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09/03/2011

Procès Chirac : François Bayrou lève un loup sur la question de constitutionnalité

Ce matin, François Bayrou était l'invité de Christophe Barbier sur LCI (voir video). Parmi les divers sujets évoqués (Lybie, Sondages, procès Chirac...), l'un a retenu particulièrement mon attention : celui de la Question Prioritaire de Constitutionnalité, évoquée pour justifier le report du procès Chirac. Il se trouve que personne ne paraît avoir pris la mesure de la gravité des conséquences qu'aurait une réponse positive du Conseil constitutionnel à la requête, bien au delà de celle d'une annulation de ce procès Chirac : celle d'une annulation ou d'un blanchiment de nombreuses affaires de délits financiers, publics ou privés, en cours.

François Bayrou dit la chose suivante : " La Question Prioritaire de constitutionnalité pose un problème de principe dangereux pour deux raisons :

1- Le procès n'aura pas lieu avant les élections présidentielles [...], ceci démontre un passe-droite inquiétant,

2- et, beaucoup plus grave : il s'agit d'une mécanique qui vise à effacer d'un seul coup d'éponge toutes les poursuites initiées contre des délits financiers de responsabilité publique ou d'entreprises privées ; elle met à bas le pilier sur lequel reposent toutes ces poursuites qui est qu'on ne peut pas accepter que soit prescriptes des affaires dès l'instant qu'elles ont été dissimulées pendant des années. En effet, la jurisprudence a dit [en dérogation à la loi s'appliquant aux affaires publiques en général] qu'il n'y a alors pas prescription, on peut poursuivre en se basant sur un délai courant à partir du moment où l'on découvre le délit."

La jurisprudence a toujours admis que pour les délits financiers qui ont fait l'objet d'une dissimulation et donc d'une découverte tardive, la loi de prescription des faits au delà d'un délai (de trois ans) devait être interprêtée en faisant courir ce délai de prescription à partir de la date de découverte du délit et non de la date du délit lui-même. Or, la requête vise à faire trancher le Conseil constitutionnel sur cette question de jurisprudence, c'est à dire en confirmer la nullité, au motif que la notion de "dissimulation" est vague, la Cour de cassation n'ayant jamais donné une défition structurée de la notion de dissimulation. Si une telle décision était confirmée, cela s'appliquerait en effet à toutes les affaires de délits financiers en cours dont les faits, antérieurs à leur découverte, tomberaient sous ce délai de prescrition à partir de la date du délit et non de sa découverte. C'est extrêmement grave, bien plus grave dans ses conséquences que la simple annulation du procès Chirac !

J'espère que les magistrats, la presse et d'autres personnalités politiques réagiront à cette alerte de François Bayrou.

Pour expliquer le contexte et accéder aux textes :

Me Jean-Yves Le Borgne, qui représente le promoteur immobilier Philippe Smadja dans ce procès de détournement du 1% logement des organismes HLM, est à l'origine des deux QPC soulevées à l'ouverture du procès devant la 15e chambre du tribunal correctionnel de Nanterre, qui portent sur des points très techniques relatifs à la prescription concernant la connexité et à la dissimulation des faits. Il entend réitérer l'exploit procédural qu'il a réussi dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris.

L'affaire concernant son client est en effet connexe à celle concernant Jacques Chirac et les emplois fictifs de la Ville de Paris.

L'alerte de François Bayrou porte sur la deuxième QPC,  concernant la dissimulation d'abus de biens sociaux.

Voir article publié le 7 mars 2011 par le site Lacroix.fr, avec références et textes joints :

http://www.la-croix.com/QPC-pour-connexite---Proces-Jacqu...

Notamment  la question concernant la dissimulation d'abus de biens sociaux : http://www.la-croix.com/illustrations/Multimedia/Actu/201...

 

 

04/03/2011

Pourquoi pas des lieux de culte multi-cultuels ?

Nicolas Sarkozy a annoncé un débat sur l'Islam, qui promet d'être aussi polémique que celui sur l'identité nationale. Associé à une actualité qui en parallèle attise les craintes de nouvelles immigrations venues du Maghreb, et qui montre notre président faire l'éloge des racines chrétiennes de la France, il faudrait être naïf pour ne pas y voir une intention électoraliste de flirt avec l'électorat attiré par les thèses du Front national.

Le débat d'hier lors de l'émission "A vous de juger" fut très éclairant. Les invités : Jean-François Copé, François Bayrou, Pierre Moscovici, Dominique de Villepin, Marine Le Pen et Rama Yade. Tous s'accordent en tout cas sur l'importance de la laïcité, inscrite dans la loi de 1905, qu'il faut préserver. La laïcité est un principe républicain qui permet aux citoyens la liberté de culte et de vivre leur foi dans le respect de celle du voisin, sans faire interférer la religion dans les affaires publiques. Il faut garantir la séparation de l'Etat et de la religion pour préserver la paix des cultes et du peuple. La question du voile islamique avait été abordée dans cet esprit, sous l'angle de la laïcité (pas de signe ostentatoires religieux dans les lieux publics). La question de la burqa l'a  été plutôt sous l'angle de la sécurité citoyenne (nécessité du visage à découvert, reconnaissable) et du respect de la femme, symbole instrumentalisé par les islamistes radicaux (la burqa n'étant pas inscrite dans le Coran d'ailleurs). Cette loi de 1905 inscrivait également une autre disposition, qui revenait à faire don à l'Etat du patrimoine immobilier des lieux de culte en échange de l'entretien à ses frais de ces bâtiments ensuite. Trois religions étaient à l'époque concernées : catholique, protestante et judaïque. Pas l'Islam, qui était à l'époque en position marginale.

Il y a maintenant un problème pratique lié à la pratique des cultes, qui met l'Islam en position d'inégalité en France : l'insuffisance notable des lieux de culte, les mosquées, comparé à la population musulmane qui a cru progressivement ces dernières années. De même que la question de l'entretien des mosquées. Les "prières de rues" de musulmans à Paris aux abords de mosquées notamment en période de Ramadan, ont choqué des citoyens et ont été dénoncées par le Front national. Au final, nous réalisons que la question qui reste à régler est technique et financière. Il s'agit de savoir comment, par souci d'équité, faire bénéficier les musulmans de la disposition d'entretien des mosquées par l'Etat, les communes, et comment financer la construction de nouvelles mosquées. Comme cela a été le cas des églises, temples et synagogues, construites sous l'impulsion des croyants et financées par eux initialement, il devrait en être de même pour construire de nouvelles mosquées, qui pourraient ensuite être données à l'Etat qui en poursuivrait l'entretien. On peut regretter que le débat n'ait pas été plus concret sur la solution pratique, la comparaison avec les autres pays européens, etc.

En Allemagne, il existe un impôt obligatoire qui permet de financer l'entretien des cultes. Le citoyen choisi son affectation en fonction de sa religion et doit l'acquitter même s'il est athé. Mais ce système passerait assez mal en France et pose de surcroît le problème de fichage de la religion dans un dossier public.

Enfin, une idée originale, que certains vont trouver saugrenue, aurait pu être émise : celle de lieux de culte multi-cultuels :

- le vendredi réservé aux musulmans, ainsi que certaines plages horaires notamment lors de périodes cruciales (Ramadan),

- le samedi réservés aux juifs,

- le dimanche réservé aux catholiques et aux protestants sur eds plages horaires prédéterminées.

Les objets rituels seraient conservés dans des pièces réservées pour être installés le moment voulu.

Les églises catholiques étant moins fréquentées de nos jours, elles pourraient aussi accueillir des musulmans à certains moments. Si elles ne sont pas orientées vers La Mecque, les fidèles peuvent néanmoins se tourner de son côté pour prier.

Serait-ce choquant ? Cela démontrerait justement une forme de tolérance et ce lieu de rencontre permettrait aussi des échanges entre les citoyens de religions différentes, les rassembleraient sur des valeurs communes, un message de fraternité, une spiritualité qui s'enrichit de leur différences !

 

 

 

 

 

 

 

 

21:56 Publié dans Analyse politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : islam, laïcité |  Facebook | | |

08/02/2011

François Bayrou est pour l’humanisme, pas pour le « centrisme »



Ces derniers temps, les medias nous ont servi une soupe, que dis-je, une « bouillie pour les chats », au sujet des pseudo-centristes du Nouveau Centre (Hervé Morin & Co), du Parti Radical Valoisien (Jean-Louis Borloo & Co), des anciens UDF ralliés à l’UMP en 2002, des UMP gaullistes-sociaux rangés aussi dans cette catégorie (Dominique de Villepin & Co), des centristes non encartés et plein de bonnes volonté comme Jean Arthuis qui a créé un mouvement (pas un parti), l’Alliance Centriste, en vue d’essayer de rassembler les morceaux du puzzle, et puis il y a ... François Bayrou, qui a créé en 2007 le Mouvement Démocrate, allias MoDem en court, pour marquer un tournant, un nouveau départ, un positionnement plus indépendant que ne l’avait été l’UDF en son temps.

 

Mais François Bayrou est-il centriste ?

 

Bien qu’il se situe au centre de l’échiquier politique, il n’aime pas ce terme qui rime avec triste. Moi non plus. Le suffixe marque en lui-même une connotation péjorative, comme on dirait gauchiste ou droitiste. De plus, ce mot porte une histoire, une mémoire, de ralliements de circonstance, de positions tièdes, entre-deux, de comportements pusillanimes. Dans ce contexte et sur cette définition, alors oui, nombre d’élus du Nouveau Centre sont bien des centristes, ainsi que Jean-Louis Borloo, mais François Bayou n’en est pas un, ni Dominique de Villepin.

 

François Bayrou est même le contraire, il est l’incarnation du courage, des prises de position fermes, le contraire de la tiédeur du ni-ni, une constance dans l’expression de ses valeurs, leur application à la politique, et de surcroît il a toujours une longueur d’avance dans sa vision du monde et de ses dérives, comme il a été le premier, avant le PS, à dénoncer les abus de pouvoir du régime sarkozyste.

 

Plutôt que « centriste », entre droite et gauche, il préfère se définir démocrate et humaniste. D’aucuns diront que tout le monde se dit humaniste, qu’il est facile de proclamer ces belles valeurs, mais que tout ça n’est pas un programme, pas une politique. Mais quand François Bayrou emploie ce mot, c’est dans la profondeur de son sens, enraciné dans l’humanisme de la Renaissance, nourri de l’humanisme chrétien de Marc Sangnier qui fait appel à la conscience et à la responsabilité, ou encore de Jacques Maritain et d’Emmanuel Mounier, également dans la même veine que l’humanisme résistant de Stéphane Hessel et l’humanisme révolutionnaire (au sens copernicien) de Jean-François Kahn, celui qui remet l’homme au centre : au centre des priorités politiques, au centre du débat, au centre des responsabilités, des droits et des devoirs de l’homme vis-à-vis de ses alter-ego. Cet humanisme centré sur l’homme s’oppose au capitalisme dont la valeur centrale est l’argent ainsi qu’au socialisme qui met l’Etat au centre. Ce n’est donc pas un vain mot et cela conduit même la façon de faire de la politique. Ainsi, plutôt que parler de centrisme entre droite et gauche, dans un repère euclidien dont le sens est dévoyé, vaut-il mieux parler d’idéologie, voire d’un modèle de société : l’humanisme, face au capitalisme et au socialisme.

 

Je dirais même plus, comme je l’avais déjà exprimé en 2008 dans cet article : que François Bayrou est altermondialiste, c'est-à-dire qu’en opposition au modèle capitaliste dans la mondialisation, basé sur la recherche du profit individuel et générateur d’inégalités croissantes. Il propose une autre vision du monde, un autre modèle de société.

 

Dans la charte des valeurs du Mouvement Démocrate comme dans le projet démocrate et les discours de François Bayrou lors de sa campagne présidentielle en 2007, les priorités ne sont pas accordées à la recherche du profit individuel, mais au respect de l’être humain, à la justice et à la réduction des inégalités, à l’éducation, à la préservation de la planète et des espèces dont l’homme fait partie et à la diversité culturelle. Le développement économique n’en est pas pour autant renié mais doit s’inscrire dans ce contexte de nouvelles priorités, ne pas se faire au détriment des autres (de l’Afrique, de l’environnement, notamment) ne plus voir l’unique taux de croissance global du PIB comme l’indicateur absolu du progrès et des jours meilleurs.

 

François Bayrou propose un autre modèle de société, qui ne nie pas la mondialisation mais qui la régule par de nouvelles règles du jeu mondiales (passant nécessairement par un renforcement de l’Europe) et puisse fonctionner sur un autre moteur que celui de la seule recherche du profit individuel, un autre carburant que l’argent et les valeurs matérialistes (passant par une prise de conscience et une responsabilisation individuelle de notre destin collectif). En ce sens, François Bayrou est altermondialiste.

 

Rappelons la définition de l’altermondialisme :

« L’altermondialisme est un mouvement social composé d’acteurs très divers qui, face à une logique de mondialisation libérale effrénée, revendique et met en avant des valeurs comme la démocratie, la justice économique, la sauvegarde de l’environnement, les droits humains en vue d’une mondialisation maîtrisée et solidaire.

Très hétérogène et composé d’une multitude d’associations, de mouvements d’horizons divers, d’organisations non gouvernementales, l’altermondialisme se manifeste par des positions qui vont du réformisme à la rupture. Pour créer des synergies entre les différents mouvements qui le composent, il tente de développer des réseaux internationaux (Forums sociaux). »

 

Malgré cette définition, le terme ALTERMONDIALISME évoque souvent un courant révolutionnaire utopiste et anarchiste ou d’extrême gauche inspirée du marxisme, les manifestations lors des sommets de l’OMC ou du G8, l’arrachage de plants transgéniques, etc. C’est parce qu’on retient plus, médiatiquement, les manifestations parfois violentes des tenants d’une stratégie de rupture que celles moins bruyantes des réformistes. L’altermondialisme n’a pas encore été construit politiquement pour proposer un projet de société réaliste en s’inscrivant dans un parti politique crédible. Il était jusqu’à récemment plus dans la dénonciation des dérives de la mondialisation, renforcée par la récente crise financière, que dans la proposition d’un projet de société global et cohérent. Cependant, les choses évoluent, des actions constructives ont été conduites et commencent à porter leurs fruits dans le commerce équitable, le microcrédit, l’économie sociale et solidaire et j’ajouterai responsable. On redécouvre les bienfaits des structures coopératives, AGAP, covoiturage, etc. Toutes ces initiatives sont dans le droit fil de la logique humaniste, plus que socialiste (au sens d’appropriation par l’Etat des moyens de production et centralisation étatique). De plus en plus de personnalités renommées des mondes scientifique, philosophique, politique, journaliste ont déjà tiré l’alarme en vue d’envisager "un autre monde" et sont aussi "altermondialistes" : Hubert Reeves, Joseph Stiglitz, Yves Paccalet, Hervé Kempf,...

 

Que proposent les partis en termes de projet de société alternatif ?

L’UMP et donc le gouvernement issu de l’UMP, nous ont directement proposé un programme, des réformes, sans nous décrire le projet de société, mais que l’on devine aisément comme défenseur d’une mondialisation motivée par la recherche du profit individuel, la loi du plus fort, génératrice d’inégalités croissantes.

Le PS a édicté des valeurs, accordant plus d’importance à la justice et à la solidarité, mais il lui reste à décrire le projet de société et à résoudre les profonds désaccords internes sur les choix politiques, entre libéralisme et socialisme, l’impossible synthèse, ainsi que les luttes de pouvoirs entre personnalités.

Europe Ecologie a su prendre la mesure d’une partie du problème, celui de la préservation de l’environnement, de la survie de la planète et des espèces, ainsi que donner une dimension plus sociale à sa vision, mais elle parle rarement de l’homme, de son accomplissement.

François Bayrou nous propose un autre chemin, altermondialiste humaniste démocrate et réaliste, en ayant décrit ses priorités en terme de valeur, son projet de société, sa politique. Etant désavantagé en terme de représentation parlementaire car les institutions et la loi électorale actuelles favorisent la bipolarité politique, les courants majoritaires, il lui faut surtout avoir l’écoute des Français pour exposer cette alternative, leur redonner confiance en la politique, une politique fondée sur un projet de société et non sur des luttes de personnes et des fausses promesses, avec à la clé un beau rendez-vous en 2012 !

26/12/2010

Après 2010 année de mensonges, 2011 sera-t-elle une année de vérité ?

Avant de démarrer une nouvelle année, il est sain de faire le bilan de l’année qui s’écoule et d’en tirer les conséquences, sur ce qu’il faut améliorer, sur l’orientation à donner des priorités.

Ce qui m’a frappée en 2010, c’est la profusion des mensonges, des fausses promesses du passé révélées non tenues, les faux a priori servant de surcroît à justifier une politique, enfin les mensonges par omission, les non-dits. Et la presse n’est pas étrangère à la diffusion des mensonges, notamment une presse mise au service du gouvernement et qui devient un outil de propagande, dérivant de sa mission d’origine. J’en cirerai quelques uns qui ont marqué l’année :

- Le bouclier fiscal, un véritable écran de fumée :

Initialement mis en place par le gouvernement Villepin à un taux de 60%, Nicolas Sarkozy a abaissé ce seuil à 50% en 2007. Objectif initial : lutter contre l'évasion fiscale et le départ de contribuables aisés à l'étranger. Or en mars 2009, la Cour des compte fait un rapport sur le bouclier fiscal, en notant les effets pervers et négatif sur les comptes publics. Ce rapport révèle que l'évasion fiscale a des conséquences marginales par rapport au coût du bouclier fiscal. Cet article montre aussi que la presse a traité très différemment l’événement pour faire ressortir une réalité différente selon les chiffres sélectionnés … Malgré la communication de Bercy cherchant à démontrer que le bouclier fiscal a bénéficié à des classes moyennes et a contribué à la baisse des exilés fiscaux, cet article de l’Expansion montre que ces vérités sont contestables : 10% des contribuables les plus riches bénéficient de 83% du bouclier fiscal. Comme le dit cet article de Les Echos, le gouvernement a dû admettre en avril 2010 que les départs ont été plus nombreux que le retour des exilés fiscaux. D’ailleurs, il est faux de prétendre que le critère de résidence des riches est déterminant pour la localisation des emplois, car les actionnaires peuvent investir dans des entreprises situées en dehors de leur pays de résidence !

- Le plan de relance : il a coûté plus que rapporté

Annoncé en décembre 2008 par Nicolas Sarkozy pour contrer la crise économique, le plan de relance, doté d’un budget de 26 milliards d’euros (34 milliards finalement sur 2009 et 2010), se voulait ambitieux et efficace. Or, un bilan en est dressé en septembre 2010 par la Cour des comptes (voir le résumé par mesure dans cet article de l’Expansion). La Cour des comptes estime que le plan de relance a coûté bien plus aux finances publiques qu'il n'a rapporté de croissance. Le verdict semble sans appel : l'impact sur la croissance du plan de relance serait d'environ 0,5 point de PIB sur 2009 et 2010, selon la Cour des comptes, très en deçà de son coût pour les finances publiques (1,4% du PIB).Il a cependant atténué les effets de la crise.

- Les paradis fiscaux : eh bien non, ce n’est pas fini !

Nicolas Sarkozy nous avait annoncé à la télévision le 23 septembre 2009 : «Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c’est terminé !». Or, comme le signale un article du Parisien du 7 décembre 2010, faisant référence à un rapport publié ce jour par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), les choses ont très peu évolué pourtant depuis l’éclatement de la crise financière, il y a trois ans. Soucieuses d’alléger leur comptabilité, de payer moins de frais de siège ou moins de droits de propriété, par exemple, les multinationales ont bien compris les avantages qu’offre l’implantation dans ces territoires à la fiscalité parfois opaque et continuent comme avant à en profiter. Depuis le 1er mars, les entreprises françaises implantées dans l’un des 18 paradis fiscaux référencés par le gouvernement sont passibles de sanctions financières. « Ces dispositions ne valent que pour les pays n’ayant pas de convention fiscale avec la France », remarque Jean Merckaert, auteur du rapport. En revanche, pas de sanctions, a priori, pour les entreprises implantées dans des pays ayant un accord de coopération avec Paris. « Et comme ces Etats sont incapables de fournir des informations fiables sur les sociétés établies sur leur territoire, ajoute Jean Merckaert, pour ces dernières, le risque est quasi nul. »

Il n’y a pas que les multinationales qui font de l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux ou Etats pratiquant de secret bancaire. Comme les affaires Bettencourt et Wildenstein l’ont révélé, c’est chose courante chez les grosses fortune et nous sommes frappés par l’inertie de l’administration fiscale à cet égard. Le fait que ces fortunes soient de grandes donatrices au bénéfice de l’UMP, du parti du gouvernement, n’est pas anodin … Nous sommes en plein conflit d’intérêt et le gouvernement continue de nier l’évidence de ces conflits d’intérêt !

Mais le plus fort, c’est que la France s’avère être elle-même un paradis fiscal pour les riches ! En effet, l’affaire Bettencourt a aussi dévoilé qu’il suffit de loger les revenus mobiliers (dividendes des titres de l’Oréal) sur une société Holding (Téthys), détentrice des actions, société détenue à majorité par le bénéficiaire final. Cette société n’est imposée elle-même qu’à 1,6% sur ces revenus et le bénéficiaire final (Liliane Bettencourt) n’est imposé sur ses revenus que des sommes qui lui sont reversées par la société écran pour ses dépenses personnelles. Elle est donc imposée sur ses dépenses et non sur ses véritables revenus. Elle bénéficie du bouclier fiscal, censé garantir une limitation de l’impôt à 50% des revenus, mais si l’on rapporte l’impôt finalement payé sur les vrais revenus reçus au travers de ces sociétés écrans, le taux n’est plus que de 9%, le même que sur un petit salaire, comme le décrypte le Canard Enchaîné (voir cet article de l’Expansion) …

- Wikileaks : ce que « Sarkozy l’américain » ne nous avait pas dit

La révélation des câbles des services secrets américains a eu l’effet d’une bombe à vérité, déclenchant des réactions extrêmes avec d’un côté ceux qui dénoncent par cette révélation une « dictature de la transparence », de l’autre ceux qui s’ébahissent de vérités dévoilées qui en fait pour la plupart étaient connues de tous … Ce qui est assez choquant et aurait dû faire plus réagir la presse et le monde politique (le journal Marianne l’a fait), c’est la révélation des visites répétées que faisaient Nicolas Sarkozy en 2005 et 2006, alors ministre de l’Intérieur, à l’Ambassade des Etats-Unis, pour critiquer devant des officiels étrangers la position diplomatique de la France, de son propre gouvernement, pour dénoncer le veto français à l’ONU et l’arrogance du président Chirac et du premier ministre Villepin contre la guerre en Irak, assurer par avance ses amis américains de son allégeance aux Etats-Unis s’il devient président de la République. Ses révélations m’ont profondément choquée car j’y ai perçu une forme de traîtrise, touchant la raison d’Etat. En effet, Nicolas Sarkozy a tenu sa promesse d’allégeance aux américains en effectuant ce virage atlantiste, en décidant de la réintégration de la France dans le commandement armé de l’Otan, alors que cette décision n’avait aucunement été annoncée dans son programme présidentiel. Comme une promesse non tenue, une telle position prise sans avoir été annoncée, ce non-dit, est une forme de mensonge à l’égard des Français.

- Le Mediator : combien de morts évitées si on avait dit la vérité plus tôt ?

Comme dans le cas du nuage de Tchernobyl, qui se serait par miracle arrêté à nos frontières, comme le scandale du sang contaminé, qui aurait pu aussi limiter les morts par une application plus précoce du principe de précaution, l’affaire du médicament Mediator révèle que les services publics ont continué à autoriser sa vente alors que d’autres pays d’Europe l’avait interdit plusieurs années avant et de surcroît également à autoriser son remboursement par la sécurité sociale alors que son efficacité contre le diabète n’était pas démontrée … Selon l’UNOCAM, les remboursements du médicament ont coûté 423 millions d’euros en 10 ans à l’Assurance Maladie et aux complémentaires santé, médicament qui pourrait avoir été responsable de la mort d’au moins 2000 personnes.

- L’Allemagne, modèle à copier pour sa compétitivité, son moindre coût du travail et pour sa fiscalité : encore des fausses idées !

Nicolas Sarkozy nous a d’abord vanté le modèle américain, ce pays de cocagne qui donne sa chance à chacun, où le mythe du self-made-man fait rêver, de la ruée vers l’or à Bill Gates, le pays de l’argent facile et de la société de consommation, de l’endettement décomplexé. Il se trouve que les études récentes (OCDE notamment) montrent que c’est un des pays où la pauvreté a le plus augmenté et où les inégalités se sont le plus creusées. Comme je l’écrivais récemment dans cet article « Après le rêve américain, le mythe allemand », Nicolas Sarkozy et François Fillon veulent à présent nous montrer le modèle allemand comme l’exemple à suivre pour retrouver la voie du succès, tant sur le plan économique que fiscal. Rappelant que le succès des entreprises allemandes, notamment à l’exportation, a été possible au prix de dix ans de stagnation des salaires, de charges sociales moindres qu’en France, expliquant leur meilleure compétitivité. Or comme le montre cet extrait de rapport sur les comptes de la Sécurité Sociale en 2010, les chiffres démontrent que le coût du travail est plus important en Allemagne qu’en France, en brut comprenant les charges sociales (+38%) comme en net (+6%), alors que leur productivité est moindre qu’en France. La raison du succès des entreprises allemandes est autre. De plus, le taux de chômage allemand reste élevé malgré sa balance commerciale positive (7,1% en mai 2010 contre 10% pour la France, 9,3% au 3ème trimestre).
Du côté fiscal, même discours en trompe-l’œil. Il y un mois, Nicolas Sarkozy expliquait aux Français qu’il fallait viser la convergence fiscale avec l’Allemagne. Dans cet objectif : rester compétitif et éviter les délocalisations. Après avoir justifié le bouclier fiscal à 50% en prétendant que l’Allemagne l’avait mis en place depuis 15 ans (ce qui était faux), pour retenir les riches créateurs d’emplois sur le territoire, Nicolas Sarkozy nous dit maintenant qu’après réflexion (mais surtout sous la pression non seulement de l’opposition et de l’opinion mais même de son propre camp politique), il justifie sa suppression en disant que ce bouclier fiscal n’existe pas en Allemagne depuis 15 ans. Loin de se déjuger, il prouve par là son précédent mensonge !).
En fait, à bien regarder les chiffres, les prélèvements obligatoires (taxes + charges sociales contraintes) sont plus élevés en France en % du PIB mais la part des prélèvements sociaux et de l'impôt sur le revenu dans le coût du travail est supérieure en Allemagne (52% contre 49,3%).

- Les banques françaises, injustement montrées profiteuses de la crise et rétives à financer l’économie

On entend couramment dire, et c’est repris par la presse, que l’Etat a donné de l’argent aux banques, que les banques ont réduit leur financement à l’économie, qu’elles font du profit injustifié sur le dos des clients en engrangeant des marges d’intérêt importantes, qu’elles maintiennent des taux d’intérêt élevés à l’égard de leurs clients alors que la liquidité est fournie à 1% par la BCE ou sur le marché interbancaire. Là aussi, il y a mensonges sur les chiffres et amalgames trompeurs, comme je l’ai souligné dans cet article récemment. La FBF (Fédération Française des Banques) vient de publier une brochure « Parlons clair » pour démontrer par les chiffres que d’une part le soutien de l’Etat aux banques françaises n’a rien coûté au contribuable et a même rapporté 2 milliards d’euros au budget de l’Etat (sans compter la nouvelle taxe bancaire qui a rapporté 1,3 milliards en 2009 et une nouvelle taxe qui rapportera 500 millions en 2011), d’autre part que les encours de prêts à l’économie ont augmenté de °3,6% (alors que le PIB augmentait de 1,4%) et que les taux d’intérêt français sont parmi les plus bas d’Europe (3,22% en moyenne).

Bien sûr je ne nie pas la part de responsabilité des banques dans l’origine et la propagation de la crise financière (notamment plutôt des banques américaines), je ne nie pas les méfaits de la spéculation financière, ni le caractère indécent et injuste des bonus mirobolants versés aux traders et aux dirigeants, bonus calculés sur un profit sans tenir compte du coût du risque, ce qui est anormal. Mais dénonçons en connaissance de cause, sur des faits réels et non sur base de fausses idées.

 

Pour conclure, ce que je souhaite avant tout pour 2011, de la part du gouvernement, des personnalités politiques, de la presse et des médias, c’est LA VERITE.

Comme le disait la philosophe Hannah Arendt, « l’exigence de vérité est en elle-même une œuvre d’action politique ». Souhaitons que la presse œuvre pour l’exigence de vérité, par sa curiosité et son investigation, qu'elle ait une action pédagogique dans l’analyse comparée des faits, des opinions, des expériences des autres pays.

Aujourd’hui, la presse relaie des informations déjà pré mâchées, des dépêches et des annonces, rapidement, l’une succédant à l’autre et faisant oublier la précédente, une information plus ou moins copiée sur l’autre. Peu de temps pour l’analyse, peu de temps pour la réflexion, pour la recherche des causes et l’évaluation des conséquences, peu de motivation pour la critique et la comparaison des vérités. Or la première tâche des journalistes est de fournir de l’information sur des faits justes et pas seulement l’information délivrée par les canaux officiels.

 

Les journalistes ont une responsabilité immense dans l’équilibre de la démocratie, l’information et la formation du peuple, dans la formation de sa conscience et de sa responsabilité, du discernement et de son sens critique, comme dans la gestion de sa déprime et dans la confiance de la société en elle-même et dans la politique. La manière dont ils couvrent les faits, en rendent compte ou au contraire les occultent, oriente le sentiment général de défiance ou de confiance, de confusion ou de clarté, de mensonge ou de vérité, de malaise ou d’harmonie.

 

J’ai aussi un message à destination des personnalités politiques : il faut redonner l’espoir sans pour autant bercer le peuple d’illusions. Il faut être optimiste sans cacher la vérité. Ne pas attendre passivement que la croissance revienne, en laissant croire que le plan de relance tout seul va être capable de créer des emplois sur fond de désindustrialisation et de délocalisation non seulement industrielle mais aussi des services, en entretenant l’illusion qu’un simple renfort de régulation va sécuriser les marchés dans la mondialisation. Il faut aller plus loin, à la source des maux. Ne pas laisser croire non plus que l’Etat peut tout prendre en charge, qu’on aura les moyens de financer toutes les mesures que le PS préconise dans ce document de 40 pages pour « l’égalité réelle », qu’il vient de produire et de valider sans le chiffrer, malgré les réticences exprimées par certains de ses représentants comme François Hollande et Manuel Valls, doutant de son réalisme.

 

Je vous souhaite donc à tous ESPOIR ET VERITE pour 2011 !

 

 

 

 

24/12/2010

Jolie carte de Noël interactive


Voici une jolie carte de Noël interactive en son et lumières à partager avec vos amis en cliquant sur ce lien : CARTE DE NOEL

Les textes sont en anglais et si vous avez des difficultés avec cette langue,il suffit,
- dans un 1er temps, de cliquer sur le lien ci-dessous, puis sur "carte de Noël"
- puis sur le timbre de l'enveloppe
- ensuite sur l...a plus grosse des boules de neige
- et d'assembler les boules pour en faire un bonhomme
- enfin, de cliquer sur le bonhomme de neige pour que les animaux le décorent. Et surtout, surtout, ouvrez bien vos yeux d'enfant !

13:29 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : noël, carte interactive |  Facebook | | |

23/12/2010

La vérité sur les banques et la crise

Il est vrai que les banques ont leur part de responsabilité de la crise financière :

- en particulier certaines banques américaines qui ont favorisé l’octroi de prêts immobiliers « subprime » à des populations insolvables mais en gageant ces prêts sur les biens achetés dont la valeur de cessait de monter du fait de la spéculation, puis ont titrisé ces prêts pour les revendre avec profit à d’autres banques et à des investisseurs, des fonds de pension ou des fonds spéculatifs,

- en second lieu les autres banques par manque de prudence, qui ont acheté ces produits titrisés, basant leur confiance sur les agences de notation, ignorant ou négligeant les alertes que certains économistes donnaient sur le risque de bulle immobilière,

- les banques irlandaises ont en plus subi leur propre bulle immobilière en Irlande : l’avantage fiscal accordé aux entreprises (taux d’impôt sur les sociétés à 12,5%, le plus bas d’Europe) ayant provoqué un afflux d’entreprises, favorable à l’emploi mais aussi en demande immobilière, qui a fait monter les prix artificiellement, donc aussi les prêts immobiliers, entretenant un bulle qui a éclaté dès que la crise est arrivée, déclenchant des faillites qui elles-mêmes ont mis en faillite des banques,

- la crise de la dette grecque a aussi été à l’origine d’une manipulation de chiffres de l’Etat sur les conseils d’une banque, Goldman Sachs, et c’est la découverte de la sous-évaluation de la dette publique qui a déclenché brutalement le réajustement, la spéculation, la montée des taux d’intérêt etc.

Mais les banques ne sont pas seules responsables : l’Etat américain, qui a favorisé les prêts subprime et la dette privée par la politique laxiste de taux d’intérêt très bas de la FED, les agences de notation qui ont attribué des notes sans tenir compte de certains risques et même en conflit d’intérêt car payées par les émetteurs des titres pour leur notation et aussi du conseil aux émetteurs, enfin la banque centrale et les régulateurs américains qui n’ont pas correctement encadré et réglementé les banques d’investissement et les agences de notation, ont laissé proliférer un marché de gré à gré sur les CDS sans prendre la mesure du risque systémique favorisé par ces produits par le fait de la contamination rapide des risques entre banques.

Si la crise vient des Etats-Unis et d’un manque de régulation dans ce pays, il faut cependant reconnaître qu’elle n’est pas seulement conjoncturelle, elle a aussi une origine structurelle. La crise des subprimes n’a été qu’un catalyseur, une étincelle sur le baril de poudre. Elle aurait pu arriver en Europe, comme il y a eu d’autres crises, par exemple en 2001 (bulle internet), ou encore suite au scandale Enron aux Etats-Unis.

Les banques sont en tout cas dans la ligne de mire de certains économistes et de certaines personnalités politiques les estiment responsables des crises, incapables d’assumer leur rôle d’intérêt public de financement à l’économie, voire les qualifient de vampires et de prédatrices saignant les entreprises et les particuliers pour s’enrichir au profit des actionnaires, des dirigeant et des traders. Certains souhaitent leur nationalisation (Joseph Stiglitz, Paul Jorion), voire même leur faillite afin que les Etats puissent les racheter à l’euro symbolique (Frédéric Lordon). D’autres ne vont pas jusque là et prônent une séparation capitalistique entre les activités de banque de crédit et de dépôt d’une côté et activités de banque de marchés et d’investissement de l’autre côté, ou une suppression des activités spéculatives des banques, de trading et d’investissement en compte propre, assorties d’un renforcement des fonds propres, d’un encadrement des agences de notation et des fonds d’investissement, ainsi que d’une généralisation des marchés organisés avec chambres de compensation pour remplacer les négociations de gré à gré des instruments financier dérivés, pour supprimer le risque de contrepartie et garantir la transparence, évitant le risque systémique. La réforme des marchés financiers aux Etats-Unis, engagée par Barack Obama, va d’ailleurs dans ce sens. L’Europe aussi, mais avec retard.

Certains chiffres abondent dans l’indécence et donnent raison à ceux qui dénoncent le vampirisme des banques et de la finance, nourrissant ainsi une haine grandissante du peuple à l’égard des banques ainsi qu’un discours politique anti-banque, anti-système, voire une théorie du complot des puissances financières dominant le monde et s’arrogeant des avantages sur le dos du bon peuple :

- malgré la crise, après avoir subi des pertes considérables, les banques ont renoué avec le profit (9 milliards d’euro en 2009, 2 milliards d’euros distribués en bonus),

- l’Etat français a apporté son aide et sa garantie aux banques, en renfort de fonds propres (prêts subordonnés ou participation au capital directe pour Dexia, BPCE et BNP) sans pour autant leur imposer en contrepartie son pouvoir de décision au conseil d’administration, qui aurait pu imposer une forte limitation des bonus, une obligation de plus prêter à l’économie et à des taux moins élevés,

- la BCE prête aux banques à un taux très bas, entre 1 et 2%, pour favoriser la liquidité, permettre aux banques de prêter à l’économie également à taux bas, alors que les banques préfèrent utiliser la liquidité pour acheter des titres de dettes publiques à taux élevé (dette grecque et irlandaise) tout en espérant la garantir de l’Europe sur ces titres (en fait ce sont surtout les fonds d’investissement qui achètent ces titres).

On entend couramment dire, et c’est repris par la presse, que l’Etat a donné de l’argent aux banques (on parle de chiffres considérables, mélangeant apport en capital, prêts, montants garantis,…), que les banques ont réduit leur financement à l’économie, qu’elles font du profit injustifié sur le dos des clients en engrangeant des marges d’intérêt importante, maintenant des taux d’intérêt élevés à l’égard de leurs clients alors que la liquidité est fournie à 1% par la BCE ou sur le marché interbancaire.

Aussi est-il important de rétablir une vérité des chiffres, ainsi que d’expliquer la formation du profit et des risques bancaires, pour juger en toute conscience et toute lucidité, sans se laisser embarquer par de fausses idées et par un langage populiste vengeur qui cherche le bouc émissaire pour un profit surtout électoraliste.

La FBF (Fédération des Banques Françaises) vient juste de publier une plaquette « Parlons clair » pour donner des chiffres concernant notamment les aides de l’Etat français aux banques et sur les financements des banques françaises à l’économie, en volume et en niveau des taux, ainsi qu’une comparaison avec les autres pays. Bien sûr, cette vision des chiffres, montrant les banques françaises comme vertueuses, fait un peu « propagande ». Elle occulte sans doute d’autres chiffres sur les risques pris par l’Etat en garantie de prêts aux banques (même si ces garanties sont rémunérées), sur les profits des banques et sur les bonus de certains (dirigeants, traders, spécialistes en courtage et banque d’investissement).

Cependant ces chiffres de la FBF sont exacts et disent en substance que les banques françaises :

- sont solides, parmi les plus solides d’Europe,

- n’ont pas coûté d’argent au contribuable (elles ont même rapporté 2 milliards d’euros à l’Etat). De plus, une nouvelle taxe bancaire sur les salaires a rapporté en 2009 1,3 milliard d’euros au budget public. En 2011, des taxes nouvelles s’ajouteront, comme la taxe bancaire sur le risque systémique, estmée à 500 millions en 2011 et 800 millions en 2013.

- financent l’économie : les crédits sont en progression en volume (+3,6% en 2010, alors que le PIB a augmenté de 1,4%, se répartissant en

o +5,6% pour les prêts aux ménages (1026 milliards d’euros) dont +6,8% pour les crédits immobiliers et +2,5% pour les crédits à la consommation,

o +1 ;1% pour les crédits aux entreprises (776 milliards d’euros) dont +4,9% pour les TPE/PME (188 milliards d’euros), sachant que 75% des PME françaises estiment avoir reçu l’intégralité des crédits demandés (contre 63% pour la moyenne européenne)

- pratiquent les taux d’intérêt les plus bas d’Europe :

o 3,22% en moyenne sur octobre 2010-12-23

o 3,01% en moyenne pour le crédit aux entreprises (3,38% sur les crédits nouveaux en moyenne européenne).

- sont un des premiers employeurs privés : 380 000 emplois en France, 30 000 recrutements/an ;

- améliorent en permanence les relations avec leurs clients, notamment en termes de :

o information claire sur les prix,

o prix des services bancaires modérés (dans la moyenne européenne), en baisse de -5,31% comparé à 2009,

o mobilité simplifiée pour permettre le changement de banque avec prise en charge des formalités de transfert,

o accessibilité des services bancaires aux plus fragiles, avec un compte et service de base gratuit, carte bancaire à autorisation systématique, développement du microcrédit.

 

Maintenant revenons à la question de la formation du profit des banques et expliquons pourquoi une banque fait du profit en temps de crise, de risques accrus, et en quoi ce profit n’est pas forcément distribuable, car doit être mis en réserve face aux risques.

Le profit, le bénéfice net après impôt, qui reste pour rémunérer l’actionnaire (dividendes) ou réinvesti dans la banque (mis en réserve, abondant le capital, les fonds propres), n’est pas un indicateur de rentabilité. C’est le rapport de ce profit sur les capitaux investi, le ROE (Return on Equity ou encore retour sur investissement) qui est l’indicateur de performance. S’il a fallu mettre beaucoup de capital pour renflouer les pertes passées ou anticiper les risques à venir, ce ROE peut être bas et démonter une faible rentabilité. Les règles prudentielles dites de Bâle imposent aux banques un niveau de capital minimum face aux risques mesurés statistiquement :

- risque de contrepartie ou de crédit, lié au risque de défaut des clients, aux faillites de ces derniers, à leur incapacité à honorer leurs dettes, mesuré en fonction de statistiques et du risque de signature du client ou de sa catégorie ; une banque fait payer dans le taux d’intérêt client un coût du risque statistique, comme le fait une société d’assurance au travers des primes d’assurances pour couvrir statistiquement le risque des dommages ;

- risque de marché sur les activités de trading ou de compte propre, mesuré selon des modèles, tenant compte de statistiques, de probabilités d’envol de cours ou de taux ;

- risque opérationnel lié aux erreurs de traitement informatique ou administratif, aux coûts judiciaires, etc.

 

Lorsqu’un opérateur bancaire fait un prix de crédit à un client, il obéit à une règle de manière à calculer une marge d’intérêt qui, ajoutée au taux de refinancement de base à court terme de la banque (auprès de la Banque Centrale), doit intégrer :

1- un coût du risque de contrepartie mesuré statistiquement pour ce client (perte attendue fonction du niveau d’exposition, de la probabilité de défaut, de la perte évaluée en cas de défaut) ;

2- un coût d’exploitation, de fonctionnement de la banque (en salaires, charges fixes ou variables,…) selon un barème dépendant du type d’opération, donné par le contrôle de gestion de la banque ;

3- un coût de liquidité, représentant ce que la banque doit payer sur le marché interbancaire ou financier pour se refinancer elle-même sur l’échéance de ce crédit ; il s’agit du coût des ressources global en plus du taux de base au fixing interbancaire, comprenant le coût du risque de contrepartie que la banque fait courir au marché en se refinançant sur cette échéance, indépendamment du niveau des taux du marché ; il comprend aussi les ressources à vue, ainsi une banque qui bénéficie de beaucoup de dépôts à vue non rémunérés a une ressource qui lui coûte le coût de gestion de ces dépôts.

Ce que la banque vise, c’est un ROE cible qui va satisfaire l’actionnaire (par exemple une rentabilité à 13%). Elle traduit ce ROE par client, par opération, en RAROC.

Ainsi, en période de risques élevés, quand le marché est pessimiste sur la capacité des emprunteurs à rembourser, les marges sont élevées et ceci pour toutes les banques qui utilisent les mêmes modèles. De même que la banque va budgéter un coût du risque en fonction de ces anticipations. Si les statistiques ont vu juste, que les modèles prévisionnels se sont avérés exacts, le profit de l’année suivante sera amputé du coût du risque.

Mais il y a là un biais : puisque ce n’est pas le risque initialement anticipé qui est pris en compte en comptabilité, mais un risque constaté, correspondant aux défauts de paiement constatés ou provisionnés sur une base tangible, il est possible que ce coût du risque constaté comptablement diffère du risque initialement anticipé et facturé au client. Si la banque a été trop pessimiste et a ainsi surfacturé ses clients, elle va constater un coût du risque moindre qu’attendu, tout en engrangeant quand même la marge, sans rendre l’argent au client, donc elle est gagnante et cela va augmenter son ROE. Si en revanche la banque avait été trop optimiste et que le coût du risque est plus important, la perte est pour elle. C’est ce qui s’est passé lors du déclenchement de la crise qu’elle n’avait pas vu arriver, que ce soit en termes de coût du risque de marché ou de coût du risque de contrepartie.

Pour faire face à cette procyclité, la banque devrait systématiquement mettre en réserve le gain réalisé entre le coût du risque réel et le coût du risque statistique dans les périodes fastes pour pouvoir l’utiliser pour les mauvaises périodes où l’inverse se produit, disposant ainsi d’un matelas, d’un fonds de réserve comme celui des sociétés d’assurance. Il faudrait aussi que comptablement elle puisse provisionner un risque statistique en plus du risque constaté, pour être plus en phase comptablement avec les règles prudentielles de Bâle (ce dernier point est prévu dans la réforme en cours de la comptabilité bancaire, prévue pour 2013).

En fait on peut même en conclure que les banques ont intérêt à ce que le marché soit toujours pessimiste, de manière à surmarger par rapport au risque réellement ensuite constaté !

C’est là qu’on comprend mieux le problème des bonus versés aux dirigeants et aux traders : ces bonus sont calculés sur le profit réalisé, sans tenir compte du coût du risque statistique. Donc même si les risques augmentent en même temps que le profit, les bonus croissent proportionnellement au profit. Si ensuite la banque est en perte pour risques mal anticipés, ce qui s’est passé avec la crise, les bonus dus contractuellement doivent être payés et les bonus payés dans le passé sont acquis, on ne peut pas les reprendre a posteriori. Ceci est une anomalie.

Maintenant venons-en à la question du rendement pour l’actionnaire de la banque. L’idée de l’actionnaire prédateur qui fait du profit sur le dos des clients de la banque peut être contredite par les chiffres. Ayant moi-même placé mes économies gagnées par mon salaire en épargne salariale du groupe bancaire mutualiste dans lequel je travaille, placé en actions dans la structure cotée en bourse de ce groupe, j’ai perdu pratiquement en valorisation de part la moitié de mes économies placées depuis 2003. Le cours de bourse est deux fois moins élevé qu’à son introduction en bourse. C’est le cas de tous les actionnaires qui ont fait le même placement …

22/12/2010

Rapport Odissée sur l’état social de la France : le lien social est un facteur de performance.

L’association Odissée vient de publier le rapport sur «l’état social de la France», (voir  cet article de LaCroix ).

Il est maintenant possible de commander le rapport intégral sur le site de La Documentation Française (27 euros).

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Ce rapport montre qu’il n’y a pas de véritable performance économique sans cohésion sociale.


 

En résumé :

- En matière de performance globale – économique et sociale-, la France ne se classe qu’au 8e rang des 27 pays européens ;

- On peut avoir un fort niveau de protection sociale et un faible niveau de lien social, ce qui est le cas de la France (ce qui ne m’étonne pas car il peut y avoir déresponsabilisation par délégation du social à l'Etat, renforçant le comportement individualiste) ; » L’État impulse tout et il y a une démission du citoyen ».

- la situation est très contrastée selon les territoires, les régions de France. Par ex l'Ile de France est au 1er rand en terme de performance et 20ème en termes de lien social. Explications intéressantes et comparaison avec les régions qui réussissent le mieux (Pays de Loire, Bretagne, Midi-Pyrénées, Alsace, Rhône-Alpes).

Enfin, cette étude est une véritable leçon de politique : alors que la droite priorise la performance économique et la gauche la solidarité, le lien social, le vivre-ensemble, selon un clivage libéralisme/socialisme, cette étude révèle que les deux sont très liés. La conscience et la responsabilité citoyenne et la valorisation de l’être et de la relation humaine, plutôt que celle de l’avoir et du paraître, sont essentielles pour arriver à des efforts communs et à un consensus priorisant l’intérêt général, redonner l’impulsion à la création, à l’inspiration, que ce soit dans le domaine de la recherche, de l’entreprise, des arts et de la culture. Pour y arriver, il faut repenser « le sens de notre société », de notre vivre-ensemble », en partant des valeurs. Le délégué général de l’association, Jean-François Chantaraud nous propose d’inventer la « sémiocratie », allant au-delà de la démocratie. « Il faut organiser une circulation et une mutualisation de l’information afin que chaque idée, chaque expérience, chaque savoir-faire et chaque énergie trouve la place qu’il mérite au profit de tous ». « Apprendre à bâtir des raisonnement collectifs dans lesquels chacun de reconnaît ».

Cette nouvelle forme de penser la société, de réfléchir ensemble pour construire un projet de société au service de l’homme, du développement humain, cela s’appelle l’humanisme. Cette troisième voie, différente du libéralisme incarné par la droite, fondé sur l’argent, le profit, et aussi différente du socialisme, incarné par la gauche, dont l’Etat a un rôle central tout en ciblant l’égalité. C’est cet humanisme qui caractérise le projet de société du centre, sortant de l’habituel clivage droite/gauche. Un centre qu’il ne faut pas voir superficiellement comme un ectoplasme volatil supplétif de la droite ou de la gauche, mais plus profondément sur les valeurs qu’il incarne et le nouveau projet qu’il propose. A condition d’être indépendant, de bien marquer sa différence et d’exprimer son projet, à condition d’être écouté plutôt que l’objet de dénigrement et de moqueries des médias, oui ce centre là peut devenir un socle offrant une alternative crédible et redonnant l’espoir.

Quelques extraits ci-dessous, repris des articles du journal LaCroix, en référence :

http://www.intelligencesociale.org/ressources/documents/2...
http://www.intelligencesociale.org/ressources/documents/2...
http://odissee.info/ressources/documents/20101220_LaCroix...

 

Ce rapport montre à quel point la cohésion sociale est le meilleur instrument de la performance économique. Le savoir-faire se nourrit du savoir-être ensemble. La bonne gouvernance (c’est le mot à la mode) a besoin de confiance, de participation, de subsidiarité… Une organisation du pouvoir trop centralisée est un frein aux initiatives. La négociation est indispensable.

Dans la comparaison européenne, la France, 8e, « Une position moyenne » occupée également par le Royaume- Uni et l’Allemagne, bien derrière les pays scandinaves, a encore des progrès à faire dans beaucoup de domaines. Au 12e rang seulement pour la performance économique, elle ne brille pas non plus par ses résultats en matière de lien social puisqu’elle n’occupe que la 8e place derrière, sans surprise, les pays scandinaves mais, plus étonnant, après également le Royaume-Uni ou l’Irlande.

Le résultat est sans appel : les pays les plus performants sont aussi ceux qui ont les meilleurs résultats sur le plan de la cohésion sociale. Et de ce point de vue, ce sont les pays du nord de l’Europe (Suède, Finlande, Danemark) qui arrivent en tête du palmarès, avec les Pays-Bas et l’Autriche. Des pays qui ont pour trait commun d’avoir un système de gouvernance reposant sur une démocratie sociale et locale très développée.

Dans les pays nordiques, elle se traduit par « un contrat social fondé sur un impôt élevé et des mécanismes de redistribution sociale nombreux », et aux Pays-Bas, par une tradition « toujours actuelle de participation élevée des partenaires sociaux dans la vie économique et sociale », remarque le rapport. « Il est intéressant de noter que les cinq pays qui arrivent en tête sont aussi ceux qui arrivent en première position pour le taux d’emploi des femmes ou les dépenses d’assistance aux personnes âgées. Ce sont des démocraties où l’on parvient à construire un consensus sur des enjeux sociétaux », commente l’un des auteurs. À l’inverse, la Grèce, où le lien au collectif est très distendu, se retrouve dans le bas du classement.

Quant à la France, elle bénéficie d’amortisseurs dans les périodes de crise et rebondit moins vite ensuite sur le plan économique. Le délégué général de l’association, Jean-François Chantaraud, explique que les conditions du débat y sont insuffisamment réunies, l’État impulse tout et il y a une démission du citoyen. La preuve, nous avons fait la réforme des retraites en six mois alors qu’en Finlande, ils ont mis quinze ans pour y parvenir. »

La situation est cependant contrastée selon les territoires. Le palmarès des 22 régions françaises place en tête les Pays de la Loire, la Bretagne et Midi-Pyrénées. Avec une exception, l’Île-de-France. Au 1er rang en termes de performance, elle ne se classe qu’au 20e rang en termes de lien social, infirmant ainsi la règle qui veut que les deux aillent de pair. Une position « atypique » qui s’explique pour des raisons historiques de centralisme et de concentration de tous les pouvoirs. Super-performante, la région parisienne est aussi celle où le lien social est le plus altéré, compte tenu de l’anonymat généré par la forte concentration urbaine, des durées de transports ou de la délinquance. Si l’on exclut ce cas particulier, les régions qui réussissent le mieux sont aussi celles où l’on vit le mieux. Elles se situent sur un axe centre-ouest – avec les Pays de la Loire, la Bretagne, Midi-Pyrénées, Limousin – et à l’extrême est du pays (Alsace, Rhône-Alpes). Des territoires qui ont en commun d’entretenir une relative indépendance à l’égard du pouvoir central. La recette résiderait là encore dans le mode de gouvernance. « Ce sont ceux où l’information circule facilement, où le débat public est le plus dynamique et où chacun s’implique plus qu’ailleurs dans la construction du collectif », analyse le rapport.

À cet égard, les Pays de la Loire sont l’exemple le plus probant. Dans cette région de tradition catholique, la culture de l’entraide et de la solidarité est très forte – c’est là que sont nées les mutuelles – et le territoire s’est développé de manière équilibrée autour de pôles urbains complémentaires dont aucun ne domine l’autre. Résultat : c’est une des régions où l’on trouve le plus de bacheliers, où il y a le plus faible taux de chômage, le moins de conflits du travail et d’arrêt-maladie, et où l’on vote le plus…

 

 

 
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