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12/04/2012

Propositions de Mélenchon sur l'emploi : quelles créations d'emplois ?

Le sujet du chômage, de la création d’emploi, devrait être le thème essentiel de la campagne. Malheureusement, les sujets de diversion fleurissent et  l'emploi est insuffisamment traité par la presse et par les médias. Que proposent les candidats et sont-ils crédibles ? Après avoir analysé les  propositions pour l'emploi de Nicolas Sarkozy  (un vide sidéral !), les  propositions de François Hollande  (un chèque en bois !) et les propositions de François Bayrou, passons à celles de Jean-Luc Mélenchon. Nous poursuivrons la série demain avec Marine Le Pen.

 

Le Front de Gauche fait une analyse systémique des causes du chômage croissant, accentué violemment par la crise : elles sont intrinsèquement liées au modèle de société capitaliste, à la financiarisation de l’économie dans la mondialisation[1], qui conduit au moins-disant social, à une compression des salaires, à l’accaparement de la valeur ajoutée créée par les plus riches, au travers essentiellement des revenus du capital, sans oublier les bonus des traders et des dirigeants de grosses sociétés cotées. L’accroissement de richesse ne bénéficie qu’à une minorité et n’est plus créateur d’emploi en net. Les entreprises prennent paradoxalement de la valeur en délocalisant des activités, en licenciant, et le gonflement du chômage coûte à la collectivité en même temps. Ce qui a pour effet un enrichissement privé de quelques uns au détriment de la collectivité, avec augmentation de la pauvreté, de la précarité, des inégalités, ainsi que le report d’un coût social supporté par les finances publiques. De surcroît, les plus riches ont les moyens d’échapper à l’impôt et pratiquent allègrement l’exil fiscal, sans que la richesse accaparée revienne proportionnellement à la collectivité. La spéculation a pris le pas sur l’économie réelle, déclenche des bulles et des crises, déclenche même des famines en s’exerçant sur les denrées alimentaires et sur les matières premières.

Dans ce modèle, la dette est la drogue des Etats au profit des dealers que sont les banques. L’endettement est venu au secours de l’Etat pour combler ses déficits et au secours de familles au pouvoir d’achat insuffisant, les plongeant dans l’enfer du surendettement. Et qui en profite ? Les banques, qui prêtent aux Etats, aux ménages et aux entreprises à des taux bien plus élevés que le taux auquel elles se refinancent (actuellement 1% auprès dela BCE).

Partant de ce constat, Jean-Luc Mélenchon prend une posture dénonciatrice, désignant des coupables qui auraient volontairement mis en place et perpétré ce système qui vampirise les peuples : gouvernants liés aux puissances financières, banquiers (dirigeants de banques et spéculateurs), grosses fortunes. Les solutions proposées visent plus à rétablir l’égalité des revenus en taxant les riches et la finance, en forçant à l’augmentation des bas salaires, en interdisant les licenciements, à supprimer les banques ou à les nationaliser et à financer la dette et les nouvelles dépenses sociales par la création monétaire (prêt direct à taux nul par la banque centrale), qu’à créer de véritables nouveaux emplois générés par création d’activité, de valeur ajoutée. 

Les principales propositions de Jean-Luc Mélenchon pour l’emploi sont :

  • Des mesures relatives au temps de travail : rétablissement des 35 heures effectives et limitation stricte du  recours aux heures supplémentaires, abrogation de la loi Maillé sur l’extension du travail le dimanche ;
     
  • Réévaluation globale des salaires, traitements, pensions et indemnisations du chômage (ces derniers seront indexés sur l’évolution du coût de la vie).
     
  • Augmentation du Smic à 1.700 euros brut par mois pour 35 heures dès 2012 puis 1.700 euros net sur l’ensemble de la mandature. Instauration d’un salaire maximum dans toutes les entreprises, publiques et privées. Et l’écart des rémunérations ne pourra pas excéder une échelle entre 1 et 20. Via la fiscalité, instauration d’un revenu maximum fixé à 20 fois le revenu médian, soit 360.000 euros par an aujourd’hui.
     
  • Lutte contre la précarité en affirmant le CDI comme norme du contrat de travail. Le recours aux intérimaires et CDD sera de son côté encadré : un quota maximal d’intérimaires et de CDD à 5% des effectifs dans les grandes entreprises sera instauré et à 10% dans les PME, sauf dérogations justifiées.
     
  • Titularisation des employés
     
  • Création d’un « droit automatique au passage à temps plein » pour les personnes en temps partiel. Les droits des salariés des entreprises sous-traitantes seront de leur côté alignés par le haut sur ceux des donneurs d’ordre.
     
  • Rétablissement de l’autorisation administrative de licenciements.
     
  • Interdiction des licenciements boursiers ainsi que de la distribution de dividendes pour les entreprises qui licencient. En cas de délocalisation ou de dépôt de bilan, instauration d’un droit des salariés à la reprise de l’entreprise sous forme de coopérative. Nouveaux droits aux salariés et comités d’entreprises en cas de licenciements et de délocalisations.
     
  • Une série de mesures favorisant la relocalisation de l’industrie : taxe sur les productions délocalisées et sur les productions lointaines,
     
  • Une reprise en main par l’Etat de la politique industrielle : pôle financier public pour financer l'investissement des entreprises, secteur bancaire public, renforcement de la présence de l’Etat dans le capital d’entreprises stratégiques, plans industriels pour rétablir les productions délocalisées, planification écologique avec la redéfinition des filières industrielles prioritaires.

Ces propositions manquent cruellement de mesures créatrices d’emplois. Elles visent surtout à empêcher des licenciements, à pérenniser les contrats de travail et à revaloriser les salaires de façon autoritaire. La relocalisation de l’industrie procède d’une pénalisation fiscale sur les productions délocalisées et non d’incitations positives à produire sur le territoire. La lutte contre le chômage paraît limitée à tenter d'endiguer l'hémoragie et à  titulariser des emplois de la fonction publique, mais pas orientée vers la création de nouveaux emplois créateurs de nouvelles activités. De plus, l’effet de telles dispositions (forte hausse du Smic et contraintes fortes sur les contrats de travail et les licenciement) vont inciter les entreprises à quitter le territoire, à fermer ou à pratiquer des licenciements économiques. Au final ce programme ne serait-il pas plutôt destructeur d’emplois ?

Ces propositions sont de surcroît très coûteuses : le projet de Jean-Luc Mélenchon est chiffré à 120 milliards alors que le déficit public est déjà de 100 milliards et qu’il faudrait le neutraliser pour ne plus augmenter la dette. Jean-Luc Mélenchon fait fi de la dette et refuse tous les pactes et plans d’austérité qui concourent, selon lui, à amplifier la récession économique et la régression sociale en Europe au nom d’une logique libérale de «soumission aux marchés ». Il souhaite quela Francepropose une refonte des missions et des statuts dela BCE, lui permettant de prêter directement aux Etats à taux faibles, voire nuls, et acheter des titres de la dette publique sur le marché. Mais il ne dit pas comment financer cette dette en attendant que les partenaires européens soient d’accord avec une telle proposition de monétisation des dettes souveraines en euro, ni n’envisage les conséquences d’une telle proposition (forte création monétaire, donc forte inflation, dévalorisation de l’euro avec fort renchérissement des importations notamment de matières premières, du pétrole et du gaz, impact négatif sur le pouvoir d’achat …).

 


[1] La Grande Régression », oct.2010, Editions du Seuil, Jacques Généreux, co-fondateur du Front de Gauche. Voir mes articles partie 1 et partie 2  sur le sujet.

11/04/2012

Quel est le projet présidentiel de François Bayrou pour l'EMPLOI ?

Le sujet du chômage, de la création d’emploi, devrait être le thème essentiel de la campagne. Malheureusement, les sujets de diversion fleurissent et  l'emploi est insuffisamment traité par la presse et par les médias. Que proposent les candidats et sont-ils crédibles ? Après avoir analysé les  propositions pour l'emploi de Nicolas Sarkozy (un vide sidéral !) et les propositions de François Hollande (un chèque en bois !) passons à celles de François Bayrou. Nous poursuivrons ce feuilleton avec Jean-Luc Mélenchon puis Marine Le Pen.

 

En 2007, François Bayrou faisait une analyse critique[1] des dérives de la financiarisation de l’économie et d’une mondialisation insuffisamment régulée, dénonçant le modèle américain générateur d’inégalités croissantes, qui s’imposait de plus en plus à l’Europe : le modèle de la loi du plus fort, d’une compétition à outrance au détriment de la coopération. Il rejoignait par certains côtés l’analyse de Jean-Luc Mélenchon. Mais à la différence de ce dernier, il ne rejette pas la mondialisation, le capitalisme, le libre-échange, la finance, l’Europe ... Il ne cherche pas à expliquer les causes de nos maux, du chômage, de la dette, par des causes extérieures dont il suffirait de désigner des coupables et donc de s’attaquer à eux pour résoudre nos difficultés. Il est plus nuancé dans l’analyse et dans une posture responsabilisante : regardons vraiment ce qui nous a conduits où nous sommes, comparons l’Etat dela France à ceux d’autres pays et surtout, quelles sont les solutions réalistes, des remèdes attaquant les causes et non les symptômes, des actions qui dépendent vraiment de nous, gouvernants, entreprises et citoyens, sans attendre des solutions utopiques, une réorganisation de la gouvernance mondiale, la fin du capitalisme etc.

Même s’il dénonce l’aggravation des inégalités et prône plus de justice, sa première priorité est l’emploi. C’est par la création d’emplois, de vrais emplois créateur de valeur ajoutée et non d’emplois subventionnés creusant le déficit, c’est par la conquête de marchés grâce à l’innovation, grâce l’amélioration de l’image de marque de la France, à la qualité de ses produits et services, c’est par l’amélioration de sa balance commerciale extérieure, à la fois par une hausse des exportations et une baisse des importations, quela France pourra véritablement sortir de l’impasse économique dans laquelle elle se trouve.

Tout se tient : commerce extérieur, déficit et dette, chômage, retraites. François Bayrou démontre notamment que l’aggravation du déficit commercial extérieur de la France[2], entamée depuis 2003, serait une cause majeure du chômage et de l’aggravation du déficit public. En effet, le déficit de notre balance commerciale atteignant 70 milliards en 2011, François Bayrou remarque que ce montant correspond à l’équivalent du montant des salaires charges comprises de 3 millions d’emplois, soit l’équivalent du nombre actuel de chômeurs ! En fait une suppression du déficit commercial ne se traduirait pas par une création de 3 millions d’emplois car seule une partie du montant des importations et des exportations est constitué de coût du travail. Notre déficit commercial est dû en partie à l’augmentation de notre facture énergétique en hydrocarbures, en part des matières premières dans les importations. Mais à raison d’une part d’environ 25% du coût du travail dans les échanges extérieurs, il est vrai que sans ce déficit, nous devrions avoir environ 750 000 emplois en plus !

Par ailleurs, le coût du travail sur les biens que nous achetons en France et ceux que nous exportons comprend pour moitié environ une contribution aux charges sociales et fiscales du pays, à la différence des biens achetés à l’étranger. Ce qui signifie que le déficit commercial extérieur s’est traduit en aggravation du déficit public  d’environ la moitié de 25% du déficit commercial extérieur (de 70 milliards), soit 9 milliards d’euros.

C’est pourquoi François Bayrou propose une mobilisation forte de tous les acteurs (Etat, entreprises, partenaires sociaux, citoyens,…) pour le « PRODUIRE EN FRANCE ». Le total de nos importations s’élève à 500 milliards en 2011, le quart de notre PIB. Si nous favorisions l’achat de produits fabriqués en France, ne serait-ce pour 15% de l’ensemble de nos achats importés, il n’y aurait plus de déficit commercial extérieur et nous pourrions créer 750 000 emplois, notre déficit public serait réduit de presque 10 milliards d’euros ! Pour que les citoyens et les entreprises puissent exercer leur choix, cette préférence, il est nécessaire de créer un label « Produit en France » indiquant la part du produit fabriqué en France.

Alors que nous accusons un déficit commercial extérieur de 70 milliards d’euros, l’Allemagne affiche un excédent de 160 milliards, alors que le coût du travail est du même ordre (légèrement supérieur en Allemagne). D’autres pays de l’UE commela Belgique, les Pays-Bas,la Norvège, les Etats-Unis, ont une balance commerciale excédentaire à notre égard. François Bayrou aime donner l'exemple de Renault et Volkswagen, qui produisaient en 2005 le même nombre de véhicules, l'un en France et l'autre en Allemagne : 1,2 millions. L'an dernier, Renault n'en produisait plus que 400 000 sur le sol français et Volkswagen 2 millions ! Avec les mêmes niveaux de salaires ...Ce n’est donc pas le coût du travail qui explique notre faiblesse mais plutôt un problème de compétitivité hors-coûts, un problème de positionnement sur le marché de nos produits.

 

Propositions de François Bayrou

Pour lutter contre le chômage en recréant vraiment de l'activité et de la croissance, sans néanmoins grever encore nos déficits par une politique "sociale" de création artificielle d'emplois subventionnés du secteur public, François Bayrou propose de :

  • Créer un label indépendant pour que les consommateurs puissent connaître la provenance, ou la part française des produits qu’ils achètent.
    • Associer les consommateurs à la démarche du « produire en France ».
    • Développer l’image de marque du « produit en France ».
    • Privilégier la qualité en allongeant à 5 ans la durée de garantie légale des produits.
       
  • Créer un environnement favorable à la production :
  • Créer un Commissariat national aux stratégies. Cette structure légère aura pour objectif de mobiliser et coordonner tous les acteurs du redressement économique du pays et définir filière par filière une politique de production à long terme.
     
  • Simplifier les contraintes administratives et fiscales parce qu’une entreprise, comme une famille, a besoin de visibilité, et pas d’un paysage juridique en perpétuel mouvement. Diviser par deux les déclarations administratives.
     
  • À l’image du « Small business Act » américain, établir des règles propres aux petites entreprises pour favoriser leur accès au crédit, aux marchés publics, à la sous-traitance, et créer un guichet unique, avec un correspondant administratif unique de l’entreprise pour l’accompagner, l’informer de ses droits, et prévenir les pénalités.
     
  • Mettre en réseau les grandes entreprises et les PME, pour créer une complémentarité profitable, encouragée par un avantage fiscal lorsqu’il y aura investissement en faveur des PME.
     
  • Créer un outil de financement propre : un établissement financier, régionalisé, associant les  collectivités locales, dédié au financement des PME et des entreprises de taille intermédiaire.
     
  • Créer un livret d'épargne industrie : le réarmement économique dela France suppose qu'une partie de l'épargne soit dirigée vers l'industrie, sous la forme de ressources nouvelles.
     
  • Compléter le crédit impôt-recherche par un crédit impôt-innovation.
     
  • Rétablir l’incitation fiscale, réduite en 2010, au profit de ceux qui investissent dans les entreprises non cotées.
     
  • Au total, l'Etat doit garantir au moins l'égalité de traitement entre PME et grandes entreprises du CAC 40.
     
  • Limiter dans le temps le statut d’auto-entrepreneur et aider son bénéficiaire à rejoindre le statut de droit commun.
     
  • Engager une réflexion conduisant à un allègement progressif d’une part significative des cotisations assises sur le travail.
     
  • Permettre aux entreprises de moins de 50 salariés, aux artisans et aux commerçants de créer un emploi sans charges, pendant deux ans, si elles recrutent un jeune en premier emploi ou un chômeur sous la forme d'un CDI (à condition de n'avoir pas préalablement supprimé de poste de travail).
     
  • Soutenir l’économie sociale et solidaireen lui facilitant l’accès à la commande publique et en promouvant l’innovation sociale.
    • Promouvoir toutes les forces de distribution en circuit court du producteur au consommateur, favoriser les coopératives de production et de distribution, créer un nouveau type d’entreprise, « l’OSEE » (entreprises à Objet Social Environnemental et Economique). Ces entreprises OSEE verront leur taux d’impôt sur les sociétés minoré.
    • Moduler la fiscalité des entreprises en fonction des résultats et des efforts fournis en matière de responsabilité sociale, sur la base de normes européennes communes.
    • Sans détailler ici les propositions créatrices d’emplois par filières : développement durable et énergies nouvelles, numérique, agriculture, … (voir le site http://bayrou.fr/le-programme-en-detail/produire)

 

François Bayrou milite aussi pour une rénovation du climat social dans l’entreprise. Il souhaite organiser une négociation nationale entre partenaires sociaux sur ce thème. Si les entreprises Allemandes ont moins délocalisé que nos entreprises françaises (ou pratiqué une délocalisation sélective vers l'Europe de l'Est en préservant l'essentiel des emplois locaux dans les secteurs clés, non seulement la machine-outil et l'automobile, qui sont ses industries phares, mais bien d'autres domaines comme les biens d'équipement), c'est grâce à une stratégie industrielle appuyées par les partenaires sociaux. Si elles ont  si bien résisté à la crise en 2009 en préférant le chômage partiel aux licenciements, c'est encore grâce aux décisions prises conjointement avec les syndicats, dans chaque branche et dans chaque entreprise. 

François Bayrou  propose que les salariés aient un droit de vote au Conseil d’administration des entreprises de plus de 500 salariés. Les comités d’entreprise verront leur rôle étendu à la négociation continue des conditions de travail et des rémunérations.

Il souhaite enfin que la négociation d’accords particuliers au sein de l’entreprise soit soumise à des accords cadres dans les branches.

 


[1] Voir article de François Bayrou paru dans la revue Commentaire (N°119, 2007), « Du « Centre » au projet démocrate »

[2] Voir données clés du commerce extérieur de la France : http://lekiosque.finances.gouv.fr/APPCHIFFRE/Etudes/table...

 

10/04/2012

Propositions pour l'emploi de François Hollande : un chèque en bois !

Le sujet du chômage, de la création d’emploi, devrait être le thème essentiel de la campagne. Malheureusement, les sujets de diversion fleurissent et  l'emploi est insuffisamment traité par la presse et par les médias. Que proposent les candidats et sont-ils crédibles ? Après avoir analysé les propositions pour l'emploi de Nicolas Sarkozy, passons à celles de François Hollande.

Rappel de quelques chiffres clés 

Selon les chiffres du Trésor, entre 1980 et 2007 :

-    la part de l'industrie dans le PIB a chuté de 24% à 14%. La part de l'emploi industriel dans l'emploi total est passée de 32% en 1978 à 20% en 2008.

-   la France a perdu près de 2 millions d'emplois industriels soit 36% des emplois depuis 1980 (-70 000 par an) dont  plus d’un million depuis 2007. Le nombre d'emplois industriels est passé de 5,3 à 3,4 millions. La baisse s'est accélérée avec la crise : 200 000 emplois industriels ont été détruits pour la seule année 2009.

François Hollande ne livre pas vraiment de diagnostic, ne s’exprime pas particulièrement sur les causes du chômage (mondialisation/crise/causes structurelles…), ni sur les secteurs touchés par les pertes d'emplois. Il entend « lutter contre le chômage et la précarité ». Il le fait plus par des mesures défensives, des emplois subventionnés grevant les finances publiques, que par une politique de création d’emplois productifs générant de la valeur ajoutée pour l’économie. Néanmoins son « patriotisme industriel » rejoint des propositions que l’on retrouve également chez François Bayrou.

  • 150.000 emplois d'avenir : François Hollande a promis la création de 150.000 emplois d'avenir réservés aux jeunes, en particulier ceux issus des quartiers difficiles (sur le modèle des emplois jeunes du gouvernement Jospin). Il s'agit d'emplois à temps plein d'une durée maximale de 5 ans, financés par l'Etat à hauteur de 75% et exonérés de charges. Le coût de la mesure est estimé par le candidat à 2 milliards d’euros d’ici à 2017 ;
     
  • Le contrat de génération. Objectif : faire baisser à la fois le chômage des jeunes et des seniors, favoriser la solidarité entre les générations. Le principe : le jeune de moins de 30 ans embauché en contrat à durée indéterminée devra être accompagné par un salarié de plus de 55 ans, ainsi maintenu dans l'emploi jusqu'à son départ en retraite. L’entreprise bénéficiera de son côté d’une exonération de charges sociales sur les deux emplois (aide d'un montant estimé à 2.000 euros par mois). François Hollande se fixe comme objectif la signature de 500.000 contrats de génération d’ici à 2017, pour un coût de 2,3 milliards d’euros. Parallèlement, le candidat promet d'augmenter les cotisations chômage pour les entreprises qui abusent des emplois précaires.
     
  • Création de 60 000 postes dans l’Education Nationale sur 5 ans (12 000/an) : ces postes ne seront pas seulement des postes d'enseignants mais également des postes d'accompagnement : surveillants, infirmières scolaires, psychologues, assistantes sociales,... mesure évaluée à 1,7 milliards par an (5,5 milliards sur le quinquennat)
     
  • Suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires, excepté dans les TPE. Une décision qui devrait rapporter près de 3 milliards d’euros en cinq ans et inciter les entreprises à recruter plutôt qu’avoir recours aux heures supplémentaires.
     
  • Pour lutter contre la précarité, augmentation des cotisations chômage sur les entreprises qui « abusent » des emplois précaires comme les CDD ou l’intérim.
     
  • Pour dissuader les entreprises d’abuser des licenciements boursiers, augmentation du coût des licenciements collectifs pour les entreprises qui versent des dividendes ou rachètent leurs actions.
     
  • Sécurisation des parcours professionnels par un renforcement de la formation. L’objectif est que chaque salarié puisse se maintenir dans l’entreprise ou l’emploi et accéder à la formation professionnelle. Le financement de la formation sera concentré sur les publics les plus fragiles, les moins formés et les chômeurs. Les moyens de Pôle emploi seront de leur côté renforcés.
     
  • Le patriotisme industriel :
  1. Banque publique d’investissement : à travers ses fonds régionaux, favoriser le développement des PME, le soutien aux filières d’avenir et la conversion écologique et énergétique de l’industrie. Permettre aux régions, pivots de l’animation économique, de prendre des participations dans les entreprises stratégiques pour le développement local et la compétitivité dela France. Une partie des financements sera orientée vers l’économie sociale et solidaire.
  2. Soutien des PME et entreprises innovantes : faire des PME une priorité. mobiliser l’épargne des Français, en créant un livret d’épargne industrie dont le produit sera entièrement dédié au financement des PME et des entreprises innovantes. Doubler le plafond du livret développement durable, en le portant de 6 000 à 12 000 euros. Les PME, les TPE, les artisans et les commerçants auront, dans chaque région, un interlocuteur unique. Rendre le crédit d’impôt recherche plus simple et plus accessible aux PME. Leur ouvrir la commande publique.
  3. Fiscalité des entreprises : priorité à la relocalisation et à l’investissement. Favoriser la production et l’emploi en France en orientant les financements, les aides publiques et les allégements fiscaux vers les entreprises qui investiront sur notre territoire, qui y localiseront leurs activités et qui seront offensives à l’exportation. Moduler la fiscalité locale des entreprises en fonction des investissements réalisés. Engager la relocalisation d’usines dans le cadre d’un contrat spécifique. Pour les entreprises qui se délocalisent, exiger le remboursement des aides publiques reçues. Une distinction sera faite entre les bénéfices réinvestis et ceux distribués aux actionnaires : trois taux d’imposition différents sur les sociétés : 35% pour les grandes, 30% pour les petites et moyennes, 15% pour les très petites.
  4. Compétition mondiale – réciprocité : faire obstacle à toute forme de concurrence déloyale et pour fixer des règles strictes de réciprocité en matière sociale et environnementale. Une contribution climat- énergie aux frontières de l’Europe.

Le problème de tous ces emplois subventionnés et très coûteux, c'est surtout leur financement ! Nos finances publiques sont exsangues, toute subvention creusant le déficit est financée par un chèque en bois ! Ou alors au prix d'une forte augmentation des impôts et des dépenses publiques. Pour rappel la part des dépenses publiques dans le PIB est de 56% en France contre 43% en moyenne dans l’UE (47% en Allemagne) et le taux des prélèvements obligatoires est de presque 45% en FRance en 2012 (contre 36% en Allemagne et 25% pour les USA ...).

Certaines propositions sont des effets d'annonce, comme je l'avais signalé dans un article précédent : les 60 000 postes dans l'éducation nationale ne peuvent pas être des postes d'enseignants, alors que déjà aujourd'hui, même avec le non remplacement d'un enseignant sur deux, 1000 postes par an au CAPES ne sont pas pourvus faute de candidat ) niveau !

Le véritable enjeu de l'emploi, c'est de créer de nouvelles activités, de nouvelles richesses, exporter plus et importer moins pour réduire fortement notre balance commerciale, sans creuser la tombe de la dette déjà abyssale.

09/04/2012

Propositions pour l'emploi de Nicolas Sarkozy : le vide sidéral !

Le sujet du chômage, de la création d’emploi, devrait être le thème essentiel de la campagne. Malheureusement, les sujets de diversion fleurissent et  l'emploi est insuffisamment traité par la presse et par les médias.Que proposent les candidats et sont-ils crédibles ? Commençons par le candidat sortant, Nicolas Sarkozy.

Selon Nicolas Sarkozy (voir sa lettre aux Français), c’est la dévalorisation du travail et de l’effort, la diminution du temps de travail (les 35 heures), la tentation de l’assistanat, la préférence pour des allocations et des subventions plutôt qu’une reprise effective du travail, ainsi que l’inadaptation des formations au besoin du marché du travail (seuls 10% des chômeurs suivent une formation, 500 000 offres d’emplois non pourvues) qui expliquent en partie la hausse du chômage. C’est aussi une baisse de la compétitivité relative de nos entreprises, comparée à nos voisins européens notamment allemands, à cause d’un coût du travail trop élevé, qui explique la dégradation de notre balance commerciale (baisse des exportations et hausse des importations), et serait la cause de fermetures d’entreprises et de destruction de nos emplois.

Nicolas Sarkozy propose donc essentiellement les mesures suivantes :

  • TVA sociale : report du coût des allocations familiales surla TVA(+1,6 point, passant de 19,6% à 21,2% en baissant en échange d’autant les charges sociales des entreprises, en vue de baisser le prix à l’exportation et de renchérir relativement les importations ;
  • Suppression de la prime pour l’emploi avec un allégement des charges sur bas salaires, compensée par une hausse des bas salaires ;
  • Obligation pour les chômeurs de longue durée de suivre une formation qualifiante et d’accepter une offre d’emploi correspondant à cette formation. Ce sujet pourra être tranché par référendum ;
  • Extension du travail le dimanche, pour booster la consommation ;
  • Exonération de charges sociales pour l’embauche de chômeurs de plus de 55 ans qui obtiennent un CDI ou un CDD de plus de six mois
  • Accords compétitivité-emploi au sein des entreprises pour décider de la durée du travail ;

On peut s’interroger sur l’efficacité de ses mesures sur l’emploi :

-          L’argument visant le coût du travail en France, qui pénaliserait la compétitivité des entreprises françaises, ne tient pas : le coût du travail n’est pas plus élevé en France qu’en Allemagne, en Suisse, en Belgique, en Italie, dans les pays nordiques, qui ont à notre égard une balance commerciale excédentaire. Lorsque Nicolas Sarkozy utilise la comparaison des charges patronales avec l’Allemagne, c’est trompeur. Comme je l’ai expliqué dans un article précédent, il est vrai que globalement les charges patronales sont deux fois moins élevées en Allemagne qu'en France mais en revanche les charges salariales sont deux fois plus élevées en Allemagne qu'en France, car le salarié prend plus à sa charge sa protection sociale, mais en contrepartie il a un salaire net plus élevé qu'en France. De même que les impôts sont deux fois plus élevés en Allemagne qu'en France. Les salaires bruts avant prélèvement sociaux et fiscaux sont donc plus élevés en Allemagne qu'en France (+34%). Ce sont ces salaires bruts qu'il faut considérer pour considérer le "coût du travail" pour l'entreprise, et non simplement les charges patronales comme l'a fait Nicolas Sarkozy. De plus, le coût du logement étant 2 à 3 fois moins élevé en Allemagne comparé à la France, le niveau de vie moyen est plus élevé en Allemagne. C’est aussi ce qui explique que malgré une plus grande précarité de l’emploi en Allemagne et les plus bas salaires à 6 euros nets de l’heure contre 9 en France, les plus bas salaires arrivent à un niveau de vie équivalent.

-          Le niveau proposé de TVA sociale est trop faible pour être efficace. Environ 25% des biens importés et exportés sont constitués de coût du travail, donc 1,6% n’aurait qu’un impact de 0,4%. Il faudrait une hausse de TVA d’au moins 6% pour qu’il y ait un effet positif. De plus seulement 25% de l’économie touchée par cette mesure générale est concernée par les échanges commerciaux extérieurs, car elle s’applique aussi à tous les services, aux banques, à l’économie locale. En revanche l’impact négatif sur le pouvoir d’achat n’est pas neutre : les prix à la consommation augmenteront de 1,6%.

-          Le raisonnement consistant à faire croire qu’il suffit de former les chômeurs (2,9 millions en catégorie A, 4,3 toutes catégories dont 1,8 inscrits depuis plus d’un an[1]) afin qu’ils puissent répondre aux offres d’emplois non pourvues (500 000), est fallacieux, ne pourrait s'appliquer qu'à peu de cas. Ce qu’il faut, c’est créer de nouveaux emplois pour remplacer les emplois supprimés. D'une part le chiffre de 500 000 offres vacantes n'est pas bon comme l’explique cet article, d'autre part les offres vacantes sont très majoritairement sur des postes non qualifiés qui n'entreraient pas dans ce cursus de formation : métiers de services aux particuliers comme serveur, animateur socioculturel, apprenti de cuisine et aide à domicile. Voir le rapport 2011 de Pôle Emploi sur les offres non pourvues, notamment pages 25-26, et son enquête sur les besoins de main d'œuvre.

pole emploi,emplois difficiles

-          L’ouverture des magasins le dimanche ne fera pas plus consommer car à revenus égaux, les consommateurs dépenseront plus le dimanche en dépensant moins un autre jour. Au final cela déstabilise la vie de famille des travailleurs du dimanche.

Il n'y a rien dans ces mesures qui puisse véritablement créer de l'emploi, redynamiser l'économie, nos PME, ...

Je suis sidérée par le vide sidéral !


[1] http://www.travail-emploi-sante.gouv.fr/etudes-recherche-...

07/04/2012

Présidentielle 2012 : les propositions des principaux candidats sur l’emploi sont-elles crédibles ?

Le sujet du cômage, de la création d'emploi, devrait être le sujet essentiel de la campagne. Malheureusement, les sujets de diversion fleurissent et le thème de l'emploi est insuffisamment traité par la presse et par les médias.Voici une comparaison des propositions que font les principaux candidats (Sarkozy,Hollande,Mélenchon, Le Pen et Bayrou) sur ce thème.

Voici une comparaison des propositions que font les principaux candidats (Sarkozy,Hollande,Mélenchon, Le Pen et Bayrou) sur ce thème. Cet article est disponible en version imprimable PDF : Présidentielle 2012 EMPLOI.pdf

 Depuis 2007, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de plus d’un million. Un million de chômeurs en plus, cela veut dire non seulement un problème social, qui touche notamment plus la jeunesse et les seniors, mais aussi le creusement du déficit public (hausse d’allocations, baisse de recettes fiscales) et donc de la dette. Cela veut dire aussi plus de problème pour financer nos retraites, pour pourvoir à leur financement de même que pour assumer un recul de l’âge de départ en retraite si les seniors sont de plus en plus au chômage ! De l’emploi dépend en fait la préservation de notre contrat social : sécurité sociale pour tous avec une haute qualité des soins, gratuité de l’éducation nationale, retraite par répartition, protection chômage, niveau des services publics. Pour rappel la part des dépenses publiques dans le PIB est de 56% en France contre 43% en moyennes dans l’UE (47% en Allemagne).

 

Rappel de quelques chiffres clés 

 

Selon les chiffres du Trésor, entre 1980 et 2007 :

-    la part de l'industrie dans le PIB a chuté de 24% à 14%. La part de l'emploi industriel dans l'emploi total est passée de 32% en 1978 à 20% en 2008.

-   la Francea perdu près de 2 millions d'emplois industriels soit 36% des emplois depuis 1980 (-70 000 par an). Le nombre d'emplois industriels est passé de 5,3 à 3,4 millions. La baisse s'est accélérée avec la crise : 200 000 emplois industriels ont été détruits pour la seule année 2009.

-    explication : seuls 13% des pertes de nos emplois industriel sur les trente dernières années sont dues aux délocalisations (28% sur les dix dernières années), alors que 28% proviennent de l’amélioration de la productivité et 25% sont expliquées par des transfert vers des activités de service (intérim, sous-traitance). Rappelons de plus que le commerce extérieur dela Franceest pour 60% avec nos partenaires de l’UE. Nos partenaires européens, à niveau de vie similaire, contribuent plus à la dégradation de nos échanges que les pays émergents commela Chine.

 

Pour résoudre ce problème du chômage, pour juger des propositions des candidats à l’élection présidentielle, il faut d’abord faire une bonne analyse des causes, pour agir sur ces causes et non simplement sur les symptômes. Ensuite il y a les causes sur lesquelles on a prise, sur lesquelles on peut agir, et les causes qu’on a beau déplorer mais que nous ne pouvons contrer seuls, nous Français, ni à court terme sur l’horizon d’un mandat présidentiel.

 

Quelles sont les causes du chômage selon les candidats et donc les remèdes que ces derniers préconisent ?

 

NICOLAS SARKOZY

 

Selon Nicolas Sarkozy, c’est la dévalorisation du travail et de l’effort, la diminution du temps de travail (les 35 heures), la tentation de l’assistanat, la préférence pour des allocations et des subventions plutôt qu’une reprise effective du travail, ainsi que l’inadaptation des formations au besoin du marché du travail (seuls 10% des chômeurs suivent une formation, 500 000 offres d’emplois non pourvues) qui expliquent en partie la hausse du chômage. C’est aussi une baisse de la compétitivité relative de nos entreprises, comparée à nos voisins européens notamment allemands, à cause d’un coût du travail trop élevé, qui explique la dégradation de notre balance commerciale (baisse des exportations et hausse des importations), et serait la cause de fermetures d’entreprises et de destruction de nos emplois.

 

Nicolas Sarkozy propose donc essentiellement les mesures suivantes :

Ø      TVA sociale : report du coût des allocations familiales surla TVA (+1,6 point, passant de 19,6% à 21,2% en baissant en échange d’autant les charges sociales des entreprises, en vue de baisser le prix à l’exportation et de renchérir relativement les importations ;

Ø      Suppression de la prime pour l’emploi avec un allégement des charges sur bas salaires, compensée par une hausse des bas salaires ;

Ø      Obligation pour les chômeurs de longue durée de suivre une formation qualifiante et d’accepter une offre d’emploi correspondant à cette formation. Ce sujet pourra être tranché par référendum ;

Ø      Extension du travail le dimanche, pour booster la consommation ;

Ø      Exonération de charges sociales pour l’embauche de chômeurs de plus de 55 ans qui obtiennent un CDI ou un CDD de plus de six mois

Ø      Accords compétitivité-emploi au sein des entreprises pour décider de la durée du travail ;

On peut s’interroger sur l’efficacité de ses mesures sur l’emploi :

-          L’argument visant le coût du travail en France, qui pénaliserait la compétitivité des entreprises françaises, ne tient pas : le coût du travail n’est pas plus élevé en France qu’en Allemagne, en Suisse, en Belgique, en Italie, dans les pays nordiques, qui ont à notre égard une balance commerciale excédentaire. Lorsque Nicolas Sarkozy utilise la comparaison des charges patronales avec l’Allemagne, c’est trompeur. Comme je l’ai expliqué dans un article précédent, il est vrai que globalement les charges patronales sont deux fois moins élevées en Allemagne qu'en France mais en revanche les charges salariales sont deux fois plus élevées en Allemagne qu'en France, car le salarié prend plus à sa charge sa protection sociale, mais en contrepartie il a un salaire net plus élevé qu'en France. De même que les impôts sont deux fois plus élevés en Allemagne qu'en France. Les salaires bruts avant prélèvement sociaux et fiscaux sont donc plus élevés en Allemagne qu'en France (+34%). Ce sont ces salaires bruts qu'il faut considérer pour considérer le "coût du travail" pour l'entreprise, et non simplement les charges patronales comme l'a fait Nicolas Sarkozy. De plus, le coût du logement étant 2 à 3 fois moins élevé en Allemagne comparé à la France, le niveau de vie moyen est plus élevé en Allemagne. C’est aussi ce qui explique que malgré une plus grande précarité de l’emploi en Allemagne et les plus bas salaires à 6 euros nets de l’heure contre 9 en France, les plus bas salaires arrivent à un niveau de vie équivalent.

-          Le niveau proposé de TVA sociale est trop faible pour être efficace. Environ 25% des biens importés et exportés sont constitués de coût du travail, donc 1,6% n’aurait qu’un impact de 0,4%. Il faudrait une hausse de TVA d’au moins 6% pour qu’il y ait un effet positif. De plus seulement 25% de l’économie touchée par cette mesure générale est concernée par les échanges commerciaux extérieurs, car elle s’applique aussi à tous les services, aux banques, à l’économie locale. En revanche l’impact négatif sur le pouvoir d’achat n’est pas neutre : les prix à la consommation augmenteront de 1,6%.

-          Le raisonnement consistant à faire croire qu’il suffit de former les chômeurs (2,9 millions en catégorie A, 4,3 toutes catégories dont 1,8 inscrits depuis plus d’un an[1]) afin qu’ils puissent répondre aux offres d’emplois non pourvues (500 000), est fallacieux, ne pourrait s'appliquer qu'à peu de cas. Ce qu’il faut, c’est créer de nouveaux emplois pour remplacer les emplois supprimés. D'une part le chiffre de 500 000 offres vacantes n'est pas bon comme l’explique cet article, d'autre part les offres vacantes sont très majoritairement sur des postes non qualifiés qui n'entreraient pas dans ce cursus de formation : métiers de services aux particuliers comme serveur, animateur socioculturel, apprenti de cuisine et aide à domicile. Voir le rapport 2011 de Pôle Emploi sur les offres non pourvues, notamment pages 25-26, et son enquête sur les besoins de main d'œuvre.

pole emploi,emplois difficiles


-          L’ouverture des magasins le dimanche ne fera pas plus consommer car à revenus égaux, les consommateurs dépenseront plus le dimanche en dépensant moins un autre jour. Au final cela déstabilise la vie de famille des travailleurs du dimanche.

 

 

FRANCOIS HOLLANDE

 

François Hollande ne livre pas vraiment de diagnostic, ne s’exprime pas particulièrement sur les causes du chômage (mondialisation/crise/causes structurelles…). Il entend « lutter contre le chômage et la précarité ». Il le fait plus par des mesures défensives, des emplois subventionnés grevant les finances publiques, que par une politique de création d’emplois productifs générant de la valeur ajoutée pour l’économie. Néanmoins son « patriotisme industriel » rejoint des propositions que l’on retrouve également chez François Bayrou.

Ø      150.000 emplois d'avenir : François Hollande a promis la création de 150.000 emplois d'avenir réservés aux jeunes, en particulier ceux issus des quartiers difficiles (sur le modèle des emplois jeunes du gouvernement Jospin). Il s'agit d'emplois à temps plein d'une durée maximale de 5 ans, financés par l'Etat à hauteur de 75% et exonérés de charges. Le coût de la mesure est estimé par le candidat à 2 milliards d’euros d’ici à 2017 ;

Ø      Le contrat de génération. Objectif : faire baisser à la fois le chômage des jeunes et des seniors, favoriser la solidarité entre les générations. Le principe : le jeune de moins de 30 ans embauché en contrat à durée indéterminée devra être accompagné par un salarié de plus de 55 ans, ainsi maintenu dans l'emploi jusqu'à son départ en retraite. L’entreprise bénéficiera de son côté d’une exonération de charges sociales sur les deux emplois (aide d'un montant estimé à 2.000 euros par mois). François Hollande se fixe comme objectif la signature de 500.000 contrats de génération d’ici à 2017, pour un coût de 2,3 milliards d’euros. Parallèlement, le candidat promet d'augmenter les cotisations chômage pour les entreprises qui abusent des emplois précaires.Ø       

Ø      Création de 60 000 postes dans l’Education Nationale sur 5 ans (12 000/an) : ces postes ne seront pas seulement des postes d'enseignants mais également des postes d'accompagnement : surveillants, infirmières scolaires, psychologues, assistantes sociales,... mesure évaluée à 1,7 milliards par an (5,5 milliards sur le quinquennat).

Ø      Suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires, excepté dans les TPE. Une décision qui devrait rapporter près de 3 milliards d’euros en cinq ans et inciter les entreprises à recruter plutôt qu’avoir recours aux heures supplémentaires.

Ø      Pour lutter contre la précarité, augmentation des cotisations chômage sur les entreprises qui « abusent » des emplois précaires comme les CDD ou l’intérim.

Ø      Pour dissuader les entreprises d’abuser des licenciements boursiers, augmentation du coût des licenciements collectifs pour les entreprises qui versent des dividendes ou rachètent leurs actions.

Ø      Sécurisation des parcours professionnels par un renforcement de la formation. L’objectif est que chaque salarié puisse se maintenir dans l’entreprise ou l’emploi et accéder à la formation professionnelle. Le financement de la formation sera concentré sur les publics les plus fragiles, les moins formés et les chômeurs. Les moyens de Pôle emploi seront de leur côté renforcés.

Ø      Le patriotisme industriel :

1-  Banque publique d’investissement : à travers ses fonds régionaux, favoriser le développement des PME, le soutien aux filières d’avenir et la conversion écologique et énergétique de l’industrie. Permettre aux régions, pivots de l’animation économique, de prendre des participations dans les entreprises stratégiques pour le développement local et la compétitivité dela France. Une partie des financements sera orientée vers l’économie sociale et solidaire.

2-  Soutien des PME et entreprises innovantes : faire des PME une priorité. mobiliser l’épargne des Français, en créant un livret d’épargne industrie dont le produit sera entièrement dédié au financement des PME et des entreprises innovantes. Doubler le plafond du livret développement durable, en le portant de 6 000 à 12 000 euros. Les PME, les TPE, les artisans et les commerçants auront, dans chaque région, un interlocuteur unique. Rendre le crédit d’impôt recherche plus simple et plus accessible aux PME. Leur ouvrir la commande publique.

3-  Fiscalité des entreprises : priorité à la relocalisation et à l’investissement.
Favoriser la production et l’emploi en France en orientant les financements, les aides publiques et les allégements fiscaux vers les entreprises qui investiront sur notre territoire, qui y localiseront leurs activités et qui seront offensives à l’exportation. Moduler la fiscalité locale des entreprises en fonction des investissements réalisés. Engager la relocalisation d’usines dans le cadre d’un contrat spécifique. Pour les entreprises qui se délocalisent, exiger le remboursement des aides publiques reçues. Une distinction sera faite entre les bénéfices réinvestis et ceux distribués aux actionnaires : trois taux d’imposition différents sur les sociétés : 35% pour les grandes, 30% pour les petites et moyennes, 15% pour les très petites.

4-  Compétition mondiale – réciprocité : faire obstacle à toute forme de concurrence déloyale et pour fixer des règles strictes de réciprocité en matière sociale et environnementale. Une contribution climat- énergie aux frontières de l’Europe.

 

 

JEAN-LUC MELENCHON

 

Le Front de Gauche fait une analyse systémique des causes du chômage croissant, accentué violemment par la crise : elles sont intrinsèquement liées au modèle de société capitaliste, à la financiarisation de l’économie dans la mondialisation[2], qui conduit au moins-disant social, à une compression des salaires, à l’accaparement de la valeur ajoutée créée par les plus riches, au travers essentiellement des revenus du capital, sans oublier les bonus des traders et des dirigeants de grosses sociétés cotées. L’accroissement de richesse ne bénéficie qu’à une minorité et n’est plus créateur d’emploi en net. Les entreprises prennent paradoxalement de la valeur en délocalisant des activités, en licenciant, et le gonflement du chômage coûte à la collectivité en même temps. Ce qui a pour effet un enrichissement privé de quelques uns au détriment de la collectivité, avec augmentation de la pauvreté, de la précarité, des inégalités, ainsi que le report d’un coût social supporté par les finances publiques. De surcroît, les plus riches ont les moyens d’échapper à l’impôt et pratiquent allègrement l’exil fiscal, sans que la richesse accaparée revienne proportionnellement à la collectivité. La spéculation a pris le pas sur l’économie réelle, déclenche des bulles et des crises, déclenche même des famines en s’exerçant sur les denrées alimentaires et sur les matières premières.

Dans ce modèle, la dette est la drogue des Etats et des peuples. L’endettement est venu au secours de l’Etat pour combler ses déficits et au secours de familles au pouvoir d’achat insuffisant, les plongeant dans l’enfer du surendettement. Et qui en profite ? Les banques, qui prêtent aux Etats, aux ménages et aux entreprises à des taux bien plus élevés que le taux auquel elles se refinancent (actuellement 1% auprès dela BCE).

Partant de ce constat, Jean-Luc Mélenchon prend une posture dénonciatrice, désignant des coupables qui auraient volontairement mis en place et perpétré ce système qui vampirise les peuples : gouvernants liés aux puissances financières, banquiers (dirigeants de banques et spéculateurs), grosses fortunes. Les solutions proposées visent plus à rétablir l’égalité des revenus en taxant les riches et la finance, en forçant à l’augmentation des bas salaires, en interdisant les licenciements, à supprimer les banques ou à les nationaliser et à financer la dette et les nouvelles dépenses sociales par la création monétaire (prêt direct à taux nul par la banque centrale), qu’à créer de véritables nouveaux emplois générés par création d’activité, de valeur ajoutée.

 

Les principales propositions de Jean-Luc Mélenchon pour l’emploi sont :

Ø      Des mesures relatives au temps de travail : rétablissement des 35 heures effectives et limitation stricte du  recours aux heures supplémentaires, abrogation de la loi Maillé sur l’extension du travail le dimanche ;

Ø      Réévaluation globale des salaires, traitements, pensions et indemnisations du chômage (ces derniers seront indexés sur l’évolution du coût de la vie).

Ø      Augmentation du Smic à 1.700 euros brut par mois pour 35 heures dès 2012 puis 1.700 euros net sur l’ensemble de la mandature. Instauration d’un salaire maximum dans toutes les entreprises, publiques et privées. Et l’écart des rémunérations ne pourra pas excéder une échelle entre 1 et 20. Via la fiscalité, instauration d’un revenu maximum fixé à 20 fois le revenu médian, soit 360.000 euros par an aujourd’hui.

Ø      Lutte contre la précarité en affirmant le CDI comme norme du contrat de travail. Le recours aux intérimaires et CDD sera de son côté encadré : un quota maximal d’intérimaires et de CDD à 5% des effectifs dans les grandes entreprises sera instauré et à 10% dans les PME, sauf dérogations justifiées.

Ø      Titularisation des employés

Ø      Création d’un « droit automatique au passage à temps plein » pour les personnes en temps partiel. Les droits des salariés des entreprises sous-traitantes seront de leur côté alignés par le haut sur ceux des donneurs d’ordre.

Ø      Rétablissement de l’autorisation administrative de licenciements.

Ø      Interdiction des licenciements boursiers ainsi que de la distribution de dividendes pour les entreprises qui licencient. En cas de délocalisation ou de dépôt de bilan, instauration d’un droit des salariés à la reprise de l’entreprise sous forme de coopérative. Nouveaux droits aux salariés et comités d’entreprises en cas de licenciements et de délocalisations.

Ø      Une série de mesures favorisant la relocalisation de l’industrie : taxe sur les productions délocalisées et sur les productions lointaines,

Ø      Une reprise en main par l’Etat de la politique industrielle : pôle financier public pour financer l'investissement des entreprises, secteur bancaire public, renforcement de la présence de l’Etat dans le capital d’entreprises stratégiques, plans industriels pour rétablir les productions délocalisées, planification écologique avec la redéfinition des filières industrielles prioritaires.

 

Ces propositions manquent cruellement de mesures créatrices d’emplois. Elles visent surtout à empêcher des licenciements, à pérenniser les contrats de travail et à revaloriser les salaires de façon autoritaire. De plus, l’effet de telles dispositions (forte hausse du Smic et contraintes fortes sur les contrats de travail et les licenciement) vont inciter les entreprises à quitter le territoire, à fermer ou à pratiquer des licenciements économiques. Au final ce programme est plutôt destructeur d’emplois.

Ces propositions sont de surcroît très coûteuses : le projet de Jean-Luc Mélenchon a été chiffré à 100 milliards d’euros, alors que le déficit public est déjà de cet ordre et qu’il faudrait le neutraliser pour ne plus augmenter la dette. Jean-Luc Mélenchon fait fi de la dette et refuse tous les pactes et plans d’austérité qui concourent, selon lui, à amplifier la récession économique et la régression sociale en Europe au nom d’une logique libérale de «soumission aux marchés ». Il souhaite quela France propose une refonte des missions et des statuts dela BCE, lui permettant de prêter directement aux Etats à taux faibles, voire nuls, et acheter des titres de la dette publique sur le marché. Mais il ne dit pas comment financer cette dette en attendant que les partenaires européens soient d’accord avec une telle proposition de monétisation des dettes souveraines en euro, ni n’envisage les conséquences d’une telle proposition (forte création monétaire, donc forte inflation, dévalorisation de l’euro avec fort renchérissement des importations notamment de matières premières, du pétrole et du gaz, impact négatif sur le pouvoir d’achat …).

 

MARINE LE PEN

Marine Le Pen estime quela Francen’est pas condamnée à la fatalité du chômage de masse et de la précarité de l’emploi. Les causes de la montée du chômage et d’un tassement des salaires seraient selon elle l’immigration  massive et notre soumission à une Europe ultra-libérale qui a ouvert les frontières à tout va, qui accepte le dumping social, fiscal, environnemental et qui nous soumet aux marchés financiers.

Des propositions s’articulent principalement autour de :

Ø      Une politique protectionniste (rétablissement des frontières nationales, taxes des importations aux frontières, forte limitation de l’immigration) et une sortie de l’euro et même de l’Union européenne. La sortie de l’euro, se traduisant par une dévaluation, rendrait nos exportations plus attractives, ce qui aurait un effet de relance sur l’économie, donc la création de nouveaux emplois.

Ø      La fin des politiques « d’accompagnement social » du marché de l’emploi (contrats aidés ou autres emplois jeunes) qu’elle juge inefficaces.

Ø      La réindustrialisation dela France ; le soutien aux PME, artisans et commerçants ;

Ø      L’emploi des jeunes et des seniors, favorisé dans le cadre de la stratégie de réindustrialisation dela France. Incitation des entreprises qui participent à la reconstruction des filières industrielles à utiliser les compétences des jeunes issus des filières professionnelles et des seniors exclus prématurément du marché du travail.

Ø      L’obligation donnée à l’Etat et aux collectivités locales de réserver une embauche sur trois dans la fonction publique aux personnes de plus de 45 ans issues du secteur privé.

Ø      La valorisation de l’apprentissage pour favoriser l’insertion des jeunes dans l’artisanat. L’objectif sera de passer à la fin du quinquennat à environ 700.000 apprentis contre 500.000 aujourd’hui. Elle propose d’abaisser à 14 ans l’âge légal pour pouvoir bénéficier d’un contrat d’apprentissage, de développer l’orientation vers les filières professionnelles et d’augmenter les financements des régions.

Ø      Une sanction très sévère de l’emploi de travailleurs clandestins : il constitue, selon elle, une concurrence déloyale au marché légal du travail. L’employeur sera passible de sanctions pénales et de la fermeture administrative de son établissement.

Ø      La priorité à l’emploi des personnes avec la nationalité française. Une loi contraindra Pôle Emploi à proposer, toujours à compétences égales, les emplois disponibles aux demandeurs d’emploi français. Les administrations respecteront ce principe.

Ø      L’élargissement de la liste des emplois dits « de souveraineté »: dans les secteurs régaliens, les professions seront réservées aux personnes qui possèdent la nationalité française.

Ø      Pas de remise en cause de la loi sur les 35 heures afin de ne pas « perturber » le fonctionnement du marché du travail. En revanche renégociation de la durée hebdomadaire du temps de travail  à la condition qu’elle s’accompagne d’une augmentation proportionnelle du salaire.

Ø      La hausse de 200 euros net « sur tous les salaires » allant jusqu’à 1,4 fois le Smic, grâce à la prise en charge par l’État du même montant de cotisations salariales.

Ø      Dans le secteur privé, indexation des salaires sur l’inflation. L’impôt sur les sociétés sera modulé pour inciter les entreprises à adopter une politique salariale plus généreuse et distribuer davantage de leurs profits à leurs salariés. Une réserve légale de titres sera instaurée : l’objectif est de reconnaître au personnel une part de propriété dans l’entreprise, sans droit de vote, mais permettant le versement de dividendes.

Ø      Dans la fonction publique, évolution du point d’indice sur lequel est basé le calcul des salaires : le point d’indice augmentera plus sensiblement pour les petits salaires et dans une moindre mesure pour les plus hauts salaires. Les hauts fonctionnaires, qui bénéficient de primes, pourront même voir leur traitement gelé pendant les premières années du quinquennat.

Ø      La revue du fonctionnement de Pôle Emploi : il fera l’objet d’un audit en collaboration avec les représentants des demandeurs d’emploi. Vérifier « plus sérieusement » que les demandeurs d’emploi se conforment aux obligations imposées par Pôle Emploi : obligation de recherche, d’acceptation d’un emploi dans les conditions qui seront définies.

Ø      La reprise en main par l’Etat de la politique de formation professionnelle. Instauration d’un service public de la formation tout au long de la vie avec la mise en place d’un « chèque formation ».

Ø      Une grande réforme des syndicats avec comme objectif principal d’assurer une meilleure représentation des salariés. Suppression du monopole de négociation accordés aux syndicats les plus représentatifs et revoir les modalités d’élections des représentants des salariés.

 

Les propositions de Marine Le Pen reposent une analyse doublement contestable :

 

-          d’une part la désignation de l’immigration comme une cause majeure du chômage (et de nos déficits sociaux), alors qu’il n’en est rien. Voir cet article récent « Emploi: réduire l'immigration, fausse piste pour les experts » ou encore  cet article. Ce n’est pas l’enjeu de l’emploi aujourd’hui. Patrick Simon, démographe à l'Ined, explique que «Sur le papier, il peut être séduisant de mettre face à face chômeurs et immigrés». Mais autochtones et immigrés n'occupent pas les mêmes types d'emplois, et se font peu concurrence. «Ils seraient plutôt complémentaires. La plupart des études réalisées constatent d'ailleurs un très faible impact de l'immigration sur le taux de chômage». En France et en Europe, le marché du travail est très segmenté. Les immigrés y occupent souvent des emplois peu qualifiés, peu rémunérés, aux conditions de travail difficiles. Les secteurs de la restauration, du bâtiment et des services à la personne par exemple, peinent malgré tout à pourvoir des offres d'emploi que les autochtones jugent insuffisamment attractives. D'après la dernière enquête sur les besoins de main d'œuvre réalisée par Pôle emploi, 61% des offres d'aides à domicile posent ainsi des difficultés de recrutement.

 

-          D’autre part l’idée faussée que l’euro (trop fort) et l’Europe (trop libérale) sont responsables de la montée du chômage, n’ont pas protégé nos emplois, ayant favorisé les délocalisations. On peut certes reprocher à la politique européenne n’avoir été trop naïve à l’égard de certains pays comme la Chine, en n’exigeant pas la réciprocité sur l’ouverture des marchés publics, trop laxiste sur les normes sanitaires et environnementales qui devraient être les mêmes à l’entrée des produits que celles imposées en Union européenne, en n’agissant pas plus fermement sur la surévaluation de sa monnaie. Il est possible d’œuvrer pour des échanges réciproques et plus loyaux et corriger ses facteurs nuisant à nos emplois, sans pour autant sortir de l’Union et fermer les frontières. De plus, une sortie de l’euro, se traduisant par une dévaluation relative de la nouvelle monnaie d’environ 20 ou 30%, aurait un impact extrêmement négatif sur le renchérissement de nos importations, du pétrole notamment, grevant le pouvoir d’achat, ainsi qu’un renchérissement de la dette libellée en euro, déjà abyssale (1700 milliards), d’environ 400 milliards, de même pour les intérêts annuels de la dette qui augmenteraient de plus de 10 milliards, à moins de déclarer l’Etat en faillite, de refuser de rembourser nos dettes, mais avec la cessation de paiement de l’Etat, l’impossibilité de payer les fonctionnaires et leurs retraites, un scénario à la Grecque.

 

 

FRANCOIS BAYROU

 

En 2007, François Bayrou faisait une analyse critique[3] des dérives de la financiarisation de l’économie et d’une mondialisation insuffisamment régulée, dénonçant le modèle américain générateur d’inégalités croissantes, qui s’imposait de plus en plus à l’Europe : le modèle de la loi du plus fort, d’une compétition à outrance au détriment de la coopération. Il rejoignait par certains côtés l’analyse de Jean-Luc Mélenchon. Mais à la différence de ce dernier, il ne rejette pas la mondialisation, le capitalisme, le libre-échange, la finance, l’Europe ... Il ne cherche pas à expliquer les causes de nos maux, du chômage, de la dette, par des causes extérieures dont il suffirait de désigner des coupables et donc de s’attaquer à eux pour résoudre nos difficultés. Il est plus nuancé dans l’analyse et dans une posture responsabilisante : regardons vraiment ce qui nous a conduits où nous sommes, comparons l’Etat dela France à ceux d’autres pays et surtout, quelles sont les solutions réalistes, des remèdes attaquant les causes et non les symptômes, des actions qui dépendent vraiment de nous, gouvernants, entreprises et citoyens, sans attendre des solutions utopiques, une réorganisation de la gouvernance mondiale, la fin du capitalisme etc.

Même s’il dénonce l’aggravation des inégalités et prône plus de justice, sa première priorité est l’emploi. C’est par la création d’emplois, de vrais emplois créateur de valeur ajoutée et non d’emplois subventionnés creusant le déficit, c’est par la conquête de marchés grâce à l’innovation, grâce l’amélioration de l’image de marque dela France, à la qualité de ses produits et services, c’est par l’amélioration de sa balance commerciale extérieure, à la fois par une hausse des exportations et une baisse des importations, quela Francepourra véritablement sortir de l’impasse économique dans laquelle elle se trouve.

Tout se tient : commerce extérieur, déficit et dette, chômage, retraites. François Bayrou démontre notamment que l’aggravation du déficit commercial extérieur de la France

Par ailleurs, le coût du travail sur les biens que nous achetons en France et ceux que nous exportons comprend pour moitié environ une contribution aux charges sociales et fiscales du pays, à la différence des biens achetés à l’étranger. Ce qui signifie que le déficit commercial extérieur s’est traduit en aggravation du déficit public  d’environ la moitié de 25% du déficit commercial extérieur (de 70 milliards), soit 9 milliards d’euros.

C’est pourquoi François Bayrou propose une mobilisation forte de tous les acteurs (Etat, entreprises, partenaires sociaux, citoyens,…) pour le « PRODUIRE EN FRANCE ». Le total de nos importations s’élève à 500 milliards en 2011, le quart de notre PIB. Si nous favorisions l’achat de produits fabriqués en France, ne serait-ce pour 15% de l’ensemble de nos achats importés, il n’y aurait plus de déficit commercial extérieur et nous pourrions créer 750 000 emplois, notre déficit public serait réduit de presque 10 milliards d’euros ! Pour que les citoyens et les entreprises puissent exercer leur choix, cette préférence, il est nécessaire de créer un label « Produit en France » indiquant la part du produit fabriqué en France.

Alors que nous accusons un déficit commercial extérieur de 70 milliards d’euros, l’Allemagne affiche un excédent de plus de 150 milliards, alors que le coût du travail est du même ordre (légèrement supérieur en Allemagne). D’autres pays de l’UE commela Belgique, les Pays-Bas,la Norvège, les Etats-Unis, ont une balance commerciale excédentaire à notre égard. Ce n’est donc pas le coût du travail qui explique notre faiblesse mais plutôt un problème de compétitivité hors-coûts, un problème de positionnement sur le marché de nos produits.

 

Pour lutter contre le chômage, François Bayrou propose de :

Ø      Créer un label indépendant pour que les consommateurs puissent connaître la provenance, ou la part française des produits qu’ils achètent.

o       Associer les consommateurs à la démarche du « produire en France ».

o       Développer l’image de marque du « produit en France ».

o       Privilégier la qualité en allongeant à 5 ans la durée de garantie légale des produits.

Ø      Créer un environnement favorable à la production :

o       Créer un Commissariat national aux stratégies. Cette structure légère aura pour objectif de mobiliser et coordonner tous les acteurs du redressement économique du pays et définir filière par filière une politique de production à long terme.

o       Simplifier les contraintes administratives et fiscales parce qu’une entreprise, comme une famille, a besoin de visibilité, et pas d’un paysage juridique en perpétuel mouvement. Diviser par deux les déclarations administratives.

o       À l’image du « Small business Act » américain, établir des règles propres aux petites entreprises pour favoriser leur accès au crédit, aux marchés publics, à la sous-traitance, et créer un guichet unique, avec un correspondant administratif unique de l’entreprise pour l’accompagner, l’informer de ses droits, et prévenir les pénalités.

o       Mettre en réseau les grandes entreprises et les PME, pour créer une complémentarité profitable, encouragée par un avantage fiscal lorsqu’il y aura investissement en faveur des PME.

o       Créer un outil de financement propre : un établissement financier, régionalisé, associant les  collectivités locales, dédié au financement des PME et des entreprises de taille intermédiaire.

o       Créer un livret d'épargne industrie : le réarmement économique dela France suppose qu'une partie de l'épargne soit dirigée vers l'industrie, sous la forme de ressources nouvelles.

o       Compléter le crédit impôt-recherche par un crédit impôt-innovation.

o       Rétablir l’incitation fiscale, réduite en 2010, au profit de ceux qui investissent dans les entreprises non cotées.

o       Au total, l'Etat doit garantir au moins l'égalité de traitement entre PME et grandes entreprises du CAC 40.

o       Limiter dans le temps le statut d’auto-entrepreneur et aider son bénéficiaire à rejoindre le statut de droit commun.

o       Engager une réflexion conduisant à un allègement progressif d’une part significative des cotisations assises sur le travail.

o       Permettre aux entreprises de moins de 50 salariés, aux artisans et aux commerçants de créer un emploi sans charges, pendant deux ans, si elles recrutent un jeune en premier emploi ou un chômeur sous la forme d'un CDI (à condition de n'avoir pas préalablement supprimé de poste de travail).

Ø      Soutenir l’économie sociale et solidaire en lui facilitant l’accès à la commande publique et en promouvant l’innovation sociale.

o       Promouvoir toutes les forces de distribution en circuit court du producteur au consommateur, favoriser les coopératives de production et de distribution, créer un nouveau type d’entreprise, « l’OSEE » (entreprises à Objet Social Environnemental et Economique). Ces entreprises OSEE verront leur taux d’impôt sur les sociétés minoré.

o       Moduler la fiscalité des entreprises en fonction des résultats et des efforts fournis en matière de responsabilité sociale, sur la base de normes européennes communes.

Ø      Sans détailler ici les propositions créatrices d’emplois par filières : développement durable et énergies nouvelles, numérique, agriculture, … (voir le site http://bayrou.fr/le-programme-en-detail/produire)

 

François Bayrou milite pour une rénovation du climat social dans l’entreprise. Il souhaite organiser une négociation nationale entre partenaires sociaux sur ce thème.

Il propose que les salariés aient un droit de vote au Conseil d’administration des entreprises de plus de 500 salariés. Les comités d’entreprise verront leur rôle étendu à la négociation continue des conditions de travail et des rémunérations.

Il souhaite enfin que la négociation d’accords particuliers au sein de l’entreprise soit soumise à des accords cadres dans les branches.

 

 



[2] La Grande Régression », oct.2010, Editions du Seuil, Jacques Généreux, co-fondateur du Front de Gauche. Voir mes articles partie 1 et partie 2  sur le sujet.

[3] Voir article de François Bayrou paru dans la revue Commentaire (N°119, 2007), « Du « Centre » au projet démocrate »

[4] Voir données clés du commerce extérieur de la France : http://lekiosque.finances.gouv.fr/APPCHIFFRE/Etudes/table...

03/04/2012

Dette publique, une bombe explosive : que faire ?

Malgré les avertissements répétés de François Bayrou sur le danger de la dette publique et l’évidence de la réalisation de cette menace devant la crise des dettes souveraines en euro, touchant de plein fouet des pays comme la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne, le sujet n’est pas abordé à la mesure de ses enjeux dans cette campagne présidentielle. Il constitue une véritable épée de Damocles sur nos têtes et même une bombe explosive.

Ci-joint l'article imprimable en PDF Dette publique une bombe explosive.pdf

Ce problème de la dette publique est quasiment éludé par les deux favoris des sondages, Nicolas Sarkozy et François Hollande, qui ne parlent que d’une volonté de réduire le déficit d’ici 2016 ou 2017 (mais avec des hypothèses de croissance irréalistes) sans envisager le moindre début de remboursement de la dette ni ses conséquences potentiellement explosives. Le sujet est complètement ignoré par l’extrême gauche : Jean-Luc Mélenchon s’en remet simplement à préconiser une monétisation de la dette (financement des Etats par la BCE  à taux très faible voire nul et la suppression du pacte pour l’euro qui fixe aux Etats des objectifs d’équilibre budgétaire, autrement dit de la fausse monnaie, solution irréaliste, supposant l’accord de nos partenaires). Les propositions de Marine Le Pen et de Nicolas Dupont-Aignan, d’une sortie de l’euro, sont carrément non crédibles, conduisant à une dévaluation qui augmenterait le montant et le coût de la dette à rembourser, libellée en euro, d’au moins 30% accompagné d’une hausse de taux de plus du double, à moins de déclarer l’Etat en faillite et en cessation de paiement…

 En fait la situation est bien plus grave que ce que veulent bien nous dire les candidats et il est indispensable que les Français ouvrent les yeux pour en prendre la mesure et juger des actions à entreprendre pour préserver leur avenir, celui de leurs enfants, et surtout leur modèle social.

Les principales menaces 

Même à supposer que le déficit public soit réduit à zéro, la dette de plus de 1700 milliards d’euros, presque 90% du PIB, nous plombe avec une charge financière, rien qu’en intérêts, de 2,5% du PIB, d’un montant presque équivalent à celui de l’impôt sur le revenu de tous les Français. Cette charge équivaut à 2,5% de croissance en moins, autant qui n’est pas dépensé dans d’autres choses, notamment pour développer la recherche, l’emploi, l’éducation, les services publics.

Si les marchés perdent confiance, le taux d’intérêt de la dette (actuellement de l’ordre de 3,5%) pourrait fortement augmenter, doubler (comme en Italie ou le taux est à 7%) voire tripler. Elle se traduirait potentiellement par la nécessité de doubler ou tripler l’impôt sur le revenu pour couvrir les intérêts annuels de la dette ! Qui l’acceptera ?

Cette dette abyssale est aussi une bombe à retardement, une bombe sociale d’un conflit inter générations : les jeunes de demain vont-ils accepter à la fois de subir le paiement des retraites de leurs aînés et le remboursement de leurs dettes de fonctionnement passées car ils ont vécu au dessus de leurs moyens ?

Les chiffres clés et les principaux enjeux

Rappelons donc quelques chiffres clés et les enjeux et essayons d’ouvrir les yeux des Français sur la situation :

-          L’Etat est en déficit depuis plus de trente ans, depuis 1975. Il dépense plus que ses recettes (essentiellement fiscales). Notons d’ailleurs qu’il vaut mieux regarder le rapport entre déficit public et recettes publiques (plutôt qu’exprimer le déficit en % du PIB) : il est de 54% en 2010 et de 40% en 2011 ! 40% de nos dépenses ne sont pas financées !

-          La situation s’est empirée depuis la crise de 2008 (déficit public de 109 Mds € en 2011 soit 5,5% du PIB), la crise n’expliquant cependant qu’un tiers du déficit (comme l’a dit la cour des comptes), le reste étant un déficit de fonctionnement structurel ;

-          L’Etat est en situation de surendettement. Ce déficit cumulé incrémente la dette publique : l’Etat emprunte pour rembourser sa dette et payer ses intérêts ;

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-          Depuis plus de trente ans, les gouvernements successifs, de gauche comme de droite, n’ont pu endiguer cette dette. Partant d’un niveau de 20% du PIB en 1978, la dette atteint maintenant un niveau record : 1 700 Mds € en 2011, s’élèvera à 1800 Mds € en 2012 soit 90% du PIB. On atteint à ce seuil l’effet « boule de neige » où il devient très difficile de rembourser car cette dette génère des frais financiers qui plombent le déficit, qui lui-même incrémente la dette. Elle plombe la croissance : 2,5% de PIB payés en frais financiers (théoriquement par nos impôts), c’est 2,5% de croissance en moins, autant d’argent pour l’économie …

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-          Même si aujourd’hui on arrivait à réduire le déficit à zéro, cette dette générée par nos déficits primaires cumulés ainsi que par les intérêts financiers sur cette dette, plombe l’avenir d’une charge annuelle d’intérêt devenue insoutenable, s’élevant à 49 Mds € en 2011, soit 2,5% du PIB : presque égale au montant de l’impôt sur le revenu (59,5 Mds €) ou de l’IS (56,7 Mds). Cette charge financière (uniquement d’intérêt, sans remboursement de capital) représente à présent le 1er poste budgétaire de l’Etat avant l’éducation. Ces 2,5% du PIB dépensés en charges financière d’intérêt sont autant de moins dépensés pour investir et développer nos emplois, pour améliorer notre éducation et nos services publics ou encore le pouvoir d’achat ;

-          Cette dette publique est la proie des marchés, fragilisant politiquement l’Etat en le soumettant au diktat des agences de notation et à la pression des investisseurs, majoritairement étrangers. En effet, la dette souveraine française est détenue aux 2/3 par des investisseurs étrangers et 1/3 par des investisseurs français, essentiellement des fonds de pension, des assurances et des banques, très peu par des particuliers ;

-          Le gros risque encouru : une hausse des taux si la confiance des marchés baisse sur la capacité de l’Etat français à rembourser sa dette. Notre taux est à 3,5%, s’écartant du taux allemand (2%) depuis presque un an. Celui de l’Italie est à 7%. Si notre taux rejoint celui de l’Italie, le coût de notre dette peut potentiellement doubler, ce qui reviendrait à doubler l’impôt sur le revenu pour pouvoir le couvrir !

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Les causes historiques de la dette publique :

La dette résulte de quatre composantes :

1- le cumul de déficits de fonctionnement (déficit primaire, c'est-à-dire hors charge financière des intérêts), lorsque l’Etat dépense plus que ses recettes. Ceci revient à faire supporter aux générations futures des dépenses de fonctionnement passées (avec les intérêts en plus). Le cumul du solde primaire en euros constants 2009 depuis 1979 s’élève à -229 milliards d’euros[1], auquel s’ajoute ensuite les déficits primaires de 2010 (110 milliards en 2010 et 32 milliards en 2011) ;

2- la charge financière des intérêts sur l’ensemble de cette dette, qui elle-même incrémente le déficit qui lui-même incrémente la dette (effet « boule de neige » qui au-delà d’un certain seuil devient incontrôlable, seuil que nous atteignons maintenant) ;

3- les emprunts affectés à des investissements, tels que la construction d’hôpitaux, d’universités, de routes,… qui bénéficieront aux générations futures (il est alors justifié que ces dernières paient ensuite, par l’impôt, pour leur remboursement). Notons que ces emprunts se sont fortement réduits car les partenariats public-privé, les PPP, sont devenus pour l’Etat, les collectivités et les établissements publics comme les universités ou les hôpitaux le moyen privilégié pour le financement de leurs équipements. Ils consistent à faire prendre en charge le financement par une entreprise privée (Vinci ou Bouygues par exemple) qui facture ensuite des loyers à l’Etat. Le surcoût de ces loyers comparés aux intérêts payés sur un emprunt réalisé par l’Etat, incrémentant notre déficit, serait de 18 milliards d’euros depuis 2004, 15 milliards pour 2011 et potentiellement de 60 milliards d’ici 2020 ![2] ;

4- la prise en charge d’une autre dette (par exemple quand l’Etat lui-même consent un prêt à l’Etat grec, ou contribue au fonds européen FESF) ; rappelons aussi que la dette sociale de la Sécurité Sociale et des retraites, ainsi que la dette des collectivités publiques territoriales, est incluse dans le solde.

Notons que la dette peut être décomposée en une dette de l’Etat et des administrations centrales, une dette sociale (dette alimentée par le trou de la Sécu et des retraites, dont le déficit n’incrémente pas directement le déficit public mais est financé par la CADES, une caisse dont la dette incrémente elle-même la dette publique, et enfin la dette des collectivités locales, qui elles-mêmes n’ont pas le droit d’avoir un budget en déficit).

La dette publique est portée à hauteur de 79 % par les administrations publiques centrales, le solde étant partagé presque également entre les administrations sociales et locales.

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ODAC Organismes Divers d'Administration Centrale
APUL Administrations Publiques Locales
ASSO Administrations de Sécurité Sociale

Le montant des intérêts sur la dette, par l’effet cumulatif, est en euros constants presqu’égal au montant du capital de la dette. Si l’Etat avait financé depuis 1979 sa dette à taux zéro (par exemple auprès de la Banque centrale), le montant de la dette n’aurait été que de 164 milliards d’euros en 2009 au lieu de 1489 milliards ! Même si cela avait engendré une création monétaire générant de l’inflation et une dévaluation de la monnaie, renchérissant les importations, notamment de pétrole, de gaz et autres matières premières. Notons que cette hypothèse n’est pas possible depuis la loi Pompidou (1973) interdisant la monétisation de la dette et dans le contexte de l’euro, le traité européen l’interdisant également.

Voir ce graphique ci-dessous extrait du rapport sur la situation des finances publiques, Paul Champsaur et Jean-Philippe Cotis, avril 2010[3]:

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Que faire ?

1-      réduire au plus vite le déficit public à zéro : le déficit de fonctionnement, c'est-à-dire non seulement le déficit primaire, mais dégager un excédent pour au moins payer les intérêts de la dette. Même à supposer qu’on arrive à dégager un excédent de 50 Milliards par an au lieu du déficit public actuel de 100 milliards, il faudrait 36 ans pour rembourser la dette de 1800 milliards € …

2-      Différencier dans les comptes publics la « bonne dette » de la « mauvaise dette ». La dette, c’est comme le cholestérol ! La bonne dette, c’est celle qui finance des investissements qui profiteront aux générations futures (hôpitaux, universités, routes, …). La mauvaise, c’est celle qui provient du cumul des déficits de fonctionnement et les frais financiers d’intérêt afférents. La règle d’or doit s’appliquer sur la mauvaise dette ;

3-      Pour neutraliser le risque de taux sur la dette, proposer la réappropriation de la dette souveraine par les citoyens eux-mêmes, en tant qu’épargnants responsables. Au Japon, malgré une dette publique excédant 200% du PIB, 95%, la dette publique est financée par les épargnants via l’épargne collectée aux guichets postaux (équivalent du livret A ou d’épargne populaire), à un taux très bas mais restant attractif. Ceci immuniserait la dette au risque d’envol du taux, la rendrait insensible aux agences de notations. Il ne serait pas justifié d’intégrer un coût du risque dans le taux d’intérêt puisque cette dette étant un avoir sur impôts futurs, les citoyens ne vont pas s’appliquer un coût du risque à eux-mêmes ! Au taux actuel de 3 ou 3,5%, ou à un taux de plus de 1% au dessus de l’inflation, elle reste un placement attractif pour le citoyen. On pourrait créer un « livret D » (D comme dette), qui abonderait un fonds destiné à acheter la nouvelle dette émise (100 Mds € sont à renouveler en 2012 du fait des tombées d’échéance + 100 Mds d’€ de déficit 2012). Rappelons que l’épargne totale des Français est d’environ 5000 milliards € et leur épargne annuelle environ 17% de leurs revenus (comme au Japon). C’est tout à fait absorbable.

4-      Réduire fortement le déficit commercial extérieur (baisser les importations, notamment en privilégiant l’achat de biens fabriqués en France) permet de réduire le déficit public car à prix égal, quand on achète en France, environ 50% du prix correspond à des charges sociales et fiscales, donc entrent en recette, diminuant d’autant le déficit. Sur un déficit commercial de 75 milliards, avec des importations s’élevant à presque 500 milliards, si on arrive à remplacer 20% de ces importations par des achats « made in France » (100 Mds €), on neutralise le déficit commercial, on crée au moins 600 000 emplois et on réduit le déficit public actuel de 50 Mds € (la moitié !).

 


[1] Voir article de Jacques Holbecq (auteur d'un livre sur la dette publique « La dette publique, une affaire rentable : A qui profite le système ? »
http://postjorion.wordpress.com/2010/06/11/103-article-invite-a-j-holbecq-evolution-des-soldes-primaires-du-budget/

 

[2] Voir cet article du Parisien, reprenant un article du Canard Enchaîné qui citait des chiffres de la Cour des comptes : http://www.leparisien.fr/economie/grands-travaux-une-bombe-a-retardement-de-60-mdseur-09-01-2012-1803940.php

[3] http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rappor...

01/04/2012

COMMENT BAYROU PEUT GAGNER

Par Jean-Michel Cadiot (journaliste et écrivain)

Chaque élection, c'est ce qui fait en général son côté passionnant et passionnel, est unique. Elle est magique. Aucune comparaison ne fait raison. La présidentielle, en particulier celle de 2012, n'échappe pas aux autres Il est souhaitable, et possible que, que les questions de l'emploi, de la production, de la dette, de l'éducation et autres sujets qui touchent les Français prennent définitivement la place des postures, des faux-semblants, des promesses hypocrites. Aujourd'hui, malgré les sondages et les a priori, rien n'est joué.

 

François Bayrou, lui, n'est jamais entré dans les vaines polémiques, et a imposé autant que faire se peut ces débats de fond, dans cette campagne où les règles et les régulateurs, comme le CSA, semblent aux abonnés absents. Mais le battage et la médiocrité médiatiques ont tenté de faire taire sa voix. Les Français sont adultes et ont droit à une telle compétition démocratique. Ce se produira ce mois d'avril, une fois passés un tourbillons d'événements, aberrants comme le débat sur la viande hallal, dramatiques -les crimes de Toulouse et Montauban- ou spectaculaires, comme la "descente" policière hautement médiatisée le 30 mars chez un groupuscule extrémiste, repéré depuis longtemps, chaque fois mis en scène et profitant au président-candidat sortant Nicolas Sarkozy.

 Il reste trois semaines. Nous allons le voir. C'est beaucoup. Bien sûr, des événements totalement imprévisibles peuvent tout changer.  

Deux "favoris" fragilisés

Cette élection a -outre le fait d'évacuer les vrais enjeux au profit de la communication- deux particularités par rapport aux huit précédentes. Il y a deux candidats qui, depuis quatre mois, font, selon les sondages d'intentions de vote, et selon les medias, très suivistes, beaucoup trop suivistes, deux candidats largement en tête, mais fragilisés: Nicolas Sarkozy, en raison de son impopularité, son besoin obsessionnel de créer chaque jour l'événement et de cacher son bilan, au risque de s'y perdre,; et François Hollande, qui cultive une ambiguïté vis-à-vis de ses partenaires -EELV, avec qui il a signé un accord qui semble caduc, et Jean-Luc Mélenchon, qui monte, monte....et le Centre, qu'il courtisait jusqu'à peu, avant de l'ignorer, et désormais de le combattre. Le président sortant et l'ancien Premier secrétaire du PS sont crédités de 25 à 30% des intentions de vote. Ils s'accrochent à leur statut de "favoris", au point de refuser avec mépris de débattre avec les autres candidats. S'ils sont perçus comme qualifiés pour le second tour, les sondages dans lesquels Bayrou apparaît comme le seul à pouvoir gagner dans tous les vas de figure (ce qui change tout, car le "vote utile", c'est Bayrou, en tout cas pour ceux qui veulent battre Sarkozy- ne sont pas  publiés. Et 53% des Français (contre 43) ne veulent pas, selon une étude de l'IFOP rendue publique samedi, d'un duel Sarkozy-Hollande. Il y a un gros hiatus. Il y a mauvaise donne, mauvaise pioche. Derrière ce tandem, un brin complice, à dix ou douze points, se trouvent au coude-à-coude: Marine Le Pen, François Bayrou, et Jean-Luc Mélenchon. C'est beaucoup. Mais les lignes peuvent bouger, les courbes s'inverser.

 

Bayrou, le plus populaire

Il y a cette autre constante: le candidat le plus populaire, qui a la meilleure image et fait les meilleures propositions est, très largement selon presque tous les sondages, François Bayrou (60 à 70% d'opinion favorable). L'abbé Pierre, soeur Emmanuelle, Yannick Noah, Simone Veil ont recueilli des scores comparables ou supérieurs. C'est la première fois qu'un candidat à la présidentielle, et en campagne, est dans cette configuration. Bayrou, après un départ tonitruant, passant de 5% en septembre 2011 à 13-14% en janvier 2012, stagne depuis, tout en conservant un socle très important (12-13). Mais sans, jusqu'ici réussir son deuxième "décollage". La question est que cette image de compétence, d'homme d'Etat ne se traduit pas (encore?) en bulletins de vote. Mais, tel un serpent qui se mord la queue, l'électeur, qu'il soit énarque, chauffeur-livreur, enseignant, chauffeur de taxi, ouvrier, chômeur... rétorque -tous les acteurs de la campagne Bayrou vous le diront, beaucoup en sont lassés- qu'il est disposé à voter Bayrou.....s'il est au second tour. Il y a un désir de Bayrou contrecarré parce qui parait comme une malédiction: la bipolarisation. Mais cette bipolarisation peut être jugulée.La Vème Républiquedemande qu'une majorité se dégage et que les crises style IIIème et IVème Républiques cessent. Elle ne demande pas de "ne voir que deux têtes". En 2007, Bayrou, justement lui, avait brisé ce tabou en dépassant dans un sondage Ségolène Royal. Mais un sondage CSA (société du groupe Bolloré), vendredi 19 avril, mettait Le Pen, contre toute vraisemblance (il fit six points de moins que ce qui advint!) à plus de 16%. Alors, un réflexe "anti 21 avril" fit fureur; aboutissant à la qualification de Mme Royal, donc à la victoire inéluctable de Sarkozy.

 

  Pendant cinq ans, Bayrou a été raillé, moqué par les medias, le pouvoir et le PS. Ils se gaussaient de la "solitude" du député béarnais et s'amusaient de ses revers électoraux aux élections partielles, à tel point qu'Hervé Morin, un de ses anciens lieutenants assurait que les troupes du MoDem allaient rejoindre son Nouveau Centre; et que le spécialiste des raffarinades, Jean-Pierre Raffarin en personne annonçait solennellement, la main sur le coeur un soir de mars 2008 où une alliance PS-UMP vainquit Bayrou à Pau, la "disparition" -politique, s'entend- du président du MoDem. Rien moins. Chacun sait ce qu'il est advenu du Nouveau Centre et nul n'ose plus, par humanité, rire de l'effarante cavalcade présidentielle de M. Morin, tant le sujet même parait grotesque. Jean-Pierre Raffarin, pour revenir à lui, annonçait fin février que le projet de référendum de M. Bayrou sur la "moralisation de la vie politique" était une très bonne idée, fort compatible avec une réélection de Sarkozy. Quel revirement! M. Bayrou contredisant toutes les analyses de tous les spécialistes, avait ainsi déjoué les pronostics, montré qu'il était non seulement bien vivant, mais très vigoureux politiquement. Et, avec le recul, ce débat médiatique qui dura un an, mais qui n'a pas intéressé une seconde ceux qui connaissent Bayrou, où experts, journalistes, responsables de la droite et de la gauche, se demandaient anxieusement, où était, qui dirigeait  le 'Centre" (les noms de Jean-Louis Borloo et même du fameux Morin furent souvent prononcés) apparaît comme dérisoire, comme un contresens complet. Bref, en revenant au premier plan du champ politique, en conduisant sa famille politique, Bayrou a donné tort à tous les observateurs avisés. Il lui reste à transformer l'essai: gagner la présidentielle, son but, qui est plus du bon sens, de la nécessité politiques qu'une certitude d'avoir un destin, comme le lui reproche Eva Joly. 

 

Gagner cinq points jusqu'à la clôture de la campagne

Il reste trois semaines, juste trois semaines. Il faudrait pour, qu'en trois semaines, Bayrou gagne les dix points nécessaires, et au moins cinq jusqu'au dernier sondage "autorisé" et publiable du 20 avril. Une campagne plus pugnace sans doute. Difficile quand les medias nous rabâchent que "personne ne parlent de la dette", alors que Bayrou en parle abondamment, et que son référendum qui instaure l'indépendance dela Justiceet des medias, tout comme ses propositions de justice sociale et fiscale, bien pus audacieuses que celles de M. Hollande, sont passés sous silence. Il doit "cogner" contre les dérives qui dénaturent la campagne -mais en restant lui-même, un homme pondéré, juste- parce que les Français aiment les candidats qui "cognent", politiquement. C'est cela qui, parait-il, fait le succès de MM. Mélenchon et Sarkozy. Mais ils aiment aussi les personnes honnêtes et de sang-froid. Un accident, une faute grave  dans le parcours d'un deux fébriles "favoris", doit survenir parce qu'on ne peut y avoir trois candidats au-dessus de 20% (il n'y a qu'un exemple, 1969). Des événements importants pourraient mettre en évidence les qualités de M. Bayrou. Et surtout, une prise de conscience et un esprit de responsabilité chez les Français. Tout le monde s'accord sur le fait que Bayrou avait prévu la crise de la dette. Le Point voit en lui un "Prophète". En fait, plus qu'un homme, lucide, et non "devin", il a ceci qu'il est du peuple, -c'est le seul parmi les candidats à plus de 5%- qu'il parle vrai, sans artifice, sans privilégier la communication. C'est sa faiblesse, pensent la plupart. Si cela devenait un atout au sprint final? Sa force: Il est surtout l'homme "de la conscience et de la responsabilité", socle de la démocratie selon Marc Sangnier, l'homme d'un courant de pensée à la fois très laïc, social, ouvert et fondé par des chrétiens républicains, à qui il se réfère dans sa campagne. Les jeunes générations l'ignorent souvent, mais c'est ce courant, cette famille d'esprit qui a dénoncé Munich quand les socialistes l'approuvaient, qui a permis au pays de se rassembler àla Libération, d'abord sous la houlette du général De Gaulle, puis sans le général, avec socialistes et communistes, qui a façonné -avec d'autres- le modèle social français. Les conditions historiques sont différentes; La gravité de la crise -emploi, salaires, logement, école, sécurité, délocalisation, risque de nouvelles guerres au Moyen-Orient- commande néanmoins une nouvelle forme d'unité nationale. Les Français disent la vouloir. Bayrou, seul, la propose clairement, sans que cela signifie, comme 'l"ouverture" de Sarkozy en 2007, un triste numéro de débauchages individuels, mais en séduisant un pays par son projet, pragmatique de "majorité centrale".

 

Une "première"

Dans l'histoire, presque quinquagénaire des élections d'un président au suffrage universel, il est arrivé plusieurs fois qu'en trois semaines les deux favoris des sondages ne soient pas qualifiés. Il est arrivé maintes fois qu'un candidat y gagne ou perde plus de 10%, parfois 15. La conjonction des deux serait une première. Sans doute. Mais il faut toujours commencer....La politique n'est pas une science exacte.

 Pour mieux comprendre, un retour sur le passé. En 1965, le général De Gaulle était ultra favori. Il n'empêche, à trois semaines du premier tour, le 16 novembre, l'IFOP lui donnait 61%, il finit à 44,6%, soit 16,4% de perdu. En 1969; le centriste Alain Poher était à deux semaines du scrutin à 35%, et donné vainqueur à tous les coups contre Georges Pompidou. Jacques Duclos, le communiste était à 10%. Au soir du premier tour, Poher faillit bien être battu par Duclos (23,3% contre 21,3%, soit 11,7 points de perdus pour Poher, 11,3 de gagné pour Duclos).  

  En 1974, le cas est le plus flagrant. Le gaulliste Jacques Chaban-Delmas était à 29%, le 9 avril, selon l'IFOP, et qualifié pour le second tour du 17 mai. Nous savons ce qu'il advint. En raison d'une feuille d'impôt et de l'appel d'un certain Jacques Chirac penchant pour Valéry Giscard d'Estaing, il se retrouva , le 5 mai, avec 15,%. 14% et une qualification contre Mitterrand, candidat de la gauche s'étaient envolés.

  En 1981, il apparaissait dès janvier que François Mitterrand affronterait Valéry Giscard d'Estaing au second tour. Mais, paradoxalement, ce furent des mois d'ascension pour Georges Marchais qui, selonla Sofres, avec 19%, talonnait Mitterrand (21,5) au dernier sondage. Finalement 10,5 points les séparèrent (respectivement 15,3% et 25,8%). De tels chiffres montrent que, même les sondages du dernier jour ne sont pas toujours fiables. 

1995. Dès fin février, Chirac devançait Edouard Balladur. Mais, le 4 avril, l'IFOP prévoyait un deuxième tour entre les deux "amis de trente ans" (26% pour Chirac, 20% pour Balladur, 18,5 pour Lionel Jospin). Trois jours plus tard, le CSA livrait des chiffres comparables. Le 24 avril, Jospin est premier à 23,2%!Tout était chamboulé.

  2002 reste le scénario le plus incroyable. Un sondage IFOP, le 30 mars, place Jean-Marie Le Pen à 10% (en recul de deux points)  à 10%, à égalité avec Arlette Laguillier (+2%)!! C'était une montée de Laguillier comparable peut être à celle de Mélenchon actuellement. Plus intéressants encore, le 20 avril, veille du scrutin, les tout derniers sondages, interdits de publication, plaçaient Le Pen à 12-13%. Or, Le Pen était bien au second tour. 2007 nous apprend surtout que Bayrou aurait pu, déjà, gagner. Mais les socles de Sarkozy et Royal, très proches de leur résultat final, étaient bien plus solides que ceux de Sarkozy 2012, qui court après l'extrême-droite reconstituée et non jugulée comme il l'espérait; et Hollande, qui bénéficie lui, du soutien des caciques et de l'appareil PS, au contraire de son ex-compagne, mais mène une campagne lézardée de toute part, fébrile. Signe du danger à ses yeux de Bayrou, il a chargé Arnaud Montebourg de le discréditer. Il ne prend pas ce genre de peine contre ses autres adversaires, même si la montée de Mélenchon l'horripile. 

Rien n'est jamais acquis. De chacun cela convient. En écoutant le Journal de France 3 quand j'achève cet article, dimanche 1er avril,  les journalistes et les invités ne cessent de dire que les candidats ne parlent pas des vrais problèmes. C'est totalement faux. Chacun admet que François Bayrou a mis l'accent, en 2007, sur la gravité de la dette et des déficits. Avec un brin d'honnêteté nul ne peut occulter le fait que, dans cette campagne aussi, François Bayrou s'est attaché à mettre les graves problèmes que rencontrent les Français au coeur de la campagne, refusant toute diversion, toute illusion, toute volonté de division. Les Français, nous disent les sondages, lui en savent gré. Sa volonté de rassembler est saluée. Sa personnalité est populaire, appréciée. Sa sincérité non plus que sa compétence ne sont mises en doute.

  Un tiers de Français, chiffre terrible, souhaiteraient s'abstenir. Des millions de gens hésitent à voter Bayrou, en commençant des phrases par "Je voterai pour lui si....". Il convient que ce conditionnel, qui signifie enfermement dans le clivage droite-gauche, s'annule. Pas facile en trois semaines. Possible.

 

                  Jean-Michel Cadiot

                  (Journaliste, écrivain)

 
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