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22/12/2010

Tour de magie

Je viens de recevoir ce tour de magie, dont je vous fais profiter. Incroyable !

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13:33 Publié dans Jeux | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | |

18/12/2010

Après le « rêve américain », le « mythe allemand »

Il y avait « le rêve américain » (American dream), un mythe fait de l’idéalisation du « self-made man », de la réussite à la portée de tous, d’un succès dont les symboles sont essentiellement ceux de l’avoir et du paraître, la richesse matérielle, la fortune et aussi la notoriété, le vedettariat (Star system, pipolisation). Un modèle qui justifie les inégalités car elles sont supposées répondre logiquement à une sélection darwinienne de la loi du plus fort, les pauvres ne récoltant que ce qu’ils méritent. Un modèle où on fait la charité aux pauvres, par le bon vouloir des riches qui s’achètent une image de bienfaiteur de l’humanité, plutôt que par redistribution républicaine par l’impôt. Un mythe, car les espoirs et les croyances en ce modèle sont nourris d’illusions, comme je l’ai démontré dans une précédente analyse en février 2009, reprenant l’étude OCDE de fin 2008 et l’analyse de Jacques Mistral publié dans son livre « La troisième révolution américaine » en Août 2008 (avant la faillite de Lehmann Brother qui a enchaîné la grave crise financière) : Le Modèle Américain.

Je disais en conclusion :

« Le modèle américain, dans sa configuration actuelle en tout cas, basé sur la recherche du profit et sur l’illusion de la croissance pour tous et sur le mensonge de l’égalité des chances, est bel et bien générateur d’inégalités et a même accru la pauvreté, bien plus que dans les pays européens à niveau de vie similaire, pourtant dans le même contexte de mondialisation. Les politiques publiques à l’égard de l’enseignement et de la fiscalité, ainsi que la privatisation croissante du système de santé et de retraite, sont la cause de l’accroissement de ces inégalités.

Nicolas Sarkozy nous conduit progressivement au modèle américain qu’il admire tant, la France risque donc de reproduire ce creusement d’inégalités et de pauvreté. C’est la traduction malheureusement de sa politique actuelle : bouclier fiscal, suppression de droits de succession, franchises médicales et report des frais de santé de plus en plus vers des assurances privées, financement du RSA par les classes moyennes et pas les plus aisées, suppression de la carte scolaire (encore plus ghéttoïsante, néfaste pour l’égalité des chances)… »

Nous avons vu les folies du système américain, responsable à la fois des causes profondes du dysfonctionnement d’un modèle de financiarisation de l’économie, de plus en plus déconnectée de l’économie réelle, et du déclenchement de la crise financière, qui a contaminé la planète dans le contexte de globalisation financière et de mondialisation économique. Nous avons vu aussi ses conséquences sociales, notamment sur les classes moyennes et défavorisées, surtout du fait de ses faibles « amortisseurs sociaux ». Nicolas Sarkozy, qui enviait le modèle américain et nous avait vanté en avril 2007 le système américain des crédits hypothécaires rechargeables, gagés sur le bien immobilier acheté (autrement dit des subprimes), évite à présent d’en parler … Je signale que parmi les candidats à la présidentielle 2007, seul François Bayrou avait alerté sur les dangers de ce modèle, qui est en contradiction avec notre modèle républicain français. Il avait opposé les valeurs prônées ou sous-entendues par Nicolas Sarkozy dans son projet présidentiel aux valeurs humanistes, républicaines et démocrates qui sont les siennes. François Bayrou avait même justifié qu’il ne voterait pas Nicolas Sarkozy au second tour précisément pour ces raisons.

 

Maintenant nous entrons dans une nouvelle étape : celle du mythe allemand. Nicolas Sarkozy nous montre le succès économique allemand comme un modèle à suivre :

- sur le coût du travail, la durée du travail, les retraites,

- sur la fiscalité,

- cela commence aussi sur l’éducation (rythmes scolaires réduits)

 

Il est vrai que les Allemands se sont serrés la ceinture pendant les dix dernières années, sans augmenter leurs salaires. Il est vrai que le taux de prélèvements obligatoires (impôts +charges sociales contraintes) est bien moindre en Allemagne (37% en 2007) qu’en France (43%), la moyenne de l’UE se situant à 40%[1], notamment moindre sur les charges sociales patronales, supposées expliquer une meilleure compétitivité des entreprises allemandes, notamment à l’exportation. Il est vrai que les Allemands ont mis en place une « TVA sociale », reportant une partie des charges sociales patronales en 2007 sur la TVA, en l’augmentant de 3% (une partie seulement de ces 3% était du report de charges), ayant pour effet de renchérir le coût des importations et d’opérer une « dévaluation compétitive » baissant le coût des exportations (mais leur TVA est passée de 15 à 19%, donc s’est alignée quasiment à la France et à la moyenne de l’UE).

Cependant, Nicolas Sarkozy avait justifié le bouclier fiscal (le seuil passant de 60% sous le gouvernement précédent à 50%) en citant l’Allemagne, qui l’avait mis en place, mesure censée retenir les riches créateurs d’emplois sur le territoire. Vérification faite (par la Cour des Comptes notamment), ceci s’avère faux. Ce bouclier fiscal n’existe pas en Allemagne, de même que s’avère faux la croyance que la mesure allait faire revenir les riches expatriés ou empêcher le départ des riches, ce qui a été prouvé. Faux également de prétendre que le critère de résidence des riches est déterminant pour la localisation des emplois, car les actionnaires peuvent investir dans des entreprises situées en dehors de leur pays de résidence ! Loin de se déjuger, Nicolas pousse l’audace et l’aplomb jusqu’à justifier maintenant l’abandon programmé du bouclier fiscal, sous la pression populaire et politique y compris dans ses propres rangs, en nous disant que les Allemands eux-mêmes y ont renoncé (ce qui prouve par là son précédent mensonge !).

 

Maintenant attachons-nous à la réalité, aux chiffres, sur le coût du travail. Dénonçons les fausses idées circulent sur le coût du travail, la productivité et la compétitivité comparés entre la France et l'Allemagne.

Voici une étude chiffrée récente (résumée sur 4 pages) comparant La France et l'Allemagne (ainsi que d'autres pays de l'OCDE) en coût de main d'oeuvre et de prélèvements obligatoires, charges sociales et impôts. Il s'agit d'un rapport à la Commission des comptes de la Sécurité sociale qui date de juin 2010 :
http://www.securite-sociale.fr/comprendre/dossiers/compte...

Les salaires bruts sont 34% en moyenne plus élevés en Allemagne qu'en France. En net de charges et d'impôt sur le revenu, l'écart se réduit car les prélèvements sont plus élevés en % en France, mais restent encore 6% supérieurs.  La réduction de l'écart tient à l'importance relative plus grande des prélèvements patronaux en France et de l'impôt sur le revenu en Allemagne. Au final, le niveau supérieur du salaire moyen et du coût annuel du travail en Allemagne ne semble pas justifié par une productivité supérieure du travail et n'est que partiellement lié au nombre d'heures travaillées (d'après l'OCDE, le PIB par heure travaillée est plus élevé en France qu'en Allemagne (96,2% du niveau des Etats-Unis pour la France contre 91,4% pour l'Allemagne).

L'article comprend un passage intéressant sur la politique allemande de compétitivité et la dévaluation compétitive opérée par le transfert d'une partie des charges sociales sur la TVA en 2007 (+3%). Ce coût a été transféré des entreprises vers les ménages, ponctionnant donc leur pouvoir d'achat. Mais l'Allemagne partait d'un taux de TVA beaucoup moins élevé que le nôtre (16%)  et arrive maintenant à 19%.

 

En conclusion :

- le coût du travail est plus élevé en Allemagne, en brut commet en net,
- les charges sociales patronales sont plus élevées en France mais les charges sociales salariales sont plus élevées en Allemagne et donc au final les salaires allemands sont plus élevés en moyenne pour permettre aux salariés de payer leur couverture sociale, avec aussi plus de recours à des complémentaires privées santé et retraite,
- les prélèvements obligatoires sont plus élevés en France en % du PIB mais la part des prélèvements sociaux et de l'impôt sur le revenu dans le coût du travail est supérieure en Allemagne (52% contre 49,3%),
- la productivité (PIB/heure travaillée) est en moyenne meilleure en France qu'en Allemagne,

- ajoutons que malgré le succès économique de l’Allemagne en termes de croissance et d’exportations qui soutiennent cette croissance, les chiffres du chômage ne sont pas bons (7,3% en 2008, au 20ème rang, contre 7,8% pour la France).

- ce qui justifie le succès incontestable des entreprises allemandes à l’exportation, surtout vers les pays émergents dans le secteur spécialisé des machines outils, ceci malgré le renchérissement de l’Euro face au dollar et au Yuan, donc malgré la cherté relative des marchandises, c’est une expertise industrielle, c’est la haute qualité des produits, peu sensibles à la concurrence.

Dans la mesure où Nicolas Sarkozy veut faire baisser les charges sociales au motif que nos entreprises sont moins compétitives que les entreprises allemandes de ce fait, je pense que ces chiffres sont très éclairants et qu'il faut d'abord combattre les fausses idées !

Là aussi François Bayrou nous a avertis sur ces fausses idées au sujet de l’Allemagne, dans son discours au Congrès du Mouvement Démocrate du 12 décembre 2010, que je vous invite à lire ou à écouter. Il nous dit :

« Il y a une campagne en cours qui objecte que les Allemands réputés vertueux n'ont pas augmenté leur coût du travail depuis 10 ans, alors que chez nous, c'est près de 30 pour cent d'augmentation du coût du travail que nous avons eu depuis 10 ans. Je prends ces chiffres avec précaution, car je crois, comme disait Disraéli qu'il y a trois degrés dans le mensonge : le mensonge, le satané mensonge et les statistiques !

Mais il y a une campagne en cours. Avant-hier, il y avait pas moins de trois articles de fond sur ce sujet dans les journaux économiques qui disaient cela avec des courbes qui montraient le gouffre qui était en train de se creuser. On expliquait que c'était pour cela que l'on perdait tout.

En réalité, quand on fouille, et je vous propose de vérifier cette objection, on s'aperçoit que le coût du travail français reste du même niveau ou légèrement inférieur à celui du travail allemand. Il est vrai que, en France, les cotisations patronales sont supérieures à ce qu'elles sont en Allemagne, mais le salaire direct, celui que perçoit réellement le salarié est inférieur chez nous. Au total, le coût d'une heure de travail est donc plus bas en France qu'en Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, au Danemark, en Suède et au Luxembourg. Et la productivité est supérieure chez nous puisque nous avons, à l'heure de travail, la plus haute productivité du monde !
»

 

Maintenant examinons la fiscalité allemande comparée à la France.

Il y un mois, Nicolas Sarkozy expliquait aux Français qu’il fallait copier la fiscalité allemande. Avec ce but : rester compétitif et éviter les délocalisations. François Fillon a constitué un groupe de réflexion sur ce thème. Le 8 décembre sur France Inter, au 5/7 avec Audrey Pulvar, Romain Gubert, journaliste au Point, revient d'Allemagne et fait part des fausses idées de N.Sarkozy sur la fiscalité allemande et de l'étonnement des Allemands. Voici le lien sur sa chronique : Le modèle de la fiscalité allemande, pour le meilleur et pour le pire.

 

Romain Gubert nous dit que les Allemands étaient très étonnés des déclarations de Nicolas Sarkozy vantant la fiscalité allemande. Leur système est très compliqué, la déclaration d’impôt que remplissent chaque année ses concitoyens fait 24 pages. « Chaque land, chaque commune, peut faire à peu près ce qu’il veut en matière fiscale. Savez vous que les propriétaires de chien en Allemagne payent une taxe ? Savez vous qu’à chaque fois que vous buvez une bière, c’est une taxe spéciale ? Et le tout à l’avenant. D’ailleurs, un Allemand sur deux utilise les services d’un « conseiller fiscal » pour l’aider à s’y retrouver. C’est dire ! ».

« - Mais tout de même, il n’y a pas d’ISF en Allemagne, ni de bouclier fiscal. Et c’est pour cette raison que Nicolas Sarkozy regarde vers l’Allemagne.

C’est exact. Les Allemands n’ont ni ISF, ni bouclier fiscal depuis une dizaine d’années. Et d’ici le mois de juin, Nicolas Sarkozy rêve de se débarrasser de ces deux boulets politiques en créant une taxation supplémentaire sur les revenus du capital.

Problème : les impôts français sont, avant la réforme, plus élevés ici qu’Outre-Rhin. Nos prélèvements obligatoires sont supérieurs. Notre TVA est plus élevée. En fait, de leur coté, nos amis allemands n’ont aucune envie d’harmoniser leur fiscalité avec la nôtre. Ils ne veulent pas entendre parler de convergence. Comme si finalement, le rêve de Nicolas Sarkozy était à sens unique. »

J’en viens maintenant à l’éducation, surtout après la parution de l’étude PISA le 7 décembre dernier qui montre que la France est située au 22ème rang et a nettement rétrogradée depuis l’an 2000 (voir cet article du Monde). En compréhension de la lecture, les élèves français chutent de 9 points et de 6 places, passant de la 12e à la 18e places en dix ans. La France est en chute sur les mathématiques. L’école ne joue plus son rôle d’ascenseur social. L'Allemagne, derrière nous il y a dix ans, s'est ressaisie et nous passe devant en lecture, en sciences et aussi en mathématiques. J’ai lu la semaine dernière que Luc Chatel voulait s’inspirer de l’Allemagne en progression, remarquant notamment que leur rythme scolaire est très différent, les Allemands consacrant la matinée aux cours et l’après-midi aux sports, aux arts, aux activités culturelles et aux loisirs. Il se trouve que au même moment, les Allemands veulent se rapprocher du modèle français, car ils se sont rendu compte que ce rythme nuisait à l’égalité des chances et à l’ascenseur social : alors que les familles modestes envoient leurs enfants faire du foot l’après-midi, les familles aisées profite du temps libre pour faire donner à leur enfants des cours de soutien scolaire, qui sont onéreux. Il s’ensuit une différence notable de niveau des enfants selon leur origine sociale.

Sur l’éducation, l’Allemagne n’est donc pas forcément le meilleur modèle, même s’il est indéniable que nos rythmes scolaires trop chargés, trop soutenus, saturent les esprits de nos enfants et sont peu propices à l’épanouissement personnel et culturel…

 

Cependant, ces observations n’ont pas pour but de dénigrer le modèle allemand, car certains aspects de ce modèle sont à leur envier. Le dynamisme de leurs entreprises, le tissus industriel de leurs nombreuses PME qui maillent le territoire, la décentralisation territoriale et l’équilibre des régions, la puissance des syndicats et de la négociation entre le patronat et les partenaires sociaux, l’importance des corps intermédiaires et enfin leur modèle politique bien plus démocratique qu’en France en termes de représentation des partis (50% de proportionnelle pour les élections des députés pour les partis ayant obtenus plus de 5% des voix). Le capitalisme rhénan est aussi intéressant et assez proche de notre modèle français (sauf sur l’aspect syndical). Il se caractérise par (cf Wikipedia) :

  • un rôle important des grandes banques et une relativisation du rôle de la bourse dans le financement des entreprises,
  • une vision à long terme appuyée sur ce mode de financement et sur un système de partenariat avec les clients, fournisseurs et employés,
  • un partenariat entre de puissants syndicats patronaux et salariaux qui limite aussi bien les conflits du travail que les interventions directes de l'État dans la vie des entreprises,
  • un système de protection sociale très développé,
  • une politique de stabilité monétaire gérée indépendamment des gouvernements.

 

Après ces observations sur le rêve américain et le mythe allemand, je vous propose de revenir au modèle républicain français et aussi de regarder attentivement le modèle social nordique, combinant lien social, civisme et performance économique, comme l’atteste l’intéressante étude ODIS, qui vient de paraître(voir cet article de LaCroix), le rapport sur «l’état social de la France», comparé aux pays de l’UE et aussi entre régions françaises, et qui sera l’objet de mon prochain billet.



[1] voir ce rapport du Sénat qui doit dater de 2007 et aussi extrait du rapport fait dans le cadre de la PLF2010 : http://www.performance-publique.gouv.fr/fileadmin/medias/...

11/12/2010

François Bayrou pour le "Parti de La Fontaine"

François Bayrou fait souvent référence aux fables de La Fontaine, qu'il adore et connait presque toutes par coeur. Beaucoup de circonstances de la vie politique actuelle trouvent en ces fables une illustration, démontrant à la fois leur puissance et leur actualité. A tel point que François Bayrou propose de créer le PLF, le "Parti de la Fontaine".

Invité de l'émission "Vivement Dimanche" le 5 décembre 2010, il a récité avec talent la fable "Le loup et le chien", qui traduit parfaitement sa position politique : il préfère être le loup, affamé mais libre, que le chien bien nourri, qui a la faveur de ses maîtres, leur obéissant, mais privé de liberté, attaché la corde au cou. Jean-Louis Borloo et Hervé Morin, comparés à lui, sont des chiens, ce qui n'est pas sans rappeler le cynisme politique (Le terme « cynisme » provient du grec ancien κύων / kuôn, qui signifie "chien"). Je ne résiste donc pas à vous passer l'extrait de cette émission.


loup3
envoyé par ddruze. - L'info video en direct.

François Bayrou a également fait référence à la fable "Les animaux malades de la peste", citant la phrase finale : "Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir." l'illustrant de multiples exemples concrets et vécus, notamment :

-  la campagne présidentielle de 1995 :  les comptes de campagne de Chirac et de Balladur n’auraient pas dû être validés par le Conseil constitutionnel, mais ils le furent car il n’était pas « pensable » de ne pas le faire, alors même qu’un petit candidat, Jacques Cheminade, avec 0,28% des voix, fut ruiné par cette campagne.

- Liliane Bettencourt a pratiqué l'évasion fiscale à grande échelle (Iles d'Arros), n'est pas inquiétée, est censée "régulariser sa situation" sans tracas, alors qu'une femme de ménage qui n'a pas déclaré 8 heures de ménage devra rembourser 3000 euros et plus en pénalités,...

J'ai trouvé très bonne l'idée de ce Parti de La Fontaine. Cela permet  de remoraliser la politique avec humour, sur des références que connaissent les gens, sans être un moraliste austère et ennuyeux. Comme j'aime composer des fables et en ai revisité une de La Fontaine, "Le Corbeau et le Renard", transposée en "Leuro et le dollar", je la propose ci-dessous à ce nouveau parti. J'ai aussi composé la petite fable "Arx Tarpeia Capitoli Proxima" à l'attention des centristes qui ont quitté le MoDem pour prendre des postes de ministres, comme les chiens dont nous venons de parler.

 

L'EURO ET LE DOLLAR

Maître Euro, sur Reuters coté, pavoisait au certain sur les pages
Le Dollar, se sentant de côté, lui tint à peu près ce langage :
Eh bonjour Monsieur de l'Euro !
Comme vous êtes joli, comme vous me semblez beau !
Si votre figure sur cette page se rapporte à votre noble image,
Vous êtes sans mentir phénix des monnaies avant moi !
A ces mots, l'Euro ne se sent plus de joie,
Et tout à son comble ravi,
Il ouvre un large spread et laisse tomber son prix.
Le trader s'en saisit et dit :
Mon bon ami, tout trader vit au dépens de ceux à qui il coûte,
Cette leçon vaut bien quelques ticks sans doute.
L'Euro, honteux et confus, jura, mais un peu tard, qu'on ne le collerait plus.

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ARX TARPEIA CAPITOLI PROXIMA

Tous ceux-là, malgré la réception des honneurs,
Devraient méditer sur ce bel antique adage
Qui rappelle que nul même sous projecteurs
N'est à l'abri d'une chute après les hommages :
Le "Arx tarpeia Capitoli proxima " :
"La Roche Tarpéienne est près du Capitole"
Voilà ce dont prévient, maxime a minima,
Que même la tête des vrais preux dégringole.

L'adulé d'aujourd'hui peut être honni demain,
Quand le banni d'hier a aujourd'hui la main !

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LE LOUP ET LE CHIEN


Un Loup n'avait que les os et la peau ;
Tant les Chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers.
Mais il fallait livrer bataille
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
Il ne tiendra qu'à vous, beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? Rien d'assuré, point de franche lippée.
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi ; vous aurez un bien meilleur destin.
Le Loup reprit : Que me faudra-t-il faire ?
Presque rien, dit le Chien : donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son maître complaire ;
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
........Sans parler de mainte caresse.
Le loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant il vit le col du Chien, pelé :
Qu'est-ce là  ? lui dit-il.  Rien.  Quoi ? rien ? Peu de chose.
Mais encor ?  Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ?  Pas toujours, mais qu'importe ?
Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.

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LES ANIMAUX MALADES DE LA PESTE

 

Un mal qui répand la terreur,

Mal que le Ciel en sa fureur

Inventa pour punir les crimes de la terre,

La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom),

Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,

Faisait aux animaux la guerre.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :

On n'en voyait point d'occupés

A chercher le soutien d'une mourante vie ;

Nul mets n'excitait leur envie ;

Ni Loups ni Renards n'épiaient

La douce et l'innocente proie.

Les Tourterelles se fuyaient ;

Plus d'amour, partant  plus de joie.

Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,

Je crois que le Ciel a permis

Pour nos péchés cette infortune ;

Que le plus coupable de nous

Se sacrifie aux traits du céleste courroux ;

Peut-être il obtiendra la guérison commune.

L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents

On fait de pareils dévouements :

Ne nous flattons  donc point ; voyons sans indulgence

L'état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons

J'ai dévoré force moutons ;

Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense  :

Même il m'est arrivé quelquefois de manger

Le Berger.

Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense

Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi

Car on doit souhaiter selon toute justice

Que le plus coupable périsse.

Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;

Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;

Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce.

Est-ce un péché ? Non non. Vous leur fîtes, Seigneur,

En les croquant beaucoup d'honneur;

Et quant au Berger, l'on peut dire

Qu'il était digne de tous maux,

Etant de ces gens-là qui sur les animaux

Se font un chimérique empire.

Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.

On n'osa trop approfondir

Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances

Les moins pardonnables offenses.

Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples Mâtins ,

Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L'Âne vint à son tour, et dit : J'ai souvenance

Qu'en un pré de Moines passant,

La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense

Quelque diable aussi me poussant,

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.

A ces mots on cria haro  sur le Baudet.

Un Loup quelque peu clerc  prouva par sa harangue

Qu'il fallait dévouer ce maudit Animal,

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !

Rien que la mort n'était capable

D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de Cour  vous rendront blanc ou noir.

 

 

 

06/12/2010

François Bayrou invité de "Vivement Dimanche"

Hier après-midi, Michel Drucker recevait sur son célèbre canapé rouge de "Vivement Dimanche" François Bayrou, président du Mouvement Démocrate et député des Pyrénées atlantiques. Ici lien pour visionner (en 4 parties).

Avant même que l'émission soit transmise (car elle est préenregistrée trois jours avant), des articles se sont empressés de transmettre le scoop après tant de mystère depuis 2007 : François Bayrou a enfin dit ce qu'il avait voté au second tour de l'élection présidentielle 2007, à savoir qu'il avait voté blanc !

En fait tout le monde s'en doutait et cela ne change rien. Il a dit en revanche d'autres choses très fortes et intenses dans l'émission, notamment à l'occasion de l'évocation du martyr des moines de Tibéhirine, que c'était pour lui une démonstration que "L'AMOUR est plus fort que la mort".

Nous avons aussi découvert en François Bayrou un talent réel pour le théâtre (il a fait le conservatoire national de région, au départ pour vaincre son défaut d'élocution, de bégaiement). Jean-Laurent Cochet s'est montré époustouflé, admiratif, lorsque François Bayrou a récité la fable de la Fontaine "Le loup et le chien" (je le mettrai en ligne quand je l'aurai). Il est vrai que le talent d'acteur et de tribun sert en politique, alors que certains sont plutôt des illusionnistes, le rappelle François Bayrou à l'occasion d'un tour de magie d'un jeune Science-Po (pas Science-Pau !) de Bordères sur le plateau.

Moments émouvants de souvenirs politiques et de famille, images magnifiques de montagne des Pyrénées et de la ville de Pau,  région et ville très chères à François Bayrou, attaché à ses racines, se ressourçant auprès des siens, de son village et de ses chevaux (il sait leur parler et les mettre en confiance, l'un d'eux pose même sa tête sur son épaule).

Michel Drucker le présente comme un homme politique "décalé", toujours où on ne l'attend pas. Claude Sérillon découvre que c'est un "geek" (accroc à Internet,  aux nouvelles technologies de l'information). François Bayrou a même invité sur le plateau la représentante de Wikipedia, encyclopédie électronique réalisée grâce à la contribution gratuite des internautes. Il présente ce phénomène comme une révolution (comme le fut l'écriture et l'imprimerie) et un exemple d'entreprise non marchande, ou le savoir s'échange et s'enrichit sans contrepartie financière, une nouvelle forme d'intelligence en réseau. Décidément, François Bayrou n'est pas comme les autres hommes politiques !

Les frères journalistes Alain et Patrice Duhamel étaient aussi invités sur le plateau à parler de leur livre "Cartes sur table", traitant des relations qu'entretiennent les hommes politiques et les médias. Alain Duhamel décrit François Bayrou face aux journalistes comme un "mâle dominant" : "soit les journalistes jouent un rôle subalterne face à lui, soit ils se font engueuler !"

Enfin, François Bayrou a pu (un peu) parler politique, expliquant la difficile position de résistance et d’indépendance au centre, indépendance à ne pas confondre avec solitude. Il a exprimé ce qui l’indignait le plus, reprenant encore une fable de la Fontaine (Les animaux malades de la peste) : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». Il propose même de créer le PLF, le « Parti de La Fontaine » ! Pour illustrer l’objet de cette indignation, il cite la campagne présidentielle de 1995 : nous découvrons que les comptes de campagne de Chirac et de Balladur n’auraient pas dû être validés par le Conseil constitutionnel, mais qu’ils le furent car il n’était pas « pensable » de ne pas le faire, alors même qu’un petit candidat, Jacques Cheminade, avec 0,24% des voix, fut ruiné par cette campagne.

Interrogé sur la crise des dettes publiques européennes et sur la politique qu’il mènerait à l’égard des banques, il fait également une proposition : « Aujourd’hui la BCE prête aux banques à moins de 2% et les banques prêtent aux Etats, dans le cas Irlandais à 8 ou 9%. Au lieu de voir les intermédiaires privés prendre des marges considérables, il faut que la BCE assume cette fonction, qu’elle achète les titres de dette publique des pays de la zone euro fragilisés, ce qui permettrait aussi de les prémunir de la spéculation des marchés. »

 

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03/12/2010

"Les Chrétiens d'Orient", une histoire et une actualité fabuleuses et tragiques

Un livre pour comprendre: "Les Chrétiens d'Orient.Vitalité, Souffrances, Avenir", par Jean-Michel Cadiot. Editions Salvator (22,5 euros).

chretiens dOrient.jpgJean-Michel Cadiot, un ami journaliste à l'AFP et écrivain, vient de publier son dernier livre, une enquête très fouillée sur les Chrétiens d’Orient depuis la création de l’église, depuis Jésus Christ. Il connaît ces communautés car il a vécu de longues années au Proche Orient, en Iran et en Irak. Il relate l'histoire mais évoque aussi l'actualité de ces chrétiens.

Invité à commenter la triste et sanglante actualité (massacre des Chrétien à Bagdad, persécution de coptes,…) qui coïncide (curieusement et involontairement) avec la parution de son livre, Jean-Michel Cadiot s’exprime sur de nombreuses chaînes de radio et de télévision, vous pouvez l’écouter par exemple sur LCI, interviewé aujourd’hui par Vincent Hervouêt.


Qu'ils souffrent les chrétiens d'Orient! Certes, la vie est dure dans toute la région. Tous les Irakiens vivent menacés. Mais les Chrétiens, sans milices, sans protection, le sont plus que les autres. Pendant ce mois de novembre qui s'achève, la presse en a fait ses gros titres. Les Chrétiens d'Orient, si méconnus, ignorés, ont fait parler d'eux tristement avec le massacre perpétré par al-Qaïda dans la cathédrale syro-catholique de Bagdad, le 31 octobre 2010, en pleine messe. Plus de 50 morts, dont 46 chrétiens. Parmi eux, deux jeunes prêtres qui ont tenté de s'interposer et que beaucoup déjà, veulent faire canoniser. Le troisième, le père Raphaël, 73 ans, se rétablit à Paris, avec d'autres blessés. Un beau geste de la France.

Quelques jours après, ce sont en Egypte, des Coptes qui sont victimes d'exactions car la construction d'une église leur est refusée. Mais qui sont-ils ces Chrétiens d'Orient?

Jean-Michel Cadiot, nous retrace avec minutie mais de façon très accessible, depuis les tout premiers temps du christianisme, -Abraham, Moïse, Marie, Jésus et ses disciples étaient tous des orientaux, tout comme les premiers "Pères de l'Eglise, l'épopée de ces femmes et de ces hommes.

Il y a dix siècles, ces Chrétiens étaient beaucoup plus nombreux que les catholiques romains. Aujourd'hui, c'est une petite minorité, attachée à ses rites, ses liturgies, ses langues. Et pourtant très moderne. Bien avant les Jésuites, ils évangélisèrent l'Inde et la Chine, et jouèrent un rôle immense bien que souvent persécutés, au sein de l'empire romain, sous les califats arabes, -comme médecins, mathématiciens, malgré leur statut de "dhimmis", protégés, mais privés  de certains droits, notamment celui de convertir-  les Mamelouks, l'empire ottoman ou l'empire perse.

Une assimilation aberrante avec l'Occident

Le livre montre l'inanité et l'injustice qu'il y a à assimiler le christianisme à une religion "occidentale". Jésus, tous ses disciples, étaient des juifs, parlant l'araméen. Des orientaux. Ou à considérer les Chrétiens d'Orient comme, fatalement des "alliés" de l'Occident, alors qu'ils furent pour la plupart opposés aux Croisades du Moyen-Age et qu'ils souffrent tragiquement des conflits -en Palestine, en Irak- qui touchent leur peuple. Ils ont toujours été loyaux, patriotes.

Si les livres sur cette communauté font florès, celui-ci nous propose une approche religieuse -on sent que l'auteur est chrétien, mais lucide sur toutes les fautes de Rome- et géo-politique inédites. Il examine, dans chacun des grands "patriarcats" -Constantinople, la "nouvelle Rome" fondée par Constantin, l'empereur qui libéra en 313, les chrétiens de tout l'empire des persécutions, Antioche, Jérusalem et Alexandrie, mais aussi en Arménie et en Perse- comment les Chrétiens imitèrent saint Paul. Celui qui fut renversé "sur le chemin de Damas" expliquait le "Dieu inconnu" aux Athéniens de l'Aréopage. Les Orientaux firent de même avec les mazdéens (perses), païens et polythéistes. Cadiot nous montre comment les cultes de Mithra -né d'une mère vierge, dans une grotte- en Perse et à Rome, d'Osiris -mort et ressuscité- en Egypte en particulier ont été "mis à profit" par les Chrétiens pour faire admettre monothéisme et christianisme.

Le livre, qui fourmille d'anecdotes pas toujours tendres pour la "catholicité" romaine, -rien n'est épargné aux Tusculi et aux Borgia!- et dévoile des aberrations apprises au catéchisme par beaucoup d'entre nous. Non, Jean-Baptiste ne mangeait pas des sauterelles, mais des carottes. Le traducteur grec aura mal choisi la traduction du mot araméen "kamsa" -qui a les deux sens. Des Araméens qui y voient une preuve supplémentaire de ce que l'Evangile a été écrite dans leur langue, une langue qu'ils continuent de parler quotidiennement. A Bagdad. Ou à Sarcelles ou Chicago, pour les exilés.....

Jean-Michel Cadiot nous montre les travaux, les recherches, les batailles acharnées d'Irénée de Lyon, d'Origène, Nestorius, Cyrille, Athanase, Augustin, -un Berbère africain longtemps adepte d'une autre religion née en Orient, le manichéisme-, Ephrem, Maxime-le-Confesseur et tant d'autres, qui, de la Pentecôte au Concile de Nicée (en 325) et Constantinople (381), et jusqu'au IX siècle, se sont entendus pour combattre les "hérésies", surtout l'arianisme qui relègue Jésus au second plan. Et définir cette spécificité chrétienne: un Dieu en trois personnes. Les "Pères" se déchirèrent à Ephèse (431) -avec le départ de l'Eglise de l'Orient, nestorienne, née dans l'empire perse, refusant de voir en Marie la "mère de Dieu"- puis Chalcédoine (451) où Coptes, Arméniens, et "syriens-occidentaux', accusés de monophysisme ont alors tour pris leur envol.

Mais nous découvrons combien ces querelles sont plus sémantiques, puisque beaucoup ne comprenaient pas le grec, ou politiques, avec les rivalités entre Constantinople, Antioche et Alexandrie, sans compter que les Nestoriens, perses, marquaient ainsi leur indépendance vis-à-vis de Constantinople, que théologiques Depuis Vatican II, avec Paul VI puis Jean-Paul II, tous ces conflits ont été gommés.

Autre rupture, dramatique. Celle entre catholiques et orthodoxes en 1054. L'auteur nous montre l'attitude implacable du légat du pape Hubert de Moyenmoutier, qui excommunia le patriarche Cérulaire. Le pape Léon X était mort. Et il s'interroge sur la validité de cette rupture.

Puis, quatre siècles, après que les musulmans ont conquis l'Arabie, l'Irak, la Palestine, la Syrie et l'Egypte, mais aussi l'Espagne- ce sont les Croisades. L'empire l'empire byzantin est menacé par les Turcs, musulmans. Ces Croisades sont horribles, visant d'abord les Juifs sur leur passage.

Cela dura de 1096 à 1291. Bernard de Clairvaux, François d'Assise, Louis IX "sauvèrent", par leur pacifisme l'honneur de l'Eglise, souligne Cadiot.
Le 13 avril 1204, il y avait eu le siège de Constantinople, la guerre des catholiques contre les orthodoxes. Le pape condamna, timidement. C'est comme les massacres des Cathares, les papes furent souvent bien tièdes pour condamner les exactions catholiques.

Un rôle immense dans le "réveil arabe"

Mais, si les réconciliations, tentées à deux reprises (à Lyon en 1274, et Florence, 1439) ont échoué, des missionnaires, surtout Dominicains et Franciscains s'installèrent durablement, la France étant désignée "protectrice des Chrétiens" par l'empire ottoman en 1436, sous François 1er. Peu à peu Rome fit revenir une partie des Chrétiens d'Orient dans son giron. Il se créa des Eglises chaldéenne (héritiers catholiques de l'Eglise de l'Orient, ayant abjuré le nestorianisme), des Syro-catholiques, des Coptes catholiques, des Arméniens catholiques. Quant aux Maronites, principaux créateurs du Liban, ils ont toujours été catholiques...

Jean-Michel Cadiot, en journaliste de l'AFP attaché à la fiabilité et au recoupement des sources et aux enquêtes approfondies se livre à un exercice plus qu'ambitieux: un tableau chiffré, Eglise par Eglise, et pays par pays des Chrétiens d'Orient, intégrant les informations sérieuses émanant des Eglises ou des gouvernements, ou encore des spécialistes; rejetant la grande majorité, totalement fantaisistes. Il arrive à un chiffre de 105 millions -dont, il est vrai 45 millions d'Ethiopiens, issus de l'Eglise copte- et dont 20 millions dans la diaspora, une diaspora vivante, porteuse d'avenir et non éteinte. Outre l'Irak, qui craint un exode, et l'Iran -moins de 200.000 chrétiens-, Jean-Michel Cadiot insiste sur les deux grands drames du 20è siècle: le génocide arménien -1,5 à 2 millions de morts, qui toucha tous les Chrétiens de Turquie. Depuis ce pays qui comptait 25% de chrétiens n'en a plus que 150.000 environ. Et le conflit israélo-arabe: dans l'ancienne Palestine, il y avait 25% de Chrétiens. Aujourd'hui environ 2%. Seulement 10.000 Chrétiens à Jérusalem-est et 30.000 à Bethléem. Mais 200 à 300.000 Chrétiens israéliens, conjoints de juifs immigrés de l'ex-URSS ou d'Europe de l'est. Soit plus que de Chrétiens arabes de nationalité israélienne, encore nombreux à Nazareth...Mais: un million de Melkites (catholiques de rite grec) palestiniens dans les deux Amériques.

Espoir et solidarité, un « pont » pour l’avenir

Jean-Michel Cadiot écarte avec sérénité et conviction la disparition annoncée des Chrétiens d'Orient, qui vivent dans des conditions très différentes selon les pays. Il rejette le catastrophisme, mais appelle à la solidarité. Ils ont, dans toute leur tragique histoire, surmonté bien des épreuves. Des épreuves plus dures. Au Moyen-Orient, ils sont indispensables. C'est eux les "pionniers du réveil arabe", mais dans la main avec les Musulmans. La "nahda" au début du XXè siècle, avec notamment le Maronite Néguib Azouri, c'est surtout eux. Presque tous les partis politiques arabes, les grandes maisons d'édition ont été fondés par des Chrétiens.

Une nouvelle forme d'islamisation, intégriste, violente, tente d'empêcher tout dialogue et progrès, de relancer la "guerre des religions". Bush et sa guerre y ont bien aidé, relève Jean-Michel Cadiot.

Pour lui, la survie, l'épanouissement des Chrétiens d'Orient, qui peuvent être un "pont" entre deux mondes qui se déchirent, sont un des grands enjeux de ce siècle.

 

Cadiot-profil.jpgJEAN-MICHEL CADIOT est journaliste à l’AFP et écrivain, syndicaliste, président de l'Association pour la défense de l'indépendance de l'AFP (ADIAFP). Il a débuté à Témoignage Chrétien à 17 ans. A l’AFP, il a été correspondant à Bagdad pendant deux ans (1979 à 1981), également directeur du bureau de Téhéran à deux reprises (1991-1992, 1999-2002), en tout cinq ans, et de Bucarest (1995-1997). Membre de l'Institut Marc Sangnier, vice-président de l'Association d'entraide aux minorités d'Orient (AEMO).

Ses ouvrages précédents :

  • Quand l'Irak entra en guerre (L'Harmattan, 1989).
  • Mitterrand et les communistes (Ramsay, 1994)
  • Francisque Gay et les démocrates d'inspiration chrétienne (Salvator, 2006)

 

J’ai ouvert mon blog à Jean-Michel l’an dernier, le 17 octobre 2009, pour publier sa chronique sur le millénaire de la destruction du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, événement historique qui avait marqué le début de la guerre des croisades.

29/11/2010

Un tiercé gagnant DSK-Fillon-Bayrou pour 2012 ?

Loin de la scène politique française, sans rien faire, sans rien dire et sans avoir annoncé un projet, DSK est plébiscité candidat socialiste préféré des Français (pour 32%) et aussi des Socialistes (41%) très loin devant Martine Aubry puis autres concurrents. Voir ce dernier sondage IFOP pour le Journal du Dimanche d'hier.

Pourquoi ce succès ? Sans doute car il incarne l'oxymore du "libéralisme social" et une forme de solidité, d'expérience et de responsabilité. Il marque aussi une préférence pour un PS moins à gauche, peut-être plus réaliste et responsable, plus ouvert sur des réformes nécessaires.

Parallèlement, Nicolas Sarkozy dévisse dans les sondages et cependant dans le journal Marianne d'hier, Jean-François Kahn nous avertit qu'il pourrait bien être réélu grâce à la division de l'opposition, grâce au pouvoir énorme que lui et ses amis détiennent sur les médias bienveillants, grâce à des moyens de campagne et de communication sans pareils, enfin grâce à l'adaptabilité du discours opportuniste dans lequel il excelle, qui fera oublier toutes les promesses qu'il n'a pas tenues et les mensonges qu'il a tenus, tout en fustigeant les coupables de la crise, les banquiers voyous, la mondialisation déloyale, etc., séduisant l'électorat populaire tout en donnant des gages à ses soutiens habituels du Fouquet's.

Or un autre scénario se profile à mon avis. Celui où Nicolas Sarkozy pourrait bien ne pas être candidat. Soit du fait des scandales qui le rattrapent et vont lui coller à la peau jusqu'à l'élection présidentielle, où bien tout simplement quand les sondages vont oser présenter des candidats alternatifs (Fillon, Copé, Juppé, Villepin) qui le dépasseront et optimiseront les chances pour l'UMP de gagner l'élection.

Ainsi, je ne serais pas étonnée de voir François Fillon arriver en tête du candidat UMP préféré des Français et des sympathisants UMP, plus apte que Nicolas Sarkozy à capter les voix centristes au deuxième tour, face à un DSK qui les attireraient aussi.

Un autre sondage de la semaine dernière (voir cette dépêche AFP ou cet article) dit que François Bayrou est le candidat qui représente mieux le centre, devançant nettement Jean-Louis Borloo. Il paraît bien être celui qui tient la route pour représenter un centre indépendant.

DSK_Fillon_Bayrou.JPGOn pourrait alors voir un premier tour où les trois candidats Fillon, Bayrou et DSK, auraient des scores assez proches.

La France, au lieu de se radicaliser sur les pôles, serait alors peut-être mûre pour une Union nationale plus équilibrée, avec des hommes capables de s'entendre, de se parler, de gouverner ensemble ...


27/11/2010

Nouvelle menace sur le statut de l'AFP

L'association pour l'indépendance de l'AFP (AdiAFP) vient de mettre en ligne un texte et relancer la pétition "SOS-AFP" de l'Intersyndicale pour sensibiliser le personnel, l'opinion et les parlementaires (auxquels un texte plus détaillé a aussi été adressé : http://www.adiafp.org/lettre_ouverte).

Je vous invite à relayer l'information et à soutenir ce combat en signant la pétition. L'indépendance de la presse passe par l'indépendance de l'AFP, qui est assurée par ce statut très spécial. Ne laissons pas l'agence tomber dans une structure capitalistique qui donnerait le pouvoir à des puissances financières ou à l'Etat !


Nouvelles menaces - nouvelles raisons de signer 
la pétition « SOS-AFP » !

Tout indique que le pouvoir soit tenté de passer en force dans un avenir proche. C’est pourquoi nous appelons tous les citoyens en France et ailleurs dans le monde à continuer à signer et à faire signer la pétition « SOS-AFP » !

Version imprimable avec pétition à signer au verso (PDF, 120 Ko)

L’Agence France-Presse (AFP), l’une des trois plus grandes agences de presse au monde, fait l’objet depuis plusieurs années de tentatives récurrentes de modifier son statut, qui est une loi de la République, adoptée à l’unanimité par le Parlement en 1957 et ayant pour but de protéger l’AFP de toute influence politique ou économique.

En 2008, une tentative de transformer l’AFP en entreprise capitalistique – soit privée, soit à capitaux publics – est annoncée et par le gouvernement et par le PDG de l’époque, Pierre Louette. Cette campagne est mise en échec par l’opposition d’une grande partie du personnel de l’agence, représentée par ses syndicats, ainsi que par de nombreux parlementaires et citoyens, qui ont été plus de 21 000 à ce jour à signer la pétition « SOS-AFP ».

Pierre Louette démissionne en février 2010 pour être remplacé par Emmanuel Hoog, qui annonce au début de son mandat qu’il ne sera plus question de transformer l’AFP en entreprise par actions et qu’une modification du statut ne fait pas partie de ses priorités.

Or voilà que M. Hoog, a son tour, fait marche arrière et annonce qu’une modification du statut serait non seulement nécessaire mais urgente. Cette initiative a été officialisée le 4 novembre 2010 devant le Parlement par le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand.

M. Hoog plaide la nécessité de doter l’Agence des moyens nécessaires à son développement, de modifier ses règles de gouvernance voire de la mettre en conformité avec la législation européenne.

L’Association de défense de l’indépendance de l’AFP a déjà expliqué les conditions nécessaires et incontournables pour une quelconque modification du statut de l’agence. Ces conditions sont les suivantes :

  1. Renforcer l’indépendance de l’AFP vis-à-vis de tout pouvoir politique, économique ou idéologique, en apportant des garanties supplémentaires par rapport au statut actuel.
  2. Être reliée à une vraie stratégie d’entreprise. Il faut non seulement exposer cette stratégie mais également démontrer sa conformité aux valeurs fondamentales et à l’indépendance de l’agence et expliquer clairement pourquoi elle exige une modification du statut.
  3. Recueillir au préalable l’accord du personnel par référendum. Cette exigence n’est en rien démagogique ou populiste : l’AFP est une entreprise de matière grise et son savoir-faire et son expérience sont détenus par son personnel. Un référendum a eu lieu en 1955 sur le texte finalement adopté en 1957 : il serait inconcevable de faire moins bien aujourd’hui !
  4. Recueillir une très forte majorité au Parlement. Si l’unanimité parlementaire que le statut actuel avait recueillie en 1957 peut sembler inaccessible aujourd’hui, il faudrait tout faire pour s’en rapprocher. L’AFP remplit une mission d’intérêt général. Son devenir ne concerne pas seulement la majorité parlementaire du moment, quelle qu’elle soit, mais l’ensemble du peuple français.

Nous considérons que dans l’état actuel des choses, aucune de ces conditions n’est remplie

Pire, tout indique que le pouvoir soit tenté de passer en force dans un avenir proche, sans faire le moindre effort pour les remplir.

C’est pourquoi nous appelons tous les citoyens en France et ailleurs dans le monde à continuer à signer et à faire signer la pétition « SOS-AFP » !

NB : sur le site http://www.sos-afp.org on peut signer la pétition en ligne ou télécharger d’autres exemplaires à imprimer, faire signer et envoyer par la poste au Comité d’entreprise de l’AFP. ADIAFP, Paris, le vendredi 26 novembre 2010

 
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