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07/04/2012

Présidentielle 2012 : les propositions des principaux candidats sur l’emploi sont-elles crédibles ?

Le sujet du cômage, de la création d'emploi, devrait être le sujet essentiel de la campagne. Malheureusement, les sujets de diversion fleurissent et le thème de l'emploi est insuffisamment traité par la presse et par les médias.Voici une comparaison des propositions que font les principaux candidats (Sarkozy,Hollande,Mélenchon, Le Pen et Bayrou) sur ce thème.

Voici une comparaison des propositions que font les principaux candidats (Sarkozy,Hollande,Mélenchon, Le Pen et Bayrou) sur ce thème. Cet article est disponible en version imprimable PDF : Présidentielle 2012 EMPLOI.pdf

 Depuis 2007, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de plus d’un million. Un million de chômeurs en plus, cela veut dire non seulement un problème social, qui touche notamment plus la jeunesse et les seniors, mais aussi le creusement du déficit public (hausse d’allocations, baisse de recettes fiscales) et donc de la dette. Cela veut dire aussi plus de problème pour financer nos retraites, pour pourvoir à leur financement de même que pour assumer un recul de l’âge de départ en retraite si les seniors sont de plus en plus au chômage ! De l’emploi dépend en fait la préservation de notre contrat social : sécurité sociale pour tous avec une haute qualité des soins, gratuité de l’éducation nationale, retraite par répartition, protection chômage, niveau des services publics. Pour rappel la part des dépenses publiques dans le PIB est de 56% en France contre 43% en moyennes dans l’UE (47% en Allemagne).

 

Rappel de quelques chiffres clés 

 

Selon les chiffres du Trésor, entre 1980 et 2007 :

-    la part de l'industrie dans le PIB a chuté de 24% à 14%. La part de l'emploi industriel dans l'emploi total est passée de 32% en 1978 à 20% en 2008.

-   la Francea perdu près de 2 millions d'emplois industriels soit 36% des emplois depuis 1980 (-70 000 par an). Le nombre d'emplois industriels est passé de 5,3 à 3,4 millions. La baisse s'est accélérée avec la crise : 200 000 emplois industriels ont été détruits pour la seule année 2009.

-    explication : seuls 13% des pertes de nos emplois industriel sur les trente dernières années sont dues aux délocalisations (28% sur les dix dernières années), alors que 28% proviennent de l’amélioration de la productivité et 25% sont expliquées par des transfert vers des activités de service (intérim, sous-traitance). Rappelons de plus que le commerce extérieur dela Franceest pour 60% avec nos partenaires de l’UE. Nos partenaires européens, à niveau de vie similaire, contribuent plus à la dégradation de nos échanges que les pays émergents commela Chine.

 

Pour résoudre ce problème du chômage, pour juger des propositions des candidats à l’élection présidentielle, il faut d’abord faire une bonne analyse des causes, pour agir sur ces causes et non simplement sur les symptômes. Ensuite il y a les causes sur lesquelles on a prise, sur lesquelles on peut agir, et les causes qu’on a beau déplorer mais que nous ne pouvons contrer seuls, nous Français, ni à court terme sur l’horizon d’un mandat présidentiel.

 

Quelles sont les causes du chômage selon les candidats et donc les remèdes que ces derniers préconisent ?

 

NICOLAS SARKOZY

 

Selon Nicolas Sarkozy, c’est la dévalorisation du travail et de l’effort, la diminution du temps de travail (les 35 heures), la tentation de l’assistanat, la préférence pour des allocations et des subventions plutôt qu’une reprise effective du travail, ainsi que l’inadaptation des formations au besoin du marché du travail (seuls 10% des chômeurs suivent une formation, 500 000 offres d’emplois non pourvues) qui expliquent en partie la hausse du chômage. C’est aussi une baisse de la compétitivité relative de nos entreprises, comparée à nos voisins européens notamment allemands, à cause d’un coût du travail trop élevé, qui explique la dégradation de notre balance commerciale (baisse des exportations et hausse des importations), et serait la cause de fermetures d’entreprises et de destruction de nos emplois.

 

Nicolas Sarkozy propose donc essentiellement les mesures suivantes :

Ø      TVA sociale : report du coût des allocations familiales surla TVA (+1,6 point, passant de 19,6% à 21,2% en baissant en échange d’autant les charges sociales des entreprises, en vue de baisser le prix à l’exportation et de renchérir relativement les importations ;

Ø      Suppression de la prime pour l’emploi avec un allégement des charges sur bas salaires, compensée par une hausse des bas salaires ;

Ø      Obligation pour les chômeurs de longue durée de suivre une formation qualifiante et d’accepter une offre d’emploi correspondant à cette formation. Ce sujet pourra être tranché par référendum ;

Ø      Extension du travail le dimanche, pour booster la consommation ;

Ø      Exonération de charges sociales pour l’embauche de chômeurs de plus de 55 ans qui obtiennent un CDI ou un CDD de plus de six mois

Ø      Accords compétitivité-emploi au sein des entreprises pour décider de la durée du travail ;

On peut s’interroger sur l’efficacité de ses mesures sur l’emploi :

-          L’argument visant le coût du travail en France, qui pénaliserait la compétitivité des entreprises françaises, ne tient pas : le coût du travail n’est pas plus élevé en France qu’en Allemagne, en Suisse, en Belgique, en Italie, dans les pays nordiques, qui ont à notre égard une balance commerciale excédentaire. Lorsque Nicolas Sarkozy utilise la comparaison des charges patronales avec l’Allemagne, c’est trompeur. Comme je l’ai expliqué dans un article précédent, il est vrai que globalement les charges patronales sont deux fois moins élevées en Allemagne qu'en France mais en revanche les charges salariales sont deux fois plus élevées en Allemagne qu'en France, car le salarié prend plus à sa charge sa protection sociale, mais en contrepartie il a un salaire net plus élevé qu'en France. De même que les impôts sont deux fois plus élevés en Allemagne qu'en France. Les salaires bruts avant prélèvement sociaux et fiscaux sont donc plus élevés en Allemagne qu'en France (+34%). Ce sont ces salaires bruts qu'il faut considérer pour considérer le "coût du travail" pour l'entreprise, et non simplement les charges patronales comme l'a fait Nicolas Sarkozy. De plus, le coût du logement étant 2 à 3 fois moins élevé en Allemagne comparé à la France, le niveau de vie moyen est plus élevé en Allemagne. C’est aussi ce qui explique que malgré une plus grande précarité de l’emploi en Allemagne et les plus bas salaires à 6 euros nets de l’heure contre 9 en France, les plus bas salaires arrivent à un niveau de vie équivalent.

-          Le niveau proposé de TVA sociale est trop faible pour être efficace. Environ 25% des biens importés et exportés sont constitués de coût du travail, donc 1,6% n’aurait qu’un impact de 0,4%. Il faudrait une hausse de TVA d’au moins 6% pour qu’il y ait un effet positif. De plus seulement 25% de l’économie touchée par cette mesure générale est concernée par les échanges commerciaux extérieurs, car elle s’applique aussi à tous les services, aux banques, à l’économie locale. En revanche l’impact négatif sur le pouvoir d’achat n’est pas neutre : les prix à la consommation augmenteront de 1,6%.

-          Le raisonnement consistant à faire croire qu’il suffit de former les chômeurs (2,9 millions en catégorie A, 4,3 toutes catégories dont 1,8 inscrits depuis plus d’un an[1]) afin qu’ils puissent répondre aux offres d’emplois non pourvues (500 000), est fallacieux, ne pourrait s'appliquer qu'à peu de cas. Ce qu’il faut, c’est créer de nouveaux emplois pour remplacer les emplois supprimés. D'une part le chiffre de 500 000 offres vacantes n'est pas bon comme l’explique cet article, d'autre part les offres vacantes sont très majoritairement sur des postes non qualifiés qui n'entreraient pas dans ce cursus de formation : métiers de services aux particuliers comme serveur, animateur socioculturel, apprenti de cuisine et aide à domicile. Voir le rapport 2011 de Pôle Emploi sur les offres non pourvues, notamment pages 25-26, et son enquête sur les besoins de main d'œuvre.

pole emploi,emplois difficiles


-          L’ouverture des magasins le dimanche ne fera pas plus consommer car à revenus égaux, les consommateurs dépenseront plus le dimanche en dépensant moins un autre jour. Au final cela déstabilise la vie de famille des travailleurs du dimanche.

 

 

FRANCOIS HOLLANDE

 

François Hollande ne livre pas vraiment de diagnostic, ne s’exprime pas particulièrement sur les causes du chômage (mondialisation/crise/causes structurelles…). Il entend « lutter contre le chômage et la précarité ». Il le fait plus par des mesures défensives, des emplois subventionnés grevant les finances publiques, que par une politique de création d’emplois productifs générant de la valeur ajoutée pour l’économie. Néanmoins son « patriotisme industriel » rejoint des propositions que l’on retrouve également chez François Bayrou.

Ø      150.000 emplois d'avenir : François Hollande a promis la création de 150.000 emplois d'avenir réservés aux jeunes, en particulier ceux issus des quartiers difficiles (sur le modèle des emplois jeunes du gouvernement Jospin). Il s'agit d'emplois à temps plein d'une durée maximale de 5 ans, financés par l'Etat à hauteur de 75% et exonérés de charges. Le coût de la mesure est estimé par le candidat à 2 milliards d’euros d’ici à 2017 ;

Ø      Le contrat de génération. Objectif : faire baisser à la fois le chômage des jeunes et des seniors, favoriser la solidarité entre les générations. Le principe : le jeune de moins de 30 ans embauché en contrat à durée indéterminée devra être accompagné par un salarié de plus de 55 ans, ainsi maintenu dans l'emploi jusqu'à son départ en retraite. L’entreprise bénéficiera de son côté d’une exonération de charges sociales sur les deux emplois (aide d'un montant estimé à 2.000 euros par mois). François Hollande se fixe comme objectif la signature de 500.000 contrats de génération d’ici à 2017, pour un coût de 2,3 milliards d’euros. Parallèlement, le candidat promet d'augmenter les cotisations chômage pour les entreprises qui abusent des emplois précaires.Ø       

Ø      Création de 60 000 postes dans l’Education Nationale sur 5 ans (12 000/an) : ces postes ne seront pas seulement des postes d'enseignants mais également des postes d'accompagnement : surveillants, infirmières scolaires, psychologues, assistantes sociales,... mesure évaluée à 1,7 milliards par an (5,5 milliards sur le quinquennat).

Ø      Suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires, excepté dans les TPE. Une décision qui devrait rapporter près de 3 milliards d’euros en cinq ans et inciter les entreprises à recruter plutôt qu’avoir recours aux heures supplémentaires.

Ø      Pour lutter contre la précarité, augmentation des cotisations chômage sur les entreprises qui « abusent » des emplois précaires comme les CDD ou l’intérim.

Ø      Pour dissuader les entreprises d’abuser des licenciements boursiers, augmentation du coût des licenciements collectifs pour les entreprises qui versent des dividendes ou rachètent leurs actions.

Ø      Sécurisation des parcours professionnels par un renforcement de la formation. L’objectif est que chaque salarié puisse se maintenir dans l’entreprise ou l’emploi et accéder à la formation professionnelle. Le financement de la formation sera concentré sur les publics les plus fragiles, les moins formés et les chômeurs. Les moyens de Pôle emploi seront de leur côté renforcés.

Ø      Le patriotisme industriel :

1-  Banque publique d’investissement : à travers ses fonds régionaux, favoriser le développement des PME, le soutien aux filières d’avenir et la conversion écologique et énergétique de l’industrie. Permettre aux régions, pivots de l’animation économique, de prendre des participations dans les entreprises stratégiques pour le développement local et la compétitivité dela France. Une partie des financements sera orientée vers l’économie sociale et solidaire.

2-  Soutien des PME et entreprises innovantes : faire des PME une priorité. mobiliser l’épargne des Français, en créant un livret d’épargne industrie dont le produit sera entièrement dédié au financement des PME et des entreprises innovantes. Doubler le plafond du livret développement durable, en le portant de 6 000 à 12 000 euros. Les PME, les TPE, les artisans et les commerçants auront, dans chaque région, un interlocuteur unique. Rendre le crédit d’impôt recherche plus simple et plus accessible aux PME. Leur ouvrir la commande publique.

3-  Fiscalité des entreprises : priorité à la relocalisation et à l’investissement.
Favoriser la production et l’emploi en France en orientant les financements, les aides publiques et les allégements fiscaux vers les entreprises qui investiront sur notre territoire, qui y localiseront leurs activités et qui seront offensives à l’exportation. Moduler la fiscalité locale des entreprises en fonction des investissements réalisés. Engager la relocalisation d’usines dans le cadre d’un contrat spécifique. Pour les entreprises qui se délocalisent, exiger le remboursement des aides publiques reçues. Une distinction sera faite entre les bénéfices réinvestis et ceux distribués aux actionnaires : trois taux d’imposition différents sur les sociétés : 35% pour les grandes, 30% pour les petites et moyennes, 15% pour les très petites.

4-  Compétition mondiale – réciprocité : faire obstacle à toute forme de concurrence déloyale et pour fixer des règles strictes de réciprocité en matière sociale et environnementale. Une contribution climat- énergie aux frontières de l’Europe.

 

 

JEAN-LUC MELENCHON

 

Le Front de Gauche fait une analyse systémique des causes du chômage croissant, accentué violemment par la crise : elles sont intrinsèquement liées au modèle de société capitaliste, à la financiarisation de l’économie dans la mondialisation[2], qui conduit au moins-disant social, à une compression des salaires, à l’accaparement de la valeur ajoutée créée par les plus riches, au travers essentiellement des revenus du capital, sans oublier les bonus des traders et des dirigeants de grosses sociétés cotées. L’accroissement de richesse ne bénéficie qu’à une minorité et n’est plus créateur d’emploi en net. Les entreprises prennent paradoxalement de la valeur en délocalisant des activités, en licenciant, et le gonflement du chômage coûte à la collectivité en même temps. Ce qui a pour effet un enrichissement privé de quelques uns au détriment de la collectivité, avec augmentation de la pauvreté, de la précarité, des inégalités, ainsi que le report d’un coût social supporté par les finances publiques. De surcroît, les plus riches ont les moyens d’échapper à l’impôt et pratiquent allègrement l’exil fiscal, sans que la richesse accaparée revienne proportionnellement à la collectivité. La spéculation a pris le pas sur l’économie réelle, déclenche des bulles et des crises, déclenche même des famines en s’exerçant sur les denrées alimentaires et sur les matières premières.

Dans ce modèle, la dette est la drogue des Etats et des peuples. L’endettement est venu au secours de l’Etat pour combler ses déficits et au secours de familles au pouvoir d’achat insuffisant, les plongeant dans l’enfer du surendettement. Et qui en profite ? Les banques, qui prêtent aux Etats, aux ménages et aux entreprises à des taux bien plus élevés que le taux auquel elles se refinancent (actuellement 1% auprès dela BCE).

Partant de ce constat, Jean-Luc Mélenchon prend une posture dénonciatrice, désignant des coupables qui auraient volontairement mis en place et perpétré ce système qui vampirise les peuples : gouvernants liés aux puissances financières, banquiers (dirigeants de banques et spéculateurs), grosses fortunes. Les solutions proposées visent plus à rétablir l’égalité des revenus en taxant les riches et la finance, en forçant à l’augmentation des bas salaires, en interdisant les licenciements, à supprimer les banques ou à les nationaliser et à financer la dette et les nouvelles dépenses sociales par la création monétaire (prêt direct à taux nul par la banque centrale), qu’à créer de véritables nouveaux emplois générés par création d’activité, de valeur ajoutée.

 

Les principales propositions de Jean-Luc Mélenchon pour l’emploi sont :

Ø      Des mesures relatives au temps de travail : rétablissement des 35 heures effectives et limitation stricte du  recours aux heures supplémentaires, abrogation de la loi Maillé sur l’extension du travail le dimanche ;

Ø      Réévaluation globale des salaires, traitements, pensions et indemnisations du chômage (ces derniers seront indexés sur l’évolution du coût de la vie).

Ø      Augmentation du Smic à 1.700 euros brut par mois pour 35 heures dès 2012 puis 1.700 euros net sur l’ensemble de la mandature. Instauration d’un salaire maximum dans toutes les entreprises, publiques et privées. Et l’écart des rémunérations ne pourra pas excéder une échelle entre 1 et 20. Via la fiscalité, instauration d’un revenu maximum fixé à 20 fois le revenu médian, soit 360.000 euros par an aujourd’hui.

Ø      Lutte contre la précarité en affirmant le CDI comme norme du contrat de travail. Le recours aux intérimaires et CDD sera de son côté encadré : un quota maximal d’intérimaires et de CDD à 5% des effectifs dans les grandes entreprises sera instauré et à 10% dans les PME, sauf dérogations justifiées.

Ø      Titularisation des employés

Ø      Création d’un « droit automatique au passage à temps plein » pour les personnes en temps partiel. Les droits des salariés des entreprises sous-traitantes seront de leur côté alignés par le haut sur ceux des donneurs d’ordre.

Ø      Rétablissement de l’autorisation administrative de licenciements.

Ø      Interdiction des licenciements boursiers ainsi que de la distribution de dividendes pour les entreprises qui licencient. En cas de délocalisation ou de dépôt de bilan, instauration d’un droit des salariés à la reprise de l’entreprise sous forme de coopérative. Nouveaux droits aux salariés et comités d’entreprises en cas de licenciements et de délocalisations.

Ø      Une série de mesures favorisant la relocalisation de l’industrie : taxe sur les productions délocalisées et sur les productions lointaines,

Ø      Une reprise en main par l’Etat de la politique industrielle : pôle financier public pour financer l'investissement des entreprises, secteur bancaire public, renforcement de la présence de l’Etat dans le capital d’entreprises stratégiques, plans industriels pour rétablir les productions délocalisées, planification écologique avec la redéfinition des filières industrielles prioritaires.

 

Ces propositions manquent cruellement de mesures créatrices d’emplois. Elles visent surtout à empêcher des licenciements, à pérenniser les contrats de travail et à revaloriser les salaires de façon autoritaire. De plus, l’effet de telles dispositions (forte hausse du Smic et contraintes fortes sur les contrats de travail et les licenciement) vont inciter les entreprises à quitter le territoire, à fermer ou à pratiquer des licenciements économiques. Au final ce programme est plutôt destructeur d’emplois.

Ces propositions sont de surcroît très coûteuses : le projet de Jean-Luc Mélenchon a été chiffré à 100 milliards d’euros, alors que le déficit public est déjà de cet ordre et qu’il faudrait le neutraliser pour ne plus augmenter la dette. Jean-Luc Mélenchon fait fi de la dette et refuse tous les pactes et plans d’austérité qui concourent, selon lui, à amplifier la récession économique et la régression sociale en Europe au nom d’une logique libérale de «soumission aux marchés ». Il souhaite quela France propose une refonte des missions et des statuts dela BCE, lui permettant de prêter directement aux Etats à taux faibles, voire nuls, et acheter des titres de la dette publique sur le marché. Mais il ne dit pas comment financer cette dette en attendant que les partenaires européens soient d’accord avec une telle proposition de monétisation des dettes souveraines en euro, ni n’envisage les conséquences d’une telle proposition (forte création monétaire, donc forte inflation, dévalorisation de l’euro avec fort renchérissement des importations notamment de matières premières, du pétrole et du gaz, impact négatif sur le pouvoir d’achat …).

 

MARINE LE PEN

Marine Le Pen estime quela Francen’est pas condamnée à la fatalité du chômage de masse et de la précarité de l’emploi. Les causes de la montée du chômage et d’un tassement des salaires seraient selon elle l’immigration  massive et notre soumission à une Europe ultra-libérale qui a ouvert les frontières à tout va, qui accepte le dumping social, fiscal, environnemental et qui nous soumet aux marchés financiers.

Des propositions s’articulent principalement autour de :

Ø      Une politique protectionniste (rétablissement des frontières nationales, taxes des importations aux frontières, forte limitation de l’immigration) et une sortie de l’euro et même de l’Union européenne. La sortie de l’euro, se traduisant par une dévaluation, rendrait nos exportations plus attractives, ce qui aurait un effet de relance sur l’économie, donc la création de nouveaux emplois.

Ø      La fin des politiques « d’accompagnement social » du marché de l’emploi (contrats aidés ou autres emplois jeunes) qu’elle juge inefficaces.

Ø      La réindustrialisation dela France ; le soutien aux PME, artisans et commerçants ;

Ø      L’emploi des jeunes et des seniors, favorisé dans le cadre de la stratégie de réindustrialisation dela France. Incitation des entreprises qui participent à la reconstruction des filières industrielles à utiliser les compétences des jeunes issus des filières professionnelles et des seniors exclus prématurément du marché du travail.

Ø      L’obligation donnée à l’Etat et aux collectivités locales de réserver une embauche sur trois dans la fonction publique aux personnes de plus de 45 ans issues du secteur privé.

Ø      La valorisation de l’apprentissage pour favoriser l’insertion des jeunes dans l’artisanat. L’objectif sera de passer à la fin du quinquennat à environ 700.000 apprentis contre 500.000 aujourd’hui. Elle propose d’abaisser à 14 ans l’âge légal pour pouvoir bénéficier d’un contrat d’apprentissage, de développer l’orientation vers les filières professionnelles et d’augmenter les financements des régions.

Ø      Une sanction très sévère de l’emploi de travailleurs clandestins : il constitue, selon elle, une concurrence déloyale au marché légal du travail. L’employeur sera passible de sanctions pénales et de la fermeture administrative de son établissement.

Ø      La priorité à l’emploi des personnes avec la nationalité française. Une loi contraindra Pôle Emploi à proposer, toujours à compétences égales, les emplois disponibles aux demandeurs d’emploi français. Les administrations respecteront ce principe.

Ø      L’élargissement de la liste des emplois dits « de souveraineté »: dans les secteurs régaliens, les professions seront réservées aux personnes qui possèdent la nationalité française.

Ø      Pas de remise en cause de la loi sur les 35 heures afin de ne pas « perturber » le fonctionnement du marché du travail. En revanche renégociation de la durée hebdomadaire du temps de travail  à la condition qu’elle s’accompagne d’une augmentation proportionnelle du salaire.

Ø      La hausse de 200 euros net « sur tous les salaires » allant jusqu’à 1,4 fois le Smic, grâce à la prise en charge par l’État du même montant de cotisations salariales.

Ø      Dans le secteur privé, indexation des salaires sur l’inflation. L’impôt sur les sociétés sera modulé pour inciter les entreprises à adopter une politique salariale plus généreuse et distribuer davantage de leurs profits à leurs salariés. Une réserve légale de titres sera instaurée : l’objectif est de reconnaître au personnel une part de propriété dans l’entreprise, sans droit de vote, mais permettant le versement de dividendes.

Ø      Dans la fonction publique, évolution du point d’indice sur lequel est basé le calcul des salaires : le point d’indice augmentera plus sensiblement pour les petits salaires et dans une moindre mesure pour les plus hauts salaires. Les hauts fonctionnaires, qui bénéficient de primes, pourront même voir leur traitement gelé pendant les premières années du quinquennat.

Ø      La revue du fonctionnement de Pôle Emploi : il fera l’objet d’un audit en collaboration avec les représentants des demandeurs d’emploi. Vérifier « plus sérieusement » que les demandeurs d’emploi se conforment aux obligations imposées par Pôle Emploi : obligation de recherche, d’acceptation d’un emploi dans les conditions qui seront définies.

Ø      La reprise en main par l’Etat de la politique de formation professionnelle. Instauration d’un service public de la formation tout au long de la vie avec la mise en place d’un « chèque formation ».

Ø      Une grande réforme des syndicats avec comme objectif principal d’assurer une meilleure représentation des salariés. Suppression du monopole de négociation accordés aux syndicats les plus représentatifs et revoir les modalités d’élections des représentants des salariés.

 

Les propositions de Marine Le Pen reposent une analyse doublement contestable :

 

-          d’une part la désignation de l’immigration comme une cause majeure du chômage (et de nos déficits sociaux), alors qu’il n’en est rien. Voir cet article récent « Emploi: réduire l'immigration, fausse piste pour les experts » ou encore  cet article. Ce n’est pas l’enjeu de l’emploi aujourd’hui. Patrick Simon, démographe à l'Ined, explique que «Sur le papier, il peut être séduisant de mettre face à face chômeurs et immigrés». Mais autochtones et immigrés n'occupent pas les mêmes types d'emplois, et se font peu concurrence. «Ils seraient plutôt complémentaires. La plupart des études réalisées constatent d'ailleurs un très faible impact de l'immigration sur le taux de chômage». En France et en Europe, le marché du travail est très segmenté. Les immigrés y occupent souvent des emplois peu qualifiés, peu rémunérés, aux conditions de travail difficiles. Les secteurs de la restauration, du bâtiment et des services à la personne par exemple, peinent malgré tout à pourvoir des offres d'emploi que les autochtones jugent insuffisamment attractives. D'après la dernière enquête sur les besoins de main d'œuvre réalisée par Pôle emploi, 61% des offres d'aides à domicile posent ainsi des difficultés de recrutement.

 

-          D’autre part l’idée faussée que l’euro (trop fort) et l’Europe (trop libérale) sont responsables de la montée du chômage, n’ont pas protégé nos emplois, ayant favorisé les délocalisations. On peut certes reprocher à la politique européenne n’avoir été trop naïve à l’égard de certains pays comme la Chine, en n’exigeant pas la réciprocité sur l’ouverture des marchés publics, trop laxiste sur les normes sanitaires et environnementales qui devraient être les mêmes à l’entrée des produits que celles imposées en Union européenne, en n’agissant pas plus fermement sur la surévaluation de sa monnaie. Il est possible d’œuvrer pour des échanges réciproques et plus loyaux et corriger ses facteurs nuisant à nos emplois, sans pour autant sortir de l’Union et fermer les frontières. De plus, une sortie de l’euro, se traduisant par une dévaluation relative de la nouvelle monnaie d’environ 20 ou 30%, aurait un impact extrêmement négatif sur le renchérissement de nos importations, du pétrole notamment, grevant le pouvoir d’achat, ainsi qu’un renchérissement de la dette libellée en euro, déjà abyssale (1700 milliards), d’environ 400 milliards, de même pour les intérêts annuels de la dette qui augmenteraient de plus de 10 milliards, à moins de déclarer l’Etat en faillite, de refuser de rembourser nos dettes, mais avec la cessation de paiement de l’Etat, l’impossibilité de payer les fonctionnaires et leurs retraites, un scénario à la Grecque.

 

 

FRANCOIS BAYROU

 

En 2007, François Bayrou faisait une analyse critique[3] des dérives de la financiarisation de l’économie et d’une mondialisation insuffisamment régulée, dénonçant le modèle américain générateur d’inégalités croissantes, qui s’imposait de plus en plus à l’Europe : le modèle de la loi du plus fort, d’une compétition à outrance au détriment de la coopération. Il rejoignait par certains côtés l’analyse de Jean-Luc Mélenchon. Mais à la différence de ce dernier, il ne rejette pas la mondialisation, le capitalisme, le libre-échange, la finance, l’Europe ... Il ne cherche pas à expliquer les causes de nos maux, du chômage, de la dette, par des causes extérieures dont il suffirait de désigner des coupables et donc de s’attaquer à eux pour résoudre nos difficultés. Il est plus nuancé dans l’analyse et dans une posture responsabilisante : regardons vraiment ce qui nous a conduits où nous sommes, comparons l’Etat dela France à ceux d’autres pays et surtout, quelles sont les solutions réalistes, des remèdes attaquant les causes et non les symptômes, des actions qui dépendent vraiment de nous, gouvernants, entreprises et citoyens, sans attendre des solutions utopiques, une réorganisation de la gouvernance mondiale, la fin du capitalisme etc.

Même s’il dénonce l’aggravation des inégalités et prône plus de justice, sa première priorité est l’emploi. C’est par la création d’emplois, de vrais emplois créateur de valeur ajoutée et non d’emplois subventionnés creusant le déficit, c’est par la conquête de marchés grâce à l’innovation, grâce l’amélioration de l’image de marque dela France, à la qualité de ses produits et services, c’est par l’amélioration de sa balance commerciale extérieure, à la fois par une hausse des exportations et une baisse des importations, quela Francepourra véritablement sortir de l’impasse économique dans laquelle elle se trouve.

Tout se tient : commerce extérieur, déficit et dette, chômage, retraites. François Bayrou démontre notamment que l’aggravation du déficit commercial extérieur de la France

Par ailleurs, le coût du travail sur les biens que nous achetons en France et ceux que nous exportons comprend pour moitié environ une contribution aux charges sociales et fiscales du pays, à la différence des biens achetés à l’étranger. Ce qui signifie que le déficit commercial extérieur s’est traduit en aggravation du déficit public  d’environ la moitié de 25% du déficit commercial extérieur (de 70 milliards), soit 9 milliards d’euros.

C’est pourquoi François Bayrou propose une mobilisation forte de tous les acteurs (Etat, entreprises, partenaires sociaux, citoyens,…) pour le « PRODUIRE EN FRANCE ». Le total de nos importations s’élève à 500 milliards en 2011, le quart de notre PIB. Si nous favorisions l’achat de produits fabriqués en France, ne serait-ce pour 15% de l’ensemble de nos achats importés, il n’y aurait plus de déficit commercial extérieur et nous pourrions créer 750 000 emplois, notre déficit public serait réduit de presque 10 milliards d’euros ! Pour que les citoyens et les entreprises puissent exercer leur choix, cette préférence, il est nécessaire de créer un label « Produit en France » indiquant la part du produit fabriqué en France.

Alors que nous accusons un déficit commercial extérieur de 70 milliards d’euros, l’Allemagne affiche un excédent de plus de 150 milliards, alors que le coût du travail est du même ordre (légèrement supérieur en Allemagne). D’autres pays de l’UE commela Belgique, les Pays-Bas,la Norvège, les Etats-Unis, ont une balance commerciale excédentaire à notre égard. Ce n’est donc pas le coût du travail qui explique notre faiblesse mais plutôt un problème de compétitivité hors-coûts, un problème de positionnement sur le marché de nos produits.

 

Pour lutter contre le chômage, François Bayrou propose de :

Ø      Créer un label indépendant pour que les consommateurs puissent connaître la provenance, ou la part française des produits qu’ils achètent.

o       Associer les consommateurs à la démarche du « produire en France ».

o       Développer l’image de marque du « produit en France ».

o       Privilégier la qualité en allongeant à 5 ans la durée de garantie légale des produits.

Ø      Créer un environnement favorable à la production :

o       Créer un Commissariat national aux stratégies. Cette structure légère aura pour objectif de mobiliser et coordonner tous les acteurs du redressement économique du pays et définir filière par filière une politique de production à long terme.

o       Simplifier les contraintes administratives et fiscales parce qu’une entreprise, comme une famille, a besoin de visibilité, et pas d’un paysage juridique en perpétuel mouvement. Diviser par deux les déclarations administratives.

o       À l’image du « Small business Act » américain, établir des règles propres aux petites entreprises pour favoriser leur accès au crédit, aux marchés publics, à la sous-traitance, et créer un guichet unique, avec un correspondant administratif unique de l’entreprise pour l’accompagner, l’informer de ses droits, et prévenir les pénalités.

o       Mettre en réseau les grandes entreprises et les PME, pour créer une complémentarité profitable, encouragée par un avantage fiscal lorsqu’il y aura investissement en faveur des PME.

o       Créer un outil de financement propre : un établissement financier, régionalisé, associant les  collectivités locales, dédié au financement des PME et des entreprises de taille intermédiaire.

o       Créer un livret d'épargne industrie : le réarmement économique dela France suppose qu'une partie de l'épargne soit dirigée vers l'industrie, sous la forme de ressources nouvelles.

o       Compléter le crédit impôt-recherche par un crédit impôt-innovation.

o       Rétablir l’incitation fiscale, réduite en 2010, au profit de ceux qui investissent dans les entreprises non cotées.

o       Au total, l'Etat doit garantir au moins l'égalité de traitement entre PME et grandes entreprises du CAC 40.

o       Limiter dans le temps le statut d’auto-entrepreneur et aider son bénéficiaire à rejoindre le statut de droit commun.

o       Engager une réflexion conduisant à un allègement progressif d’une part significative des cotisations assises sur le travail.

o       Permettre aux entreprises de moins de 50 salariés, aux artisans et aux commerçants de créer un emploi sans charges, pendant deux ans, si elles recrutent un jeune en premier emploi ou un chômeur sous la forme d'un CDI (à condition de n'avoir pas préalablement supprimé de poste de travail).

Ø      Soutenir l’économie sociale et solidaire en lui facilitant l’accès à la commande publique et en promouvant l’innovation sociale.

o       Promouvoir toutes les forces de distribution en circuit court du producteur au consommateur, favoriser les coopératives de production et de distribution, créer un nouveau type d’entreprise, « l’OSEE » (entreprises à Objet Social Environnemental et Economique). Ces entreprises OSEE verront leur taux d’impôt sur les sociétés minoré.

o       Moduler la fiscalité des entreprises en fonction des résultats et des efforts fournis en matière de responsabilité sociale, sur la base de normes européennes communes.

Ø      Sans détailler ici les propositions créatrices d’emplois par filières : développement durable et énergies nouvelles, numérique, agriculture, … (voir le site http://bayrou.fr/le-programme-en-detail/produire)

 

François Bayrou milite pour une rénovation du climat social dans l’entreprise. Il souhaite organiser une négociation nationale entre partenaires sociaux sur ce thème.

Il propose que les salariés aient un droit de vote au Conseil d’administration des entreprises de plus de 500 salariés. Les comités d’entreprise verront leur rôle étendu à la négociation continue des conditions de travail et des rémunérations.

Il souhaite enfin que la négociation d’accords particuliers au sein de l’entreprise soit soumise à des accords cadres dans les branches.

 

 



[2] La Grande Régression », oct.2010, Editions du Seuil, Jacques Généreux, co-fondateur du Front de Gauche. Voir mes articles partie 1 et partie 2  sur le sujet.

[3] Voir article de François Bayrou paru dans la revue Commentaire (N°119, 2007), « Du « Centre » au projet démocrate »

[4] Voir données clés du commerce extérieur de la France : http://lekiosque.finances.gouv.fr/APPCHIFFRE/Etudes/table...

17/03/2012

L’humanisme : un modèle de société ?

Mon livre "La révolution humaniste" (éditions Salvator) traite du modèle de société dans lequel nous vivons, de nos communautés humaines, et aussi de l’homme en tant qu’individu et citoyen, de sa motivation profonde et de ce qui le relie aux autres. Il propose d’envisager l’humanisme comme fondement d’une approche politique privilégiant les valeurs et d’un modèle de société qu’il nous faut refonder, en opérant une révolution copernicienne, en changeant l’axe central : remettre l’homme au centre, à la place de l’argent (en alternative au capitalisme) et à la place de l’Etat (en alternative au socialisme). J’en résume ci-après quelques points importants de l’analyse, des constats, ainsi que des propositions concrètes visant à remettre l’humain au centre.

1- Le constat

2- L’humanisme : une alternative ?

3- L’humanisme comme modèle de société et comme projet de civilisation

4- Comment mettre l’humanisme en pratique ?

Certains pourront y voir un reflet miroir du modèle de société décrit par François Bayrou dans son dernier ouvrage qui vient de paraître « La France solidaire » (éditions Plon).

 

1- LE CONSTAT 

Je fais d’abord un constat d’ensemble sur nos sociétés occidentales dans la mondialisation, basées sur l’économie de marché et la démocratie. Elles ont libéré la création, la production de richesse globale, mais ont aussi généré des dérives, de la destruction, des inégalités, des crises.

Le constat global des dysfonctionnements dans le contexte de financiarisation de l’économie, de mondialisation et de dérégulation :

  • Un modèle générateur d’inégalités croissantes et même de pauvreté malgré une augmentation globale du gâteau (croissance mondiale de 5% par an en moyenne depuis 2004, de 80% sur 10 ans), sa répartition n’étant pas équitable, loin s’en faut. Si encore l’accroissement des inégalités était expliqué par « plus de riches » et quand même moins de pauvres, mais le problème c’est que désormais, depuis une vingtaine d’années, les riches sont plus riches, les pauvres plus pauvres et plus nombreux, les classes moyennes se sentent de plus en plus déclassées. Quelques chiffres :
  • Division internationale du travail s’exprimant au travers des délocalisations et des spécialisations géographiques. La spécialisation à outrance au niveau international nuit à l’équilibre des sociétés, à  la diversité des cultures.
  • L’impuissance des Etats Nations : le pouvoir politique s’exerce essentiellement encore au niveau des Nations. Les organisations internationales, ONG (organisations non gouvernementales), ne disposent pas (encore) de la légitimité démocratique ni des pouvoirs suffisants pour primer sur la domination marchande qui régit le monde. Ainsi, les Etats sont progressivement marginalisés. Leurs outils traditionnels de politique publique, réglementaire, fiscale, perdent de leur efficacité dans l’environnement mondialisé. Sans une réglementation internationale régissant des règles minimales de protection sociale, d’interdiction du travail des enfants, etc., la loi du marché pousse au moins-disant, au dumping social, au nivellement vers le bas.
  • De nouvelles migrations humaines : presque 200 millions le nombre de migrants internationaux pour les années 2000. C’est relativement faible à l’échelle du monde et au regard du contexte de mondialisation. Ce chiffre augmente de 2 % par an. Mais des migrations à grande échelle  de « réfugiés climatiques » sont à prévoir dans les prochaines années. En parallèle, une stagnation démographique et un vieillissement des populations des pays riches occidentaux pourrait être compensés par l’arrivée de nouveaux migrants.
  • Nouveaux risques et instabilité générés par la globalisation financière :
  • L’émergence d’une culture commune mais en même temps un appauvrissement culturel : « globish », mal-bouffe, zapping, tubes planétaires stéréotypés, films violents, basés sur une exploitation au premier degré de l’émotion, de la peur et des sentiments. Claude Lévi-Strauss, avait déjà écrit en 1955 dans Tristes tropiques : «  Il n’y a plus rien à faire, la civilisation n’est plus cette fleur fragile qu’on préservait. L’humanité s’installe dans la monoculture ; elle s’apprête à produire la civilisation en masse comme la betterave ».
  • Plus de communication tue la communication : ère d’Internet, multiplication des chaînes de télévision, e-book, démultipliant l’accès à l’information, aux savoirs, les capacités de se former, d’apprendre, de communiquer à tous points du monde. En parallèle les gens restent plus reclus chez eux, communiquent moins, s’entraident moins, n’osent plus de parler, les relations de voisinage se raréfient.
    • 20% de la population mondiale détient 90% des richesses
    • 3 milliards d’individus sur la planète sous le seuil de pauvreté (2$/j) soit 40%. Leur nombre s’est accru de 36% depuis 1981. Plus de 1 milliard vit dans l’extrême pauvreté (<1$/j).
    • Dans les pays riches de l’OCDE, les inégalités de revenus se sont accrues depuis 25 ans : la croissance a bénéficié aux plus riches, les revenus des pauvres et des classes moyennes ont stagné et le nombre de pauvres a augmenté.
  • De nouveaux rapports de forces, notamment au travers des fonds souverains (environ 6% de la capitalisation boursière mondiale).
    Comme le synthétisait l’an dernier Al Gore dans une formule choc pour le New York Times : « Les Etats-Unis empruntent de l’argent à la Chine afin d’acheter du pétrole aux pays du Golfe pour le brûler d’une manière qui détruit la planète ».
    • Les 3D : dérégulation, déréglementation et décloisonnement des marchés
    • L’innovation financière a permis de créer des instruments de couverture de risque de change, de taux ou encore sur la variation du prix de matières premières, de denrées agricoles ou de titres financiers. Mais ces instruments ont été utilisés aussi pour spéculer, et leur complexité engendre des risques nouveaux, une opacité, une perte de contrôle : CDS, titrisation, LBO …
    • Contagion des crises : financière/alimentaire/énergétique …
    • Alimenté par des liquidités abondantes et une fuite en avant des déficits et de l’endettement, le système vit à crédit en compromettant le futur.
    • Les paradis fiscaux, trous noirs de la globalisation, permettent aux plus favorisés de contourner les obligations réglementaires et fiscales, ainsi qu’aux activités illicites et mafieuses de prospérer.
  • Le secteur financier a vampirisé la création de richesse au détriment de l’économie réelle : la part de profit dans les banques est passée de 10% du total des profits des entreprises françaises en 1980 à 41% en 2007 alors que le secteur financier ne représente que 5% de l’emploi salarié et 16% de la valeur ajoutée.

Constat de l’évolution de nos modes de vie :

Mon constat rejoint celui de Edgar Morin, exprimé dans son livre « La voie » :

-          importance grandissante dans les sociétés dites occidentales des valeurs matérielles, de l’argent, du profit, au détriment des valeurs humaines et spirituelles, avec un renversement : l’argent devient une valeur en soi, une fin, alors qu’il devrait être et rester un moyen. On assiste à une perte de sens, du sens donné à sa vie ;

-          des comportements sociaux de plus en plus individualistes et égoïstes, au détriment de l’altruisme et du lien social,

-          un accroissement depuis la seconde guerre mondiale, en Europe et aux Etats-Unis, de la protection sociale (santé, retraites, chômage), du rôle protecteur et re-distributeur de l’Etat, des services publics (transports, école publique gratuite,…), avec leur fonction rééquilibrante, diminuant les inégalités, mais avec pour contrepartie une délégation de la solidarité au médiateur, l’Etat, au détriment d’un lien social direct entre générations, entre riches et pauvres, entre forts et faibles ;

-          la concentration urbaine croissante et le gigantisme des villes et des banlieues, accompagnée de la désertification des campagnes. Les villages et les quartiers se vident de leurs petits commerces, de leurs cafés et autres lieux de rencontre, au profit des hypermarchés anonymes en périphérie, des usines à cinéma (Ciné cités), des centres commerciaux fermés, qui nécessitent l’utilisation de la voiture et ne sont pas propices aux rencontres de voisinage. Ce phénomène a accentué la ghettoïsation des banlieues, le contraste entre d’un côté des villes ou des quartiers de pauvres, chômeurs, défavorisés ou exclus de la société et de l’autre des villes ou des quartiers de riches,  de plus en plus soucieux de leur sécurité, protégés par la télésurveillance ;

-          une spécialisation de plus en plus grande des métiers, des savoirs, qui nuit à l’appréhension globale des problèmes, que ce soit dans le domaine médical, scientifique, économique et social. Or la complexité des phénomènes ne se réduit pas à une décomposition de ces derniers pour en analyser et en expliquer chaque partie indépendamment, il ne faut pas perdre de vue la liaison entre eux, leurs interactions. L’économique, le social, le psychologique, l’environnemental, sont liés et interagissent entre eux. La compartimentation des connaissances et des tâches nuit à la communication entre les acteurs. La spécialisation sans adaptabilité et sansformation nouvelle est aussi sclérosante, par exemple pour changer d’emploi, de métier. Comme le souligne Edgar Morin, l’éducation nationale apprend aux écolier des bases de connaissances mais de façon disjointe entre les domaines et les matières et n’apprend pas suffisamment ce qu’est la connaissance, la propension à l’erreur, à l’illusion, les mécanismes déductifs et cognitifs de nos esprit, une réflexion sur les croyances et les mythes du passé et du présent, le développement d’un esprit critique et aussi créatif ;

-          explosion de la cellule familiale qui formait un ciment social et protecteur. La liberté des mœurs, notamment la liberté sexuelle, les mariages consentis, basés sur l’amour (ce qui est en soi une bonne chose mais qui se brisent quand l’amour se délite), la contraception, ainsi que le travail des femmes, émancipées socialement et trouvant un nouvel épanouissement au travers d’une utilité sociale complémentaire à celle de l’éducation des enfants et des tâches ménagères, ainsi qu’une une liberté financière, tout ceci a favorisé les divorces, les séparations, la recomposition des familles, déstabilisantes pour les enfants. Ce qui a eu d’autres conséquences, sur le bien-être psychologique et le niveau scolaire des enfants, qui se sont détériorés, ainsi que sur le pouvoir d’achat des familles séparées, obligeant ces dernières à subir une charge financière de logement deux fois plus lourde ;

-          la consommation croissante des drogues et des psychotropes, des somnifères, des anti-dépresseurs et des anxiolytiques, pour faire face à la dégradation psychologique, à l’anxiété ;

-          une modification notable de l’utilisation du temps libre, avec un glissement progressif du temps consacré autrefois aux activité culturelles, à la lecture (des livres et de la presse), au théâtre et au cinéma, au profit de la télévision (plus de 3 heures par jour en moyenne en France, 6 heures pour les jeunes américains !) et maintenant aussi des jeux vidéos, d’Internet et de la téléphonie mobile, en particulier chez les jeunes collégiens et lycéens. La réduction de la lecture est responsable en grande partie de la détérioration du niveau scolaire, en particulier de la grammaire et de l’orthographe. L’usage abusif de la télévision entretient une attitude passive et favorise l’impact de la publicité, de la prégnance des valeurs matérialistes, de l’argent (jeux d’argent), ainsi que la tentation des politiques à manipuler l’opinion ;

-          l’activité industrielle ainsi que l’usage intensif des transports mécanisés : de la voiture, des avions notamment (développement du tourisme de masse), qui ont considérablement accru les émissions de CO2 et de méthane dans l’atmosphère, aggravant le réchauffement climatique ;

-          le développement de nouvelles maladies liées à l’évolution du mode de vie, à la sédentarisation (marche insuffisante au profit de l’utilisation de la voiture ou des activités immobiles comme l’usage de la télévision ou de l’ordinateur), à une alimentation trop riches en graisse, sucres et viande (toxines) : obésité et diabète, de même que les cancers et les allergies, probablement du fait de la pollution, de la présence de pesticides et autres ingrédients dangereux dans les aliments, les produits de toilette et les produits sanitaires. La consommation croissante et excessive de viande a également pour effet de contribuer aux émanations de méthane (l’élevage de bovins en est autant sinon plus responsable que les transports), ainsi que de compromettre la disponibilité suffisante de production de céréales pour l’alimentation humaine, qui devrait passer de 6 milliards à 9 milliards d’êtres à nourrir d’ici 2050 ;

-          une consommation croissante de plus en plus de biens jetables plutôt que durables et réparables, d’emballages non recyclés, d’une profusion grandissante de déchets. Finie la consigne des bouteilles de verre, introuvables les machines à laver qui durent plus de dix ans ! Les biens sont même programmés pour tomber en panne au-delà d’un certain temps pour assurer un marché de remplacement. Le gâchis touche aussi le domaine alimentaire : on estime à 40% la part des biens alimentaires jetés dans nos sociétés, ce qui est énorme, surtout en regard des personnes qui souffrent de la faim, non seulement dans les pays pauvres, mais aussi chez nous, dans ces mêmes sociétés responsables de ce gâchis ! 

L’analyse du mode de fonctionnement du système :

  • Un modèle reposant sur des valeurs matérialistes et sur le culte du profit, de l’argent, que ce soit la motivation individuelle des gens ou la motivation collective des sociétés. A tel point que souvent le profit est devenu plus important pour les actionnaires des entreprises et leurs dirigeants que la finalité même de l’activité de l’entreprise qui est de satisfaire une clientèle, de rendre un service à la société, de produire ou diffuser des biens. La financiarisation de l’économie a déconnecté la finance de l’économie réelle. Les propriétaires des entreprises, les actionnaires, considèrent simplement l’entreprise dont ils sont propriétaires comme une machine à produire de l’argent.
  • Un système basé plus sur la compétition que sur la coopération, où règne la loi du plus fort
  • Un modèle qui privilégie toujours le court terme sur le long terme et les intérêts particuliers sur l’intérêt général
  • Une perte des repères et du « sens du bien commun »
  • Le modèle de libre-échange mondialisé, basé sur le capitalisme, repose sur un certain nombre d’illusions :
    • Basé sur le libre échange, la loi du plus fort, et la compétition, il tue in fine  la concurrence
    • Le prix du marché « mondial » équilibre faussement l’offre et la demande
    • La spéculation favorise le mimétisme des marchés, le comportement grégaire des investisseurs, accentuant les variations à la hausse et à la baisse. Déjà Keynes disait qu’il est plus malin pour gagner en bourse d'anticiper la psychologie de la foule plutôt que la tendance réelle des événements et de singer préventivement la déraison.
    • Basé sur la recherche du profit individuel à court terme et favorisant la prise de risque, ce système va contre l’intérêt collectif mondial et n’est pas durable.
    • La finance est moins au service de l’économie et diverge de l’économie réelle. Sur les 10 années précédant  la crise financière de 2008, la croissance de la capitalisation boursière mondiale a été 2 fois plus forte que la croissance du PIB et même 3 fois hors inflation, idem en croissance annuelle moyenne (2,4 fois plus forte sur les 17 dernières années et 3,6 hors inflation). Puis brutalement en 2008, la capitalisation boursière mondiale a chuté de presque 50%, de 30 000 milliards. Alors que la valeur totale des actifs dits toxiques (subprimes) à l’origine de la crise était estimée à environ 800  milliards de dollars et les pertes induites des banques entre 2200 et 3600 milliards de dollars dans le monde. Notez l’effet multiplicateur de la perte !
    • Des normes comptables et prudentielles qui entretiennent l’illusion et accentuent les effets pro cycliques à la hausse et à la baisse. Depuis 2005, ces règles IFRS, venues des Etats-Unis, imposent une valorisation des actifs au prix de marché, même si le prix de marché est artificiellement et momentanément surévalué ou sous évalué notamment par les effets de mimétisme et de crise.
  • Nos indicateurs de mesure de croissance et de prospérité sont calés sur le PIB, sur la valeur boursière pour les entreprises. Ceci sans tenir compte des externalités, de la destruction sociale ou environnementale qu’a engendrées la croissance matérielle exprimée en profit. L’indicateur de réussite sociale pour un individu est essentiellement son revenu et son patrimoine, son niveau de vie matériel.

 

Plusieurs variantes de modèle :

Au sein du monde occidental coexistent différentes variantes de modèle de société. Je compare ces modèles à la fois sous les angles économique, social et culturel : le modèle américain, le modèle européen et au sein de l’Europe, le modèle français, allemand, nordique. Sont aussi étudiés le modèle chinois et un modèle de pays émergent commela Corée du Sud.

Le modèle américain vs le modèle européen

 

Le rêve américain est maintenant mis à mal, la version américaine du partage des fruits de la croissance, de la « retombée en pluie » de ces fruits, également. La pauvreté a augmenté, la surcroît de richesse n’a été distribué qu’aux plus riches, les inégalités se sont creusées, et de façon pire que dans les autres pays occidentaux comparables en termes de niveau de vie. Ces inégalités sont devenues « dynastiques » en entretenant, en cumulant et en perpétuant des inégalités de patrimoine, dans un contexte ou la fiscalité ne joue plus son rôle compensateur, re-distributeur.

La croissance américaine a été stimulée par le crédit et par les espoirs de gains patrimoniaux toujours croissants. L’explosion de la dette s’est traduite non seulement chez les ménages à l’égard des banques, mais aussi au niveau de l’Etat à l’égard des autres pays, en particulier de la Chineet des pays du Golfe. Mais la récente crise a mis en lumière l’illusion de ce modèle de croissance. Et la confiance, donc le crédit (qui signifie d’ailleurs confiance), sont entamés.

Le modèle américain, dans sa configuration actuelle en tout cas, basé sur la recherche du profit avant tout, sur l’illusion de la croissance pour tous et sur le mensonge de l’égalité des chances, est bel et bien générateur d’inégalités et a même accru la pauvreté, bien plus que dans les pays européens à niveau de vie similaire, pourtant dans le même contexte de mondialisation. Les politiques publiques à l’égard de l’enseignement et de la fiscalité, ainsi que la privatisation croissante du système de santé et de retraite, sont la cause de l’accroissement de ces inégalités.

Le modèle français

La France se situe dans la moyenne européenne en termes de performance économique, de taux de chômage et de taux d’emploi et d’investissement en R&D (on pourrait en attendre mieux pour un des pays les plus avancés). Elle figure  parmi les meilleurs élèves en termes de taux de pauvreté et d’inégalités de revenus, du nombre de jeunes ayant quitté prématurément l’école et du taux de confiance de la population. Mais elle est à l’instar des pays nordiques un des pays à plus fort taux d’imposition, notamment avec un impôt sur les sociétés à plus de 33% (alors que les pays nordiques ont contenu cet impôt à la moyenne européenne, à un niveau de 25%), elle est en retard sur la compétence Internet et souffre de finances publiques en fort déficit chronique, à la limite du seuil normalement toléré dans la zone euro. Le taux d’épargne des ménages y est particulièrement élevé.

Le modèle français républicain s’appuie sur les valeurs de la république « Liberté, Egalité, Fraternité » (auxquelles on peut ajouter laïcité), triptyque formant la devise nationale affichée aux frontons de nos mairies et de nos écoles. Il est caractérisé par un modèle de protection sociale datant de l’après-guerre rédigé initialement par le Conseil National dela Résistance, inspiré par des humanistes, notamment Marc Sangnier. Notre sécurité sociale, notre système de retraite par répartition garantissant une solidarité inter-générations, notre assurance chômage et les allocations familiales, le repos hebdomadaire du dimanche, les congés payés, sont nés de ce pacte social. La gratuité de l’éducation publique, son niveau d’excellence, son accès à toute la population dans les territoire, doit garantir l’égalité des chances quelle que soit la naissance et l’origine des enfants. Les diplômes doivent reconnaître le mérite. C’est la base de l’ascenseur social qui fonde (ou plutôt qui fondait, car cela s’est bien dégradé) le « rêve français », à la différence du rêve américain du « self-made-man » qui lui visait plutôt la réussite sociale par l’enrichissement. Ce modèle est humaniste, exprimé dans ses valeurs de la république, dans l’organisation sociale assez protectrice, protégeant la famille, les faibles, les malades. Mais est en train de se déliter et n’a plus les moyens de s’exercer si d’une part l’efficacité économique n’est plus au rendez-vous, si d’autre part les valeurs de la république et de la démocratie sont bafouées, par les gouvernants et par les citoyens eux-mêmes.

En synthèse, ce sont les sociétés nordiques qui ressortent comme le modèle le plus humaniste, le plus équilibré, alliant efficacité économique et justice sociale, respect de la démocratie, tolérance, confiance, civisme et respect de la population. Si on regarde bien ce qui  fait le succès relatif à la fois économique et social de sociétés comparées à d’autres, c’est souvent le facteur culturel qui est déterminant : valeurs, confiance de la population, esprit de responsabilité, civisme, adhésion au pacte social du pays, concertation au sein des entreprises et dans le mode de gouvernance. Les décisions politiques (fiscalité, investissement public etc.) ne suffisent pas à expliquer ce succès.

Le culte de l’argent et du profit : cause principale des dysfonctionnements

Dans ce modèle occidental, l’argent est une valeur centrale. Il est devenu une fin alors qu’il aurait dû rester un moyen. Le moteur de ce modèle est la compétition, la concurrence entre les individus et entre les entreprises. Que le plus fort gagne. Selon la logique de Darwin, les plus faibles seront éliminés et les plus forts les gagnants. Ce qui génère un climat de défiance entre les individus, entre les acteurs, un comportement individualiste et égoïste, de chacun pour soi et de sauve qui peut. Les conflits sont attisés. La violence est prégnante, non seulement au travers de la délinquance croissante, de la ghettoïsation des banlieues, mais aussi dans la culture, la profusion des films violents. La précarité est la contrepartie, le revers de la médaille, de la liberté et de la compétition dans les sociétés démocratiques occidentales basées sur le libre-échange. C’est aussi pourquoi le besoin de protection y est très développé : protection sociale organisée par l’Etat ainsi que la consommation en produits d’assurance.

Le système fondé sur ce mode de fonctionnement semble bien voué non seulement à générer et reproduire les inégalités, mais également, pire encore, à détruire l’humanité. La détruire physiquement (atteinte à la planète et à la vie de millions d’individus) et la détruire mentalement, psychologiquement, dans l’atteinte intime au sens profond de ce qui est humain dans l’homme, son essence, son humanité, la reconnaissance qu’il a de l’autre comme de soi-même dans sa façon de considérer l’autre.

Il s’agit de remettre l’homme au centre, à la place de l’argent. Changer l’axe de la société, c’est le sens de la révolution humaniste que j’appelle de mes vœux : une révolution copernicienne ! … Mais comment faire ?

 

2- L'HUMANISME : UNE ALTERNATIVE ? 


L’humanisme est à la fois un courant de pensée, une philosophie et un comportement privilégiant certaines valeurs. Je démontre dans mon livre qu’il peut être aussi le fondement d’un nouveau modèle de société et d’une conduite politique

Le courant de pensée humaniste s’est exprimé au travers des siècles : dans l’Antiquité, à la Renaissanceau XVIème siècle, au XXème siècle avec le courant humaniste chrétien de Marc Sangnier, Jacques Maritain et Emmanuel Mounier, sans oublier Charles Péguy, Pierre de Coubertin (scootisme, Jeux Olympiques), l’Abbé Pierre (Compagnons d’Emmaüs, fondation pour loger les exclus et les réinsérer),… Il n’est pas l’apanage du seul occident. En effet, il s’est exprimé en Chine avec Confucius 550 ans avant notre ère. Et aussi en Afrique, avec des penseurs comme Mamadou Dia, homme d’Etat sénégalais visionnaire qui avait déjà avant 1990 livré une analyse lucide de la mondialisation et prôné une politique humaniste à l’échelle du monde. Il faut aussi citer Pierre Rabhi, l’un des pionniers de l’agriculture écologique en France. Depuis 1981, il transmet son savoir-faire en Afrique en cherchant à redonner leur autonomie alimentaire aux plus démunis et à sauvegarder leur patrimoine nourricier. Initiateur de « La Charte pour la Terre et l’Humanisme  », Pierre Rabhi nous invite à une nouvelle éthique de vie basée sur le respect de l’homme et de la nature, à une réconciliation, voire une communion, entre l’homme et la nature. Enfin saluons l’innovation méthodologique d’un penseur philosophe Roger Nifle qui a construit une approche appelée « l’humanisme méthodologique », basée sur « l’intelligence symbolique », qui permet d’analyser les communautés humaines et leurs problématiques, qu’il s’agisse de la crise financière, de l’Europe, de la vision de la république, des élections présidentielles, de manière à voir si l’on va dans un sens du bien commun, de la construction positive, du consensus. 

Le point commun de tous ces courants et de tous ces penseurs est de croire en la capacité de l’homme, de s’appuyer sur sa conscience et sa responsabilité, pour viser son épanouissement et le bien commun. Il ne s’agit ni d’angélisme ni de pur altruisme. L’humanisme fait appel à la raison plus qu’aux sentiments. Il ne s’agit pas non plus d’une idéologie, telle un dogme, un modèle de société jugé « le meilleur » qu’il s’agirait d’appliquer envers et contre tout et contraignant les humains, comme l’ont été l’idéologie socialiste et aussi l’idéologie capitaliste qui au final se muent en systèmes totalitaires, prétendant faire le bien contre le gré des gens, malgré eux, justifiant le système par des arguments faux, allant jusqu’à tordre la réalité. 

L’idéal humaniste a pour objectif le progrès de l’Humanité. L’humanisme place l’Homme au centre, reconnaissant à chaque individu sa conscience, sa responsabilité, sa valeur et son potentiel, quelles que soient son identité, sa naissance, son origine sociale, ethnique et culturelle.

Les valeurs de l’humanisme sont des valeurs de confiance, de respect, de tolérance, d’authenticité, de transparence, de justice et de solidarité. Ainsi l’humanisme s’oppose au matérialisme qui gangrène nos sociétés, instaure une domination par l’argent, confisque le pouvoir au bénéfice des riches, fait croître les inégalités, accrédite l’idée que nos motivations essentielles sont l’acquisition des richesses et la consommation.

L’humanisme est résistant, révolutionnaire, pacifique

Résistant parce que la liberté individuelle doit se gagner face à un monde où ce qui est naturel, c’est la domination de l’autre. L’égalité entre les hommes ne va pas de soi non plus dans un monde où chacun cherche à défendre ses acquis. La solidarité et la fraternité ne sont pas non plus systématiques, l’égoïsme, l’individualisme et l’hédonisme étant des attitudes si faciles à adopter.

Révolutionnaire : l’humanisme affronte la domination des esprits et de l’argent par les puissants, bouleverse les pouvoirs établis.

Pacifique : des hommes de plus en plus formés et informés élèveront leur conscience et prendront leurs responsabilités, notamment dans les pays qui fonctionnent en démocratie, par l’expression et le vote. L’humaniste espère que les puissants eux-mêmes adhèrent à ces valeurs, réalisent qu’elles seules peuvent porter le progrès de l’Humanité, sauver le devenir même de l’espèce humaine, et donner sens à son existence.

L’humanisme chrétien

Les humanistes chrétiens privilégient l’imitation de Jésus-Christ pour la dignité humaine, le salut de l’humanité souffrante, donne une priorité absolue à la solidarité avec l’homme. Notons qu’ils étaient laïcs, que le modèle de Jésus Christ, les valeurs chrétiennes prônées par eux l’étaient indépendamment de la notion de foi et de religion.

Marc Sangnier : fondateur du mouvement « Le Sillon », président du parti le MRP né pendantla Résistance, grand résistant et membre du Conseil National dela Résistance qui a été fondateur de notre pacte social en France (création dela Sécurité Sociale, des Allocations familiales, du système de retraites par répartition,…). Phrase culte que François Bayrou reprend très souvent dans ses discours : « La démocratie, c’est l’organisation sociale qui porte à son maximum la conscience et la responsabilité des citoyens ».

Jacques Maritain : défenseur de « l’humanisme intégral », une philosophie chrétienne fondée sur l’expérience et la raison, indépendante de la foi. Il a développé les principes chrétiens comme la dignité de la personne humaine, le primat de la morale sur le politique, l’économique et le bien social de même que la vertu de prudence.

Emmanuel Mounier : fondateur en 1932 de la revue Esprit, qui existe toujours, mais sans référence chrétienne; il contestait le "désordre établi" et appelait à une "révolution personnaliste et communautaire", l'homme à ses yeux n'étant pas un "individu", ce qui est réducteur, mais une "personne" ouverte aux autres hommes, à une communauté. L'individu est, aux yeux de Mounier, un "élément" au sein d'une masse, alors que la "personne" est par définition une femme ou un homme à respecter, et toujours capable de créer. 

L’humanisme de Confucius

Confucius pensait que l’homme dispose d’une nature positive, le mal se développant à partir de l’ignorance. D’où l’importance pour l’homme de s’éduquer et de suivre une éthique morale. Confucius prône un art de vivre, visant l’harmonie des relations humaines. Il ne cherche pas à s’ériger en maître à penser mais plutôt à développer l’esprit critique et la réflexion de ses disciples.

« Etre humain, c’est aimer les hommes. Etre sage, c’est les connaître » : par cette citation, Confucius donne une définition de l’humanisme : un comportement qui allie humanité et sagesse. Il ne suffit pas d’être bienveillant et altruiste de cœur pour être humaniste, ce qui serait de l’angélisme. Il faut chercher à comprendre l’homme, éveiller sa conscience et sa responsabilité vis-à-vis des autres hommes, chercher en permanence à s’améliorer. La manière d’être est aussi importante que les intentions et les ambitions. Il disait aussi : « Cultivons notre être pour devenir la meilleure version de ce que nous sommes ».

 

3- L'HUMANISME COMME MODELE DE SOCIETE ET COMME PROJET DE CIVILISATION

L’idéal humaniste vise un monde durable et juste, basé sur la confiance dans le respect de la démocratie et de la république

Construire une société de confiance, qui donne le sens de « vivre ensemble », où les relations entre les humains ne sont pas systématiquement monnayées ou « marchandisées ». Alors que dans la société de défiance l’inégalité germe dès la naissance, le plus fort fait la loi, l’apparence, la caste et le carnet d’adresse priment sur la compétence, le « chacun pour soi » se généralise : anonymat, isolement, « sauve-qui-peut ». 

Ce projet de civilisation est universel, il se traduit aussi bien au niveau individuel qu’à celui de la famille, de la commune, de la région, de la nation, de l’Europe et du Monde. Il vise la prospérité non seulement matérielle mais aussi humaine et spirituelle : le goût de l’entreprise et de l’innovation, c’est celui de progresser, de réaliser des choses qui ont une valeur humaine, là où une prétendue "création de valeur "financière repose sur la rentabilité à court terme. 

C’est un projet de « développement durable » ou l’économique, le social et l’écologie doivent être considérés comme indissociables. Parce qu’il vise la préservation de la planète, des sources d’énergie et des ressources en général, et plus généralement parce qu’il veut « répondre aux besoins des générations présentes sans compromettre pour autant la capacité des générations futures à répondre des leurs », dans tout domaine. Ainsi de la dette publique qui grève les générations futures.

Citons François Bayrou en référence à son article de la revue Commentaire n° 119, publié en 2007 : « Le projet démocratique [humaniste] ne recherche donc pas seulement l’efficace, mais l’efficace compatible avec le juste. C’est ainsi que l’économique ne devrait pas pouvoir se définir en dehors de l’écologique, comme il ne devrait pas pouvoir se définir en dehors du social, tant le principe de responsabilité devrait être reconnu comme déterminant, responsabilité à l’égard des personnes, des familles, des générations à venir. Dans ce projet, économique, social, écologique doivent être regardés comme indissociables. »

 Ce schéma, repris par le Comité Pauvreté et Politique, illustre l’interdépendance entre les trois domaines :

 

Le développement durable ne se réduit pas à l’écologie.

La préoccupation écologique sans performance économique, sans source de financement, n’est pas viable. Sans préoccupation sociale, sans souci de l’homme, est n’est pas vivable.

L’économie qui ne se préoccupe pas de l’équilibre social, de la justice, de la protection des faibles, n’est pas équitable.

Le développement durable forme un tout indissociable 

L’approche humaniste réconcilie l’Europe avec les Nations. Plus qu’un espace de libre échange, l’Europe doit être le lieu de rassemblement des Européens face à leurs problèmes communs de ressources énergétiques, d’environnement, d’immigration, de défense, le moyen de promouvoir leurs ressources, leurs cultures, leurs valeurs communes.

Il s’agit également de protéger nos racines, notre identité, nos traditions, notre culture et nos langues régionales, face à la mondialisation et à l’uniformisation culturelle et idéologique. 

La démocratie permet de construire l’Homme

L’organisation sociale et politique la mieux à même de porter ce projet de civilisation humaniste est la démocratie. La démocratie permet de construire l’Homme, reconnaît sa place en tant que citoyen autonome libre de corps et de pensée, ayant une conscience et une capacité de jugement, responsable de ses actes moralement. La démocratie donne la parole et le pouvoir au citoyen, pouvoir qu’il organise en le déléguant et en le contrôlant. Elle suppose idéalement que le citoyen bénéficie d’une transparence de l’information, d’un accès aux connaissances et à l’éducation. Il s’agit d’une démocratie proche du citoyen, qui l’informe sur les problèmes du pays, de l’Europe, du Monde, lui explique les solutions proposées et lui donne les moyens de s’exprimer.

Pour que le citoyen soit en situation d’exercer ses responsabilités, il faut renforcer les corps intermédiaires, les représentations citoyennes, syndicats, corporations, associations.

La démocratie sociale redonne au travail une valeur capitale. L’utilité du travail de chacun est rétribuée par son revenu, mais elle va au-delà. Dans son travail, la personne est reconnue, exerce et développe ses talents.

Aussi faut-il être intransigeant sur les valeurs fondamentales dela Démocratie: tenir pour prioritaires l’éducation, le droit à l’expression et à l’information du citoyen, défendre la juste représentation des courants d’opinion, le pluralisme, l’indépendance des médias.

Le pouvoir du citoyen ne doit plus être limité à la désignation de ses dirigeants par son suffrage, qui ensuite décident sans lui rendre de comptes… ou à sens unique. Le statut du citoyen doit changer, il doit être acteur et non plus figurant dans la concertation. Le conflit est sain, car permet l’expression des attentes et dénoue les tensions. La contradiction renforce ainsi l’autorité et donne légitimité à son exercice. 

Il faut passer d’une démocratie d’opinion à une démocratie adulte.

Le citoyen est infantilisé dans une démocratie d’opinion, noyé par une information qu’il a du mal à maîtriser, les idées toutes faites délivrées par les médias, la télévision. Il se réfugie dans le divertissement, dans la télé-réalité, les matchs de football,… Son sens critique n’est plus nuancé et il devient soit suiveur passif, soit révolté et violent.

Or c’est la prise de conscience et la responsabilité, exercées en démocratie, qui permettront aux citoyens de comprendre, d’adhérer à un nouveau modèle en redéfinissant les priorités, ses valeurs, les structures de fonctionnement privilégiant le sens du bien commun et l’épanouissement de l’homme, le respect de l’autre. Il faut passer à une démocratie adulte.

Mais si les citoyens sont d’accord pour s’imposer de nouvelles règles, des contraintes de régulation, de partage, un effort d’assainissement des finances publiques, d’économies d’énergie, sans être motivés individuellement pour le faire, sans avoir envie d’agir ainsi, ils seront malheureux, frustrés. Alors que s’ils retrouvent un altruisme naturel, un plaisir de l’échange et du lien social, ils seront en harmonie avec ce modèle. Cela passe par l’éducation, le vécu d’expérience, la réflexion.

La république est le projet politique de l’humanisme

Dans la préface de mon livre, François Bayrou définit la république comme « projet politique de l’humanisme », un projet de société et même un principe de civilisation. Liberté, Egalité, Fraternité, comme triptyque de valeurs unies et indissociables, se tenant comme une clé de voûte, marque la devise de cette république sui vise à libérer l’homme, à l’émanciper, à l’assurer, à l’épanouir, à le lier aux autres dans un destin commun. Dans ce triptyque, le capitalisme a privilégié la liberté (notamment des échanges) mais au détriment de l’égalité et de la fraternité. Sa valeur centrale est l’argent. Le socialisme a quant à lui privilégié l’égalité au détriment de la liberté et au nom de la fraternité a délégué la solidarité à un Etat médiateur tout puissant, laissant se développer malgré tout les valeurs matérialistes et individualistes. Il met l’Etat au centre. L’humanisme doit réinstaurer l’équilibre entre ces trois piliers, ces valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, sans oublier la laïcité, en remettant l’homme au centre à la place de l’argent et de l’Etat. 

La république exprime et garantie les valeurs de l’humanisme. La démocratie donne à l’humanisme les moyens de s’exercer et de s’épanouir. La démocratie éclaire la république en faisant appel à la conscience et à la responsabilité des citoyens.

 

4- COMMENT METTRE L'HUMANISME EN PRATIQUE ?

Le modèle humaniste s’appuie à la fois sur une organisation sociale, la démocratie et la république, sur des valeurs, et sur un comportement, une méthode, une manière de faire. La fin de justifie pas les moyens.  François Bayrou aime reprendre la formule de Gandhi : "La fin est dans les moyens comme l'arbre est dans la graine." C'est-à-dire qu'il y a une unité d'essence entre la fin et les moyens.

Donnons des exemples très concrets de l’application de l’humanisme au travers des moyens, de l’organisation de l’économie, consistant à viser le bien commun, le bien de l’homme plutôt que le profit.

Partir des valeurs à prioriser dans les actions

  • Faire de la politique autrement. Il s’agit de faire valoir en priorité le fond des sujets, plutôt que de se laisser influencer par des questions de ralliement.
  • favoriser l’intérêt général, la cohésion sociale, la cohésion des familles, l’élévation spirituelle et la qualité relationnelle, ainsi que la préservation de l’environnement qui sont des notions qualitatives, plutôt que  la recherche du profit matériel.
  • Donner priorité à l’éducation et à tout ce qui peut favoriser l’égalité des chances.
  • Repenser le rôle de l’Etat afin de conjuguer solidarité, efficacité et responsabilité.
  • Redéfinir le périmètre et le niveau de responsabilité de l’Etat 
  • Protéger les faibles, les plus démunis socialement tout en favorisant la mixité sociale.
  • Favoriser la création, qu’elle soit du domaine de l’innovation scientifique, de l’entreprise, du domaine artistique.
  • Proposer des formes nouvelles de structures entrepreneuriales alternatives aux structures capitalistiques dans lesquels les actionnaires recherchent du profit à court terme plutôt que le développement durable de l’entreprise.
  • Protéger la terre pour protéger l’Homme et l’Humanité.
  • Favoriser le lien social et la solidarité intergénérationnelle 
  • Et pour finir, enraciner ces modes de fonctionnement et de pensée en ouvrant des ateliers de réflexion citoyens.

 

La coopération plutôt que la compétition

L’économie sociale et solidaire, le commerce équitable et le microcrédit

Ces trois formes d’activité économique représentent typiquement une façon alternative d’envisager l’économie, de viser un objectif de développement humain, social, plutôt que viser le profit financier lui-même. De plus, elles font appel à la responsabilité des acteurs, parties prenantes travaillant comme des partenaires, où l’échange bénéficie à tous et de plus crée du lien positif entre les acteurs.

D’après une étude de l’Insee publiée en 2008, l’économie sociale représente près de 10% de l’emploi salarié national hors agriculture et 8% des salaires. Elle n’est donc pas négligeable.

Les formes de société coopératives, mutualistes, correspondent à cette vision de collaboration visant un intérêt commun pour les usagers, les clients, les employés qui vivent de l’activité, par opposition à la société cotée en bourse visant à privilégier le profit à court terme de l’actionnaire, dans une compétition conflictuelle où il s’agit d’éliminer le concurrent.

Il faut penser à des modes de gouvernance plus coopératifs, visant l’intérêt général durable des participants plutôt qu’un profit financier à court terme au détriment du reste. Des expériences coopératives, mutualistes, associatives (auberges de jeunesse, compagnons d’Emmaüs), les AMAP en plein développement, le commerce équitable, le microcrédit, les échanges non marchands, les bourse d’entraide où on échange du temps, Wikipedia,… sont des signes encourageants.

L’approche coopérative peut aussi être appliquée à de multiples services publics, les transports, le vélib, etc. où les usagers clients décident du niveau de qualité de service et du tarif, sachant qu’un bénéfice excédentaire leur sera rendu en ajustement de prix du service comme pour une mutuelle.

L’approche coopérative a été celle de la construction européenne, elle peut être élargie à de multiples domaines, y compris pour une approche de gouvernance mondiale, à condition de garantir une légitimité démocratique. Elle peut être aussi appliquée en politique, lorsqu’on doit se mobiliser dans un esprit d’union nationale, commela France l’a fait après la guerre et en 1958 avec le Général de Gaulle, ce que propose François Bayrou dans le contexte de crise que nous traversons.

L’approche coopérative doit prendre le pas sur l’approche compétitive.

Le citoyen « consommacteur » peut exercer sa responsabilité et un pouvoir de citoyen-consommateur

L’exercice individuel de la politique ne se limite pas à s’intéresser à l’actualité politique, à y participer, à éventuellement militer pour un parti politique ou contribuer à un think-tank, club de réflexion. Il se pratique aussi dans la vie sociale, associative, scolaire et éducative, et dans la vie de tous les jours en tant que citoyen-consommateur. En effet, par mon acte d’achat (en tant que consommateur et aussi en tant qu’actionnaire, même indirect via des fonds ou assurances), qui privilégie l’achat éthique et responsable, je commets une action politique favorisant telle entreprise, tel comportement de production, un mode de production et de distribution et au contraire boycottant telle entreprise ou tel produit fabriqué dans des conditions qui ne correspondent pas à mes critères, à mes valeurs. En refusant les prospectus dans ma boîte à lettres, je contribue à la préservation des arbres. En achetant des produits sans emballage individuel comme le riz par plusieurs kilos ou les biscuits par plus grands contenants, je fais du bien à ma planète – je me fais du bien.

Bien sûr, pour que  les achats citoyens responsables puissent se développer, il faut non seulement développer ce comportement, mais aussi l’information sur les produits et les entreprises, ainsi que l’étiquetage sur la provenance des matières premières, le lieu de fabrication, la trace carbone, le degré de pollution ou de préservation de l’environnement, le respect d’une norme quant aux conditions de travail des personnes qui ont fabriqué et distribué le produit. Ce qu’on appelle des labels. Et qu’ils soient lisibles !

Dans ce but il faut continuer à normaliser ces critères, créer des agences de notation sur ces critères, imposer une diffusion (sur Internet) de ces informations et un étiquetage des produits.

A ce titre, le débat qui a eu lieu récemment sur l’abattage Halal, qui s’est déplacé sur le thème de la discrimination à l’égard des musulmans et des juifs, aurait dû au moins porter sur la souffrance animale et l’information au consommateur sur ce sujet. Cette question était légitime mais a été vite évacuée

Comme François Bayrou le prône pour le « produire en France » nous invitant à « acheter français, produit sur le sol français », le raisonnement doit être élargi : « acheter bio ou éco-responsable », acheter des produits réalisés par des entreprises vertueuses, respectueuses de l’environnement, de leurs employés et de leurs fournisseurs.

C’est l’esprit de responsabilité du citoyen qui permettre de redonner le pouvoir à ce dernier.

L humanisme comme modele de societe.pdf

08/02/2012

Rapport ODIS 2012 : « Gouvernance, lien social et performance », une vision du monde

L’association ODISSEE, avec le bureau d’étude L’ Observatoire du Dialogue et de l’Intelligence sociale (ODISvient de publier son nouveau rapport, présenté le 7 février 2012, intitulé  « Gouvernance, lien social et performance », une vision du monde.

Pour rappel, ODIS avait publié en 2004 un rapport sur l’état social de la France, comparant les régions de France en termes de lien social et de performance, puis en 2010 un rapport qui appliquait la même méthode comparative aux pays de l’Union européenne.  Ce rapport peut être commandé sur le site de la Documentation Française (27 euros), de même que le nouveau rapport 2012 (version franco-anglaise). J’avais d’ailleurs publié en décembre 2010 un article sur le rapport et ses conclusions, intitulé « Rapport Odissée sur l’état social de la France : le lien social est un facteur de performance ». J’ai aussi fait référence aux conclusions d’ODIS dans mon récent livre « La révolution humaniste », publié aux éditions Salvator.

Le rapport ODIS 2012 étend l’approche aux pays du monde, présentant des cartographies comparatives de 168 pays et des supports d’analyse indispensables pour comprendre nos sociétés.

Le principe retenu par ODIS est de recueillir une série d’indicateurs représentatifs du lien social et de la performance économique, de placer les pays à comparer sur un plan défini par ces deux axes (lien social et performance), de classer les pays et de calculer des corrélations entre des indicateurs et des groupes d’indicateurs, puis d’analyser les conclusions, de rechercher des explications aux résultats obtenus, pour enfin en tirer une vision prospective, constructive et positive, sur l’évolution souhaitée de nos sociétés pour l’avenir, une aide précieuse à l’action politique, économique et sociale.

Bien sûr, on peut toujours critiquer ou nuancer certaines hypothèses, le périmètre des indicateurs retenus* (limités par la disponibilité des chiffres par des organismes comme la Banque mondiale, l’ONU, l’OCDE, etc.), le calcul de l’indice « lien social » ou « performance » réalisé par une moyenne sans pondération, la vision statique des chiffres (photographie sur données récentes) sans mise en perspective historique notamment avant et après crise, … Mais les conclusions restent très pertinentes et sans appel : le rapport 2012 étendu à une vision mondiale confirme, comme les rapports précédents, qu’il n’y a pas de véritable performance économique sans cohésion sociale. La corrélation ne montre pas si c’est plutôt le lien social qui entraîne la performance ou si la performance favorise un terrain propice au lien social. En fait il y a combinaison des deux avec une interaction vertueuse entre ces facteurs.

Le graphique ci-dessous montre la corrélation entre lien social et performance, plaçant les pays sur la carte (nuage de points), le nuage étant agglutiné autour d’une diagonale représentant la parfaite corrélation. Pour les statisticiens, le coefficient R2 est égal à 0,61, ce qui montre une très bonne corrélation.

 

Sur les 168 pays, les mieux classés en haut et à droite sont :

1-     la Norvège

2-     la Suisse (1ère en performance)

3-     Singapour

La France n’arrive qu’en 25ème position (l'Allemagne est 19ème) et les Etats-Unis en 39ème position (bons en performance mais médiocres en lien social) …

Les pays ont été regroupés en régions (Union européenne, PECO, Asie, Amériques, Moyen-Orient, Afrique subsaharienne,…) ou encore OCDE, OPEP, Ligue arabe, BRICS, Pays de la Méditerranée.
Sur l’Europe, les meilleurs sont la Norvège, puis la Suisse et l’Islande. Les moins bien classés sont les pays d’Europe de l’Est de l’ancien bloc communiste.

Sur l’Union européenne, la Suède et les Pays-Bas sont en tête.

Sur l’Asie, les mieux classés sont Hong-Kong et Singapour, alors que l’Irak et l’Afghanistan sont les derniers.

Sur les Amériques, le Canada se détache nettement en haut à droite, l’Uruguay et l’Argentine sont bien placés, le Mexique et le Brésil moins bons sur le lien social, le Chili et le Costa Rica élevés en performance et moins bon sur le lien social.
En Afrique, les Seychelles, Maurice, la Tunisie sont les mieux classés, le Burundi a une position atypique avec un fort lien social et une performance basse, Madagascar figure dans les moins bien classés.

Il faut se plonger dans les cartes du rapport et leur commentaires, assez synthétiques pour parcourir le monde en quelques heures, et découvrir des explications éclairantes sur ce qui tire un pays vers le haut ou le bas, soit en lien social soit en performance, assorties d’éclairage contextuel sur chaque cas, qui permettent de rechercher les causes de ces résultats. 

Le sociologue fondateur d’ODIS qui a conduit l’étude, Jean-François Chantaraud, remarque que les racines du lien social sont essentiellement :

-         les moyens et techniques de communication

-         des pratiques démocratiques durables

-         l’existence de contre-pouvoirs permanents,

-         une dialectique entre le pouvoir temporels (les décideurs) et le pouvoir spirituels (les analystes de la décision, les garants d’un système de valeurs, d’un référentiel d’évaluation, qu’il soit religieux ou non, comme le parti communiste en Chine évaluant le gouvernement)

-         des valeurs humanistes et une vision tournée vers l’avenir

-         l’existence de mécanismes relationnels entre les personnes et le système

 

Ainsi, plus l’information est mutualisée, plus la société attache de l’importance au respect des personnes, des faits, des territoires, des règles, des biens, des idées, et plus elle est tirée vers le haut et la droite de la carte.

Une autre grille de lecture nous est alors proposée par ODIS, traçant une autre diagonale :

 L’originalité d’ODIS et de son approche mérite aussi d’être soulignée : ODIS fait appel à l’intelligence et à la contribution des citoyens, des experts, des partenaires sociaux, des responsables d’ONG, de syndicats et d’associations. Ainsi, un véritable dialogue est lancé, à commencer par la salle où était présenté le rapport, à l’auditorium Marceau de la Chambre des métiers, puis lors des nombreuses rencontres prévues avec les ONG (Banque mondiale, ONU, OCDE etc.), les universités, les responsables de la vie publique, politique, associative, syndicale, experts et aussi simples citoyens intéressés par la question, notamment sur Internet (s’inscrire au site ODISSEE pour proposer des contributions et des avis). De plus, ODIS devrait mettre prochainement  à disposition publique sa base de données, permettant à ceux qui veulent en extraire des chiffres, procéder à leurs propres analyses, corrélations entre indicateurs, de le faire. Enfin, ODIS pense dores et déjà à des évolutions pour enrichir son étude, notamment suggérées par les intervenants et auditeurs :

-         Evolution des pays dans le temps pour mise en perspective

-         Ajout d’autres indicateurs, si disponibles : niveau de corruption, part de l’économie parallèle, prise en compte dans la performance des économies d’énergie, du recyclage, de l’évolution vers l’économie de partage, d’achat d’un usage plutôt que d’un bien (marché de l’occasion, vélib ou autopartage, location d’outils …) car l’évolution des comportements consuméristes éco-responsables peut paradoxalement faire baisser le PIB en améliorant la performance,…

-         Extension de l’approche aux entreprises : la méthode étant rodée, il serait maintenant intéressant de l’appliquer dans d’autres domaines, par exemple de comparer les entreprises entre elles (grandes entreprises, moyenne et pourquoi pas petites, d’un même secteur ou non), pour réaliser un benchmark, selon des critères de lien social (dialogue social, parité …) et de performance. Chaque entreprise participante pourrait savoir où elle se situe sur le plan, comparée aux autres, et voir comment elle évolue dans le temps, même si les données sont confidentielles pour les entreprises ne souhaitant pas être nommées. Cela pourrait également stimuler les entreprises en vue de les inciter à s’améliorer.

Enfin, comme je l’écrivais en 2010 au sujet du précédent rapport, cette étude est une véritable leçon de politique : alors que la droite priorise la performance économique et la gauche la solidarité, le lien social, le vivre-ensemble, selon un clivage libéralisme/socialisme, cette étude révèle que les deux sont très liés. La conscience et la responsabilité citoyenne et la valorisation de l’être et de la relation humaine, plutôt que celle de l’avoir et du paraître, sont essentielles pour arriver à des efforts communs et à un consensus priorisant l’intérêt général, redonner l’impulsion à la création, à l’inspiration, que ce soit dans le domaine de la recherche, de l’entreprise, des arts et de la culture. Pour y arriver, il faut repenser « le sens de notre société », de notre vivre-ensemble », en partant des valeurs. Jean-François Chantaraud nous propose d’inventer la « sémiocratie », allant au-delà de la démocratie. « Il faut organiser une circulation et une mutualisation de l’information afin que chaque idée, chaque expérience, chaque savoir-faire et chaque énergie trouve la place qu’il mérite au profit de tous ». « Apprendre à bâtir des raisonnement collectifs dans lesquels chacun de reconnaît ».

Cette nouvelle forme de penser la société, de réfléchir ensemble pour construire un projet de société au service de l’homme, du développement humain, cela s’appelle l’humanisme.

 

 

 

Indicateurs retenus :

 

Les indicateurs du lien social :

1-      taux d’inscription à l’école primaire

2-      proportion de femmes dans les parlements nationaux

3-      parité filles-garçons à l’école secondaire

4-      taux d’activité des femmes

5-      migration nette

6-      utilisateurs Internet pour 100 personnes

7-      écart des taux d’intérêt

8-      taux de mortalité sur les routes

9-      dispersion des revenus : coefficient de Gini

10-  proportion des jeunes dans le chômage

11-  taux d’homicides volontaires

12-  particules en suspension dans l’air au niveau du pays 


Les indicateurs de performance :

1-      croissance du PIB

2-      PNB/habitant

3-      Dette publique

4-      Taux de chômage

5-      Nouvelles entreprises enregistrées (rapporté au nombre d’habitants)

6-      Exportations de biens et services

7-      Demandes de brevets (rapporté au nombre d’habitant)

8-      PIB par unité d’énergie utilisée

9-      Espérance de vie à la naissance

10-  Taux de mortalité infantile

11-  Taux d’alphabétisation

12-  Classement des universités

30/12/2011

Comparaison France-Allemagne : quel modèle privilégier ?

L’Allemagne est souvent citée en exemple, voire comme modèle en ce moment. Je vous propose donc ici une synthèse des caractéristiques du modèle allemand, quelques arguments sur le niveau du coût du travail, de la productivité et la fiscalité allemande, ainsi qu'un tableau de synthèse comparatif ci-dessous, afin de vous forger vous-même une opinion.
Comp France-Allemagne 2009-2010.xls

L’Allemagne est cité en exemple notamment par François Bayrou pour la force de son industrie, de ses exportations, de sa compétitivité, ainsi que par Nicolas Sarkozy maintenant pour sa rigueur budgétaire et la rigueur salariale qu’elle a su imposer pendant dix ans pour absorber le coût de la réunification et s’imposer plus compétitive, renouant avec les excédents de balance commerciale et abaissant son taux de chômage à un niveau en dessous de 7% pendant que la France atteint presque 10%. En 25 ans, la part de l'industrie en France est tombée de 30% à 14% du PIB contre 29% en Allemagne. Pendant que la France acceptait et même favorisait sa désindustrialisation, profitant des productions à bas prix des pays émergents, l'Allemagne, elle, a profité de ces 20 dernières années pour renforcer sa compétitivité par un soutien d'un tissu local de grosses PME dynamiques à l'export, la spécialisation dans le haut de gamme qui lui a permis de construire une image de marque « made in Germany » et un transfert partiel de charges sociales surla TVA (TVA sociale).

Nous trouvons aussi des détracteurs, dénonçant la hausse de la pauvreté et des inégalités en Allemagne, l’absence de salaire minimum, l’augmentation de la précarité, des contrats à temps partiel et à durée déterminée, la stagnation des salaires, préférant citer en exemple les pays nordiques, qui ont su allier croissance économique et protection sociale, certes au prix d’un taux très élevé de prélèvements obligatoires (50%, le plus élevé d’Europe).

 

Qu’est ce qui caractérise le modèle Allemand ?

On parle souvent de « capitalisme rhénan » ainsi décrit (cf. Wikipedia) :

·  un rôle important des grandes banques et une relativisation du rôle de la bourse dans le financement des entreprises,

·  une vision à long terme appuyée sur ce mode de financement et sur un système de partenariat avec les clients, fournisseurs et employés,

·  un partenariat entre de puissants syndicats patronaux et salariaux qui limite aussi bien les conflits du travail que les interventions directes de l'État dans la vie des entreprises,

·  un système de protection sociale très développé,

·  une politique de stabilité monétaire gérée indépendamment des gouvernements.

 

Citons aussi le dynamisme des entreprises allemandes, le tissus industriel de leurs nombreuses PME qui maillent le territoire, la décentralisation territoriale et l’équilibre des régions, la puissance des syndicats et de la négociation entre le patronat et les partenaires sociaux, l’importance des corps intermédiaires et enfin leur modèle politique bien plus démocratique qu’en France en termes de représentation des partis (50% de proportionnelle pour les élections des députés pour les partis ayant obtenus plus de 5% des voix).

 

Politique économique des dix dernières années
Depuis dix ans, l’Allemagne a pratiqué une politique de l’offre, favorisant les entreprises : flexibilité du travail, modération salariale, pas de salaire minimum, … Ce qui a induit au début pendant cinq ans une faible croissance puis un effet positif sur les cinq années suivantes : gain de parts de marché, amélioration de la rentabilité des entreprises, hausse des exportations et c’est maintenant qu’on améliore les salaires (+3% en 2011). L'industrie allemande a cru de 33% de 1997 à 2007.
Selon une étude du DIW, le principal organisme de recherches économiques, le pouvoir d'achat réel des Allemands a baissé de 4,7% sur les dix dernières années.
En France en revanche, nous avons pratiqué pendant dix ans une politique de la demande, une hausse des salaires (sur cette période la part des salaires dans le PIB a augmenté), ce qui a induit une croissance supérieure à celle de l’Allemagne pendant cinq ans, mais la France a perdu 50% de ses parts de marché à l’exportation et 40% de ces emplois industriels.
Maintenant, il faudrait une politique de l’offre en France et une politique de la demande en Allemagne …

Source : http://www.franceculture.fr/emission-l-economie-en-questi...


Coût du travail et productivité
Même après une politique de modération salariale pendant 10 ans, les salaires bruts et nets sont en moyenne toujours plus élevés en Allemagne qu'en France :
- le coût du travail est plus élevé en Allemagne, en brut (+34%) commet en net (+6%),
- pas de salaire minimum en Allemagne, si bien qu’on trouve des employés rémunérés 6 euros nets de l’heure (contre 9 en France pour le salaire minimum), l’Allemagne compte 6,5 millions de travailleurs pauvres touchant moins de 10 € brut de l’heure (soit environ 20% de la population active), mais Angela Merkel s’est récemment prononcée en faveur d’un SMIC par secteur d’activité,
- les charges sociales patronales sont plus élevées en France mais les charges sociales salariales sont plus élevées en Allemagne et donc au final les salaires allemands sont plus élevés en moyenne pour permettre aux salariés de payer leur couverture sociale, avec aussi plus de recours à des complémentaires privées santé et retraite,
- les prélèvements obligatoires sont plus élevés en France en % du PIB (43% comparé à 37% en Allemagne) mais la part des prélèvements sociaux et de l'impôt sur le revenu dans le coût du travail est supérieure en Allemagne (52% contre 49,3%),
- la productivité (PIB/heure travaillée) est en moyenne meilleure en France qu'en Allemagne,
- la durée effective hebdomadaire moyenne est presque équivalente (41,7h en Allemagne contre 41h en France),
- marge brute des entreprises non financières bien supérieure en Allemagne (42% contre 30% en France), permettant aux entreprises allemandes de s’autofinancer alors que les entreprises françaises empruntent aux banques ou aux marchés.
Sources :
http://www.securite-sociale.fr/comprendre/dossiers/compte...
http://bercy.blog.lemonde.fr/2011/02/23/salaires-cout-du-...
http://www.ifrap.org/Cout-du-travail-une-comparaison-Fran...)

 

Emploi 
Avant la crise, en 2007, le taux de chômage était équivalent en France et en Allemagne (8,4%). Fin 2011, il passe en dessous de 7% en Allemagne alors qu’il passe à presque 10% (9,7%). L’Allemagne a beaucoup utilisé le chômage partiel notamment pendant la crise, pour maintenir les emplois au prix d’une réduction salariale, ce qui a permis une reprise ensuite sans perte de compétences pour les entreprises.
Le taux d’emploi est de 67% en Allemagne contre 63% en France.
La population active représente 51% de la population en Allemagne contre 45% en France.

 

Innovation
Les dépenses en R&D sont supérieures en Allemagne (2,54% du PIB contre 2,09% en France) et la part des brevets déposés sur le total européen (en 2008) est de 18,2% pour l’Allemagne contre 6,2% pour la France.

 

Commerce extérieur
Le solde commercial extérieur est très excédentaire en Allemagne (154,3 milliards d’€ en 2010) alors qu’il est très déficitaire en France (-68 milliards en 2010 et il atteindra -75 milliards fin 2011), déficitaire face à tous les pays de la zone euro sauf la Grèce !
L’Allemagne demeure le premier client de la France et absorbe 16,25% des exportations françaises. La France est également le premier client de l’Allemagne, celle-ci y réalisant 10,1% de ses exportations.

Dépenses publiques

« D’après la Commissioneuropéenne, les dépenses publiques seront en 2011 de 45,3 % du PIB en Allemagne et de 55,8 % en France, soit une différence de 10,5 % du PIB. Si la Franceavait les mêmes dépenses publiques que l’Allemagne, elle en aurait  212 milliards d’euros de moins (10,5 % x 2017= 212), ce qui lui permettrait de baisser les impôts de 100 milliards d’euros avec un budget en équilibre. L’enjeu justifie une analyse sérieuse de la différence. » «Source avec détail des dépenses comparées par secteur : http://www.lecri.fr/2011/06/19/depenses-publiques-compara...

 

Déficit public et dette publique

Le déficit public allemand (3,3% du PIB en 2010, 2,5% en 2011) est bien inférieur au déficit public français (7,7% en 2010, 7% en 2011) et il est lié uniquement au plan de relance de crise et à la charge d’intérêt de la dette importante, alors que pour la Francela crise n’explique que un tiers du déficit.
La dette publique allemande est importante (73,4% du PIB en 2010 et 79% en 2011 comparé à 78,1% en 2010 et 91% en 2011 en France). L’importance de la dette allemande est expliquée par le coût de la réunification conduite depuis la chute du mur de Berlin.
Notons que l’Allemagne a inscrit une règle d’or dans sa constitution, interdisant les déficits publics de fonctionnement.

Démographie
C’est clairement le point fort de la France (plus de 2 enfants/femme contre 1,4 pour l’Allemagne et population moins âgée avec 16,7% de personnes de plus de 65 ans contre 20,2% pour l’Allemagne et avec 18,4% de moins de 15 ans contre 13,5% pour l’Allemagne.
L’Allemagne devra compenser ce déficit démographique, ce vieillissement de population qui pose un problème de financement des retraites, par une immigration. Elle est déjà en train de se produire : voir cet article sur le rebond de l’immigration en Allemagne sur 2011, essentiellement d’origine européenne, notamment de Grèce, d’Espagne, du Portugal et des pays de l’est qui en général parlent bien allemand, de jeunes bien formés en l’occurrence :

http://www.challenges.fr/monde/20111222.CHA8580/l-allemagne-attire-de-plus-en-plus-d-etrangers.html

 

Fiscalité
Le poids de la fiscalité atteint 14,5% de la valeur ajoutée en France contre 7,8% en Allemagne.L’impôt sur les sociétés est équivalent (entre 30 et 33% en Allemagne, 33,3% en France mais avec des allègements (niches fiscales) qui profitent plus aux grandes entreprises qu’aux petites.
L’impôt sur le revenu est prélevé à la source. Voir explications : http://www.connexion-francaise.com/articles/les-impots-en...
La TVA est de 19% en Allemagne, comparé à 19,6% en France hors taux réduits.
L'Allemagne a dû financer la réunification, un chômage très important à l'Est et les Allemands ont consenti à cette solidarité. Les 3% de hausse de TVA ont servi en partie à cela : 2 points, alors que 1 point seulement au titre de TVA dite sociale, pour financer la santé en diminuant d'autant les cotisations assises sur le travail. On ne peut pas dire qu'ils ont en cela eu une attitude non coopérative à l'égard des autres pays européens. Ils partaient d'une TVA à 16% et donc sont arrivés à 19%, qui est le taux moyen de TVA dans l'UE.

Education
Le classement PISA 2009 montre que partout la France est rétrogradée alors que l’Allemagne progresse, passant devant la France. Comparé à 2003, la France est passée du 13e au 22e rang en mathématique et du 17e au 22e rang en lecture, alors que l’Allemagne est restée au 16e rang en mathématique et est passée du 21e au 20e rang en lecture.

Pauvreté et inégalités
Le taux de pauvreté et les inégalités sont plus fortes en Allemagne : le taux de pauvreté est de 7% contre 6% en France et le rapport inter quintile mesurant les inégalités de 5 en Allemagne contre 3,8 en France. De même le taux de chômage longue durée est aussi plus élevé en Allemagne (4,7% contre 3,3% en France).

Confiance de la population
Avant la crise, le taux de confiance était meilleur en France (54% contre 46%) et le taux d’épargne équivalent (15% contre presque 17% pour l’Allemagne mais il a grimpé à 17% en France ensuite).

Energie et environnement
L'Allemagne est beaucoup plus en avance que la Franceen matière de protection de l'environnement, d'investissement en faveur de l'écologie et de développement des énergies renouvelables de type photovoltaïque et éoliennes, mais du fait de l'énergie hydroélectrique qui représente 12% de la production électrique en France, contre 3% pour l'Allemagne, la part totale des énergies renouvelables est à peu près équivalente (12-13% en 2008, passé à  15% en France et presque 17% en Allemagne en 2010).

http://www.enr.fr/docs/2011150456_Etatdeslieuxetperspecti...

Le nucléaire a une part prépondérante en France dans la production d'électricité (76% en France contre 23% en Allemagne) alors que c'est le charbon qui est majoritairement utilisé en Allemagne (44% contre 4% en France). Il en résulte une émission de CO2 bien plus importante en Allemagne qu'en France (958 millions de tonnes contre 527 en France, et 10,1/habitant contre 6,1 en France).

Logement

Le coût du logement est deux à trois fois moindre en Allemagne qu’en France, tant à l’acquisition que concernant les loyers.
En France, les prix d’acquisition ont doublé en 25 ans, alors que les loyers ont subi une hausse modérée (à surface et qualité constantes, ils ont globalement évolué comme le revenu disponible moyen. La dépense de logement a néanmoins augmenté (éclatement des familles,…). Cette hausse généralisée ne semble pouvoir être expliquée que marginalement par l’augmentation du coût de la construction ou un déficit généralisé de construction. La croissance relativement modérée des loyers infirme l’hypothèse d’une pénurie généralisée de logements. En revanche, la rareté du foncier dans les zones les plus demandées contribue probablement assez fortement à la hausse des prix. Cette hausse a aussi été favorisée par l’amélioration de la capacité d’emprunt des ménages, alliée à une fiscalité favorable, qui alimente la demande.
En Allemagne, les prix du logement sont restés stables. L’Allemagne bénéficie d’un vaste parc locatif et a un très faible taux de propriétaires : autour de 43% contre près de 60% en France. Depuis le début des années2000, l'Allemagne construit autour de 290 000 logements neufs par an, de quoi absorber une demande évaluée à "280 000 par an sur la période 2006-2010.La France met elle en chantier autour de 300 000 logements neufs chaque année, mais les besoins sont estimés à 500 000.

Sources :
http://lexpansion.lexpress.fr/immobilier/comment-l-allema...
http://www.politiquessociales.net/IMG/pdf/CAS.pdf

25/11/2011

"La Révolution Humaniste", par Marie-Anne Kraft, préface de François Bayrou

Je viens de publier un essai intitulé "La révolution humaniste" aux éditions Salvator, traitant du modèle de société, fruit de réflexions déjà entamées avant la dernière crise qui nous touche de plein fouet : crise financière, crise économique, crise de l'Europe, crise sociale, crise morale et aussi écologique.



Ce livre présente un diagnostic des dysfonctionnements de nos sociétés sous des angles d'analyse multiples en mettant en perspective les visions économique, sociologique, philosophique, psychologique, anthropologique, en faisant référence à de nombreux auteurs et penseurs qui ont contribué à faire avancer la compréhension du monde et de l'homme, de l'antiquité aux contemporains.

Une des principales conclusions du livre, que je vous laisse découvrir sans tout dévoiler par avance, est que la plupart de nos maux proviennent d'une perversion, une sorte de maladie mentale, d'un attachement à l'argent comme valeur centrale. La "révolution humaniste" que j'appelle de mes voeux consiste à changer l'axe central de la société, en remettant l'homme au centre à la place de l'argent. C'est une révolution pacifique, copernicienne et non violente, qui fait appel à une transformation profonde de nos comportements, de notre vision individuelle de l'autre et du bien commun, du sens donné à notre vie, comme également de la manière dont la société fonctionne, est gouvernée dans la mondialisation. J'y propose des pistes concrètes, une méthode, pour y arriver progressivement et en agissant d'urgence

J'espère par ce livre apporter un éclairage pédagogique et ouvrir le débat avec vous, avec les élus, avec surtout les citoyens, acteurs de la vie civile et associative, entrepreneurs, partenaires sociaux, engagés ou non politiquement, avec tous ceux qui s'interrogent et souhaitent construire un monde plus humain.

Précisons que même si le livre est préfacé par François Bayrou, ce qui m'honore infiniment, il n'est pas partisan, ne milite aucunement pour un parti, d'ailleurs des sensibilités de gauche comme de droite en passant par le centre pourront y trouver probablement inspiration et convergence de points de vue comme une ouverture sur des visions nouvelles et différentes, sur des sujets profonds de société, transcendant les positionnements politiciens.

23/10/2011

Il y a tout ce qu'on dit sur les banques. Et puis il y a la vérité.

Tel est le titre d'une communication de la FBF (Fédération des Banques Françaises), qui vise à contredire les accusations tant entendues jetant l'opprobre sur les banques, à savoir :

- "Les banques ne font plus leur travail de financement à l'économie",

- "L'argent des Français est joué sur les marchés financiers",

- "Les banques vont demander à être recapitalisées",

- "Les banques françaises ont spéculé sur la dette grecque".

 

 

Communication FBF 19 octobre 2011


 

L'an dernier en décembre 2010, afin de réagir aux accusations dont les banques faisaient l'objet, la FBF avait déjà publié une plaquette intitulée « Parlons clair » pour donner des chiffres concernant notamment les aides de l’Etat français aux banques et sur les financements des banques françaises à l’économie. J'avais publié un article à ce sujet "La vérité sur le banques et la crise", pédagogique, expliquant la formation du profit et des risques bancaires et discernant les responsabilités et expliquant les vraies causes de la crise.

 

Affiche des chômeurs rebellesCertes, on peut dénoncer un système centré sur l'argent, sur le profit, déplorer les dérives d'un néolibéralisme dans la mondialisation sans garde-fous, s'accommodant des paradis fiscaux, s'indigner des rémunérations indécentes des dirigeants (y compris ceux qui ont mis leur banque sur la paille !) et des traders. Mais je pense que la dénonciation générale du "libre-échange", de la "mondialisation", de "l'Europe", de l'Euro", des "banques", des "marchés», des "agences de notations" ou encore de "La Chine" ou de "l'immigré" pour livrer des coupables et faire croire qu'on peut sortir comme ça du système, est une attitude populiste, démagogique et irresponsable. Ce langage est un leurre et nous détourne des vrais problèmes. La sortie de l'Euro serait dramatique, coûterait très cher au pays et le mènerait directement à la faillite (la charge financière de la dette, de 3% du PIB, doublerait instantanément par l'effet de hausse des taux d'intérêt, l'encours passé de notre dette resterait libellé en euro donc renchéri). La tentation protectionniste d'appliquer des droits de douane à l'importation, même aux frontières de l'Europe, à l'égard de la Chine notamment, conduirait immédiatement à des mesures de rétorsion sur nos exportations (1 emploi sur 4 dépend des exportations en France) et renchérirait le prix de quantités de produits de base, textiles, électroniques etc. au détriment du pouvoir d'achat des classes moyennes et modestes. Nos pertes d'emplois industriels des trente dernières années ne sont expliquées que pour 13% par des délocalisations (dont une partie en UE) et d'autres pays de l'UE s'en sortent bien, comme l'Allemagne et les pays nordiques, ont une balance commerciale excédentaire.

 

Il faut donc arrêter d'affirmer des choses fausses de manière péremptoire, cesser d'employer un langage trompeur et accusatoire, en finir avec la politique de séduction, de mensonge, qui joue sur les peurs et l’inquiétude des Français en leur livrant de fausses solutions !

 

Bien sûr il faut lutter contre les dérives, contre la spéculation, et oeuvrer pour un monde plus juste et mieux gouverné, mieux régulé, au niveau européen et mondial, qui mette sur le même plan l'économie, le social et l'écologie. Mais cela ne dépend pas que de la France et prendra plusieurs années. Le projet présidentiel pour la France mérite plus que de la dénonciation et des voeux pieux : un véritable plan d'attaque pour redresser les finances publiques, une réforme fiscale et surtout une politique de ré industrialisation du pays, ainsi qu'une remise à niveau de l'éducation, sans oublier la justice fiscale et sociale ainsi qu'une véritable démocratie qui doivent redonner confiance aux citoyens, sans laquelle les efforts ne seront pas possibles.

Cette approche est celle de François Bayrou, de François Hollande (s'il ne doit pas trop céder à la pression dépensière de ses alliés à gauche), d'une partie de EE-Les Verts et de plus en plus nombreux aussi à droite qui ont pris conscience des dérives du sarkozysme. C'est pourquoi il devient urgent de penser une nouvelle majorité centrale pour le redressement du pays.

 

Quelques chiffres pour rappel :

La dette publique française s'élève à 1700 Mds € : 80% du PIB, plus de 28 000 € par habitant, ou encore 57 000 € par habitant de foyers fiscaux payant l'impôt sur le revenu (IR) ce qui donne une idée de l'effort citoyen s'il fallait la rembourser avec nos revenu, notre patrimoine. L'IR s'élève à 50 Mds €, il faudrait donc payer 1700/50 soit 34 fois ce que nous payons actuellement au titre de l'IR pour rembourser la dette publique du pays, qui est théoriquement une avance sur nos impôts, sur les impôts de nos enfants.

Il serait aussi intéressant de faire la part entre la partie de dette publique qui a financé des dépenses de fonctionnement courant (salaire des fonctionnaires, déficits sociaux de retraite et de sécurité sociale,...) et des gabegies (Crédit Lyonnais 16 Mds, amende des Frégates de Taiwan 700 millions, affaire Tapie 280 millions en net,...) et la partie ayant financé des investissements (construction d'hôpital, de routes et d'université, ...) qui profiteront aux générations futures, dont il est légitime que leur impôt en finance le remboursement. En mettant à part les dépenses de recherche et d'éducation, qui sont un investissement d'avenir. Malheureusement la comptabilité publique ne fait pas ce décompte (une idée de réforme !) et pour l'évaluer, il faudrait analyser tous les déficits publics cumulés face aux catégories de dépenses pour reconstituer ces chiffres (qui est volontaire ?).

A cette dette publique, il faudrait théoriquement ajouter l'engagement de l'Etat à payer les retraites de ses fonctionnaires, comme doivent le provisionner les entreprises lorsqu'elles ont des engagements de ce type. Le rapport Pébereau le recommandait en 2005. Cette dette est de presque 1000 milliards d'euros, ce qui porterait la dette publique à 127% ! D'ailleurs, les pays anglo-saxons, Etats-Unis et Grande Bretagne, dans la logique de retraite par capitalisation, comprennent cet engagement en incluant dans leur dette la valeur du fonds d'investissement qui sert à rémunérer les retraites des fonctionnaires. La dette des Etat-Unis, évaluée à 100% du PIB, est donc moins élevée que la nôtre sur cette base commune de comparaison.

Si l'Etat devait liquider tout son patrimoine (évalué environ à 500 Mds €), le privatiser, pour rembourser sa dette, il ne couvrirait que à peine 30% de cette dette (en droit privé il serait déclaré en faillite !).

Comparée à un encours des prêts bancaires à l'économie de 1900 Mds €, les dépôts bancaires s'élevant à 1530 Mds et finançant à 80% les crédits bancaires. En tout, la dette privée de la France s'élève à 130% du PIB, dont 90% du PIB en crédits bancaires et 40% sous forme obligataire. La dette totale publique+privée =130+80 = 210% du PIB.

10/10/2011

Politique fiction sur les primaires du PS : faites votre simulation !

A vous de jouer sur ce simulateur (Excel) en cliquant dessus !

De prime abord, les dés sont jetés, Martine Aubry devrait emporter logiquement le 2ème tour des primaires du PS dimanche.

Il est évident que Arnaud Montebourg va lui apporter son soutien, misant sur un positionnement plus à gauche, malgré "ses relations conflictuelles avec l'équipe Aubry depuis son arrivée à la tête du parti en 2008, sans compter les traces laissées par l'affaire Guérini",  comme le souligne l'article de Mediapart . Il n'y aura pas un report complet, à cause de ces affaires, mais sans doute au moins 80%.

Quant à Ségolène Royal, soutiendra-t-elle officiellement Aubry contre le père de ses enfants ? Ses partisans devraient se partager mais surtout en faveur de Aubry, plus à gauche que Hollande, disons 80%.

Manuel Valls a déclaré son soutien à Hollande. Admettons que 80% de ses partisans le suivent et que 20% se reportent sur Aubry.

Cette simulation donne Aubry gagnante à 55% contre 45% pour Hollande. Mais vous pouvez moduler les hypothèses (en modifiant les taux de report en rouge).

Reste l'inconnu des votants complémentaires qui pourraient se mobiliser, notamment en provenance des autres partis, supposant que les partisans du front de gauche se sont déjà mobilisés plutôt sur Montebourg, mais là aussi on peut en ajouter ...

La droite aura probablement intérêt à préférer Hollande pour deux raisons :

1- en cas de victoire du PS, il est plus modéré que Aubry ;

2- si Hollande gagne les primaires, beaucoup d'électeurs de Montebourg se reporteront sur Mélenchon, ce qui fera chuter le % du PS (de l'ordre de 10% à 17% maximum).

Si la droite incite ses partisans à aller voter aux primaires, cela peut peser. Imaginez 500 000 votants dans le simulateur ! Cela donne 56% pour Hollande. En fait il suffirait de dépasser 200 000 pour que Hollande dépasse Aubry, lui faisant gagner 5 points.

Les partisans du MoDem devraient préférer Hollande, même si ce dernier mord sur l'électorat de Bayrou au 1er tour pour les deux raisons de l'UMP et aussi pour une 3ème :

1-  en cas de victoire du PS, il est plus modéré que Aubry ;

2- si Hollande gagne les primaires, beaucoup d'électeurs de Montebourg se reporteront sur Mélenchon, ce qui fera chuter le % du PS (de l'ordre de 10% à 17% maximum). Ce qui augmente les chances de Bayrou d'arriver au 1er tour au cas où il égalise avec le PS éclaté en faveur de Mélenchon ;

3- une alliance de 2nd tour serait plus facile avec Hollande, plus compatible avec le MoDem.

On peut donc ajouter aussi des voix du MoDem en faveur de Hollande dans le simulateur. 50 000 voix apporteraient encore 1 point de plus à Hollande.

Enfin quelle sera la réaction de EE-Les Verts ? Auront-ils tendance à favoriser Aubry en demandant des garanties sur le remplacement de l'énergie nucléaire ? En optant pour une politique plus à gauche ? Ou préfèreront-il Hollande pour être plus clivant au 1er tour, sachant qu'au second ils optent par avance pour le candidat du PS ? 100 000 voix pour Aubry lui feraient gagner 2 points, de quoi dépasser Hollande de 1%.

Je vous laisse à vos propres simulations et à vos conclusions ...

On peut en conclure en tout cas que si les sondages influencent les électeurs (dans les deux sens, soit par effet d'entraînement, soit par effet de réaction défensive), un tel simulateur peut donner des idées aux potentiels votants, notamment à ceux qui n'avaient pas voté au 1er tour, en influençant aussi le vote !

 
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