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19/06/2009

Post-mortem des élections européennes : le vrai débat à lancer

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Alors que la presse et des blogueurs et un récent sondage relaient les messages répétés de « Bayrou est KO debout », « Bayrou a perdu ses chances d’être président de la république », « Bayrou a versé dans l’anti-Sarkozysme primaire au lieu de parler d’Europe », etc., jusqu’à déstabiliser une partie des militants du MoDem, il est temps de reprendre ses esprits pour s’interroger sur le fond, d’une part sur les véritables raisons de l’échec des listes du MoDem (8,45%) aux Européennes et d’envisager la recomposition politique sous un angle autre que purement politicien.

 

Tout d’abord, une semaine avant le scrutin, les sondages donnaient encore le MoDem à 14%, les Verts à 11% et le PS à 20%. Que s’est-il passé entre-temps ?

 

 

 

Deux événements :

-        d’une part le fameux débat télévisé tournant à l’invective entre Daniel Cohn-Bendit et François Bayrou, à la suite duquel les hommes politiques comme la presse n’ont relayé que la réplique de François Bayrou et non l’insulte préalable lancé par l’ineffable Dany à la figure de François Bayrou (« Tu n’es qu’un minable, ... ») ; on n’ose pas non plus reparler des écrits libertaires de Dany, auxquels a fait allusion François Bayrou dans sa réplique car bien sûr c’est tabou et le médiatique Dany a fait « amende honorable » en 2001 en se justifiant par un « j’ai écrit cela pour choquer le bourgeois »,

-         d’autre part la diffusion du film « Home », magnifique et très inquiétant sur le sort de la planète, annonçant la disparition prochaine de l’espèce humaine, déclenchant un réflexe écologique qui porta tous les indécis sympathisant du PS et du MoDem à marquer un soutien étiqueté de l’écologie.

 

Alors bien sûr, quand les chroniques font le post-mortem du résultat électoral, on charge la barque, du MoDem comme du PS, et on tire surtout sur Bayrou, occasion rêvée de s’en débarrasser : « Bayrou a fait une campagne présidentielle basée sur l’anti-Sarkozysme primaire au lieu de présenter un projet sur l’Europe », « Bayrou paye pour la personnalisation de son parti, son autocratisme et des problèmes de gouvernance au MoDem », ...

 

C’est un peu facile, et la presse s’en est fait écho, répétant les petites phrases assassines des politiciens trop heureux de taper sur un concurrent, les incrustant dans les oreilles et les yeux du public, sans se poser de question ...

 

Mais si c’était le cas, les sondages une semaine avant auraient dû refléter déjà le résultat du scrutin !

 

En quoi un résultat si volatil préfigure-t-il d’une recomposition structurelle des partis d’opposition ? A moins que le résultat lui-même, au départ conjoncturel déclenché par deux événements finalement mineurs, n’influence lui-même les électeurs pour la suite, les convainquant que le paysage a structurellement changé et fige ou stabilise le vote des ex-indécis ? Ou qu’il ait soudain vraiment éveillé une conscience écologique profonde qui sourdait dans le tréfonds des âmes. Cependant sur le fond, le projet écologique du MoDem avait quasiment le même contenu que celui des verts (tout en étant plus complet sur le reste), mais qui a lu les programmes ?

 

Pendant que l’on débat de la recomposition des forces politiques, que l’on envisage le remaniement ministériel et la poursuite de son ouverture déstabilisant l’opposition et que certains se positionnent pour la prochaine élection présidentielle, je constate que personne (pas la presse en tout cas) ne parle du fond, de la question essentielle qui devrait être débattue aujourd’hui, en pleine crise économique d’un système libéral dans la mondialisation, générateur d’inégalités croissantes et destructeur pour la planète, crise démocratique, crise démographique, celle d’un modèle de société alternatif, esquissé pourtant dans les contenus programmatiques du MoDem, du PS et des Verts, avec leurs points de convergence et de complémentarité, plus juste, plus social, plus équitable et plus durable, que le modèle qui nous a été imposé dans la mondialisation dérégulée et vers lequel nous a entraîné Nicolas Sarkozy avec l’UMP. Ce dernier essaie maintenant de faire bonne figure en prônant une refondation et une moralisation du capitalisme, avec plus de régulation, se met à vanter le modèle français dans les instances internationale, celui-là même qu’il désignait il y a peu comme ringard et attardé, désirant copier le modèle américain ... Mais en soutenant la candidature de José Manuel Barroso. En maintenant le bouclier fiscal dans un contexte de déficit insupportable et d’injustice sociale où les plus faibles vont cruellement souffrir de la crise, en faisant croire qu’on supprime les paradis fiscaux alors qu’on ne fait rien, ...

 

Je continue de penser que sur le fond, c’est François Bayrou qui a raison, qui a bien posé le problème de projet de société, d’une manière globale, et son livre « abus de pouvoir », bien au-delà de l’argumentation d’une opposition au gouvernement actuel, n’est rien d’autre que la proposition d’un autre modèle, que ce soit pour la France comme pour l’Europe et le Monde. C’est ce débat-là qui doit être ouvert, avec les différents partis en présence, plutôt que celui des luttes partisanes et des alliances pour les prochaines élections. 

 

 

 

11/06/2009

François Bayrou n'est pas "ignoble", il est humain...

Je vous propose de revenir sur l’actualité de cette semaine passée.

Des sondages erratiques, des électeurs indécis, une ambiance électrique, un seul débat télévisé organisé le jeudi 4 juin 2009, 3 jours avant le vote des Elections européennes, non entre candidats mais entre responsables de partis, qui s’avère une foire d’empoigne inaudible, un combat de coqs lamentable.

Au lieu de parler d’Europe, de centrer le débat sur des thématiques (volontaire ?), l’animatrice Arlette Chabot met volontairement en face à face les concurrents visiblement pour attiser les discussions. Il aurait été intéressant de faire ressortir les convergences et les divergences entre les différents mouvements, pour les auditeurs qui n’auraient pas eu le temps de comparer les programmes, publiés très tardivement du reste par certains des partis en présence.

On aurait pu constater notamment la forte convergence du programme écologique entre le Mouvement Démocrate et les Verts, celle des valeurs humanistes et sociales entre le Mouvement Démocrate et le PS, la reprise en dernière minute dans le programme UMP de points proposés par le Mouvement Démocrate et en partie même le PS (Emprunt européen, convergence à cibler sur la protection sociale, taxe carbone).

Deux points ont été retenus de ce débat :

- François Bayrou a perdu ses nerfs, harcelé par Daniel Cohn-Bendit : il a fini par craquer en répliquant à une violente attaque de Daniel Cohn-Bendit qui après avoir répété dans ses meetings que François Bayrou avait été "touché par la Vierge", se moquant de sa foi catholique, le traita en séance de "minable", inacapable de devenir président de la République" et l’accusait de propos « ignobles » (faisant pourtant simplement allusion à une connivence entre Dany Cohn-Bendit et Nicolas Sarkozy). François Bayrou lui rétorque qu’en matière d’ignominie, il est mal placé pour les propos qu’il a écrits (NDLR : en 1975 dans un livre « Le Grand Bazar, éditions Belfond) concernant des actes sur des enfants et leur justification (seuls les initiés peuvent comprendre qu’il s’agit de propos complaisants à l’égard de la pédophilie, d’éveil des enfants aux activités sexuelles) .

- Jean-Luc Mélenchon répliquant à Arlette Chabot « Allez au diable ! ».

Les grands partis (Xavier Bertrand et Martine Aubry) concluent à l’issue du débat qu’ils sont écoeurés de la réplique de François Bayrou et la presse reprend leurs critiques, faisant de François Bayrou l’injurieux, oubliant les attaques violentes et provocantes de Daniel Cohn-Bendit, et ne s’intéressant même pas au fond de la critique émise par François Bayrou, qui porte sur un sujet grave de société touchant à l’enfance. Il semble pour la presse et les médias que ces sujets sensibles soient trop tabous pour être abordés et que leur évocation ne puisse avoir qu’un motif de récupération politicienne. On préfèrera parler longuement du crash de l’Airbus au large du Brésil et des bébés congelés, affaires probablement plus anecdotiques et plus originales que les souffrances subies par de nombreux enfants du fait d’actes de pédophiles de plus en plus assumés grâce à des théories qui justifient leurs actes ou à tout le moins les présentent avec une certaine complaisance.

Certes, François Bayrou a commis certaines erreurs et s’est laissé emporté par l’émotion. Je m’en sens en partie responsable, l’ayant informé une semaine avant le débat du contenu du livre « Le grand Bazar » écrit par Daniel Cohn-Bendit sans pourtant couloir utiliser cette information à l'encontre de ce dernier, ce qui aurait été forcément mal reçu. Ses principales erreurs furent visiblement de ne pas opposer une bonne communication face à l’endoctrinement médiatique dont il a été l’objet par ses adversaires et relayé par la presse, soit aux ordres, soit panurgique et passive :

- «  Le Modem n’a pas de programme »,

- « François Bayrou n’est que dans l’anti-Sarkozysme primaire »,

- « Le MoDem, en la personne de François Bayrou se trompe de campagne et ne parle pas d’Europe, focalisé déjà sur les Présidentielles de 2012.

Or, le Mouvement Démocrate a travaillé très sérieusement sur le programme depuis septembre 2008 et a mené campagne bien avant les autres, ses candidats, ses cadres et son président François Bayrou enchaînant meetings, cafés démocrates, rencontres citoyennes, etc. sur les sujets européens.

Mais ce n’est visiblement pas ce qui a été retenu.

Le livre de François Bayrou « Abus de pouvoirs », traitant de la gouvernance politique française, a aussi surtout parlé du projet, du modèle de société, de la proposition d’une alternative humaniste comparée au modèle qui nous a été imposé dans la mondialisation, générateur d’inégalités croissantes, bénéficiant à une caste privilégiée, et que le pouvoir actuel en France cherche à développer. Ce qui n’est pas ciblé sur la personne de Nicolas Sarkozy mais sur sa manière d’exercer le pouvoir et de développer insidieusement une idéologie dominante. Ceci en France comme en Europe et au niveau mondial. Mais le succès de ce livre s’est retourné contre son auteur, qualifié par ses détracteurs de « hors-sujet » au moment de la campagne européenne.

Le réchauffement climatique et son urgence écologique, la crise économique, le problème d’insertion et de chômage des jeunes, la crise démographique, le problème de développement de l’Afrique, … tous les sujets ont été traités, sur le papier et sur le terrain … mais pas dans les médias.

Principales conclusions :

1- Le Mouvement Démocrate souffre d’un problème de communication et d’espace médiatique pour pouvoir s’exprimer,

2- Le charisme et la place prépondérante de son leader François Bayrou rendent le parti plus sensible aux éventuelles faiblesses de ce dernier ; il faut plus valoriser et mettre plus en avant sur la scène médiatique les cadres du Mouvement,

3- Il faut être « batailleur », prêt au combat politique, en résistance, ne pas accepter la mise en cause systématique alors même que ceux qui attaquent et harcèlent ne sont même pas inquiétés, mais ne pas verser cependant dans la victimisation et la paranoïa.

4- Revenons sur les sujets de fonds : sur le thème de l’écologie, il y a clairement une convergence avec les idées des Verts, de Europe Ecologie, justifiant un rapprochement, une alliance, une entente et une attente des Français et des Européens. Il faut transcender les querelles d’hommes pour favoriser le rapprochement afin de vraiment défendre ces valeurs communes et leur priorisation dans les lois et la politique européennes.

Ceci, François Bayrou, Marielle de Sarnez et les cadres et élus du Mouvement Démocrate l'ont compris. François Bayrou admet dignement ses erreurs, qui sont plutôt des erreurs de « forme ». Sur le fond, il garde sa ligne et son intransigeance, la priorité aux valeurs humaines. Et surtout, il nous a montré qu’au fond il était humain, capable de colère tout en restant « correct » dans son expression, et surtout que sa priorité est la défense de valeurs, en particulier à ce qui touche à l’enfance. Peu de gens ont perçu l’importance du message, son sous-entendu. Ils le découvriront plus tard …

01/06/2009

Leçon de l'abstention : comment rendre l'Europe plus proche du citoyen ?

Pour les prochaines élections européennes qui se dérouleront le 7 juin prochain est annoncé un taux d'abstention record, qui pourrait atteindre entre 60 et 65%, pire qu'en 2004 qui présentait déjà un record avec le taux de 57,5% d'abstention pour la France. L'Europe de l'Est n'est pas en reste avec un pronostic encore pire que celui de la France. Depuis 30 ans, les électeurs ont marqué un désintérêt croissant à l'égard du Parlement européen. Pourquoi et comment les intéresser à nouveau à l'Europe ?

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1- Comme le dit Philip White, analyste au Centre pour les réformes européennes à Londres : "Beaucoup d'électeurs ne comprennent pas ce que fait le Parlement européen. Si ses pouvoirs ont été renforcés, ils portent surtout sur des problèmes relativement techniques - santé, télécoms - et non sur les impôts, le budget ou l'éducation qui importent beaucoup plus aux gens". De plus, souligne-t-il, "aucun gouvernement n'est en jeu". Et après l'avoir un temps envisagé, aucun parti n'a fait du choix du prochain président de la Commission européenne un véritable enjeu électoral.

2- Les gens ont l'impression que leur vote ne servira à rien. Au fond, que la majorité soit emportée par les conservateurs de droite ralliés au PPE ou par les socialistes et sociaux-démocrates du PSE, ils ont tous soutenus l'Europe libérale, la candidature de Barroso, et envisagent de le reconduire, ce qui est très étonnant vu son soutien constant à l'Europe libérale, le dogme de la concurrence sur les prix avant tout et sans tenir compte de la concurrence déloyale sociale et fiscale, souvent contre l'intérêt général et les services publics, son inaction pendant la crise, sa défense des intérêts de certains Etats plutôt que de l'intérêt général, son soutien à la guerre d'Irak en organisant la réunion aux Açores le 16 mars 2003 lorsqu'il était premier ministre du Portugal, à laquelle ont participé George W. Bush, Tony Blair et Maria Aznar. Rien n'a arrêté les délocalisations, au sein de l'UE et à l'extérieur, avec les pertes d'emplois qui s'ensuivent, la progression des inégalités, la spéculation financière sur le pétrole, les matières premières et même les denrées alimentaires et la guerre des prix dans un environnement mondialisé de libre échange et de concurrence acharnée, de plus en plus dérégulé, aggravant les souffrances des pays pauvres et des populations défavorisées, instaurant le règne du profit au bénéfice des puissances financières alors que les revenus et le pouvoir d'achat des classes moyennes a stagné. C'est bien cela que les gens ressentent et leur désespérance, au lieu de se traduire par une mobilisation, se manifeste par un boycott du vote. C'est aussi une façon de dire aux politiques "nous ne croyons plus en vous".

C'est fort dommage, car cette réaction renforce l'abandon des décisions aux élites, souvent aux partis dominants, qui seront de toutes façons élues au Parlement. Elle délégitimise encore plus la représentation des citoyens au Parlement européen, alors même que cette institution bénéficie d'un scrutin particulièrement démocratique, entièrement à la proportionnelle, et d'un fonctionnement également très démocratique, avec délibérations, discussion entre les parlementaires des différents partis qui arrivent à s'entendre sur un consensus, mieux qu'au sein de notre Assemblée Nationale qui fait plus figure d'une chambre d'enregistrement des décisions gouvernementales.

Il faut rappeler aux citoyens français que plus de 60% des lois votées en France proviennent de l'Union européenne, sont des transpositions de directives européennes. Il faut également convenir que dans la mondialisation, les grands problèmes des défis climatique, énergétique, de l'accès à l'eau, de l'immigration et du développement des pays pauvres, du commerce international, des paradis fiscaux et de la régulation financière, des actions face à la crise financière et économique et bien d'autres encore, ne peuvent être résolus qu'à un niveau mondial, donc européen pour que l'Europe elle-même pèse dans le monde à l'OMC, au FMI, à la Banque Mondiale, etc.

Mais les gouvernements et les partis, ainsi que les médias et la presse, sont en grande partie responsables de ce désintérêt croissant des citoyens pour l'Europe. En effet, quelle information est relayée auprès des citoyens, entre les échéances électorales, sur l'activité du Parlement et de la Commission européenne, sur les décisions qui doivent s'y discuter ? Quel lien le citoyen entretient-il avec les députés européens élus de sa région pour pouvoir émettre un avis ? Quelle information est donnée et avec quelle transparence sur les lobbies qui participent à l'information et à l'influence qu'ils exercent sur la Commission et sur les parlementaires ?

Le citoyen averti, qui s'intéresse particulièrement au sujet, peut chercher l'information sur Internet, sur les sites de l'Union européenne, du Parlement européen et de la Commission européenne, sur le site de presse spécialisé Euractiv, sur le site de la Fondation Robert Schuman qui publie des études très intéressantes (pour ces deux derniers sites je recommande l'abonnement à la lettre d'info hebdomadaire par mail). Mais il faut du temps,... Certains partis diffusent à leurs adhérents au niveau régional ou national une lettre trimestrielle ou semestrielle de leurs parlementaires européens pour les informer des grands thèmes discutés et de la position de leur parti, des amendements défendus, mais cela reste assez rare.

Alors voici quelques idées pour rapprocher l'Europe des citoyens :

1- Commencer dès l'école, le collège et le lycée, à sensibiliser les jeunes à l'importance de l'Europe. Leur donner une conscience d'Europe et de citoyenneté européenne, en leur faisant d'abord comprendre les peuples européens au travers de leur histoire et de leur culture (comment comprendre l'atlantisme de certains pays européens de l'Est comme la Pologne, sans avoir compris leurs anciennes souffrances du temps de leur soumission à l'URSS ?), en rappelant l'idée initiale des pères fondateurs, Robert Schuman et Jean Monnet, de l'union des peuples d'Europe au lendemain de la guerre pour garantir la paix des peuples, mettant en commun le charbon et l'acier, matière première de la guerre, en expliquant les avancées réalisées depuis pour en arriver aujourd'hui à une intégration économique et monétaire, à la défense de droits de l'homme et au renoncement à la peine de mort, à la préservation de libertés individuelles, à une Cour de justice européenne ...

En fournissant une explication des institutions européennes non limitée à retenir par coeur les définitions juridiques de ces institutions et le lieu où elles siègent et à quoi elles servent, mais pourquoi en quoi elles doivent fonctionner dans le sens de l'intérêt général des peuples et de la solidarité, en représentant ces peuples dans les décisions.

2- Obliger la presse nationale à une publication régulière, une fois par mois ou par trimestre, à publier une ou deux pages informant les citoyens sur les thèmes qui seront discutés dans les trois prochains mois, leurs enjeux, et leur permettre non seulement de s'informer mais aussi de réagir directement ou par l'intermédiaires de syndicats et d'associations pour interpeller leurs élus parlementaires européens, par courrier ou par internet. Informer en toute transparence les citoyens sur les lobbies, qui devraient être soumis à un enregistrement, un encadrement et à une régulation comme le suggère l'association Anticor aux partis concourant aux élections européennes (je recommande le soutien à cette association qui combat la corruption et oeuvre pour l'éthique politique).

Faire connaître la nouvelle chaîne parlementaire européenne EuroparlTV (voir article de Euractiv), avertir de ses programmes et y permettre la rediffusion des délibérations, notamment entre les ministres représentant le Conseil européen.

3- Généraliser un lien de communication public entre le député européen et les citoyens, par son site parlementaire nomduparlementaire.eu, les informant de ses positions, de ses actions, et permettant en retour de recueillir des avis, suggestions.

4- Proposer de proportionner le nombre d'élus députés au Parlement européen en fonction du taux de participation du pays au vote. Ainsi, si le taux est deux fois moindre que la moyenne européenne, le nombre de députés serait deux fois moindre. Cela motiverait peut-être les peuples, ainsi que les Etats dans leur communication sur l'Europe et l'importance de ces élections.

5- Permettre aux citoyens européens d'adhérer directement à un parti européen. Aujourd'hui, le PPE (Parti Populaire Européen), le PSE (Parti Socialiste Européen), le PDE (Parti Démocrate Européen), les Verts européens, etc., sont des partis auxquels adhèrent des parlementaires eux-mêmes issus de partis nationaux et non directement des citoyens. Une adhésion directe permettrait une légitimation citoyenne et un lien direct entre les peuples et des courants politiques de niveau européen.

6- Enfin garder les symboles (Hymne, devise, drapeau) qui renforce l'idée d'appartenance et de citoyenneté européenne, car les symboles sont important dans l'esprit collectif des peuples. Pourquoi ont-ils été supprimés du traité de Lisbonne, alors que les peuples ne le demandaient pas et y sont plutôt attachés ? Est-ce pour marquer par principe une différence de contenu avec le traité constitutionnel initial, afin de légitimer un nouveau traité et un nouveau vote, alors que le contenu principal est toujours aussi complexe et incompréhensible par les peuples ?

Ces propositions résultent de plusieurs débats et discussions citoyennes auxquels j'ai récemment participé au mois de mai sur ce thème lors de cafés démocrates consacrés à l'Europe.

Pour votre avis à tous.

03/05/2009

François Bayrou dénonce les "abus de pouvoir"

Ce livre, c’est de la dynamite. C’est aussi un éclair, un éclair de lucidité et un acte de résistance.Bien au delà d’un pamphlet antisarkozyste à visée électorale comme certains se plaisent à le dire, c’est un livre de fond. Il n’est pas que dans la dénonciation mais également dans la proposition.

Comme le dit son titre évocateur, François Bayrou dénonce les multiples "abus de pouvoir" mettant bas les piliers de la démocratie, mais pas seulement celà. Il s’attaque aussi au démantèlement progressif, volontaire, recherché, des fondements de notre république, de l’égalité des chances, des services publics, du contrat social. La rupture annoncée de Nicolas Sarkozy, c’est bien celle-là. François Bayrou s’attaque comme jamais auparavant aux puissances financières qui dominent la planète dans la mondialisation, incarnées par une oligarchie qui s’apparente à la nouvelle aristocratie d’aujourd’hui. Ce livre ouvre également nos yeux sur le point charnière d’évolution de civilisation impliquant les peuples dans le choix qu’ils devront faire entre la passivité, le consentement d’un modèle injuste et destructeur, et la résistance à ce modèle, pour repartir sur d’autres bases humanistes, justes, démocrates, durables. Tout ceci est très profond et loin d’une simple "posture électorale" et les lecteurs en conviendront, citoyens, journalistes, intellectuels, quel que soit leur engagement politique. La plume est enlevée, acerbe, affûtée, trempée dans l’encre de la démocratie. Son auteur a du panache et de la stature. A lire Absolument !

13/04/2009

Plaidoyer pour une monnaie mondiale

Zhou Xiaochuan, gouverneur de la banque centrale de Chine, a fait un plaidoyer pour une monnaie de référence mondiale, quelques jours avant le G20. Voici son xin_110302301137483123336.jpgTexte

Ce texte est excellent, son argumentaire convaincant et tourné vers l'intérêt général pour un monde plus équilibré, en aucun cas anti-américain. Les solutions qu'il propose raisonnables et réalistes. Il paraît inconcevable que le G20 n'ait même pas abordé le sujet.

 

 

 

 

 

 

En voici une traduction française, par Alain Bertier :

 

Réforme du Système Monétaire International

 

Zhou Xiaochuan

 

L’explosion de la crise actuelle et son débordement sur le monde nous a confrontés à une question posée depuis longtemps mais encore sans réponse, à savoir, de quelle sorte de monnaie de réserve internationale avons-nous besoin pour assurer la stabilité financière globale et faciliter la croissance économique globale, ce qui était l’un des buts recherché lors de la création du F.M.I. ? Il y a eu différents arrangements pour tenter de trouver une solution, y compris la référence à l’argent, la référence à l’or, la référence au change or et le système de Bretton Woods. Cependant, la crise financière actuelle démontre que le problème est loin d’être résolu, et s’est même aggravé à cause des faiblesses du système monétaire international actuel.

 

Théoriquement, une monnaie de réserve internationale doit d’abord être ancrée sur un repère stable et émise selon un ensemble de règles claires pour garantir sa fourniture méthodique ; deuxièmement, sa fourniture doit être assez souple pour permettre de l’ajuster opportunément en fonction des changement de la demande ; troisièmement, de tels ajustements ne doivent pas dépendre des conditions économiques et des intérêts souverains d’un seul pays. L’acceptation de monnaies nationales basées sur le crédit comme monnaies de réserve internationales majeures, comme c’est le cas dans le système actuel, est un cas spécialement rare dans l’histoire. La crise demande une réforme créative du système monétaire international pour une monnaie de réserve internationale avec une valeur stable, une émission basée sur des règles et une fourniture organisée, afin d’atteindre l’objectif d’une sauvegarde de la stabilité économique et financière globale.

 

I. Le déclenchement de la crise et son extension au monde entier reflète les vulnérabilités et les risques systémiques inhérents au système monétaire international actuel.

 

Les pays émettant des monnaies de réserve sont constamment confrontés au dilemme d’avoir à atteindre les objectifs de leur politique monétaire domestique et de satisfaire la demande des autres pays en monnaie de réserve. D’un côté les autorités monétaires ne peuvent se concentrer simplement sur les objectifs domestiques sans exercer leurs responsabilités internationales, et de l’autre elles ne peuvent poursuivre en même temps des objectifs domestiques et internationaux différents. Elles peuvent soit échouer à satisfaire la demande d’une économie globale en expansion pour la liquidité quand elles tentent d’alléger les pressions inflationnistes chez eux, soit créer un excès de liquidité dans les marchés globaux en stimulant exagérément la demande domestique. Le Dilemme Triffin, c'est-à-dire le fait que les pays émettant des monnaies de réserve ne peuvent maintenir leur valeur tout en fournissant de la liquidité au monde, existe encore.

 

Quand une monnaie nationale est utilisée pour fixer les prix des matières premières, faire les paiements commerciaux et est globalement adoptée comme monnaie de réserve, les efforts des autorités monétaires émettant une telle monnaie pour résoudre ses déséquilibres économiques en ajustant son taux de change seront faits en vain, car sa monnaie sert de référence à beaucoup d’autres monnaies. Bien qu’elle bénéficie d’une monnaie de réserve largement acceptée, la globalisation souffre aussi des défauts de ce système. La fréquence et l’intensité croissante des crises financières suivant l’effondrement du système de Bretton Woods suggèrent que les coûts d’un tel système ont peut-être excédé ses bénéfices. Le prix est en train d’augmenter, non seulement pour les utilisateurs, mais aussi pour les émetteurs des monnaies de réserve. Bien que les crises puissent ne pas être nécessairement un résultat souhaité par les autorités émettrices, elles sont une inévitable conséquence des défauts institutionnels.

 

II. L’objectif souhaitable d’une réforme du système monétaire international est donc de créer une monnaie de réserve internationale déconnectée des nations et capable de rester stable sur le long terme, éliminant ainsi les déficiences résultant de l’usage de monnaies nationales basées sur le crédit.

 

1. Bien que la monnaie de réserve super-souveraine a été proposée depuis longtemps, aucun progrès substantiel n’a été encore accompli. En 1940, Keynes a déjà proposé d’introduire une unité monétaire internationale nommée « Bancor », basée sur la valeur de trente matières premières. Malheureusement, la proposition ne fut pas acceptée. L’écroulement du système de Bretton Woods, […], indique que l’approche keynésienne était peut-être mieux inspirée. Le Fonds Monétaire International (FMI) créa les Droits de Tirage Spéciaux (DTS) en 1969, quand les défauts du système de Bretton Woods se révélèrent, afin d’atténuer les risques causés par les monnaies de réserve souveraines. Cependant, le rôle des DTS n’a pas joué comme il aurait du en raison de son allocation limitée et de ses usages restreints. Néanmoins il indique la voie d’une réforme du système monétaire international.

 

2. Une monnaie de réserve super-souveraine n’élimine pas seulement le risque inhérent à la monnaie souveraine basée sur le crédit, mais il rend aussi possible de gérer la liquidité globale. Une monnaie de réserve super-souveraine gérée par une institution globale peut servir à la fois à créer et à contrôler la liquidité globale. Et quand la monnaie d’un pays n’est plus utilisé comme étalon de mesure du commerce global et comme la référence des autres monnaies, la politique de taux de change du pays peut être beaucoup plus efficace pour corriger les déséquilibres de l’économie. Cela réduirait de manière significative les risques d’une future crise et renforcerait la capacité de la gérer.

 

III. La réforme devrait être guidée par une vision ambitieuse et commencer par des réalisations précises. Elle devrait être un processus progressif bénéfique pour tous les pays.

 

Le rétablissement d’une nouvelle monnaie de réserve largement acceptée avec un étalon de valorisation stable peut prendre beaucoup de temps. La création d’une unité monétaire internationale, basée sur une proposition keynésienne, est une initiative considérable qui requiert d’extraordinaires qualités de vision et de courage politiques. Dans le court terme, la communauté internationale, particulièrement le FMI, devraient au moins reconnaître et affronter les risques résultants du système actuel, et procéder régulièrement à son suivi et à son évaluation, et émettre des alarmes anticipées.

 

Une attention particulière devrait être donnée à l’accroissement du rôle des DTS. Les DTS ont les caractéristiques et la capacité de jouer le rôle d’une monnaie de réserve super-souveraine. De plus, une augmentation de l’allocation aiderait le Fonds à résoudre son problème de liquidités et les difficultés de la réforme de la représentation et de la répartition des voix. En conséquence, des efforts devraient être faits pour faire progresser l’allocation des DTS. Cela exigera une coopération politique entre les pays membres. En particulier, le Quatrième Amendement des Statuts[1] et la résolution qui en découle sur l’allocation des DTS proposé en 1997 devraient être approuvés aussitôt que possible de telle sorte que les membres qui ont rejoint le Fonds après 1981 puisse aussi bénéficier des avantages des DTS. Sur cette base, il y a lieu de considérer une nouvelle augmentation de l’allocation de DTS.

 

La portée de l’utilisation des DTS devrait être augmentée, afin de leur permettre de satisfaire pleinement la demande des pays membres en monnaie de réserve.

-          Établir un système de règlement entre les DTS et les autres monnaies. En conséquence, les DTS qui sont actuellement seulement utilisés entre les gouvernements et les institutions internationales, pourraient devenir un moyen de paiement du commerce international et des transactions financières largement accepté.

-          Promouvoir activement l’usage des DTS dans le commerce international, pour la fixation du cours des matières premières, des placements et la tenue des comptabilités. Cela aidera à renforcer le rôle des DTS, et réduira efficacement les fluctuations de prix des actifs valorisés en monnaies nationales et les risques associés.

-          Créer des actifs financiers libellés en DTS pour accroître leur attrait. L’introduction de titres libellés en DTS, qui est étudiée par le FMI, sera un bon début.

-          Améliorer encore la valorisation et l’allocation des DTS. Le panier de monnaies formant la base de la valorisation des DTS devrait être étendue et inclure les monnaies de toutes les principales économies, et le PIB peut aussi être inclus comme lest. L’allocation de DTS peut évoluer d’un système basé uniquement sur un calcul à un système soutenu par des actifs réels, tels que la mise en commun de réserves, pour développer davantage la confiance du marché dans leur valeur.

 

IV. Confier une partie des réserves des pays membres à la gestion centrale du FMI ne renforcera pas seulement la capacité de la communauté internationale de mettre fin à la crise et de stabiliser le système monétaire et financier international, mais aussi de renforcer de manière importante le rôle des DTS.

 

1. Comparé avec la gestion séparée des réserves par chaque pays, la gestion centralisée d’une partie des réserves globales par une institution internationale digne de confiance, avec un rendement raisonnable pour encourager la participation, sera plus efficace pour décourager la spéculation et stabiliser les marchés financiers. Les pays participants peuvent aussi conserver quelques réserves pour leur développement propre et leur croissance économique. Avec une participation universelle, le mandat unique de maintenir la stabilité financière, et en tant que « superviseur » des politiques macroéconomiques des pays membres, le FMI, doté de son expertise, possède un avantage naturel pour agir comme gestionnaire des réserves de ses membres.

 

2. La gestion centralisée des réserves de ses membres par le Fonds sera une mesure efficace pour promouvoir un rôle accru des DTS comme monnaie de réserve. Pour y parvenir, le FMI constituer un fonds ouvert libellé en DTS proposé au marché, permettant la souscription et le remboursement dans les monnaies de réserve existantes par les différents investisseurs qui pourraient être souhaités. Cet arrangement ne promouvra pas seulement le développement des actifs libellés en DTS, mais permettra partiellement aussi la gestion de la liquidité sous la forme des monnaies de réserve existantes. Cela peut même préparer l’augmentation de l’allocation de DTS afin de remplacer graduellement les monnaies de réserve actuelles.



[1] Texte recherché par le traducteur

 

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09/04/2009

Pour une société plus coopérative

La crise financière brutale a mis en évidence l'échec du modèle capitaliste néolibéral anglo-saxon, générateur d'inégalités croissantes, de profits concentrés sur quelques uns au détriment de l'intérêt général, incapable d'assurer son autorégulation. Clin d'oeil de l'histoire, une nationalisation de fait de banques, en premier lieu aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, et peut-être bientôt d'entreprises du secteur automobile, laisse supposer que l'alternative socialiste fait son retour, et ceci sans même avoir besoin d'un vote politique. Il est temps de réfléchir sérieusement au modèle de gouvernance de la société, ainsi qu'au modèle de gouvernance des sociétés, des entreprises, compatible avec des valeurs et des priorités clairement édictées et sur lesquelles les citoyens adhèrent, démocratiquement.  Le Mouvement Démocrate propose de construire une société plus coopérative. Qu'est ce que cela veut dire ?

 


Face aux deux modèles capitaliste et socialiste, la troisième voie  proposée par François Bayrou avec le Mouvement Démocrate est celle de l’Humanisme, visant à remettre l’homme au centre de la société plutôt que l’argent et l’Etat. Sa doctrine consiste à partir d’objectifs et de valeurs pour construire une société juste, humaine, démocrate, responsable et durable. L’argent doit être un moyen et non une fin, de même que l’Etat est utile dans ses fonctions régaliennes, de garantie de la sécurité, de la justice, de l’égalité des chances, du respect de la démocratie et du pluralisme politique et médiatique, mais ne doit pas toutefois se substituer outre mesure aux acteurs économiques, risquant sinon de déresponsabiliser les citoyens, voire de les infantiliser, et de nuire finalement à l’efficacité et à la rentabilité des services au travers une trop forte centralisation.

 

Partant de ces principes, il est légitime de se demander quel modèle économique répond le mieux à cette logique humaniste. Est-ce un modèle qui rejette à la fois le capitalisme et le socialisme, à la fois la recherche du profit et un rôle actif de l’Etat dans l’économie, ou qui compose un mix des deux ? Quelle gouvernance d’entreprise prône-t-il si ce n’est d’un côté celle d’actionnaires recherchant une rentabilité maximum et une flexibilité de placement à l’aide des marchés boursiers et financiers, de l’autre celle d’un Etat omnipotent lui-même actionnaire d’entreprises et de banques de manière à exercer un contrôle direct sur ces dernières ?

 

Je vous livre ici des réflexions personnelles, en apportant ma contribution aux idées qui me paraissent aller dans le sens de cette construction de société humaniste, ceci sans prétendre à aucune exclusivité du Mouvement Démocrate, en espérant qu'elles seront partagées et enrichies par vous tous, que vous soyez membre d'un parti ou non.



La source du mal : la financiarisation de l’économie

 

Si l’on résume au mieux le constat admis par tous des causes de la récente crise financière majeure et séculaire, quels que soient les courants politiques qui en sont juges, la principale critique de fond faite au système économique actuel basé sur le capitalisme est d’avoir dérivé de l’économie réelle. Alors que depuis de nombreuses années la croissance mondiale était de l’ordre de 5% et inférieure à ce taux dans les pays occidentaux, les bourses affichaient des taux de rendement sur actions bien supérieurs, la norme prévalant étant un ROE (Return On Equity, ou encore retour sur investissement) d’au minimum 15%. Or, d’un point de vue macro économique, ces taux auraient dû logiquement converger, cette croissance de PIB devant correspondre à l’augmentation de richesse des entreprises (petites et grandes), elle-même traduite par la rentabilité boursière, qui anticipe une croissance des résultats de l’entreprise. Car l’anticipation de la rentabilité d’une entreprise est basée sur une espérance de gain elle-même influencée par des effets spéculatifs, la croyance en une hausse future, qui peut dériver de la réalité. Cela ne pouvait durer éternellement et le monde était bien dans une bulle mondiale qui devait un jour éclater. Finalement la bulle des subprimes, fuite en avant vers une rentabilité espérée avérée illusoire n’était qu’une des petites bulles dans une marmite arrivant à ébullition, un catalyseur qui a déclenché la prise de conscience de l’illusion de rentabilité entretenue par un système devenu déconnecté de l’économie réelle.

Bien sûr il y a eu un manque de régulation et de surveillance de certains acteurs financiers (agences de notations, hedge funds et banques d’investissement américaines) et des facteurs aggravants tels que la norme comptable de valorisation des actifs bancaires en « fair value » ; on a aussi dans le lot mis sur le compte des fauteurs de troubles les bonus des traders et parachutes dorés des grands patrons, ou encore les paradis fiscaux qui facilitent les détournements de flux financiers, alors qu’ils ne sont pas une cause directe de cette crise même s’ils participent aux excès, à la démesure, du système capitaliste.

Mais au fond du fond, la raison profonde de la crise n’est pas à chercher dans ces facteurs, qui ont été plutôt des facilitateurs et déclencheurs de crise. La cause originelle est dans le cœur même du modèle, dans l’économie basée avant tout sur la recherche du profit à court terme, quelles que soient les conséquences sur l’environnement, sur la viabilité durable de l’entreprise, sur les conditions de vie de ses salariés, les délocalisations et leurs conséquences sociales, … Or il est intéressant de noter que le florilège de mesures visant à lutter contre la crise, à éviter qu’elle ne se reproduise, proposées par les experts économiques, les gouvernements, et même les partis d’opposition, s’attachent à  ces facteurs, à contenir leurs excès ou à prévenir de leur dérive, mais non à proposer un modèle alternatif, à l’exception près du contre modèle socialiste visant à remettre l’Etat au premier plan, en nationalisant les banques notamment, alors qu’il a été déjà prouvé que ce modèle n’était pas efficace. Pour combattre les causes réelles d’un mal et y trouver remède, il faut commencer par bien le diagnostiquer, le comprendre, s’attaquer au germe de ce mal et non aux symptômes. Regardons comment ce mal a évolué.

Partant d’un capitalisme au départ entrepreneurial lors de la révolution industrielle, lorsque le propriétaire de l’entreprise était le patron et visait le développement de cette entreprise, son utilité sociale, l’économie capitaliste a progressivement dérivé vers un capitalisme financier, sous la double influence d’un côté de la sophistication des techniques financières et des technologies de l’information, du recours aux marchés financiers, et de l’autre côté du contexte de la mondialisation, accentuant la spécialisation et la concurrence des acteurs, ainsi que la contagion rapide des phénomènes, des ajustements de prix et de taux entre secteurs et entre marchés.

A quelques exceptions près, un actionnaire entre ainsi au capital d’une entreprise bien plus souvent avec l’objectif d’en tirer un rendement maximum à court terme (plus-value et dividendes) qu’avec celui de développer l’utilité sociale de cette entreprise, que cet actionnaire soit lui-même une autre entreprise, une banque, un particulier fortuné, un fonds de pension ou un OPCVM plaçant lui-même des fonds pour le compte de petits épargnants. Le comble du découplage entre l’intérêt de l’entreprise et le rendement qu’attend son propriétaire est atteint avec les opérations financières à effet de levier, dites LBO (Leverage Buy Out), qui nécessitent une mise de fonds peu importante de l’actionnaire pour racheter une entreprise parfois en difficulté donc sous-évaluée, sur laquelle il anticipe une plus-value potentielle à la revente suite à un « redressement », un démantèlement puis « vente par appartements », une délocalisation, grâce à l’obtention d’un prêt gagé sur les actifs de cette société. C’est notamment les LBO qui ont fait la fortune du sulfureux homme d’affaire Bernard Tapie sans qu’il ait au départ une fortune personnelle (il n’a dit-on pas eu à investir un franc dans le rachat d’Adidas, ce dernier ayant été financé par des prêts bancaires gagés sur l’entreprise achetée, ce qui veut dire que la compensation qui lui a été octroyée par le tribunal arbitral privé au titre du manque à gagner, qu’il revendiquait sur les plus-values futures réalisées par le Crédit Lyonnais après la revente de l’entreprise, ne récompensent même pas un risque pris par Bernard Tapie initialement dans l’affaire …).

Or, non seulement l’entreprise est dépendante des liquidités nécessaires à son développement, donc de ses banques et de ses actionnaires, mais ces actionnaires, par leur droit de vote, ont aussi leur mot à dire sur la stratégie de l’entreprise, sa politique sociale, ses dépenses couvrant les risques environnementaux, etc. Ce capitalisme financier n’a aucune morale. S’il n’est pas contraint par des règles coercitives, à partir du moment ou l’actionnaire privilégie le profit à court terme sur l’utilité sociale et le respect environnemental, il est tout à fait logique que ce système ne soit pas durable. L’entreprise a elle-même un objectif social, celui de rendre service, de fabriquer ou distribuer un bon produit, mais les propriétaires de l’entreprise ont un autre but premier : celui du rendement maximum. Ce qui se traduit dans les objectifs et la rémunération du patron de l’entreprise, pas forcément lui-même actionnaire.

On peut ainsi parler de « financiarisation de l’économie » mais pas de déconnexion entre le capitalisme financier et le capitalisme entrepreneurial, avec d’un côté l’économie réelle, l’entreprise, et de l’autre l’économie virtuelle, la finance. Il ne s’agit pas de deux économies différentes, parallèles. C’est un tout et la finance est nécessaire à l’entreprise, les marchés financiers sont utiles pour pouvoir lever des fonds, surtout pour une entreprise industrielle qui nécessite de gros investissements, les banques sont indispensables pour assurer des prêts aux entreprises comme aux particuliers tout en appréciant leurs risques. Il ne faut pas « jeter le bébé avec l’eau du bain » en rejetant massivement les marchés, la bourse, les banques. C’est aussi un leurre de croire que la nationalisation des banques et même des entreprises résoudra le problème, comme l’expérience a déjà montré les lacunes de ce système.

 

 

La question essentielle : viser l’objectif de développement de l’entreprise plutôt que le profit

 

Partant de ce constat, c’est en fait le moteur même de la recherche absolue, effrénée et prioritaire du profit à court terme qui est la source de dérive de ce modèle. Quel est donc le modèle de gouvernance d’entreprise qui garantit avant tout une recherche de développement durable, d’optimisation du meilleur service au meilleur coût ? Il en existe un dans nos sociétés : celui des mutuelles ou des coopératives, au sein desquelles se regroupent une communauté d’intérêts communs, d’acteurs qui vont investir ensemble pour un service ou la fabrication d’un produit dont ils seront les clients. Il s’agit donc de viser la qualité et l’efficacité de ce service, un rapport qualité prix. L’objectif n’est pas de faire du bénéfice et si l’entreprise en fait un, il est soit réinvesti soit distribué aux actionnaires qui sont eux-mêmes clients.

Ce type de structure est courant dans le secteur bancaire et celui des assurances, ainsi que dans le domaine agricole regroupant des petites structures familiales ou même dans la distribution (Leclerc avec ses franchises). On le retrouve aussi dans le domaine des marchés financiers lorsque les banques privées ou les banques centrales investissent ensemble soit au sein d’un pays soit même de l’Europe ou du monde dans des structures de place communes, par exemple dans les plates-formes de clearing et de paiement interbancaire comme Swift, ABE, STET (ex GSIT), Target2, Euroclear, LCH-Clearnet, GIE Cartes Bancaires… Des banques à la fois clientes et actionnaires de ces infrastructures de place communes deviennent partenaires même si par ailleurs elles sont concurrentes pour des services offerts à la clientèle qui eux-mêmes utilisent ces infrastructures. De même elles offrent à des petites banques, qui n’ont pas eu les moyens d’investir dans ces systèmes, un service de sous participation à ces plates-formes, une forme de sous-traitance rémunérée.

 

Exemples de structures coopératives 

 

Il existe déjà des banques à réseau et des sociétés d'assurances mutuelles fonctionnant sur le principe de la coopérative. Il est intéressant de noter d'ailleurs que la grande majorité de la banque de détail en France (Crédit Agricole, Caisses d'Epargne et Banques Populaires, Crédit Mutuel, Crédit Coopératif,...) sont gérés sur ce principe et cette activité a une forte résilience en période de crise. C'est lorsque certains de ces groupes se sont mis à vouloir lever des fonds en bourse grâce à des filiales spécialisées et à vouloir les faire fructifier sur des activités de marchés, éloignées de l'activité initiale du groupe mutualiste et de ses clients d'origine, en se soumettant aux obligations de l'information financière et à la tentation de séduction des investisseurs, que l'objectif initial a été détourné et que finalement des pertes ont été subies par ces groupes.

On voit de plus en plus se développer des centrales d'achat coopératives, AGAP, des petites coopératives de marchés bio locaux où des citoyens paient une cotisation pour contribuer à des cultures locales vivrières, sans engrais chimiques et nécessitant peu de transport, dont ils retirent un panier au gré de la saison.

Les SCOP, sociétés coopératives, sont peu nombreuses (environ 2000 en France, pour 40 000 salariés) mais semblent connaître un regain, notamment dans un contexte où suite à une fermeture d'entreprises les salariés se mettent ensemble pour recréer l'affaire et poursuivre l'activité. Un reportage sur France Inter ce matin décrivait le cas d'une entreprise d'analyses pharmaceutique qui avait réussi cette expérience, faisait bénéficier à ses salariés actionnaires de 50% des bénéfices et réinvestissait l'autre moitié dans l'entreprise, conformément à une décision commune des salariés-actionnaires, qui fixaient aussi ensemble la grille des salaires. La SCOP, ou société coopérative de production, est une entreprise de forme SA ou SARL, dont les salariés sont associés majoritaires et vivent un projet commun en mutualisant équitablement les risques et les grandes décisions : désignation des dirigeants, orientations stratégiques, affectation des résultats. Il s'agit d'une forme pratique très aboutie de la démocratie dans le secteur économique.

On peut imaginer aussi d'autres expériences coopératives, comme du covoiturage partagé avec investissement commun du voisinage dans un parc de voiture en libre service. Il existe déjà ce type d'entreprise à Paris, fournissant des voitures en libre-service dans des parkings, contre un abonnement et paiement à l'usage.  Le Vélib est une initiative procédant aussi de cet état d’esprit, de mise en commun d’un matériel que les clients vont utiliser (même s’ils ne sont pas directement actionnaire si ce n’est en tant que contribuable via les impôts locaux). Dans le domaine social, il existe déjà des crèches coopératives. Le système pourrait être étendu à d’autres services.

 

 

Peut-on envisager l’extension du modèle de gouvernance coopérative ?

 

Pour imaginer une généralisation de ce modèle de gouvernance à d’autres entreprises, il faut réunir les conditions suivantes :

-         Lors de la mise en place d’une telle entreprise au service d’une communauté d’intérêt d’acteurs, qu’ils soient des citoyens, des particuliers, ou bien des personnes morales, des associations ou des entreprises, voire des Etats, ces derniers doivent avoir pris conscience qu’au lieu d’investir séparément chacun dans la mise en place d’un service, ils ont intérêt à investir ensemble, en se mettant d’accord, et qu’ainsi le service sera moins cher, plus efficient. L’objectif de l’entreprise doit être clairement exprimé.

-         La majorité de l’ actionnariat avec droit de vote est réservé à des acteurs ayant un intérêt durable et économique ou social, dans l’entreprise : clients, voire fournisseurs, salariés, acteur politique. L’Etat peut d’ailleurs être un de ces acteurs à partir du moment où un enjeu politique, de sécurité publique (nucléaire) ou sociale (rôle social de la poste par exemple dans le tissu social). Ces acteurs font en sorte d’avoir une majorité de contrôle de manière à toujours décider de la stratégie de l’entreprise,

-         Cette structure d’actionnariat est compatible avec la possibilité de recourir éventuellement à des levées de fonds sur les marchés en complément du socle d’actionnariat de contrôle. Mais attention à ce que les objectifs de rentabilité financière du marché ne prennent pas le pas sur les objectifs de développement durable et social de l’entreprise … Eventuellement ne pas associer des droits de vote à cette forme d’actionnariat.

-         Le fonctionnement de l’entreprise doit être vraiment démocratique, son actionnariat, qui peut être constitué de millions de personnes (cas du Crédit Agricole ou des Caisses d’Epargne par exemple), a droit à une information transparente, doit pouvoir désigner des administrateurs responsables qui lui rendront des comptes. Ce client actionnaire attend principalement de l’entreprise qu’elle lui garantisse le meilleur service possible, pas qu’elle « crache du cash » purement pour sa mise de fonds initiale … Mais à condition d’avoir un droit de regard sur la gestion de l’entreprise et pouvoir sortir s’il n’est pas d’accord avec la stratégie et le comportement de l’entreprise. Peut-être peut-on envisager un « label de gouvernance » pour donner une garantie sur la manière dont l’entreprise est dirigée, dont elle gère l’information et la démocratie interne etc.

 

Les domaines d’applications peuvent être multiples. Dans le domaine des hautes technologies très coûteuses (satellites,…), des recherches de nouvelles sources d’énergie renouvelables, etc., il peut être utile à des entreprises d’investir en commun pour de la recherche fondamentale ou des équipements communs d’infrastructures. Les promoteurs immobiliers pourraient trouver un intérêt à investir dans des entreprises fournisseurs du bâtiment, de matériaux d’isolation par exemple. Des garagistes et des vendeurs de voitures pourraient pourquoi pas trouver intérêt à investir dans les constructeurs automobiles …

 

Proposons par exemple une telle structure pour les agences de notation dans le cadre de la régulation du système financier international. Ces agences sont peu nombreuses (trois principalement) et toutes américaines (Standard & Poor’s, Moody’s, Fitch). Leur défaillance en termes de notation a contribué à la crise des subprimes. Cette défaillance était due non seulement à une absence de régulation de ces agences, mais aussi par leur structure de rémunération, le fait d’être rémunérées par les émetteurs des titres pour donner ces notations et en même temps de fournir à ces derniers des prestations de conseil, entraînant des compromissions. Il faudrait proposer que les banques européennes se cotisent pour créer une ou plusieurs agences de notations européennes, qui seraient soumises à des normes et à une surveillance et il serait sain que les agences américaines adoptent aussi un tel modèle.

 

Un autre domaine où il serait intéressant d’envisager une structure d’actionnariat coopératif est le secteur de la presse et des médias. Ainsi, un journal détenu en majorité par ses journalistes, comme c'est le cas de Mediapart, de Marianne, du Canard Enchaîné, préserve son indépendance. L'actionnariat peut même être étendu aux lecteurs, qui peuvent par une souscription soutenir leur journal si besoin. Cela fut le cas pour la revue Politis et l'Evévement du jeudi. Nous pourrions proposer l'idée à Mediapart ...

 

Cette logique coopérative peut être appliquée aussi au niveau de l’Europe, soit par groupement d’intérêts communs d’entreprises européennes, investissant dans des infrastructures communes, de la recherche en commun, des services communs (Euroclear et LCH-Clearnet par exemple), soit par regroupement d’Etats ou de Banques Centrales pour des services communs (c’est déjà le cas avec Target2 pour les Banques Centrales). Ainsi l’initiative d’un emprunt commun européen, d’un fonds stratégique d’investissement européen, pourrait être du ressort d’une démarche coopérative des Etats européens. De même que les banques européennes avec une volonté politique commune des Etats pourraient ensemble créer une véritable bourse européenne, plutôt que laisser un marché épars se recomposer uniquement sur des intérêts de rentabilité à court terme, de surcroît contraints par le dogme dictatorial de la Commission de la Concurrence, finissant par laisser partir une partie importante de nos infrastructures boursières aux Etats-Unis …

 

 

Comment concilier un mode de gouvernance coopératif avec la libre concurrence ?

Le paradoxe de la Commission de Bruxelles …

 

La Commission de Bruxelles dirigée par José Manuel Baroso n’aime pas beaucoup les structures coopératives en Europe, les assimilant à des cartels, des ententes entre acteurs qui cherchent à noyauter un marché. D’autant plus lorsque la grande majorité des acteurs d’un secteur décident de former ensemble une entreprise, sans nécessairement que ce service ait un ou plusieurs concurrents. C’est le cas par exemple de Swift (réseau informatique acheminant les ordres de paiement interbancaires dans le monde). La France est familière de ce type de structures interbancaires pour ses systèmes de place. Il se trouve que dans un tel projet les banques doivent se mettre d’accord sur un tarif de place interbancaire (la CIP en France) qui rémunère le service fourni par l’infrastructure, couvrant sa maintenance, ses coûts de fonctionnement et l’amortissement de l’investissement. Et ce tarif est répercuté au client de la banque qui émet les ordres de paiement, en plus d’une marge de service de la banque couvrant des coûts commerciaux. Parfois, si le paiement du service est assuré par la banque du client émetteur du paiement ou tireur d’espèce (au guichet automatique d’une autre banque), il peut être justifié que la banque émettrice ou tireuse paie une compensation à la banque qui subit un coût de traitement (image chèque, maintenance du guichet automatique par exemple), qui peut être normé et géré au travers du système de place. Mais ce n’est pas une entente de prix au détriment des clients ! C’était le cas pour le groupement européen Carte Bleue (face à VISA et Mastercard qui sont américains).. La Commission de la Concurrence s’est élevée contre ce type de pratique et les banques, voyant qu’elles ne pourraient plus être certaines de couvrir leurs coûts, ont préféré renoncer au système en revendant la structure à VISA (américain). Bruxelles vient de se rendre compte du problème et demande maintenant à ce que les banques créent une carte européenne ! Les mêmes réticences avaient été manifestées par la Commission européenne à l’égard de la proposition des banques au début des années 2000 consistant à instaurer une commission interbancaire sur les virements commerciaux transfrontaliers en euro, qui visait à compenser les coûts occasionnés par la banque du tiré. La Commission de Bruxelles a non seulement refusé au motif de la « concurrence » et du refus des ententes tarifaires entre banques, mais elle a fait voter par le Parlement un règlement imposant aux banques de pratiquer le même tarif aux clients pour les paiements en euro transfrontaliers (en zone euro) que celui des paiements domestiques, afin que les clients n’aient plus de différence visible d’un point de vue tarifaire entre un service au sein de leur pays et le même service dans la zone euro. Mais comme les paiements domestiques étaient à des tarifs très différents selon les pays, la France étant nettement moins chère grâce à sa structure de place coopérative efficace (GSIT), qui permettait aux clients d’émettre des virements deux ou trois fois moins chers qu’en Allemagne par exemple (alors que les paiement transfrontaliers  compensés par ABE ou par correspondent banking étaient trois fois plus coûteux), cela a impliqué une forte distorsion de concurrence entre clients de différents pays européens (les français payant leurs virements beaucoup moins chers que les Allemands) tandis que les banques françaises ne pouvaient plus couvrir leurs coûts sur les paiements transfrontaliers, nécessitant de compenser les coûts de ce service « obligatoire » commercialement en surtarifant d’autres services …

 

Une structure coopérative sans concurrent, comme Swift, ne peut être qualifiée de cartel ni être contestée pour cause d’absence de concurrent. Les banques s’accordent ensemble pour que Swift leur donnent le meilleur service sans qu’il soit besoin de le challenger par une entreprise concurrente. Si une entreprise concurrente existait face à Swift, il faudrait soit que les banques dupliquent leur investissement dans une deuxième structure, soit qu’une partie des banques utilisent Swift et une autre partie un concurrent de Swift, que les deux opérateurs se mettent d’accord pour garantir une interopérabilité, et construisent des passerelles entre les deux concurrents pour échanger entre banques passant par l’un et banques passant par l’autre, donc une belle usine à gaz !

 

On ne peut donc pas dire que ce type de structure coopérative tue la concurrence et lorsqu’elle est motivée par un service de compensation ou d’échange entre acteurs partenaires, comme dans le domaine des titres (bourse, chambres de compensation) ou des paiements, la concurrence n’a pas vraiment de sens. Par ailleurs, dans le cas d’entreprises qui peuvent exercer leurs activités dans un contexte concurrentiel, par exemple les sociétés d’assurances mutuelles ou les banques à réseau coopératives, la concurrence existe entre acteurs de structure du même type et aussi de structure capitalistique classique.

 

Il faut que la Commission de Bruxelles assouplisse nettement son dogme néolibéral concernant la concurrence. Ce dogme a été édicté en Europe alors que les mêmes règles n’existent pas au niveau mondial, si bien que lorsque Bruxelles intervient pour contrer la formation d’une entreprise européenne qui a de fortes positions en termes de part de marché, obligeant à une cession ou refusant une fusion, c’est en général de gros acteurs américains qui finissent par récupérer les morceaux et mettre les acteurs européens en situation de faiblesse sur le marché mondial.

 

Il est intéressant par ailleurs de remarquer que la croyance en l’économie de marché et la libre concurrence comme le système le plus efficace conduit naturellement aux situations d’oligopoles et même en final de monopole, car la loi du plus fort et la course à la rentabilité, donc la recherche de minimisation des coûts de structure au travers d’entités de plus en plus grosses, qui ensuite s’imposent au marché, impliquent logiquement cette concentration. Et dans l’univers mondialisé et globalisé, s’il faut imposer des seuils de taille ou de parts de marchés sur un secteur pour contrer cette concentration qui finalement tue la concurrence, il faut alors l’organiser au niveau mondial, l’Europe est un niveau insuffisant (cela joue même contre cette Europe).

 

Quelle motivation pour permettre l’extension de cette logique coopérative ?

 

Il faut tout d’abord déceler les cas où cette logique peut trouver un intérêt social, économique, pour en émettre l’idée, en faire la proposition. Les clients viendront s’il y a une offre et s’ils y trouvent intérêt. La conscience et la responsabilité citoyenne devraient aider notamment à monter des entreprises durables, comme il y a eu les fonds éthiques. Les citoyens de base se tourneront peut-être plus volontiers vers les assurances et les banques mutualistes, adhérant à cette logique, de même à d’autres services procédant du même modèle s’ils leur sont proposés. Il faut sans doute créer l’offre pour que les citoyens y adhèrent. La généralisation de ce modèle de gouvernance peut être progressive et naturelle. De surcroît elle est applicable de manière transfrontalière et permettrait de donner de la cohésion à l’Europe, non seulement en formant des projets communs à plusieurs pays d’Europe, au travers d’actionnaires clients européens, qu’ils soient des citoyens, des entreprises, des banques, des banques centrales, des Etats. Il ne s’agit en aucun cas de forcer les entreprises actuelles à changer brutalement leur gouvernance. La « loi du marché » peut tout à fait s’appliquer dans un contexte où les citoyens responsables se mettent à préférer le durable et l’entreprise qui privilégie des objectifs de développement humains, sains et durable sur ceux du profit à court terme. Si l’objet du désir n’est plus l’argent mais un objectif d’accomplissement, et que le « marché », la concurrence, les enjeux, se font désormais sur cet autre objet, la société évoluera naturellement en ce sens.

La société coopérative fonctionne sur base de la démocratie, non seulement par le mode de fonctionnement interne des sociétés coopératives, mais aussi dans un contexte global où il existe un modèle coopératif en concurrence du modèle capitalistique classique. Car le client individuel à la base, le citoyen, peut lui-même choisir de préférence d’acheter des services et des produits délivrés par de telles entreprises ainsi que d’investir ses économies en actions de ces sociétés, que ce soit en tant qu’actionnaire client direct ou par la bourse (actionnariat minoritaire). Tel un vote, son choix de consommation et d’investissement se traduit en choix de société, d’un modèle de société qu’il souhaite favoriser.

 

22/03/2009

MEDIAPART, une bouffée d’oxygène pour la démocratie

mediapart_logo.jpgIl y a un an, le 16 mars 2008, naissait MEDIAPART, nouveau journal indépendant, fondé par Edwy Plenel, François Bonnet et Laurent Mauduit, anciens journalistes au Monde. Rejoignant le club des journaux citoyens du Web, où l’on retrouve AgoraVox, la Télélibre, Rue89, Backchich, … MEDIAPART a conquis de nombreux lecteurs par la qualité de ses analyses, par ses informations inédites, scoops relayés ensuite par les médias traditionnels, par la redécouverte d’un journalisme d’investigation et d’engagement politique de défense des valeurs de la démocratie, par sa vigilance démocratique, ainsi que par sa relation étroite et participative avec ses lecteurs. Il nous a donné une véritable bouffée d’oxygène dans ce monde médiatique pollué par la dépendance financière à l’égard des actionnaires ou des annonceurs en connivence avec le gouvernement.

 

 MEDIAPART a fait le pari Internet, ne subissant ainsi pas les coûts d’édition et de distribution de la « vieille presse » papier, tout en bénéficiant des nouveaux outils multimédias disponibles sur Internet ainsi que de la participation interactive des lecteurs internautes sur leurs blogs, au sein d’éditions participatives sur des thèmes et par leurs commentaires à la fois critiques, enrichissants et constructifs, attestant aussi l’adhésion ou au contraire l’aversion des lecteurs aux faits relatés et aux analyses produites.

 

MEDIAPART a aussi fait le choix délibéré de l’actionnariat indépendant des groupes financiers, les journalistes fondateurs étant majoritaires et le reste de l’actionnariat étant composé d’actionnaires privés indépendants, de lecteurs soutenant le projet. Il a aussi opté pour  l’abonnement payant, même si le prix est très raisonnable (9 euros par mois, avec possibilité d’annuler l’abonnement librement sans frais). Ceci pour ne pas subir le joug des annonceurs.

 

Ce nouveau modèle est intéressant et peut se révéler précurseur face à une presse traditionnelle subissant une grave crise économique et démocratique, incapable de rentabiliser ses coûts face à des recettes en chute libre et à la baisse de son lectorat, suicidaire en fournissant gratuitement sur Internet ses contenus payants sous forme papier, assujettie aux pressions de ses actionnaires et de ses annonceurs.

 

Ce nouveau modèle paraît aussi novateur en tant que nouvel outil politique de vigilance démocratique citoyenne sur des thèmes transcendant les partis politiques, comme la défense des valeurs de la démocratie. Quelle que soit la couleur politique éventuelle des lecteurs ou leur neutralité politique, ceux qui se reconnaissent dans ces valeurs et sont animés de la volonté de les défendre se retrouvent au sein de ce journal. Il est vrai que MEDIAPART a la réputation d’être « de gauche » (de l’extrême gauche au centre d’opposition sans exclure des membres de la droite attachée aux valeurs républicaine), la réputation surtout d’être « anti-sarkozyste », du fait des critiques ouvertement faites par Edwy Plenel et d’autres de ses journalistes envers la façon dont Nicolas Sarkozy conduit la présidence du pays, que ce soit dans la manière dont il exerce le pouvoir comme dans ses prises de position qu’il impose maintenant au pays, sans contrepouvoir ou face à des contrepouvoirs annihilés, émasculés, impuissants. Mais ce n’est pas la personne de Nicolas Sarkozy qui est visée, ni même le parti qui l’a porté au pouvoir qu’est l’UMP, c’est bien les faits, les décisions prises lorsqu’elles contreviennent au respect de la démocratie et de la République, à l’intérêt général des citoyens, ou dans le comportement irrespectueux à l’égard de ces derniers ou de la loi que l’Etat est sensé garantir, qui motivent ces critiques.

 

Rappelons ainsi que la démocratie, idéal de gouvernance de la société par le peuple, exige pour fonctionner correctement :

1- un cadre institutionnel garantissant la représentation fidèle des citoyens, des courants d’opinion, la séparation des pouvoirs exécutifs, législatifs, judiciaires et aussi financiers et médiatiques, la liberté individuelle et le droit de vote,

2- un droit à l’éducation pour tous les citoyens afin de leur permettre d’exercer leur conscience et leur responsabilité, de savoir analyser l’information, de tirer des conséquences de l’histoire, de discerner le vrai du faux, les propositions crédibles des discours démagogiques,

3- un accès libre à l’information et la liberté de la presse, la garantie d’un pluralisme des courants d’opinion et de l’indépendance de la presse et des médias.

 

Aujourd’hui ces trois piliers sont mis à mal. La séparation des pouvoirs n’est pas respectée. La justice est mise au pas par le gouvernement, son indépendance est niée, le parquet est sous l’autorité de la Chancellerie, du Garde des Sceaux qui lui-même est membre du gouvernement. La connivence entre le pouvoir exécutif et les puissances financières, qui elles-mêmes détiennent en majorité le pouvoir médiatique, la soumission de l’audiovisuel public (40% d’audience) à l’autorité du chef de l’Etat, sont une entrave au fonctionnement démocratique. La soumission de fait de l’Assemblée Nationale au bon vouloir présidentiel par le fait majoritaire qui donne beaucoup plus de pouvoir, dans des proportions considérables, au parti du gouvernement comparé au score des votes au législatives, donc ne représentant pas les citoyens de façon équitable, fait partie de ces anomalies.

L’éducation remplit de moins en moins sa mission, toujours plus privée de moyens, bénéficiant de fait plus aux populations favorisées. Le décervelage organisé des citoyens au travers des émissions télévisées débilisantes, les jeux d’argent et le star system, utilisant les minutes ou les heures de cerveau disponible à anesthésier les citoyens plutôt qu’à éveiller leur conscience et leur responsabilité, la peopolisation de la vie politique, participent  à cette démobilisation, à cette déculturation, à la perte de confiance dans les politiques, le désintérêt croissant qu’ont les citoyens envers la chose publique et la presse écrite.

 

MEDIAPART, en défendant ces valeurs et en redonnant goût aux citoyens pour la presse, la lecture, la politique, est un véritable outil politique et démocratique, fait œuvre de salubrité publique, mais il est plus que ça. Il nous redonne de l’espoir, de l’oxygène, de l’enthousiasme.

 

Hier, en accueillant ses lecteurs dans ses locaux du XIIème arrondissement rue Brûlon, pour une série de débats thématiques passionnants, MEDIAPART nous a montré qu’il n’était pas virtuel, mais bien humain, ancré dans la réalité, concret et tourné vers l’avenir.

 

 
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