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21/09/2011

Bayrou et Peyrelevade, en écho pour une politique de l’offre

François Bayrou et Jean Peyrelevade résonnent et raisonnent de concert. François Bayrou a publié le 18 août son dernier livre intitulé « 2012, état d’urgence ». Jean Peyrelevade vient de publier à son tour un essai dont le titre résonne en écho à celui de François Bayrou : « France, état critique ». Cette résonance ne se limite pas au titre, mais elle est confirmée dans le contenu, sur le volet économique de l’analyse, du diagnostic, ainsi que des propositions.

 

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Tous deux font une analyse en profondeur des causes du mal qui ronge l’économie française depuis une vingtaine d’années. Le creusement des déficits publics et sociaux, incrémentant une dette devenue abyssale, de notre balance commerciale du commerce extérieur, perte des emplois, chômage croissant et tassement du pouvoir d’achat, appauvrissement, tous ces mots sont des symptômes et il faut s’attaquer aux vraies causes plutôt qu’aux symptômes.

On aura beau augmenter les impôts où les répartir autrement, réduire les dépenses publiques, favoriser la consommation avec des primes à la casse pour relancer l’économie, créer des emplois jeunes financés par l’Etat, s’il n’y a pas de création de richesses, de nouvelle production pour créer de vrais emplois non subventionnés, tout cela ne servira à rien et le pays s’enfoncera encore. Même la relance de la consommation profite souvent plus aux importations et peut contribuer à creuser notre déficit extérieur au profit des autres pays, comme on l’a vu avec l’automobile française, dont la production est à présent réalisée à plus de 50% hors de France.

 Nos déficits publics répondent à un autre déficit croissant : celui de la balance commerciale extérieure, l’écart entre nos importations et nos exportations se creuse chaque année depuis 2003, du fait des délocalisations, de la sous-traitance aux pays tiers (dont 60% en Union Européenne). Voir une synthèse des chiffres du commerce extérieur de la France ici.

Mais il faut aussi préciser, comme le montre cette étude publiée par Bercy, que seuls 13% des 2 millions d’emplois industriels perdus depuis 1980 sont dus aux délocalisations (28% depuis 2000), qui se traduisent par ce creusement du déficit extérieur. La majorité des pertes d’emplois industriels sont causées par une croissance de la productivité : 29% dus à des gains de productivité (65% sur la période 2000-2007) et 25% des destructions d’emplois étant dus à des transferts de l’industrie vers les services par externalisation (donc pas une destruction d’emploi au total).

Cela n’affaiblit aucunement la conclusion de nos deux auteurs, qui est exacte : la France produit de moins en moins sur son sol et sa forte productivité (une des plus forte de l’UE, meilleure que celle de l’Allemagne), traduite par des pertes d’emplois, est insuffisamment compensée par la création d’emplois ou par une demande en qualifications non trouvées en France, notamment du fait d’une formation insuffisante ou inadéquate des jeunes et des chômeurs à reconvertir. Ce qui explique aussi que les deux priorités de François Bayrou soient « produire » et « instruire », les deux mamelles de la France, en écho à Sully qui disait à son époque : « Labourage et élevage sont les deux mamelles de la France ».

Il convient également de constater que l’accroissement de notre déficit public a été causé par une baisse de recettes fiscales annuelles de 100 à 120 milliards d'euros depuis l'an 2000 (soit 0,5% du PIB) dont 2/3 en diminution d'impôt comme en attestait  Gilles Carrez l'an dernier ).

Et comme le remarquait Laurent Mauduit dans un article de Mediapart sur ce rapport "Dans ce bilan des baisses d'impôts conduites depuis dix ans, la gauche a aussi sa part de responsabilité. Car si les impôts ont au total baissé de 77,7 milliards d'euros au cours des années 2000-2009, les baisses s'élèvent à presque 26 milliards d'euros pour les seuls trois premiers exercices, ceux des années 2000-2002, comme le relève le rapport de Gilles Carrez. » L’augmentation de la charge financière de la dette publique, du fait de l’augmentation de sa base, la dette publique qui s’incrémente du déficit, ainsi que d’une augmentation potentielle des taux d’intérêt, encore plus menaçant aujourd’hui, contribue aussi à creuser le déficit. Cette charge financière des intérêts est équivalente à l'impôt sur le revenu : 50 milliards d'euros, soit la moitié de notre déficit. Pour rappel notre déficit public s’élève à presque 150 milliards d'euros en 2010 et plus de 100 milliards estimés pour 2011). Nous empruntons pour payer nos intérêts. L’Etat est surendetté. Notre déficit primaire, avant prise en compte de cette charge, est négatif de 50 milliards, ce qui signifie que si les marchés arrêtent de prêter à l’Etat Français, ce dernier se verrait dans l’impossibilité de payer ses dépenses, ses fonctionnaires. Ce qui n’est pas le cas de l’Italie par exemple.

 

Jean Peyrelevade, comme François Bayrou, étayent leur analyse d’une comparaison très intéressante avec l’Allemagne, argumentation répondant à ceux qui dénoncent l’euro et prônent des remèdes protectionnistes. Par contraste comparée à la France, l'Allemagne a un faible taux de chômage (6,1% en juin 2011 contre 9,2% pour la France), une balance extérieure en fort excédent (154,3 milliards d'euro en 2010 et en hausse de 11,2% sur 2009, contre un déficit de commerce extérieur de 68 milliards en 2010 pour la France, qui s'aggravera en 2011 à un niveau de 75 milliards), des exportations en hausse de 18,5% (60% à destination de la zone euro), un déficit public égal à 3,3% du PIB en 2010 (contre 7,7% du PIB en France). Pourtant en 2004, c'était l'inverse. L'Allemagne subissait les coûts de la réunification, était très endettée et a dû faire appel à une aide de l'Europe, comptait 10% de chômeurs. Ce pays a réussi à s'en sortir, certes en faisant des sacrifices (gel des salaires, augmentation de la TVA) consentis par la population grâce à une nouvelle majorité d'union au centre à l'initiative de Gerhard Schroeder et surtout en adoptant une bonne stratégie industrielle.

La France et l'Allemagne sont très comparables en terme de modèle de société et baignent dans le même contexte économique.

Reprenons quelques points de comparaison entre la France et l'Allemagne :

-         L’Allemagne et la France partagent la même monnaie, l’euro. L’euro n’a pas empêché l’Allemagne d’exporter ;

-         L’Allemagne et la France partagent également le même modèle social et les mêmes niveaux de salaires, même s'il existe quelques différences, par exemple le fait qu'il n'y ait pas de salaire minimum réglementaire national en Allemagne. Comme le montre ce rapport à la Commission des comptes de la Sécurité Sociale) : le coût du travail reste aujourd'hui plus élevé en Allemagne, en brut commet en net, même si ces dix dernières années l'évolution relative a été favorable aux entreprises allemandes. Les salaires bruts sont 34% en moyenne plus élevés en Allemagne qu'en France. En net de charges et d'impôt sur le revenu, l'écart se réduit car les prélèvements sont plus élevés en % en France, mais restent encore 6% supérieurs.  La réduction de l'écart tient à l'importance relative plus grande des prélèvements patronaux en France et de l'impôt sur le revenu en Allemagne. - les charges sociales patronales sont plus élevées en France mais les charges sociales  salariales sont plus élevées en Allemagne et donc au final les salaires allemands sont plus élevés en moyenne pour permettre aux salariés de payer leur couverture sociale, avec aussi plus de recours à des complémentaires privées santé et retraite,

-         La productivité (PIB/heure travaillée) est  en moyenne meilleure en France qu'en Allemagne, Le niveau supérieur du salaire moyen et du coût annuel du travail en Allemagne ne semble pas justifié par une productivité supérieure du travail et n'est que partiellement lié au nombre d'heures travaillées (d'après l'OCDE, le PIB par heure travaillée est plus élevé en France qu'en Allemagne (96,2% du niveau des Etats-Unis pour la France contre 91,4% pour l'Allemagne).

-         Les prélèvements obligatoires sont plus élevés en France en % du PIB mais la part des prélèvements sociaux et de l'impôt sur le revenu dans le coût du travail est supérieure en Allemagne (52% contre 49,3%),

-         La mise en place des 35 heures a provoqué brutalement une variation relative en défaveur de la France (représentant un renchérissement du coût du travail de 11% pour notre société globalement concernant les salariés) mais pour arriver in fine à une durée comparable (même légèrement supérieure) à celle des Allemands. La moyenne des heures travaillées par semaine est légèrement plus élevée en France qu'en Allemagne, comme le pointe cet article montre cette étude de l'Insee. La France, avec 1.559 heures en 2007 se situant au niveau de la moyenne de l'UE (1.564 heures). Voir aussi cette étude comparée entre pays européens, datant de janvier 2011 : avec 41 heures de travail hebdomadaire, les Français se situent un peu en dessous de la moyenne européenne (41,5) et les Allemands sont à 41,7 heures malgré une durée conventionnelle de 37 heures. Ceci malgré la mise en place des 35 heures ... La durée conventionnelle moyenne de temps de travail dans l'UE est de 38,6 heures par semaine.

-         Enfin, parlons de la TVA sociale, mise en place par les Allemands en 2007, équivalant à une dévaluation compétitive opérée par le transfert d'une partie des charges sociales sur la TVA.  L’Etat allemand a augmenté la TVA de 3 points (3%) pour financer des charges consécutives à sa réunification, dont 1 point au titre d’un report de charges sociales. Ce coût a été transféré des entreprises vers les ménages, ponctionnant donc en partie leur pouvoir d'achat. Mais l'Allemagne partait d'un taux de TVA beaucoup moins élevé que le nôtre (16%)  et arrive maintenant à 19%. L’effet relatif de compétitivité de prix des produits allemand a été très faible car les importateurs de leurs produits sont peu sensibles aux prix (preuve en est de l’insensibilité à une hausse de l’euro).

Ce qui justifie le succès incontestable des entreprises allemandes à l’exportation, surtout vers les pays émergents dans le secteur spécialisé des machines outils, ceci malgré le renchérissement de l’Euro face au dollar et au Yuan, donc malgré la cherté relative des marchandises, c’est une expertise industrielle, c’est la haute qualité des produits, peu sensibles à la concurrence. L'effort d'investissement productif explique aussi probablement ce meilleur positionnement.

Jean Peyrelevade démontre en effet la dégradation de l’investissement privé en France (réalisé par les entreprises françaises) alors qu’il augmente en Allemagne. L’économiste enseignant Yves Besançon avait fait le même diagnostic dans cet article sur Mediapart. Il démontrait combien l’investissement productif était essentiel de la croissance économique.

Or pour investir, l’entreprise a besoin de sources de financement, soit en prélevant sur sa marge, soit en empruntant. Jean Peyrelevade constate que les marges brutes  des entreprises françaises se sont réduites relativement à L’Allemagne. Les marges des entreprises françaises se sont dégradées, passant de 32% du PIB en 2000 à seulement 30% en 2007. En Allemagne, elles s’élèvent à 42%. Le taux d’autofinancement des entreprises françaises est ainsi tombé à 50%, un niveau historiquement bas. Il est de 100% en Allemagne, ce qui rend le tissu productif largement indépendant des perturbations financières. Remarquons pour finir que les Allemands se sont spécialisés dans certains secteurs exportateurs (et n’ont pas hésité parallèlement à en abandonner d’autres), alors que la France ratisse large, mais peu : les exportations françaises croissent deux fois moins rapidement que le commerce mondial. 

 

En conclusion, il ne sert à rien de dénoncer l’euro et la mondialisation, les problèmes viennent de chez nous et les remèdes doivent aussi venir d’une volonté de s’en sortir par des choix économiques et politiques, favorisant la création et la commercialisation, la recherche de clients et le partage de brevets, par une mise en réseau des acteurs, favorisant le  développement des entreprises notamment des PME innovantes et même de PME produisant des produits classiques sur lesquels nous pouvons avoir un avantage compétitif, sur la qualité et par une production plus intelligente. Sans oublier l’action sur la formation, des jeunes, en commençant dès l’école, jusqu’aux choix d’orientation aux études supérieures, sans oublier non plus la formation professionnelle, la reconversion des chômeurs.

Jean Peyrelevade, banquier social démocrate qui se dit « de gauche » et a soutenu François Bayrou en 2007, s’est récemment à nouveau tourné vers le PS, soutenant François Hollande aux primaires, puis a annoncé le week-end dernier qu’il préférait maintenant soutenir Manuel Valls, très proche de François Bayrou sur ses propositions économiques.

Il n’a pas encore choisi entre François Bayrou et Manuel Valls pour 2012, mais si ce dernier n’emporte pas les primaires, il sera certainement à nouveau tenté par François Bayrou. Il encourage en tout cas une « nouvelle majorité » de centre-gauche, composée du vrai centre qu’est le MoDem et du PS qu’il souhaite plus réaliste et moins illusionniste, moins démagogique.

François Bayrou, lui, prône une « majorité centrale », celle « du courage », allant de la droite sociale et républicaine favorable à une Europe forte à la gauche sociale-démocrate en passant par le centre, réalisée à partir d’un projet, de valeurs et de propositions pour reconstruire la France, s’attaquant aux vraies causes des problèmes et fondée sur un discours de vérité.

14/09/2011

IL Y A CENT ANS, LA JEUNE REPUBLIQUE OUVRAIT UN CHEMIN

La JR (Jeune République), conçue fin 1911, et née officiellement le 1er juillet 1912, n'a jamais été un grand parti. Mais quel incroyable apport à la société et à la vie politique française ! Quel souffle ! Elle est méconnue des jeunes générations. Dommage. Cela peut changer avec cette nouvelle soif de repères et d'exigences morales politiques. Connaître son histoire nous conduit au Mouvement Démocrate qui, en fin de compte, est son héritier.

 

Marc Sangnier, Maurice Schumann, l'abbé Pierre, Jacques Delors. Il faudrait ajouter Germaine Malaterre-Sellier, Léo Hamon, Eugène Claudius-Petit, Anicet Le Pors, Georges Montaron et tant d'autres. Ces personnalités, si fortes et si différentes, avaient ou ont encore cette "âme commune", puisée dans leur formation politique à la Jeune République. "La Jeune République, c'est la filiation directe du Sillon", explique Jean Chappet, un ancien de la JR, aujourd'hui adhérent MoDem du Havre. "Le rayonnement et la mémoire de Marc Sangnier ont été notre ciment", explique l'avocat de gauche Claude-Roland Souchet, qui fut le dernier sécrétaire-général de la JR (1960-1985).

 

Tous les JR contre Pétain

 

L'histoire pourrait ne retenir que cela de cette épopée de 73 ans: le 10 juillet 1944 seuls 57 députés, sur 544 votèrent contre les pleins pouvoirs à Pétain. Or, parmi eux, les quatre"Jeune République" présents. C'est le seul parti qui puisse en dire autant. Aucun de gauche, aucun de droite ne peut s'en prévaloir, très loin de là. Ils méritent, que nous les citions tant ils font honneur à la France et à notre famille d'esprit. Ce sont Philippe Serre, qui fut à deux reprises membre des gouvernements de Front populaire et qui était l'ami personnel du général De Gaulle depuis longtemps. (De Gaulle lui-même, sans en être, assistait à des réunions de la JR et y trouvait ses meilleurs soutiens dans les années 30, en particulier M. Serre et un autre dirigeant, André Leconte), Maurice Delom-Sorbé,  également membre d'un gouvernement de Front populaire (conduit par Camille Chautemps). Maurice Montel, qui devait après guerre rejoindre la SFIO, et Paul Boulet, futur député MRP, qui fut maire de Montpellier avant et après guerre. Le cinquième, Jean Leroy, était alors prisonnier en Allemagne. Tous étaient des anti-munichois.

 

Le 25 août 1910, Marc Sangnier avait été sommé par le pape anti-moderniste Pie X de placer le Sillon dans la soumission des évêques. Marc Sangnier, ce chrétien social dont le mouvement Le Sillon (1894-1910) réconcilia les catholiques et la démocratie et en rallia un grand nombre à la République. Selon l'écrivain Joseph Folliet, qui ne fut pas toujours tendre avec Marc, mais appartint à la JR, ce mouvement "fut le plus important du christianisme depuis le Moyen-Age". Marc Sangnier est souvent ignoré au sein même du MoDem. Pourtant, l'article deux de sa Charte des valeurs, s'inspirant directement et textuellement de Marc Sangnier, définit la démocratie comme ce "qui vise à porter au plus haut la conscience et la responsabilité des citoyens", et "exige le respect scrupuleux de la personne humaine". Cette dernière formule, inspirée aussi d'Emmanuel Mounier, et qui imprégna la Jeune République après la seconde guerre mondiale, se trouvait déjà dans les statuts de la JR en 1912.....

 

En fait, c'est depuis 1906 que Sangnier n'était plus en odeur de sainteté. Il avait eu le front d'intégrer dans "Le plus grand Sillon" des protestants et des juifs, de dialoguer avec des non-croyants, d'accepter la séparation des Eglises et de l'Etat, de prôner la démocratie. Et, plus inacceptable encore aux yeux de ce Pape, la laïcité. Sans aucunement jamais cacher sa foi chrétienne, Sangnier n'aimait pas du tout le cléricalisme. Pie X lui accorda -et oui, même pour un journal, un chrétien devait avoir l'accord du Vatican ! - de poursuivre la publication de son tout nouveau quotidien "La démocratie". L'action politique lui paraissait une nécessité absolue.

 

Des combats d'avant-garde

La Ligue de la Jeune République était créée, se définissant comme un parti social, démocratique, laïc -même si la quasi-totalité de ses membres étaient chrétien - au départ. Sangnier en était président. Ses responsables, notamment Henry du Roure, Léonard Constant et Georges Hoog, entendaient "réhabiliter la politique", et se lancer dans des combats alors d'avant-garde contre les taudis, -préfigurant l'action de l'abbé Pierre-, le travail de nuit des femmes, l'alcoolisme, pour la journée de huit heures, le repos hebdomadaire, la syndicalisation, le droit à la retraite, et dès 1914 le "code du travail", un temps appelé "charte du salariat". Il verra le jour en 1922, et la JR y sera pour beaucoup. Un membre du Sillon, proche de la Jeune République, Jules Rimet, sera le fondateur de la Coupe du monde de football.

Deux objectifs majeurs: la lutte pour l'éducation égale pour tous, et l'abolition du "sweating system", ce quasi-esclavagisme imposé aux ouvrières à domicile. La JR est favorable à la proportionnelle et à la suppression du Sénat qui serait remplacé par une "Chambre des intérêts économiques et sociaux". Elle récuse les thèses marxistes, et la notion de lutte de classe, condamne le capitalisme "païen" et veut lui substituer "une structure à trois étages: le privé, l'étatique, le coopératif". La JR s'inquiète de la montée de l'endettement du pays. En 1925, bien avant la crise, elle s'insurge contre "un endettement de 20 milliards à court terme" sur un budget de 32,5 milliards de francs. Elle prend aussi la défense des minorités, combat toute forme de racisme, soutient les mouvements de revendication dans les colonies.....

Ne retrouve-t-on pas là les préoccupations essentielles, sans doute dans un contexte fort différent, du MoDem?  

Le journal La Démocratie est lui-même une coopérative, et la JR en crée une dizaine à Paris -des boulangeries, des magasins de vêtements- et en province (Fougères, Angers).

En avril 1913, Georges Hoog, rédacteur en chef du journal La Jeune République, publie une série d'articles contre Charles Maurras, l'homme du "nationalisme intégral" et de l'"antisémitisme national" qui sera aussi l'idéologue de Vichy, et dénoncera des résistants, notamment de la JR à la Gestapo..

La JR est le principal adversaire de l'Action française, dont le Front national est le fils naturel...

Parmi ses principaux dirigeants de la JR, membres du Conseil national, une femme, ce qui était rarissime dans les formations politiques. C'était Germaine Malaterre-Sellier, considérée comme une des plus grandes féministes, Croix de guerre avec palmes en 1915, qui lutta sans relâche pour le vote des femmes.

Les rangs de la JR s'enrichissent de personnalités comme Francisque Gay, futur fondateur de la Vie catholique et de l'Aube, puis vice-président du Conseil MRP, en 1945-1946, qui refusera de choisir en 1924 quand se créé le Parti démocrate populaire (PDP, centre-droit), Henri Teitgen et Victor Diligent, (qui, eux, rejoindront le PDP) figures, comme leurs fils respectifs, André et Pierre-Henri, de ce courant de pensée. 

"Les instruments de travail doivent appartenir aux ouvriers", demande la JR dans son programme. Pendant la "grande guerre", la plupart des "Ligueurs" sont au front. Après l'armistice, le mouvement se relance, les adhérents, qui ont désormais leur organe hebdomadaire "La Jeune République", sont environ 15.000.

 

Le pacifisme d'action

Déjà Marc Sangnier, qui avait eu deux échecs électoraux avant guerre en banlieue parisienne, veut concilier l'action politique et pacifisme d'action. La JR, qui voit dans le Traité de Versailles les germes d'un "revanchisme" de l'Allemagne humiliée, soutient à fond la politique de rapprochement avec l'Allemagne, notamment les initiatives d'Aristide Briand. Sangnier lance les Congrès de la paix, avec des personnalités de toute tendance, -tel Ferdinand Buisson, président très laïc de la Ligue des droits de l'homme, l'abbé allemand Franz Stock, le jeune Pierre Mendès France, notamment à Bierville, près d'Etampes, en 1926.

Les premiers succès électoraux viennent en 1919. Marc Sangnier, qui s'inscrit au Bloc national pour en démissionner très vite car "il vire à droite" est élu avec quatre autres "ligueurs". Marc Sangnier et ses amis sont de tous les combats sociaux et démocratiques. Sangnier se distingue en défendant le communiste Marcel Cachin, en 1923.1924 et 1928 ne sont pas des années fastes électoralement! Aucun élu en 1924, un en 1928, Louis Rolland...qui rallie le PDP, présidé par le futur président du Conseil de la République, Augustin Champetiers de Ribes.

Ce parti se dit aussi héritier de Marc Sangnier lequel restera toujours de coeur JR, participant à toutes les réunions importantes, même s'il le quitta en mai 1932 pour se consacrer à son action pour la paix. Il n'y eut en 1932 qu'un député élu, Guy Menant, -ce revers compta beaucoup dans la décision de Marc- deux le rejoignant à la faveur de partielles, Philippe Serre et Albert Blanchoin. Hoog comme secrétaire-général, contrairement au PDP, rejoint le Front populaire. Ces hommes, pacifistes et sans doute, avant l'avènement du nazisme, parfois peut-être naïfs, mais aussi soucieux de la défense de la France et de la nécessité de préparer la guerre, prendront tous une part active à la Résistance. Parmi les nouveaux adhérents, de nombreux jeunes, tel Jean Dannenmüller, futur grand résistant et journaliste, qui sera aussi le beau-père de Lionel Jospin. 

L'imprimerie de la Démocratie, de Marc Sangnier et de son fils Jean -qui nous a quittés en août- est à la disposition de la Résistance et publie, à quelques mètres de l'Abwehr, le renseignement militaire allemand installés à l'hôtel Lutetia, Défense de la France, Témoignage chrétien, les interventions du général de Gaulle... Car la JR, qui aura tout tenté pour que les jeunesses française et allemande se rapprochent, est résistante et gaulliste de la première heure. Maurice Schumann, Jeune Républicain depuis 1935, après avoir quitté la SFIO -le 23 août 1936, en manchette de la Jeune République, il avait appelé à un "Front populaire international"- est la principale voix à la radio de la France libre.

 

Le réseau Valmy

Un professeur JR du lycée Buffon à Paris, Raymond Burgard, lance le "réseau Valmy". Des jeunes mènent à Paris de multiples actions de résistance. Cinq élèves de Buffon seront fusillés par les nazis le 8 février 1943. Eugène Petit, dit "Claudius" et Antoine Avinin, deux JR qui rejoindront plus tard l'UDSR de René Pleven et François Mitterrand, représentent le mouvement Francs Tireurs au Conseil national de la Résistance, présidé successivement par Jean Moulin et Georges Bidault, un dirigeant du PDP. Les héritiers spirituels de Marc Sangnier représentent près du tiers des membres du CNR!!!!

Il y a aussi Maurice Lacroix, peut-être le plus grand helléniste français du dernier siècle, président de la JR de 1944 à 1960, qui se spécialise dans l'action clandestine à Paris et la fabrication de faux papiers pour les juifs. Comme Georges Hoog, qui subira plus de dix descentes de la Gestapo et mourra peu avant la Libération en juin 1944, et Francisque Gay, ces résistants ont choisi de rester à Paris, prenant des risques inouïs qu'ils mesuraient et déjouaient très consciencieusement. Hélas, beaucoup ont aussi été déportés, et certains ne sont pas revenus.....

Francisque Gay, qui a sabordé son quotidien l'Aube, accueille à plusieurs reprises dans ses bureaux de la rue Garancière, le CNR, et élabore, avec Pierre-Henri Teitgen, comment pourra vivre la presse libre. Pendant la guerre, la distinction s'estompe entre JR et PDP qui, ensemble, à la Libération, forment le Mouvement républicain populaire, qui sera, avec Schumann comme président et Sangnier comme président d'honneur, le premier parti de France aux différentes élections de 1945 et 1946, à égalité avec le PC, et loin devant la SFIO. Tous trois, derrière le général de Gaulle jusqu'en janvier 1946, forment le "tripartisme", qui reconstruit la France et construit le "modèle social français" tellement "détricoté" depuis le début du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

 

La JR continue, après la création du MRP

Le 26 novembre 1944, lors de la naissance du MRP, -où les ex-PDP sont prédominants malgré Sangnier et Schumann-, Maurice Lacroix entend maintenir la JR, car il juge la nouvelle formation "trop confessionnelle". C'est une nouvelle histoire qui commence que Marc Sangnier suit avec bienveillance et amitié jusqu'à sa mort, à la Pentecôte 1950.  Le député savoyard Lucien Rose (de la première Constituante), grand résistant, -et futur maire adjoint socialiste de Rennes- devient secrétaire général. Mais la JR a perdu nombre de ses troupes.

La JR intègre aussi, dans son éthique, le "personnalisme" d'Emmanuel Mounier, et appelle à une "révolution des consciences". Elle se maintient, vaille que vaille, et trouve en 1950, pour une petite année, un député à l'Assemblée nationale, Henri Grouès, alias l'abbé Pierre, qui a démissionné avec fracas du MRP, trop à droite à son goût. Dans la législature suivante, une des figures à la fois du MRP et du gaullisme de gauche, Léo Hamon, rejoint la JR, qui se démarque complètement du MRP en s'opposant à la CED (Communauté européenne de Défense).

Puis, en 1955, avec un nouveau secrétaire général, Jean Bauché (élu en 1950, remplacé en 1957 par Bertrand Schreiner, et en 1960 par M. Souchet), la JR devient une des composantes de la gauche, et soutient Mendès France. Georges Montaron, directeur de Témoignage chrétien, et le jeune Anicet Le Pors, futur ministre communiste de François Mitterrand, la rejoint.

En 1955, un cadre de la Banque de France, syndicaliste CFTC avant d'être un des créateurs de la CFDT, Jacques Delors adhère à la JR, après un bref passage au MRP. C'est dans ce parti qu'il fit son apprentissage politique, et l'ancien président de la Commission européenne évoque souvent ce qu'il doit à Marc Sangnier et à la JR.  En 1956, la JR participe au Front républicain avec la SFIO et Mendès.

La fin des années 50, c'est le temps des recompositions. Les petites formations de gauche "dissidentes" cherchent à s'unir au sein de l'Union des Forces démocratiques (UFD), autour de Mendès, Mitterrand, Jean Poperen et Maurice Lacroix. La Jeune République est en première ligne contre la guerre d'Algérie.

Le Parti communiste, déçu par Mollet, lui propose de constituer un "Front de gauche".  Pas question d'être "compagnon de route" du PC, même si la JR n'a jamais fait d'"anti-communisme primaire", une expression née dans les colonnes de son journal peu après le Congrès de Tours de 1920.

Cette discussion, comme toutes les autres échouent. "Je me rappelle nos débats animés. Mitterrand était très optimiste pour l'avenir de la gauche, Mendès n'y croyait plus", confie Me Souchet.

 

Jamais inféodée, toujours libre

Le 3 avril 1960 naît le PSU, avec Mendès et Michel Rocard. L'UDSR s'éteint, et disparaît totalement en 1965.  Pas la JR. Même si la plupart de ses membres rallient le PSU ou la SFIO, ou bien encore, comme Léo Hamon ou François Sarda, le gaullisme. Il reste bien une forte minorité pour continuer. Quelques combats, comme ceux de Me Souchet, et de son épouse Marcelle Leconte, aux municipales de 1965 ou aux législatives de 1973 à Paris (5è).

Le 30 novembre 1970, la JR organise un grand meeting de solidarité avec les Grecs victimes de la dictature en présence de Mitterrand et de Georges Marchais.

Puis, la JR, comme le PSU un temps revivifié par les fortes initiatives de Mendès ou Rocard, perd peu à peu du terrain.

En 1985, la JR, qui a refusé à Mitterrand, éberlué, d'être un "courant" du PS, cesse toute activité, sans pour autant disparaître juridiquement.

Comme Marc Sangnier, la JR, qui est son enfant au même titre que le MRP, a éveillé des millions de gens à la conscience civique, à la démocratie, à la solidarité.

Voilà un immense succès qui, tant des acquis sociaux et des aires de liberté que la France connaît, lui est dû.

Ce n'est pas seulement le mode de scrutin, la bipolarisation soi-disant inévitable qui l'a fait souffrir avant-guerre. La JR, comme le MRP, autre enfant de Marc Sangnier, pouvaient seuls former cette "majorité centrale", ce Centre jusqu'ici introuvable dans la politique française. MRP "virant à droite", JR "virant à gauche", et bien d'autres familles d'esprit, -radicales, socialistes, libérales, et désormais écologistes- peuvent inspirer très profondément le Mouvement démocrate. C'est un ancrage.

C'est au tour du Mouvement Démocrate, de former cette "majorité centrale", vitale.

La présidentielle et les législatives en seront l'occasion à saisir. Il peut, il doit puiser dans ces décennies, parfois douloureuses, de la JR, complexes mais jamais chaotiques.

Nous l'avons vu, Marc Sangnier avait quitté, en mai 1932 la JR, officiellement par constat de carence électorale. Dans une lettre aux adhérents, le 15 mai, il expliquait avoir tout fait pour la réussite électorale de la JR, étant lui-même candidat à La Roche-sur-Yon. Mais son constat est que ces efforts sont vains, que les "grands partis" laminent les "petits". "En s'installant sur le terrain électoral dans une circonscription, la JR prend nécessairement une position qui l'isole à droite comme à gauche, dresse contre elle tous les partis organisés, et ne faisant elle-même pas figure de parti sérieux, ne garde qu'un nombre infime de suffrages isolés", écrivait-il.

C'était l'analyse de Sangnier il y a 80 ans, dans un contexte très particulier. Elle était constructive puisque l'urgence des urgences, c'était la paix mondiale. Et, très démocratiquement, la JR a décidé de poursuivre le combat électoral, parfois avec succès.

Dans un tout autre esprit, destructeur celui-là, ces propos ne sont pas éloignés de ce  que disent aujourd'hui aux partisans du MoDem ceux qui lui veulent du mal, et ceux qui  disent, hypocritement, l'apprécier. Le cantonner à être une puissance morale, mais, avec peu d'élus, une force d'appoint politique, cela leur plairait bien! PS et UMP ont pour le MoDem ce regard candide ou condescendant qu'avaient la SFIO ou les radicaux pour la JR. D'accord, admettaient-ils, les "démocrates d'inspiration chrétienne" ont joué un rôle moteur dans la Résistance, puis pour le logement, le droit à la retraite, la justice sociale, la paix mondiale, l'indépendance de la presse, la décolonisation....

Nulle personnalité politique, sans pouvoir, n'a reçu autant de louanges à ses obsèques que Marc Sangnier. Mais lui, il ne demandait pas d'honneur.

Et ces partis que l'on dit grands, tels les coucous, prenaient les idées de la JR ou de sa famille d'esprit, se les appropriait. Et ils gagnaient les élections. Sans appliquer leurs promesses.

Tel ne saurait être le sort du Mouvement démocrate. Il y perdrait tout. Il n'y a nulle fatalité à ce que celui qui a raison avant les autres perde dans les urnes! Chacun lui reconnaît, et reconnaît notamment à François Bayrou d'avoir le premier décelé le danger du surendettement de la France, de la nécessité d'une réponse européenne à la crise, de l'impossibilité pour le monde politique, comme pour la presse, d'être liés à celui des affaires. Des candidats aux "primaires socialistes", comme François Hollande, ont repris le terme de "politique crédible" dans leur campagne, et s'interdisent des promesses intenables, à l'instar de François Bayrou, mais en contradiction totale avec la pratique de leurs aînés.

 

Puissance morale et victoire électorale

La tâche d'aujourd'hui, des sept mois qui viennent, c'est de conserver cette puissance morale tout en ne se laissant pas voler les idées et les voix par tel homme ou telle femme de gauche qui découvrirait d'un coup de baguette magique l'humanisme, la priorité à accorder à l'éducation, ou l'économie coopérative; ou tel homme de droite ou du centre-droit qui brûlerait tout, le bouclier fiscal comme la "chasse aux Roms" ou les millions d'euros reversés à Bernard Tapie, pour se refaire une virginité politique en retenant par coeur des passages d'"Abus de pouvoir" et d'"Etat d'urgence".

Gagner en disant la vérité aux Français, en restant soi-même, en accueillant les "déçus" du sarkozysme ou du PS, et même ceux qui se sont égarés par malheur au Front national, en convainquant les millions d'abstentionnistes de ces dernières années, doit être possible, est possible.

L'univers politique est plus cruel encore que dans les années 20, 30 ou 50. Internet fourmille de rumeurs malfaisantes, et multiplie tout par mille. Le temps est venu en cette période où la production française s'éteint, où l'Education perd ses moyens et son niveau, où l'insécurité gagne du terrain, où les banlieues se paupérisent, s'embrasent parfois, tandis que la corruption explose, d'imposer dans ce monde de mensonges médiatiques, d'abandons moraux, des objectifs précis, enthousiasmants de reconquête économique, sociale et morale.

Il a fallu une guerre, la Résistance, la victoire pour que JR et PDP triomphent, de façon bien trop éphémère. Le temps, heureusement, n'est plus à la guerre en Europe, et le MRP, avec Robert

Schuman y est pour beaucoup. Il demeure néanmoins des conflits dans le monde entier, des peuples affamés, et une crise financière, économique et sociale sans précédent depuis 1929.

Ce monde politique n'est pas une forteresse inexpugnable. Rien n'est joué; tout est à gagner. Les partis se gonflent et se dégonflent au rythme des joutes et des postures artificielles.

Le Mouvement Démocrate ne se lance pas dans des joutes, et ignore les postures.

C'est sa force. Les Français ne sont pas dupes. Ils votent pour les plus convaincus.

Par une campagne comparable, sinon meilleure que celle de 2006-2007, par l'implication plus forte -et tant pis s'il y a moins d'élus- dans chaque localité d'adhérents ou de sympathisants à l'écoute des besoins d'une population souvent délaissée, d'une jeunesse désoeuvrée, la victoire est possible. La Jeune République et Marc Sangnier ont montré un chemin.

 

Par Jean-Michel Cadiot, journaliste et écrivain[1]

 

 



[1] Ses publications :

·         Quand l'Irak entra en guerre (L'Harmattan, 1989).

·         Mitterrand et les communistes (Ramsay, 1994)

·         Francisque Gay et les démocrates d'inspiration chrétienne (Salvator, 2006)

·         Les Chrétiens d’Orient (Salvator, 2010)

 

12/09/2011

La démondialisation : un concept novateur ou trompeur ?

La démondialisation entre dans le débat politique[1]. Elle est présentée comme un nouveau concept. Son nom évoque l’idée d’une sortie de la mondialisation ou d’un retour en arrière dans le processus de mondialisation. Il est trompeur car son interprétation recouvre des idées assez différentes, ce qui peut porter à confusion et brouiller les esprits dans des débats sur ce thème entre des personnes qui mettent derrière ce terme des contenus différents. Il est donc important de le définir, de revenir à son origine, d’en décrire le ou les contenus, ainsi que l’intention dans laquelle ce terme est parfois employé comme un label, une marque politique, un critère de différenciation servant à radicaliser un discours pour se montrer plus en rupture avec le système.

Le sociologue Philippin altermondialiste, Walden Bello, est à l’origine de ce mot, développant ce concept dans son ouvrage[2] : Deglobalization, ideas for a New World Economy. Mais à cette époque, ce concept était limité : il s’agissait de dénoncer la suprématie des grandes institutions internationales, du FMI à l’OMC, et de proposer en alternative plus de décentralisation, plus de pluralisme et plus d’équilibre des pouvoirs dans la gouvernance du commerce mondial, des échanges internationaux.

Des personnalités, en général engagées à gauche, ont repris ce concept mais en y mettant chacun leurs ingrédients : des économistes tels que Jacques Sapir et Frédéric Lordon, des sociologues tels que Emmanuel Todd, des philosophes tels que Edgard Morin, ou encore des politiques tels que Arnaud Montebourg[3], Jean-Pierre Chevènement et Jean-Luc Mélenchon. Jacques Sapir, qui a publié en 2010 un plaidoyer pour la démondialisation[4] dit lui-même « C’est un concept malléable et tout le monde ne le définit pas de la même façon en fonction de ses propres intérêts ».  Mais cette doctrine n’est pas l’apanage exclusif de la gauche, elle séduit aussi des personnalités politiques de droite, telles que Marine Le Pen et Nicolas Dupont Aignan.

Les tenants de la démondialisation partagent ce constat : le libre-échange, généralisé dans les échanges mondiaux selon un processus remontant au début des années 1980, caractérisé par l'absence de barrières douanières et la libre circulation des biens, des hommes et des capitaux, a conduit à un vaste mouvement de délocalisation des productions vers les pays où la main-d'oeuvre est moins chère et où les normes de production sont moins contraignantes (à l’égard de l’environnement par exemple). Ces délocalisations ont entraîné une augmentation du chômage dans les pays occidentaux, ainsi qu’une stagnation des salaires vers le bas, par l’effet de concurrence accrue en offre de main d’œuvre, accentuée aussi par l’immigration (pour l’extrême droite). Ce phénomène a été amplifié par la globalisation financière, la dérégulation financière, le décloisonnement des marchés et la libre circulation des capitaux. La crise a montré les limites du libre-échange.

Les partisans de cette doctrine affirment donc vouloir lutter contre les délocalisations et préserver les emplois dans les pays occidentaux en préconisant de revenir à une forme de protectionnisme économique, à une concurrence loyale entre les pays occidentaux et les pays émergents. Selon eux, le marché intérieur serait davantage protégé des produits importés des pays émergents à bas prix en établissant ou en augmentant des barrières douanières.

Pour les uns, à droite, ce protectionnisme est à exercer au niveau national et s’accompagne d’une sortie de l’Euro, voire de l’Union européenne pour reprendre sa souveraineté nationale. Pour les autres (Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon), qui ne prônent pas la sortie de l’euro, il doit être mis en œuvre au niveau de l’Europe, ce qui suppose de rallier les partenaires européens à cette thèse, avec des moyens très limités à court terme pour appliquer cette doctrine au niveau national. Jacques Sapir est plus circonspect concernant l’euro, qu’il préfère reléguer à une monnaie « commune » et non unique aux pays de la zone euro, redonnant à ces derniers une souveraineté monétaire nationale, avec la possibilité de dévaluer leur monnaie, offrant plus de souplesse en respectant la diversité des politiques budgétaires. La monnaie commune resterait en vigueur pour les échanges de la zone euro avec l’extérieur.

Certains, surtout à gauche, justifient leur démarche protectionniste en visant à rendre plus juste, sociale et écologique l’organisation économique mondiale, grâce à de nouvelles règles endiguant les effets néfastes du libre-échange et de la globalisation financière. Les taxes financières ou taxes aux frontières sur les biens importés doivent donc être justifiées par une concurrence déloyale de la part des pays exportateurs, produisant à moindre coût car soumis à des contraintes moindres : concurrence sociale (absence de charges sociales, faible protection sociale), concurrence environnementale (non respect de la protection de l’environnement), concurrence fiscale et même monétaire (sous-évaluation de la monnaie, comme c’est le cas du Yuan en Chine, expliquant entre 20% et 40% de sous-évaluation des prix à l’exportation). L’intention paraît vertueuse, la méthode censée motiver les pays émergents exportateurs à augmenter leur protection sociale et leurs salaires et à agir pour la protection de l’environnement, pour subir une moindre taxe. De plus, la relocalisation de la production induite par ce protectionnisme est bénéfique également pour l’environnement, diminuant les transports donc la trace carbone des activités. Ils ne précisent pas toujours comment mettre en place un scoring international permettant de comparer les pays entre eux sur les plans sociaux et environnementaux afin de justifier auprès de l’OMC de telles pratiques et de fixer le montant de taxe. Serait-il global par pays exportateur et par branche d’activité (comme le recommande Jacques Sapir), ou tenant compte des pratiques des entreprises exportatrices qu’il faudrait alors pouvoir auditer, auxquelles il faudrait attribuer une notation sociale et environnementale, grâce à des agences spécialisées à l’instar des agences de notation financière ? Concernant le dumping fiscal et monétaire, l’OMC n’a pas non plus prévu de dérogation …

Les autres, plutôt à droite, ne s’embarrassent pas toujours de toutes ces considérations humanistes, sociales et morales, et motivent leurs intentions par l’intérêt national. Mais l’autonomie protectionniste exige alors de relâcher les contraintes européennes et internationales en sortant de ces institutions, en opérant un repli.

Enfin, l’ONG altermondialiste ATTAC a exprimé un profond désaccord avec la démondialisation prônée par Jacques Sapir. Dans une tribune publiée en avril 2011 dans Politis, Thomas Coutrot, co-président d’ATTAC, récuse la thèse défendue par Jacques Sapir : « Prôner le replis national au moment où la planète prend feu est purement irresponsable ». Il « refuse de dresser les peuples les uns contre les autres chacun au nom de son intérêt national et de faire le jeu des populisme en Europe ».  Les altermondialistes d’ATTAC rappellent qu’ils sont partisans d’une coopération à l’international et d’une hausse des salaires, dont la part dans la valeur ajoutée a injustement diminué au profit du capital dans les pays occidentaux et qui sont insuffisants dans les pays émergents pour vivre dignement. Le protectionnisme n’est donc pas à leur avis la bonne méthode.

La démondialisation va aussi au-delà du protectionnisme et de la volonté de relocaliser les activités. Elle s’attaque aussi à la globalisation financière, à la domination des marchés financiers sur l’économie, à la soumission des Etats au diktat de la finance et des agences de notations, aux paradis fiscaux. Mais sur ce sujet également, les « démondialisateurs » ne sont pas tous d’accord sur la manière d’opérer pour réguler la finance et la remettre mieux au service de l’économie. Entre les partisans d’une ligne dure et ceux d’une ligne plus souple, plus régulatrice, les propositions ont différents degrés : nationalisation des banques (Frédéric Lordon) à moindre coût si elles frisent la faillite, mise des banques sous tutelle (Arnaud Montebourg), cloisonnement strict des marchés financiers, interdiction ou limitation de la spéculation pour compte propre des banques, mesures fiscales spécifiques au profit bancaire et aux rémunérations des dirigeants et des traders, financement des déficits publics directement par la Banque Centrale même si cela induit de la création monétaire …

Ce thème de la démondialisation a donc fait naître de nouveaux clivages, tant au sein de la gauche qu’au sein de la droite, et introduit aussi une ligne convergente entre une partie de la gauche et une partie de la droite, qui dérange, rend très mal à l’aise, la gauche et la droite. Le concept ajoute de la confusion au dialogue en recouvrant des contenus en partie différents par ceux qui le prônent. Par ailleurs il est utilisé souvent par les politiques comme un label marketing, un étendard pour radicaliser un discours, pour se montrer en rupture avec un système jugé responsable de nos crises.

Quant au centre, notamment celui du Mouvement Démocrate conduit par François Bayrou, il affirme son désaccord avec la thèse de la démondialisation pour les raisons suivantes :

-          le concept est trompeur, faisant croire que l’on peut sortir de la mondialisation ou s’en affranchir, la contourner ;

-          le protectionnisme a des effets dévastateurs et implique des mesures de rétorsion de la part des pays exportateurs à l’égard des pays dont ils importent aussi des marchandises. En France, un emploi sur quatre dépend des exportations et se verrait donc menacé ;

-          la sortie de l’euro serait catastrophique, notamment à cause d’une dette colossale libellée en euro qui deviendrait encore plus difficile à rembourser avec une monnaie nationale dévaluée et une explosion des taux d’intérêt qui renchérirait, doublerait ou triplerait la charge financière déjà équivalente à l’impôt sur le revenu des Français.

En revanche, François Bayrou avait exprimé des points de vue convergents avec certaines propositions que l’on retrouve dans l’approche dite de démondialisation : viser une concurrence juste et loyale dans les échanges internationaux (intégrer les objectifs environnementaux et sociaux dans les échanges internationaux, à travers une réforme de l’OMC, en amont des échanges plutôt que par des taxes aux frontières), une convergence fiscale et sociale au sein de la zone euro, une taxe carbone aux frontières de l’Europe, une application des normes européennes, sanitaires, sociales et environnementales à tous les produits vendus dans l’UE plutôt que simplement produit dans l’UE. Et concernant la finance : séparation stricte entre d’un côté les banques de dépôts et crédits et de l’autre les banques d’affaire (de marchés et d’investissement), limitation de la spéculation, taxe sur les transactions financières, mise au ban de la pratique des paradis fiscaux. De même l’idée de relocalisation, de redonner la priorité à produire en France en faisant aussi appel à la responsabilité du citoyen consommateur grâce à la création de labels sur le degré de production du produit en France et en Europe (comprenant toute la chaîne), sur l’empreinte sociale et environnementale.

En conclusion, parler de la démondialisation, alors que ce terme recouvre certaines idées différentes, semble semer la confusion dans les esprits. L’intention est louable : vouloir proposer un modèle de société plus juste, plus équitable, de protéger nos emplois, de relocaliser les activités et d’introduire une responsabilité environnementale en adaptant la fiscalité à cet impératif. Mais les propositions concernant les formes de protectionnisme et la sortie ou non de l’euro, sont controversées. Il est donc nécessaire de clarifier cette appellation de démondialisation : la redéfinir dans un langage commun recouvrant un même contenu, ou la limiter aux intentions, ou encore ne plus l’utiliser, préférant revenir à d’autres termes : un concept de modèle coopératif, visant un intérêt commun plutôt qu’un modèle de pure libre-échange dans la compétition qui vise le profit, un modèle de société qui régule préventivement en amont avec une meilleure gouvernance mondiale et européenne (normes sociales et environnementales, travail plus justement rémunéré, comme le souhaite ATTAC) plutôt qu’un modèle privilégiant une correction a posteriori de type protectionniste, qui risque d’induire en chaîne des mesures de rétorsion et obérer au final l’ensemble des échanges au détriment des populations.



[2] Deglobalization, ideas for a New World Economy, Walden Bello, Londres et New-York, 2002

[3] Votez pour la démondialisation ! , Arnaud Montebourg, préface d’Emmanuel Todd, Flammarion, 2011

[4] La démondialisation, Jacques Sapir, Seuil, 2010

18/08/2011

Affaire Tapie : la CJR dévoile ce que Bayrou avait écrit déjà en 2009 !

Mediapart vient de révéler la décision motivée de la Commission des requêtes de la Cour de justice de la République conduisant à l'ouverture d'une enquête sur Christine Lagarde (lire Cour de justice : le document qui accable Christine Lagarde et  télécharger le document ici).

Laurent Mauduit, journaliste et co-fondateur de Mediapart, qui a mené l'investigation sur l'affaire Tapie écrit le livre "Sous le Tapie" vient aussi de publier un article intitulé "La justice sur les traces du pacte Sarkozy-Tapie", dans lequel il réagit vivement au fait que cette décision dit clairement que des décisions ont été prises et des actions ont été mises en oeuvre de manière concertée par l'Etat, par le gouvernement, par Mme Lagarde (et forcément de Nicolas Sarkozy) pour aboutir à favoriser intentionnellement des intérêts privés, de Bernard Tapie, aux dépens des intérêts publics, ceux des contribuables. Même les arbitres de la procédure d'arbitrage ont été choisis alors qu'ils avaient manqué à leur devoir d'indépendance : Pierre Estoup, lié à l'avocat Maurice Lantourne, également avocat de Tapie, et Jean-Denis Bredin, membre des instances dirigeantes du Parti Radical de Gauche auquel Tapie était lié). C'est un véritable scandale d'Etat.

Laurent Mauduit fait aussi justement remarquer le silence de la presse et des médias (que l'on sait souvent sous influence ...) et même la complicité de certains journalistes, comme Dominique Seux, des Echos, pour étouffer l'affaire, la déformer, la travestir même.

Et un point mérite d'être souligné, c'est l'implication de Jean-Louis Borloo dans cette affaire, car c'est lui qui avant Christine Lagarde avait pris cette décision d'aller à l'arbitrage privé, que sollicitait Bernard Tapie, en rompant le cours de la justice ordinaire : "Décidé par Jean-Louis Borloo, par ailleurs ancien avocat de Bernard Tapie, dès sa prise de fonction le 18 mai 2007, le principe de l'arbitrage a pourtant « été retenu malgré l'opposition manifestée à plusieurs reprises (...) par le directeur général de l'agence des participations de l'Etat »." Ce point avait d'ailleurs déjà été évoqué par le journal Sud-Ouest dans un article où un journaliste évoque un entretien avec Mme Lagarde qui disait que "Embarrassé, l'entourage de Christine Lagarde laisse entendre que le choix de recourir à l'arbitrage avait été décidé avant sa nomination. Celle-ci était survenue après le départ de Jean-Louis Borloo, resté quelques semaines seulement en poste à Bercy. "Ceci est rappelé dans cet article "Jean-Louis Borloo bientôt rattrapé par l'affaire Tapie".

Enfin, il pointe aussi l'étonnante passivité des responsables politiques y compris d'opposition, à l'exception du centriste François Bayrou et du socialiste Jérôme Cahuzac : "En dehors du président du Modem, François Bayrou, qui a inlassablement dénoncé à juste titre ce scandale d'Etat ; en dehors du président de la Commission des finances de l'Assemblée nationale, le socialiste Jérôme Cahuzac, il s'est trouvé bien peu de responsables pour dénoncer ce très mauvais coup porté à la démocratie. C'est même pis que cela ! Il s'est trouvé des socialistes – telle Martine Aubry, tel Jean-Christophe Cambadélis – pour applaudir la candidature de Christine Lagarde à la direction générale du FMI (lire en particulier: FMI: le stupéfiant soutien de Martine Aubry)."

 

Et j'en viens au point justifiant le titre de mon billet : non seulement François Bayrou a dénoncé depuis le début l'affaire Tapie, pointant les irrégularités commises, mais il a agi, il est allé en justice déposé deux recours. Il a aussi consacré 24 pages à cette affaire dans son livre "Abus de pouvoir". Il m'autorise à communiquer ce chapitre L’affaire Tapie ou L’arbitraire à Mediapart pour diffusion publique (sur ce lien). Cela vaut vraiment la peine de le relire, car on y retrouve la plupart des points évoqués maintenant par la CJR, y compris le manquement des deux arbitres, enfin les faits et témoignages concordant à une action en effet concertée, voulu par le pouvoir, en faveur de Tapie et le comportement de ce dernier traduisant une position de force dans sa négociation, ses rencontres répétées avec Nicolas Sarkozy à l'Elysée par la porte de derrière.

François Bayrou évoque aussi la fameuse réunion dans un hôtel de luxe d'Agadir. Je le cite :
"On a un témoignage précis, publié par Le Canard enchaîné, de l’élaboration de cette décision entre les protagonistes et les proches de l’actuel président. La scène se passe au luxueux Dorint Atlantic Palace, cinq étoiles et opulence garantie, lieu discret de villégiature de riches vacanciers, à Agadir. Aussi stupéfiant que cela puisse paraître, sont réunis autour de la table Tapie, son ami André Guelfi, dit «Dédé la Sardine », que Tapie a rencontré en prison où l’avait conduit son rôle dans l’affaire Elf, Brice Hortefeux, ministre délégué aux Collectivités territoriales auprès de Nicolas Sarkozy, et Jean-François Copé, ministre délégué au Budget, tous deux encore ministres du gouvernement Chirac-Villepin. Et de quoi parlent-ils, ouvertement ? De régler favorablement la question Tapie par un arbitrage ! Ils parlent si ouvertement et si fort que la conversation est entendue et notée. L’arbitrage, espoir suprême et suprême pensée ! L’arbitrage n’est pas rendu par des magistrats. Il est confidentiel. Il n’a pas à rendre publiques ses raisons. Normalement, il n’est pas susceptible d’appel. Et les arbitres sont choisis d’un commun accord. Tous les inconvénients des décisions de justice, aléatoires et dans le cas présent condamnées à l’échec, sont ainsi benoîtement évacués!"

Voilà. On retrouve les même protagonistes que dans l'affaire Takkiedine : Copé et Horfefeux. Et André Guelfi, alias "Dédé la Sardine", qui avait fait un pacte avec Tapie à la prison de la Santé pour se partager 50-50 sur les  gains qu'ils obtiendraient l'un et l'autre de leurs procès.

André Guelfi a fait de la prison dans le cadre de l'affaire Elf. Comme le montre cette chronologie de l'affaire Elf publiée par l'Express (voir 1995), il était très lié à André Tarallo, président d'Elf Gabon, impliqué aussi dans l'affaire Elf. Un des arbitres contestables de l'affaire Tapie, Pierre Estoup, a été lui même contesté dans une affaire d'arbitrage privé impliquant André Tarallo et Omar Bongo (voir l'article de Laurent Mauduit "Affaire Tapie: Pierre Estoup, un très «étrange» arbitre"), affaire où on retrouvait l'avocat Maurice Lantourne !

Un deuxième acteur arbitre de cette affaire Tapie, Jean-Denis Bredin, outre le fait qu'il était un dirigeant radical de gauche le parti de Tapie, il a été lui aussi arbitre dans une autre affaire, celle qui opposent quelques uns des protagonistes de l'affaire des frégates de Taïwan, comme l'a évoqué une enquête de Mediapart.

Le rapport entre Karachi et l'affaire Elf , celle des Frégates de Taiwan, ne serait-il pas les ventes d'armes de la France et ... les commissions et rétrocommissions supposées avoir financé la campagne de Balladur en 1995 sous l'égide de Nicolas Sarkozy, alors ministre du budget et directeur de campagne ?

Dans ces affaires, Tapie, Elf et Frégates, Karachi, comme dans l'affaire Clearstream, on retrouve une convergence de protagonistes, d'avocats : non seulement Maurice Lantourne avocat de Tapie, de Loïk Le Floch-Prigent dans l'affaire Elf, de Florian Bourges sur l'affaire Clearstream, mais aussi l'avocat de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog qui était avocat de Thales dans l'affaire des Frégates de Taïwan et celui de  Sirven dans l'affaire Elf, et également le procureur Marin toujours protégeant Nicolas Sarkozy, refusant de verser au dossier un témoignage au sujet des rétro-commissions.

Un vrai nid de vipères !

17/08/2011

François Bayrou : « Attaquons-nous aux causes plus encore qu’aux symptômes !»


Crise financière, crise de l’Europe et de l’euro, crise des dettes souveraines, panne de croissance de l’économie, … Face aux extrêmes qui prônent le protectionnisme aux frontières, la démondialisation ou la sortie de l’euro voire de l’UE, nous constatons une convergence de diagnostic ainsi qu’un consensus sur les propositions, venant à la fois du gouvernement de droite (UMP), de la gauche (PS et EE-Les Verts) et du centre (Modem), avec des variantes sur les degrés des mesures proposées :

-il est indispensable d’endiguer la dette publique, à commencer par le déficit public qui incrémente cette dernière. Nous arrivons à un stade appelé « boule de neige » où l’ampleur de la dette génère des charges financières dépassant l’impôt sur le revenu, 3% du PIB, au-delà du taux de croissance qui devrait être deux fois supérieur au taux déficit public/PIB pour engendrer des recettes fiscales complémentaires permettant de combler le déficit ;

-il faut à la fois trouver des économies dans les dépenses de l’Etat et trouver des recettes fiscales pour endiguer cette dette ;

-mais il faut le faire de manière plus juste, en faisant contribuer plus les plus hauts revenus (François Bayrou propose en plus d’une baisse de 20 milliards d’euro d’exonérations sur les niches fiscales sur un total de 70 et d’une hausse de 2 points de la TVA, 2 tranches d’impôts supplémentaire à 45% et à 50% tandis que le gouvernement s’en tient pour le moment à « rogner » 5 à 10 milliards sur les niches fiscales, Gilles Carrez ose timidement proposer de taxer 1% les très hauts revenus et Martine Aubry pour le PS propose de réduire les niches fiscales de 50 milliards) ;

-ne pas être tenté par la génération volontaire d’inflation (voir cet article du Monde) au motif de dévaloriser la dette en haussant le recettes fiscales relativement, car cet apparent avantage est compensé par un accroissement très élevé du taux d’intérêt sur le renouvellement des émissions souveraines, creusant d’autant plus le déficit et durablement … en même temps qu’il se traduit in fine par une perte de pouvoir d’achat des classes moyennes et défavorisées, surtout si la croissance est faible et le chômage élevé ;

-les eurobonds ou euro-obligations, émissions souveraines mutualisées sur la zone euro, à un taux d’intérêt moyen de la zone, pour garantir des taux d’intérêt plus bas et plus supportables aux pays de la zone en difficulté tout en endiguant la spéculation des marchés sur ces pays;

-une taxe de type Tobin sur les transactions financières (par exemple de 0,01%), qui mettrait un « grain de sable » dans la spéculation et génèrerait de nouvelles ressources (50 milliards par an au niveau de la zone euro) ;

-autorisation de la BCE à acheter les dettes souveraines, plutôt que prêter à 1% aux banques qui ensuite placent les fonds à 4% et plus en se faisant rémunérer un risque qui au final est pris en charge quand même par les Etats, le Fonds de stabilité FESF, … donc ne justifiant plus ce spread ;

-un renforcement de l’Europe, de la gouvernance de la zone euro, de l’efficacité des institutions, pour une coordination renforcée, des investissements communs, une meilleure harmonisation fiscale et sociale, pour peser plus face au dumping monétaire de la Chine …

Mais ce consensus et ces mesures s’attaquent aux symptômes, en écopant l’eau qui inonde le bateau, sans vraiment réparer le bateau ni lui redonner le cap. Même si François Bayrou a été parmi les premiers à prôner ces mesures au début de la crise financière en 2008, il ne s’arrête donc pas là.

Dans son nouvel essai à paraître jeudi 18 août 2011 chez Plon, « 2012, état d’urgence », François Bayrou nous donne son diagnostic sur les causes profondes en amont de ces crises en particulier en France et s’attache à défendre deux priorités pour s’attaquer aux racines du mal : « produire à nouveau en France » et « redonner à la France la meilleure éducation du monde ». Il rappelle les chiffres désastreux et en dégradation croissante du commerce extérieur (déficit de 75 milliards d’euros par an, comparé à l’excédent de 150 milliards pour l’Allemagne, et cela avec la même monnaie et les mêmes salaires que les nôtres). L’échec scolaire qui s’est accentué fortement ces quinze dernières années (notre éducation perdant plus de 20 places dans le classement international), explique aussi en partie le chômage, notamment des jeunes sans qualification. Ces chiffres démontrent un appauvrissement continu de la France ces dernières années, expliquant des pertes d’emplois, une baisse de recettes fiscales, donc au final nos déficits. Pour juguler le mal à la racine, François Bayrou s’intéresse aux atouts de la France et propose des pistes.

Lire interviews de François Bayrou sur Le NouvelObs, le JDD, Le Figaro, L’Express, La Croix,France Soir, La République des Pyrénées avec extraits, Midi Libre, sans oublier le Point qui y consacre sa couverture et le journal du 20h de TF1 invitant François Bayrou ce soir).

13/08/2011

Les véritables causes de la famine en Somalie

La famine touche 12,4 millions de personnes dans la corne de l’Afrique (la Somalie, l’Ethiopie, le Kenya et Djibouti). Le chiffre est passé de 9 à presque 13 millions en quelques semaines. Plus d'un million d'enfants sont en ce moment en danger de mort et près de la moitié de la population somalienne. Ce drame passe au second plan dans la presse et les médias en cette période de crise financière frappant à nouveau l’Europe et les Etats-Unis. Pourtant c’est un drame humain à grande échelle, plus meurtrier encore que le Tsunami, les révoltes en Syrie ou en Libye. Et lorsqu’on en parle, c’est pour évoquer une cause : la sécheresse sans précédent depuis 60 ans ou déverser des commentaires dégoulinant de compassion tout en réclamant des dons aux citoyens, culpabilisés d’avoir encore la chance de manger et se sentant responsables en partie de cette sécheresse, engendrée ou accentuée par un réchauffement climatique causé par des émissions de gaz à effet de serre dues à nos excès de consommation énergétique.

D’autres causes que la sécheresse …

Certes, la sécheresse est la cause primaire de la malnutrition, un élément déclencheur de cette catastrophe humanitaire. Cependant d’autres causes expliquent pourquoi en Somalie plus qu’ailleurs, ce drame n’a pu être endigué : les guerres tribales locales et l'absence d'Etat donc l’absence de protection des populations civiles et aussi des ONG sur place dont la sécurité n'est pas assurée, d’où de grandes difficultés à acheminer l'aide alimentaire. Les rebelles Shebab contrôlent la quasi-totalité des zones déclarées en famine. 20 ans de guerre civile menée par les milices des Shebab qui n’ont pas permis, durant plusieurs années, aux organisations humanitaires internationales de venir en aide à la population victime du désastre. L'organisation Al Chabaab, qui entretient des liens avec le réseau Al Qaïda, a interdit l'année dernière l'acheminement de l'aide alimentaire dans les régions sous son contrôle. Heureusement les ONG islamistes ont leurs entrées et la seule façon de faire passer l’aide est de passer par ces organisations en masquant l’origine des produits.

Comme l’explique Sylvie Brunel, géographe et ancienne présidente d'Action contre la Faim, d’autres pays que la Somalie, touchés également par la sécheresse, arrivent à endiguer la famine. La crise alimentaire n’est pas généralisée à toute la zone. Elle ne touche que certaines populations et certaines régions (les pasteurs nomades appartenant au monde culturel somali, qui sont des citoyens de second rang dans toute la région, par exemple dans le nord-est du Kenya). La faim en Somalie résulte de la désorganisation totale du pays, elle ne touche pas les régions qui ont retrouvé un Etat. Le problème, c’est que les politiques de prévention des crises alimentaires, qui fonctionnent par exemple à l’ouest du Sahel (Burkina, Mali, Mauritanie, et même Niger) sont mises en échec dans les régions somalies de la Corne de l’Afrique faute d’infrastructures, d’investissement agricole et, il faut bien le dire, d’un manque de considération à l’égard de ces peuples, qui ne comptent pas politiquement dans les pays où ils se trouvent.

Un drame qui aurait pu être évité en anticipant la situation, en réagissant aux alertes répétées de la FAO et de l’Oxfam depuis 2010

Jean-Cyril Dagorn, expert de la question au sein d'Oxfam France, estime que cette situation aurait pu être évitée : « Les zones les plus touchées sont des zones marginalisées qui ont souffert de sous-développement économique et de négligence de la part de la communauté internationale en terme d’investissement dans l’agriculture. On aurait pu prévenir la crise beaucoup plus tôt en travaillant notamment sur l’état sanitaire du bétail et en s’assurant que les groupes les plus vulnérables étaient identifiés pour les prendre en charge beaucoup plus tôt. La famine aurait pu être évitée ».

Une politique de prévention durable est indispensable 

Dans ces régions pauvres touchées par la famine, il est nécessaire de prévoir des stocks alimentaires déjà répartis sur le territoire, des possibilités d’acheminement, une sécurisation du territoire pour protéger les populations civiles, empêcher les vols des stocks alimentaires, permettre l’accès des ONG. 

Comme le dit Sylvie Brunel « Les famines ne se produisent plus aujourd’hui dans les traditionnels pays de la faim, qui ont mis en place des politiques de gestion des stocks alimentaires, d’achats préventifs et de distribution de nourriture aux plus vulnérables, avec l’aide des ONG et des Nations unies. On sait parfaitement désormais enrayer une crise alimentaire naissante, à condition d’intervenir à temps. Mais pour cela, il faut non seulement le pouvoir, mais surtout le vouloir. La volonté politique fait défaut quand l’Etat ne fonctionne pas - c’est le cas de la Somalie - ou quand il ne considère pas la prévention comme une priorité pour certaines populations - c’est le cas du Kenya. Il se produit en quelque sorte une prime à l’urgence : plus vous intervenez tard, plus la famine est dramatique, et plus l’aide que vous recevez est importante. »

Pour éviter qu'une telle situation ne se reproduise à l'avenir, il faudrait penser à des solutions à long terme : augmenter la production, mieux gérer les stocks agricoles, faire des réserves alimentaires d'urgences, augmenter la part de l'aide publique au développement destinée à l'agriculture. Comme le précise RFI dans cet article, elle a baissé de manière générale dans le monde : de 75% en 30 ans alors que 80% des populations de la Corne de l'Afrique dépendent de ce secteur. En Somalie, moins de 1% de l'aide est consacrée à l'agriculture, un peu moins de 7% en Ethiopie ou au Kenya, ce qui conduit à des situations invraisemblables.

Que dire aussi du taux de natalité extrêmement élevé (7 enfants par femme) alors que les parents n’ont pas les moyens de nourrir leurs enfants ? Peut-être faudrait-il également prévoir une prévention de la natalité ?

Les conséquences et l’extension aux zones voisines

Comme l’avertit RFI dans cet article : « Les immenses camps de réfugiés de l'est du Kenya, et d'Ethiopie, déjà surpeuplés, ont vu l'arrivée massive de réfugiés somaliens. L'enjeu des prochaines semaines, ce sont ces déplacements de populations.

La question des réfugiés est également primordiale pour l'aide humanitaire. Selon Luca Alinovi, responsable de la Somalie à la FAO, l'organisme des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, prendre en charge des réfugiés coûte 10 à 15 fois plus cher que venir en aide à des déplacés. En outre, la famine crée de plus en plus de tensions à l'intérieur des camps. Les attaques de convois d'aide alimentaire se multiplient. »

Un financement insuffisant

L'Onu demande 1,1 milliard d'euros pour la seule Somalie. Sur les 161 millions de dollars sollicités par la FAO pour la Corne de l’Afrique, seuls 57 millions ont été reçus ou promis.

«Le déficit actuel de financement de la FAO s’établit à quelque 103 millions de dollars pour apporter un soutien immédiat aux populations victimes de la crise», selon un rapport publié par la FAO. Sur les fonds requis, 70 millions de dollars sont destinés à la Somalie.

Au total, l'aide humanitaire mondiale avoisine les 1 milliards d'euros. Une somme très insuffisante. Le double est nécessaire avant la fin de l'année pour pouvoir enrayer le fléau.

Une goutte d’eau pourtant à côté des milliards consacrés à la crise financière, à la dette grecque …

 

Sources :

-         lejdd.fr :  Famine : "la responsabilité première est celle des Etats"

-         lejdd.fr : Famine : "tout le monde doit faire plus d'efforts"

-         Novethic : L'inaction politique, l'autre cause de la famine en Afrique

-         RFI : Famine : la Corne de l’Afrique en danger, la Somalie en état d'urgence

-         Euractiv.fr : La Corne de l'Afrique a besoin d'1 milliard d'euros supplémentaires

11/08/2011

Les vraies causes de la crise de la dette publique ... et les faux discours démagogiques

Nicolas Dupont-Aignan vient d'écrire cette tribune intitulée "Les vraies causes de la crise de la dette publique".

Tout en étant de droite, il utilise les mêmes arguments que Marine Le Pen sur l'extrême droite et qu'Arnaud Montebourg (voir mon article) et Jean-Luc Mélenchon à gauche, contre la mondialisation, cause des délocalisations et donc des pertes d'emplois en France, et affirme la nécessité de sortir de l'UE et de l'euro, jugés responsables de la perte de compétitivité de la France, de l'industrie française. Il affirme ici également qu'ils sont la vraie cause de la crise de la dette publique. Or, si certains arguments et constats sont vrais, attirant l'adhésion et l'approbation du lecteur, l'argumentation est fallacieuse et la conclusion bien hâtive pour être crédible.

 

Une chose me paraît juste sur le fond dans cet article : "Plutôt que de se polariser sur les déficits budgétaires, on ferait mieux d’analyser les déficits extérieurs qui révèlent la fuite des emplois vers les pays émergents, et notamment la Chine."

Les médias ou les responsables politiques (à l'exception de François Bayrou) parlent rarement de la balance commerciale. Or cet instrument de mesure essentiel de la bonne santé de l’économie. Le déficit de la balance extérieure (importations > exportations), qui est le reflet d'un appauvrissement relatif de la France en production, expliquant lui-même une partie de la baisse de nos emplois. François Bayrou, dit dans cette intervention sur France Inter lundi 20 juin 2011 : « La thèse de la démondialisation exposée par les deux extrêmes est un mensonge. La seule question que nous devons nous poser, c'est comment la France peut-elle continuer à produire?' L’Allemagne montre qu’on peut parfaitement produire et exporter en étant un pays de la zone euro, et donc améliorer le niveau social du pays", a-t-il souligné. "Je plaide pour une France forte et productrice ! »

Mais le déficit commercial d'un pays ne doit pas être confondu avec son déficit public.
Le déficit public naît de la différence entre les recettes (impôts) et les dépenses de l'Etat. Il y a un lien entre les deux mais très indirect. Par exemple le Japon a pu être en excédent commercial extérieur et en même temps avoir un déficit public et une dette publique (>200% du PIB) qui elle-même est financée à 95% par les Japonais eux-mêmes (placement de l'épargne des fonds postaux).
La dette publique est alimentée par l'incrémentation du déficit public chaque année.
Un ralentissement de la croissance augmente le déficit public car diminue les recettes (fiscale) et augmente mécaniquement les dépenses (sociales).

Nicolas Dupont-Aignan déclare : "tout est fait pour culpabiliser les peuples et leur faire croire que ces déficits et cette dette s’expliquent par un excès de dépenses, une mauvaise gestion et une politique sociale trop généreuse. C’est un véritable mensonge qu’il faut dénoncer en expliquant que cette crise de la dette a d’autres causes bien plus profondes : les états développés sont avant tout confrontés aujourd’hui à un manque de recettes budgétaires et sociales lié à une mondialisation qui nivelle tout par le bas."

C'est aller un peu vite ... L'évolution de la fiscalité (baisse de 100 à 120 milliards d'euros des recettes fiscales annuelles depuis l'an 2000 dont 2/3 en diminution d'impôt comme en attestait  Gilles Carrez l'an dernier ) et la charge financière de la dette publique (équivalente à l'impôt sur le revenu, 50 milliards d'euros) sont bien plus responsables du déficit public ( presque 150 milliards d'euros en 2010 et plus de 100 milliards estimés pour 2011) que l'impact des délocalisations.

Beaucoup de points affirmés par Nicolas Dupont-Aignan sont faux ou approximatifs, passent allègrement d'un constat partiellement vrai (perte d'emplois dues aux délocalisations) à une conclusion abusive (sortir de l'euro car pertes d'emploi expliquées par délocalisations qui elles-mêmes sont dues à un euro cher et à une UE complaisante vis à vis d'une mondialisation sans frontières). Explications :

1- Les délocalisations n'expliquent que 13% des pertes d'emplois. D'après un document officiel du ministère de l’Economie et des Finances, « La désindustrialisation en France » : « En trente ans, environ 2 millions d’emplois industriels ont été détruits en France (1 913 500 entre 1980 et 2007). Cela représente 71 000 emplois détruits en moyenne chaque année, et un total de 36% des effectifs industriels ». Mais lorsqu’on lit ce rapport de Bercy, il est précisé que sur ces chiffres, seuls 13% des destructions d’emplois sont expliqués par les échanges internationaux, selon une approche comptable fondée sur le contenu en emplois des échanges. Ce taux étant plus élevé sur la période plus récente 2000-2007 (28%). 25% des destructions d’emplois étant dus à des transferts de l’industrie vers les services par externalisation (donc pas une destruction d’emploi au total) et 29% dus à des gains de productivité (65% sur la période 2000-2007).

2- Ce n'est pas l'euro qui est la cause du manque de compétitivité de la France. L'Allemagne, en excédent commercial, ne pâtit aucunement de l'euro. Entre 60 et 70% de nos échanges extérieurs sont d'ailleurs en euro, au sein de l'UE. L'euro a été un facteur de stabilisation et de protection contrairement à ce certains essaient de faire croire. En revanche, nous avons laissé filer des pans entiers de l'industrie française, par exemple dans la machine outil, l'électroménager et les biens d'équipement. Le même phénomène se passe avec l'agriculture face à la concurrence espagnole, qui pourtant est elle aussi en euro !). Les allemands ont su préserver leur industrie et leur tissu industriel, leurs PME, en se concentrant sur les produits sur lesquels ils sont très performants (machine outil et automobile) même s'ils sont chers et en euro.

3- une sortie de l'euro serait dramatique pour les finances publiques notamment parce que la dette publique est libellée en euro. Comme l'a averti François Bayrou dans ses récentes interventions, la sortie de l'euro avec un hypothétique retour au franc reviendrait à une dévaluation brutale avec une dette à rembourser en euro dont la valeur serait donc relativement accrue comparée à notre nouvelle monnaie, donc la dette ne serait pas dépréciée (ce qui n'est pas le cas pour une dévaluation monétaire avec une dette libellée dans cette même monnaie). La charge financière de la dette se verrait donc non seulement accrue par cet effet, mais aussi par une hausse très importante du taux d'intérêt sur les nouvelles émissions (pour notamment réémettre de la dette pour rembourser celle arrivant à échéance), à un taux 2 voir 3 fois plus élevé. La charge financière étant actuellement égale à l'impôt sur le revenu, un doublement signifie multiplication de l'IR par 2 pour payer cet accroissement de charge sans creuser encore le déficit ! Une sortie de l'euro n'est envisageable qu'en cas de faillite déclarée de la France, d'une incapacité déclarée à rembourser sa dette actuelle. Or une telle faillite serait la ruine de notre économie, de nos services publics, de notre système social, au détriment de tous et notamment des personnes les plus fragiles. Prôner une telle solution est IRRESPONSABLE.

Gardons-nous de ces faux discours démagogiques et simplistes. 2012 approche ... avec son cortège de faux discours et de fausses explications, d'impostures, de désignation de boucs émissaires. Comme le dit François Bayrou, il faut d'abord un discours de vérité : "Le choix politique qui est le nôtre, c'est de dire la vérité aux Français parce que seule la vérité est mobilisatrice et peut permettre le redressement. Partir de la vérité pour arriver à la volonté politique, c'est notre maxime, c'est notre choix".

 
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