers pourraient trouver un intérêt à investir dans des entreprises fournisseurs du bâtiment, de matériaux d’isolation par exemple. Des garagistes et des vendeurs de voitures pourraient pourquoi pas trouver intérêt à investir dans les constructeurs automobiles …

 

Proposons par exemple une telle structure pour les agences de notation dans le cadre de la régulation du système financier international. Ces agences sont peu nombreuses (trois principalement) et toutes américaines (Standard & Poor’s, Moody’s, Fitch). Leur défaillance en termes de notation a contribué à la crise des subprimes. Cette défaillance était due non seulement à une absence de régulation de ces agences, mais aussi par leur structure de rémunération, le fait d’être rémunérées par les émetteurs des titres pour donner ces notations et en même temps de fournir à ces derniers des prestations de conseil, entraînant des compromissions. Il faudrait proposer que les banques européennes se cotisent pour créer une ou plusieurs agences de notations européennes, qui seraient soumises à des normes et à une surveillance et il serait sain que les agences américaines adoptent aussi un tel modèle.

 

Un autre domaine où il serait intéressant d’envisager une structure d’actionnariat coopératif est le secteur de la presse et des médias. Ainsi, un journal détenu en majorité par ses journalistes, comme c'est le cas de Mediapart, de Marianne, du Canard Enchaîné, préserve son indépendance. L'actionnariat peut même être étendu aux lecteurs, qui peuvent par une souscription soutenir leur journal si besoin. Cela fut le cas pour la revue Politis et l'Evévement du jeudi. Nous pourrions proposer l'idée à Mediapart ...

 

Cette logique coopérative peut être appliquée aussi au niveau de l’Europe, soit par groupement d’intérêts communs d’entreprises européennes, investissant dans des infrastructures communes, de la recherche en commun, des services communs (Euroclear et LCH-Clearnet par exemple), soit par regroupement d’Etats ou de Banques Centrales pour des services communs (c’est déjà le cas avec Target2 pour les Banques Centrales). Ainsi l’initiative d’un emprunt commun européen, d’un fonds stratégique d’investissement européen, pourrait être du ressort d’une démarche coopérative des Etats européens. De même que les banques européennes avec une volonté politique commune des Etats pourraient ensemble créer une véritable bourse européenne, plutôt que laisser un marché épars se recomposer uniquement sur des intérêts de rentabilité à court terme, de surcroît contraints par le dogme dictatorial de la Commission de la Concurrence, finissant par laisser partir une partie importante de nos infrastructures boursières aux Etats-Unis …

 

 

Comment concilier un mode de gouvernance coopératif avec la libre concurrence ?

Le paradoxe de la Commission de Bruxelles …

 

La Commission de Bruxelles dirigée par José Manuel Baroso n’aime pas beaucoup les structures coopératives en Europe, les assimilant à des cartels, des ententes entre acteurs qui cherchent à noyauter un marché. D’autant plus lorsque la grande majorité des acteurs d’un secteur décident de former ensemble une entreprise, sans nécessairement que ce service ait un ou plusieurs concurrents. C’est le cas par exemple de Swift (réseau informatique acheminant les ordres de paiement interbancaires dans le monde). La France est familière de ce type de structures interbancaires pour ses systèmes de place. Il se trouve que dans un tel projet les banques doivent se mettre d’accord sur un tarif de place interbancaire (la CIP en France) qui rémunère le service fourni par l’infrastructure, couvrant sa maintenance, ses coûts de fonctionnement et l’amortissement de l’investissement. Et ce tarif est répercuté au client de la banque qui émet les ordres de paiement, en plus d’une marge de service de la banque couvrant des coûts commerciaux. Parfois, si le paiement du service est assuré par la banque du client émetteur du paiement ou tireur d’espèce (au guichet automatique d’une autre banque), il peut être justifié que la banque émettrice ou tireuse paie une compensation à la banque qui subit un coût de traitement (image chèque, maintenance du guichet automatique par exemple), qui peut être normé et géré au travers du système de place. Mais ce n’est pas une entente de prix au détriment des clients ! C’était le cas pour le groupement européen Carte Bleue (face à VISA et Mastercard qui sont américains).. La Commission de la Concurrence s’est élevée contre ce type de pratique et les banques, voyant qu’elles ne pourraient plus être certaines de couvrir leurs coûts, ont préféré renoncer au système en revendant la structure à VISA (américain). Bruxelles vient de se rendre compte du problème et demande maintenant à ce que les banques créent une carte européenne ! Les mêmes réticences avaient été manifestées par la Commission européenne à l’égard de la proposition des banques au début des années 2000 consistant à instaurer une commission interbancaire sur les virements commerciaux transfrontaliers en euro, qui visait à compenser les coûts occasionnés par la banque du tiré. La Commission de Bruxelles a non seulement refusé au motif de la « concurrence » et du refus des ententes tarifaires entre banques, mais elle a fait voter par le Parlement un règlement imposant aux banques de pratiquer le même tarif aux clients pour les paiements en euro transfrontaliers (en zone euro) que celui des paiements domestiques, afin que les clients n’aient plus de différence visible d’un point de vue tarifaire entre un service au sein de leur pays et le même service dans la zone euro. Mais comme les paiements domestiques étaient à des tarifs très différents selon les pays, la France étant nettement moins chère grâce à sa structure de place coopérative efficace (GSIT), qui permettait aux clients d’émettre des virements deux ou trois fois moins chers qu’en Allemagne par exemple (alors que les paiement transfrontaliers  compensés par ABE ou par correspondent banking étaient trois fois plus coûteux), cela a impliqué une forte distorsion de concurrence entre clients de différents pays européens (les français payant leurs virements beaucoup moins chers que les Allemands) tandis que les banques françaises ne pouvaient plus couvrir leurs coûts sur les paiements transfrontaliers, nécessitant de compenser les coûts de ce service « obligatoire » commercialement en surtarifant d’autres services …

 

Une structure coopérative sans concurrent, comme Swift, ne peut être qualifiée de cartel ni être contestée pour cause d’absence de concurrent. Les banques s’accordent ensemble pour que Swift leur donnent le meilleur service sans qu’il soit besoin de le challenger par une entreprise concurrente. Si une entreprise concurrente existait face à Swift, il faudrait soit que les banques dupliquent leur investissement dans une deuxième structure, soit qu’une partie des banques utilisent Swift et une autre partie un concurrent de Swift, que les deux opérateurs se mettent d’accord pour garantir une interopérabilité, et construisent des passerelles entre les deux concurrents pour échanger entre banques passant par l’un et banques passant par l’autre, donc une belle usine à gaz !

 

On ne peut donc pas dire que ce type de structure coopérative tue la concurrence et lorsqu’elle est motivée par un service de compensation ou d’échange entre acteurs partenaires, comme dans le domaine des titres (bourse, chambres de compensation) ou des paiements, la concurrence n’a pas vraiment de sens. Par ailleurs, dans le cas d’entreprises qui peuvent exercer leurs activités dans un contexte concurrentiel, par exemple les sociétés d’assurances mutuelles ou les banques à réseau coopératives, la concurrence existe entre acteurs de structure du même type et aussi de structure capitalistique classique.

 

Il faut que la Commission de Bruxelles assouplisse nettement son dogme néolibéral concernant la concurrence. Ce dogme a été édicté en Europe alors que les mêmes règles n’existent pas au niveau mondial, si bien que lorsque Bruxelles intervient pour contrer la formation d’une entreprise européenne qui a de fortes positions en termes de part de marché, obligeant à une cession ou refusant une fusion, c’est en général de gros acteurs américains qui finissent par récupérer les morceaux et mettre les acteurs européens en situation de faiblesse sur le marché mondial.

 

Il est intéressant par ailleurs de remarquer que la croyance en l’économie de marché et la libre concurrence comme le système le plus efficace conduit naturellement aux situations d’oligopoles et même en final de monopole, car la loi du plus fort et la course à la rentabilité, donc la recherche de minimisation des coûts de structure au travers d’entités de plus en plus grosses, qui ensuite s’imposent au marché, impliquent logiquement cette concentration. Et dans l’univers mondialisé et globalisé, s’il faut imposer des seuils de taille ou de parts de marchés sur un secteur pour contrer cette concentration qui finalement tue la concurrence, il faut alors l’organiser au niveau mondial, l’Europe est un niveau insuffisant (cela joue même contre cette Europe).

 

Quelle motivation pour permettre l’extension de cette logique coopérative ?

 

Il faut tout d’abord déceler les cas où cette logique peut trouver un intérêt social, économique, pour en émettre l’idée, en faire la proposition. Les clients viendront s’il y a une offre et s’ils y trouvent intérêt. La conscience et la responsabilité citoyenne devraient aider notamment à monter des entreprises durables, comme il y a eu les fonds éthiques. Les citoyens de base se tourneront peut-être plus volontiers vers les assurances et les banques mutualistes, adhérant à cette logique, de même à d’autres services procédant du même modèle s’ils leur sont proposés. Il faut sans doute créer l’offre pour que les citoyens y adhèrent. La généralisation de ce modèle de gouvernance peut être progressive et naturelle. De surcroît elle est applicable de manière transfrontalière et permettrait de donner de la cohésion à l’Europe, non seulement en formant des projets communs à plusieurs pays d’Europe, au travers d’actionnaires clients européens, qu’ils soient des citoyens, des entreprises, des banques, des banques centrales, des Etats. Il ne s’agit en aucun cas de forcer les entreprises actuelles à changer brutalement leur gouvernance. La « loi du marché » peut tout à fait s’appliquer dans un contexte où les citoyens responsables se mettent à préférer le durable et l’entreprise qui privilégie des objectifs de développement humains, sains et durable sur ceux du profit à court terme. Si l’objet du désir n’est plus l’argent mais un objectif d’accomplissement, et que le « marché », la concurrence, les enjeux, se font désormais sur cet autre objet, la société évoluera naturellement en ce sens.

La société coopérative fonctionne sur base de la démocratie, non seulement par le mode de fonctionnement interne des sociétés coopératives, mais aussi dans un contexte global où il existe un modèle coopératif en concurrence du modèle capitalistique classique. Car le client individuel à la base, le citoyen, peut lui-même choisir de préférence d’acheter des services et des produits délivrés par de telles entreprises ainsi que d’investir ses économies en actions de ces sociétés, que ce soit en tant qu’actionnaire client direct ou par la bourse (actionnariat minoritaire). Tel un vote, son choix de consommation et d’investissement se traduit en choix de société, d’un modèle de société qu’il souhaite favoriser.

 

 
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