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19/09/2010

Pour François Bayrou, entre une droite à la dérive et une « gauche des illusions », le « Centre » ne peut être qu’indépendant


François Bayrou, dimanche soir Politique
envoyé par franceinter. - L'info internationale vidéo.

Invité ce dimanche soir à l'émission "Dimanche soir politique" Itélé/France Inter/Le Monde/Dailymotion, François Bayrou a dénoncé la « gauche des illusions » sur le dossier des retraites. Il considère que la réforme des retraites est indispensable, vitale pour parvenir à l’équilibre en conservant le système par répartition, mais à condition qu’elle soit juste. Autant il concède que le report de l’âge minimal de départ en retraite de 60 à 62 ans ainsi qu’un allongement de la durée de cotisation est raisonnable, face à l’allongement de l’espérance de vie, autant le report de 65 à 67 ans de l’âge auquel on peut faire valoir ses droits proportionnels aux années cotisées (l’expression « à taux plein » étant trompeuse) est cruellement injuste surtout pour les femmes et les plus faibles. François Bayrou continuera à se battre contre le passage de 65 à 67 ans sans décote. Il a affirmé que l'amendement sera défendu au Sénat par ses amis. Il pense que l'on peut faire changer le gouvernement sur ce point et rendre la réforme plus juste et équilibrée.

En revanche, quand les forces de gauche et en particulier le PS prônent un retour à la retraite à 60 ans, elles ne mentionnent ou alors « à voix basse » que cette retraite n’est pas à taux plein, qu’elle subit une forte décote. C'est la retraite à 60 ans avec des pénalisations presque doublées, puisque le PS propose d'augmenter la décote et l'allongement sans limite, au-delà de 42 ans, de la durée de cotisation. Les gens qui défilent aux manifestations en sont-ils conscients ?

François Bayrou a espéré pendant longtemps que le PS allait faire une mutation très importante, attendue par beaucoup de gens y compris en son sein, qui était de choisir la réalité contre l'illusion, regrettant que le parti de Martine Aubry ait "fait un autre choix".

"La gauche qui est en train de se constituer représente un risque pour la France, parce que c'est la gauche des illusions. Et, la gauche des illusions se transformera pour le pays en désillusion", a-t-il prédit.

Entre d'un côté une droite à la dérive, en perte de valeurs, qui défend les intérêts privés de quelques uns plutôt que l’intérêt général et de l'autre côté une « gauche des illusions », il y a la place pour un centre indépendant qui représente un vrai choix différent pour la France, qui s'inscrit dans un courant majoritaire républicain et démocrate, réformiste et réaliste, juste et équilibré. Ce Centre là ne peut être qu’indépendant. Ceux qui s’en prétendent en restant inféodés à l’UMP sont des leurres.

10/09/2010

Réforme des retraites : reprenons le débat et proposons dès maintenant un système de retraites à points (ou notionnel) !

La réforme des retraites est décidément mal conduite :

- elle n’a pas fait l’objet d’un véritable débat avec les syndicats, les partis politiques représentatifs, les représentants des professions, ... avant de passer au Parlement qui, comme on le sait, est devenu une « chambre d’enregistrement », la majorité gouvernementale assurant les rejets d’amendements gênants et le vote final. Même le soi-disant « débat » de jeudi soir 9 septembre 2010 sur France 2 à l’émission « A vous de juger » n’en fut pas un puisqu’il a juxtaposé les interventions du gouvernement (François Fillon), d’un parti d’opposition (PS avec Ségolène Royal) et de deux syndicats (CFDT avec François Chérèque, CGT avec Bernard Thibault) mais sans discussion face à face entre les intervenants. De plus les arguments chiffrés de comparaison internationale paraissaient erronés, contestables, non comparables en l’état, critiqués sans qu’un expert rectifie la vérité des chiffres. Par exemple, comparer avec l’Allemagne (âge 65 ans rallongé à 67 ans, mais avec une durée de cotisation de 35 ans et non 41 et avec un niveau de pension bien inférieur à celui de la France)  ;

- elle n’a pas fait l’objet d’une présentation pédagogique aux citoyens, par voie de presse ou sur les médias audio-visuels, des différentes possibilités envisagées, de leurs avantages et inconvénients, avec comparaison internationale. Par exemple qui sait comment fonctionne le système de retraite à compte notionnel ou à points, mis en place en Suède et en général dans les pays nordiques, dont s’inspirent de plus en plus d’autres pays ? Pourquoi n’a-t-il été proposé que par le Mouvement Démocrate (voir point 8), ce que François Bayrou proposait déjà dans sa campagne présidentielle de 2007, et pas par le gouvernement ni même par le PS (dans son contre-projet actuel) qui dit s’y intéresser mais pour plus tard ...
Pour ceux qui s’y intéressent, lire ce document extrait d’un rapport d’information du Sénat publié en juillet 2007 intitulé «
Réformer la protection sociale : les leçons du modèle suédois ». Le livre de Daniel Cohen et Philippe Askenazy, « 16 nouvelles leçons d’économie contemporaine », explique aussi très bien ce système avec des exemples chiffrés. Le principe de ce système est de garantir en permanence l’équilibre entre les cotisations et les versements de pensions du système de retraite par répartition, en calculant des droits cumulés grâce aux cotisations, mais aussi de points de pénibilité, de points pour enfants. Ces points mis sur un compte (comme si c’était une retraite par capitalisation sauf que ce n’est pas du chacun pour soi mais bien une répartition), valorisés en fonction de la croissance économique, de la démographie et de l’espérance de vie, donnent droit à une pension qui sera plus faible si on décide de partir tôt et plus forte dans le cas inverse. Le système est transparent et chacun peut consulter ses droits, simuler sa pension, son départ en retraite. Il permet de prendre sa retraite à temps partiel tout en cumulant ou non un job rémunéré, ou de prendre sa retraite puis retravailler quelques années après en reprenant le compte où il en était. Contrairement à un systèmes basé sur les annuités comme en France où tout est assez figé, où on impose un âge minimal de départ où un âge minimal de liquidation sans décote, et où on ne sait pas par avance quels seront ses droits, ce système est le plus souple et permet à chacun de choisir sans léser ceux qui ont commencé à travailler tôt où ceux qui ont des carrières longues, ni même ceux qui ont eu un métier pénible, les femmes etc. Avec ce système, pas de décote appliquée quel que soit l’âge de liquidation, car le droit est proportionnel à ce qui a été cotisé. Donc pas de question d’âge minimal de départ en retraite ni d’âge auquel on peut liquider sans décote. Les fonctionnaires sont soumis au même système que les gens du privé selon un système unifié.

- elle occulte complètement les régimes spéciaux (fonctionnaires, parlementaires,... hormis un relèvement prévu de leur cotisation salariale (actuellement de 7,85 % contre 10,55 % dans le privé, alors que le privé compte en plus des cotisation patronales, portant au total les cotisations à environ en moyenne 25%, ce qui veut dire que c’est aujourd’hui l’impôt et le déficit qui financent en majorité les retraites des fonctionnaires. Si on a fait silence sur ces régimes spéciaux, au motif qu’il y avait déjà eu un engagement de ne pas y toucher jusqu’en 2018, c’est sans doute pour ne pas activer la gronde syndicale dont la représentation est très forte chez les fonctionnaires ;

- elle aurait dû traiter en soi le problème de financement du déficit cumulé, qu’il faut bien rembourser, séparément du système qui doit être à l’équilibre pour qu’il soit durable. En l’occurrence il ne l’est pas, il reste un déficit prévisible à 2018 (4 milliards d’euros), les hypothèses de croissance et de chômage paraissent trop optimiste, l’horizon n’est qu’à 2018 alors qu’il faut voir plus loin (2030), ...

- elle aurait dû traiter du problème de la pénibilité autrement que par un constat de handicap lors de la retraite. Il y a des références (même internationale à l’OIT) de critères de pénibilité et d’espérance de vie selon des professions soumises aux risques, et d’ailleurs les suédois en tiennent compte en pondérant la règle des droits dans le système à compte notionnel ; comme on le fait pour les femmes ayant eu des enfants ;

- Enfin elle fait quasiment l’impasse sur l’étude des ressources complémentaires telles que le propose le PS, en taxant le capital ou en trouvant d’autres sources d’impôt. Cela dit, il y a un problème de logique à cette contribution : les assurances sociales, retraites comme sécurité sociale, doivent-elle être uniquement financées par contribution des futurs bénéficiaires ou par la collectivité générale dans son ensemble, par l’impôt ? Sachant qu’il faut penser au niveau global des prélèvements obligatoires (impôts + charges sociales) sur l’ensemble du PIB : 42,8% en France en 2008, 50% au Danemark et en Suède, 35% en Allemagne ou au Royaume Uni, 25% aux Etats-Unis. Ce taux impacte la compétitivité concurrentielle inter-pays (pour les entreprises notamment). Mais la question mérite d’être étudiée.

Alors, si on reportait le vote de la réforme et si on commençait enfin ce débat ?

 

Billet également publié par l'auteur sur Mediapart et Lepost.fr

04/09/2010

Dette publique et retraites nous conduisent à un grave conflit entre générations

Le problème des retraites touchera plus gravement encore les jeunes, alors même que les retraités d’aujourd’hui sont privilégiés et ont un niveau de vie supérieur aux actifs, comme le soulignait Olivier Ferrand dans un article du NouvelObs. Je le cite :

« La retraite moyenne est certes encore légèrement inférieure au salaire moyen (de 9%). Mais pour un homme, la retraite est supérieure au salaire d'activité : 1617 contre 1613 euros. L'écart se creuse si l'on s'intéresse au niveau de vie (source : COR). Les retraités n'ont pas d'enfants à charge. Ils ont des revenus patrimoniaux deux fois supérieurs aux actifs : 3400 contre 1600 euros en moyenne. Ils sont plus souvent propriétaires (74% des retraités contre 56% des actifs) et paient donc moins de loyers. Au total, leur niveau de vie (hommes et femmes) est supérieur de 6% à celui des actifs, celui des retraités hommes de près de 20% à celui des actifs hommes. Le décalage est encore plus frappant si l'on retient les moins de 55 ans. Le niveau de vie des 55-65 ans est en effet supérieur de 40% aux moins de 55 ans ! »

 

Voir également ce très intéressant article des Echos, de Alain Villemeur et Mehdi Ben Choufi intitulé « La réforme des retraites ne réduira pas le fossé entre les générations » : les jeunes sont doublement pénalisés : études allongées (réduisant le durée de cotisation ou reculant l’âge de départ en retraite), parcours professionnels de plus en plus instables et chaotiques,

 

Et en même temps que le piège démographique se referme sur eux avec une réforme injuste et seulement partiellement financée, les jeunes vont subir le piège de la dette publique, alimentée par le cumul des déficits publics aggravé par la crise récente, mais abondé essentiellement par une gestion malsaine d’une génération entière qui depuis trente ans vit à crédit, au dessus de ses moyens, par un Etat dont la dépense courante et les déficits sociaux ne sont plus financés par les recettes pour 50% ! Nous arrivons à l’évidence que le remboursement de la dette est maintenant devenu obligatoire, imminent, inéluctable, c’est même une question de survie, comme François Bayrou avait été le premier à le dire et malgré les discours irresponsables des tenants de la gauche extrême, du Parti de gauche notamment (Jean-Luc Mélenchon) qui prétendent que le déficit n’est pas grave … On nous prépare donc à une augmentation prochaine des impôts ou à une réduction encore drastique de la dépense publique, ce qui veut dire moins de services publics, moins de policiers, moins de juges, moins de professeurs, moins de remboursement de santé et aussi moins d’investissements dans les hôpitaux, les écoles, les Universités … Les jeunes d’aujourd’hui et de demain vont devoir payer en impôt et en réduction de prestations publiques pour rembourser la surconsommation et l’irresponsabilité de leurs parents. Vont-il accepter ceci en même temps que sacrifier leur retraite face aux retraités actuels plutôt privilégiés ?

 

Remarquons enfin un autre clivage de génération, qui est d’ordre politique : l’UMP trouve majoritairement son fonds de commerce électoral parmi les personnes âgées, comme l’attestent diverses études, alors que les partis de gauche, le PS ainsi que les écologistes et le Mouvement Démocrate sont majoritaires chez les jeunes. Ceci signifie que le conflit de génération est aussi reflété dans le clivage politique. Les jeunes avaient déserté les urnes, mais ils pourraient bien se réveiller et se remobiliser. Ce serait alors une défaite encore plus criante de l’UMP, de Nicolas Sarkozy notamment, aux élections présidentielles !

 

Billet également publié par l'auteur sur les blogs Mediapart, Lepost.fr, HautetFort.

01/09/2010

Une présidentielle 2012 sans Nicolas Sarkozy ?

Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages. Il révulse les sympathisants de gauche, les écologistes, comme ceux du centre et notamment du MoDem mais fait nouveau : il éructe des tenants de son camp, de l’UMP, parlementaires et même ministres, qui sont tenus de la fermer.

Nicolas Sarkozy est bien l’instigateur de cette récente polémique xénophobe et sécuritaire. Il croyait faire un coup gagnant mais ce coup s’est avéré doublement perdant pour lui : d’une part il a soulevé une partie de son propre camp contre lui, d’autre part il n’a pas rallié ou peu les voix du Front National et a au contraire légitimé les thèses de ce dernier, à la grande joie de Marine Le Pen qui s’en trouve ainsi renforcée.

Il est évident que cette polémique sur la sécurité et sur les Roms a été sciemment lancée par le pouvoir pour faire oublier l’affaire Woerth-Bettencourt et les graves problèmes des retraites et du chômage tout en essayant de rallier des voix du Front National. De plus, le problème se délinquance et de sécurité, qu’il ne faut pas nier, aurait pu être abordé d’une toute autre manière, invitant les différents partis et représentants de la vie civile à s’exprimer, à faire des propositions. Au lieu de cela, il fut abordé à partir d’un fait divers à Grenoble, suivi de phrases choc, amalgamant problèmes de délinquance et immigration, amalgamant aussi Roms et gens du voyage (95% sont pourtant Français depuis plusieurs générations dont une majorité respectent la loi).

Un président de la République se doit d’apaiser et rassembler les citoyens, pas de les monter les uns contre les autres ni d’allumer des mèches reliées à des tonnes de dynamite.

Aujourd’hui, c’est François Fillon qui tient ce rôle apaisant, sécurisant, rassembleur alors que Nicolas Sarkozy a voulu supplanter le rôle de 1er ministre en étant directement au front, aux commandes opérationnelles. Il y a bien dans les faits une inversion des rôles. Les Français le ressentent et traduisent ce sentiment dans les sondages. Position difficile de François Fillon, qui fait le dos rond, se doit de défendre le président et de calmer les insurgés de son camp, tout en n’en pensant pas moins et cherchant à calmer les pitbulls qui en rajoutent en aboyant un peu fort.

François Fillon a essayé avec brio de défendre la politique sécuritaire en conformité de l'application de la loi, avec des paroles très argumentées, mesurées, assez convaincantes (matinale de France Inter lundi dernier 30 août 2010) et aussi déploré ceux qui instrumentalisent le thème de la sécurité à des fins politiques, de tous bord de gauche comme de droite, exhortant ceux qui tirent contre leur camp à rester unis, mais a néanmoins concédé qu'il n'aurait pas employé les mots exprimés par Nicolas Sarkozy. Traduction : cette polémique aurait été déclenchée plus par un problème de forme qu'un problème de fond. Avouons que c'est aller un peu vite, que la "forme", les paroles, les mots choisis, sont extrêmement importants dans l'expression d'un chef d'Etat. Elles ont été comprises de la même manière par l'opinion, par la presse, française et internationale, par les représentants de l'ONU, par le pape et autres représentants ecclésiastiques…

Cet événement et le retournement des sondages, annonçant pour la première fois la gauche, le candidat du PS battant à plate couture Nicolas Sarkozy au 2nd tour des présidentielles (DSK à 59%, Aubry à 53%),, amorçant une pente descendante du candidat jugé naturel et incontournable de l’UMP, pourrait bien retourner complètement les hypothèses et les scénarios de cette présidentielle.

Même si elle n’ose pas l’avouer, l’UMP a bien du souci à se faire et devrait sérieusement envisager une solution de secours, un candidat alternatif à Nicolas Sarkozy au cas où cela tournerait mal. Elle a intérêt à le faire face à plusieurs risques : non seulement au risque d’impopularité croissante du chef de l’Etat, mais aussi à celui qu’il soit rattrapé par les affaires compromettantes, l’affaire Woerth-Bettencourt comme l’affaire Karachi (voir Mediapart), ou encore un scandale personnel lié à son couple, si Carla dérape ou ne supporte plus de couvrir une politique et une image contraire à son idéal.

Or aujourd’hui quels sont les candidats alternatifs pour l’UMP ? Je laisse de côté Alain Juppé, qui est intéressé mais loin derrière d’autres hypothèses plus probantes :

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1-François Fillon me paraît être le premier, aujourd’hui, à pouvoir revendiquer les meilleures chances. Dans le même temps, en mettant en avant ses valeurs républicaines et gaullistes, il gênerait Dominique de Villepin dont la candidature serait moins clivante et aurait intérêt à se retirer pour ne pas diviser les voix. En même temps, François Bayrou pourrait dialoguer plus favorablement avec lui, envisager des points d’accord, de même que la candidature de Hervé Morin ferait encore plus flop. François Fillon pourrait « recentrer l’UMP », en rassemblant plus facilement le centre, en tout cas en perspective d’un 2nd tour de présidentielle, mais à condition d’évincer tous les anciens pitbulls de la Sarkozy y compris Claude Guéant, et de construire un projet plus centriste, plus rassembleur, plus juste, plus républicain et plus démocrate.

2-Jean-François Copé, avec ses dents longues, est aux avant-postes. Il conduisait jusqu’à présent une stratégie de candidature UMP pour 2017, se positionnant chef parlementaire des députés UMP avec l’avantage de pouvoir narguer ou challenger parfois Nicolas Sarkozy, convoitant maintenant la présidence du parti en critiquant ouvertement son organisation aux dernières universités d’été de l’UMP, en concurrence frontale avec Xavier Bertrand. Il est aussi un des candidats potentiels au poste de 1er ministre. Une anticipation de sa candidature présidentielle pour 2012 ne serait pas à écarter dès que l’occasion se présentera. Mais ce candidat serait à mon avis un « Sarkozy-bis », avec même comportement médiatique et opportuniste, attiré par l’argent et les affaires, trop sûr de lui, attisant les braises plutôt que cherchant à rassembler et à calmer le jeu, clivant les gens de son camp, recueillant plutôt les voix de ceux qui veulent perpétuer le régime actuel.

3-Enfin, Dominique de Villepin, s’il arrive à conserver et même à amplifier l’élan récent de popularité à son égard, à rallier un nombre important de parlementaires UMP qui suivent leur électorat de droite déçus et même effrayés par Nicolas Sarkozy, pourrait bien reprendre la main, avec une revanche éclatante du panache sur le croc de boucher ! Si François Fillon ne souhaite pas être candidat et soutient Dominique de Villepin dans l’hypothèse d’une primaire UMP, ce pourrait être décisif. Mais je fais le pari qu’il n’y aura pas de primaires à l’UMP !

Je suis persuadée que le paysage politique va bien changer d’ici avril 2012. Les scénarios que nous présentent et nous imposent actuellement la presse, les médias et les sondages qui présentent des hypothèses pour acquises, seront à revoir. DSK ne sera probablement pas candidat malgré tout le battage médiatique imposant l’intérêt de sa candidature, car ce serait prendre un risque important de quitter son poste au FMI, qui lui assure honneurs et confortable rémunération (461 000 $/an), d’autant plus que l’UMP a semble-il en réserve un dossier compromettant en forme de peau de banane (dixit Frédéric Lefebvre devant trois journaliste). La gauche et notamment le PS, qui était l’an dernier décrit comme « un grand cadavre à la renverse » par BHL, ne doit pas se réjouir trop par avance. La partie n’est pas gagnée. Le PS a été regonflé non pas grâce à un projet ni à des propositions constructives et réalistes, notamment pour résoudre le déficit et les problèmes des retraites, d’éducation et de sécurité, mais bénéficie plutôt des retombées du rejet sarkozyste de l’opinion. De même pour les écologistes qui ont plutôt fait preuve de divisions internes et n’ont pas encore de programme, malgré l’élan médiatique de la candidature d’Eva Joly qui a masqué le reste.

 

Quant à François Bayrou et son Mouvement Démocrate, il est donné par la presse et les sondage comme perdant même si bayrou_3.jpgdémontrant une forte résistance, grignoté à la fois sur sa droite par de Villepin et sur sa gauche par les écologistes, mais il creuse son sillon, est le premier à avoir un projet humaniste cohérent qui servira de cadrage à un projet présidentiel, il incarne à la fois l’éthique en politique, la mesure sécurisante à laquelle les Français aspirent, la volonté de dialoguer et de rassembler au-delà des clans. Il est clairvoyant, avait dénoncé le grave problème du déficit et des inégalités croissantes, ainsi que les dérives de la sarkozie (dans son dernier livre Abus de Pouvoir), bien avant les autres. Et sur le plan humain, il est chaleureux, généreux et sympathique, il parle vrai et simplement, calmement, avec mesure et discernement. Certains devraient se rappeler le la fable de La Fontaine, Le lièvre et la tortue

29/08/2010

Peut-on supprimer la spéculation ?

Face à la crise financière devenue économique, le diagnostic qui en est fait a posteriori par les professionnels, les économistes comme par les sociologues et les politiques, converge à la fois sur ses causes conjoncturelles (déclenchement par l’éclatement de la bulle financière spéculative des crédits immobiliers subprime américains, avec amplification grâce à la titrisation, négligence ou complicité des agences de notation, déficience de régulation, …) et sur ses causes structurelles (financiarisation de l’économie, culte du profit, spéculation à court terme, économie de marché non suffisamment régulée dans la mondialisation, diktat des marchés et des traders au détriment de l’économie réelle, …).

 

Nous sommes à présent dans la phase des propositions, des recherches d’alternatives. Si le capitalisme perverti par la financiarisation de l’économie, appelé « néocapitalisme », est fortement critiqué et offre à  la gauche un grand boulevard par retour brutal de balancier, personne ne propose cependant de revenir à un système communiste. Parmi les penseurs et économistes dits « de gauche » sont de plus en plus évoquées la suppression de la spéculation et la nationalisation des banques (Frédéric Lordon souhaite ardemment leur nationalisation à coût zéro lorsque leurs valeurs se seront effondrées suite au dénouement inéluctablement catastrophique de la crise des dettes publiques des Etats). Certains comme Paul Jorion prônent la suppression des « paris sur les prix » (ce qui signifie en langage financier les opérations à terme, les ventes à découvert, mais aussi les contrats de futures et d’options, de change, de taux ou d’actions, que les contrats soient réalisés en gré à gré ou sur marchés organisés, ainsi que les CDS, contrats d’assurance sur les risques de défaillance d’entreprises). Voir le très intéressant débat animé par Jean-François Kahn le 28 juin 2010 avec notamment ces protagonistes, sur le thème de la réforme du système financier international (environ 2 heures par tranches de 20 mn).

 

Pour répondre à la question « peut-on supprimer la spéculation », il convient de définir ce qu’est la spéculation, en quoi elle est utile ou nuisible, et sur ses aspects nuisibles comment elle peut être contenue, faut-il agir sur les spéculateurs, sur les produits financiers utilisés par les spéculateurs, sur les outils du marché (la bourse) ou encore sur les entités comme les banques, les hedge funds, où sont logées des activités spéculatives ? Comment le faire sans empêcher l’économie de fonctionner, sans nuire aux clients finaux qui utilisent la bourse et les produits financiers à des fins non spéculatives, mais pour se financer et couvrir des risques ? Ne vaut-il pas mieux décourager la spéculation par la fiscalité, en taxant les opérations spéculatives, les profits financiers et les bonus des traders ?

 

Qu’est-ce que la spéculation financière ?

 

On parle d’une opération financière ou commerciale « spéculative » lorsque cette opération a pour objectif de réaliser un gain d'argent en pariant sur la fluctuation des cours du marché. En fait c’est surtout l’intention de parier sur un prix et non la nature de l’opération qui importe, car une même opération peut être réalisée dans une autre intention, celle de couvrir un risque : par exemple un agriculteur qui veut garantir par avance le prix de vente de sa récolte de grain sans savoir quels seront les prix dans six mois, sans savoir quels seront les aléas climatiques. Face à lui, il trouve sur le marché un acheteur de grain qui souhaite aussi se prémunir de variations de prix, afin de garantir une stabilité de prix au consommateur final. De même une entreprise qui s’est financée à taux variable et souhaite se couvrir contre le risque de hausse des taux, pourra avoir recours à un contrat de future ou d’option de taux.

 

Supprimer les « paris sur taux ou sur prix » reviendrait à priver les clients finaux de ces avantages de couverture de risque. Il est donc préférable si on souhaite limiter la spéculation, d’autoriser ces clients à pouvoir utiliser ces instruments pour se couvrir.  Il est possible en revanche de limiter les interventions des acteurs sur les marchés, s’ils n’ont pas un objectif de couverture, mais le dispositif de validation et de contrôle risque d’être complexe, lourd et coûteux.

 

Faut-il supprimer les bourses ? Quelle est la différence entre les opérations de gré à gré et les opérations réalisées en bourse ou sur marchés organisés ?

 

Il y a deux façons de pouvoir recourir à ces instruments à des fins de couverture ou de spéculation :

 

-         faire une opération de gré à gré (OTC, Over The Counter, en anglais) avec une contrepartie, avec une banque (contrat entre deux contreparties garantissant un prix ou un taux convenu d’avance). Les swaps de change et de taux, les FRA (Forward Rate Agreements), les options, les CDS peuvent être conclus en bilatéral de gré à gré. L’inconvénient de ces contrats est d’une part la prise de risque par la contrepartie du client (la banque), qui elle-même doit se couvrir pour neutraliser le risque qu’elle prend, d’autre part l’opacité, la non transparence des positions prises (les régulateurs et les acteurs de marché, les banques elles-mêmes, étaient lors de la crise fin 2008 dans l’impossibilité de mesurer toutes les positions des CDS chez les banques et les risques pris par ces dernières entre elles, ce qui a accéléré la crise de confiance et donc de liquidité, les banques n’osant plus se prêter entre elles) ; les risques de ce types de contrats peuvent être éventuellement limités par des dépôts de garantie (collatéral) ;

-         faire une opération sur un marché organisé, une bourse d’échange de contrats où un acheteur. Ce type de marché (par exemple le CME, CBOT, le Liffe,…) a été d’abord créé pour les matières premières, les denrées alimentaires et agricoles, les métaux précieux, puis a été étendu aux devises (futures et options de change) et aux produits financiers d’actions, d’obligations, de bons du trésor. Chaque intervenant sur ce marché doit faire un dépôt de garantie, une avance de trésorerie, afin de payer les pertes éventuelles réalisées entre la valeur à laquelle il a traitée de contrat et la valeur quotidienne du marché (en sens inverse le compte est au contraire crédité). Si l’acteur ne peut plus continuer à payer, il est obligé de solder sa position et ne peut plus continuer à jouer. Tous les intervenants sont garantis de fait du risque de défaillance d’un autre intervenant de ce marché. De plus, toutes les positions des uns et des autres sont enregistrées, peuvent être connues des régulateurs. Pour traiter sur un tel marché, un client doit détenir un compte chez un compensateur (courtier, banque) qui lui-même détient un compte auprès de la chambre de compensation.

 

Pour les puristes, nous distinguons le terme de « bourse » et le terme de « clearing house » (chambre de compensation sur « marché organisé »). La bourse fait référence à la plate-forme sur laquelle se fait la négociation, la prise d’ordre à un prix entre un acheteur et un vendeur (front-office). Alors que la compensation est l’étape dite « post-marché » (back-office) qui réalise l’appariement des ordres pour valider l’échange entre le titre et le cash par exemple entre deux contreparties et enfin la comptabilisation en compte jusqu’au clearer, banque ou broker. Les dépôts de garantie (deposits) et les appels de marge quotidiens (margin calls) sont gérés par la chambre de compensation. Les bourses, comme les chambres de compensation, facilitent le marché, en sont un instrument, mais ne sont pas synonymes de spéculation. La spéculation s’exerce aussi bien via ces instruments que hors ces instruments en gré à gré. Les supprimer reviendrait à ne plus permettre aux clients de couvrir leurs risques même s’ils ne font pas de spéculation et les spéculateurs pourraient aussi continuer à spéculer en gré à gré …

 

Il est en tout cas préférable de passer par les marchés organisés plutôt que en gré à gré pour limiter les risques et garantir une transparence des positions. Malheureusement, tous les produits financiers ne sont pas traités par les marchés organisés. Ce n’était pas le cas des CDS par exemple. Il faut donc généraliser l’utilisation de ces marchés, créer de nouveaux instruments qui correspondent à ceux traités en gré à gré et répondant aux besoins de clients. Certains prônent la suppression des CDS. Alors qu’il est intéressant pour ceux qui détiennent des titres de pouvoir aussi se couvrir à la baisse sur ces titres. S’ils n’avaient pas l’outil CDS, ils n’investiraient pas tant dans ces titres. Cela pourrait raréfier la liquidité des titres souverains par exemple, alors même que les Etats ont besoin d’en émettre pour financer leur dette publique.

 

Qui sont les spéculateurs ? Sont-ils utiles au fonctionnement du marché ?

 

Les spéculateurs, qui parient sur des prix ou des taux en espérant gagner sur la différence de prix, peuvent être des personnes privées, ou des personnes morales (notez le paradoxe de la formule …) : des banques ou des fonds d’investissement spéculatifs (hedge funds ou private equity funds).

 

Pour qu’un client qui souhaite couvrir un risque trouve facilement contrepartie sur le marché, que ce soit en gré à gré (accord bilatéral) ou sur un marché organisé ou une bourse, il doit trouver un autre qui a envie de faire l’opération en sens inverse. Il ne trouve pas forcément à la minute un autre intervenant final, qui a aussi cet objectif de couverture. Des acteurs servent d’intermédiaire en acceptant de prendre position à un certain prix momentanément, acceptant aussi de faire des opérations en sens inverse. Ainsi, les banques, des courtiers (brokers) ou les teneurs de marché (market-makers), cotent en permanence des produits financiers ou de matières premières, avec une fourchette de prix (spread) affichant un bid/offer, à la fois un prix d’achat et de vente. Ces intervenants peuvent limiter leur position pour ne pas prendre trop de risque ou les couvrir sur des marchés équivalents en terme de risque (arbitrage). Ils gagnent ainsi globalement sur l’écart de prix appliqué au volume traité. Ces acteurs contribuent à la liquidité du marché, c'est-à-dire à sa fluidité, à la garantie pour les clients de trouver contrepartie face à eux. On ne peut pas qualifier cette activité de spéculation si les positions nettes sont relativement limitées, clôturées ou presque en fin de journée. Mais si une banque conserve des positions ouvertes importantes, elle prend un risque qui peut alors mobiliser des fonds propres, conformément aux exigences réglementaires de Bâle. Si ces fonds propres sont partagés avec des activités commerciales, une ponction sur ces derniers pour combler des pertes pourra nuire aux activités commerciales de la banque, l’empêchant de continuer son activité de prêts classiques aux clients, voire compromettre les dépôts des clients. C’est pourquoi il serait plus sain de séparer capitalistiquement les activités de banque commerciale/dépôt et les activités de marchés risquées. C’était l’objectif du Glass-Steagle Act qui avait été instauré aux Etats-Unis après la crise de 1929 et abrogé en 1999 lors de la vague de dérégulation des marchés. Cependant, le contexte a évolué et les opérations de marchés peuvent tout à fait être cotées aux clients par des banques commerciales, en couverture de prêts classiques faits pour les mêmes clients, en gré à gré, et être couvertes quasi systématiquement sur marchés organisés de préférence, sans pour autant engendrer des positions spéculatives en compte propre. C’est plutôt la logique qu’il faudrait à mon avis cibler : limiter les positions pour compte propre des banques. Ceci limiterait également la fonction de trader à une activité de vendeur clientèle et teneur de marché. C’est ce que j’ai préconisé dans cette chronique publiée sur LeMonde.fr.

 

En dehors des banques, qui ne sont pas forcément des spéculateurs si elle limite leurs positions ouvertes, ou le sont sans le savoir si elle ne contrôlent pas correctement leurs positions et leurs risques notamment en cas de fraude ou de dissimulation volontaire (affaire Kerviel), des spéculateurs purs peuvent jouer de leurs propres deniers sur ces marchés : les fonds spéculatifs, de même que des personnes privées. Faut-il interdire à ces acteurs de prendre des positions sur opérations financières si après tout ils ne risquent que leur argent ? Pour répondre, il faut être conscient de la nuisance potentielle de ces acteurs :

1-     Ils accélèrent la hausse ou la baisse de prix ou de taux en aggravant une situation (dette publique grecque par exemple). Les marchés sont moutonniers. Ce qui importe pour un spéculateur, ce n’est pas le prix réel économique du bien, c’est anticiper le prix que le marché attend. Il a tendance à suivre la tendance haussière ou baissière. Mais en vendant une valeur en baisse en vue de la racheter moins chère plus tard, il accélère sa baisse … Ce phénomène a été lourdement aggravé par la mise en place des trackers, des automates informatiques ;

2-     S’ils pèsent de façon importante sur le marché et ont traité en gré à gré avec des contreparties, des banques, une défaillance de ces acteurs met ces contreparties en risques (effet de domino, réaction en chaîne). Il est donc fortement déconseillé de permettre à une banque d’investir dans un fonds spéculatif et même de prêter à un fond spéculatif. Elle se met non seulement en risque sur ses fonds propres, mais également ses autres contreparties par effet de contagion, engendrant un risque systémique. Il faut dénoncer les situations déviantes où des banques ont prêté des fonds à des hedge funds qui en contreparties apportaient des fonds propres à ces banques créancières, sachant l’effet de levier important réalisé (la banque peut prêter en gros en moyenne 12 fois ses fonds propres pour respecter un ratio FP/engagements de 8%) !

3-     Autant un pays peut interdire les fonds spéculatifs chez lui, il ne pourra pas les interdire ailleurs et ces derniers pourront à leur gré réaliser des opérations dans le pays ou sur des produits financiers concernant le pays qui peuvent perturber ses marchés ou des entreprises du pays (spéculation sur la dette grecque, les CDS, etc.). Il est possible néanmoins d’interdire aux banques du pays de traiter avec des fonds spéculatifs, de même qu’avec les paradis fiscaux, les Etats dits « non coopératifs ».

 

Faut-il nationaliser des banques ? La nationalisation des banques est-elle une solution contre la spéculation ?

 

Le raisonnement sous-jacent à la théorie de ceux qui prônent la nationalisation des banques est la suivante : la spéculation financière est la cause du développement et de l’éclatement des bulles financières, ainsi qu’un facteur aggravant des crises. La spéculation financière est exercée par les banques, encouragée par la recherche effrénée du profit, par les traders dont c’est l’objectif, ainsi que par les actionnaires dont l’objectif est celui d’une rentabilité financière maximale à court terme. Si les actionnaires étaient l’Etat, ce dernier serait mandaté pour avant tout satisfaire un objectif de service public d’intérêt général, qui est de fournir à des clients de la liquidité, des financements, des opérations de change, des produits de placements, à un prix raisonnable. Mais pas pour faire du profit.

 

Le problème, c’est que ce raisonnement, partiellement exact, ne tient pas sur plusieurs aspects :

1-     Le point qui peut valider cette théorie est que l’Etat va interdire à son établissement de spéculer pour son compte. Ce n’est pas sa vocation de spéculer. Il ne cherche pas à prendre des risques au-delà de ceux nécessaires pour rendre service aux clients. Cependant, cette interdiction de spéculer pourrait très bien être faite à des banques sous capitaux privés, au travers de la réglementation, sans les obliger à être sous capitaux publics;

2-     la prise de risque exercée par un établissement bancaire qui prête à un client, qui s’engage financièrement vis-à-vis de ce client (cela peut-être aussi sur des opérations de couverture de change ou de taux), exige une rémunération répondant à une logique d’assurance, basée sur des statistiques, basées sur la connaissance du client. Si l’Etat cherche à favoriser tel secteur de l’économie, tel acteur, au mépris des critères de risque et de rentabilité, il y a réel danger que d’une part il y ait confusion ou collusion  entre les intérêts politiques et l’intérêt de la clientèle, du favoritisme (soutien d’entreprises ou de personnes qui elles-mêmes soutiennent le parti au pouvoir, ou satisfaisant des élus locaux) et une déresponsabilisation en termes de prise de risques. C’est en fait ce qui s’est passé avec le Crédit Lyonnais, les participations que la banque avait prises directement ou au travers de Altus Finance, une filiale spécialisée, avec l’incitation de son président de l’époque, Jean-Yves Haberer, qui était en ligne directe avec le ministre des finances Pierre Bérégovoy. Le gouvernement, grâce à son outil financier, s’est lancé dans la « banque-industrie », insistait pour soutenir certaines entreprises, certains secteurs. Cette politique a mené au désastre qui a coûté environ 100 milliards de francs (15 milliards d’euros, 8 en net après prise en compte des recouvrements et de la privatisation) au contribuable. Ce n’est pas en soi  la spéculation qui a mené la banque à la faillite, mais des investissements risqués et mal gérés … Nous avons déjà vécu l’expérience du système bancaire nationalisé et ce n’est pas la panacée. Dans les pays qui ont nationalisé des banques de manière quasi forcée, quand l’Etat est venu à leur secours pour les recapitaliser, en Finlande dans les années 1990 comme récemment en Grande Bretagne, c’était plutôt considéré comme une situation provisoire. L’Etat peut en tant que régulateur imposer aux banques des contraintes, limiter leur activité spéculative, la taxer. N’est-ce pas suffisant sans en arriver à un système collectiviste d’économie étatisée ?

3-     La nationalisation du système bancaire serait de plus extrêmement coûteuse, si l’Etat devait racheter les actions des banques à leur prix actuel. Attendre que leur prix baisse en souhaitant la ruine des banques comme le fait Frédéric Lordon me paraît sinon illusoire, irresponsable.

 

Il faut aussi remettre l’activité financière et bancaire dans son contexte global mondialisé. Toute décision fiscale ou réglementaire peut inciter des acteurs à s’installer ailleurs pour exercer ses activités, de même que les clients peuvent recourir à des services bancaires off-shore, de même que traiter sur des bourses ou marchés étrangers. Comme pour traiter le problème des paradis fiscaux, ces questions de régulation financière et de fiscalité de ces activités devraient être abordée par la communauté internationale. Malheureusement, même si le G20 a multiplié les annonces, les intentions, il n’a pas été très efficace.

 

Certains pays ont pris l’initiative : Angela Merkel a interdit en Allemagne les ventes à découvert. Barack Obama et son équipe ont réussi à faire voter au Congrès une réforme financière aux USA qui limite l’activité pour compte propre des banques en les obligeant à loger certaines activités (swaps sur matières premières, CDS)  dans des filiales séparées et capitalisées, limitation de la participation des banques dans les fonds spéculatifs, obligation à passer les opérations dérivées de gré à gré sur des chambres de compensation,…). L’Union européenne à la peine est en retard mais va probablement aller dans le sens des mesures américaines qui, même si elles présentent des « trous d’air », sont une avancée pour non pas supprimer, mais au moins contenir la spéculation financière et limiter les risques.

 

Conclusion :

 

Il n’est pas raisonnable et illusoire de penser que l’on puisse supprimer complètement la spéculation. La spéculation n’est pas nuisible si elle est limitée, contenue, par la réglementation, par une redéfinition du rôle des banques, en interdisant aux banque commerciales ou de dépôt non pas de faire des opérations de marchés avec leur clients mais en limitant l’activité de trading en compte propre sur ces instruments et en se couvrant auprès des marchés organisés qu’il faut étendre en termes d’instruments, notamment concernant les CDS. Il faut leur interdire aux banques de prêter aux fonds spéculatifs, de faire avec ces derniers des opérations de gré à gré de même que prendre des participations à leur capital. Pour tous les acteurs, l’interdiction des ventes nues à découvert, décidée par l’Allemagne est une bonne mesure également pour limiter la spéculation nocive. Par ailleurs, une fiscalité spécifique sur les activités spéculative, sur les profits de marché ou sur le trading compte propre, peut aussi être un facteur dissuasif à la spéculation. Une taxation de type « taxe Tobin » sur les transactions financières est un « grain de sable » qui peut rendre moins attrayant les opérations spéculatives à petits gains (sur les automates notamment) qui multipliées en grand nombre accélèrent les effet haussiers et baissiers des marchés, donc leur volatilité et leur instabilité. Cette taxe peut en même temps être une ressources utilisée comme fonds d’assurance risque ou à d’autre fins.

25/08/2010

Coopération plutôt que compétition : la clé pour changer de modèle de société

 Il faut changer de « modèle de société », trouver une alternative au capitalisme, dominé par la recherche absolue du profit et par la loi du plus fort au détriment de l’égalité et de la fraternité, et aussi une alternative au socialisme, dominé par l’Etat et le collectivisme au détriment de la liberté, qui tous deux ont montré leur limite. Telle est la conclusion de plus en plus évoquée par les groupes politiques, des philosophes, des think-tanks, ... Mais si les diagnostics convergent, ils sont néanmoins limités par le périmètre de l’analyse (économique et écologique essentiellement, qu’il faut compléter par une analyse sociologique, psychologique, philosophique, anthropologique, sur des domaines étendus tels que l’éducation, les médias, la culture, la santé et même la politique…). Ces diagnostics convergents souffrent aussi d’un manque d’analyse en profondeur sur les causes profondes et nécessitent une approche plus globale. Enfin, ils ne sont pas suivis de réelles propositions alternatives où ces dernières restent très partielles.

 

Je suis même frappée que les éminents sociologues et économistes qui sont le plus écoutés en ce moment pour avoir alerté et prédit la crise (Joseph Stiglitz, Paul Jorion, Nouriel Roubini, Frédéric Lordon, …) axent essentiellement leurs propositions sur la nécessité d’une forte régulation, d’une suppression de la spéculation financière, du renforcement et de la redéfinition du rôle de l’Etat face aux puissances financières multinationales, d’une éventuelle nationalisation des banques, etc. sans aller vraiment plus loin. Je pense surtout à Paul Jorion, qui est anthropologue et aurait dû reprendre le sujet essentiellement sous l’angle anthropologique, de l’évolution de l’homme et des civilisations, sur ses aspirations profondes et sur la lutte pour sa survie, survie individuelle et survie de l’espèce.

 

Par le terme « modèle » de société, il faut entendre deux sens :

-         d’une part la référence idéologique à un type de société, de civilisation, qui serait « idéal », une utopie qui pourrait servir de modèle, à envier, à prendre pour exemple, à cibler ;

-         d’autre part la référence conceptuelle systémique à la façon de fonctionner d’un organisme, comme celui du corps humain avec son code génétique, ses cellules constituant un organes, organes eux-mêmes constituant ensemble un corps, ou comme l’écosystème, ou encore une entreprise. Quelle est la finalité du système ? Sa motivation ? De quoi se nourrit-il ? De quoi est-il composé et quelle est la motivation de ses composants ? Quels sont ses principes de régulation ?

 

Cette question du « modèle de société » doit nous interpeller dans sa globalité, pas seulement dans sa composante économique ni seulement sous l’angle écologique. L’analyse du fonctionnement de la société actuelle dans la mondialisation devrait nous conduire à remonter aux causes profondes, psychologiques, qui motivent l’être humain dans son conditionnement social et éducatif, aux dysfonctionnements structurels de la société et de l’économie dans leur organisation, en analysant les valeurs qui les motivent collectivement, leur moteur (motivation) et leurs freins (loi, régulation) et les interactions entre l’individu et la société dans laquelle il évolue.

 

Une des principales clé de la réflexion sur le moteur de fonctionnement, qui mène justement à tous ces dysfonctionnements sociaux, économiques, écologiques et même politiques, semble être la primauté accordée à la compétition sur la coopération, répondant à une logique darwinienne de la loi du plus fort. Voir à ce sujet un article que j’avais publié l’an dernier, intitulé « Pour une société plus coopérative ». Ceci est vérifié dans de nombreux domaines :

 

-         En économie de marché capitaliste (basée sur la recherche du profit), la primauté est donnée à la concurrence sur un marché libre, ou devront gagner les plus forts au détriment des plus faibles. C’est cette loi que la Commission européenne met toujours en avant, au risque de casser des services publics d’intérêt général ou des logiques coopératives soupçonnées de cartellisation (par exemple dans le domaine bancaire pour des services communs de cartes bancaires ou de paiements, ou de bourse européenne,…). Le but recherché des entreprises et des individus qui composent la société est avant tout la recherche du profit et non l’intérêt général, le développement humain. L’hypothèse est d’une part l’argent fait le bonheur des hommes, d’autre part que l’optimisation par la recherche du profit conduit à la meilleure façon d’augmenter la richesse globale qui « retombe en pluie » en enrichissant la collectivité dans son ensemble, crée des emplois etc. Une régulation par la fiscalité et les lois permet par ailleurs d’assurer une sécurité publique et une redistribution minimale pour garantir une paix sociale. Mais ce système comporte plusieurs « bugs » à commencer par ses faux postulats et non vérification de ses hypothèses :

o       l’argent ne fait pas nécessairement le bonheur,

o       l’accroissement global du gâteau ne s’est pas traduit pas une retombée en pluie mais par l’accaparement des richesses créées par la minorité de personnes déjà riches et puissantes,

o       la concurrence tue la concurrence dans la mesure où la loi du plus fort dans la recherche de la meilleure rentabilité conduit à des situations de monopole, à  la concentration des entreprises, où les plus grosses deviennent les plus rentables, attirant les actionnaires à la recherche du meilleur ROE et les clients à la recherche du meilleur prix, au détriment des valeurs sociales, humaines, de la qualité, …,

o       la liberté du marché est souvent un leurre : les opérations d’initiés montrent que l’accès à l’information n’est pas le même pour tous, de même que je jeu est faussé en politique et en économie par les liaisons entretenues entre les hommes politiques au pouvoir et les puissances médiatiques et financières  (affaire Bettencourt, domination de la presse et des médias par des actionnaires en affaire avec l’Etat, …),

o       le « prix de marché » n’est pas forcément un prix d’équilibre entre une demande globale et une offre globale, mais plus souvent le résultat d’un déséquilibre entre une offre marginale et une demande marginale qui impose leur prix à l’ensemble des acteurs, ainsi que le résultat de manœuvres spéculatives artificielles.

-         Dans le domaine de l’éducation, l’école et l’université : comme le titre Mediapart, « Les élèves sont victimes de la concurrence entre établissements scolaires » en faisant référence à un livre à paraître le 9 septembre « Ecole: les pièges de la concurrence ».

o       Les établissements scolaires, pour optimiser leurs résultats, privilégient la réussite de leurs meilleurs éléments et ont tendance à éliminer les faibles plutôt qu’à les tirer vers le haut ces derniers et les moyens,

o       La suppression de la carte scolaire (au motif de la liberté de choix en favorisant la concurrence entre établissements) a renforcé les inégalités et encore plus ghettoïsé les quartiers, faisant fuir les bons élèves qui étaient dans des collèges jugés moins bons, comme le montre un rapport de la Cour des Comptes,

o       La décentralisation appliquée aux universités est bonne pour ce qui est de la meilleure responsabilisation des établissements sur leur gestion opérationnelle, leur organisation, mais en revanche leur mise en concurrence et leur hyper spécialisation doublée de leur autonomie financière, à l’image des universités américaines, conduit à une inégalité des offres sur le territoire, obligeant les étudiants à déménager loin de leur famille pour suivre un cursus dans une autre région, engendrant des coûts importants, de même qu’elle aboutit à une inflation des coûts pour attirer les meilleurs professeurs et à une élévation importante des frais d’inscription, privilégiant ainsi les élèves qui ont les moyens.

-         Dans les secteurs publics et notamment dans la police, au pôle emploi et dans le domaine de la santé, avec la culture du résultat, du chiffre : Nicolas Sarkozy a voulu créer de l’émulation dans les services publics, chez les fonctionnaires, en les évaluant sur leurs résultats comme on le fait dans une entreprise privée. Si l’intention est louable, de vouloir optimiser les résultats, la manière de le faire peut conduire au résultat opposé :

o       Les policiers, jugés sur l’efficacité de leur action par le décompte des plaintes (une baisse signifiant une réduction de la criminalité), refusent des dépôts de plainte ou préfèrent enregistrer des « mains courantes » qui ne conduisent pas à une enquête. Un policier peut hésiter à s’occuper d’une atteinte physique à la personne car l’objectif est de baisser le chiffre de ce type d’intervention ! De même que la hausse des gardes à vue souvent non justifiées est motivée encore par le chiffre, …

o       La concurrence entre les hôpitaux et la course à la rentabilité conduit à une concentration des établissements, donc à un problème de maillage du territoire accélérant la désertification des campagne et les déséquilibres sur le territoire, de même que l’évolution des facturations de service à la tâche, aux nombre d’actes, ou la limitation des ordonnances, la politique des quotas, peut en final nuire à la qualité des soins.

o       L’accroissement du nombre de suicides chez France Telecom est aussi une conséquence de la mise en place de cette politique du chiffre appliquée à un service public,

o       Dans certains cas cette politique a conduit à changer le thermomètre, jouer sur les statistiques, pour modifier le chiffre servant à l’évaluation (mesure du nombre de chômeurs,

-         Dans l’organisation du monde et la politique internationale : la concurrence mondiale pour les ressources terrestres en voie de raréfaction, pour le pétrole, les matières premières, l’eau et même les terres agricoles, peut conduire les pays à se faire la guerre pour s’accaparer ces ressources. Au lieu de s’entendre ensemble, de s’organiser pour contenir le réchauffement climatique, pour partager les ressources et veiller à ce que leur consommation n’excède pas leur renouvellement, pour réguler la démographie afin qu’elle soit soutenable, de partager l’innovation technologique pour en faire bénéficier les autres, les nations ont tendance à faire cavalier seul, certaines ne veulent pas coopérer (comme les Etats-Unis et la Chine pour signer les accords de Kyoto). La politique de la loi du plus fort n’optimise pas l’intérêt général et compromet à présent la survie même de la planète. Elle favorise les guerres, rend la paix impossible. La création d’organisations internationales comme les ONG, l’ONU, la banque mondiale, le FMI, a permis de mettre en place des cadres coopératifs mais avec de nombreux défauts, à la fois de légitimité démocratique, de moyens d’actions insuffisants, et d’absence de coordination globale pour une gouvernance mondiale plus cohérente. L’Union européenne est aussi un bon exemple d’approche au départ coopérative, de mise en commun de moyens, de normes, mais s’essouffle parce qu’elle est essentiellement bâtie sur l’économie et ses règles de concurrence du marché, parce que les nations qui la compose n’ont pas elles-mêmes naturellement cette approche coopérative, se trouvent en conflit ou en concurrence, ne jouent pas la solidarité.

-         Dans le domaine politique : le fonctionnement de la démocratie repose sur une juste représentation des courants d’opinion au travers de partis politiques, sur le choix par les citoyens du président de la république ainsi que de leurs élus représentant ces courants ou ces partis, sur la délégation à ces élus parlementaires de votes des lois au Parlement et du contrôle de l’exécutif. Cependant, la prédominance de scrutins majoritaires, notamment pour les élections législatives en France, fait que celui qui a recueilli le plus de voix l’emporte par circonscription, même s’il représente un pourcentage d’électeurs faible. Il oblige aux ralliements de second tour, favorise la bipolarité sur les deux partis dominants, la concurrence entre la droite et la gauche au détriment d’un centre qui pourrait être plus équilibré et sans doute plus propice à une synthèse de la satisfaction générale. Une fois au pouvoir, le parti qui l’emporte a tendance à imposer sa loi, même si au final plus de 50% des électeurs n’ont pas été satisfaits. Rien ne l’oblige à coopérer avec l’opposition sur des sujets. L’opposition de son côté, se sent souvent obligée de dénigrer systématiquement l’action du gouvernement en place pour rester dans son statut d’opposition. Cela peut même conduire à des blocages institutionnels. Par exemple sur le dossier des retraites, il serait bon que chacun y mette du sien, d’un côté le gouvernement pour tenir compte des critiques de l’opposition, par exemple sur le traitement de la pénibilité et sur la recherche de nouvelles ressources que propose le PS ou encore sur le refus par François Bayrou et le MoDem de retarder de 65 à 67 ans l’âge auquel on peut valoriser ses droits à la retraite sans pénalité. De même que l’opposition ne devrait pas bloquer complètement une réforme vitale, nécessaire, au risque sinon de compromettre le système de nos retraites par répartition et d’aggraver le déficit public déjà abyssal. En politique, il faut aussi apprendre à coopérer plutôt que se faire systématiquement concurrence.

 

Cette approche coopérative est de plus en plus mise en valeur comme une alternative à l’approche compétitive. En témoignent le succès des AMAP (coopératives mettant en relation les consommateurs et les producteurs), des logiciels libres et des wiki collaboratifs, où un ensemble d'individus mettent en commun gratuitement leurs savoirs au bénéfice de tous, dont ils profitent aussi en retour. Dans la recherche, une transparence et un partage des travaux de chercheurs au travers le monde, grâce à Internet, permet aussi de plus grandes avancées que lorsque chacun joue séparément et même en concurrence, occasionne moins de coût que des investissements parallèles et concurrents dont un seul sera rentabilisé finalement, celui qui gagne en final.

 

L’approche coopérative n’est pas seulement une nouvelle manière de travailler, de s’organiser. Elle suppose aussi de se fixer un objectif basé réellement sur l’intérêt général, sur un niveau de service, sur des critères de satisfaction, de qualité, de préservation de valeurs, plutôt que sur l’unique critère du profit même contraint par des exigences de normes, par des garde-fous exercés de manière coercitive. Une mutuelle ou une coopérative a pour objectif la satisfaction de ses usagers au meilleur coût et non la maximisation du profit à niveau minimum de service. Il s’agit d’inverser l’objectif et les contraintes, donc bien d’un changement de modèle.

 

Une organisation privilégiant la coopération peut être une alternative au capitalisme, notamment au capitalisme financier, mais aussi une alternative au socialisme centré sur l’Etat, en responsabilisant mieux les citoyens. L’Etat ne peut s’occuper de tout. Il conduit même les citoyens à attendre tout de l’Etat, à s’isoler et à moins s’impliquer, voire à faire moins d’effort, par exemple à être moins solidaire vis-à-vis de son prochain puisque l’Etat est là pour le prendre en charge. Plutôt que nationaliser les banques suite à la crise financière, comme le préconisent certains comme Frédéric Lordon, pourquoi ne pas favoriser les structures mutualistes bancaires, qui d’ailleurs existent déjà en France tout en veillant à une suppression des activités spéculatives, à une séparation des banques d’affaires et des banques de dépôts ou banques commerciales ?

 

Cette approche n’est d’ailleurs pas antinomique à l’approche compétitive, car on peut voir des structures coopératives être elles-mêmes en concurrence pour un meilleur service (pas nécessairement pour le profit d’ailleurs). Elle répond aussi à une régulation préventive plutôt que corrective : la spéculation n’a plus cours et les gains de productivité ou en qualité bénéficient à tous. C’est plus sain que laisser faire la spéculation et l’accumulation des profits en capital au bénéfice des plus riches, que l’on cherchera ensuite à taxer plus pour opérer une correction redistributive.

 

La société coopérative est fondée sur la confiance en l’autre et sur la motivation de solidarité, d’aider l’autre, non de le dominer. Elle suppose une conscience et une responsabilité citoyenne, s’appuie sur un autre comportement. Mais pour que cela fonctionne, il faut non seulement que les organisations humaines, les entreprises, les organisations internationales, les nations, les partis politiques, privilégient la coopération selon cette logique, ce qu’on pourrait imposer aux structures, il faut aussi que les individus qui composent ces structures, à la fois en tant qu’usagers ou consommateurs, en tant que salariés et en tant qu’actionnaires/propriétaires, soient eux-mêmes motivés. Un usager est motivé par le meilleur service au meilleur coût, un actionnaire est motivé par la rentabilité de son placement et l’envie de soutenir l’entreprise, un salarié est motivé par son salaire mais aussi par la fierté de travailler dans une entreprise utile, respectant des valeurs et une certaine éthique, se conduisant correctement. L’approche coopérative revient à faire converger ces intérêts. L’usager est en même temps actionnaire. Le salarié peut l’être aussi.

 

La société coopérative est une société humaniste. Elle est la clé de voûte d’une approche idéologique que l’on peut appeler l’humanisme, en alternative au capitalisme et au socialisme.

19/08/2010

Simulateur présidentielles 2012 : le centre peut l'emporter avec une alliance écologiste

Les résultats des prochaines élections présidentielles dépendront d'une part du nombre de candidats présents au 1er tour, notamment de l'éventuelle division de la droite ou de la gauche dès le 1er tour, d'autre part d'alliance potentielle de 2nd tour. J'ai réalisé un petit simulateur tout simple (sous excel) et fait quelques hypothèses, que l'on peut changer à loisir (ci-joint pour les joueurs et aussi pour ceux qui n'arrivent pas à visionner l'image ci-dessous).

Je pars de candidats potentiels ou de personnalités pas forcément candidates mais représentant une sensibilité à laquelle j'attache un score en % de voix exprimées Le Pen,Sarkozy,Villepin,Morin,Bayrou,Eva Joly,Strauss-Kahn,Royal,Aubry,Hamon,Mélenchon,Laurent,Besancenot.

Hypothèse 1 : Candidat unique UMP (sans Villepin) et alliance de 2nd tour de EE avec le PS

=> Le PS l'emporte contre l'UMP  à 54% contre 37% si abstention du MoDem et à 58,5% contre 41,5% si répartition 50-50 des voix du MoDem. 

Hypothèse 2 : alliance centre + droite républicaine sociale dès le 1er tour

=> Cette alliance de centre-droit peut devancer l'UMP (Sarkozy) dès le 1er tour (19% face à 18%) mais le PS l'emporte avec 54% des voix.

Hypothèse 3 : alliance centre élargie à EE

=> Le centre républicain-écolo est au 1er tour (28%) face au PS (30%) et l'emporte au second tour avec 56% contre 45% et au pire si l'extrême droite s'abstient à 46% contre 45%.

Hypothèse 4 : alliance centre très élargie avec écologistes et sociaux-démocrates du PS

=> Le centre social-démocrate-écolo est au 1er toutr (44%) face à l'UMP sarkozyste (18%) et l'emporte haut la main à 73% ou au pire à 58% si l'extr^me gauche s'abstient contre 27% pour l'UMP.

 

CONCLUSION :

- il y a une réelle probabilité d'échec de la candidature UMP et notamment deu candidat Sarkozy,

- plutôt que s'arc-bouter sur le bipolarisme droite-gauche, l'hypothèse du centre est plausible,

- sans pouvoir l'emporter en finale, les écologistes ont un réel pouvoir de challenge, permettant soit par un report au second tour de leur voix sur le centre ou le PS, soit par l'éventualité d'un rassemblement de 1er tour dans un centre élargi, de challenger la victoire du PS. Dans tous les cas, ils peuvent négocier par avance en faisant monter les enchères des postes de ministres et des places aux législatives, que ce soit avec le centre ou avec le PS, et faire durer le suspense jusqu'au bout ...

Simulateur2012.xls

Simulateur2012.xls

 
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