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12/05/2011

TOUT part de la langue !

 

bentolila.jpgLe linguiste et humaniste Alain Bentolila a fait une brillante intervention le 11 mai 2011 dans le cadre de l'Université Populaire du Mouvement Démocrate sur le thème « Démocratie et langue commune ». Il nous démontre que TOUT part de la langue, du langage, de la manière dont il se construit lors de la petite enfance, quand les mots prennent forme et que l'enfant relie le sens aux sons, puis aux signes écrits.

La langue est ce qui construit notre pensée, notre conscience, notre rapport à l'autre. Celui qui ne la maîtrise pas, en tout cas pas suffisamment, se met en position d'exclusion sociale. C'est le principal problème des ghettos urbains, qui développent un langage simplifié, insuffisant pour exprimer une pensée complexe et même pour pouvoir expliquer ses actes, décrire un argumentaire. D'où la violence des banlieues. L'origine de cette violence provient souvent d'une incapacité à s'exprimer par les mots. Je ne puis m'empêcher de penser à Jacqueline de Romilly : "Apprendre à penser, à réfléchir, à être précis, à peser les termes de son discours, à échanger les concepts, à écouter l’autre, c’est être capable de dialoguer, c’est le seul moyen d’endiguer la violence effrayante qui monte autour de nous. La parole est le rempart contre la bestialité. Quand on ne sait pas, quand on ne peut pas s’exprimer, quand on ne manie que de vagues approximations, comme beaucoup de jeunes de nos jours, quand la parole n’est pas suffisante pour être entendue, pas assez élaborée parce que la pensée est confuse et embrouillée, il ne reste que les poings, les coups, la violence fruste, stupide, aveugle.” (Le Point, 25 janvier 2007.)

La formation du langage et l'apprentissage de la lecture, se font dans la petite enfance, étape primordiale à la construction d'un enfant. Tout se joue là. L'apprentissage d'une deuxième langue nécessite d'abord la maîtrise d'une première langue. Il ne suffit pas de déchiffrer des mots, des syllabes (être un "syllabant"), il faut appréhender le sens des mots pour devenir un "comprenant". A l'entrée en maternelle, un enfant maîtrise normalement environ 2000 mots, mais un enfant issu de milieu défavorisé dont on s'est peu occupé, avec qui on a peu parlé, ne maîtrise que 600 mots et aura dès l'entrée à l'école un référentiel trois fois moindre pour relier du sens aux sons, pour comprendre et relier les mots.

Beaucoup de problèmes de notre temps proviennent d'une incapacité à maîtriser la langue : éducation, violence, banlieues, et même la démocratie, la citoyenneté, la compréhension du discours politique.

J'ajouterai une autre cause majeure à la dégradation du niveau d'éducation des élèves, notamment de la grammaire et de l'orthographe : l'omniprésence de la télévision (plus de trois heures par jour en moyenne dans les foyers français), qui prend le temps disponible au détriment de la lecture et qui incite à une attitude passive, contrairement à la lecture, qui fait appel à l'imaginaire, au questionnement, à une zone différente du cerveau (signes écrits vs image visuelle).

Nous perdons aussi progressivement le sens des mots. C'est particulièrement vrai en politique, où il est facile d'employer des mots-valises, sans en préciser le contenu ("réformes", "valeur travail",...) ou des mots qui ne veulent plus rien dire ("formidable", qui étymologiquement signifie "qui fait peur" !) ou qui décorent le discours officiel, l'humanisent ("démocratie", "républicain", "humaniste",...), ou encore des oxymores ("droite sociale", "gauche moderne"). Même le nom des partis ont perdu leur sens : l'UMP n'est plus "populaire", le parti socialiste n'est plus "socialiste" (au sens initial de l'économie administrée par un Etat possédant les moyens de production), le parti radical n'est plus "radical" (initialement ce terme signifiait l'extrême, éloigné du centre, sur l'échiquier politique), le Nouveau Centre n'est pas au "centre" puisque rallié à la droite et même, selon les dires de Hervé Morin, une "deuxième droite" !

Comme François Bayrou aime souvent le rappeler par cette citation (semble-t-il apocryphe) d' Albert Camus : "Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde". Les nommer précisément, justement, exactement, n'ajouterait pas au malheur du monde. Les nommer en plus joliment, avec élégance, ce serait ajouter au bonheur du monde et pour le grand bien de tous !

Ainsi la langue nourrit, structure la pensée et c'est à partir d'une pensée claire et structurée que s'énoncent une parole et un écrit justes et compréhensibles pour autrui.

Déjà au XVIIème siècle, Boileau exprimait en dans "L'Art poétique" :

 "Il est certains esprits dont les sombres pensées
Sont, d'un nuage épais, toujours embarrassées ;
Le jour de la raison ne le saurait percer.
Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.

..."

Alain Bentolila, professeur à l'université Paris V-Descartes et auteur de Parle à ceux que tu n'aimes pas. Le défi de Babel (Odile Jacob)

08/05/2011

François Bayrou au centre du débat sur Europe1

François Bayrou était l'invité de Jean-Pierre Elkkabach au  Grand Rendez-vous d'Europe 1 et du Parisien dimanche 8 mai 2011. Voir des extraits sur ce lien. Voici ses principales interventions, reclassées dans un ordre d'importance, différent de celui de l'interview :


Interrogé sur ses mesures fortes pour la France :
1- Produire en France. Dans un contexte où la France s'appauvrit de 5 milliards d'euros par mois, il est impossible de soutenir le modèle social français. Il faut reconquérir les domaines perdus. Si nous n'enrichissons pas le pays, nous ne créons pas d'emplois et tout le reste en dépend (chômage, retraites, intégration, banlieues, protection sociale,...). Il n'est pas vrai que la production ne dépende que du coût du travail et il y a des moyens de s'en sortir, notamment par l'automatisation de la production.
2- Rendre à la France la meilleure éducation du monde. Depuis le temps où j'ai été ministre de l'Education Nationale, nous avons perdu 14 places dans le classement international. Il est possible selon moi d'atteindre cet objectif en 5 ans.
3- Assurer une vie civique respectable et honorable, arrêter l'arbitraire. La fonction présidentielle ne doit pas être partisane, les responsables politiques doivent donner l'exemple et défendre des valeurs.


Réaction de François Bayrou à la mort de Ben Laden :
"
Obama a pris la bonne décision. Il a été de manière générale à la hauteur de sa fonction. Il a donné des Etats-Unis la meilleure image depuis longtemps. La première personne qui m'a parlé de BEn Laden fut Massoud en 2001, quand il est venu au Parlement européen pour nous alerter sur ce personnage, milliardaire financé par le trafic de drogue. C'était tellement incroyable qu'on n'y a pas vraiment prêté attention. Il avait raison. Le 9 septembre 2001, il était assassiné et deux jour après avait lieu l'attentat du 11 septembre. Ces deux événements étaient liés. Concernant les révoltes arabes, remarquez qu'on s'attendait à une reprise en main des fondamentalistes et en fait il n'en est rien, les peuples veulent avant tout la liberté et la démocratie et combattre la dictature et la corruption."

Interrogé sur "l'Europe" :
"Cela fait des années que l'Europe est absente et illisible, car on lui a donné des institutions incompréhensibles, qu'elle est trop éloignée des citoyens. Les choses sont devenues trop complexes, sans communication".
" Il est honteux de laisser l'Italie en 1ère ligne face aux migrants. Elle aurait dû conduire un plan d'aide aux pays d'origine et un plan d'accueil humanitaire"."Les déficits sont une menace qui fragilise tous les pays européens. La seule solution est d'exercer la solidarité. Chaque pays est une digue pour les autres".



Son avis sur "le Centre",  sur la volonté de JL Borloo de rassembler  les "centristes" :
"Le vrai centre n'est ni la gauche ni la droite. Arrêtons de vouloir à tout prix le classer d'un côté ou de l'autre. C'est comme si vous disiez sur le drapeau français bleu-blanc-rouge : le blanc est-il plus bleu ou plus rouge ?
Quand Hervé Morin dit "Nous voulons bâtir une 2ème droite", il a tout dit.  Borloo et Morin veulent défier l'UMP à l'intérieur de la majorité. Après avoir adulé Nicolas Sarkozy, avoir fait de la lèche pour garder ou obtenir des postes lorsque ce dernier avait la cote, ils se mettent à le rejeter, le critiquer, le mépriser quand il baisse dans les sondages et que les Français ce rendent compte de la réalité. Ce n'est PAS DU TOUT LE CENTRE !
"

A propos de la montée de l'extrême droite en France :

"La progression de l'extrême droite et des extrémismes en général est l'expression d'un symptôme et non une volonté de la société française. C'est là qu'on voit que ça va mal, que la population exprime son désarroi. Si leurs idées l'emportaient, si on sortait de l'euro, on irait au désastre et à la misère."



Sur la polémique des  quotas pour la sélection des joueurs dans le football et la mise en cause de Laurent Blanc :

" Je ne crois pas que Laurent Blanc soit raciste d'ailleurs dans les conveersations reportées il n'en est pas fait mention, il ne prononce pas le mot "quota". C'est un homme bien, équilibré, mesuré. Cette affaire intervient à la veille d'élections, il peut y avoir des enjeux, de la manipulation, je ne sais pas"."En tout cas cette affaire est révélatrice. Je suis opposé aux quotas, à tout ce qui stigmatise la couleur de peau, l'origine. L'extrémisme surfe sur cette vague. Les responsables doivent donner l'exemple, que ce soit les politiques, l'école. Même si je suis pour la séparation des pouvoirs, que le politique ne se mêle pas de la gestion de la FFF, sur ce sujet le ministère de tutelle doit rappeler à l'ordre".

Au sujet de la polémique sur la voiture de luxe utilisée par DSK :
"La campagne électorale fait feu de tout bois et notamment le moins honorable. Le niveau du débat n'est pas à l'honneur de ce que devrait être ce grand rendez-vous national. Cependant, il faut prendre très au sérieux l'impression qu'ont les citoyens qu'il y a une paroi de verre entre d'un côté les dirigeants, les élites, qui ont des privilèges,et de l'autre le peuple. Le président de la république n'est pas un citoyen "normal" car il doit avoir une vision à long terme et porter de grandes responsabilités, mais il doit néanmoins rester enraciné dans la vie des gens. "

24/04/2011

Une élection présidentielle 2012 à trois tours, les sondages étant le premier tour

La bipolarité : psychose maniaco dépressive de la vie politique en France

 

Les sondages prennent de plus en plus d'importance dans la vie politique et notamment à l'approche de grandes élections. En effet, leur prise en compte par l'électeur peut avoir un effet inductif et réflexif sur la décision de son vote, soit par effet d'entraînement sur un réflexe primaire, favorisant un candidat en hausse, soit par un effet plus secondaire et plus réfléchi quant à l'impact de son vote. Par ailleurs, les sondages sont également une base importante de décision des candidats à l'élection, influençant leur stratégie d'alliance, de soutien, de maintien ou de désistement.

Ainsi, les sondages, à l'approche du premier tour des présidentielles 2012, pourraient bien constituer une primaire aux élections, un premier tour avant le premier tour, d'une élection qui en comporterait finalement trois.

L'élection présidentielle en France s'effectue au suffrage universel et  selon deux tours : le premier où se présentent toutes les sensibilités, les candidats des différents partis, petits ou grands, voire sans parti, et le second tour où ne restent en lice que les deux candidats qui ont recueilli le plus de suffrages au premier tour. Ce mécanisme favorise la bipolarité, c'est à dire la prédominance des deux partis majoritaires, en général celui de droite (UMP) et celui de gauche (PS), qui tentent au second tour de bénéficier du soutien des candidats et des partis minoritaires qui n'ont pas passé le premier cap.

Du fait des élections législatives, qui suivent directement les élections présidentielles et qui sont également organisées à deux tours, selon un scrutin majoritaire et non proportionnel, cette bipolarité est renforcée et les soutiens du second tour de la présidentielle se monnayent souvent en places accordées par les partis majoritaires aux partis minoritaires, c'est à dire des promesses de non concurrence de candidats aux législatives pour favoriser l'élection de candidats de partis minoritaires.
Cette bipolarité renforcée conduit la France à une guerre permanente clan contre clan et finalement à la victoire d'un des clans, qui en fait a recueilli moins d'un tiers des suffrages du premier tour (quelquefois moins de 20%, même pas un Français sur 5, comme ce fut le cas en 2002 pour Jacques Chirac avec 17%) et un peu plus de 50% au second, ce qui signifie presque 50% de Français mécontents.

L'alternance, consistant tour à tour, du fait du balancier dont le poids du mécontentement fini par faire pencher la balance vers le parti majoritaire concurrent qui n'était pas au pouvoir, n'est en aucun cas une "alternative". Elle consiste souvent à déconstruire tout ce qu'à fait le gouvernement précédent. Ce cycle de haut et bas inflige une maladie mentale à la société qui n'est pas sans rappeler la bipolarité qui chez un être humain est une psychose maniaco dépressive, alternant les phases d'euphorie, d'expansion, d'excitation, avec les phases de dépression psychique et physique, de mélancolie, d'atonie.

L'élection présidentielle du 21 avril 2002, a vu exceptionnellement un parti minoritaire arriver au premier tour : le Front National. Ce parti étant aux extrêmes de l'échiquier, le vote de second tour n'était plus un vote d'adhésion mais un vote d'exclusion : je vote pour celui que je ne veux surtout pas ; c'est bien entendu Jacques Chirac qui l'a emporté avec 80% des voix. Mais ce dernier, qui devait sa victoire à tous ceux qui avaient voté contre le Front National, aurait dû en tenir compte et former un gouvernement d'union nationale, ce qu'il n'a pas fait. L'UMP a cassé le centre en imposant quasiment un ralliement de la majorité des députés de l'UDF, les plus courageux résistant à la pression autour de François Bayrou. Ceci a encore plus favorisé la bipolarité et le conflit entre clans, que nous payons encore aujourd'hui.

En 2007, un autre scénario a été à deux doigts de se réaliser : l'arrivée du troisième homme, François Bayrou, au premier tour. Il a frolé cette victoire. Les sondages qui précédaient le scrutin le donnait gagnant à 55%, à la fois face à Nicolas Sarkozy et face à Ségolène Royal, s'il avait atteint ce premier tour. Ce qui signifie que c'est le candidat qui aurait satisfait le plus de Français au final. Si l'on fait confiance aux sondages (je ne parle pas de leur interprétation dans la presse, mais bien de leur résultat lorsqu'il est franc et sans appel), ces derniers peuvent nous aider à prendre notre décision de vote. Les sondages donnaient en 2007 Ségolène Royal perdante face à Nicolas Sarkozy et ceci même si François Bayrou s'était désisté avant le premier tour en sa faveur et même s'il avait soutenu Royal au second tour. Un duel Sarkozy-Royal donnait Nicolas Sarkozy gagnant d'une façon franche. Ce qui signifie que les électeurs de gauche, s'ils avaient réfléchi, auraient dû voter François Bayrou pour ne pas laisser gagner Nicolas Sarkozy !
Cet épisode démontre que si un candidat situé plus au centre (comme François Bayrou ou Nicolas Hulot) arrive à atteindre le premier tour, même si c'est a priori plus difficile dans ce contexte de bipolarité, il a plus de chance de l'emporter au second car les voix des électeurs de l'aile déchue préfèreront se reporter sur le centre que sur l'aile opposée. Ce qui n'est pas le cas si une aile extrême (Front National ou Front de Gauche) arrive au premier tour face à un clan moins extrême.

Ce qui signifie que si les Français veulent vraiment changer cette alternance maniaco dépressive et au final obtenir un centre de gravité plus stable, optimisant la capacité de la France à se rassembler, c'est plus l'option du centre qui doit être favorisée.

Or que se passe-t-il en ce moment, notamment du fait des sondages donnant Marine Le Pen au premier tour devant Nicolas Sarkozy ? L'UMP est aux abois et va tout faire pour décourager les candidats de droite et de centre-droit pour maximiser au premier tour les chances de Nicolas Sarkozy (ou du candidat alternatif éventuel en cas de poursuite de sa pente descendante). La candidature Borloo, qui fait croire à une candidature du centre tout en s'avouant soutien de la majorité, ne pourra y résister et, s'il est candidat, il est certainement convenu qu'il se désistera avant le premier tour en fonction des sondages (son maintien n'étant prévu que si les sondages le montre en capacité d'atteindre le premier tour face au PS). A la limite la candidature Villepin, en opposition avec Nicolas Sarkozy, serait plus crédible à s'allier avec le centre de François Bayrou. C'est donc manifestement un leurre. De même, du côté du Front de Gauche et des Ecologistes, la pression est forte pour envisager une candidature de rassemblement juste avant le premier tour si jamais les sondages précédant ce dernier montrent qu'il y a un risque d'atteinte du premier tour par le Front National face à la droite UMP & Co.

Conclusion : ce sont les sondages juste avant le premier tour de la présidentielle 2012 qui vont servir de primaires au premier tour. Ils vont foisonner, s'affoler, imaginer toutes les combinaisons d'alliance, de ralliement, de désistement (à moins que les instituts de sondage subissent des pressions pour ne pas faire paraître des résultats qui donnent des "mauvaises" idées aux électeurs ou aux candidats minoritaires (quand on sait qui est derrière ces instituts, comme le rappelle cet article (Bolloré, Parisot, Pérol, Buisson), on peut s'interroger ...). Les électeurs devraient décider leur vote de premier tour en fonction des résultats des sondages pour le second tour, selon les hypothèses de premier tour (comme ils auraient dû le faire en faveur de François Bayrou en 2007 pour contrer Nicolas Sarkozy, au lieu de voter Royal) et les candidats vont décider leur éventuel désistement avant le premier tour dans le cas où ils ne soient pas annoncés vainqueur et que leurs voix perdues risquent de faire passer au premier tour et en particulier au second le candidat de l'aile opposé qui ne leur apportera rien aux législatives. Mais fait nouveau, ce ne sera peut-être pas cette fois un parti dit majoritaire qui atteindra  le premier et le second tour tant convoité ... Et si pour changer vraiment et sortir de la psychose maniaco dépressive, on songeait à une nouvelle polarisation au centre, avec Bayrou, Hulot et Villepin par exemple ?

20/04/2011

La candidature Borloo face à Villepin et Bayrou est-elle crédible et utile ?

On peut sérieusement s’interroger sur l’utilité de la candidature Borloo, face aux candidats potentiels Bayrou et Villepin. Le phénomène Borloo va-t-il faire pchitt... ?

 

 

Jean-Louis Borloo est la récente vedette des médias, présenté pratiquement comme un héros, depuis son annonce de rupture avec l’UMP et son intention affichée d’être candidat à l’élection présidentielle 2012. Il est qualifié de « centriste » et aussi d’« écologiste », avec une « fibre sociale et humaniste», alors que les faits ne l’attestent pas vraiment :

- pendant neuf années, il a été ministre des gouvernements Chirac et Sarkozy sans jamais émettre de réserve sur la politique du gouvernement : bouclier fiscal et suppression des droits de succession, intégration du commandement de l’OTAN, discours de Dakar, Discours de Grenoble, réforme de l’audiovisuel public, affaire Tapie, affaire Bettencourt, affaire Pérol, affaire Epad/Jean Sarkozy, etc.

- il y a tout juste un mois, il rêvait encore d’être premier ministre de Nicolas Sarkozy, lui faisant allégeance, ayant pris soin de changer sa coiffure pour se faire une mine moins chiffonnée. S’il avait été nommé, il n’aurait bien sûr pas eu cette posture et cette annonce d’intérêt pour la candidature à la présidentielle ...

- il n’a jamais été écologiste, d’après l’écologiste Fabrice Nicolino, qui vient de publier « qui a tué l’écologie ? ». Ce dernier disait ce matin à la matinale de France Inter: « il est arrivé là par hasard en héritant du ministère de l’écologie, mais n’a jamais eu cette sensibilité », le Grenelle de l’environnement a été médiatisé mais a accouché d’une souris, le gouvernement n’ayant même pas mis en place la mesure phare que devait être la taxe carbone, mal ficelée. Capable de signer les autorisations d'exploration de gaz de schiste sans même consulter le premier ministre et de dire ensuite qu'il a manqué de vigilance, il démontre son inconscience écologique et son irresponsabilité. Et qu’a-t-il dit quand le gouvernement a décidé de supprimer une aide fiscale à l’investissement en panneaux photovoltaïques ?

- des belles paroles peu suivies d'actions, des promesses non tenues : par exemple l’échec du programme visant à faciliter l’accès à la propriété des gens modestes avait été lancé en 2005 par Jean-Louis Borloo, alors ministre de la Cohésion sociale et du Logement du gouvernement Villepin. Six ans après, sur les 20.000 logements prévus, seuls 600 sont sortis de terre. Ces « maisons Borloo » annoncées à 100 000 euro, coûtent finalement 150 000 euros aux familles, qui se plaignent de malfaçon et doivent se pourvoir en justice, comme le relate cet article, ou celui-ci ou encore celui-là.

- Fibre sociale ? François Chérèque, secrétaire général de la CFDT s’exprime : «Je ne reconnais aucune fibre sociale à une personne qui ne s'est pas exprimée sur le blocage du dialogue social pendant six mois.» Ajoutant aussi : «Il était le ministre du travail quand il y a eu le CPE (Contrat de première embauche), donc on a l'habitude de M. Borloo, qui a un double discours, qui ne dit rien alors qu'il a des responsabilités.»

- Rappelons-nous aussi, avant son élection à la mairie de Valencienne, sa vie passée de riche avocat d’affaires spécialisé dans le droit des faillites et les reprises d’entreprises en difficulté (avec financement à effet de levier gagés sur les actifs) et notamment dix ans auprès de Bernard Tapie comme l’explique cet article de Martine orange,

- Enfin, si l’on regarde ceux qui grenouillent autour de lui, comme le décrit bien cet article du site Marianne2.fr, tout montre l’opportunisme, les combinaisons, de ceux dans son entourage, élus radicaux valoisiens ou du Nouveau Centre, qui cherchent à se positionner, à monnayer leurs suffrages, surfant au gré des sondages, jouant sur deux tableaux : prêts à se rallier à Sarkozy au 2ème tour ou éventuellement juste avant le 1er s’il a encore une chance et si leurs voix peuvent peser pour ne pas être responsables d’un « 21 avril à l’envers » PS face au FN, ou si le vent a vraiment tourné court pour Nicolas Sarkozy, espérer être devant N.Sarkozy et fédérer des voix de Villepin et de Bayrou pour atteindre le 1er tour.

- De plus, notons une complicité médiatique présentant des sondages en faveur de Borloo, qui paraît suspecte, comme si tout cela était organisé : "Borloo serait considéré par 37% des Français comme le meilleur candidat du centre, loin devant Hervé Morin (7%) mais au coude à coude avec François Bayrou (36%)", selon un sondage IFOP pour le JDD il y a une semaine". Or c'est Bayrou qui est le candidat légitime du centre pour les électeurs centristes : chez les sondés situés au centre, Bayrou est plébiscité à 53% contre 27% pour Borloo, car ce sont les sondés sympathisant de l'UMP et du FN qui plébiscitent Borloo !

La plupart des commentaires des internautes attestent qu’ils ne sont pas dupes, comme le relate cet article du Point ou encore les commentaires de l’article de Marianne2.fr.

Alors, même s’il fait le « mec sympa », populaire, plus social que Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Borloo est-il crédible ?

S’il est encore à droite mais en désaccord avec la dérive droitière de l’UMP, en rupture avec Nicolas Sarkozy, souhaitant une politique plus républicaine et plus sociale, pourquoi ne pas rejoindre Dominique de Villepin, qui occupe déjà ce créneau ?

S’il se prétend du centre, alors il doit être indépendant, et de surcroît démocrate et humaniste,  alors pourquoi ne pas rejoindre François Bayrou ?

16/04/2011

Pour un gouvernement mondial, par Jacques Attali

 

Attali_gouvmonde.jpgJacques Attali, fervent partisan d’une vraie gouvernance mondiale, d’une monnaie mondiale, d’une démocratie à l’échelle mondiale, vient de publier chez Fayard « Demain, qui gouvernera le monde ? ». En fait, ce titre est inapproprié car ce n’est pas à cette question que répond le livre, mais plutôt dans l’ordre :

 

1- Quelles catastrophes vont encore nous tomber dessus si nous continuons ainsi dans un tel chaos, dans un concert des nations sans chef d’orchestre, jouant le sauve-qui-peut, la préservation des intérêts de chacune à court terme au détriment de l’intérêt général à long terme ? Une vision d’avenir effrayante, des projections argumentées par des chiffres imparables … Désordres financiers en chaîne, démographie hors de contrôle, guerres en cascade, pénurie de matières premières et de denrées alimentaires, destruction de la nature et des espèces, chocs probables d’astéroïdes,… rien ne nous sera épargné d’ici 2030 si le monde continue ainsi sa course.

 

2- En quoi les pouvoirs politiques, cantonnés au niveau des nations et parfois de continents (Europe) sont devenus impuissants face au pouvoir grandissant des marchés dans la mondialisation, de la pieuvre des mafias et du terrorisme, des pandémies ? En quoi ce qu’on appelle « la communauté internationale », l’ensemble des ONG et institutions internationales (ONU, OMC, OIT, FMI, Banque mondiale, les Gx, etc.) est insuffisant, mal coordonné, souvent inefficace, parfois illégitime sur le plan démocratique, pour résoudre les immenses défis écologiques, démographiques, alimentaires, sanitaires, énergétiques, économiques et financiers, météorologiques, etc. qui surgissent en même temps ?

3- Quel seraient la structure et le mode de fonctionnement d’un gouvernement mondial idéal, avec légitimité démocratique et doté de moyens d’action appropriés, de pouvoirs de sanction, qui au-delà d’un dispositif permettrait d’élaborer, de construire, de financer de véritables projets mondiaux d’intérêt général, de préserver les biens publics, d’assurer à tous un accès équitable à l’eau, à l’énergie, aux matières premières ?
Un projet fédéral et fédérateur, qui assure la subsidiarité (les Etats nationaux et supranationaux comme l’Europe délégueraient au gouvernement mondial uniquement les compétences qui relèvent des problèmes qui ne peuvent être résolus qu’à ce niveau supra). Envisager un Parlement élu par les citoyens du monde, un Sénat représentant les nations, une chambre garantissant les intérêts des générations futures sous tous les aspects, un gouvernement exécutif nommé par les trois chambres, un système judiciaire crédible …

4- Comment passer de la situation actuelle à ce gouvernement idéal ? Il ne s’agit pas de casser les instances multilatérales existantes mais de les transformer et de les faire évoluer tout en les complétant vers le gouvernement idéal, en garantissant leur coordination, la cohérence de leurs actions : par exemple le FMI deviendrait ministère des finances du monde, la BRI la Banque centrale mondiale, avec une monnaie fondée sur trois piliers : le dollar, l’euro, le yuan, la Banque mondiale le financier des biens publics mondiaux et l’acteur de la croissance planétaire. Le regroupement de peuples, de nations, dans des ensembles régionaux pas nécessairement disjoints (par exemple la Turquie pourrait à la fois être membre d’une Union européenne et d’une Union orientale, ou encore des regroupements sur la culture et la langue, sur des thèmes tels que le nucléaire ou la production de matières premières,…). Sans oublier les nouvelles formes d’action citoyenne transnationale dans une démocratie mondialisée, avec l’aide d’Internet et des réseaux sociaux.

5- Quelles réformes proposer et quels chantiers prioritaires lancer ?

 

Pour ne pas tout dévoiler et vous laisser lire le livre, j’en resterai là. Un livre indispensable recommandé à tous, lucide et constructif par ses propositions crédibles. Voir aussi cet article des Echos, et écouter les émissions sur France Culture et sur BFM.

Pour acheter ce livre, aller de préférence chez votre libraire pour soutenir le commerce de proximité, sinon ici sur Internet.

« Un jour, l’humanité comprendra qu’elle a tout à gagner à se rassembler autour d’un gouvernement démocratique du monde, dépassant les intérêts des nations les plus puissantes, protégeant l’identité de chaque civilisation et gérant au mieux les intérêts de l’humanité.
Un tel gouvernement existera un jour. Après un désastre, ou à sa place.
Il est urgent d’oser y penser, pour le meilleur du monde.
» Jacques Attali.

10/04/2011

Candidature Borloo face à Bayrou : encore une manipulation de sondage !

Bayrou_borloo.JPG

Le JDD vient de faire paraître un sondage fondé sur la question suivante : "Parmi les personnalités politiques suivantes, laquelle selon vous incarne le plus les idées et les valeurs du Centre ?"

Résultat affiché : Jean-Louis Borloo obtient 37% et François Bayrou 36 %.

Or si l’on regarde bien le détail des résultats du sondage, deux éléments sont à noter :

1- 1 % d'avance, c'est moins que la marge d'erreur du dit sondage (2,7 points).

2- Mais surtout, l'échantillon repose sur l'ensemble de l'électorat et non pas uniquement l'électorat centriste : on s'aperçoit alors dans le détail que François Bayrou arrive largement en tête (53%) chez les électeurs qui ont voté au centre en 2007, tandis que Jean-Louis Borloo est en net recul sur ce segment de la population (seulement 27%).

De même, les électeurs de Gauche sont 40 % à citer François Bayrou contre 33 % pour Borloo. En revanche, une part importante des électeurs de droite (41%) considèrent Borloo comme centriste : c'est ce qui lui permet sur la moyenne générale de la population sondée d'arriver d'une courte tête (sans être avérée avec 1%) devant François Bayrou.

Conclusion de ce sondage : les électeurs qui ont déjà voté et voteront au Centre, confortent bien François Bayrou dans sa position de leader centriste, tandis que l'UMP poursuit sa campagne de communication pour tenter de placer Borloo en voiture-balai des centristes pour la future campagne de Nicolas Sarkozy.

En juin 2010, nous avions déjà dénoncé une manipulation de sondage dans cet article :
OpinionWay et Le Figaro pris en flagrant délit de manipulation d’opinion sur le sondage donnant « Borloo devançant Bayrou »

Ainsi, la manipulation continue. N’oublions pas non plus qui sont les commanditaires et les diffuseurs (les actionnaires des entreprises de presse) de ces sondages. Rappelons-nous aussi le fameux rapport de la Cour des Comptes en 2009 qui dénonçait des irrégularités et des dépenses exhorbitantes injustifiées au sujet des sondages d’opinion commandés par l’Elysée (pages 11 et 12).

Enfin, en regardant la façon dont nous est présentée cette candidature probable de Jean-Louis Borloo, organisant une « alliance républicaine de centre-droit », il semble bien que ce soit une opération concertée avec l’Elysée et même orchestrée par Nicolas Sarkozy.

Acte 1 : Jean-Louis Borloo n’est pas nommé 1er ministre et quitte le gouvernement,

Acte 2 : La dérive droitière de l’UMP, privilégiant les thèmes sécuritaires et sur l’immigration, déjà lancée lors du discours de Grenoble, est confirmée lors des élections cantonales et suite aux diverses déclarations de Claude Guéant, ministre de l’intérieur.

Acte 3 : la stratégie s’avère catastrophique : elle profite au Front National, conduit à un échec cuisant de l’UMP aux élections cantonales. Des sondages alarmants montrent que le candidat Sarkozy risque de ne pas atteindre le 1er tour des élections présidentielles, avec un scénario de « 21 avril inversé » où Marine Le Pen pourrait atteindre le 1er tour face au candidat du PS. Peur dans le camp de la majorité, crainte des députés pour leur prochain mandat aux législatives … Ce qui divise le clan de la majorité présidentielle, au sein de l’UMP en deux.

Acte 4 : à la veille des élections présidentielles, alors que Nicolas Sarkozy, candidat « naturel » de l’UMP, cherche à tout prix à éviter les candidatures concurrentes pour optimiser les voix du 1er tour, la stratégie ne tient plus. Les « centre-droit » seront à nouveau tentés par la candidature Bayrou ou Villepin si ce dernier se présente encore.

Acte 5 : Jean-Louis Borloo, invité de Arlette Chabot à l’émission « A vous de juger », annonce sa soi-disant émancipation de l’UMP, ainsi que de sa probable candidature à l’élection présidentielle pour représenter « l’aile gaulliste et humaniste de la droite et du centre-droit ».

Les médias et la presse cherchent à démontrer, par les réactions des ténors de l’UMP, que Jean-Louis Borloo fait ainsi trembler l’UMP en divisant la majorité, concentrant ainsi sur cette candidature les électeurs déçus de Sarkozy.

Or, « Borloo divorce de l'UMP mais y reste financièrement lié » ! Tout est résumé dans le titre de cet article du Monde le 8 avril. Pourquoi Nicolas Sarkozy accepte-t-il ainsi de continuer à financer un soi-disant concurrent si ce n’est parce qu’il est convenu d’avance un ralliement en sa faveur ? Cela dit, Jean-Louis Borloo pourra toujours trouver une source de financement, notamment auprès de son grand ami Bernard Tapie, donc aux dépens du contribuable source de son argent, pour financer sa campagne en faveur finalement de celle de Sarkozy !

Voici le futur dénouement de la pièce : les sondages nous montreront par tous les moyens que Borloo dépasse Bayrou, pour convaincre ce dernier de rallier un rassemblement du centre conquérant. Dans tous les cas de figure, Jean-Louis Borloo a très probablement prévu de ne se maintenir avant le 1er tour qu’à condition que les sondages le fasse atteindre le 1er tour. Dans l’autre cas, il se désistera en faveur de Nicolas Sarkozy pour ne pas diviser la droite.

Mais les voix n’appartiennent pas aux candidats … Si Dominique de Villepin et François Bayrou se maintiennent, les électeurs sauront reporter leurs voix ailleurs que sur la candidature Sarkozy !

Un autre scénario est possible : que réunies, les voix de Borloo+Bayrou permettent aux centristes (ceux du centre-droit et les vrais centristes indépendants) d'atteindre le 1er tour face au PS. Dans ce cas, Borloo et Bayrou pourraient faire un deal : celui des deux qui recueille le plus de voix dans les sondages avant le 1er tour serait le candidat de ce rassemblement. Mais à condition que les sondages ne soient pas trop manipulés ... Chiche !

07/04/2011

Projet du PS 2012 : des convergences et des divergences avec la vision du MoDem


François Bayrou, président du Mouvement Démocrate, a réagi au projet du PS annoncé la veille, dans un entretien au Figaro paru ce jour :
"Il y a dans ce texte des idées que j'approuve et défends, notamment sur l'investissement des entreprises ou les institutions. Mais je suis en profond désaccord sur deux points : tous les problèmes du pays sont renvoyés à la dépense publique - allocation pour tous les jeunes, emplois d'avenir, recrutements publics, recours à l'impôt pour de nouvelles dépenses. J'ai l'impression de retrouver le jugement de Frédéric Bastiat : «La grande fiction qui fait que tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde.» Et ensuite, ce qui manque, c'est la vision d'un pays actif, volontaire, qui préfère que les gens s'en tirent par eux-mêmes, qui choisit de mobiliser ses forces propres : la création, l'innovation, la recherche. L'avenir du pays ne peut pas être l'assistance généralisée."

En effet, plusieurs idées de François Bayrou et du MoDem ont été reprises dans ce projet, ce qui est nouveau comparé à 2007, que nous ne pouvons qu'approuver, citons notamment :
- renfort des contrepouvoirs, l'indépendance de la justice (carrières des magistrats non soumises au pouvoir politique) et des médias (revenir sur la nomination des presponsables de l'audiovisuel public par le président de la république), 
- l'introduction d'une dose proportionnelle  aux législatives, 
- la séparation des activités de banque d'investissement et la limitation des activité spéculatives des banques de dépôt, remettre le système bancaire au service de l'économie réelle,
- droits de douane sur les produits ne respectant pas les normes internationales/européennes en matière sociale, sanitaire ou environnementale,
- euroobligations pour financer des projets d'infrastructure européens,
- les propositions sur la réforme fiscale (fusion de l'IR et de la CSG, taxer le revenus du capital de même que ceux des bonus et des stock-options comme ceux du travail, taxe sur les transactions financières, une TVA modulables selon critères écologiques, vont dans le sens des propositions du Modem,
- une incitation à l'investissement des entreprises : la modulation de l'impôt sur les sociétés en fonction du réinvestissement des bénéfices vs distribution des dividendes,  banque publique d'investissement ( cela dit nous l'avons déjà un outil avec la CDC et le FSI, reste à bien le faire fonctionner et veiller à ce qu'il ne soit pas une façon d'assurer l'exercice de vente d'actions/Stock options des grands patrons comme avec le cas Lagardère/EADS !),
- développement massif des économies d'énergie et des énergies renouvelables pour sortir progressivement de la dépendance du nucléaire et du pétrole,
- soutien à une agriculture responsable et de proximité,
- sur l'immigration, une approche à la fois intransigeante pour lutter contre les entrées illégales, juste et humaine sur l'accueil et l'intégration.

En revanche, et c'est toujours la tentation irrésistible des socialistes, le projet distribue allocations, subventions, aides diverses, encore dans un esprit d'assistanat dans un contexte non financé :
- création de 300 000 emplois publics pour les jeunes, de 10 000 postes de gendarmes et de policiers,
- allocation d'étude pour les jeunes adultes,
- retour sur la retraite à 60 ans (ou bien il faut préciser qu'elle ne vaut que pour les personnes ayant leurs annuités, ou bien ils ne disent pas que c'est au prix d'une réduction du montant de retraite),
- construction massive de logements sociaux.

Concernant le financement des nouvelles dépenses, chiffrées à 25 milliards, le projet laisse entendre qu'elles sont financées par l'impôt, ou plus exactement l'annulation d'anciennes diminutions d'impôts (exonération des heures supplémentaires, de la TVA sur la restauration, de nombreuses niches fiscales) qui s'élèvent à 50 milliards, permettant de consacrer 25 milliards par an au remboursement de la dette. Mais il ne faut pas oublier que nous étions déjà dans un contexte où ces cadeaux fiscaux se sont faits en empruntant, car nous étions déjà en déficit, donc ils ont été financés par le contribuable ! Ce qui revient à accepter que ces nouvelles dépenses soient encore financées par de la dette, donc potentiellement par les contribuables.

Par ailleurs, C'est aussi dans ses manques que ce projet est critiquable :
- très peu de chose sur le développement économique et la création d'emplois (hormis les emplois jeunes aidés) par un redéploiement de la création, de la production industrielle, des relocalisations (sauf une modulation de droits de douane, rien sur la nécessaire amélioration de la compétitivité, l'efficacité économique dans la mondialisation, qu'il ne faut pas récuser à condition de ne pas l'exercer au détriment des valeurs humaines et de notre socle de protection sociale,
- rien sur la politique étrangère, sur une vision internationale visant à réguler la mondialisation, à lutter contre les paradis fiscaux,
- presque rien sur l'éthique en politique, la lutte contre la corruption, les conflits d'intérêt, l'emprise des puissances financières sur les médias et leurs liens avec les commandes d'Etat, ...
- toutes les propositions sont quantitatives, plus que qualitatives : allocations, subventions, imposition, construction de logements, création de x emplois pour les jeunes ...

D'un côté les socialistes prônent la fraternité, l'altruisme et le "care", de l'autre ils pensent que l'interventionnisme de l'Etat permet de les exercer. Alors que ces vertus ne se décrètent pas. Il est nécessaire d'éveiller la conscience et la responsabilité citoyenne et d'impulser en profondeur un comportement plus humain pour recréer le lien social, la bienveillance et la confiance, s'appuyant sur des activités qui ne sont pas nécessairement des échanges lucratifs et qui ne passent pas nécessairement par l'intervention de l'Etat. L'individu doit être reconnu par sa valeur, sa compétence, son travail, son utilité sociale, en exerçant sa responsabilité, alors que des aides, allocations, subventions, le maintiennent dans l'indigence en l'infantilisant, en le rendant dépendant deces aides et en même temps en le dévalorisant. En ce sens, la vision "humaniste" du Mouvement Démocrate" diffère d'une vision "socialiste".

Quant à l'impôt à la source, qui paraît être une modalité de paiement plus simple et plus transparente, elle implique des effets non négligeables que le contribuable n'acceptera probablement pas facilement :
Avantage pour l'Etat : cette nouvelle modalité de paiement de l'impôt à la source revient à supprimer l'avance de trésorerie consentie à l'Etat sur une année et même plus du fait des paiements en général par tiers au titre des revenus de l'année précédente. L'impôt sur le revenu représentant environ 50 milliards, auxquels il faut ajouter celui sur le revenu du capital qui devrait aussi être concerné, cela fait donc plus et permettrait de réduire d'autant la dette publique la première année de mise en place.

Inconvénient pour le contribuable : comment les Français accepteront-il de payer la première année à la fois les impôts au titre de l'année précédente et l'impôt à la source sur l'année courante ? Soit ils empruntent (la diminution de la dette publique est reportée sur de la dette privée), soit l'Etat consent un étalement (ce qui diminuerait l'avantage ci-haut). L'Etat peut aussi octroyer une diminution d'impôt correspondant au moins aux intérêts de l'avance de trésorerie.

J'en profite pour souligner l'attitude infantile et méprisante des porte-parole de l'UMP qui se sont rués sur les micros pour critiquer le projet socialiste à l'unisson, obéissant à leurs "éléments de langage", sur le ton du mépris de la moquerie sans aborder le fond, sans répondre à l'analyse introductive très juste sur les causes profondes de nos crises et sur la critique faite au gouvernement ("ce n'est plus le care, mais l'antiquaire" pour Luc Chatel, "c'est une auberge espagnole" pour Luc Besson, "Martine Aubry vient d’inventer la décongélation électorale: son projet consiste à sortir du frigidaire dix ans après la plupart des propositions et des idées qui avaient échoué entre 1997 et 2001" pour M.P Daubresse, ou encore pour d'autres "c'est du Jospin réchauffé", "encore les vielles recettes de martine Aubry", ...). François Bayrou, de même que les autres porte-parole du Modem, répondent eux sur le fond et sur un autre ton.

 
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