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06/05/2012

Hollande peut dire merci à Bayrou !

On a eu chaud, très chaud !

51,9% estimé pour Hollande à 20 heures, 51,2% à 22h45 ... Le résultat définitif sera-t-il à 51% ?

Ce 1% qui a fait gagné Hollande, on le doit peut-être, probablement, sans doute, à François Bayrou, qui en annonçant courageusement son vote en faveur d'Hollande, a donné un signe aux électeurs qui l'avaient soutenu. Avant cette annonce du jeudi soir 3 mai, les sondages donnaient un report des voix de Bayrou (1er tour, 9,13% des voix) sur Sarkozy pour 34%, sur Hollande pour 32% et 34% en abstention/blanc.

Il a suffit que 12% des électeurs de Bayrou (environ 1 sur 10) modifient leur intention de vote suite à cette annonce, de blanc vers Hollande ou de Sarkozy vers blanc, pour donner à Hollande ce petit point qui lui aurait manqué pour gagner cette élection. Les chiffres de sondages post-élection nous confirmeront cette hypothèse.

François Hollande peut donc en effet dire ce soir :  « Je salue les humanistes qui ont rendu possible ma victoire... »

29/04/2012

Que penser des réponses de Sarkozy et de Hollande à Bayrou ?

François Bayrou a adressé, mercredi 25 avril, une lettre de deux pages aux deux candidats finalistes du deuxième tour de l'élection présidentielle. Avant de dévoiler son choix à titre personnel ou d’en discuter avec ceux qui l’ont soutenu au premier tour, il a souhaité rappeler ce qui lui paraissait crucial, tant sur le plan des valeurs que sur celui des priorités du redressement du pays et de la crédibilité des propositions, appelant les candidats à répondre et à s’engager sur ces points :

  • La vérité sur la situation du pays, la réalité des faits :
    • gravité de la crise
    • effondrement de notre commerce extérieur
    • déficits commerciaux et budgétaires qui menacent notre modèle social
    • crise de l’éducation aggravant les inégalités sociales, effondrement du niveau scolaire, des acquis fondamentaux, ce qui ne tient pas qu’aux moyens
  • Besoin d’un esprit d’unité nationale face à la crise, à la violence des attitudes et des mots, à la complaisance à l’égard des extrêmes
  • Préservation du modèle social tel que né du Conseil National dela Résistance : il devra se réformer, mais dans la justice et la solidarité
  • Retour à l’équilibre des finances publiques :
    • Règle d’or budgétaire
    • importance d’un chiffrage crédible, sans multiplier les promesses non financées (il critique les hypothèses de croissance non réalistes des deux candidats et demande d’envisager des mesures crédibles)
  • Restauration et le fort développement de notre appareil de production par une stratégie nationale, filière par filière et l’instauration d’une démocratie sociale dans l’entreprise, avec représentation des salariés dans les conseils d’administration
  • Nouveau contrat sur l’école, préservant ses moyens, priorisant les fondamentaux, privilégiant les meilleures pratiques, touchant à l’organisation, favorisant et développant l’apprentissage
  • Moralisation de la vie politique que seul un référendum peut imposer : interdiction du cumul des mandats, diminution du nombre des parlementaires, parité, instauration de scrutin proportionnel, indépendance des médias et de la justice, règles de financement politique, lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts
  • Enfin l’Europe : notre avenir national passe par le projet européen, par une Europe politique et économique efficace dans la tourmente mondiale, par une Europe plus forte, plus solidaire et plus lisible, donc plus communautaire, par un renforcement de la zone euro et de l’espace Schengen

 

François Hollande a répondu par une lettre de deux pages, très succincte, qui vise surtout à démontrer qu’il partage les mêmes priorités et les mêmes intentions que François Bayrou :

  • L’éducation et notamment la priorité à l’école primaire, rappelant les moyens qu’il compte lui consacrer, les 60 000 créations d’emplois pour un coût de 2 milliards par an dont l’effort est maîtrisé
  • Le sérieux budgétaire : retour à l’équilibre budgétaire en 2017, progression de la dépense publique limitée à 1% par an, gel du nombre total des fonctionnaires, réforme fiscale rétablissant l’équité et générant de nouvelles recettes
  • Le redressement productif : séparation des activités bancaires, interdiction des produits spéculatifs, mobilisation de l’épargne vers les entreprises, création d’une banque publique d’investissement dans les PME, fiscalité favorisant l’investissement sur la distribution de dividendes et modulée selon la taille des entreprises, conditionnement des aides de l’Etat à la production sur notre territoire
  • La moralisation politique : diminution de 30% du salaire du président et des ministres, fin des connivences avec les puissances financières et au favoritisme, lutte contre la corruption et les conflits d’intérêt, renforcement de la parité, interdiction du cumul des mandats, introduction de proportionnelle dans le scrutin législatif, indépendance de la justice, fin de la nomination des responsables de l’audiovisuel public par le pouvoir politique. Mais cette loi sera votée par le Parlement, par référendum sauf s’il y a blocage.

François Hollande assure partager les mêmes priorités (éducation, production, moralisation, souci de l’équilibre budgétaire) et les mêmes intentions que François Bayrou. Il paraît aussi partager des valeurs de justice, de solidarité, de préservation du modèle social républicain, de la démocratie (représentativité, séparation des pouvoir, égalité homme-femme), même s’il n’affirme pas préalablement l’attachement à ces valeurs. En revanche il ne répond que très superficiellement sur le « comment », en particulier sur la façon de vraiment recréer de l’activité (les mesures fiscales et d’aide au financement par une banque publique d’investissement ne peuvent suffire, il faut vraiment une stratégie industrielle, des propositions concrètes par filière, comme le suggère François Bayrou) et il ne répond aucunement sur la crédibilité de son chiffrage, dont François Bayrou contestait les hypothèses de croissance (également contestée par Michel Rocard et des économistes rappelant qu’il avait retenu un taux de 2 à 2,5% alors que l’Insee et le FMI ont confirmé un taux de 1%). Il ne soutient pas la « règle d’or », se contentant d’une loi organique votée par le Parlement sur les finances publiques.

Concernant certaines propositions institutionnelles qu’il partage avec François Bayrou sur la moralisation de la vie politique, sa préférence pour un vote parlementaire plutôt qu’un référendum signifierait un report de l’application de la plupart de ces dispositions à la prochaine mandature dans cinq ans …).

Notons qu’il n’aborde le sujet de l’Europe que par la réorientation vers la croissance (renégociation du traité budgétaire), sans reprendre la vision de François Bayrou d’une Europe non seulement plus efficace économiquement, mais aussi plus forte, plus solidaire, plus lisible, plus politique. Sans aucune précision sur sa vision du projet européen.

Quant à l’appel à l’unité nationale et au pluralisme, conditions que François Bayrou estime nécessaires pour mobiliser les forces politiques dans un meilleur consensus pour redresser le pays dans des moments qui s’annoncent difficiles, pas un mot là-dessus, pas d’invitation à travailler ensemble, pas d’ouverture. Le ton de la lettre est froid, l’auteur emploie un ton affirmatif, sûr de lui (beaucoup de « je veux », « je suis », « j’ai proposé », « j’ai indiqué », alors que le ton de la lettre de François Bayrou était plus respectueux : « je crois », « il me paraît », « pour moi,… », « je vous demande » et beaucoup de « nous ».

 

Passons maintenant à la réponse de Nicolas Sarkozy, très longue (7 pages !). Cette lettre a été rédigée non par lui-même mais paraît-il par Emmanuelle Mignon, qui fut son directeur de cabinet en 2007 et 2008 et a repris du service auprès de lui à l’occasion de la campagne présidentielle.

Très dense, la lettre se présente comme une réponse sérieuse et très argumentée, au ton à la fois présidentiel et respectueux (« vous avez bien voulu », « je vous en remercie », « c’est bien volontiers que je réponds à vos questions » …), qui cherche à convaincre son interlocuteur (« comme vous, je reconnais … », « je partage votre préoccupation » …). Avant de dérouler l’argumentaire, il campe le décor dans l’introduction : le contexte de crise, de mondialisation et de libéralisation des échanges, de financiarisation de l’économie, de l’Europe, justifiant l’inquiétude des Français. Il affirme son attachement à des valeurs d’autorité, de responsabilité, de mérite, de travail (notons qu’il ne cite pas les valeurs républicaines de liberté-égalité-fraternité). Il ajoute l’identité et le besoin de frontières (géographiques, culturelles, économiques, éthiques) qu’exprimeraient selon lui les Français. Enfin il affirme son attachement au modèle social hérité du Conseil National dela Résistancetout en disant que la seule façon de le sauver, c’est de le réformer, de le rendre plus efficace, plus économe.

Puis sont repris point après point les sujets cruciaux énoncés par François Bayrou, avec analyse des causes, chiffres, énoncé de la vision :

  • Réduction du déficit public : retour à l’équilibre en 2016, règle d’or dansla Constitution, soumise à référendum
  • Chiffrage du projet présidentiel : il rappelle ses chiffres d’effort sur la dépense publique et précise où viser des économies, mais ne relève aucunement son hypothèse de croissance jugée trop optimiste par les organismes officiels (2% au lieu de 1%), préférant en valider la crédibilité par les chiffres constatés les 20 dernières années ( !) et indiquant une réserve de 6 Md€ au cas où … (notons qu’une variation de croissance de 1% occasionne un impact sur les finances publiques de l’ordre de 10 Mds€, mais bon …).
  • Emploi industriel : son déclin dû à 30 années de choix économiques et industriels, en particulier sur des secteurs (sidérurgie, automobile, industrie navale), au 35 heures, à la retraite à 60 ans, à l’alourdissement du coût du travail,… qu’il a cherché à corriger pendant son quinquennat (crédit impôt-recherche, pôles de compétitivité, suppression de la taxe professionnelle, FSI …). Il veut poursuivre   en appliquant une TVA "anti-délocalisation",  en réservant 20% des marchés publics aux PME (mesure déjà proposée par François Bayrou en 2007 !), en réformant la formation professionnelle, en proposant à nos partenaires européen un pacte de réciprocité entre l’Europe et les pays tiers concernant l’accès aux marchés publics, un contrôle des importations pour veiller à ce qu’elles respectent nos normes (ces points ont également été proposés par Bayrou).
  • Démocratie sociale : Nicolas Sarkozy dit clairement qu’il n’est pas d’accord sur la représentation avec droit de vote des représentants des salariés au Conseil d’administration des entreprises. En revanche il est d’accord pour leur présence dans les comités de rémunération.
  • Education : d’accord avec Bayrou sur la crise de l’éducation, pour un nouveau projet éducatif centrés sur les savoirs fondamentaux et le développement de l’apprentissage et non pas en créant des postes supplémentaires.
  • Modernisation des institutions : il rappelle des évolutions réalisées depuis 2007, la révision constitutionnelle précisant l’attachement au pluralisme et à l’indépendance des médias [sourire, quand il a aussi fait voter la nomination des responsables de l’audiovisuel public par le président de la république], l’extension des pouvoirs du Parlement, la question prioritaire de constitutionnalité, les nominations du parquet soumises à l’avis du CSM, le contrôle de la présidence de la république parla Courdes comptes, la réduction de 20% du budget de l’Elysée, nomination d’un député d’opposition àla Courdes comptes et àla Commissiondes finances. Il poursuivra sur la moralisation de la vie politique : prévention de conflits d’intérêt, interdiction du cumul des mandats entre un ministère et un mandat exécutif local. Avis positif sur la réduction du nombre de parlementaires, l’introduction d’une dose de proportionnelle. Comme Hollande, il soumettrait ces propositions au Parlement plutôt que par référendum, sauf cas de blocage.
  • Enfin sur l’Europe, il se proclame Européen convaincu et rappelle qu’il a agit dans l’urgence pour l’Europe, grâce à l’entente franco-allemande,  pour surmonter la crise des dettes souveraines, pour établir une gouvernance économique. Il soutiendra le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance de la zone euro, pour renforcer la zone euro et cherchera à développer l’harmonisation des législations au service de la croissance et de l’emploi. Il veut engager un dialogue constructif avecla BCEen faveur du soutien de la croissance et souhaite une politique commerciale qui protège l’emploi industriel en Europe et une réforme de l’espace Schengen pour mieux maîtriser les frontières.

La lettre se termine par l’expression du souci d’écouter, de répondre aux inquiétudes et à l’angoisse du peuple français, de trouver un point d’équilibre dans ces réponses : "Je me fais un devoir d'entendre la voix de tous les Français et de toutes les Françaises qui se sont exprimés dimanche dernier et de trouver un point d'équilibre" ainsi que par un « appel de  tous les Français qui mettent l’amour de notre patri au dessus de toute considération partisane et de tout intérêt particulier à s’unir et à le rejoindre ».

La lettre est belle. Mais les valeurs de la république (liberté-égalité-fraternité) ne sont pas évoquées, remplacées par le travail, l’effort, la responsabilité. Il ne parle pas de solidarité, qu’évoque souvent François Bayrou notamment par son slogan de campagne « la Francesolidaire ». Il fait appel à l’union mais n’a cessé de diviser les Français, opposant les catégories les unes aux autres. Il ne parle absolument pas de la justice sociale et notamment fiscale (mais il est vrai que la lettre de François Bayrou ne l’a pas interpellé là-dessus). Il ne dit pas comment il va redynamiser l’industrie, l’activité économique, le « produire en France », pour créer vraiment de l’activité et des emplois (ce n’est pas la formation des chômeurs et l’obligation donnée d’accepter un emploi proposé qui va créer ces emplois !). Sur l’éducation, leur vision de la profession d’enseignant est très différente. Alors que Nicolas Sarkozy veut leur imposer plus d’heures de présence en leur faisant miroiter une prime, François Bayrou entend reprendre à la racine les méthodes, les pratiques, la reconnaissance et la valorisation des enseignants, la motivation des élèves,…

La comparaison entre les candidats est un exercice à dimension multiple : personnalité, crédibilité, confiance, autorité, courage, cohérence, attachement à des valeurs, compréhension de la société, écoute des Français, vision de l’avenir pour donner un cap et énoncer des priorités, cohérence et pertinence des propositions pour atteindre ces objectifs.

Il y a les valeurs exprimées et les valeurs sous-jacentes non exprimées. Il y a la parole et les actes, pas toujours en conformité. La manière d’être, de se comporter vis-à-vis de son équipe et vis-à-vis de ses rivaux, de ses opposants politiques. C’est tout cela qu’il faut considérer, au-delà des considérations partisanes, pour se faire sa propre opinion.

27/04/2012

Présidentielle 2012 : simulateur de second tour

Maintenant que nous avons les résultats du 1er tour, je vous propose de faire une simulation vous-même des résultats de second tour en fonction de vos hypothèses de report de voix, sur le tableur simulateur ci-joint (remplacer les valeurs en italique en veillant à conserver un total de 100% par ligne).

Voilà ce que donnent mes hypothèses :

1- reports de voix basés sur un dernier sondage Harris pour les électeurs de Bayrou et de Le Pen.
    J'ai reporté intégralement Melenchon et Joly sur Hollande.

=> Hollande l'emporte largement avec 56% des voix

2- hypothèse extrême la plus favorable à Sarkozy où le total des voix de Bayrou et de Le Pen se reporteraient sur Sarkozy

=> Sarkozy l'emporte largement avec 56% des voix

3- Hypothèse où les électeurs de Bayrou et de Le Pen s'abstiennent à 20% et votent à 70% pour Sarkozy et à 10% pour Hollande

=> Nicolas Sarkozy arrive à l'emporter (tout juste)

 

24/04/2012

Présidentielle 2012 : comparaison avec 2007 et le mystère François Bayrou

Il est intéressant de comparer les résultats de premier tour des élections présidentielles de 2012 à celui de 2007. On peut y voir des transferts de voix évidentes, d'autres moins. Les faits marquants sont surtout la montée des extrêmes (presque +7,5 points pour le FN et +5,5 pour l'extrême gauche dont 9,2 pour J.L Mélenchon), la chute de François Bayrou (-9,5 soit score divisé par 2) et le décrochage du président sortant Nicolas Sarkozy (-4) alors que le candidat du PS augmente de presque 3 points (phénomène de rejet de Sarkozy bénéficiant à Hollande).

Le point le plus surprenant de ces résultats est notamment le paradoxe entre ce résultat très décevant de François Bayrou et la cote de popularité, de confiance, de qualité des propositions de François Bayrou, placé en tête des sondages sur les personnalités politiques. Je n'ai pas trouvé de sondage expliquant les évolutions des votes des électeurs entre 2007 et 2012, ce qui aurait été intéressant. En discutant avec les gens et an analysant les causes, j'en viens à la conclusion suivante :

- Les Français n'ont pas voulu voir la dure réalité en face et semblent préférer les fausses promesses aux efforts, préférer l'affrontement dual à l'unité, ... enfin pour le moment ;

- ils n'ont pas réussi à sortir de la bipolarité, toujours favorisée par les institutions de la Vème république, le mode de scrutin à deux tours, de surcroît entretenu par les médias qui préfèrent les combats de coqs à un discours rassembleur prônant l'unité ;

- ils n'arrivaient pas bien à imaginer Bayrou président car ne pouvaient pas se figurer la composition éventuelle d'un gouvernement ;

- avec la crise financière et économique, ils ont cristallisé leur souffrance et leur colère sur les extrêmes, alors qu'en 2007 certains qui ne voulaient ni Sarkozy ni Ségolène Royal s'étaient reportés sur Bayrou et avaient été séduits par son approche dépassant le clivage gauche-droite.

 

En comparant les résultats de 2012 à 2007 (ce serait intéressant d'avoir un sondage là-dessus !), il est vraisemblable de penser qu'il y a eu :

- un report de Bayrou vers Hollande environ 6, correspondant pour partie en 2007 à des voix du PS qui avaient préféré François Bayrou à Ségolène Royal et sont revenues en 2012 (et un peu vers Mélenchon 1) et un peu vers Sarkozy pour le centre droit (Nouveau Centre, Radicaux) 2 ;

- un report de Hollande vers Mélenchon environ 3 ;

- Mélenchon a bénéficié de voix de Hollande (3)+Bayrou (1) + du NPA (3) et de Lutte Ouvrière (presque 1) et des écologistes (1)

- Le Pen a bénéficié des voix de Sarkozy (6), des souverainistes (1) et peut-être grapillé sur les petits candidats marginaux (Nihous, Schivardi) pour 1

 

20/04/2012

L’ultime avertissement de François Bayrou avant le 22 avril

La campagne présidentielle s’achève avec cette impression amère, confirmée par la presse internationale sidérée, qu’elle n’a pas traité les sujets essentiels : la crise de la dette et le chômage, suivi par le niveau de plus en plus dégradé de notre éducation. Elle a aussi quasiment éludé l’écologie et la santé publique. Seul le candidat François Bayrou a cherché à tenir un langage de vérité sur la gravité de la situation économique de la France et a fait des propositions fortes pour le « produire en France » et sur « l’instruire ». Eva Joly a parlé d’écologie et de santé publique, mais sans que ces sujets importants mobilisent car devenus non prioritaires, au point qu’elle ne parle plus d’écologie dans son clip officiel de campagne.

Cette campagne a continué de fonctionner sur un ancien référentiel, le clivage traditionnel « gauche-droite », alors qu’il y a plus de division et même une vision différente de modèle, au sein de la droite et au sein de la gauche qu’entre la partie gauche et la partie droite plus centrales, c'est-à-dire en désaccord avec son extrême. Les candidats des extrêmes, d’extrême gauche comme d’extrême droite, veulent "casser le système", casser l'euro ou l'Europe, sortir du capitalisme et de la mondialisation en prônant le protectionnisme, tout en désignant les boucs émissaires. Comme dit François Bayrou : « Sarkozy est le candidat de la division et Hollande le candidat de l’illusion, et les extrêmes sont soit dans "l'extrême division" soit dans "l'extrême illusion". Mais « Les partis se tiennent par leur noyau dur » !

Sur leur vision du modèle de société, Sarkozy, Hollande et Bayrou sont au moins d’accord sur des objectifs communs même s’ils dénotent des priorités différentes et certaines nuances : préserver l’Europe et l’Euro, sauvegarder notre modèle social, assainir les finances publiques en réduisant le déficit, réindustrialiser la France, mieux réguler la finance, intégrer la dimension écologique même si le thème reste en retrait, sans casser le système. La candidate écologiste Eva Joly est aussi dans la continuation de ce modèle même s’il donne plus de priorité à certains thèmes (écologie et lutte contre la corruption). Alors que Sarkozy prétend "protéger" tout en divisant les Français, Hollande prône l'égalité par la "redistribution" mais en faisant des promesses intenables et en s'adressant à "la gauche", c'est François Bayrou qui à mon avis a la meilleure analyse, tenant un langage de vérité avec une approche lucide et pragmatique et visant vraiment à "créer" de l'activité, des vrais emplois, pour sauver à la fois notre modèle social et nos emplois, en assurant plus de solidarité, en rassemblant et en s'adressant à tous les Français. Je pense également que son idée de rassemblement central autour de cette vision commune, des priorités visant à sortir la France de la crise en prenant les problèmes à la racine et en responsabilisant les citoyens, est la bonne, même si elle est mal comprise dans le contexte de bipolarité politique gauche-droite. Et qui d’autre que lui, François Bayrou, pourrait conduire ce rassemblement central ?

Avant de voter, écoutons l’analyse de François Bayrou et son ultime avertissement :

- La France est dans une situation économique désastreuse, beaucoup plus grave que Sarkozy et Hollande le disent. Niveau insupportable de la dette publique et du déficit commercial extérieur, désindustrialisation galopante. Et ceci est dû aux politiques publiques des gouvernements de gauche comme de droite qui ont laissé filer ces déficits et qui n'ont pas su avoir de stratégie industrielle, qui n'ont pas anticipé et géré les évolutions technologiques, la mondialisation etc.

- Cette situation n’est pas due à la mondialisation, à la Chine, ni à l’euro. La preuve c'est que les autres pays, dans un même contexte, avec le même coût du travail, et pour la plupart dans l'euro, ont une balance commerciale en excédent et un faible chômage : Allemagne, Pays-Bas, Pays nordiques ... Notre modèle social est maintenant mis en danger si on ne redresse pas la barre tout de suite. François Bayrou soutient l’euro et l’Union Européenne face à ceux qui veulent remettre en cause la monnaie unique ou qui refusent de payer la dette que les gouvernements français ont accumulée depuis trente ans, face à ceux qui voudraient une solution argentine (qui s’est traduit par un effondrement de 50% du niveau de vie, 53% de personnes passées sous le seuil de pauvreté, exil,…).

 - Le niveau de la dette publique est tel qu'il faut absolument le geler (puis le réduire …) en s'interdisant tout déficit et en immunisant le taux d'intérêt, mais avec une solution crédible, pas en s'imaginant qu'il suffit de faire payer les riches ou avoir recours à un financement à taux zéro de la BCE, ce qui n'est pas envisageable sans l'accord des partenaires européens et qui génèrerait une inflation telle que ce serait ruineux au final.

- L'assainissement des finances publiques doit s'accompagner d'une politique de croissance basée sur le « produire en France » soutenu par le « acheter français », mais pas par une dépense publique excessive, pas par des chèques en bois, pas par des emplois subventionnés ou très à la marge. Une politique de soutien de la demande par la consommation (augmentation des salaires etc.) ne pourra réussir si les consommateurs achètent surtout des produits étrangers. Au contraire, cela creusera encore un peu plus le déficit commercial et n’arrangera pas plus les finances de l’État. Pourtant, c’est l’erreur que voudrait commettre à nouveau la gauche si elle parvenait au pouvoir. Il faut redynamiser l'économie filière par filière en créant de l'activité. François Bayrou a donné des multiples exemples dans l'industrie, dans la filière bois, dans le numérique, etc.

François Bayrou soutient son argumentation en comparant la France à l’Allemagne :

-          La France, depuis 2005, a un déficit commercial extérieur (exportations-importations) qui s’est creusé jusqu’à atteindre 70 milliards en 2011 (ce qui est équivalent en montant à 3 millions de salaires charges comprises !), alors que l’Allemagne a un excédent de 160 milliards (équivalent de plus de 6 millions de salaires charges comprises !).

-          Pourtant les deux pays sont de même niveau, avec la même monnaie, les mêmes coûts salariaux, les mêmes niveaux de protections sociales (le coût du travail est même un peu supérieur en Allemagne).

-          En étudiant attentivement chaque filière, François Bayrou a cherché à comprendre pourquoi la France ne produit plus et pourquoi l’Allemagne produit beaucoup. L’Allemagne était au même niveau que le France en 2004 mais le gouvernement de Gerhard Schröder avait décidé de mettre en œuvre un plan industriel qui porte maintenant ses fruits, en regardant filières après filières les spécificités de chaque marché.

François Bayrou a pris pour exemple la filière bois. La France métropolitaine a 16 millions d’hectares de forêts et 450 000 emplois. En Allemagne, il y a 11 millions d’hectares de forêts et 800 000 emplois. Cela voudrait dire qu’en France, il manque plus de 500 000 emplois avec ses ressources forestières. Pourquoi ? Parce que l’Allemagne a décidé d’un grand plan de réimplantation de scieries et que la France va en Allemagne pour scier ses arbres !

Il a aussi donné un autre exemple, avec l’industrie automobile. Il y a sept années, Renault produisait 1,2 million de véhicules en France et Volkswagen autant en Allemagne. Aujourd’hui, Renault ne produit plus que 440 000 véhicules en France et Volkswagen en produit 2,2 millions en Allemagne. Les ouvriers de Volkswagen ont même eu droit à une prime de 7 500 euros pour les remercier du travail accompli.

L’Allemagne a veillé à préserver ses emplois sur son sol, par une politique industrielle et par le soutien des partenaires sociaux qui sont associés aux décisions de l’entreprise. Ces derniers ont aussi accepté de recourir au chômage partiel pendant le temps fort de la crise économique, en 2009 notamment, pour garder les compétences et pouvoir reprendre ensuite l’activité lors de la reprise. Le dialogue social joue un rôle essentiel dans cette stratégie. De même que l’entrée de représentants du personnel avec droit de vote dans les conseils d’administration des entreprises devrait aussi, selon François Bayrou, faciliter ce dialogue, l’approbation d’une stratégie qui défend l’emploi. Il prône aussi la participation de représentants de personnel que dans les comités de rémunération afin de mieux contrôler les rémunérations de leurs dirigeants.

L’approche de François Bayrou part d’une analyse profonde et d’une vision du modèle de société articulé autour des valeurs républicaines. Elle est pragmatique, s’enrichissant des expériences qui ont réussi, dans les autres pays, ou au sein de notre pays. Elle est responsabilisante, ne cherche pas les boucs émissaires, la condamnation de causes extérieures, ce qui empêche de voir nos propres défauts. Enfin, il a confiance dans les citoyens qui ne demandent qu’à éveiller leur conscience, à comprendre, à être informés, pour contribuer aux réflexions, au débat et à choisir en connaissance de cause.

15/04/2012

Ce que François Bayrou fera au second tour … s’il n’est pas en finale

Ce qui n’est pas joué d’avance …

 

Tout d’abord pourquoi n’est-ce pas joué d’avance ?

Parce que les Français pour la plupart ont suivi superficiellement la campagne, n’ont pas tout écouté, n’ont pas lu les projets, ne sont pas suffisamment informés de la situation réelle du pays et donc peuvent plus difficilement juger des annonces et des promesses des candidats. Tout le monde sait qu’il y a une crise économique, une crise des dettes en zone euro, quela Franceaccuse un déficit public et souffre d’un chômage croissant. Mais la dette, c’est un sujet « technique », d’économistes. Ils ne se rendent pas compte que même si l’Etat n’était plus en déficit, ses 1700 milliards euros de dette (26 000 euros par Français ou encore 40 000 euro par actif) génère annuellement une charge en intérêts de 50 milliards, plus que l’impôt sur le revenu, plus que le budget de l’éducation nationale, soit 2,5% du PIB, comme si sans cette chargela Franceavait 2,5% de croissance !

On bassine quotidiennement les Français de sondages plutôt que d’informations éclairantes sur les problèmes du pays aidant à comparer les propositions. Aucun débat (même l’émission en deux soirées des « Paroles et des Actes » sur France 2, donnant la parole à chaque candidat pendant 16 minutes, était un simulacre, relevait plus du speed-dating que d’un débat dont on a privé les Français. Les vrais sujets essentiels et vitaux, qui devraient être débattus, sont le chômage et la réindustrialisation dela France, le rétablissement de ses finances publiques et de sa balance commerciale extérieure, la refondation de l’Europe passant par une gouvernance démocratique, plus de projets communs, une mutualisation de ses dettes publiques, une reprise en main de l’éducation et de la formation en général. Mais les candidats préfèrent parler de boucherie Halal ou de permis de conduire, bref, des sujets de diversion … sauf François Bayrou justement qui parle de ces sujets essentiels.

Dans ces derniers discours, remarquons que François Bayrou passe environ les trois quarts de son temps sur l’analyse de la situation, l’explication des causes de nos maux, de la dette, du chômage, du financement des retraites. « Tout se tient, ces maux sont en fait les fruits d’un même arbre, le fait que nous ne produisons plus en France », dit-il. Et il nous livre une démonstration, qui part du déficit du commerce extérieur, c'est-à-dire la différence entre nos exportations et nos importations. Avant 2005, nous étions excédentaires. Puis en sept ans, la balance est devenue de plus en plus déficitaire, atteignant 70 milliards d’euro en 2011, soit 3,5% du PIB ou encore en montant l’équivalent du salaires charges comprises de 3 millions de gens ! Alors que celle de l’Allemagne (qui était en pleine crise en 2004, subissant le coût de la réunification), s’est améliorée au point d’atteindre 160 milliards d’euro. Et La chine ne pèse que pour 24 milliards dans ce déficit extérieur, car nous sommes surtout déficitaires vis-à-vis de nos partenaires européens (18 milliards avec l’Allemagne), à l’exception de la Grèce[1]. Et lorsque nous achetons à l’étranger au lieu de biens produits chez nous, il n’y a aucune contribution au financement de notre sécurité sociale, de notre retraite, de notre caisse chômage, à l’impôt sur le revenu des salaires correspondant. Ce qui accroît donc aussi notre déficit public !

La presse internationale le dit, les journalistes le reconnaissent : c’est François Bayrou qui a la meilleure vision, la meilleure analyse, des propositions constructives sur les sujets essentiels que sont l'emploi et le surendettement de l'Etat, sans oublier l'éducation.  Le chiffrage des projets de Nicolas Sarkozy et de François Hollande n'est pas réaliste, pour l'un comme pour l'autre,  car il retient un taux de croissance compris entre 2 et 2,5% alors que le taux officiellement prévu est à présent de 1,5%, taux retenu par François Bayrou dans son projet. François Bayrou veut dire la vérité, mais quand cette vérité fait peur, qu'elle dérange, les gens préfèrent ne pas l'entendre et être séduits par des solutions irréalistes. Bayrou fait appel à la conscience et à la responsabilité des citoyens, il leur fait confiance. Mais quand ces derniers ne lisent plus les journaux et ne regardent que le 20h de TF1 ou éventuellement un zapping du journal gratuit pour suivre l'actualité, qui délivrent quotidiennement des résultats de sondages plutôt que comparer les propositions des candidats, il est impossible de comprendre les sujets de fond, on sombre dans la démocratie d'opinion et dans la note de gueule.

C'est lamentable, affligeant, pitoyable, la décadence de la démocratie. Même cet engouement pour Jean-Luc Mélenchon, je le comprends, car ce candidat révolutionnaire sait drainer la colère du peuple en même temps qu'il dégage une chaleur humaine, "l'humain d'abord". Mais ses solutions sont complètement irréalistes, mettraient le pays en ruine, sans que les gens s'en rendent compte. Avec Jean-Luc Mélenchon, tout paraît simple, l'Etat va tout prendre en charge, « yaca » prendre aux riches et créer de la monnaie banque centrale, de la monnaie de singe (ce qu'on ne peut même pas faire à moins de sortir de l'euro, ce qui serait encore pire, et cela créerait une énorme inflation). C'est un discours déresponsabilisant et infantilisant.

Bayrou n'a pas voulu sombrer dans la démagogie ni user de marketing, d'agence de communication, préférant la conviction à la séduction et à la manipulation. C'est cela qui fait sa faiblesse dans les intentions de vote. Mais c'est tout à son honneur, il respecte vraiment les électeurs.

Nous arrivons donc à la semaine cruciale précédant le scrutin : soit les Français se réveillent, soit s’est plié et le scrutin donnera raison aux sondages.

Actuellement ces sondages donnent au second tour Hollande à 53% contre Sarkozy à 47%. Les 10% d’électeurs de François Bayrou peuvent donc faire basculer le vote. Le dernier sondage sur les reports de voix de Bayrou donne 42% sur Hollande, 39% sur Sarkozy et 19% blanc. Si les votes blancs de Bayrou (2% des voix) basculaient sur Sarkozy ainsi que la moitié de ceux préférant Hollande (encore 2%), cela représenterait 4% des voix, ce qui donnerait Sarkozy gagnant.

On comprend alors toutes les œillades de Chimène faites à François Bayrou (et à ses électeurs), la fois par Nicolas Sarkozy et ses proches et par François Hollande. Devant un tel enjeu, l’hypothèse d’une nomination de François Bayrou premier ministre de Sarkozy est avancée par l’UMP, distillée dans les médias pour faire buzz.

Mais imaginez-vous vraiment François Bayrou accepter une telle nomination ? Alors qu’il aurait déjà pu l’obtenir en d’autres temps, comme des personnes issues du PS l’ont même accepté en 2007 (Bernard Kouchner, Claude Allègre, Luc Besson, …). Ce serait humiliant pour lui, il démissionnerait au bout d'un mois ... Il perdrait son âme et la considération non seulement de ses électeurs, mais de ses propres enfants.

S'il n'est pas au second tour, je pense qu'il soumettra aux 2 candidats en lisse une sorte de charte d'engagement sur les points qui lui paraissent essentiels de son projet, à savoir :

- l'assurance du retour à l'équilibre des dépenses publiques, le retour à zéro du déficit, et un plan pour générer un excédent visant à rembourser progressivement la dette quand la croissance sera de retour ;

- l'établissement d'une véritable politique industrielle mobilisant tous les acteurs pour le "produire en France", assorti du label avec la part produite en France ;

- la préservation des moyens de l'éducation nationale avec certaines de ses propositions sur l'école ;

- le référendum sur la moralisation de la vie politique dès juin 2011, avec part de proportionnelle à l’Assemblée nationale.

Les candidats devront officiellement s'engager sur ces points et publier leur réponse. Il laissera alors ses électeurs se prononcer en toute conscience, les laissant libre de leur vote, qui d'ailleurs ne lui appartient pas.

Bien sûr, cette situation mettrait à nouveau François Bayrou dans une situation difficile pour les législatives car sans accord d’alliance, les candidats se présentant sous étiquette Modem vont subir la concurrence des grands partis et il est peu probable qu’une part de proportionnelle puisse être mise en place dès ce scrutin. 10% des voix ne font pas 10% des sièges … Cependant, des députés élus sous la bannière UMP, PS ou même EELV pourraient très bien une fois élus décider de rejoindre un groupe parlementaire d’accord d’unité nationale, conduit par François Bayrou. Ce n’est pas impossible. Mais le faire savoir par avance risque d’handicaper leur investiture au sein de ces partis … Les cartes ne devraient pas être dévoilées trop tôt.

 Mais tout n'est pas joué et il pourrait y avoir un rebond Bayrou. En effet, le dernier sondage TNS-SOFRES du 13 avril 2012 donne François Bayrou largement en tête pour la "présidentialité", sur les trois critères vision, projet et étoffe.

[62% estiment que François Byrou comprend bien les problèmes du pays, 47% qu'il a un projet crédible et 39% l'étoffe d'un Président. Vient ensuite François Hollande dont l'image est structurée de façon assez similaire (56%, 44% 38%). Puis Nicolas Sarkozy qui, si seulement 36% des enquêtés déclarent qu'il comprend bien les problèmes de la France et des Français, convainc 43% qu'il a un projet crédible et surtout 59% qu'il a la carrure, ce en quoi il se distingue nettement des deux précédents, du fait, probablement, de sa qualité de président sortant. A noter que Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, s'ils ne semblent pas majoritairement convaincre sur le projet et la carrure, sont en revanche crédités par une majorité de Français comme comprenant les problèmes de la France et des Français. On le voit, la situation du leader du Modem apparaît toujours paradoxale : apprécié et reconnu alors même qu'il est crédité, par ailleurs, d'intentions de vote bien plus faibles que François Hollande et Nicolas Sarkozy. Outre une campagne peu rythmée comme le montre notre baromètre, un autre élément d'explication dans ce sondage : seulement 24% des Français estiment qu'il a une vraie équipe pour former un gouvernement (quasiment au même niveau que Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon) pour 55% François Hollande et 60% Nicolas Sarkozy.]


[1] http://lekiosque.finances.gouv.fr/APPCHIFFRE/Etudes/table...

12/04/2012

Propositions pour l'emploi de Marine Le Pen : une double erreur d'analyse

 

Le sujet du chômage, de la création d’emploi, devrait être le thème essentiel de la campagne. Malheureusement, les sujets de diversion fleurissent et  l'emploi est insuffisamment traité par la presse et par les médias. Que proposent les candidats et sont-ils crédibles ? Après avoir analysé les  propositions pour l'emploi de Nicolas Sarkozy  (un vide sidéral !), les propositions de François Hollande (un chèque en bois !), les propositions de François Bayroules propositions de Jean-Luc Mélenchon, terminons notre série avec Marine Le Pen.

Marine Le Pen estime que la France n’est pas condamnée à la fatalité du chômage de masse et de la précarité de l’emploi. Les causes de la montée du chômage et d’un tassement des salaires seraient selon elle l’immigration  massive et notre soumission à une Europe ultra-libérale qui a ouvert les frontières à tout va, qui accepte le dumping social, fiscal, environnemental et qui nous soumet aux marchés financiers.

Des propositions concernant l'emploi s’articulent principalement autour de :

  • Une politique protectionniste (rétablissement des frontières nationales, taxes des importations aux frontières, forte limitation de l’immigration) et une sortie de l’euro et même de l’Union européenne. La sortie de l’euro, se traduisant par une dévaluation, rendrait nos exportations plus attractives, ce qui aurait un effet de relance sur l’économie, donc la création de nouveaux emplois.
     
  • La fin des politiques « d’accompagnement social » du marché de l’emploi (contrats aidés ou autres emplois jeunes) qu’elle juge inefficaces.
     
  • La réindustrialisation de la France ; le soutien aux PME, artisans et commerçants ;
     
  • L’emploi des jeunes et des seniors, favorisé dans le cadre de la stratégie de réindustrialisation dela France. Incitation des entreprises qui participent à la reconstruction des filières industrielles à utiliser les compétences des jeunes issus des filières professionnelles et des seniors exclus prématurément du marché du travail.
     
  • L’obligation donnée à l’Etat et aux collectivités locales de réserver une embauche sur trois dans la fonction publique aux personnes de plus de 45 ans issues du secteur privé.
     
  • La valorisation de l’apprentissage pour favoriser l’insertion des jeunes dans l’artisanat. L’objectif sera de passer à la fin du quinquennat à environ 700.000 apprentis contre 500.000 aujourd’hui. Elle propose d’abaisser à 14 ans l’âge légal pour pouvoir bénéficier d’un contrat d’apprentissage, de développer l’orientation vers les filières professionnelles et d’augmenter les financements des régions.
     
  • Une sanction très sévère de l’emploi de travailleurs clandestins : il constitue, selon elle, une concurrence déloyale au marché légal du travail. L’employeur sera passible de sanctions pénales et de la fermeture administrative de son établissement.
     
  • La priorité à l’emploi des personnes avec la nationalité française. Une loi contraindra Pôle Emploi à proposer, toujours à compétences égales, les emplois disponibles aux demandeurs d’emploi français. Les administrations respecteront ce principe.
     
  • L’élargissement de la liste des emplois dits « de souveraineté »: dans les secteurs régaliens, les professions seront réservées aux personnes qui possèdent la nationalité française.
     
  • Pas de remise en cause de la loi sur les 35 heures afin de ne pas « perturber » le fonctionnement du marché du travail. En revanche renégociation de la durée hebdomadaire du temps de travail  à la condition qu’elle s’accompagne d’une augmentation proportionnelle du salaire.
     
  • La hausse de 200 euros net « sur tous les salaires » allant jusqu’à 1,4 fois le Smic, grâce à la prise en charge par l’État du même montant de cotisations salariales.
     
  • Dans le secteur privé, indexation des salaires sur l’inflation. L’impôt sur les sociétés sera modulé pour inciter les entreprises à adopter une politique salariale plus généreuse et distribuer davantage de leurs profits à leurs salariés. Une réserve légale de titres sera instaurée : l’objectif est de reconnaître au personnel une part de propriété dans l’entreprise, sans droit de vote, mais permettant le versement de dividendes.
     
  • Dans la fonction publique, évolution du point d’indice sur lequel est basé le calcul des salaires : le point d’indice augmentera plus sensiblement pour les petits salaires et dans une moindre mesure pour les plus hauts salaires. Les hauts fonctionnaires, qui bénéficient de primes, pourront même voir leur traitement gelé pendant les premières années du quinquennat.
     
  • La revue du fonctionnement de Pôle Emploi : il fera l’objet d’un audit en collaboration avec les représentants des demandeurs d’emploi. Vérifier « plus sérieusement » que les demandeurs d’emploi se conforment aux obligations imposées par Pôle Emploi : obligation de recherche, d’acceptation d’un emploi dans les conditions qui seront définies.
     
  • La reprise en main par l’Etat de la politique de formation professionnelle. Instauration d’un service public de la formation tout au long de la vie avec la mise en place d’un « chèque formation ».
     
  • Une grande réforme des syndicats avec comme objectif principal d’assurer une meilleure représentation des salariés. Suppression du monopole de négociation accordés aux syndicats les plus représentatifs et revoir les modalités d’élections des représentants des salariés.

 

Certaines de ces propositions concernent une préservation du niveau des salaires. Mais celles visant à sauvegarder l'emploi et lutter contre le chômage reposent une analyse doublement contestable : 

-          d’une part la désignation de l’immigration comme une cause majeure du chômage (et de nos déficits sociaux), alors qu’il n’en est rien. Voir cet article récent « Emploi: réduire l'immigration, fausse piste pour les experts » ou encore  cet article. Ce n’est pas l’enjeu de l’emploi aujourd’hui. Patrick Simon, démographe à l'Ined, explique que «Sur le papier, il peut être séduisant de mettre face à face chômeurs et immigrés». Mais autochtones et immigrés n'occupent pas les mêmes types d'emplois, et se font peu concurrence. «Ils seraient plutôt complémentaires. La plupart des études réalisées constatent d'ailleurs un très faible impact de l'immigration sur le taux de chômage». En France et en Europe, le marché du travail est très segmenté. Les immigrés y occupent souvent des emplois peu qualifiés, peu rémunérés, aux conditions de travail difficiles. Les secteurs de la restauration, du bâtiment et des services à la personne par exemple, peinent malgré tout à pourvoir des offres d'emploi que les autochtones jugent insuffisamment attractives. D'après la dernière enquête sur les besoins de main d'œuvre réalisée par Pôle emploi, 61% des offres d'aides à domicile posent ainsi des difficultés de recrutement.

-          D’autre part l’idée faussée que l’euro (trop fort) et l’Europe (trop libérale) sont responsables de la montée du chômage, n’ont pas protégé nos emplois, ayant favorisé les délocalisations. On peut certes reprocher à la politique européenne n’avoir été trop naïve à l’égard de certains pays comme la Chine, en n’exigeant pas la réciprocité sur l’ouverture des marchés publics, trop laxiste sur les normes sanitaires et environnementales qui devraient être les mêmes à l’entrée des produits que celles imposées en Union européenne, en n’agissant pas plus fermement sur la surévaluation de sa monnaie. Il est possible d’œuvrer pour des échanges réciproques et plus loyaux et corriger ses facteurs nuisant à nos emplois, sans pour autant sortir de l’Union et fermer les frontières. De plus, une sortie de l’euro, se traduisant par une dévaluation relative de la nouvelle monnaie d’environ 20 ou 30%, aurait un impact extrêmement négatif sur le renchérissement de nos importations, du pétrole notamment, grevant le pouvoir d’achat, ainsi qu’un renchérissement de la dette libellée en euro, déjà abyssale (1700 milliards), d’environ 400 milliards, de même pour les intérêts annuels de la dette qui augmenteraient de plus de 10 milliards, à moins de déclarer l’Etat en faillite, de refuser de rembourser nos dettes, mais avec la cessation de paiement de l’Etat, l’impossibilité de payer les fonctionnaires et leurs retraites, un scénario à la Grecque.

Curieusement, la sortie de l’euro n’apparaît plus dans la profession de foi de Marine Le Pen, ni dans son clip officiel de campagne … Se serait-elle rendu compte d’une bévue ?

 

 
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