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30/01/2010

Affaire Clearstream : le procureur Jean-Claude Marin est-il vraiment indépendant ?

L’affaire « Clearstream » a connu plusieurs épisodes ou du moins plusieurs affaires Clearstream et on y retrouve déjà le procureur Jean-Claude Marin. Le procès de Sarkozy à Villepin en est le 3ème. 1895321995.JPG

Il y avait eu précédemment l’affaire dite Clearstream 1 suite à la publication par le journaliste Denis Robert en 2001 et en 2002 de Révélation$ et de La Boîte noire, soupçonnant le système et banque de compensation Clearstream (qui se nommait Cedel à l’époque), situé au Luxembourg, d’être une plate-forme mondiale de l’évasion fiscale et du blanchiment d’argent.

Puis en 2004 l’affaire Clearstream 2 (ou affaire EADS-Clearstream ou affaire du corbeau des frégates de Taïwan). Les circuits de Clearstream étaient supposés utilisés pour régler des commissions et des rétrocessions de commissions sur ventes d’armes, via les filiales de la DCNI ‘Direction des Constructions Navales International), Heine et Eurolux au Luxembourg. Le juge Renaud van Rymbecke s’est vu s’opposer le « secret défense», l’empêchant de mener l’enquête pour remonter aux bénéficiaires.

 

Le dossier judiciaire de cette dernière affaire contenait des notes dont fait référence un PV du Parquet daté du 22 novembre 2007, publié par le journal Bakchich.info, mettant en cause Nicolas Sarkozy et Edouard Balladur, concernant le financement de la campagne de ce dernier en 1995. Nicolas Sarkozy était alors ministre du budget, porte-parole et directeur de campagne d’Edouard Balladur. Il avait validé et signé les commissions versées sur cette affaire. JC Marin n'a pas voulu tenir compte de ces informations, jugeant les notes succinctes et imprécises, et a classé sans suite. Ces commissions sont passées par DCN international, officine basée au Luxembourg, dont Jean-MArie Boivin, ex directeur a été viré et menaçait de faire des révélations importantes. Egalement sans suite ...

Voir http://www.bakchich.info/Fregates-le-rapport-du-parquet-de,06545.html

1856400175.jpg

Ces rétrocessions de commissions concernaient aussi la vente de sous-marins au Pakistan, débouchant sur l’affaire de l’attentat de Karachi. Même contexte. On y retrouve encore le procureur Jean-Claude Marin.

Voir http://www.rue89.com/2009/12/17/attentat-de-karachi-sarkozy-est-au-coeur-de-la-corruption-130476

L’avocat des familles de victimes,Me Olivier Morice, a déposé plainte le 14 décembre 2009 auprès du procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin. Il déclarait : « Nicolas Sarkozy est au coeur de la corruption dans cette affaire, à la fois comme ministre du Budget [de 1993 à 1995, ndlr] et dans le rôle qu'il a joué comme porte-parole et directeur de campagne d'Edouard Balladur. »

Ce rappel étant fait, rappelons aussi que le président de la république nomme les procureurs sur proposition du garde des Sceaux, ministre de la justice …

A Villepin, Bayrou, Sarkozy : "Arx tarpeia capitoli proxima !"

Tous ceux-là, malgré la réception des honneurs,roche_10.jpg
Devraient méditer sur ce bel antique adage
Qui rappelle que nul même sous projecteurs
N'est à l'abri d'une chute après les hommages :
Le "Arx tarpeia Capitoli proxima " :
"La Roche Tarpéienne est près du Capitole"
Voilà ce dont prévient, maxime a minima,
Que même la tête des vrais preux dégringole.

L'adulé d'aujourd'hui peut être honni demain,
Quand le banni d'hier a aujourd'hui la main !

29/01/2010

Le glissement à gauche de François Bayrou est un effet d'optique

Comme je le remarquais dans un précédent billet, François Bayrou n'a pas changé de ligne depuis la présidentielle, dans le registre démocrate et humaniste, à la fois pour des valeurs morales et républicaines, le développement économique des entreprises, la bonne tenue des finances publiques et pour l'égalité des chances, la démocratie, la justice et la solidarité envers les plus faibles ainsi que pour prendre en compte l'urgence environnementale.

En revanche, la droite s'est droitisée avec Nicolas Sarkozy, au son de "Travail-Famille-Patrie" préférées à "Liberté-Egalité-Fraternité", auxquelles on devrait ajouter "Fric-Chic et toc", une dégradation des valeurs républicaines et une aggravation des inégalités.

La gauche sociale-démocrate elle, notamment du PS et des radicaux de gauche, s'est déplacée vers le centre en renonçant au collectivisme de l'économie administrée et en acceptant le marché dans la mondialisation avec des garde-fous, rejoignant ainsi la conception de François Bayrou.

Cela donne l'effet d'optique que François Bayrou a glissé à gauche !

Les écologistes ont sur ce repère euclidien une position plus ambiguë, les Verts étant classés à gauche, traditionnellement alliés au PS, mais liés à Europe-Ecologie alors que Daniel Cohn-Bendit est réputé ultra-libéral...

19:16 Publié dans Analyse politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : bayrou, gauche, droite |  Facebook | | |

27/01/2010

Grand débat public sur l'Alternative sociale mercredi 3 février à 20 heures à l'ENS de Lyon

Carrefour de la République

 

Grand débat public

 

« L'alternative sociale, ou comment sur le plan régional contribuer à construire un nouveau modèle de société ? »

 

avec Jean-François Kahn (c.r.r.é.a.)

et Azouz Begag, Philippe Meirieu, Jean-Jack Queyranne

 

Mercredi 3 février à 20 heures

à l’Amphithéâtre Charles Mérieux de l’ENS de Lyon (site Monod)

46 allée d’Italie, Lyon 7ème (Métro ligne B, station Debourg)

 

 


Le Carrefour de la République et le C.R.R.E.A. présidé par Jean-François Kahn (Centre de réflexions et de recherche pour l’élaboration d’alternatives) organisent en partenariat avec le journal Marianne, le site Mediapart et le Bureau des élèves de l'École normale supérieure de Lyon un grand débat public sur le thème de « L'alternative sociale, ou comment sur le plan régional contribuer à construire un nouveau modèle de société ? », avec la participation des représentants de toutes les sensibilités qui se réclament de cette recherche d'alternatives : Azouz Begag, Philippe Meirieu et Jean-Jack Queyranne.

 

Que ce soit sur la recomposition du paysage politique français, la démocratie participative, la souffrance au travail ou le mal-être social, les débats publics organisés par le Carrefour de la République en partenariats avec le monde associatif dont il est issu ont été l'occasion pour tous les participants de s'exprimer librement. C'est notamment pour donner la parole à ceux qui ne l'ont pas, et la libérer contre les préjugés et la méconnaissance de l'autre, que nous avons lancé ces rencontres mensuelles à Lyon. Elles ont réuni des personnes d'origines socio-professionnelles très diverses qui ont témoigné et débattu dans un esprit d'ouverture et avec une volonté de compréhension mutuelle. Des représentants syndicaux, des psychiatres et des médecins du travail, des salariés et des résidents de centres d'hébergement et de réinsertion, des universitaires, des ouvriers, des professionnels en ressources humaines, des avocats en droit du travail, des entrepreneurs, des enseignants, des citoyens engagés dans leur comité de quartier, et des militants associatifs et politiques ont pris activement part à toutes les discussions.

 

L'Année européenne 2010 est consacrée à la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Alors que près de 80 millions d'Européens vivent en-deçà du seuil de pauvreté, que le chômage augmente et que l'emploi ne suffit plus à sortir de la pauvreté, l'Union européenne mènera tout au long de l'année une campagne de sensibilisation visant à donner la parole à ceux qui vivent au quotidien la pauvreté et l'exclusion sociale. Reconnaître le droit fondamental de ces personnes à prendre une part active dans la société, accroître l'adhésion du public aux politiques d'inclusion sociale en favorisant l'engagement de tous les acteurs publics et privés, et promouvoir une plus grande cohésion dans la société sont les objectifs de cette année européenne 2010. Pour ce faire, la participation de la société civile, des partenaires sociaux et des autorités locales et régionales est requise. C'est dans cette optique que le Carrefour de la République a été lancé et poursuivra son action de sensibilisation.

 

Tous les comptes-rendus des débats, fruits de contributions très diverses et d'un travail collectif, sont des documents forts que nous mettons à disposition du public.

 

En vous souhaitant une année riche de rencontres, d'échanges et d'engagements, nous espérons vous voir nombreux au grand débat public sur l'Alternative sociale mercredi 3 février à 20 heures à l'ENS de Lyon.

 

          De la part de Florence Mardirossian, animatrice des débats

 

31/12/2009

Voeux 2010 : oui, un autre monde est possible !

Oui un autre monde est possible, si on résiste à celui qu’on ne veut plus, si chacun y met du sien. C’est ce que François Bayrou nous souhaite en nous rappelant à l’essentiel, en priorisant le souci des générations futures dans toutes nos décisions, de l’égalité des chances, de la résistance à la globalisation telle qu’elle va aujourd’hui, de la solidarité, vertu la plus importante, et enfin "Retrouver l'optimisme, savoir qu'une autre politique est possible, la définir et la défendre et ne pas se laisser décourager ».

Pour compléter ces voeux de François Bayrou, voici les conclusions et les principales leçons que je tire de ces dernières années :

L’année 2009 marque la fin d’une décennie qui, au début de ce 3ème millénaire, a fait prendre conscience aux peuples du monde et à leurs dirigeants :

-          de l’inéluctable et incontrôlable globalisation dans un monde insuffisamment régulé, mal coordonné par des Etats et des organismes internationaux devenus impuissants, face aux pouvoirs financiers, aux organisations mafieuses et terroristes, ainsi qu’aux tyrannies,

-          d’un monde où règne la loi du plus fort et où les inégalités ne cessent de croître, entre pays riches et pays pauvres ainsi qu’au sein des pays riches ou pauvres,

-          de la menace imminente de la survie de la planète, de la biodiversité des espèces et de l’homme lui-même, par le réchauffement climatique et la pollution, si l’ensemble de l’humanité ne prend pas dès maintenant des dispositions drastiques visant à changer ses comportements de consommation et les modes de production.

 

Les causes de ces maux sont intrinsèques au modèle de nos sociétés occidentales, que nous avons transmis aussi aux pays émergents, valorisant la recherche du profit individuel à court terme, la recherche du bien-être au travers de la richesse matérielle et du divertissement, dans un contexte d’économie de marché où le plus fort gagne au détriment du plus faible, ou la compétitivité est préférée à la coopération et à la solidarité, inscrivant même ces principes de fonctionnement dans des normes de négociation au sein de l’OMC et de l’Union européenne.

Ainsi, la visée de la somme d’une maximisation des intérêts individuels à court terme n’a pas optimisé l’intérêt général à long terme et l’a au contraire mis à mal. La croissance économique, que l’on croyait être source de progrès pour l’humanité, qui devait « retomber en pluie » et bénéficier à tous, était basée sur une illusion et s’est avérée bénéficier essentiellement à quelques uns devenus richissimes, au détriment des autres, au prix d’une stagnation des salaires et du pouvoir d’achat, particulièrement au sein des populations défavorisées. La grande pauvreté s’est accrue dans le monde, la famine aussi. Si le libre marché dans un contexte mondialisé et dérégulé a favorisé d’une part la sortie de l’extrême pauvreté d’une partie de la population de pays émergents ainsi que d’autre part, pour le bénéfice des consommateurs de pays riches, la baisse de prix de certains biens fabriqués dans des pays à main d’œuvre bon marché, il a en même temps ruiné une grande part de l’activité industrielle de ces mêmes pays riches par l’effet des délocalisations, accroissant le chômage et la pression sur les salaires dans ces mêmes pays, sans pour autant procurer un pouvoir d’achat, un bien-être et une protection sociale aux salariés des pays émergents, qui soit à la hauteur même relative de ceux des pays riches. L’essentiel de l’accroissement de la richesse, de la valeur ajoutée, a été captée par le capital plutôt que par une valorisation des salaires, par une minorité constituée d’actionnaires des entreprises, soit directs (grosses fortunes devenues héréditaires et bénéficiant des avantages des paradis fiscaux) soit indirects via les fonds de pension destinés à rémunérer des rentes et des retraites par capitalisation. De surcroît, ce fonctionnement est destructeur de l’environnement.

Dans ce contexte, la récente prise de conscience est salutaire et mobilisatrice. Mais au-delà des vœux pieux des différents sommets internationaux, les actions peinent à se concrétiser, comme l’ont démontré la non réalisation des objectifs du Millénaire en 2000 (notamment consécration de 0,7% du PIB des pays riches à l’aide au développement, réduction de la moitié de la pauvreté dans le monde) ou encore l’échec récent du sommet de Copenhague. Les dirigeants des pays occidentaux sont pris en étau entre d’un côté le désir de répondre à des obligations d’intérêt général, à la volonté générale de leur population à prendre des dispositions vertueuses pour réguler la planète, changer les comportements de consommation, assurer plus de solidarité, et de l’autre côté un manque de moyens nécessités par de nouveaux investissements, l’impossibilité d’accentuer une pression fiscale ou une dette publique déjà trop importante, ainsi qu’une forte hésitation à adopter un comportement plus vertueux avant les autres pays en terme de régulation et de normes sociales ou environnementales, au risque de voir fuir les entreprises et donc les emplois. 

Durant toute dette dernière décennie et même pendant les trente dernières années, (depuis les années 1980), les gouvernements de droite comme de gauche ont été impuissants à résoudre ces problèmes d’environnement et d’inégalités sociales, à éradiquer la pauvreté et la précarité. Une forme de désespoir et de renoncement s’est emparé des populations, expliquant un désintérêt croissant pour la politique, voire un écoeurement, et un abstentionnisme électoral croissant dans les démocraties, notamment en France. Or, une démocratie où le peuple ne vote plus et ne prend plus ses responsabilités, ou encore une démocratie où le citoyen vote sans conscience, manipulé par les médias, ou à la « note de gueule », sans réfléchir vraiment au sens et aux conséquences de son vote, comme dans une pseudo démocratie de certains pays où le vote est truqué, ce n’est plus une démocratie de fait. 

Lors des dernières élections en 2009, les écologistes ont bénéficié à la fois d’un positionnement en marge des partis traditionnels et d’un engouement pour la cause environnementale, ou plutôt, vu sous un angle psychologique, d’un besoin de déculpabilisation des citoyens face aux problèmes du réchauffement climatique et de la pollution. Mais une politique de décroissance et d’austérité, de préservation de la nature au détriment de l’homme, sans résoudre le problème des emplois, de la précarité, de baisse du niveau de vie, n’est-elle pas vouée à l’échec ? De même qu’une vision angélique ou irréaliste d’une application autoritaire de la solidarité et de l’orientation des investissements par un rôle accru du pouvoir central et redistributeur de l’Etat associé à une ponction fiscale importante, sur les entreprises ou sur les actionnaires des entreprises, ne risque-t-elle pas de nuire à la créativité, au développement de l’activité économique et à la responsabilité personnelle des citoyens ?   

Mais le pire serait de continuer comme aujourd’hui, de mentir aux citoyens en leur laissant croire par l’affichage de vœux pieux que l’on fait quelque chose, que l’on a su contenir le réchauffement climatique, les inégalités, l’immigration, la délinquance, la crise financière et économique, que l’on a éradiqué les paradis fiscaux, ... , de continuer à vivre à crédit au dépens des générations futures, d’accepter que soient bafouées les valeurs de la république, que le parlement et l’indépendance de la justice ne soient plus respectés, que les abus de pouvoirs croissants imposent leur loi, qu’un pouvoir toujours plus autoritaire et centralisateur paraisse rassurant et protecteur dans ce contexte d’inquiétude.

Si la prise de conscience de l’intérêt général passe par une mise sous contrainte des aspirations individuelles (baisse de consommation, du confort matériel, contribution supérieure à la solidarité …), elle sera à tout le moins plus acceptable si les individus sont intimement convaincus et motivés par les valeurs altruistes et humanistes de solidarité, de respect, de partage, que s’ils continuent à viser en priorité des valeurs individualistes et matérialistes, un profit financier à court terme, un confort matériel et à oublier le reste, leurs responsabilités et la conscience d’un monde menaçant, par refuge dans le jeux et le divertissement. Il faut trouver un juste équilibre entre la priorité environnementale, un développement humain et solidaire, favoriser la création, tout en retrouvant les valeurs essentielles, fondamentales, du vivre ensemble et en reprenant conscience et responsabilité.

Souhaitons donc pour 2010 de nos gouvernants une exigence de vérité et de transparence, des actions concrètes plutôt que des vœux pieux ou des effets d’annonce, marquant le respect des valeurs fondamentales de notre république, de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité, plus de justice sociale, notamment plus de garantie d’égalité des chances. Souhaitons leur aussi de manifester plus de démocratie en respectant mieux la séparation des pouvoirs non seulement entre le législatif, l’exécutif et le judiciaire, mais également médiatique et financier. Et plus d’humanité dans le traitement des sans-papiers, des migrants et de leur famille, des prisons, des exclus, des agriculteurs et des pêcheurs, comme dans l’urbanisation des villes et la désertification des campagnes.

Souhaitons aussi de la part des citoyens, des Français comme des autres Européens, une meilleure prise de 2088934562.jpgconscience individuelle de l’importance de leur vigilance et de leur vote, de leurs actions personnelles, de leur implication à la fois dans la vie civile, associative, et politique.

Oui, un autre monde est possible !

 

 

Bonne année 2010 !

 

 

 

 

19:35 Publié dans Analyse politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bayrou, voeux, 2010, modem |  Facebook | | |

25/12/2009

Voeux de Nicolas Sarkozy : prenons-le au mot !

Dans ses voeux sur Facebook, le président Nicolas Sarkozy adresse "une pensée pour ceux qui sont en difficulté, qui souffrent en ces temps de fête. Ayons le sens du partage et à l'esprit les valeurs qui font la solidarité nationale."

Nous rappelons donc au Président de la République de tenir la promesse qu'il a faite lors d'un discours le 18/12/2006 :

483443478.jpg"Je veux, si je suis élu président de la république, que d'ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid. Parce que le droit à l'hébergement, je vais vous le dire, c'est une obligation humaine. Mes chers amis, comprenez-le bien : si on n'est plus choqués quand quelqu'un n'a pas de toit lorsqu'il fait froid et qu'il est obligé de dormir dehors, c'est tout l'équilibre de la société où vous voulez que vos enfants vivent en paix qui s'en trouvera remis en cause."

Pourtant il disait aussi "Je fais ce que je dis et je dis ce que je fais" !

L'Abbé Pierre, lui, a fait ce qu'il disait ...

Je voulais poster ce message de rappel sur la page FaceBook de Nicolas Sarkozy, mais pour cela, il faut s'incrire comme fan, et cela, je n'ai pas pu ...1602876436.jpg

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23/12/2009

Le verlan, une tradition bien française (réponse à Nadine Morano)

Par Jean-Michel Cadiot*

Nous sommes en plein coeur d’un "débat", nauséeux, sur l’identité française, qui ne peut qu’énoncer de vagues et inutiles définitions opposant certaines personnes ou certaines catégories à d’autres, et procéder à des amalgames et des anathèmes, une aubaine politique pour le Front national. Car les diatribes sans retenues sur la toile se concentrent sur l’Islam, plus exactement s’adonnent à l’islamophobie. Deux saines réactions, le 21 décembre, Alain Juppé constate qu’il "y a un risque, quand vous entendez certaines déclarations, vous vous dites qu’il y a un risque et je crois qu’il ne faut pas prendre ce risque, il faut tout faire pour essayer au contraire de favoriser le dialogue, la compréhension mutuelle".

 Pour lui, la véritable question est de savoir si "oui ou non nous sommes prêts à continuer à assumer cette tradition (d’accueil, ndlr) et en particulier vis-à-vis de la communauté musulmane. Et moi, naturellement je réponds oui à cette question".
 "A partir du moment où on a en France des musulmans qui parfois sont nés sur le sol national, Français par naissance qui appartiennent à des familles parfaitement intégrées, au nom de quoi les stigmatiserait-on et leur refuserait-on le droit d’exercer leur religion ?", s’est-il interrogé.
 Et il y a François Bayrou : "L’identité de la France ne serait pas ce qu’elle est si nous ne respections pas les valeurs républicaines qui ont fait de nous un peuple de citoyens. La République, c’est un projet en soi et pas seulement un slogan au fronton des édifices publics", a-t-il dit le 6 décembre à Arras. "Liberté, égalité, fraternité, à l’intérieur de nos frontières et dans le monde, tel est le projet de la République française. Et chaque fois que nous y manquons, et spécialement chaque fois que le président de la République y a manqué, il a porté atteinte à l’identité nationale française", a-t-il ajouté.
 
 Dans ce contexte, une ministre, très bon chic, très bon genre, Madame Nadine Morano, a demandé au "jeune musulman" de ne pas mettre sa "casquette à l’envers" et de ne pas parler "le verlan".
 Si la casquette à l’envers est une habitude des jeunes Américains et des jeunes Cubains, et de bien d’autres jeunes ou moins jeunes du monde entier, elle ne s’impose pas à la vue des habitants ou des passants des banlieues parisiennes ou lyonnaises, n’en déplaise à Madame Morano. Ce n’est pas très grave.
 Ce qui me semble une bien mauvaise querelle, c’est celle concernant le "verlan", ce langage codé inversant de façon savante, presqu’académique les mots ou les syllabes, et qui s’est incrusté dans les banlieues, certes, mais pas seulement. C’est plutôt un langage moderne que se sont appropriés les banlieues.
 Ecoutons Alain Decaux, historien et ancien ministre, en tout cas académicien de renom s’il en est, tel qu’il s’exprimait le 16 octobre 2001 lors de la "cérémonie de rentrée" des cinq académies. "Ce que nous imposera le XXIè siècle, c’est l’intégration de verbes, de substantifs et d’adjectifs nés du nouvel argot : le verlan. Ainsi trouve-t-on déjà, dans Le Petit Robert comme le Petit Larousse, le mot "ripou", verlan de pourri (...) En lui accordant le x au pluriel, les producteurs (du film "Les ripoux", note de l’auteur) l’ont introduit dans l’inoubliable série : bijou, chou, genou. " (...) L’argot d’aujourd’hui, véhiculé par la toute-puissance des medias, s’impose bien au-delà des banlieues et l’attraction qu’il exerce sur les milieux scolaires de toutes classes sociales, ne fera que confirmer, au XXIè siècle, la force grandissante du langage parlé. Il sera vain de vouloir le combattre car le langage parlé est celui qui, depuis les origines, a précédé le langage écrit".
 Je laisse crédit à Mme Morano de n’avoir pas voulu s’inscrire dans une telle problématique, et d’avoir eu à l’esprit, certainement, d’aider ces musulmans (pour quoi "musulmans", en quoi la religion a-t-elle à voir avec tout cela) à combattre cette "caricature, cette stigmatisation" dont ils seraient l’objet en parlant verlan. Bref, là où M. Decaux voit un apport, une richesse, Mme Morano décèle un danger. Peut-être de bonne foi. Mais de mauvais conseil, de mauvaise culture. La vraie question est : Pourquoi le verlan, sous ses différentes formes, et qui n’empêche nullement, en cas de besoin nombre de ses locuteurs de s’exprimer en un français fort classique, est-il stigmatisé ? 
 Déjà, le roman de Tristan et Iseult, en 1190, s’amusait à inverser les noms. L’amant était parfois appelé Tantris. Comme le souligne la linguiste Nadia Bouhadid, de l’Université Mentouri de Constantine, "au XVIè siècle, l’écrivain le plus classique des français, Voltaire, a également eu recours à ce procédé : son pseudonyme Voltaire est la forme verlanisée d’Airvault, ville dont est originaire sa famille". En 1690, le Dictionnaire universel de Furetière souligne : "On dit, c’est verjus ou jus vert pour dire : c’est la même chose".
 Le verlan serait apparu, comme langage dans une lettre de bagnard surnommé "La Hyène", en 1842. ll s’y trouve beaucoup de mots de langage carcéral notamment inversés, comme "jobard" ou "barjot". La même année sont publiés "Les mystères de Paris" d’Eugène Süe, qui met en scène des gens sans doute misérables, mais sachant à merveille composer avec les mots.
 Mais c’est Auguste Le Breton qui donne ses lettres de noblesse, "vers 1940-1941", assure-t-il dans Le Monde du 8-9 décembre 1985 à ce langage nouveau. En 1975 le verlan, remplace "officiellement" ce qui fut longtemps appelé "versl’en", ou "verlen". Dans son dictionnaire : "L’argot chez les vrais de vrais", Le Breton assure : "L’argot, lui, vivra toujours, puisqu’il est le langage des rues. Des mots disparaissent et d’autres naissent sans qu’on sache bien d’où ils sortent. Parfois, il suffit d’une réplique d’un titi d’un camelot, d’un ouvrier pour enrichir la langue. Parfois, un mot de fille ou de soldat fait mouche et est aussitôt adopté".
 Dans les quartiers et les banlieues chic, le verlan fut, dans les années 60, un jeu de construction, une distraction. C’est sans doute là, peut-être à Neuilly, que fut inventée "meuf". Dans les cités, ce parler l’emporte désormais sur le français "académique", sans doute parce que les jeunes Beurs (Arabes en verlan, qui a donné Rebeu, verlan de Beur....) s’accommodaient mieux d’un langage à eux, eux qui étaien discriminés et dans leur terre d’accueil ;et dans leur terre de naissance -ou celle de leurs ancêtres. Cela peu à peu devient un fait de société. "Depuis la fin des années 80, le verlan a été porté à l’attention du grand public lorsque les deux de l’actualité se sont tournés vers les banlieues chaudes et les observateurs de la jeunesse ont constaté qu’il y avait une langue et une culture propres aux cités déhséritées. Cette langue et cette culture se sont diffusées parmi les franges les moins intégrées de la jeunesse parisienne, et même plus loin jusqu’aux grands lycées et aux universités", affirme l’écrivain Rania Adel Hassan Ahmed.
 Lorsque Renaud chante "Laisse béton", en 1976, il s’adresse à tous les jeunes, à tout le monde. Il est compris de chacun. Fait-il du verlan ? Je n’en suis pas sûr, au sens où l’entend Madame Morano.
 
 Au fil des ans, le vocabulaire s’est enrichi, de façon inattendu, les "keufs" (flics), ou "kiffer" (aimer, qui viendrait de l’arabe). Ne disait-on pas "bled" ou "toubib", ou encore "gnole" dès les années 1920 ? Tous ces mots, comme ceux du verlan, ont cours dans les banlieues, Sarcelles, Garges-lès-Gonesse ou d’autres. Dans ces grandes et belles villes, on parle peu d’argent, mais de "thune". Sait-on que ce mot existe depuis 1620, qu’il signifiait au départ "aumône", et provient du mot "Tunis", sait-on, Madame Morano sait-elle que Victor Hugo l’utilisait dans Notre-Dame de Paris ? 
 
 Une langue n’est pas figée. La langue française, qui unit le gaulois (langue celtique), le latin, le grec, le germain, l’anglais, l’arabe, le perse et tant et tant d’autres langues s’épanouit chaque jour de nouveaux apports.
 
 Et le verlan existe bien ailleurs qu’en France. En Argentine, en Suisse. Le pachtoune, parlé par une majorité d’Afghans est une sorte de verlan du dari, parlé par la minorité....
 
 Une société n’est jamais menacée par son langage populaire, par son argot et par son verlan.
*Jean-Michel Cadiot est un de mes amis, journaliste et écrivain. Il prépare actuellement un ouvrage sur les chrétiens d'Orient et a  publié notamment les ouvrages suivants :
  • Quand l'Irak entra en guerre (L'Harmattan, 1989)  
  • Mitterrand et les communistes (Ramsay,1995)
  • Francisque Gay et les démocrates d'inspiration chrétienne (comprenant notamment une histoire du Sillon de Marc Sangnier, Salvator, 2006)
 
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