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24/04/2012

Présidentielle 2012 : comparaison avec 2007 et le mystère François Bayrou

Il est intéressant de comparer les résultats de premier tour des élections présidentielles de 2012 à celui de 2007. On peut y voir des transferts de voix évidentes, d'autres moins. Les faits marquants sont surtout la montée des extrêmes (presque +7,5 points pour le FN et +5,5 pour l'extrême gauche dont 9,2 pour J.L Mélenchon), la chute de François Bayrou (-9,5 soit score divisé par 2) et le décrochage du président sortant Nicolas Sarkozy (-4) alors que le candidat du PS augmente de presque 3 points (phénomène de rejet de Sarkozy bénéficiant à Hollande).

Le point le plus surprenant de ces résultats est notamment le paradoxe entre ce résultat très décevant de François Bayrou et la cote de popularité, de confiance, de qualité des propositions de François Bayrou, placé en tête des sondages sur les personnalités politiques. Je n'ai pas trouvé de sondage expliquant les évolutions des votes des électeurs entre 2007 et 2012, ce qui aurait été intéressant. En discutant avec les gens et an analysant les causes, j'en viens à la conclusion suivante :

- Les Français n'ont pas voulu voir la dure réalité en face et semblent préférer les fausses promesses aux efforts, préférer l'affrontement dual à l'unité, ... enfin pour le moment ;

- ils n'ont pas réussi à sortir de la bipolarité, toujours favorisée par les institutions de la Vème république, le mode de scrutin à deux tours, de surcroît entretenu par les médias qui préfèrent les combats de coqs à un discours rassembleur prônant l'unité ;

- ils n'arrivaient pas bien à imaginer Bayrou président car ne pouvaient pas se figurer la composition éventuelle d'un gouvernement ;

- avec la crise financière et économique, ils ont cristallisé leur souffrance et leur colère sur les extrêmes, alors qu'en 2007 certains qui ne voulaient ni Sarkozy ni Ségolène Royal s'étaient reportés sur Bayrou et avaient été séduits par son approche dépassant le clivage gauche-droite.

 

En comparant les résultats de 2012 à 2007 (ce serait intéressant d'avoir un sondage là-dessus !), il est vraisemblable de penser qu'il y a eu :

- un report de Bayrou vers Hollande environ 6, correspondant pour partie en 2007 à des voix du PS qui avaient préféré François Bayrou à Ségolène Royal et sont revenues en 2012 (et un peu vers Mélenchon 1) et un peu vers Sarkozy pour le centre droit (Nouveau Centre, Radicaux) 2 ;

- un report de Hollande vers Mélenchon environ 3 ;

- Mélenchon a bénéficié de voix de Hollande (3)+Bayrou (1) + du NPA (3) et de Lutte Ouvrière (presque 1) et des écologistes (1)

- Le Pen a bénéficié des voix de Sarkozy (6), des souverainistes (1) et peut-être grapillé sur les petits candidats marginaux (Nihous, Schivardi) pour 1

 

20/04/2012

L’ultime avertissement de François Bayrou avant le 22 avril

La campagne présidentielle s’achève avec cette impression amère, confirmée par la presse internationale sidérée, qu’elle n’a pas traité les sujets essentiels : la crise de la dette et le chômage, suivi par le niveau de plus en plus dégradé de notre éducation. Elle a aussi quasiment éludé l’écologie et la santé publique. Seul le candidat François Bayrou a cherché à tenir un langage de vérité sur la gravité de la situation économique de la France et a fait des propositions fortes pour le « produire en France » et sur « l’instruire ». Eva Joly a parlé d’écologie et de santé publique, mais sans que ces sujets importants mobilisent car devenus non prioritaires, au point qu’elle ne parle plus d’écologie dans son clip officiel de campagne.

Cette campagne a continué de fonctionner sur un ancien référentiel, le clivage traditionnel « gauche-droite », alors qu’il y a plus de division et même une vision différente de modèle, au sein de la droite et au sein de la gauche qu’entre la partie gauche et la partie droite plus centrales, c'est-à-dire en désaccord avec son extrême. Les candidats des extrêmes, d’extrême gauche comme d’extrême droite, veulent "casser le système", casser l'euro ou l'Europe, sortir du capitalisme et de la mondialisation en prônant le protectionnisme, tout en désignant les boucs émissaires. Comme dit François Bayrou : « Sarkozy est le candidat de la division et Hollande le candidat de l’illusion, et les extrêmes sont soit dans "l'extrême division" soit dans "l'extrême illusion". Mais « Les partis se tiennent par leur noyau dur » !

Sur leur vision du modèle de société, Sarkozy, Hollande et Bayrou sont au moins d’accord sur des objectifs communs même s’ils dénotent des priorités différentes et certaines nuances : préserver l’Europe et l’Euro, sauvegarder notre modèle social, assainir les finances publiques en réduisant le déficit, réindustrialiser la France, mieux réguler la finance, intégrer la dimension écologique même si le thème reste en retrait, sans casser le système. La candidate écologiste Eva Joly est aussi dans la continuation de ce modèle même s’il donne plus de priorité à certains thèmes (écologie et lutte contre la corruption). Alors que Sarkozy prétend "protéger" tout en divisant les Français, Hollande prône l'égalité par la "redistribution" mais en faisant des promesses intenables et en s'adressant à "la gauche", c'est François Bayrou qui à mon avis a la meilleure analyse, tenant un langage de vérité avec une approche lucide et pragmatique et visant vraiment à "créer" de l'activité, des vrais emplois, pour sauver à la fois notre modèle social et nos emplois, en assurant plus de solidarité, en rassemblant et en s'adressant à tous les Français. Je pense également que son idée de rassemblement central autour de cette vision commune, des priorités visant à sortir la France de la crise en prenant les problèmes à la racine et en responsabilisant les citoyens, est la bonne, même si elle est mal comprise dans le contexte de bipolarité politique gauche-droite. Et qui d’autre que lui, François Bayrou, pourrait conduire ce rassemblement central ?

Avant de voter, écoutons l’analyse de François Bayrou et son ultime avertissement :

- La France est dans une situation économique désastreuse, beaucoup plus grave que Sarkozy et Hollande le disent. Niveau insupportable de la dette publique et du déficit commercial extérieur, désindustrialisation galopante. Et ceci est dû aux politiques publiques des gouvernements de gauche comme de droite qui ont laissé filer ces déficits et qui n'ont pas su avoir de stratégie industrielle, qui n'ont pas anticipé et géré les évolutions technologiques, la mondialisation etc.

- Cette situation n’est pas due à la mondialisation, à la Chine, ni à l’euro. La preuve c'est que les autres pays, dans un même contexte, avec le même coût du travail, et pour la plupart dans l'euro, ont une balance commerciale en excédent et un faible chômage : Allemagne, Pays-Bas, Pays nordiques ... Notre modèle social est maintenant mis en danger si on ne redresse pas la barre tout de suite. François Bayrou soutient l’euro et l’Union Européenne face à ceux qui veulent remettre en cause la monnaie unique ou qui refusent de payer la dette que les gouvernements français ont accumulée depuis trente ans, face à ceux qui voudraient une solution argentine (qui s’est traduit par un effondrement de 50% du niveau de vie, 53% de personnes passées sous le seuil de pauvreté, exil,…).

 - Le niveau de la dette publique est tel qu'il faut absolument le geler (puis le réduire …) en s'interdisant tout déficit et en immunisant le taux d'intérêt, mais avec une solution crédible, pas en s'imaginant qu'il suffit de faire payer les riches ou avoir recours à un financement à taux zéro de la BCE, ce qui n'est pas envisageable sans l'accord des partenaires européens et qui génèrerait une inflation telle que ce serait ruineux au final.

- L'assainissement des finances publiques doit s'accompagner d'une politique de croissance basée sur le « produire en France » soutenu par le « acheter français », mais pas par une dépense publique excessive, pas par des chèques en bois, pas par des emplois subventionnés ou très à la marge. Une politique de soutien de la demande par la consommation (augmentation des salaires etc.) ne pourra réussir si les consommateurs achètent surtout des produits étrangers. Au contraire, cela creusera encore un peu plus le déficit commercial et n’arrangera pas plus les finances de l’État. Pourtant, c’est l’erreur que voudrait commettre à nouveau la gauche si elle parvenait au pouvoir. Il faut redynamiser l'économie filière par filière en créant de l'activité. François Bayrou a donné des multiples exemples dans l'industrie, dans la filière bois, dans le numérique, etc.

François Bayrou soutient son argumentation en comparant la France à l’Allemagne :

-          La France, depuis 2005, a un déficit commercial extérieur (exportations-importations) qui s’est creusé jusqu’à atteindre 70 milliards en 2011 (ce qui est équivalent en montant à 3 millions de salaires charges comprises !), alors que l’Allemagne a un excédent de 160 milliards (équivalent de plus de 6 millions de salaires charges comprises !).

-          Pourtant les deux pays sont de même niveau, avec la même monnaie, les mêmes coûts salariaux, les mêmes niveaux de protections sociales (le coût du travail est même un peu supérieur en Allemagne).

-          En étudiant attentivement chaque filière, François Bayrou a cherché à comprendre pourquoi la France ne produit plus et pourquoi l’Allemagne produit beaucoup. L’Allemagne était au même niveau que le France en 2004 mais le gouvernement de Gerhard Schröder avait décidé de mettre en œuvre un plan industriel qui porte maintenant ses fruits, en regardant filières après filières les spécificités de chaque marché.

François Bayrou a pris pour exemple la filière bois. La France métropolitaine a 16 millions d’hectares de forêts et 450 000 emplois. En Allemagne, il y a 11 millions d’hectares de forêts et 800 000 emplois. Cela voudrait dire qu’en France, il manque plus de 500 000 emplois avec ses ressources forestières. Pourquoi ? Parce que l’Allemagne a décidé d’un grand plan de réimplantation de scieries et que la France va en Allemagne pour scier ses arbres !

Il a aussi donné un autre exemple, avec l’industrie automobile. Il y a sept années, Renault produisait 1,2 million de véhicules en France et Volkswagen autant en Allemagne. Aujourd’hui, Renault ne produit plus que 440 000 véhicules en France et Volkswagen en produit 2,2 millions en Allemagne. Les ouvriers de Volkswagen ont même eu droit à une prime de 7 500 euros pour les remercier du travail accompli.

L’Allemagne a veillé à préserver ses emplois sur son sol, par une politique industrielle et par le soutien des partenaires sociaux qui sont associés aux décisions de l’entreprise. Ces derniers ont aussi accepté de recourir au chômage partiel pendant le temps fort de la crise économique, en 2009 notamment, pour garder les compétences et pouvoir reprendre ensuite l’activité lors de la reprise. Le dialogue social joue un rôle essentiel dans cette stratégie. De même que l’entrée de représentants du personnel avec droit de vote dans les conseils d’administration des entreprises devrait aussi, selon François Bayrou, faciliter ce dialogue, l’approbation d’une stratégie qui défend l’emploi. Il prône aussi la participation de représentants de personnel que dans les comités de rémunération afin de mieux contrôler les rémunérations de leurs dirigeants.

L’approche de François Bayrou part d’une analyse profonde et d’une vision du modèle de société articulé autour des valeurs républicaines. Elle est pragmatique, s’enrichissant des expériences qui ont réussi, dans les autres pays, ou au sein de notre pays. Elle est responsabilisante, ne cherche pas les boucs émissaires, la condamnation de causes extérieures, ce qui empêche de voir nos propres défauts. Enfin, il a confiance dans les citoyens qui ne demandent qu’à éveiller leur conscience, à comprendre, à être informés, pour contribuer aux réflexions, au débat et à choisir en connaissance de cause.

01/04/2012

COMMENT BAYROU PEUT GAGNER

Par Jean-Michel Cadiot (journaliste et écrivain)

Chaque élection, c'est ce qui fait en général son côté passionnant et passionnel, est unique. Elle est magique. Aucune comparaison ne fait raison. La présidentielle, en particulier celle de 2012, n'échappe pas aux autres Il est souhaitable, et possible que, que les questions de l'emploi, de la production, de la dette, de l'éducation et autres sujets qui touchent les Français prennent définitivement la place des postures, des faux-semblants, des promesses hypocrites. Aujourd'hui, malgré les sondages et les a priori, rien n'est joué.

 

François Bayrou, lui, n'est jamais entré dans les vaines polémiques, et a imposé autant que faire se peut ces débats de fond, dans cette campagne où les règles et les régulateurs, comme le CSA, semblent aux abonnés absents. Mais le battage et la médiocrité médiatiques ont tenté de faire taire sa voix. Les Français sont adultes et ont droit à une telle compétition démocratique. Ce se produira ce mois d'avril, une fois passés un tourbillons d'événements, aberrants comme le débat sur la viande hallal, dramatiques -les crimes de Toulouse et Montauban- ou spectaculaires, comme la "descente" policière hautement médiatisée le 30 mars chez un groupuscule extrémiste, repéré depuis longtemps, chaque fois mis en scène et profitant au président-candidat sortant Nicolas Sarkozy.

 Il reste trois semaines. Nous allons le voir. C'est beaucoup. Bien sûr, des événements totalement imprévisibles peuvent tout changer.  

Deux "favoris" fragilisés

Cette élection a -outre le fait d'évacuer les vrais enjeux au profit de la communication- deux particularités par rapport aux huit précédentes. Il y a deux candidats qui, depuis quatre mois, font, selon les sondages d'intentions de vote, et selon les medias, très suivistes, beaucoup trop suivistes, deux candidats largement en tête, mais fragilisés: Nicolas Sarkozy, en raison de son impopularité, son besoin obsessionnel de créer chaque jour l'événement et de cacher son bilan, au risque de s'y perdre,; et François Hollande, qui cultive une ambiguïté vis-à-vis de ses partenaires -EELV, avec qui il a signé un accord qui semble caduc, et Jean-Luc Mélenchon, qui monte, monte....et le Centre, qu'il courtisait jusqu'à peu, avant de l'ignorer, et désormais de le combattre. Le président sortant et l'ancien Premier secrétaire du PS sont crédités de 25 à 30% des intentions de vote. Ils s'accrochent à leur statut de "favoris", au point de refuser avec mépris de débattre avec les autres candidats. S'ils sont perçus comme qualifiés pour le second tour, les sondages dans lesquels Bayrou apparaît comme le seul à pouvoir gagner dans tous les vas de figure (ce qui change tout, car le "vote utile", c'est Bayrou, en tout cas pour ceux qui veulent battre Sarkozy- ne sont pas  publiés. Et 53% des Français (contre 43) ne veulent pas, selon une étude de l'IFOP rendue publique samedi, d'un duel Sarkozy-Hollande. Il y a un gros hiatus. Il y a mauvaise donne, mauvaise pioche. Derrière ce tandem, un brin complice, à dix ou douze points, se trouvent au coude-à-coude: Marine Le Pen, François Bayrou, et Jean-Luc Mélenchon. C'est beaucoup. Mais les lignes peuvent bouger, les courbes s'inverser.

 

Bayrou, le plus populaire

Il y a cette autre constante: le candidat le plus populaire, qui a la meilleure image et fait les meilleures propositions est, très largement selon presque tous les sondages, François Bayrou (60 à 70% d'opinion favorable). L'abbé Pierre, soeur Emmanuelle, Yannick Noah, Simone Veil ont recueilli des scores comparables ou supérieurs. C'est la première fois qu'un candidat à la présidentielle, et en campagne, est dans cette configuration. Bayrou, après un départ tonitruant, passant de 5% en septembre 2011 à 13-14% en janvier 2012, stagne depuis, tout en conservant un socle très important (12-13). Mais sans, jusqu'ici réussir son deuxième "décollage". La question est que cette image de compétence, d'homme d'Etat ne se traduit pas (encore?) en bulletins de vote. Mais, tel un serpent qui se mord la queue, l'électeur, qu'il soit énarque, chauffeur-livreur, enseignant, chauffeur de taxi, ouvrier, chômeur... rétorque -tous les acteurs de la campagne Bayrou vous le diront, beaucoup en sont lassés- qu'il est disposé à voter Bayrou.....s'il est au second tour. Il y a un désir de Bayrou contrecarré parce qui parait comme une malédiction: la bipolarisation. Mais cette bipolarisation peut être jugulée.La Vème Républiquedemande qu'une majorité se dégage et que les crises style IIIème et IVème Républiques cessent. Elle ne demande pas de "ne voir que deux têtes". En 2007, Bayrou, justement lui, avait brisé ce tabou en dépassant dans un sondage Ségolène Royal. Mais un sondage CSA (société du groupe Bolloré), vendredi 19 avril, mettait Le Pen, contre toute vraisemblance (il fit six points de moins que ce qui advint!) à plus de 16%. Alors, un réflexe "anti 21 avril" fit fureur; aboutissant à la qualification de Mme Royal, donc à la victoire inéluctable de Sarkozy.

 

  Pendant cinq ans, Bayrou a été raillé, moqué par les medias, le pouvoir et le PS. Ils se gaussaient de la "solitude" du député béarnais et s'amusaient de ses revers électoraux aux élections partielles, à tel point qu'Hervé Morin, un de ses anciens lieutenants assurait que les troupes du MoDem allaient rejoindre son Nouveau Centre; et que le spécialiste des raffarinades, Jean-Pierre Raffarin en personne annonçait solennellement, la main sur le coeur un soir de mars 2008 où une alliance PS-UMP vainquit Bayrou à Pau, la "disparition" -politique, s'entend- du président du MoDem. Rien moins. Chacun sait ce qu'il est advenu du Nouveau Centre et nul n'ose plus, par humanité, rire de l'effarante cavalcade présidentielle de M. Morin, tant le sujet même parait grotesque. Jean-Pierre Raffarin, pour revenir à lui, annonçait fin février que le projet de référendum de M. Bayrou sur la "moralisation de la vie politique" était une très bonne idée, fort compatible avec une réélection de Sarkozy. Quel revirement! M. Bayrou contredisant toutes les analyses de tous les spécialistes, avait ainsi déjoué les pronostics, montré qu'il était non seulement bien vivant, mais très vigoureux politiquement. Et, avec le recul, ce débat médiatique qui dura un an, mais qui n'a pas intéressé une seconde ceux qui connaissent Bayrou, où experts, journalistes, responsables de la droite et de la gauche, se demandaient anxieusement, où était, qui dirigeait  le 'Centre" (les noms de Jean-Louis Borloo et même du fameux Morin furent souvent prononcés) apparaît comme dérisoire, comme un contresens complet. Bref, en revenant au premier plan du champ politique, en conduisant sa famille politique, Bayrou a donné tort à tous les observateurs avisés. Il lui reste à transformer l'essai: gagner la présidentielle, son but, qui est plus du bon sens, de la nécessité politiques qu'une certitude d'avoir un destin, comme le lui reproche Eva Joly. 

 

Gagner cinq points jusqu'à la clôture de la campagne

Il reste trois semaines, juste trois semaines. Il faudrait pour, qu'en trois semaines, Bayrou gagne les dix points nécessaires, et au moins cinq jusqu'au dernier sondage "autorisé" et publiable du 20 avril. Une campagne plus pugnace sans doute. Difficile quand les medias nous rabâchent que "personne ne parlent de la dette", alors que Bayrou en parle abondamment, et que son référendum qui instaure l'indépendance dela Justiceet des medias, tout comme ses propositions de justice sociale et fiscale, bien pus audacieuses que celles de M. Hollande, sont passés sous silence. Il doit "cogner" contre les dérives qui dénaturent la campagne -mais en restant lui-même, un homme pondéré, juste- parce que les Français aiment les candidats qui "cognent", politiquement. C'est cela qui, parait-il, fait le succès de MM. Mélenchon et Sarkozy. Mais ils aiment aussi les personnes honnêtes et de sang-froid. Un accident, une faute grave  dans le parcours d'un deux fébriles "favoris", doit survenir parce qu'on ne peut y avoir trois candidats au-dessus de 20% (il n'y a qu'un exemple, 1969). Des événements importants pourraient mettre en évidence les qualités de M. Bayrou. Et surtout, une prise de conscience et un esprit de responsabilité chez les Français. Tout le monde s'accord sur le fait que Bayrou avait prévu la crise de la dette. Le Point voit en lui un "Prophète". En fait, plus qu'un homme, lucide, et non "devin", il a ceci qu'il est du peuple, -c'est le seul parmi les candidats à plus de 5%- qu'il parle vrai, sans artifice, sans privilégier la communication. C'est sa faiblesse, pensent la plupart. Si cela devenait un atout au sprint final? Sa force: Il est surtout l'homme "de la conscience et de la responsabilité", socle de la démocratie selon Marc Sangnier, l'homme d'un courant de pensée à la fois très laïc, social, ouvert et fondé par des chrétiens républicains, à qui il se réfère dans sa campagne. Les jeunes générations l'ignorent souvent, mais c'est ce courant, cette famille d'esprit qui a dénoncé Munich quand les socialistes l'approuvaient, qui a permis au pays de se rassembler àla Libération, d'abord sous la houlette du général De Gaulle, puis sans le général, avec socialistes et communistes, qui a façonné -avec d'autres- le modèle social français. Les conditions historiques sont différentes; La gravité de la crise -emploi, salaires, logement, école, sécurité, délocalisation, risque de nouvelles guerres au Moyen-Orient- commande néanmoins une nouvelle forme d'unité nationale. Les Français disent la vouloir. Bayrou, seul, la propose clairement, sans que cela signifie, comme 'l"ouverture" de Sarkozy en 2007, un triste numéro de débauchages individuels, mais en séduisant un pays par son projet, pragmatique de "majorité centrale".

 

Une "première"

Dans l'histoire, presque quinquagénaire des élections d'un président au suffrage universel, il est arrivé plusieurs fois qu'en trois semaines les deux favoris des sondages ne soient pas qualifiés. Il est arrivé maintes fois qu'un candidat y gagne ou perde plus de 10%, parfois 15. La conjonction des deux serait une première. Sans doute. Mais il faut toujours commencer....La politique n'est pas une science exacte.

 Pour mieux comprendre, un retour sur le passé. En 1965, le général De Gaulle était ultra favori. Il n'empêche, à trois semaines du premier tour, le 16 novembre, l'IFOP lui donnait 61%, il finit à 44,6%, soit 16,4% de perdu. En 1969; le centriste Alain Poher était à deux semaines du scrutin à 35%, et donné vainqueur à tous les coups contre Georges Pompidou. Jacques Duclos, le communiste était à 10%. Au soir du premier tour, Poher faillit bien être battu par Duclos (23,3% contre 21,3%, soit 11,7 points de perdus pour Poher, 11,3 de gagné pour Duclos).  

  En 1974, le cas est le plus flagrant. Le gaulliste Jacques Chaban-Delmas était à 29%, le 9 avril, selon l'IFOP, et qualifié pour le second tour du 17 mai. Nous savons ce qu'il advint. En raison d'une feuille d'impôt et de l'appel d'un certain Jacques Chirac penchant pour Valéry Giscard d'Estaing, il se retrouva , le 5 mai, avec 15,%. 14% et une qualification contre Mitterrand, candidat de la gauche s'étaient envolés.

  En 1981, il apparaissait dès janvier que François Mitterrand affronterait Valéry Giscard d'Estaing au second tour. Mais, paradoxalement, ce furent des mois d'ascension pour Georges Marchais qui, selonla Sofres, avec 19%, talonnait Mitterrand (21,5) au dernier sondage. Finalement 10,5 points les séparèrent (respectivement 15,3% et 25,8%). De tels chiffres montrent que, même les sondages du dernier jour ne sont pas toujours fiables. 

1995. Dès fin février, Chirac devançait Edouard Balladur. Mais, le 4 avril, l'IFOP prévoyait un deuxième tour entre les deux "amis de trente ans" (26% pour Chirac, 20% pour Balladur, 18,5 pour Lionel Jospin). Trois jours plus tard, le CSA livrait des chiffres comparables. Le 24 avril, Jospin est premier à 23,2%!Tout était chamboulé.

  2002 reste le scénario le plus incroyable. Un sondage IFOP, le 30 mars, place Jean-Marie Le Pen à 10% (en recul de deux points)  à 10%, à égalité avec Arlette Laguillier (+2%)!! C'était une montée de Laguillier comparable peut être à celle de Mélenchon actuellement. Plus intéressants encore, le 20 avril, veille du scrutin, les tout derniers sondages, interdits de publication, plaçaient Le Pen à 12-13%. Or, Le Pen était bien au second tour. 2007 nous apprend surtout que Bayrou aurait pu, déjà, gagner. Mais les socles de Sarkozy et Royal, très proches de leur résultat final, étaient bien plus solides que ceux de Sarkozy 2012, qui court après l'extrême-droite reconstituée et non jugulée comme il l'espérait; et Hollande, qui bénéficie lui, du soutien des caciques et de l'appareil PS, au contraire de son ex-compagne, mais mène une campagne lézardée de toute part, fébrile. Signe du danger à ses yeux de Bayrou, il a chargé Arnaud Montebourg de le discréditer. Il ne prend pas ce genre de peine contre ses autres adversaires, même si la montée de Mélenchon l'horripile. 

Rien n'est jamais acquis. De chacun cela convient. En écoutant le Journal de France 3 quand j'achève cet article, dimanche 1er avril,  les journalistes et les invités ne cessent de dire que les candidats ne parlent pas des vrais problèmes. C'est totalement faux. Chacun admet que François Bayrou a mis l'accent, en 2007, sur la gravité de la dette et des déficits. Avec un brin d'honnêteté nul ne peut occulter le fait que, dans cette campagne aussi, François Bayrou s'est attaché à mettre les graves problèmes que rencontrent les Français au coeur de la campagne, refusant toute diversion, toute illusion, toute volonté de division. Les Français, nous disent les sondages, lui en savent gré. Sa volonté de rassembler est saluée. Sa personnalité est populaire, appréciée. Sa sincérité non plus que sa compétence ne sont mises en doute.

  Un tiers de Français, chiffre terrible, souhaiteraient s'abstenir. Des millions de gens hésitent à voter Bayrou, en commençant des phrases par "Je voterai pour lui si....". Il convient que ce conditionnel, qui signifie enfermement dans le clivage droite-gauche, s'annule. Pas facile en trois semaines. Possible.

 

                  Jean-Michel Cadiot

                  (Journaliste, écrivain)

30/03/2012

Ironie des sondages : Mélenchon va faire monter Bayrou !

Les sondages influencent les intentions de vote, qui elles-mêmes influencent les sondages ...


Tant que Marine Le Pen risque d'atteindre le 2nd tour, le "vote utile" contre Hollande ou contre Mélenchon incite à voter pour celui des deux favoris face à celui qu'on ne veut pas.

Selon un dernier baromètre publié dans Paris-Match mercredi 21 mars 2012, François Bayrou est en tête de cote de popularité (3ème place des personnalités politiques préférées des Français avec 70%, derrière Nicolas Hulot (73%) et Jacques Chirac (71%), Mélenchon arrivant en 10ème avec 57% et Hollande en 13ème avec 54%).
Toujours selon Paris-Match du jeudi 23 mars 2012, une étude de l'IFOP  a testé les duels François Bayrou / Nicolas Sarkozy et François Bayrou / François Hollande". Bayrou est donné "vainqueur de tous les duels", à 51% face à François Hollande, et 61% contre Nicolas Sarkozy.

Ce qui montre que François Bayrou est le choix donnant la plus grande satisfaction générale.

Il suffit donc que Bayrou monte encore un peu et dépasse franchement Le Pen pour que tout bascule.
Bayrou aurait donc le vote du coeur mais pas encore le vote de raison car les gens n'y croient pas malgré tout ...
Mais la flambée récente de Mélenchon, qui semble faire de l'ombre à Bayrou qui stagne et se voit relégué en 5ème place ou en 4ème à égalité avec Mélenchon, pourrait curieusement profiter à Bayrou ... Ce qui rappelle les principes de philosophie orientale et des Arts Martiaux : récupérer l'énergie de l'adversaire à son profit et se servir de sa force pour le déséquilibrer.

En effet, la montée de Mélenchon fait de l'ombre à Hollande qui perd sa dynamique de 1er tour tout en inquiétant l'électorat de centre gauche qui pourrait être tenté par Bayrou plutôt que par un Hollande mélenchonnisé. Cet électorat ne veut surtout pas que tout cela profite à Sarkozy qui lui-même lorgne sur l'électorat centriste. Tant que la probabilité est forte qu'Hollande soit au Second tour, pas de risque pour eux de voter Bayrou (même raisonnement que pour l'électorat de gauche tenté par Mélenchon), donc un peu de courage, allons-y !

Quant à l'électorat de centre-droit, de la droite sociale, gaulliste, radicale ou humaniste sans oublier les "nouveaux-centristes", qui n'est pas sarkozyste, à quoi bon voter pour un Sarkozy qui ne bat pas Hollande au second tour alors que Bayrou lui y arriverait ?

La montée de Mélenchon va donc faire monter Bayrou, qui va dépasser Le Pen et hop ! Le tour est joué ! Bayrou sera le 3ème homme, puis le 2ème, puis le 1er !

Déplafonnons Bayrou !
Alerte rose : Mélenchon atout ou obstacle ?

03/03/2012

Cote de popularité : la montée inexorable et fulgurante de Bayrou !

François Bayrou est 1er en bonnes opinions, 1er en côte de confiance, 1er en sincérité, 1er en qualité des propositions ... Et pourtant, paradoxalement il reste sur un étiage de 11 à 14% d'intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle. Cherchez l'erreur ...

CSA Mars 2012- Cote de popularité des personnalités politiques

Pour voir l'enquète dans son intégralité : Baromètre CSA pour Les Echos

Si François Bayrou était au second tour, il gagnerait à tous les coups. Peu importe son rival, François Hollande ou Nicolas Sarkozy. 65 % des Français, interrogés par l’Ifop, ont une bonne image du candidat du Modem. Ce qui fait de lui l’un des hommes politiques les plus populaires :
http://www.lexpress.fr/actualite/politique/pourquoi-bayro...

Voir aussi ce sondage TNS Sofres publié hier:
http://www.espacedatapresse.com/fil_datapresse/consultati...
42% des Français jugent que François Bayrou fait plutôt de bonnes propositions, contre 39% pour François Hollande - dont les propositions sont davantage connues mais qui suscite davantage de réactions négatives (35% plutôt de mauvaises propositions).

Pourquoi François Bayrou n'est-il pas 1er en intentions de vote ? Parce que les médias font croire à tous que le 2nd tour est déjà joué, parce que le temps de parole est très majoritairement donné aux candidats de l'UMP et du PS au détriment des autres, ce qui devrait bientôt changer si le CSA fait bien respecter la règle, et parce que les Français n'ont pas encore pris conscience qu'il peuvent reprendre la main, aussi parce que plus de 50% n'ont pas encore arrêté leur décision et ont encore le temps de la prendre !
http://www.lepoint.fr/politique/cotes-de-confiance-de-sar...

29/02/2012

Ce que dévoile l'écriture des candidats : comparons Bayrou Sarkozy et Hollande ...

L'écriture est révélatrice de la personnalité. Elle dit beaucoup de nous. S'y sont sédimentés, incrustés progressivement, les émotions, des événements qui ont marqué la vie, les frustrations, le degré d'ouverture aux autres, ce que l'on essaie de cacher, ... Bien sûr ce n'est pas une science exacte, mais néanmoins reconnue.

Je suis étonnée qu'aucun livre se soit publié par un graphologue, donnant une analyse graphologique comparée des candidats à l'élection présidentielle 2012. J'ai étudié la graphologie lorsque j'étais étudiante et il m'est resté quelques fondements. Essayons de donner un aperçu de comparaison entre Nicolas Sarkozy et François Bayrou, sur la base de leur profession de foi de l'élection de 2007 (car peu de textes manuscrits sont disponibles), sachant qu'il ne pas pas été possible d'en trouver pour François Hollande (je n'ai pu que trouver sa signature) ...

NICOLAS SARKOZY

J'ai trouvé une analyse de l'écriture de Nicolas Sarkozy  réalisée en 2007 par un certain Jean-Paul Gauthier, psycho-graphologue et expert judiciaire en écriture, que je vous livre ici : 

"Ce qui frappe tout d'abord, c'est la distorsion importante entre son écriture et sa signature. Une écriture petite, fragile, régressive, avec plusieurs lettres à rebours, mal formées ou imprécises, des torsions et une direction chancelante qui sont signes de "mal être", d'anxiété et d'inhibition. Par contre, une signature très différente dans plusieurs aspects et notamment dans sa dimension - voir le "N", le "l" et le "S" surélevés comme s'il voulait grandir et paraître fort aux yeux des autres. Certains psychologues parleraient d'un complexe d'infériorité surcompensé. "J'ai des cicatrices partout" confiait-il récemment à un journaliste. Il le confirme bien par son écriture.

 Quand on compare donc son écriture et sa signature, on peut se demander si cet être tourmenté a réellement les capacités pour réaliser ses ambitions. D'autre part, lorsqu'on lit le texte, on reste atterré. Pourquoi éprouve-t-il le besoin de nous dire qu'il ne nous mentira pas, qu'il ne nous trahira pas, qu'il ne se dérobera pas? Comme si on pouvait douter de sa sincérité. Eh bien oui, on peut en douter, car beaucoup de graphologues considèrent que les lettres à rebours, mal formées, les gestes régressifs, les reprises ou les torsions sont des signes d'insincérité. En quelque sorte, on peut dire que ce qu'il affirme est contredit par son graphisme."

 "On peut ajouter que son écriture est inclinée vers la gauche, ce qui est un signe très négatif indicateur de fausseté."

Je dirais aussi qu'elle a tendance à la pente descendante, ce qui est signe de fatigue, de découragement, de manque de confiance en soi ou signe d’obstination.

 


FRANCOIS BAYROU

L'écriture est à la fois sobre, équilibrée, régulière et élégante. Les majuscules en script marquent la simplicité. Plutôt verticale, l'écriture dénote un esprit rationnel, réfléchi et raisonnable, cependant légèrement inclinée à droite, elle marque une sensibilité et une ouverture aux autres. Les lettres souvent séparées (mais pas systématiquement) témoigent d'un sens de l'analyse et aussi d'indépendance. L'écriture est malgré tout quand même continue, assez liée, ce qui signifie de la suite dans les idées, un lien entre la décision et l'action. La signature très simple, sans soulignement, dément le caractère autocratique et l'égo soi-disant surdimentionné que certains détracteurs prêtent à François Bayrou. Cependant, c'est à nuancer, si on suit cet avis de Florent Le Quintrec : "Une signature simple, sans paraphe, écrivant simplement le nom, s'observe comme un signe de simplicité, de modestie mais peut aussi être vue comme de l'orgueil. Tout dépend du texte qui précède, la signature seule ne permet pas d'établir une analyse complète. Si le prénom est présent, plus il prend de la place, plus le "moi" en prend aussi."


 


FRANCOIS HOLLANDE

Ne disposant que de la signature, je ne peux que constater une petite écriture timorée coincée entre un surlignement (besoin de protection) et un soulignement en boucle qui cherche à montrer une affirmation de soi, à gonfler ce qui est trop petit en lui. L'absence du prénom dénote un faible "moi". Toujours selon Florent Le Quintrec : "une signature compliquée cache souvent une volonté de donner un type d'image, un certain prestige. Cela peut être interprété comme un manque de confiance en soi ou une peur de se dévoiler." 

28/02/2012

Le double enfumage de François Hollande sur la création des 60 000 postes dans l'éducation

Une des propositions phares de François Hollande pour l'éducation nationale, c'est la création de 60 000 postes dans l'éducation nationale pendant son futur mandat de cinq ans s'il est élu, alors que Nicolas Sarkozy en aura supprimé 50 000 pendant le sien. Or cette proposition n'est pas honnête, même si elle part d'une bonne intention.

Signalons d'abord que François Hollande a nuancé la proposition depuis son annonce initiale de création de postes d'enseignants présentée comme une dépense supplémentaire, comme il est familier de cette pratique, revenant souvent sur ses annonces : "suppression" puis finalement "réforme" du quotient familial, "fusion" puis finalement "rapprochement" de la CSG et de l'IR, ajout timide d'une tranche marginale de l'IR à 45% puis ajout d'une autre à 75% trois semaine après, "déclaration de guerre à la finance" et "séparation stricte" des activités de marché et des activités bancaires puis dans un entretien au Guardian il rassure la City et dans un article de l'AGEFI  il précise écarter une scission radicale des banques, en précisant que ces activités seront simplement à séparer dans les groupes bancaires (filialisation) ....

En effet, comme il l'a dit lundi soir 27 février 2012 lors de l'émission "Parole de candidat", ces postes ne seront pas seulement des postes d'enseignants (combien ?) mais également des postes d'accompagnement : surveillants, infirmières scolaires, psychologues, assistantes sociales,... (dans quelle proportion ?). Il avait aussi laissé entendre récemment que des créations de postes seraient faites au détriment d'autres postes de fonctionnaires (lesquels ? Dans quels domaines ?).

Mais je ne qualifierais pas cette ambiguïté d'enfumage. Il s'agit de précisions dénotant que l'annonce initiale était quelque peu précipitée et irréaliste, donc une intention louable de la rendre plus crédible, mais laissant de nombreuses questions sans réponse.

En revanche, quand on évoque le financement de cette mesure, évaluée à 1,7 milliards d'euros par an (représentant 12 000 postes par an qui cumulés sur 5 ans arrivent à 60 000, soit 5,2 milliards d’euros sur la durée du quinquennat, sans compter les futures pensions à payer, sachant que les pensions des fonctionnaires ne sont pas provisionnées en France, comme le soulignait le rapport Pébereau 2005), François Hollande botte en touche en disant : " c'est exactement le coût du manque à gagner de la baisse de l'ISF décidée par Nicolas Sarkozy [en compensation de la suppression du bouclier fiscal], alors, préférez-vous faire un tel cadeau aux riches ou recruter des postes dans l'éducation ?" Ce qui conduit habilement à soutirer l'adhésion du public sur la proposition, ... sans répondre à la question du financement. J'appelle cela de la manipulation et de l'esquive de la question. Donc premier enfumage.

Le deuxième enfumage est plus grave, car vise la faisabilité de la proposition : est-ce vraiment possible de recruter plus d'enseignants dans les conditions actuelles ? Comme l'a déjà signalé François Bayrou lors de l'annonce initiale de François Hollande, et comme le rappelle Luc Châtel, ministre de l'éducation, "« C’est irréaliste, car c’est faire preuve d’une méconnaissance totale du système de recrutement des enseignants. Or aujourd’hui, nous avons déjà des difficultés de recrutement et le doublement aboutirait mécaniquement à une baisse du niveau des enseignants recrutés. ». 

Regardons les chiffres :
- 16 000 postes supprimés dans l'éducation nationale en 2011, comme l'a prévu la PLF 2011 :  8.967 postes d'enseignants supprimés dans le premier degré, 4.800 dans le secondaire et 600 dans les services administratifs, dans le cadre du non-remplacement du départ à la retraite d'un fonctionnaire sur deux (voir cet article reprenant les chiffres de la rentrée 2011) ;
- 13 434 enseignants ont été recrutés par concours pour la rentrée 2011 (voir cet article, source Ministère de l'Education nationale) ;
- En 2011, 20% des postes offerts aux Capes (4 880 places) n'ont pas été pourvus, faute de candidats à niveau, car il y a bel et bien une crise de vocation, dans une profession devenue de plus en plus difficile, mal considérée et mal rémunérée (rappelons que les enseignants allemands ont un salaire deux fois plus élevé). Voir aussi cet article).

Si dans les conditions actuelles de suppression de postes on n'arrive même pas à recruter les enseignants sur les postes vacants, on n'est pas près d'en recruter plus sans reprendre complètement la question de la revalorisation de la profession et du rehaussement du niveau des candidats, à moins de baisser l'exigence en rabaissant le niveau des professeurs recrutés.

Ou bien François Hollande ne compte-t-il que des postes d'accompagnement non enseignants dans les 60 000 recrutement ?

Le Parti Socialiste devrait méditer la célèbre citation de Georges Clémenceau : "La France est un pays extremement fertile : on y plante des fonctionnaires et il y pousse des impots".

 
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