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18/08/2010

Eva Joly : une icône médiatique pour un casting présidentiel ou une véritable présidentiable ?

Eva_Joly080609275.jpgCette semaine, nouveau bombardement médiatique sur Eva Joly, la nouvelle icône, l’égérie de Europe Ecologie, intéressée à la candidature aux élections présidentielles de 2012 comme elle vient de l’annoncer dans une interview au journal Sud-Ouest et encouragée par Daniel Cohn-Bendit : on parle d’elle comme d’une nouvelle star. Médiatisée par l’affaire Elf, connue pour son courage et son combat contre la corruption, puis débutante en politique (de même qu’en matière d’écologie) avec la percée des écologistes aux élections européennes, elle est accueillie en « guest star » dans les meetings d’Europe Ecologie. « Les militants ont été subjugués. Ça relève un peu de l'irrationnel », commente Patrick Farbiaz, membre du conseil national des Verts. C'est "l'effet Eva", s'amuse un militant Verts. « Ça ne tient pas la route mais elle cartonne. »

 

Cela ressemble plus au lancement d’un marque, à une opération marketing, à un coup d’essai pour tester l’opinion : portrait panégyrique dans Le Monde, dépêche AFP, articles dans Le Figaro, Le Parisien, 20minutes.fr, …

 

Cependant, une méfiance règne à son égard chez de nombreux militants et des représentants des Verts, qui lui reprochent son ego démesuré et un profil qui n’incarne pas le militantisme écologique, de même que son âge (66 ans, donc 68 en 2012 !). Or Les Verts sont la principale composante politique du « réseau » Europe Ecologie, qui rappelons-le n’est pas un parti ni une coopérative malgré l’image utilisée par Daniel Cohn-Bendit. Une méfiance également exprimée par le magistrat Philippe Bilger et par le faible retentissement de ces articles sur le Web.

 

De mon côté, je me méfie à la fois de la starisation d’une personne et des manipulations politiques qui font feu de tout bois. L’UMP cherche à diviser la gauche et le centre, affaiblir le PS et le MoDem en renforçant une candidature écologiste, tout en divisant entre eux les écologistes …

 

Je reconnais à Eva Joly son courage, son implication forte dans le combat contre la corruption, son charisme. Elle dénonce plus que quiconque les scandales d’Etat avec un fort retentissement. Elle prend son job de député européen au sérieux. Elle n’appartient pas à l’élite politique habituelle, sortie de l’ENA ou qui a fait carrière par le jeu électoral jusqu’à en dépendre financièrement. Sa motivation paraît authentique.

 

Mais certains aspects me gênent. Les critiques des Verts sur son ego, son manque d’expérience politique, son âge, sont justifiées, d’autant plus que la candidate Cécile Duflot, qui a fait ses preuves et incarne vraiment le combat écologique, est compétente et représente très bien son courant, sait en défendre les idées. Mais au-delà de ces critiques, je trouve qu’elle a un côté « inquiétant ». J’ai assisté à certains de ses discours qui m’ont mise très mal à l’aise : j’ai vu un auditoire fasciné, quasi hypnotisé, dans un silence religieux. A chaque fois, Eva Joly est dans la dénonciation et utilise un langage plus affectif et manichéen que raisonné, où il y a d’un côté les riches et puissants et de l’autre les faibles et les pauvres, l’énumération de multiples scandales, touchant toujours à l’éthique politique, aux paradis fiscaux et à la corruption, sujets dont elle est spécialiste. Mais tout est très confus, pas très construit, plus dans l’incantation que dans les propositions politiques de solutions et toujours sur un thème finalement très réduit et plutôt éloigné de l’écologie. Comme le décrit l’article du Monde : «  Avec ses diatribes sur les paradis fiscaux, sa dénonciation des "dégâts de la corruption qui sévit dans le Nord au détriment du Sud", Eva Joly fait toujours un tabac. Sans effet de tribune ni de discours enflammé, elle fait régner une écoute quasi religieuse dans les salles. "Ma petite musique à moi peut faire que nos idées passent", remarque-t-elle. »

 

Mais il faut rappeler qu’une candidature à une élection présidentielle n’est pas un simple casting, ni un lancement marketing de produit sur un marché. S’il est bon et même recommandable que le candidat ait une image irréprochable, une éthique, surtout en référence aux affaires dévoilées récemment qui touchent le gouvernement, il doit aussi avoir suffisamment d’expérience, de recul, ainsi qu’une vision globale pour la société, sur tous les aspects touchant à la conduite d’une nation. Il doit construire et rassembler.

 

Or un autre point qui me chiffonne, rapporté aussi par cet article du Monde : « Les anciens l'avaient vue arriver avec scepticisme, se défiant des accointances supposées de l'ex-magistrate avec François Bayrou. Elle balayait ça en assumant avoir été draguée par le président du MoDem mais en le taclant aussitôt : "Il n'a pas de programme", disait-elle de son regard bleu qui peut tout d'un coup prendre un éclat presque dur. »

 

Je peux vous dire que ce n’est pas le genre de François Bayrou de « draguer ». Par ailleurs il n’est pas vrai qu’il n’a pas de programme. Le Mouvement Démocrate a même formalisé avec experts et militants un projet humaniste assez complet résumé dans le livre orange, ce que n’a pas encore fait Europe Ecologie. Je sais aussi que c’est Eva Joly qui a approché François Bayrou en vue d’être tête de liste aux européennes et que ce dernier n’a pas pu lui assurer immédiatement une telle place, les candidatures devant être approuvées collectivement par le bureau exécutif et les listes confirmées démocratiquement par les adhérents. Eva Joly est donc allée voir Daniel Cohn-Bendit deux semaines après …

Cette attitude à l’égard de François Bayrou ne me paraît pas convenable et n’est pas rassembleuse. François Bayrou, lui, n’a pas fait publiquement de telles critiques à l’égard de Eva Joly malgré ces négociations électorales.

 

Ce qui ne m’empêche pas d’avoir un grand respect et une admiration pour cette grande figure, cette grande dame qu’est Eva Joly, comme j’en ai pour Simone Veil, également icône vénérée par les Français, malgré la déception que j’ai ressentie dans sa persistance à soutenir Nicolas Sarkozy malgré toutes ses dérives, ses atteintes aux valeurs républicaines et notamment sa dernière lors de son annonce de Grenoble !

Pour une presse d’information ou pour une presse engagée ?

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Le métier de la presse et des médias (audiovisuels) consiste tout d’abord à fournir de l’information. Oui mais quelle information ?

-         Une (des)information distillée savamment par le pouvoir en place avec la complaisance d’une direction soumise à des actionnaires « en affaires » avec le pouvoir, dont les intérêts sont liés financièrement ? 

-         La publication de résultats de sondages visant à confirmer ou à influencer l’opinion publique, après avoir été commandités, financés, orientés par la façon dont les questions sont posées, jusqu’à rendre possible des publications concomitantes de résultats apparemment contradictoires (cf. le sondage CSA publié samedi 14 Août par le journal Marianne démontrant que 70% des Français  jugent inefficace la politique sécuritaire menée par Nicolas Sarkozy alors qu’un sondage IFOP commandé par Le Figaro démontre que les Français plébiscitent cette politique sécuritaire) ?

-         Des faits, rien que des faits ? Mais le fait même de décrire un fait, de sélectionner un fait plutôt qu’un autre, ou celui de taire un fait, n’est-il pas déjà un acte orienté ? De même que la façon de le relater, de l’argumenter ?

 

Le rôle de la presse et des médias (audiovisuels) est aussi celui de :

-         diffuser les opinions délivrées par les différents courants politiques sur une orientation gouvernementale, un projet de loi et des événements publics en réaction à l’actualité ;

-         aider le lecteur à comprendre l’information en la resituant dans le contexte, l’histoire, en rappelant des chiffres clés ;

-         permettre ainsi au citoyen d’analyser lui-même l’information, de comparer les opinions et d’entrer dans le jeu politique en participant au débat et en faisant ses choix.

 

Aussi ai-je été étonnée et même choquée en lisant l’interview accordée par le journal Marianne à Michel Rocard, parue dans le numéro du 7 Août dernier, lorsque ce dernier reproche le comportement des journalistes de Marianne : « Vous vous comportez non comme des journalistes d’information pure, mais comme des acteurs politiques. C’est aux hommes politiques d’agir en politique. Ainsi, vous sollicitez de moi cette interview et je sais que, si je l’avais refusée, vous en auriez informé vos lecteurs. C’est une forme de chantage ! ».

Michel Rocard exprime ainsi sa désapprobation envers l’engagement du journal, ses attaques répétées à l’encontre de Nicolas Sarkozy et de sa politique, non pas sa désapprobation d’une ligne politique défendue par le journal, mais le fait même que le journal exprime une critique, un avis politique. Fidèle lectrice de Marianne depuis sa création par Jean-François Kahn, je puis témoigner personnellement que c’est justement ce sens critique du journal qui me plait, ainsi que la façon dont ses journalistes décryptent l’information, s’interrogeant sur le fond des sujets, surtout s’ils portent atteinte aux valeurs de la démocratie et de la république, à l’intérêt général, à une éthique, au respect de l’homme et de sa dignité, ceci indépendamment de tout engagement en faveur d’un parti quelconque. Il arrive souvent à Marianne de critiquer des annonces ou des décisions du gouvernement, en référence à ces valeurs, certes. Mais précisons aussi qu’il lui arrive aussi de critiquer des positions ou au contraire des absences de positions, ou des comportements, manifestés par des opposants à ce gouvernement, qu’ils soient du PS ou d’ailleurs … La presse ne devrait-elle que délivrer une information « pure », (si seulement ce qualificatif était concevable dans l’expression de toute information …) ? Et même dans ce cas l’AFP suffirait donc …

 

Le mois dernier, à propos de l’affaire Bettencourt, Michel Rocard avait co-signé avec Simone Veil dans le journal Le Monde une tribune « Halte au feu », suite à la publication par Mediapart des écoutes téléphoniques mettant en cause notamment Eric Woerth, s’indignant de la tournure de type « attaque ad hominem » de l’événement. Or qu’avait fait Mediapart ? Justement diffuser une information « pure », restituer des conversations privées rendues publiques, dont le contenu dévoilait une atteinte à l’intérêt général. Mediapart a aussi relevé les conflits d’intérêt sous-jacents. Il ne s’agissait même pas de s’attaquer personnellement à un homme, mais bien de dévoiler des faits ! Je m’attendais à une autre réaction de la part de ces anciens ministres que j’ai tant admirés et respectés … Et aujourd’hui je me demande, comme le fait Maurice Szafran, le directeur de Marianne, dans son éditorial daté du 7 Août 2010, pourquoi Simone Veil ne réagit pas, tant en qualité de juriste éminente que pour la défense des valeurs humanistes qu’elle incarne et en écho au souvenir douloureux de la shoah et du régime de Vichy qui a permis sa mise en application, pourquoi ne réagit-elle pas à l’annonce faite à Grenoble par Nicolas Sarkozy, d’appliquer une loi sécuritaire différenciée à des citoyens « d’origine étrangère », de déchoir ces derniers de la nationalité française, mesure anticonstitutionnelle car ne respectant pas l’égalité des citoyens devant la loi, de même qu’elle pourrait aussi réagir à cette idée de punir de prison des parents pour des crimes commis par leurs enfants ?

Pourquoi Michel Rocard ne fait-il pas publiquement aussi cet appel à Simone Veil, si comme il le dit, c’est aux hommes (ou aux femmes) politiques d’agir en politique !

 

Le lecteur citoyen éclairé a une exigence absolue de vérité, d’abord celle des faits, peu importe la manière dont ils sont commentés, qu’il jugera pertinente ou non, grâce à un sens critique qu’il doit à toute force maintenir éveillé. Merci à Marianne, à Mediapart, au Canard Enchaîné, d’avoir révélé des faits !

 

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Le lecteur démocrate a aussi un besoin avide de liberté, liberté d’expression des opinions, de leur diffusion, ainsi que de sa propre parole et de ses choix politiques. En se sens une presse « engagée », qui montre une orientation politique, ne doit pas l’offusquer. Elle est moins dangereuse qu’une presse aux ordres qui n’avoue pas l’être et manipule les esprits.

 

Le lecteur républicain est attentif à l’existence de contre-pouvoirs et à la séparation des pouvoirs, à l’Esprit des lois de Montesquieu, non seulement entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, mais comme le dit François Bayrou également médiatique et financier. Les conflits d’intérêt révélés par l’affaire Bettencourt témoignent de cette dérive de séparation des pouvoirs :

-         les liens financiers entre un parti politique, le gouvernement, et des puissances financières,

-         les liens entre le pouvoir exécutif, le président de la république, et le pouvoir judiciaire, un procureur ami du président,

-         enfin les liens entre le pouvoir et la presse, devenue très timorée dans la diffusion des faits nuisant au pouvoir, parfois porte-parole d’une pensée unique préservant les intérêts financiers et politiques d’une caste dominante liguée, où pratiquement seuls des journaux indépendants de ces puissances financières osent dévoiler des faits mettant en cause le régime en place et osent aussi prendre parti contre les dérives qu’il engendre à l’encontre de l’intérêt général et des valeurs de la république.

 

Alors oui à une presse d’information qui révèle des faits ! Oui à une presse engagée qui réagit, qui représente le 4ème pouvoir ! Oui à Internet qui incarne un cinquième pouvoir ! Merci à Marianne, merci à Mediapart, merci au Canard Enchaîné !

30/07/2010

Villepin ou Bayrou ?

Dominique de Villepin vient de s'exprimer aujourd'hui sur une tribune offerte par Mediapart, dans un texte intitulé «Répondre à l'appel de la France». Je trouve très salutaire pour le pays que se forme, à l'initiative de Dominique de Villepin, un courant républicain à droite issu de l'UMP qui s'oppose à Nicolas Sarkozy, en tout cas aux dérives de sa présidence, intolérables, inadmissibles, insupportables, tant en termes de justice sociale, de démocratie, de valeurs morales.

Et après tout, une division de la droite donne moins de chance à Sarkozy pour le 1er tour en 2012, mais ce dernier pourra-t-il encore, osera-t-il encore, se présenter d'ici là ?

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J'approuve son appel à un rassemblement républicain d'union nationale, comme l'a déjà fait François Bayrou, allant des Gaullistes républicains avec Villepin à la partie du PS plus proche du centre, ouverte au dialogue, en passant par le Mouvement Démocrate, en incitant aussi le Nouveau Centre à couper le cordon qui le lie à l'UMP.

DDV reprend beaucoup de points du discours de François Bayrou (déficit, démocratie, indépendance de la justice, valeurs républicaines, justice sociale, position sur les retraites ...). Je suis néanmoins étonnée qu'il prône plus de justice sociale sans parler de la remise en cause du bouclier fiscal. C'est sans doute parce qu'il l'a lui-même mis en place sous la présidence Chirac (à 60%) avant que Sarkozy baisse le seuil à 50% ? 

J 'aimerais beaucoup qu'il nous explique les éventuels points de désaccord avec François Bayrou, ce serait plus clair pour nous citoyens. Je constate en tout cas que, même s'il n'est jamais trop tard pour bien faire, pendant qu'il était au pouvoir D. de Villepin a laissé filer le déficit, il a mis en place le bouclier fiscal, il n'a pas valorisé suffisamment les petites retraites, il n'a pas proposé à l'époque de plus taxer le capital et en général de rendre la fiscalité plus juste, il n'a pas rendu la justice vraiment indépendante, il n'a pas proposé une loi électorale juste (introduction de 50% de proportionnelle à l'Assemblée comme en Allemagne par exemple), il n'a pas franchement soutenu les PME et l'innovation ...S'ils sont maintenant d'accord sur le fond, sur les idées, en tout cas sur l'essentiel, ils devraient se mettre ensemble et il ne resterait qu'à départager deux personnalités en vue de la présidentielle ...

Concernant l'homme lui-même, qui a du panache, de l'élégance, de la classe, du verbe, de la culture, de vraies valeurs républicaines et un certain sens du sacrifice pour la France qui sied à l'homme d'Etat, plusieurs choses lui manquent néanmoins à mon avis :

1- la simplicité, l'authenticité, la proximité du peuple, des gens "d'en bas" (je déteste ce terme !). Bayrou a été vraiment paysan, est issu d'une famille très modeste (et néanmoins très cultivée, son père récitait Virgile en latin en revenant des champs sur son tracteur, bibliothèque truffée de vieux bouquins depuis plusieurs générations ...). Mélenchon a aussi cette chaleur humaine, ce contact, cet amour des gens que je ne sens pas de Villepin qui reste un aristocrate, un représentant de l'élite intellectuelle du sérail de l'ENA, de la grande bourgeoisie, pas celle arriviste du bling-bling et de l'argent, mais celle d'une classe dominante qui reste entre-soi ;

2-  le sourire et la chaleur humaine. Quand il arbore un sourire, il est crispé et  l'oeil reste glacial. On dirait un aigle. Certes un bel aigle royal (sans jeu de mot sur Ségolène), mais bien celui d'un oiseau de proie. Il manque de chaleur humaine et paraît assez hautain. Moi, je ressens un être et en particulier un homme au regard et à la voix. Regardez-le bien dans les yeux quand il parle, observez la cohérence entre le regard, le sourire et les mots. Puis fermez les yeux et oubliez le fond, le sens des paroles. Ecoutez la musique des mots, le timbre, le souffle, la vibration. Ils révèlent souvent une personne. Par exemple, ce bégaiement sous contrôle de François Bayrou, détecté par de petites traces, ponctué parfois de "heu", me plait beaucoup. Il tempère le rythme de la parole en révélant une force psychique qui force le respect tout en rdévoilant une petite faiblesse qui l'empêche d'être prétentieux. C'est une faiblesse apparente qui donne du charme  et une force intérieure ;

3- la confrontation aux urnes, la reconnaissance des électeurs. Villepin n'a JAMAIS été élu, ni au niveau local, ni territorial ni national. Nommé conseiller, puis secrétaire général de l'Elysée, Ministre, mais jamais élu. Ce n'est pas obligatoire pour se présenter à la présidentielle, mais bon ...

4- le travail en équipe, les amis. Je l'ai toujours vu seul. Même si des gens le soutiennent parmi les députés UMP et bien qu'il ait des fans, je ne l'ai jamais vu "travailler vraiment en équipe", soutenir des amis politiques en campagne (à part Chirac). J'ai entendu François Bayrou appeler aussi au rassemblement et citer nommément Villepin, de même que Peillon, Valls, DSK pour appeler à travailler ensemble. Villepin aussi souhaite un rassemblement et il ressort dans son discours une partie du discours de François Bayrou, mais alors pourquoi ne le rejoint-il pas directement ? Pourquoi n'appelle-t-il pas clairement le Nouveau Centre dans ce rassemblement ? Peut-il nous expliquer ce qui le différencie de François Bayrou pour qu'on puisse y voir plus clair ?

5- l'humour. Certes ce n'est pas indispensable, mais il se prend un peu trop au sérieux. Il n'est pas drôle. Sa grandiloquence est un peu agaçante. Qu'il prenne exemple sur Obama, qui sait être élégant, sérieux et aussi avoir la pointe d'humour qui détend et permet de prendre du recul !

Bon, j'espère que si Dominique de Villepin lit mon billet, il ne sera pas vexé ni peiné de mes critiques et en prendra "de la graine" ...

19:32 Publié dans Analyse politique | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : villepin, bayrou |  Facebook | | |

24/07/2010

Liliane Bettencourt répondra-t-elle à l'appel lancé par Bill Gates et Warren Buffett ?

Bill Gates et Warren Buffett ont lancé un appel en juin dernier intitulé "Promesse de don" envers leurs camarades milliardaires, comme le relatent cet article ou celui-là.



Ils invitent les 400 plus grandes fortunes des États-Unis à donner la moitié de leur fortune, soit aujourd’hui soit au seuil de leur mort, à des œuvres caritatives. Décidée lors d’un dîner avec le maire de New-York Michael Bloomberg et l’animatrice de télévision Oprah Winfrey, l’opération pourrait rapporter 600 milliards de dollars si toutes les personnes concernées y participent.

Je cite l'un de ces articles, "d'après Bill Gates et Warren Buffett, un tel geste, s’il se concrétisait, changerait radicalement la face de la philanthropie. Déjà très impliqué dans le domaine caritatif à travers la Fondation Bill et Melinda Gates qu’il dirige avec son épouse, le fondateur de Microsoft propose que la barre des 50% ne soit qu’un "palier". Selon le magazine Forbes, Bill Gates et Warren Buffett occupent respectivement la deuxième et la troisième place dans le classement des personnes les plus fortunées au monde."

Buffet promet même de donner 99% de sa fortune qui s’élève à 50 milliards de dollars, dépassant largement les 50% préconisés !

"Le magazine Fortune révèle également que d’autres couples de millionnaires ou milliardaires ont adhéré au projet lancé par Bill Gates et Warren Buffett. Eli Broad, le cofondateur de la société d’immobilier Kaufman & Broad, et son épouse Edy, ou encore l’ancien patron de Cisco Systems John Morgridge et son épouse Tashia ont eux aussi promis de faire don de la moitié de leur fortune. Selon le spécialiste des comportements des milliardaires, Matthew Miller, sur CTV News (21/06), ils veulent par ces actes que l’on parle d’eux comme de grands humanistes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils ont de bonnes chances d’être suivis : les milliardaires sont souvent obsédés par leur image et la "Promesse de Don" pourrait apparaître pour nombre d’entre eux comme une opportunité à ne pas laisser passer."

Alors, pourquoi pas Liliane Bettencourt ?

Cette solution aurait plusieurs avantages :
- faire du bien à de nombreuses personnes en souffrance pour de bonnes et nobles causes,
- laisser à la postérité, plutôt que le souvenir d'une protagoniste d'un sordide scandale d'Etat, l'image d'une grande dame généreuse qui aux côtés de milliardaires humanistes, lancerait une "mode" de l'altruisme, qui démultiplierait les émules et substituerait au modèle de la réussite par l'argent et de l'affichage des richesses celui d'un altruisme éclairé,
- faire cesser les disputes entre les héritiers potentiels de la fortune.

Relayez le billet (celui-là, pas celui des enveloppes de liquide !Langue tirée) et soutenez-le si vous adhérez à l'idée !

 

 

22/07/2010

Appel à Liliane Bettencourt : un geste classe pour la postérité !

Chère Madame,

En voyant tous ces vautours autour de vous, qui se comportent comme des malfrats, cherchent à vous dicter votre conduite et même vos mots à prononcer devant le président de la république, votre propre fille qui dit vous aimer mais qui s'est coupée de vous pour une sordide histoire d'argent, laissant croire qu'elle ne s'intéresse qu'à cela alors qu'elle en veut semble-t-il à ces vautours et cherche à vous en protéger, quand je vois aussi vos anciens employés Monsieur Bonnefoy, Mesdames Thibout et Trovel qui vous portent affection et sont écœurés par toutes ces manœuvres, qui ont été licenciés sous la pression des vautours justement parce qu'ils cherchaient aussi à vous en préserver, je me dis qu'au fond, toute milliardaire que vous êtes, l'argent ne fait pas votre bonheur et qu'il fait même votre malheur.

J'ai ressenti au travers de ces écoutes, illicites mais combien révélatrices, votre réaction, votre gentillesse et votre détachement concernant l'argent. En fait l'argent ne semble pas vous intéresser et tous ces gens vous barbent. Vous aviez cru trouver un ami divertissant en François-Marie Banier, il ne révèle aussi rapace que les autres. Vous êtes vous-même assez « classe » (ce qui contraste face au style "beauf" de vos interlocuteurs sur ces écoutes téléphoniques) et même belle, et sans doute généreuse, vu les émoluments et les cadeaux dont ont pu bénéficier vos serviteurs et amis. Vous n'avez besoin que d'un minimum d'argent et de la tendresse familiale ou de vrais amis  pour les dernières années qui vous restent encore à vivre et ne méritez probablement pas de laisser derrière vous une telle image, celle d'une femme vénale qui participe à des manipulations, du trafic d'influence.

Quand j'ai vu ces photos de vous avec l'écharpe orange, qui vous sied fort bien, je me suis dit : "tiens, on dirait une militante du MoDem !" et cela m'a donné une idée. Non pas de vous proposer d'adhérer au MoDem, de le financer ou de créer des micros partis affidés pour lui fournir aussi du financement, ce que François Bayrou dénonce au premier chef (même si les finances du MoDem ne sont pas au top !), mais de changer globalement de camp, de passer de celui de l'argent-roi, des abus de pouvoir et du monde des vautours et des vampires à celui de l'humain, des personnes chaleureuses, généreuses et altruistes, pour lesquelles les relations humaines, la protection des faibles, le respect de tout homme et l'égalité des chances sont des valeurs qui priment sur celles de l'argent. Ce qui n’est pas l’exclusivité des sympathisants du MoDem ...

Tant que vous n'êtes pas "mise sous tutelle", vous pourriez faire ce geste classe et salutaire, qui vous inscrirait dans la postérité et dans l'histoire : allez voir votre notaire, supprimez tous ces dons, bénéfices, assurances vie promises à tous ces vautours, faites don de toute votre fortune, à l'exception de ce qui vous est utile pour vivre sans excès, à des fondations et associations qui améliorent notre humanité, qui soulagent les souffrances, qui luttent contre la pauvreté, en France et dans le monde, qui financent la recherche médicale, qui redonnent leur chance de réinsertion à des jeunes en difficulté, à des exclus, à des prisonniers. Disposant d'une fortune (déclarée) de 14,5 milliards d'euros (l'équivalent du coût fiscal de la loi TEPA sur un an, ou encore du tiers de l'impôt sur le revenu), vous pourriez "faire beaucoup de bien" à ceux qui ont si peu ! Vous pouvez le faire même au travers d'une fondation Bettencourt, comme Bill Gates l'a fait en son nom, dont le nom résonnera plus fort que l'auditorium Bettencourt d'un centre de conférences construit sur un terrain de l'Hôtel de la Monnaie ! e

Avec ma considération distinguée, si vos actes montrent prochainement que vous avez été sensible à de tels arguments,

                                                  Marie-Anne Kraft

  

11/07/2010

L’actualité politique révèle que François Bayrou avait raison sur les abus de pouvoir

Ce dimanche matin François Bayrou était l’invité sur Europe1 au « Grand Rendez Vous Politique » de Jean-Pierre Elkabbach et de Bayrou-europe1-110710.jpgPatrick Cohen.

 

9782259208765.gifDécidément, le livre « Abus de Pouvoir » écrit l’an dernier par François Bayrou démontre que ce dernier avait raison sur tout, sur toutes ces dérives, sur le non respect de principes démocratiques et républicains, sur les conflits d’intérêt entre la sphère publique et la sphère privée, sur la politique mise au service des intérêts de quelques uns, des privilégiés, sur le verrouillage de la presse et des médias et combien il est heureux que se soit créée une presse indépendante sur Internet comme Mediapart, …

 

François Bayrou ne s’est pas trompé sur le diagnostic, sur les dérives, sur la racine du mal : l’introduction de l’argent dans la société en tant que valeur.

 

Dépassant les discussions habituelles de l’effervescence médiatique et du bouillonnement politique autour de cette affaire Woerth-Bettencourt-Sarkozy, la parole des uns contre celle des autres, les accusations personnelles, croyance ou non en l’honnêteté d’un homme politique, François Bayrou s’est exprimé sur la gravité de ce qui est à l’origine de cette affaire et qui exprime une crise profonde de la société et de la République, des institutions, une crise des valeurs de la société et de la démocratie française, une crise à la fois politique et morale.

 

Les Français ont besoin d’un gouvernement que l’on respecte et à l’abri de tout soupçon. Il faut d’urgence un sursaut républicain, sur cinq points :

1-     Le conflit d’intérêt entre les responsables publics et les intérêts privés. Ne pas autoriser les situations où le soupçon devient possible sur des responsables politiques censés défendre l’intérêt général alors qu’eux ou leurs proches bénéficient d’intérêts privés dépendant des décisions de ces responsables ;

2-     L’exigence d’indépendance réelle de la justice : nécessité de saisir un juge indépendant sur cette affaire Woerth-Bettencourt-Sarkozy ; l’intervention d’un procureur (Philippe Courroye), nommé par le président de la république contre l’avis du Conseil Supérieur de la Magistrature, [ndlr de surcroît juge et parti], en conflit avec le juge du tribunal de Nanterre (Isabelle Prévost-Desprez), est intenable ; de plus les auditions des témoins se font sans présence de leurs avocats, les procès verbaux divulgués dans la presse n’ont pu l’être qu’avec la complicité du procureur lui-même ou de la police,…

3-     L’injustice fiscale : la révélation concrète de ce que représente le bouclier fiscal : un remboursement de 30 millions d’euros à une milliardaire qui n’en avait pas besoin …

4-     Le problème de liberté et d’indépendance de la presse : le fait que ces scandales touchant l’intérêt public aient été révélés par une nouvelle presse libre, indépendante financièrement et publiant sur Internet, Mediapart, [ndlr de même que par Le Canard Enchaîné ou le journal Marianne] démontre qu’il est heureux et salutaire que cette presse existe, non soumise aux puissances financières ni à l’audiovisuel ou à la radio publics dont le président est nommé par le pouvoir ;

5-     L’opacité et les contournements du financement des partis politiques, la création de structures artificielles qui sont au service d’intérêts privés et non de partis [ou qui servent de manière illégale des partis] : il découvre qu’il existe environ 300 structures du même type que « l’association de financement de l’action politique de Eric Woerth ». Ceci est un détournement de l’esprit de la loi.

 

Sur le premier point, François Bayrou propose que soient prises concrètement deux mesures d’urgence :

1-     Une loi définissant et codifiant le conflit d’intérêt : les élus, les responsables politiques, doivent servir l’intérêt général et non des intérêts privés. Si par exemple un membre de leur famille proche occupe un poste ayant un intérêt financier, économique, qui pourrait dépendre d’une décision ou de l’action de ce responsable, il ne faut pas admettre cette situation ;

2-     La mise en place d’une autorité indépendante à laquelle on pourrait soumettre un conflit d’intérêt a priori, une commission pluraliste qui pourrait en juger et statuer. Idem pour la question du financement public.

 

Il faut faire la différence entre le « conflit d’intérêt », qui place le responsable politique dans une situation de soupçon, même s’il n’a pas l’intention d’être malhonnête, et « la prise illégale d’intérêt », bannie par la loi, qui n’est qu’une conséquence d’un conflit d’intérêt qui a permis ce délit.

 

Plutôt que réclamer la démission d’un homme ou de polémiquer sur la parole de l’un contre celle de l’autre et poursuivre dans les invectives, François Bayrou pose correctement le problème à la racine et propose des solutions claires. Le président de la république les suivra-t-il ? Rendez-vous demain soir sur France 2 pour écouter son allocution devant les Français …

27/06/2010

Equations économiques : la quadrature de la crise

La compréhension des grands équilibres économiques, de l’interaction des variables mise en équation pour prédire les effets d’événements exogènes ou de politiques publiques, paraît souvent réservée à des experts, incompréhensible pour le béotien. En fait, ce n’est pas si compliqué et fait appel plus au bon sens qu’à une compétence pointue.

 

Je vais essayer de résumer ci-après quelques principes simples et évidents qui vous aideront à comprendre ces mécanismes et donc, à raisonner sur les implications de nos politiques sur la résolution de la crise et des déficits publics.

 

Tous d’abord listons quelques variables en jeu :

 

·        La croissance, exprimée en % du PIB : elle représente la création de richesse supplémentaire, de valeur ajoutée. Cette création de richesse provient soit d’une hausse de demande interne au pays, soit d’une hausse de demande externe (excédent des exportations sur les importations). Elle correspond aussi à des gains soit en salaire, soit en capital ;

 

·        Le déficit public : c’est la différence entre les recettes de l’Etat (essentiellement fiscales) et ses dépenses, qui peuvent être des dépenses de fonctionnement, d’investissement ou de charge financière de la dette (intérêt et remboursement de capital). Selon que l’Etat soit déjà endetté ou au contraire prêteur (certains pays comme les pays exportateurs de pétrole ou la Chine le sont), il est financé par incrémentation de la dette existante, donc un emprunt supplémentaire, ou par décrémentation du solde du fonds souverain ;

 

·        La dette publique : c’est le solde des emprunts en cours de l’Etat, net de leur remboursement. Ce solde est incrémenté par le déficit public. La dette peut être réduite grâce à des excédents publics futurs, générés par des recettes publiques nouvelles, l’impôt induit par la croissance, soit par une augmentation de l’impôt, soit par une diminution des dépenses de l’Etat. La dette publique est financée par un emprunt souverain sous forme de bons du trésor (à court terme, de 3 mois à 2 ans) ou par des obligations d’Etat (OAT en France), en général à 10 ans), le plus souvent à taux fixe. Ces emprunts sont souscrits soit par des institutionnels (fonds OPCVM, compagnies d’assurances, banques), soit par des fonds souverains (Etats en excédent qui placent leurs fonds et leurs réserves de change), soit par des particuliers qui placent leurs économies ou leur fortune. La dette publique de la France est détenue aux 2/3 par des acteurs étrangers (50% en dehors de la zone euro), ce qui la rend sensible aux avis des agences de notation, à la concurrence des autres dettes publiques qui peut faire subir un effet haussier sur les taux. Chaque année, des anciennes lignes tombent à échéance et l’Etat émet de nouveaux emprunts aux taux d’intérêt du moment pour remplacer ces lignes et financer le nouveau déficit public qui a donc incrémenté la dette ;

·        Les recettes publiques, essentiellement les impôts, dépendent directement de la croissance car plus de richesses sont créées, plus les impôts provenant des entreprises augmentent et plus les impôts sur revenus augmentent aussi. Les calculs montrent que en gros il faut pour générer la recette fiscale supplémentaire de x% générer une croissance du PIB double ;

 

·        La balance commerciale : différence entre la valeur des exportations et celle des exportations (en volume on appelle cela les « termes de l’échange »). Il y a un lien direct entre ce solde et le déficit public. Face aux échanges de biens et services, il y a une valeur monétaire. Cette valeur monétaire peut perdre de la valeur (baisse du cours de change) ou en gagner, selon les termes de l’échange avec les autres pays, selon la confiance accordée à la dette souveraine de ce pays, selon les taux d’intérêt de la dette publique de ce pays ;

 

·        L’épargne privée nationale : détenue par les personnes privées et les banques ou entreprises. Elle peut être investie en dette publique (bons du trésor ou obligations d’Etat) ou en obligations privées ou en actions privées, nationales ou étrangères, ou encore en parts de fonds d’investissement (OPCVM : SICAV ou Fonds communs de placements) ou assurance vie ;

·        L’investissement productif : financé soit par l’autofinancement de l’entreprise, soit par émission d’action ou d’obligation (dette) soit par emprunt bancaire ;

 

Rappelons maintenant quelques principes de base. Les économistes aiment raisonner sur l’évolution d’une variable (dite exogène) lorsque les autres restent stables « toutes choses égales par ailleurs »  (ceteris paribus) et les modèles de simulation cherchent à simuler et projeter les impacts de multiples variables. Par exemple :

 

Ø      l’équation de parité entre taux de change, taux d’intérêt et inflation (∆ représente le différentiel, l’évolution) :
∆Taux de change anticipé = -∆Taux d’intérêt - ∆Taux d’inflation
Plus le taux d’intérêt est élevé sur une devise par rapport à une autre, moins le taux de change anticipé contre cette autre devise sera élevé, pour que les investisseurs trouvent l’équilibre. De même, plus l’inflation est élevée, moins le taux de change anticipé sera fort.
Notons même des cas atypique de stagflation (stagnation, récession en même temps qu’une déflation, une inflation négative), comme ce fut le cas au Japon pendant vingt ans depuis le début des années 1990. Le Japon a connu des taux d’intérêts nuls qui se traduisaient en taux d’intérêt « réels «  (hors inflation) positifs du fait de la déflation (inflation négative).

 

Ø      Une hausse de la dépense publique => une hausse du déficit public donc :
- soit une hausse de l’impôt => baisse de pouvoir d’achat donc baisse de la consommation intérieure=> baisse de la croissance => baisse des recettes publiques=> hausse du déficit public …,
- soit un financement par la dette, l’emprunt, ce qui a pour effet de reporter la hausse d’impôt dans le futur, sur les générations à venir,
- soit une anticipation de croissance générée grâce à cette dépense publique si c’est une dépense d’investissement, mais souvent avec un décalage dans le temps.

Ø      Il y a un lien entre la croissance, le déficit public et la dette publique : pour rembourser la dette, il ne faut plus être en déficit et il faut même être en excédent. Pour faire de l’excédent il faut de la croissance. Il existe même des niveaux de dette publique et de déficit où se produit un effet boule de neige quasi irréversible, comme pour une famille en situation de surendettement, où même avec un taux de croissance raisonnable il est difficile de rembourser la dette si sa charge financière croît plus vite que le taux de croissance des recettes publiques, donc de la croissance de l’économie. Les critères de Maastricht, limitant le niveau de dette publique à 60%, du déficit public à 3% et de l’inflation à 2%, ont été établis justement pour cela, pour ne pas tomber dans cette spirale. En fait il serait plus logique d’exprimer les taux de déficit et de dette en fonction des recettes publiques plutôt qu’en fonction du PIB. Avant la crise, en 2007,  la France atteignait exactement ces limites. La charge financière de la dette, rien qu’en intérêts, était de 3% du PIB, équivalente à l’impôt sur le revenu (50 milliards d’euros). Si les taux d’intérêt montent, notamment par l’effet de concurrence entre les dettes publiques qui ponctionnent la liquidité et la méfiance des marchés, cette charge financière peut augmenter d’autant. Il faudrait doubler l’impôt sur le revenu rien que pour absorber un doublement des taux d’intérêt ! Il ne se ferait pas en un an du fait de l’échéancier de renouvellement de la dette, mais on imagine bien les enjeux et l’on comprend pourquoi les Etats endettés sont si sensibles aux marchés, surtout lorsque leur dette est soumise aux marchés (ce n’est pas le cas du Japon dont la dette publique est financée à 95% par les épargnants via les comptes postaux).
En gros, pour pouvoir rembourser un déficit de 3% du PIB, il faut avoir une croissance supérieure à 3% (nous avons vu que en France, pour augmenter les recettes publiques de x% du PIB, il faut générer une croissance double. Il faudrait donc une croissance de 3% pendant deux ans pour générer les recettes remboursant le déficit de 3% réalisé en un an). Or nous atteignons en 2010 un déficit de 9% ! Et la croissance anticipée n’est que de l’ordre de 1 ou 1,5% … Nous sommes de fait dans la spirale, et l’équation de la crise semble bien être une quadrature, pour reprendre l’expression de l’énigme mathématique de la quadrature du cercle, introduite dans l’Antiquité par Anaxagore !

 

Ø      Une hausse de la croissance du PIB peut être répartie différemment, traduite selon les cas en :
- une hausse des salaires, qui profitera à une croissance intérieure par augmentation de la consommation,
- une hausse des salaires mais qui sera thésaurisée en épargne de précaution sans bénéficier à la croissance,
- une hausse des profits des entreprises qui pourront être soit distribués en dividendes aux actionnaires soit mis en réserve pour servie à l’autofinancement de l’entreprise ; Ce bénéfice peut profiter soit à des investisseurs français, soit à des investisseurs étrangers.

 

Par conséquent nous devons nous interroger sur diverses conséquences de la crise et des politiques publiques décidées en vue de l’endiguer, dans ce contexte de mondialisation :

 

 1-     les Etats ont souhaité faire des plans de relance, augmentant les dépenses d’investissement public, donc creusant le déficit, pour empêcher la récession. A présent, ils se rendent compte que les marchés perdent confiance, risquent de douter de la capacité des Etats à faire face au remboursement des dettes publiques (à commencer par le Grèce), donc on annonce des coupes dans les dépenses de l’Etat ou des hausses d’impôt pour réduire les déficits. Ce qui risque d’entamer la croissance par réduction de la demande interne, donc de réduire de fait les recettes fiscales, donc d’aggraver le déficit par un autre côté … 

2-     L’euro baisse par rapport au dollar suite aux annonces des plans de rigueur, d’austérité. Même si c’est bénéfique pour la confiance des marchés, ceci augure une croissance très faible comparée aux autres pays, émergents ou même aux USA, ce qui permet d’anticiper des différentiels de taux d’intérêt (donc de taux de change)  alignés sur ce différentiel de croissance.

3-     Si le taux d’intérêt de la dette publique venait à monter, voir à doubler, du fait d’une perte de confiance, la charge financière d’intérêt de la dette publique serait proportionnellement accrue et, par là, le déficit public. Cette charge d’intérêt était de 3% du PIB, l’équivalent de l’impôt sur le revenu, en 2007. Un doublement des taux d’intérêt, de 4% à 8%, équivaut à un doublement de l’impôt sur le revenu pour compenser le manque à gagner !

4-     Les différents Etats de l’Europe et en général de l’OCDE, ont procédé en même temps à des émissions record de dette publique pour financer les plans de relance. Il se trouve que par chance le contexte était propice à l’épargne, notamment une épargne de précaution (en 2009, le taux d’épargne des Français est passé de 15% à 17%, un des plus élevé). Mais les liquidités ponctionnées par la dette publique viennent en moins sur le financement de la dette privée ou des actions finançant l’économie, ce qui est absorbable en crise quand les entreprises sont en surcapacité de production et investissent moins, mais qui peut à terme perturber l’équilibre de financement de l’économie.

5-     Les pays émergents et surtout la Chine, ont basé leur croissance sur leurs exportations, supérieures à leurs importations. La politique d’arrimage du yuan au dollar (change fixe) leur impose de réinvestir leur excédent commercial en achetant des bons du trésor et obligations souveraines américaines, soutenant ainsi le dollar et permettant de garantir un pouvoir d’achat à ce dernier pour maintenir la demande de biens chinois tout en préservant la valeur des réserves de change chinoises en dollar. Mais une évolution s’opère en ce moment, avec l’amélioration du pouvoir d’achat des Chinois : la croissance peut être de plus en plus stimulée par la demande intérieure et sera de moins en moins dépendante des exportations. La Chine pourra alors décider de laisser flotter sa monnaie, avoir moins d’inconvénient à la réévaluer. Ses importations de matières premières en dollar seraient même moins chères. La Chine ne serait alors plus contrainte de réinvestir ses réserves de change en dollar. Mais ce serait catastrophique pour les Etats-Unis de ne plus trouver l’investisseur dans sa dette publique, ceci la renchérirait (augmentation du taux) et pourrait mener à une grave crise monétaire et financière.

 

 

Quelles que soient les conjectures, c’est bien une augmentation de valeur ajoutée, de richesse, qui permet de créer de l’emploi, de la croissance. Mais la répartition de cette richesse est alors essentielle, car lorsqu’elle bénéficie aux salariés, aux consommateurs, elle stimule la demande, donc la croissance. En revanche, lorsqu’elle bénéficie aux actionnaires, elle ne bénéficie pas à la croissance française si ces actionnaires réinvestissent plutôt à l’étranger. Or, rappelons que 40% investi dans les valeurs du  CAC40 est étranger et que la préférence des investisseurs (même français) va plus volontiers vers les pays émergents dont la croissance est plus forte, donc le rendement des investissements plus élevés), surtout si les pays occidentaux sont en surcapacité de production et ont une faible demande d’investissement.

 

Il est donc évident qu’il vaut mieux rééquilibrer la répartition de la richesse vers les salariés-consommateurs que vers les actionnaires. Soit en augmentant les salaires, soit via une réforme fiscale visant à taxer le profit distribué en dividendes ainsi que les plus-values en capital et à diminuer les taxes et charges sociales sur les entreprises (améliorant leur compétitivité) et sur les revenus des classes moyennes. Patrick Artus et Marie-Paule Virard arrivent à cette conclusion dans leur dernier livre paru en mai 2010 « Pourquoi il faut partager les revenus, le seul antidote à l’appauvrissement collectif ».

C’est un impératif d’intérêt général pour le pays.

 

 

 
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