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11/12/2011

François Bayrou : « La République est le projet politique de l’humanisme »

François Bayrou vient de préfacer mon livre paru fin Novembre 2011 intitulé « La révolution humaniste », un essai publié aux Editions Salvator traitant du modèle de société, déplorant et dénonçant l’emprise outrageuse de l’argent sur les motivations individuelles comme sur celle des sociétés et invitant à remettre l’homme au centre.

 

 

Dans son texte, d’une grande profondeur, François Bayrou s’exprime sur la nature des crises que nous traversons et  sur la République vue comme un projet politique, un projet de société et même un principe de civilisation.

Liberté-Egalité-Fraternité, trypique de valeurs unies et indissociables, se tenant comme une clé de voûte, marque la devise de cette République qui vise à libérer l’homme, à l’émanciper et à l’assurer, à l’épanouir, à le lier aux autres dans un destin commun.

Si l’on rapporte cette devise aux courants politiques en France, il semble que la droite ait priorisé « la liberté », notamment sur le plan économique, du libre échange, mettant l’argent au centre, en ayant laissé malgré tout se développer les inégalités, alors que la gauche ait priorisé l’égalité, mettant l’Etat au centre, oubliant parfois l’entreprise, et que le centre ait axé l’objectif sur la fraternité  sur l’humain, trop souvent oublié dans cette trilogie, tout en associant avec équilibre liberté et égalité,. N’est-il pas venu le temps d’une union nationale équilibrant ces valeurs pour les associer avec plus d’équilibre, dans le sens du bien commun, dans l’idée d’une majorité centrale prônée par François Bayrou ?

Lors de sa déclaration officielle de candidature à l’élection présidentielle 2012, à la maison de la chimie le mercredi 7 décembre, François Bayrou n’a pas seulement fait profession de foi sur son engagement, livré son diagnostic sur la France, sur la crise que traverse l’Europe, et donné les grandes lignes de son projet. Il a également exprimé sa foi en l’humain et une ambition pour la France d’un point de vue philosophique, celle que la France soit un éclaireur du monde en formulant « un projet pour développer l’être humain » dans toutes ses dimensions (instruction, libertés, droits sociaux, santé, créativité, culture, etc.) :« Nous ne sommes pas des organismes à produire et à consommer. Nous sommes destinés à nous élever au-dessus de nous-mêmes, pour comprendre le monde et pour le changer dans le but d’humaniser le monde et d’humaniser l’homme. Le monde ne se satisfait pas que les uns sont gavés (…) et que les autres n’ont même pas d’eau. Le monde ne se satisfait plus du matérialisme. Il exige qu’on prenne en charge la nécessité de tous et il espère qu’on lui montrera d’autres horizons pour l’être humain, pour sa liberté et pour sa conscience. ».

Ce qui nous ramène à une citation d’Albert Camus : « il faut être pessimiste en ce qui concerne la condition humaine mais optimiste en ce qui concerne l’homme »

.Je vous invite à lire ce texte de préface de « La révolution humaniste »* :

La question de la nature de la « crise » que traversent nombre de pays européens est posée, et posée aussi la question du particulier désarroi que cette « crise » suscite en France. Que se passe-t-il de si profond dans notre pays que l’immense majorité des Français se partage, en une récente étude, entre 53 % de « révoltés » et 29 % de « résignés », autant dire 82 % de désespérés, contre 11 % de « confiants » ? Un tel déséquilibre ne peut s’expliquer seulement par les difficultés économiques, ou par le malaise social. C’est du pays qu’il s’agit, du peuple, de la nation, de ce qui fait vivre ensemble les familles, les entreprises, les communautés civiques. Le malaise est un mal-être, un mal-être de peuple et s’il est plus grave en France, ce n’est pas seulement que nos chiffres, nos performances, nous mettent en mauvaise position. C’est que ces difficultés retentissent sur le lien mystérieux qui soude entre eux les concitoyens et les rend membres d’un même organisme vivant, d’un même corps politique, qui leur donne identité et envie d’un destin commun.

Nous sommes, nous France, et nous Français, peut-être le seul peuple politique. Le seul peuple philosophique. Au sens propre : non pas le seul peuple qui aime la politique, ou le seul qui aimerait la philosophie. Il en est d’autres. Nous sommes le seul peuple qui se soit formé autour d’un dessein politique, de conceptions proprement philosophiques. Ce que nous nommons « République », ce n’est pas une organisation institutionnelle. La République, ce n’est pas seulement un régime qui s’oppose à la monarchie ou lui succède, et dont la source de l’autorité est dans le peuple par opposition à la légitimité dynastique. La République, c’est un idéal politique, un projet de société, et même un principe de civilisation. C’est proprement l’organisation politique et l’organisation sociale qui permettent l’émancipation de l’individu, son épanouissement, par le dépassement de toutes les aliénations, de toutes les sujétions. L’individu est légitimé et libéré. Et s’organise en même temps pour l’entourer et l’accompagner, le principe de solidarité. Libéré et assuré, ainsi s’affirme l’idéal du citoyen républicain.

S’y ajoute un principe dynamique, le rêve ou la chance de la progression sociale méritée. Ainsi l’école, l’école aux murs de briques de la Troisième République, pouvait-elle inscrire en son fronton la trilogie de l’authentique liberté, de l’authentique égalité et de l’authentique fraternité. Cela était proprement la République. Et cela faisait de tous ces petits de Gaulois, d’Alsaciens, de Bretons, ou de Béarnais, de tous ces petits d’Africains, de tous ces petits d’Annamites, de ces lointains ou de ces voisins Italiens et Polonais, un seul et unique peuple de citoyens. Égaux non pas seulement par les droits, mais ce qui est beaucoup plus fort égaux par les espoirs. Égaux par les enfants.

Et c’est ainsi que la République était le projet politique de l’humanisme. Car en chaque situation sociale, elle avait pour idéal de libérer l’homme dans l’homme, de promouvoir l’homme dans l’homme ou dans la femme, de lui rendre et de lui garantir dignité et capacité.

Je soupçonne que, pour être aussi profonde, aussi décourageante, c’est là que touche la crise. Elle touche, bien entendu, dans la situation de chacun, dans les fins de mois, dans l’emploi perdu du fils aîné ou l’emploi jamais trouvé de son frère ou de sa jeune sœur. Elle touche dans l’espoir.

 

Et aussi profonde, elle touche en même temps dans le jeune homme ou dans le chef de famille, dans la femme qui élève ses enfants, dans la solitude des esseulés, elle touche aussi le citoyen. Le citoyen : c’est-à-dire non pas seulement celle ou celui qui vote pour désigner des représentants, mais celle ou celui qui participe à la vie civique, qui s’engage, parce qu’il croit qu’il peut et doit changer réellement le destin du pays qui est le sien. À partir du moment où s’enracine la conviction que tout cela, au fond, les débats, les institutions, les scrutins, tout cela ne sert à rien, que quel que soit le choix rien ne change vraiment, le citoyen s’abîme et disparaît. Il s’étiole, il s’incline et il s’efface.

Ainsi quand se trouvent mises en cause en même temps, la situation, les moyens de vivre, l’espoir de l’avenir et la capacité du citoyen, une vague de doute et d’angoisse saisit la nation tout entière. C’est là que nous en sommes.

C’est pourquoi les questions si importantes de l’économie, de la santé du pays, des risques de la dette et des déficits accumulés, de la persistance et de la multiplication du chômage, de la baisse du pouvoir d’achat, de l’énergie, pour cruciales qu’elles soient ne sont pourtant qu’une composante d’une question plus large qui est celle du projet de société, vécu au quotidien, pour chacun et pour chacune, qui sera proposé à notre peuple et à notre pays.

C’est de cette question que se saisit Marie-Anne Kraft. Elle a bien des atouts pour affronter cette interrogation et lui proposer des réponses. Elle est familière de l’économie, du monde financier, de l’univers de l’information, des nouveaux moyens de communication qui démultiplient information et réflexion, elle a la culture nécessaire et l’expérience multiple qui seules permettent de comprendre notre temps. Comme femme, comme professionnelle, comme militante des causes les plus hautes, comme experte, elle ne se contente pas de commenter ou d’analyser, elle vit les turbulences de notre temps et s’engage pour les apaiser et les faire accoucher d’un temps meilleur. Elle écrit comme elle est, généreuse autant que compétente.

Ce livre, cette réflexion sur notre avenir commun, participera au vaste débat de notre temps. C’est ainsi que brique à brique, chacun apportant sa part de conscience et sa part de responsabilité, se formera dans notre pays une conception nouvelle de l’avenir. Ce ne sera pas de la théorie, et surtout pas de l’idéologie, qui veut plier la réalité pour la faire ressembler à ses obsessions. Ce ne sera pas une approche intellectuelle, avec de grands mots ronflants, de grandes promesses porteuses de déceptions. Ce sera de la vie, avec sa dimension d’humilité et sa dimension de grandeur, car l’une et l’autre sont nécessaires à l’homme et au citoyen, au féminin comme au masculin.

J’ai écrit, il y a longtemps, un livre qui s’intitulait « le droit au sens ». Jamais droit ne fut plus nécessaire, dans l’orage magnétique qui fait qu’aucune de nos boussoles ne sait plus nous désigner le Nord pour que nous tracions notre route. Il s’agit à la fois de donner du sens à notre vie commune et de déterminer le sens de nos efforts. Ce livre n’achèvera pas la réflexion de l’auteur et de ses lecteurs : il l’ouvre au contraire. Nous avons chacun, pour notre compte, et ensemble, à en partager les questionnements, l’inspiration et prendre notre part de son exigence.

 

François Bayrou

 

* Une séance de dédicace du livre par l’auteur se tiendra le mercredi 21 décembre, de 18h30 à 20h20 à la librairie L’Eclectique, à Saint-Maur-des-Fossés 93 avenue du Bac. 94210 La Varenne Saint Hilaire RER ligne A direction Boissy-Saint-Léger, station La Varenne. Bus 111 et 112

25/11/2011

"La Révolution Humaniste", par Marie-Anne Kraft, préface de François Bayrou

Je viens de publier un essai intitulé "La révolution humaniste" aux éditions Salvator, traitant du modèle de société, fruit de réflexions déjà entamées avant la dernière crise qui nous touche de plein fouet : crise financière, crise économique, crise de l'Europe, crise sociale, crise morale et aussi écologique.



Ce livre présente un diagnostic des dysfonctionnements de nos sociétés sous des angles d'analyse multiples en mettant en perspective les visions économique, sociologique, philosophique, psychologique, anthropologique, en faisant référence à de nombreux auteurs et penseurs qui ont contribué à faire avancer la compréhension du monde et de l'homme, de l'antiquité aux contemporains.

Une des principales conclusions du livre, que je vous laisse découvrir sans tout dévoiler par avance, est que la plupart de nos maux proviennent d'une perversion, une sorte de maladie mentale, d'un attachement à l'argent comme valeur centrale. La "révolution humaniste" que j'appelle de mes voeux consiste à changer l'axe central de la société, en remettant l'homme au centre à la place de l'argent. C'est une révolution pacifique, copernicienne et non violente, qui fait appel à une transformation profonde de nos comportements, de notre vision individuelle de l'autre et du bien commun, du sens donné à notre vie, comme également de la manière dont la société fonctionne, est gouvernée dans la mondialisation. J'y propose des pistes concrètes, une méthode, pour y arriver progressivement et en agissant d'urgence

J'espère par ce livre apporter un éclairage pédagogique et ouvrir le débat avec vous, avec les élus, avec surtout les citoyens, acteurs de la vie civile et associative, entrepreneurs, partenaires sociaux, engagés ou non politiquement, avec tous ceux qui s'interrogent et souhaitent construire un monde plus humain.

Précisons que même si le livre est préfacé par François Bayrou, ce qui m'honore infiniment, il n'est pas partisan, ne milite aucunement pour un parti, d'ailleurs des sensibilités de gauche comme de droite en passant par le centre pourront y trouver probablement inspiration et convergence de points de vue comme une ouverture sur des visions nouvelles et différentes, sur des sujets profonds de société, transcendant les positionnements politiciens.

23/10/2011

Il y a tout ce qu'on dit sur les banques. Et puis il y a la vérité.

Tel est le titre d'une communication de la FBF (Fédération des Banques Françaises), qui vise à contredire les accusations tant entendues jetant l'opprobre sur les banques, à savoir :

- "Les banques ne font plus leur travail de financement à l'économie",

- "L'argent des Français est joué sur les marchés financiers",

- "Les banques vont demander à être recapitalisées",

- "Les banques françaises ont spéculé sur la dette grecque".

 

 

Communication FBF 19 octobre 2011


 

L'an dernier en décembre 2010, afin de réagir aux accusations dont les banques faisaient l'objet, la FBF avait déjà publié une plaquette intitulée « Parlons clair » pour donner des chiffres concernant notamment les aides de l’Etat français aux banques et sur les financements des banques françaises à l’économie. J'avais publié un article à ce sujet "La vérité sur le banques et la crise", pédagogique, expliquant la formation du profit et des risques bancaires et discernant les responsabilités et expliquant les vraies causes de la crise.

 

Affiche des chômeurs rebellesCertes, on peut dénoncer un système centré sur l'argent, sur le profit, déplorer les dérives d'un néolibéralisme dans la mondialisation sans garde-fous, s'accommodant des paradis fiscaux, s'indigner des rémunérations indécentes des dirigeants (y compris ceux qui ont mis leur banque sur la paille !) et des traders. Mais je pense que la dénonciation générale du "libre-échange", de la "mondialisation", de "l'Europe", de l'Euro", des "banques", des "marchés», des "agences de notations" ou encore de "La Chine" ou de "l'immigré" pour livrer des coupables et faire croire qu'on peut sortir comme ça du système, est une attitude populiste, démagogique et irresponsable. Ce langage est un leurre et nous détourne des vrais problèmes. La sortie de l'Euro serait dramatique, coûterait très cher au pays et le mènerait directement à la faillite (la charge financière de la dette, de 3% du PIB, doublerait instantanément par l'effet de hausse des taux d'intérêt, l'encours passé de notre dette resterait libellé en euro donc renchéri). La tentation protectionniste d'appliquer des droits de douane à l'importation, même aux frontières de l'Europe, à l'égard de la Chine notamment, conduirait immédiatement à des mesures de rétorsion sur nos exportations (1 emploi sur 4 dépend des exportations en France) et renchérirait le prix de quantités de produits de base, textiles, électroniques etc. au détriment du pouvoir d'achat des classes moyennes et modestes. Nos pertes d'emplois industriels des trente dernières années ne sont expliquées que pour 13% par des délocalisations (dont une partie en UE) et d'autres pays de l'UE s'en sortent bien, comme l'Allemagne et les pays nordiques, ont une balance commerciale excédentaire.

 

Il faut donc arrêter d'affirmer des choses fausses de manière péremptoire, cesser d'employer un langage trompeur et accusatoire, en finir avec la politique de séduction, de mensonge, qui joue sur les peurs et l’inquiétude des Français en leur livrant de fausses solutions !

 

Bien sûr il faut lutter contre les dérives, contre la spéculation, et oeuvrer pour un monde plus juste et mieux gouverné, mieux régulé, au niveau européen et mondial, qui mette sur le même plan l'économie, le social et l'écologie. Mais cela ne dépend pas que de la France et prendra plusieurs années. Le projet présidentiel pour la France mérite plus que de la dénonciation et des voeux pieux : un véritable plan d'attaque pour redresser les finances publiques, une réforme fiscale et surtout une politique de ré industrialisation du pays, ainsi qu'une remise à niveau de l'éducation, sans oublier la justice fiscale et sociale ainsi qu'une véritable démocratie qui doivent redonner confiance aux citoyens, sans laquelle les efforts ne seront pas possibles.

Cette approche est celle de François Bayrou, de François Hollande (s'il ne doit pas trop céder à la pression dépensière de ses alliés à gauche), d'une partie de EE-Les Verts et de plus en plus nombreux aussi à droite qui ont pris conscience des dérives du sarkozysme. C'est pourquoi il devient urgent de penser une nouvelle majorité centrale pour le redressement du pays.

 

Quelques chiffres pour rappel :

La dette publique française s'élève à 1700 Mds € : 80% du PIB, plus de 28 000 € par habitant, ou encore 57 000 € par habitant de foyers fiscaux payant l'impôt sur le revenu (IR) ce qui donne une idée de l'effort citoyen s'il fallait la rembourser avec nos revenu, notre patrimoine. L'IR s'élève à 50 Mds €, il faudrait donc payer 1700/50 soit 34 fois ce que nous payons actuellement au titre de l'IR pour rembourser la dette publique du pays, qui est théoriquement une avance sur nos impôts, sur les impôts de nos enfants.

Il serait aussi intéressant de faire la part entre la partie de dette publique qui a financé des dépenses de fonctionnement courant (salaire des fonctionnaires, déficits sociaux de retraite et de sécurité sociale,...) et des gabegies (Crédit Lyonnais 16 Mds, amende des Frégates de Taiwan 700 millions, affaire Tapie 280 millions en net,...) et la partie ayant financé des investissements (construction d'hôpital, de routes et d'université, ...) qui profiteront aux générations futures, dont il est légitime que leur impôt en finance le remboursement. En mettant à part les dépenses de recherche et d'éducation, qui sont un investissement d'avenir. Malheureusement la comptabilité publique ne fait pas ce décompte (une idée de réforme !) et pour l'évaluer, il faudrait analyser tous les déficits publics cumulés face aux catégories de dépenses pour reconstituer ces chiffres (qui est volontaire ?).

A cette dette publique, il faudrait théoriquement ajouter l'engagement de l'Etat à payer les retraites de ses fonctionnaires, comme doivent le provisionner les entreprises lorsqu'elles ont des engagements de ce type. Le rapport Pébereau le recommandait en 2005. Cette dette est de presque 1000 milliards d'euros, ce qui porterait la dette publique à 127% ! D'ailleurs, les pays anglo-saxons, Etats-Unis et Grande Bretagne, dans la logique de retraite par capitalisation, comprennent cet engagement en incluant dans leur dette la valeur du fonds d'investissement qui sert à rémunérer les retraites des fonctionnaires. La dette des Etat-Unis, évaluée à 100% du PIB, est donc moins élevée que la nôtre sur cette base commune de comparaison.

Si l'Etat devait liquider tout son patrimoine (évalué environ à 500 Mds €), le privatiser, pour rembourser sa dette, il ne couvrirait que à peine 30% de cette dette (en droit privé il serait déclaré en faillite !).

Comparée à un encours des prêts bancaires à l'économie de 1900 Mds €, les dépôts bancaires s'élevant à 1530 Mds et finançant à 80% les crédits bancaires. En tout, la dette privée de la France s'élève à 130% du PIB, dont 90% du PIB en crédits bancaires et 40% sous forme obligataire. La dette totale publique+privée =130+80 = 210% du PIB.

22/10/2011

L'emballement des dettes d'Etat et du système bancaire : de la fausse monnaie !

Je vous recommande un excellent article de Mediapart, signé de Martine Orange et Ludovic Lamant,qui résume très bien les positions, mieux encore que la presse financière La Tribune, Agefi etc.

Il démontre aussi combien Nicolas Sarkozy méprise ses députés, n'ayant pas engagé de débat parlementaire sur les choix structurants qui appellent des décisions cruciales pour notre pays. Il méprise aussi les citoyens, ayant manqué à son devoir d'information et de pédagogie. Il aurait dû s'adresser aux Français publiquement pour leur expliquer la situation. 

Si on récapitule :

 

Acte 1 : des banques font des pertes considérables suite à l'éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis (subprimes), risquant de mettre l'économie en faillite. Une banque, Goldman Sachs, impliquée dans une spéculation sur les subprimes aux dépens de ses clients, conseille aussi l'Etat grec pour cacher l'ampleur de sa dette ;

  

Acte 2 : les Etats s'endettent pour recapitaliser les banques et relancer l'économie et demandent aux banques d'acheter notamment la dette grecque ; 

 

Acte 3 : décote de 21% puis envisagée à 50% de la dette grecque, impliquant des pertes des banques détentrices de la dette, donc besoin de renforcer leur capital, ce qui va obliger les Etats à s'endetter encore pour les recapitaliser, en empruntant à qui : aux banques ? à la BCE ? au FESF ? Et au fait, Goldman Sachs est toujours là ?

  

Lorsque je faisais en mars 2009 le bilan financier mondial de la crise et ses conséquences sur l'emballement des dettes publiques, c'était assez bien vu...

Quelles que soient les solutions de financement des dettes d'Etat, via le banques ou le FESF, qui eux-mêmes doivent être garantis ou recapitalisés par les Etats, ou via la BCE, cela se traduit en création monétaire, en fausse monnaie. Les Etats s'endettent auprès des banques en leur apportant du capital qui leur permet à nouveau de leur prêter, avec un effet de levier...

Nous pouvons entrer dans une ère d'hyper inflation, de dépréciation généralisée des actifs, de hausse des taux d'intérêt nuisant au financement de l'économie. Une inflation doublée d'une récession et d'un taux de chômage élevé, ce qu'on appelle la stagflation.

 

12/10/2011

Montebourg, à la fois proche et loin de Bayrou

Figurez-vous que j’apprécie à la fois François Bayrou et Arnaud Montebourg. Et je ne suis pas la seule au MoDem. Cela peut paraître schizophrène, car l’un est censé représenter le centre et l’autre la gauche du PS. Pourquoi ?

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Il y a sans doute un côté mousquetaire, Robin des Bois, tribun, bon orateur, conquérant et courageux dans ces deux hommes. Mais aussi des convergences sur le contenu de leurs propositions (je précise que j’ai lu leurs livres et écouté leurs discours) :

1-     sur les institutions, la 6ème République, une garantie de séparation des pouvoirs, plus de pouvoir au Parlement avec une meilleure représentativité des citoyens (dose de proportionnelle), une plus grande implication citoyenne dans la politique, une limitation du cumul des mandats,… Arnaud Montebourg a fondé en 2001 la Convention pour la 6ème république et François Bayrou s’y est engagé aussi dans son projet présidentiel 2007 pour une 6ème république ;

2-     Sur la lutte contre la corruption, contre les paradis fiscaux et contre les affaires qui pourrissent la République : Montebourg a comme Bayrou dénoncé les abus de pouvoir, les atteintes à la démocratie, les conflits d’intérêts et les abus de bien public, notamment sur l’affaire Guérini où il a eu le courage de dénoncer les affaires en s’opposant à son propre clan, à la résistance de Martine Aubry prise dans la solidarité d’appareil ;

3-     sur la priorité à donner à l’éducation (même si sur les propositions je préfère celles de François Bayrou, qui dépassent les questions de moyens qu’il faut sanctuariser, en proposant des méthodes qui marchent, en impliquant plus les enseignants, en proposant une école des parents etc.) ;

4-     sur la finance : la volonté de remettre la finance au service de l’économie en limitant la financiarisation excessive de l’économie trop soumise aux marchés financiers, séparation des banques de dépôt et des banques d’affaire et/ou limitation de la spéculation pour orienter l’utilisation des fonds propres vers les crédits à l’économie, la clientèle (c’est François Bayrou qui a proposé le premier en 2008 de mettre en place une telle mesure, comme celle du Glass Steagall Act américain). Mais François Bayrou n’emploie pas un ton accusateur à l’égard des banques et des banquiers, contrairement à Arnaud Montebourg ;

5-     Enfin sur le protectionnisme européen, ils prônent tous deux un échange loyal, c'est-à-dire l’exigence d’un respect de normes environnementales, sanitaires et même sociales imposant une application à tous les produits vendus en Europe plutôt que limitée aux produits fabriqués sur le sol européen. La taxe carbone européenne par exemple. J’en ai fait part dans ce précédent article intitulé « La démondialisation d’Arnaud  Montebourg, qu’en pense François Bayrou ? » et dans celui-ci intitulé « Démondialisation, protectionnisme et sortie de l’euro ». Même s’ils n’emploient pas les mêmes mots, François Bayrou refusant le terme de « protectionnisme », lui préférant « l’échange loyal », refusant aussi le concept trompeur de « démondialisation », et n’adoptant pas un ton accusateur notamment à l’encontre de la Chine. François Bayrou relativise aussi les choses en revenant aux vraies causes de nos pertes d’emplois industriels. D’après ce rapport de Bercy sur « La désindustrialisation en France », seuls 13% des pertes de nos emplois industriel sur les trente dernières années sont dues aux délocalisations, alors que 28% proviennent de l’amélioration de la productivité et de plus le commerce extérieur de la France est pour 60% avec nos partenaires de l’UE. Il faut donc avant tout redéployer notre tissu industriel, protéger des secteurs de l’économie en produisant plus pour créer des emplois. L’enjeu est surtout là et non dans le protectionnisme. De plus, un protectionnisme européen appliquant une taxe à l’importation aux frontières de l’Europe, même si elle compense une insuffisance environnementale, sociale ou une sous-évaluation monétaire (comme le Sénat américain vient d’approuver un projet de loi visant à pénaliser la sous-évaluation du Yuan), reste dépendant de décisions de niveau européen avec nos partenaires, risque d’être incompatible avec les règles de l’OMC (qu’il serait préférable de revoir), et ne manquera pas en retour se subir des mesures de rétorsion sur nos exportations (sachant que 1 emploi sur 4 en France dépend des importations.

 

En revanche, le point qui éloigne plus François Bayrou d’Arnaud Montebourg est la question des finances publiques, de la limitation de la dette et des déficits. François Bayrou  a été le premier à avertir des grands dangers que courait le pays en laissant filer ses déficits, cumulant une dette publique insoutenable, qui accroît notre dépendance à l’égard de la finance et des marchés, qui ronge notre croissance (une charge financière à 50 milliards, absorbant tout l’impôt sur le revenu, 2,5% du PIB), qui pèse sur le futur de nos enfants, ne nous donnant aucune marge de manœuvre en cas de crise. Arnaud Montebourg lui prétend que ce n’est pas prioritaire, qu’endiguer le déficit est une mesure libérale et justifie des plans d’austérité nuisibles à la croissance et à nos services publics. Pourtant, si nous n’arrêtons pas là, nous allons droit vers une faillite comme la Grèce, ce sera pire encore pour les Français …

Ce que François Bayrou reproche surtout à Arnaud Montebourg, c'est de faire croire que nos problèmes viennent d'ailleurs et pas de chez nous : faute au capitalisme, aux marchés, aux banques ... d'où la thèse de la démondialisation et du protectionnisme. Alors que les problèmes sont chez nous, notre industrie perd des secteurs entiers. Et le déficit de nos échanges extérieurs vient essentiellement des pays de l'UE, bien plus que de la Chine. L'Allemagne, les Pays-Bas, les pays scandinaves arrivent eux à s'en sortir, ont moins de chômage, une balance extérieure excédentaire, et des niveaux de vie similaires aux nôtres. Il ne faut pas se leurer ! On ne peut pas attendre que le capitalisme mondial soit réformé et l'Europe d'accord sur une régulation de ses échanges plus loyale pour sortir le pays de cette crise.

Voir son intervention aujourd'hui sur LCP et ses priorités pour la France : produire-instruire-construire

En fait, le discours d’Arnaud Montebourg est beaucoup plus offensif et révolutionnaire (et même réservé à l’égard d’un rapprochement avec François Bayrou) que le contenu de ses propositions qui s’inscrivent plus dans une évolution réformiste que dans une révolution ou un changement de paradigme : plus de régulation, plus de justice sociale et fiscale et aussi plus d’Europe (même s’il se vante d’avoir voté non au référendum constitutionnel). En ce sens Arnaud Montebourg est un homme ambivalent, … et talentueux !

10/10/2011

Politique fiction sur les primaires du PS : faites votre simulation !

A vous de jouer sur ce simulateur (Excel) en cliquant dessus !

De prime abord, les dés sont jetés, Martine Aubry devrait emporter logiquement le 2ème tour des primaires du PS dimanche.

Il est évident que Arnaud Montebourg va lui apporter son soutien, misant sur un positionnement plus à gauche, malgré "ses relations conflictuelles avec l'équipe Aubry depuis son arrivée à la tête du parti en 2008, sans compter les traces laissées par l'affaire Guérini",  comme le souligne l'article de Mediapart . Il n'y aura pas un report complet, à cause de ces affaires, mais sans doute au moins 80%.

Quant à Ségolène Royal, soutiendra-t-elle officiellement Aubry contre le père de ses enfants ? Ses partisans devraient se partager mais surtout en faveur de Aubry, plus à gauche que Hollande, disons 80%.

Manuel Valls a déclaré son soutien à Hollande. Admettons que 80% de ses partisans le suivent et que 20% se reportent sur Aubry.

Cette simulation donne Aubry gagnante à 55% contre 45% pour Hollande. Mais vous pouvez moduler les hypothèses (en modifiant les taux de report en rouge).

Reste l'inconnu des votants complémentaires qui pourraient se mobiliser, notamment en provenance des autres partis, supposant que les partisans du front de gauche se sont déjà mobilisés plutôt sur Montebourg, mais là aussi on peut en ajouter ...

La droite aura probablement intérêt à préférer Hollande pour deux raisons :

1- en cas de victoire du PS, il est plus modéré que Aubry ;

2- si Hollande gagne les primaires, beaucoup d'électeurs de Montebourg se reporteront sur Mélenchon, ce qui fera chuter le % du PS (de l'ordre de 10% à 17% maximum).

Si la droite incite ses partisans à aller voter aux primaires, cela peut peser. Imaginez 500 000 votants dans le simulateur ! Cela donne 56% pour Hollande. En fait il suffirait de dépasser 200 000 pour que Hollande dépasse Aubry, lui faisant gagner 5 points.

Les partisans du MoDem devraient préférer Hollande, même si ce dernier mord sur l'électorat de Bayrou au 1er tour pour les deux raisons de l'UMP et aussi pour une 3ème :

1-  en cas de victoire du PS, il est plus modéré que Aubry ;

2- si Hollande gagne les primaires, beaucoup d'électeurs de Montebourg se reporteront sur Mélenchon, ce qui fera chuter le % du PS (de l'ordre de 10% à 17% maximum). Ce qui augmente les chances de Bayrou d'arriver au 1er tour au cas où il égalise avec le PS éclaté en faveur de Mélenchon ;

3- une alliance de 2nd tour serait plus facile avec Hollande, plus compatible avec le MoDem.

On peut donc ajouter aussi des voix du MoDem en faveur de Hollande dans le simulateur. 50 000 voix apporteraient encore 1 point de plus à Hollande.

Enfin quelle sera la réaction de EE-Les Verts ? Auront-ils tendance à favoriser Aubry en demandant des garanties sur le remplacement de l'énergie nucléaire ? En optant pour une politique plus à gauche ? Ou préfèreront-il Hollande pour être plus clivant au 1er tour, sachant qu'au second ils optent par avance pour le candidat du PS ? 100 000 voix pour Aubry lui feraient gagner 2 points, de quoi dépasser Hollande de 1%.

Je vous laisse à vos propres simulations et à vos conclusions ...

On peut en conclure en tout cas que si les sondages influencent les électeurs (dans les deux sens, soit par effet d'entraînement, soit par effet de réaction défensive), un tel simulateur peut donner des idées aux potentiels votants, notamment à ceux qui n'avaient pas voté au 1er tour, en influençant aussi le vote !

09/10/2011

Quel système bancaire et financier voulons-nous ?

 

Cet article a un objet pédagoqique : comprendre l’enjeu de la crise bancaire, ce qui explique le besoin de recapitalisation des banques, la formation du profit bancaire en liaison avec les risques pris. Il prend aussi le contre-pied de certains discours démagogiques à l’encontre des banques, souvent utilisés avec un objectif électoraliste à l’aide de fausses vérités, à gauche comme à droite. Son but est de clarifier le débat pour proposer des améliorations en vue de sécuriser la finance, d’éviter ses dérives et de mettre les banques au service de l’économie, de l’intérêt général, d’une manière efficace.

La crise financière déclenchée en 2008 par l’éclatement de la bulle immobilière des subprimes, devenue crise bancaire, a amplifié les dettes publiques des Etats qui sont venus au secours des banques et qui ont entrepris des plans de relance coûteux, puis ces mêmes Etats ont incité les banques à souscrire leurs titres publics (se prêtant mutuellement en quelque sorte), avec la complicité des banques centrales qui fournissaient généreusement des liquidités contre des dépôts de ces titres. Mais comme je le disais dans un précédent article, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, la dette privée s’est muée en dette publique, qui elle-même a été placée dans le privé. Idem pour les risques. Maintenant que le risque de défaut (de faillite) d’un Etat (la Grèce) devient une réalité plausible, entraînant une méfiance accrue à l’égard d’autres Etats débiteurs, toute cette chaîne de dominos est atteinte et menace de s’écrouler.

Face à ce constat, la tentation est grande d’accuser globalement la finance, les banques, qui malgré cette crise ont continué à faire des profits. Les discours fleurissent, surtout à gauche (mais aussi au Front National), exhortant à « mettre les banques sous tutelle et les faire intégralement payer la crise et le coût des dettes publiques » (Arnaud Montebourg), à « obliger les banques à obéir et à cesser de commander »(Ségolène Royal), à « dompter les banques » (Martine Aubry), ou encore présenter les banques comme des prédateurs, des tyrans, des voleurs, des « banksters », ayant intérêt à ruiner les économies pour réaliser des profits (Jean-Luc Mélenchon). Pour le Parti de Gauche (cf ce discours de Jacques Généreux), la crise serait même une « aubaine » et « tombe à pic » en faisant exploser les dettes publiques, prétexte pour imposer aux peuples la purge des biens publics et une politique de rigueur. La presse aussi n’est pas en reste, avec des articles comme ce dernier de Mediapart, intitulé « S'agit-il de sauver les banques ou d'enrichir leurs actionnaires? », qui est une véritable propagande contre les banques, au motif que les banques françaises ont distribué une masse importante de dividendes (10 milliards d’euros depuis le début de la crise, de l’ordre de 30% des profits), au lieu de les garder en réserve pour couvrir les pertes attendues de la dépréciation de leurs engagements en dette publique sur les Etats fragiles, ce qui est choquant lorsqu’on annonce ensuite qu’il va falloir les recapitaliser, notamment avec l’aide de l’Etat ! Tout ceci pour enrichir les actionnaires des banques avant tout …

Certes, la financiarisation de l’économie dans un contexte de dérégulation a favorisé les dérives, les abus, la spéculation, les bonus indécents versés à une minorité de privilégiés, dirigeants et traders, tout en faisant prendre des risques à l’économie. Il faut combattre et prévenir ces dérives. Mais il faut aussi ne pas verser dans les amalgames, jeter l’opprobre sur toute une profession bancaire, sur ses salariés comme sur ces actionnaires, en se livrant à un discours démagogique et électoraliste, n’hésitant pas à dire des choses fausses dans le but d’attiser les haines et de désigner des coupables, ce qui peut aussi fausser le jugement lorsqu’il s’agit de proposer des solutions à la crise et aux dérives.

Pour en juger, il faut revenir à la réalité des chiffres concernant la rentabilité des banques et de leurs actions, ainsi qu'à la composition de leur actionnariat :

- les dividendes qui paraissent mirobolants exprimés en milliards, représentent peu par action comparé à la perte subie sur la valeur des titres. Par exemple si on regarde l’évolution du dividende de PNB-Paribas, le rendement de ce dernier par action est assez faible (compris entre 2 et 5% depuis dix ans). Le cours de l’action est actuellement à 31 euros, affichant une baisse de 50% depuis juillet 2011 et en baisse continuelle depuis 2007. De même pour le Crédit Agricole (même raisonnement pour les autres banques françaises), avec un dividende 2010 de 0,45 euros/action (soit un rendement par action de 5%), alors que l'action est passée de 9,5 euros au 31/12/10 à 5 euros aujourd'hui (perte de -4,5 euros). Idem les années précédentes, depuis 2006 ou l'action était à 29,4 euros en fin d'année par exemple et le dividende à 1,06, l'action a sans cesse baissé. Voir ces chiffres ici pour l'historique du cours et là pour le dividende.  Rappelons que le Crédit Agricole SA s’était introduit en bourse notamment pour financer le rachat du Crédit Lyonnais en 2002, au cours de 18 euros. Les actionnaires ont donc subi de lourdes pertes. Ceci malgré le versement des dividendes en valeur absolue.

- ensuite il faut comprendre que le capital que les banques doivent mettre en réserve en vue de couvrir les pertes potentielles est réglementé selon les règles de Bâle, en fonction des risques statistiques, notamment des décotes, avant même la prise d’engagement, qu'il s'agisse d'une dette souveraine ou de crédits clients et que le prix au client (le taux) ou consenti pour l'obligation (donc taux de rendement) intègre le coût du risque. Si la décote était de 21%, la banque a du réserver ce capital ex ante. L’exigence en capital est réévaluée chaque mois selon les normes prudentielles. S'il s'avère insuffisant, il faut rallonger pour anticiper ou provisionner les pertes. Et si la banque doit augmenter ce capital à engagements constants, il faut que les actionnaires consentent à réinvestir, attendant un rendement qui corresponde au risque pris. Si finalement la décote est de 50%, la provision est insuffisante (pas assez de capital), donc on s'attend à des pertes qu'il faudra couvrir ... Tant que la banque n'est pas en perte elle continue à payer un dividende à l'actionnaire pour le rémunérer de ce risque mais ce dernier perd encore plus sur la valeur du titre !

- maintenant regardons qui sont les actionnaires :  pour le Crédit Agricole par exemple, 56% sont les Caisses Régionales, via une holding SAS La Boétie, qui elles mêmes sont des banques mutualistes, dont les actionnaires sont les clients, dans les territoires, comme le Crédit Mutuel, Crédit Coopératif, Banques Populaires ... 44% est en actionnariat public, dont 8% en investissement direct, 4,4% des salariés et 31% détenu par des investisseurs institutionnels, compagnie d'assurances et OPCVM (SICAV,FCP), fonds de pension qui placent pour compte des épargnants qui en fait sont les classes moyennes. Les grosses fortunes, épargnants riches, représentent donc une minorité !

Quelles sont, au-delà de ce faux procès sur les chiffres de l’enrichissement des actionnaires des banques,  les critiques adressées aux banques et les incompréhensions ?

1-     le versement de bonus inconsidérés aux dirigeants et aux traders, qui jouent avec les fonds propres de leur banque, touchent des sommes considérables en proportion des profits mais sans subir le coût du risque. Lorsque la banque subit des pertes consécutives aux opérations du passé, elle ne reprend pas aux bénéficiaires les bonus versés précédemment. En effet, ceci est injuste, il faudrait au moins décompter le coût du risque statistique de la base des bonus. Compte tenu de la concurrence internationale, il est difficile de réglementer ces derniers localement seulement, car les traders iraient voir ailleurs. Cela dit, en limitant ces activités spéculatives, il est possible de se passer des traders en limitant l’exercice de leur fonction …

2-     les banques empruntent à taux bas à la BCE (1 à 2%) et prêtent  à taux élevé aux clients ou achètent des obligations, notamment des dettes d’Etat, à taux plus élevés, encaissant le profit par différence. Pourquoi ne pas laisser la BCE financer directement l’économie et les Etats ? Cela paraît choquant mais la différence de taux couvre un risque qu’assume la banque, comme une compagnie d’assurance. L’actionnaire a avancé du capital à la banque, dont le montant est réglementé par les règles prudentielles de Bâle, que la banque doit rémunérer en proportion des risques pris. Si la BCE se substituait aux banques, elle devrait adopter la même logique, subissant directement les risques et tarifant ce risque aux débiteurs. Ce ne devrait pas pour autant baisser les conditions aux clients, sauf à risquer des pertes tout en les imposant à l’Etat donc au contribuable.

 

3-     Malgré les liquidités fournies aux banques par la BCE à taux bas, les banques ont besoin d’être recapitalisées. Pourquoi ? Parce que cette liquidité est un passif, une ressource de financement pour la banque qui sera à rembourser, mais n’a pas valeur de capital mis en réserve pour couvrir les risques en échange d’une rémunération.

 

4-     Pourquoi les banques continuent-elles à faire des profits malgré la crise et à distribuer des dividendes alors qu’elles ont besoin d’une recapitalisation pour faire face à des risques accrus ? Il faut comprendre que les normes prudentielles dites de Bâle imposent aux banques de mettre en réserve un capital face aux risques de ses engagement (risques mesurés statistiquement) et que la banque applique un tarif au client (taux) devant rémunérer ce risque, fixé au moment de l’octroi du prêt (ou du swap, ou de la garantie ou autre engagement). En revanche, les normes comptables IFRS ne permettent pas de provisionner (en déduction du résultat) ce risque statistique. Elles n’autorisent aujourd’hui que la déduction de pertes réelles ou le provisionnement de pertes imminentes. Cette norme changera en 2015 pour se rapprocher de la logique des assurances. Cette incohérence fait que lorsque la méfiance est forte, le contexte pessimiste, le client va payer cher son risque, l’actionnaire devra mobiliser plus de capital en attendant un rendement. Puis s’il y a un décalage dans le temps entre les pertes attendues statistiquement et leur réalisation plus tardive, le profit grimpe trop mais la perte potentielle peut être encore là, mobilisant encore le capital. Si en revanche la banque était trop optimiste lors de l’octroi des prêts et subit des pertes supérieures à l’augmentation de capital effectuées sur base statistique, elle ne peut pas verser de dividendes à ses actionnaires et doit quand même trouver de nouveaux capitaux pour couvrir ces pertes et maintenir ses engagements, faute de quoi elle devra réduire ses financements à l’économie. C’est ce qui se passe avec le scénario de restructuration de la dette grecque notamment.

 

5-     Certaines banques, en particulier Dexia pour les collectivités locales, mais aussi la Caisse d’Epargne à des épargnants, ont vendu des produits toxiques à leurs clients, c'est-à-dire des prêts (ou des placements) à des taux attractifs, cachant des options indexées sur par exemple la différence entre le cours du Yen et du Franc Suisse, taux qui pouvaient se révéler très défavorables au client quelques années après si les conditions de marchés évoluaient défavorablement. Normalement, tous les produits financiers doivent obligatoirement faire l’objet d’une notice expliquant au client les risques encourus. Certains n’ont pas fait attention et se sont retrouvés piégés. La banque a ainsi fait prendre des positions spéculatives au client qu’elle-même a dû couvrir pour elle-même en empochant un « spread ». C’est en effet irresponsable, à moins que le client n’ait été complice et ensuite de mauvaise foi …

 

La vraie question est celle du rôle des banques, du fonctionnement des marchés, qu’il faut mettre au service de l’économie, de l’intérêt général et non de la spéculation. Doit-on complètement changer de système, de mode de financement de l’économie, ou doit-on mettre en place une régulation plus efficace et comment ? Faut-il envisager une reprise en main des banques et de la finance par l’Etat ? Faut-il remettre en cause les produits dérivés, la titrisation, les effets de levier (opérations LBO) ? Faut-il condamner et supprimer les marchés ou les réglementer plus sévèrement ? Faut-il taxer plus les banques : les transactions financières, le profit bancaire, les bonus ?

Avant de répondre, rappelons comment est réalisé aujourd’hui le financement de l’économie et au-delà du financement, comment sont échangés les produits dérivés (instruments financiers de couverture de risque de variation de cours, de change, de taux, de prix de titres ou de matières premières ou encore la technique de titrisation) :

-         les crédits bancaires classiques octroyés par les banques. En France 80% des financements des entreprises sont réalisés par les banques et 20% par les marchés, alors qu’aux Etats-Unis la proportion est inversée : 20% pour les banques, les marchés représentant 80%. Il faut savoir qu’aux Etats-Unis une épargne abondante nécessitée par le système de retraites par capitalisation pourvoit les marchés en liquidité, même au-delà des frontières américaines (40% du CAC40 est détenu ainsi par des investisseurs étrangers dont une majorité de fonds américains). Les banques peuvent elles-mêmes financer au moins partiellement ces crédits si elles sont banques de dépôt, sinon emprunter auprès de la banque centrale (BCE, Banque de France) ;

-         le recours aux marchés financiers : une entreprise peut lever des fonds en bourse  en émettant des actions (rémunérant les actionnaires par un versement de dividende proportionnel au bénéfice net) ou des obligations (équivalant à un emprunt à taux fixe ou variable). La banque intervient alors comme conseil pour réaliser l’émission mais ne prend pas de risque (sauf si elle achète directement une partie des titres). L’entreprise peut aussi émettre des créances négociables sur une plus courte durée (3 mois, 6 mois, 1 an), cotées de gré à gré entre banques. Dans ce cas les banques acquièrent le titre et peuvent le céder à d’autres banques ;

-         la titrisation consiste pour une banque a émettre des titres (CDO, ABS,…), qui seront cotés en bourse ou de gré à gré, représentant un ensemble de créances qu’elle détient sur ses clients, les regroupant par profil de risque. La vente de ces titres permet de transférer du risque sur les acheteurs de ces créances, en les rémunérant. Ce qui a pu rendre cessible des créances qui ne l’étaient pas initialement. Mais cet instrument ajoute de l’opacité et donc du risque systémique, comme l’a montré la crise des subprimes, car il est difficile de connaître tous les détenteurs et la composition réelle des engagements sous-jacents, donc leur risque si finalement la notation de ces titres est remise en cause ;

-         les produits dérivés consistent à permettre à un client de s’assurer contre un risque de variation de cours ou de taux, sous forme d’échange de taux fixe contre taux variable (swap de taux) ou de future ou d’option. Ils peuvent s’appliquer à différent produits sous-jacents : change, taux, titres, et même risque de signature avec les CDS (Credit Default Swaps). Ces produits peuvent soit s’échanger de gré à gré (entre deux contreparties, le client et sa banque ou entre deux banques), ce qui fait subir un risque de contrepartie aux intervenants, soit être négociés et compensés sur des marchés organisés qui sont sécurisés (Eurex, Euronext, CME, CBOT,…). Dans ce cas, le client doit faire un dépôt de garantie et payer ou recevoir des appels de marges quotidiennement sur son compte, destinés à couvrir par avance les pertes potentielles correspondant à la différence de cours, ce qui permet d’éviter à ce marché de subir un risque de contrepartie. Les produits de ces marchés doivent correspondre à des standards en termes de produits sous-jacents, à des échéances. 80% des instruments négociés de gré à gré pourraient être en fait négociés sur marchés organisés, sur des produits standard.
Une banque qui cote des produits dérivés à ses clients peut décider des couvrir ses opérations sur marchés organisés ou de gré à gré, se rémunérant grâce à un spread devant couvrir au moins ses coûts et son risque. Elle peut aussi faire du trading, des arbitrages, c'est-à-dire prendre des positions pour compte propre, ce qui lui fait subir des risques de marché et des risques de contreparties sur d’autres banques. Ces positions sont soumises à des limites. Le bonus des traders sont payés au titre de ce type d’activité, selon le profit effectué. Ce type d’activité n’est pas obligatoire. Une banque peut fournir un service à sa clientèle en limitant ses propres positions.

En conclusion, l’activité de la banque comporte une composante « service », qui doit être rémunéré sous forme de commission, et une composante « risque », d’une part sur opération clientèle (risque de contrepartie), dont le coût du risque est refacturé au client lui-même dans le taux ou le prix de l’opération (logique d’un produit d’assurance), d’autre part risque sur positions prises pour compte propre (risque de marché), que l’on peut appeler spéculatives (trading). On conçoit aussi que lorsque les fonds propres sont communs aux activités clientèle, de financement comme de marchés, et aux opérations spéculatives risquées, les pertes sur activités spéculatives peuvent nuire aux autres activités de la banque en prélevant sur l’enveloppe de fonds propres globale.

 

Peut-on limiter voire interdire la spéculation ?

Ce diagnostic justifie l’intérêt d’une loi séparant les activités de banque commerciale (dépôt et crédits à la clientèle) et les activités de banque d’investissement (essentiellement activités de marchés et de prise de participation dans des fonds spéculatifs, car les activités de courtage et conseil en opérations de haut de bilan ne sont elles pas risquées). C’était l’objet du « Glass Steagall Act » mise en place par les Etats-Unis après la crise de 1929 et abrogée en 1999 sous le gouvernement Clinton, dans le contexte de dérégulation et de décloisonnement des marchés. Il a été question de rétablir cette loi après la crise des subprimes (recommandée par Paul Volcker), mais l’équipe de Obama a préféré, en adoptant la loi Dodd-Frank, limiter fortement les activités spéculatives des banques (interdiction du trading pour compte propre, limitation des participation des banques à des hedge funds, obligation progressivement à recourir aux marchés organisés pour remplacer le gré à gré).

Les américains ont vu juste. La séparation entre les banques de dépôt et les banques d’affaires n’empêche pas la spéculation au sein des banques d’affaires, qui représentent pourtant un risque systémique entre elle et un risque pour les clients qui ont recours à elles pour réaliser des opérations de marchés. L’Europe serait sage de s’inspirer de l’exemple américain et aller plus loin, en interdisant plus fermement de traiter avec les Etats non coopératifs, les paradis fiscaux.

 

Faut-il nationaliser les banques ?

Cette question revient à l’ordre du jour avec la nécessaire recapitalisation des banques. Une participation de l’Etat, signifiant une prise de risque assumée par les contribuables, doit logiquement s’accompagner d’un pouvoir de décision de l’Etat sur la conduite des affaires des banques dans lesquelles il prend de participations. Une telle participation signifie aussi une aggravation du déficit public s’il s’agit d’une prise de participation, ou de la dette publique s’il s’agit d’un prêt subordonné que l’Etat doit financer en empruntant. De même, une garantie octroyée par l’Etat sur un financement qu’il ne ferait pas lui-même mais qui serait mis en place par le FESF, devrait être décompté comme une dette, ce qui a été le cas pour l’aide à la Grèce.

La gauche de la gauche prône les nationalisations bancaires afin de ne plus permettre la spéculation et les rémunérations excessives, mais elle se garde bien de dire que cette solution reviendrait à nouveau à faire payer le contribuable :

1- pour racheter les parts de capital, même si le cours a fortement baissé. A moins que ce soit à l’euro symbolique si la banque fait faillite (au point que Frédéric Lordon souhaite la faillite des banques, ce qui est vraiment irresponsable ! Voir ce débat animé par JF Kahn), mais alors ceci signifierait que l’Etat va subir les pertes attendues pour cette banque ;

2- faire prendre au contribuable les risques de pertes futures. On a vu ce que cela a donné avec le Crédit Lyonnais (100 milliards de Francs, soit 16 milliards d’euros de perte). Idem avec Dexia, qui risque de coûter autant au contribuable ;

3- la gestion nationalisée n’est pas meilleure au vu de l’expérience. Le gouvernement Bérégovoy avait incité et même forcé le Crédit Lyonnais à des investissements de soutien, dans les collectivités locales pour faire plaisir aux élus, dans la sidérurgie pour préserver des emplois qui en fin de compte a été en faillite, dans les affaires de Bernard Tapie avec la SDBO, … La gestion de l’Etat n’est pas meilleure que la gestion privée. Ce qu’il faut, ce sont des verrous, des garde-fous, interdisant les activités spéculatives non seulement pour compte propre mais aussi imposée aux client par la commercialisation de produits opaques, complexes, voire ingérables ;

4- une entrée au capital par l’état ne signifie pas pour lui être majoritaire. Une part de 20% permet de faire entrer un actionnaire au Conseil d’Administration  mais pas de peser assez pour les décisions.

Quant à la « mise sous tutelle » des banques par Arnaud Montebourg, sans nationalisation, qu’il nous explique comment il fait au vu de la loi des sociétés. La seule façon de peser est d’avoir une part au capital, majoritaire même pour l’emporter.

 

La Banque centrale (BCE) peut-elle se substituer aux banques ?

Deux arguments souvent évoqués par les pourfendeurs du système bancaire sont :

1-     le profit injustifié que font les banques entre leur taux d’emprunt à la BCE (1% ou 1,5%) et le taux élevé des prêts aux clients ou taux d’intérêt des dettes souveraines de pays fragiles comme la Grèce. Comme déjà expliqué plus haut, ce différentiel de taux, traduit par un profit brut, doit pouvoir rémunérer, au-delà des coûts d’exploitation de la banque, son coût du risque. De plus la banque utilise ces liquidités pour un financement à court terme mais doit aussi emprunter des ressources à long terme pour respecter des ratios prudentiels, subissant le coût de son propre spread, lié au risque qu’elle-même fait subir au marché, qui s’appelle le coût de liquidité. Si la BCE finançait directement les entreprises, voire les ménages, ainsi que les dettes souveraines, il faudrait bien qu’elle répercute aussi un coût du risque et un coût d’exploitation, tout en faisant prendre le risque à l’Etat, donc au contribuable.

2-     le privilège de la création monétaire, qu’ont les banques, fait perdre à l’Etat, aux citoyens, le pouvoir de battre monnaie (référence à la loi Pompidou-Giscard de 1973). Il faudrait rendre ce pouvoir à la Banque Centrale et permettre à celle-ci de financer le Trésor Public en achetant la dette publique. Il faut préalablement expliquer ce que signifie « création de la monnaie » : une banque peut accorder un crédit du moment qu’elle possède un capital égal à environ 8% selon le risque (ratio core tier one, maintenant soumis aux règles de Bâle 2), sans posséder les 100%, qu’elle trouvera par refinancement auprès de la Banque Centrale ou auprès du marché. Comme par ailleurs des crédits sont remboursés, la création de monnaie est la différence entre les nouveaux crédits et le remboursement des anciens. Par ailleurs, cet argent créé est mis en regard de l’activité économique réelle, l’évolution du PIB. Si la masse d’argent crée est supérieur à la création de valeur économique, c’est que la monnaie est dépréciée, ce qui se traduit par de l’inflation (hausse des prix) ou une dévaluation de la monnaie.
Lorsque la Banque centrale achète de la dette publique de son Etat, elle crée directement de la monnaie, qui est de la monnaie de singe s’il n’y a pas une équivalence dans l’année avec une création de valeur (sauf si la Banque centrale « stérilise » cette monnaie en diminuant d’autant ses concours au système bancaire.
Que la BCE achète ces titres en stérilisant la monnaie, où que les banques achètent les titres revient au même en termes de création monétaire. La différence étant la prise de risque sur le titre d’Etat : in fine par le contribuable via la Banque centrale, ou par les actionnaires des banques via l’autre solution.


Faut-il taxer les banques ?

La Commission européenne a fini par proposer une taxe sur les transactions financières de type « taxe Tobin », qui pourrait rapporter 55 milliards d'euro par an sur toute l'UE, en appliquant un taux de 0,1% pour les transactions sur les titres (actions et obligations) et 0,01% sur les autres produits financiers retenus. Cette taxe aura un effet dissuasif en mettant un grain de sable dans la spéculation, notamment sur le trading électronique informatique qui spécule sur de gros volumes et de petits spreads tout en accélérant la volatilité des cours,  mais c'est loin du compte et cela ne supprime pas la spéculation.

Imposer plus le profit net des banques (augmentation du taux de l’IS) peut avoir un effet pervers, déplaçant les activités bancaires hors de France et incitant les banques à répercuter la taxe sur les clients, ce qui n'est pas bon pour ces derniers. Rappelons qu’une taxe bancaire assise sur le bilan a déjà été appliquée après la crise.

En revanche, imposer les profits de spéculation et les bonus (même si ce sera loin de financer la crise) ou interdire la spéculation (réforme mise en place par Obama/loi Dodd Franck), voilà qui tient plus la route. La limitation des activités spéculatives, comme aux USA (suppression du trading compte propre) devrait aussi supprimer la fonction de trader. C'est même plus efficace qu'une séparation entre les activités de dépôts-prêts et les activités de banque d'affaire/marchés, qui servent aussi des clients.

 
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