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01/11/2010

« La Grande Régression » (Jacques Généreux) : décryptage (1ère partie)

Enfin un livre traitant globalement du modèle de société et même de notre civilisation !

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jacques-genereux.1178477426.jpgPar cet essai remarquablement argumenté et documenté, sous une rétrospective historique ainsi que le récent éclairage de la dernière crise financière devenue économique, Jacques Généreux dresse un constat implacable sur les dérives et la perversité du système capitaliste néolibéral dans la mondialisation, un système destructeur tant socialement que sur le plan écologique, voire de l’espèce humaine. Il explique en quoi de manière systémique, structurelle, la logique de ce système, basée sur le « pouvoir du capital » inscrit dans un contexte de libre-échange généralisé au niveau mondial, où règne la loi du plus fort à la recherche du profit à court terme, finalement la course au moins-disant fiscal, social, environnemental, nous entraîne inéluctablement vers plus d’inégalités, de misère sociale, de destruction de l’environnement, de délitement du lien social, pour le plus grand malheur de tous, … et au profit d’une minorité dominatrice.

Ce modèle économique dominant, marqueur de la civilisation occidentale qui s’est imposé aux Etats-Unis puis à l’Europe, au monde, et qui est maintenant adopté aussi par les pays émergents, notamment par la Chine, a pris son essor dans les années 1980 aux Etats-Unis et en Grande Bretagne avec les conservateurs néolibéraux (ère Reagan/Thatcher) et s’est particulièrement imposé suite à la chute du mur de Berlin (1989) et de l’URSS, renforcé encore par les gouvernements démocrates et travaillistes (Clinton/Blair et même en France avec des gouvernements socialistes, avec D.Strauss-Kahn et Laurent Fabius notamment) qui ont poursuivi les politiques de dérégulation financière, de privatisation, de libre circulation des capitaux dans la mondialisation, de mise en place des stock-options défiscalisés ...

Le système capitaliste, qui devait après la seconde guerre mondiale et pendant les trente glorieuses s’adapter à la société, à ses contraintes sociales et à son modèle républicain basé notamment en France sur un socle de services publics et de protection sociale, a opéré alors un renversement dans le modèle, devenant dominant et décidant désormais d’adapter les exigences sociales et l’intérêt général aux marchés, acceptant finalement que l’intérêt général soit asservi à la libre compétition des intérêts privés, devenu un dogme. Et alors, tout s’est accéléré, généralisé, selon un processus paraissant irréversible.

Jacques Généreux bat en brèche quelques fausses idées martelées par les défenseurs de ce modèle et même par ceux qui le déplorent mais se sentent obligés d’y souscrire, capitulant devant leurs arguments, notamment :

1- Les Etats sont devenus impuissants face à la mondialisation, aux délocalisations. L’économie l’emporte sur le politique ;

2- Toute politique fiscalement défavorable aux riches ou trop régulatrice va faire fuir les riches du pays ainsi que leurs investissements dans nos entreprises, donc nos emplois.

Sur le premier, il oppose trois contre arguments, auxquels j’ajoute moi-même du sel :

- Les Etats, loin d’être impuissants, ont eux-mêmes favorisé ce système, en faisant voter les lois qui ont permis la généralisation de la dérégulation financière, de la primauté de la concurrence sans barrière, au mépris du dumping social et écologique des pays émergents. Les organismes internationaux comme l’OMC et le FMI, ainsi que la Commission européenne, ont œuvré dans ce sens avec le consensus des Etats dominants.

- La puissance publique n’est pas en elle-même mise en cause, mais plutôt la privatisation de la puissance publique, sa mise au service d’intérêts privés, qui se sont immiscés dans les intérêts de l’Etat, puissances financières qui disposent d’un pouvoir médiatique et donc jouent sur l’opinion publique, manipulent les esprits et orientent les politiques, tout en étant pour certaines « en affaires » avec l’Etat.

- L’Etat, censé représenter les citoyens et défendre l’intérêt général, manque à sa fonction en trompant les citoyens. Les gouvernements ont mis en œuvre des dispositions que les citoyens n’ont jamais souhaitées où pour lesquelles ils n’ont pas été consultés. Pire, ils sont consultés et le gouvernement fait l’inverse (non au référendum sur l’Europe en 2005 puis vote par le Parlement sans consultation citoyenne du traité de Lisbonne). Les citoyens, dupés, découragés, désertent de plus en plus les urnes, démobilisés …

Sur le second, la menace de fuite des riches investisseurs vers d’autres paradis (à laquelle j’ajoute également les miens) :

- ce n’est pas parce que l’investisseur ne réside plus en France que ses investissements sortent des entreprises françaises. La France reste un pays attractif pour les capitaux étrangers (elle oscille entre la deuxième et la quatrième place mondiale dans les destinations préférées par les investisseurs, comme rappelé page 96). Seule change la fiscalité appliquée au ressortissant, en fonction de son pays de résidence. Alors oui, la France pourrait avoir à renoncer à des impôts payés par les riches sur leurs revenus si ces derniers partent … Mais partiront-ils vraiment ? La vie en France les retient souvent aussi pour leur famille, leur cadre de vie, leur région etc.

- si les riches partent, voire même une partie de leurs investissements, qui seront remplacés par d’autres, rien ne dit que les emplois partiront aussi. Ces derniers dépendent de la localisation de la production, qui elle-même est conditionnée par la concurrence étrangère notamment sur le coût de main d’œuvre locale, mais ne sont pas fonction du pays de résidence de l’actionnaire …

- de plus il est maintenant prouvé, mis au grand jour notamment par l’affaire Bettencourt, que la France est finalement déjà un paradis fiscal pour les riches : en logeant leurs revenus mobiliers (dividendes sur actions) dans une holding quasiment non imposée sur les bénéfices (1,6% tout au plus), ils ne sont imposés que sur leurs dépenses, ce que cette société leurs verse pour vivre et payer l’entretien de leur patrimoine. Ainsi, Liliane Bettencourt ne paie que 9% de ses revenus réels, grâce à ce dispositif, doublé du bouclier fiscal, malgré l’ISF qui du coup plafonne. On découvre que la fiscalité française est plus avantageuse que la fiscalité suisse !

Sur ces points, mon diagnostic converge avec celui de Jacques Généreux. Cependant, alors que lui dénonce la perversité intrinsèque du système « capitaliste », du pouvoir exorbitant du capital, des détenteurs de capitaux, les riches capitalistes érigés en une caste dominante, je serais plus nuancée en discernant les points suivants :

1- ce n’est pas le mode de fonctionnement qui est en soi à critiquer, ni tous les « détenteurs de capitaux », mais à mon avis un certain fonctionnement dévoyé du capitalisme qui est le « capitalisme financier », déconnecté de l’économie réelle, poursuivant uniquement la maximisation du profit à court terme au détriment de l’utilité sociale ou de la durabilité de l’entreprise.

2- C’est aussi le culte de l’argent, du profit, érigé en priorité et même en valeur de reconnaissance sociale, de symbole du pouvoir et de la réussite, qui est une « maladie sociale ». Si les hommes s’intéressaient moins à l’argent et aux valeurs matérielles, elles mêmes sans cesse valorisées par les médias, les jeux télévisés etc., pour se tourner vers d’autres valeurs plus spirituelles, plus humaines, le moteur du modèle serait différent. Or ceci est une question d’éducation, de responsabilité et de conscience citoyenne, individuelle, personnelle, ainsi que de politique sociale culturelle et éducative.

3- Il faut aussi s’intéresser aux détenteurs de capitaux : qui sont-ils et quelles sont leurs motivations ? Ce ne sont pas en majorité des grandes fortunes ni même des « capitalistes » (qui cherchent à dominer par leur pouvoir sur le capital), mais, pour les sociétés cotées, des fonds de pension, des investisseurs institutionnels, qui placent des primes d’assurance, les économies des épargnants, souvent de classes moyennes, qui défendent leurs intérêts en réclamant certes des rentabilités les plus élevées possibles ou en tout cas le meilleur rapport rentabilité/risque/liquidité de leur capital, face à cette concurrence. Parfois, les détenteurs de capitaux sont les clients de l’entreprise (mutuelles d’assurances ou bancaires) ou les salariés/producteurs (coopératives), et pour les TPE ou PME non cotées les créateurs d’entreprises, les entrepreneurs. Dans ce cas les intérêts des clients, des salariés, de l’entrepreneur ou du producteur sont pris en compte dans les décisions de l’actionnaire puisqu’ils sont partie prenante. Signalons notamment que le système bancaire et d’assurance français est très fortement mutualisé et pourtant, les investisseurs institutionnels et les banques sont très critiqués dans leur comportement profiteur et prédateur. Par exemple, le Crédit Agricole est à la base un réseau mutualiste de Caisses locales regroupées en Caisses régionales partageant des services communs et investissant dans des filiales communes de services spécialisés, dont des services de banque d’investissement et de marché (CA-CIB), de même que BPCE (Fusion des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires qui ont une filiale commune, Natixis, spécialisée dans les marchés). Ces groupes ont monté une structure capitalistique qui garantit plus de 50% du capital et la majorité de vote aux actionnaires principaux, aux caisses locales, elles-mêmes détenues par les clients, et ont en même temps utilisé la bourse, au travers un véhicule coté, pour lever des fonds d’investisseurs sur les marchés afin d’accompagner leur croissance avec un effet de levier. On peut constater que malgré la structure garantissant une représentation des actionnaires initiaux, eux-mêmes représentant les clients, les décisions prises ont favorisé le développement d’activités risquées et même spéculatives, occasionnant des pertes importantes lors de la dernière crise, sans doute plus par inconscience des risques pris.

4- La détention du capital par l’Etat, par des acteurs publics, ne garantit pas forcément une défense de l’intérêt public, notamment si l’Etat est dirigé par une oligarchie elle-même compromise avec des intérêts privés ou des intérêts politiques électoraux, elle peut conduire à la même gabegie, comme on l’a vu avec le scandale du Crédit Lyonnais, utilisé comme un outil de banque industrie par un gouvernement socialiste, qui sous pression d’élus locaux ou d’autres intérêts privés (Bernard Tapie par exemple, ou MGM,…) a accordé de multiples prêts ou fait de multiples investissements qui se sont avérés pourris. Au final c’est le contribuable qui paie les frais de ces mauvaises décisions.

De plus, alors que l’auteur s’oppose au traité de constitution européenne au motif qu’il favorise cette dé régularisation et cette libre concurrence dans la mondialisation, je dirais qu’il faut distinguer d’une part le traité constitutionnel sur le mode de fonctionnement et de gouvernance permettant d’assurer une meilleure démocratie, de meilleurs processus décisionnels à 27 pays, d’autre part le contenu de la politique européenne, de sa politique commerciale communautaire et à ses frontières. Malheureusement une certaine ambiguïté demeurait sans doute dans ce traité …J’étais favorable au traité pour régler le premier point, sans lequel il est impossible de conduire une politique d’harmonisation fiscale et sociale, un véritable gouvernement économique. L’Europe évolue et les pays européens tirent des leçons de ces crises et des effets pervers de la mondialisation. Le renforcement de l’Europe doit être un outil pour orienter la mondialisation, améliorer la régulation, établir un « protectionnisme raisonné et équitable » aux frontières en imposant aux pays importateurs des normes sociales et environnementales, en taxant ceux qui ne respectent pas un niveau minimum. Ce n’est donc pas à mon avis parce que la Commission européenne a jusqu’ici érigé la libre concurrence en dogme aveugle qu’il faut se détourner de l’Europe, bien au contraire ! Il faut la renforcer en la réorientant vers plus de coopération et de défense des intérêts généraux, des biens publics, vers plus de justice. Dans la mondialisation, l’Union fait la force.

 

Après nous avoir livré un diagnostic et une critique implacable du modèle économique et social basé sur le capitalisme néolibéral et une pseudo démocratie où les gouvernements se paient la tête des citoyens, Jacques Généreux propose de suivre quatre axes de réforme (page 131) :

1- Abolir le pouvoir exorbitant des gestionnaires de capitaux et partager le pouvoir entre tous les acteurs de la production (détenteurs de capitaux +entrepreneur +salariés +collectivités locales) ;
=> plus facile à dire qu’à faire. Ne vaut-il mieux pas inciter les entreprises à évoluer vers des structures plus coopératives et mutualistes, en incluant les clients, les consommateurs des produits ou services dispensés, tout en garantissant la représentativité syndicale des salariés et une gouvernance d’entreprise transparente et démocratique, avec une incitation réglementaire et fiscale ?

2- Eriger le financement de l’économie en bien public réglementé, produit ou encadré par des institutions financières publiques ;
=> la détention publique du capital n’est pas une garantie, que ce soit pour une entreprise ou pour une banque, comme le montre le scandale du Crédit Lyonnais ou le cas de la Chine avec ses SOE (State Owned Enterprises). Je suis plutôt favorable aux structures mutualistes, avec interdiction de l’activité pour compte propre (trading spéculatif) sans pour autant interdire de faire des opérations de marchés pour compte de clientèle, au service de leur économie réelle, si possible en utilisant les marchés organisés prémunissant du risque de contrepartie, ou en séparant capitalistiquement les activités bancaires commerciales de dépôts/crédits à la clientèle d’un côté et les activités de marchés et d’investissement de l’autre.

3- Adopter une politique de revenus réduisant fortement les inégalités et autorisant chaque citoyen à vivre décemment de son travail ;
=> Oui, mettons des bornes aux écarts de salaires et une répartition équitable des gains de productivité, des profits, entre les partenaires de la production. Mais si on a fait évoluer la gouvernance de l’entreprise avec un partage du pouvoir, les actionnaires majoritaires étant les acteurs de production, cette décision relève d’eux-mêmes.

4- Refonder les relations économiques internationales sur la coopération solidaire des peuples au sein d’instances de réglementation des échanges et de stabilisation des taux de change.
=> Oui, mais en renforçant l’Europe, pas contre l’Europe … et en organisant le monde par grandes régions homogènes en termes de niveaux de vie, de protection sociale, de culture, qui devraient s’imposer une autosuffisance alimentaire, une localisation minimum de production agro-alimentaire et énergétique, un partage de l’eau et de certaines ressources vitales de matières premières considérées comme biens publics, un minimum d’échanges intra-communautaire (de l’ordre de 80% comme le préconisait Maurice Allais), et en acceptant au niveau mondial un « protectionnisme raisonné et équitable » entre ces grandes régions, en mettant fin au pillage des ressources de l’Afrique qui ne bénéficie pas aux populations, au rachat massif des terres arables d’Afrique par certains pays qui pratiquent ainsi une nouvelle forme de colonisation en en chassant les populations indigènes, en créant une monnaie mondiale alternative au dollar, qui pourrait fonctionner sur le modèle de l’ancien ECU (panier de monnaie) et servant de monnaie d’échange et de réserve,…

Jacques Généreux semble aussi croire que cette domination du monde, de l’économie et des Etats, est volontairement organisée, orchestrée, par quelques puissances financières, par une minorité de capitalistes fortunés et désireux de poursuivre et d’étendre leur pouvoir vampire et prédateur sur le dos de la misère humaine. Je ne crois pas pour ma part à une théorie du complot, de domination par un rapport de force volontairement destructeur. De plus, ce sentiment incite à se faire justicier en provoquant des réactions violentes, en invitant à stigmatiser certaines professions, à couper des têtes, à brûler les banquiers comme on brûlait les sorcières, …Comme dans le cas des conflits d’intérêts, qui mettent en situation de générer une prise illégale d’intérêt, un système complètement dérégulé dans la mondialisation, avec de surcroît persistance des paradis fiscaux, érigeant la recherche du profit avant tout sous faible exigence sociale, laisse forcément la porte ouverte à des dérives, au moins disant fiscal et social, sans que ce résultat ait forcément été voulu par les acteurs qui en ont profité. Je pense que la réinstauration dans le système d’un pacte social et républicain comme il y a eu après guerre en France, en Europe, aux Etats-Unis, de normes communes sociales et environnementales, de forte régulation financière, de limitation de la spéculation et d’interdiction des paradis fiscaux, d’encadrement très strict des hedge funds, de mise en commun de certains biens publics concernant l’eau, l’énergie et de certaines ressources en matières premières, sont plutôt la solution. Tout en reprenant le problème sur le plan des valeurs, par l’éducation, le dialogue, le débat citoyen, l’éveil de la population au civisme, à la conscience et à la responsabilité citoyenne. Privilégier la relation humaine et le progrès humain (comme le dit d’ailleurs Jacques Généreux) plutôt que l’appât du gain, les valeurs matérielles, d’excès de consommation et d’apparence, des marques, du look, du vedettariat et du star-system.

 

… A suivre prochainement (partie 2)

17/10/2008

Philosophie de la crise financière ... et question sur notre civilisation

 

 

 

Manhattan_under_clouds.jpgLes leçons de la crise sur le modèle néocapitaliste

 

Nous venons de constater la ruine et l’échec du modèle néocapitaliste anglo-saxon libéral, fondé sur la recherche du profit individuel et sur la loi du marché (et la loi du plus fort, quitte à laisser les faibles sur le carreau) supposée équilibrante et autorégulatrice, créatrice de richesses pour le bien-être de tous.

 

Mais quand ce système crée de la richesse, il accroit en même temps les inégalités, que ce soit au sein des nations ou entre les nations (Nord/sud). Voir mon article en attestant. Ce système n’est pas juste et il n’est pas durable.

 

De plus il est basé sur l’illusion. Illusion d’un marché parfait dans la transparence de l’information et la parfaite concurrence, l’équilibre des prix entre l’offre et la demande. Or le marché n’est pas parfait comme l’a démontré Joseph Stiglitz : l’accès à l’information n’est pas le même pour tous, certains étant privilégiés, la concurrence est faussée (effet des concentrations et des lobbyings), le prix de marché à un instant t reflète un prix marginal entre une offre et une demande marginale, le prix que les quelques acteurs en excédent de demande seront prêts à payer (le prix s’appliquant alors à tous), d’où les hausses fulgurantes vues cet été sur le pétrole et les matières premières ; de plus le prix de marché est plus basé sur la spéculation de la valeur future que sur la valeur réelle. Ce prix « marginal » s’appliquant à tout le stock, notamment pour la valorisation d’actifs dans les portefeuilles, dans les bilans (« fair value », « mark-to-market »), il donne l’illusion d’une valeur des biens, des entreprises, des banques, par la valeur de marché, qui en fait n’est pas forcément une valeur réelle représentative des biens.

 

Le résultat est qu’on vient de tomber de haut. La bourse a chuté d’environ 50% depuis le 1er janvier 2008. Ce n’est pas une « destruction de valeur » réelle des actifs de l’économie (la capacité des entreprises à produire n’a pas été modifiée), mais c’est tout comme car c’est la prise de conscience que la valeur de patrimoine de l’économie est deux fois moindre que ce que l’on croyait. Sans doute cette chute est-elle d’ailleurs bien trop forte comparée à une valeur « réelle », car l’effet violent du marché est toujours exagéré et en l’occurrence on surestime sans doute trop les risques tant que la confiance est à ce point entamée.

 

Illusion, bulle, ... puis désillusion, éclatement de la bulle. Perte potentielle pour les épargnants, les retraites capitalisées, les assurances vies (comparée à ce qu’ils croyaient détenir). Perte brutale pour les banques dans leurs comptes à cause du fameux « mark-to-market », les obligeant à aligner plus de fonds propres pour couvrir ces pertes et faire face au reste de leurs engagements, eux-mêmes devenus plus risqués dans un contexte de récession économique. Pertes induites pour l’Etat et in fine le contribuable (émission de dette d’Etat même si elle est temporaire en attendant des jours meilleurs, afin de renflouer les banques, augmentant ensuite la charge financière de la dette). Pertes induites pour tous lorsque la crise financière devient crise économique (baisse de pouvoir d’achat, chômage) puis crise sociale.

 

La question de projet de société, voire de civilisation

 

La question est donc finalement la suivante :

-          va-t-on se contenter d’éteindre l’incendie, de colmater les brèches par le plan de soutien aux banques et la mise en place de verrous supplémentaires, d’une régulation renforcée, d’encadrement des abus d’appropriation des profits (parachutes dorés, rémunération des grands patrons et des traders), d’ajustement de normes comptables bancaires, puis continuer à faire tourner cette machine infernale basée sur le même moteur de recherche effrénée du profit individuel ? Est-ce cela « refonder le capitalisme » comme le propose notre président de la république Nicolas Sarkozy ? Apparemment les vœux pieux et contraintes souhaitées de développement durable et de solidarité aux pays les moins avancés n’arrivent pas à s’imposer et devront peut-être s’imposer par d’autres électrochocs ...

-          ou bien réfléchit-on vraiment en profondeur à un autre modèle ?

 

C’est la question essentielle, existentielle, de notre civilisation.

 

Si le modèle économique actuel ne fonctionne pas, il nous faut réinventer un projet de société et je dirais même plus un projet de civilisation. C’est ce que j’expliquais dans un article paru le 22 décembre 2007, avant même que Nicolas Sarkozy reprenne ce terme sur les conseils de Henri Guaino, s’inspirant du « projet de civilisation » de Edgard Morin.

 

Je disais dans cet article que la civilisation actuelle connaît les premiers signes de sa mortalité, notamment au travers du défi écologique. Mais bien au delà de cette mortalité physique, elle souffre également de signes de mortalité morale et spirituelle, de perte d’humanité. Je disais aussi, reprenant François Bayrou, qui à mon avis est l’homme politique en France et même en Europe qui a le mieux analysé notre monde, compris la société actuelle et pressenti tout ce qui allait se passer :

 

Le modèle de civilisation dominant est celui du néocapitalisme basé essentiellement sur des valeurs matérialistes, la recherche du profit, la valeur de l’argent, et le règne de l’image, du paraître, au détriment des valeurs humaines et spirituelles. Dans ce modèle règne la loi du plus fort. Ce modèle fertilise son pouvoir sur le terrain de la mondialisation. Il génère des inégalités croissantes dans le monde et dans chacune des sociétés qui le composent. Il ne sait pas venir à bout de la pauvreté dans le monde ni du désastre écologique qui menace la planète, car les intérêts matériels et particuliers à court terme l’emportent toujours sur l’intérêt général à long terme. Il ne paraît pas non plus rendre les gens plus heureux, contribuer à augmenter le niveau de bonheur des populations, sinon par une éphémère impression de bonheur représentée par l’argent, un pouvoir d’achat. La domination du monde par ce modèle induit implicitement cette civilisation à sa propre destruction.

Les partisans de ce modèle, au travers de partis politiques, ne clament pas bien sûr qu’ils recherchent les inégalités croissantes et la loi du plus fort, qui en fait sont implicites des valeurs matérialistes qu’ils érigent comme prioritaires. Ils aiment se proclamer tenants de la Démocratie et de la République, bien qu’ils n’en respectent pas des principes fondamentaux, galvaudant ces nobles termes pour épicer leurs discours ou les rendre convenables. Leur stratégie politique est basée sur la séduction, le pouvoir des médias, la soumission aux sondages, une forme de populisme, la conservation du pouvoir par les puissants tout en entretenant une volontaire léthargie, passivité des masses, en les divertissant par les jeux, les programmes télévisés, en les faisant rêver par l’entretien d’événements people, le star system, l’espérance de gains où chacun a sa chance (loterie et loto), … et l’illusion que le salut est dans l’action effrénée, quel que soit son aboutissement, du moment que « ça bouge ». C’est la société du « zapping » perpétuel.

 

Un autre modèle de civilisation a tenté de s’imposer au XXème siècle avec l’échec que l’on connaît matérialisé par la chute du mur de Berlin en 1989 et la période de la Perestroïka en URSS : le modèle socialiste communiste, très dirigiste, prônant l’appropriation des terres et bien de production par l’Etat, avec une centralisation extrême du pouvoir et de la redistribution des revenus. Ce modèle aboutit à un appauvrissement de la population, une déresponsabilisation des citoyens, à la prise de pouvoir par une oligarchie représentant l’Etat et s’octroyant des privilèges, à la dictature.

 

Il y a donc bien à présent deux modèles de civilisation qui s’affrontent aujourd’hui sur notre planète, dont la concurrence alimentera le combat politique des prochaines décennies, pas seulement en France mais également chez nos voisins européens comme aux Etats-Unis et même dans le reste du monde, remplaçant le traditionnel clivage « Gauche-droite » en France, aujourd’hui dépassé :


-d’un côté le modèle néocapitaliste basé sur des valeurs matérialistes, la loi du plus fort, qui génère des inégalités croissantes,
-de l’autre le modèle démocrate et humaniste, priorisant les valeurs humaines et spirituelles, visant une justice croissante et un développement humain. Sans cependant nier la réalité économique et le contexte de la mondialisation.

 

 

Quel moteur pour un modèle alternatif humaniste ?

 

On connait le moteur du modèle néocapitaliste : c’est celui de la recherche et de l’accumulation du profit individuel même s’il s’exerce au détriment de l’intérêt général, celui de la loi du plus fort.

 

En son temps, comme nous le rappelle Roger-Pol Droit dans un article du Monde d’hier, Aristote nous avait averti sur les dangers de l’Hybris et de la chrématistique.

Je reprends les définitions (merci Wikipedia) :

L’hybris (aussi écrit ubris, du grec ancien
ϐρις / húbris) est une notion grecque que l'on peut traduire par « démesure ». C'est un sentiment violent inspiré par les passions et plus particulièrement, par l’orgueil. Les Grecs lui opposaient la tempérance ou modération (sophrosune).

La chrématistique (de khréma, la richesse, la possession) est une notion créée par Aristote pour décrire l'état d'esprit de celui qui accumule le capital pour son plaisir. Aristote condamne cette attitude.

Selon Aristote, l'accumulation de la monnaie pour la monnaie (la "chrématistique" dite "commerciale") est une activité contre nature et qui déshumanise ceux qui s'y livrent : suivant l’exemple de Platon, il condamne ainsi le goût du profit et l'accumulation de richesses. Le commerce substitue l’argent aux biens ; l’usure crée de l’argent à partir de l’argent ; le marchand ne produit rien : tous sont condamnables d'un point de vue philosophique.

Bien qu'Aristote traite la chrématistique comme un ensemble de ruses et de stratégies d’acquisition des richesses pour permettre un accroissement du pouvoir politique, il la condamnera toujours en tant que telle et donnera une place beaucoup plus importante à l’économie. Sa théorie fut reprise par plusieurs religions et idéologies :

-          L’Eglise catholique tout au long du Moyen-Âge reprend la critique aristotélicienne contre cette conduite économique et la déclare contraire à la religion. De nombreux auteurs estiment que la mise en œuvre de cette doctrine fut un obstacle au développement économique.

-          L’Islam également. On parle même aujourd’hui d’une « finance islamique » (voir mon article sur le sujet) !

-          Karl Marx dans des pages du Capital reprend l'analyse des conséquences sur les personnes de ce qu'il nomme auris sacra fames (maudite soif de l’or) du nom latin donné à cette passion dévorante de l'argent pour l'argent.

 

Le moteur de l’autre modèle humaniste doit être un autre moteur que celui du profit, valorisant l'homme au lieu du profit individuel et des valeurs matérielles. C’est facile à dire, moins à réaliser ! Il ne peut se décréter simplement au nom des valeurs morales. Il nécessite de passer par une prise de conscience des citoyens et une compassion naturelle pour l'autre, retrouver un sentiment de fraternité qui prime sur l'égoïsme. C'est très profond. Pour que l'ensemble des citoyens se comportent chacun en privilégiant ces valeurs et votent pour des gouvernants, pour un modèle de société, qui fonctionnera selon la primauté de ces valeurs.

 

En attendant, il va falloir composer avec un modèle capitaliste toujours basé sur le profit individuel mais mieux encadré et régulé, et sous contraintes coercitives de respect de la durabilité (de l'environnement notamment), d'une plus grande justice sociale Nord/Sud et entre classes de populations, de principes moraux interdisant au niveau international des excès (rémunérations abusives) et des évictions à la loi (paradis fiscaux).

 

Il va falloir contenir l’Hybris en attendant que s’instaure une sophrosune naturelle !



A méditer ...

 

22/12/2007

Le Mouvement Démocrate : un projet de civilisation

2bf1f1b380dcc2af2e3ca5945cc17684.jpgLe projet du Mouvement Démocrate va bien au delà d'un programme politique, économique et social ; bien au delà des catalogues de mesure habituellement présentés par les partis politiques. C'est même plus qu'un projet de société : c'est un projet de civilisation.

 

Une civilisation lie des sociétés d’hommes qui se construisent sur des valeurs et une culture commune et dans un objectif commun, une même vision du progrès, dans la projection qu’elles se font de l’avenir en commun. Alors que le mot société désigne d’une manière générale un groupe de personnes ayant une forme de vie commune. La civilisation est à la société ce que l’espèce est à la race. De même que les espèces peuvent disparaître, Paul Valéry nous a avertis que «Nous autres, civilisations, nous savons désormais que nous sommes mortelles » .
Il se trouve que la civilisation actuelle connaît les premiers signes de sa mortalité, notamment au travers du défi écologique. Mais bien au delà de cette mortalité physique, elle souffre également de signes de mortalité morale et spirituelle, de perte d’humanité.
Le Projet Démocrate est un projet de civilisation car il repose sur des valeurs, résumées dans une charte des valeurs, et sur une culture (humaniste), une idée du progrès de l’homme et de l’humanité, ainsi que sur une éthique, un comportement politique et moral, résumée dans une charte éthique. Il vise un idéal humaniste, un monde de justice croissante, basé sur la confiance dans le respect de la démocratie et de la république.
Certains détracteurs du projet démocrate qualifient ce dernier d’utopie, car ils sont convaincus que l’homme est intrinsèquement mauvais et qu’il ne peut être motivé par des valeurs humaines. Selon eux, seuls l’appât du gain, la recherche du pouvoir personnel et du plaisir (physique) peuvent motiver ce dernier dans ses projets et ses actions. Ils sont cyniques et politiquement suivent les principes de Machiavel décrits dans « Le Prince » afin d’acquérir ou de conserver le pouvoir, reposant sur les postulats suivants :
1- la seule motivation doit être le pouvoir
2- Il faut absolument s’affranchir de toute morale pour conduire le pouvoir
3- L’homme, le peuple comme le Prince, est naturellement mauvais ; il ne regarde que son premier intérêt avant celui d’autrui.
Rappelons cependant la définition de l’utopie : l’utopie est un régime politique idéal, qui gouvernerait les hommes parfaitement, une société parfaite (sans injustice par exemple, comme la Callipolis de Socrate) ou encore une communauté d’individus vivant heureux et en harmonie (l’Abbaye de Thélème, dans Gargantua, de Rabelais, en 1534). Ce terme a été dévoyé, désignant une réalité difficilement admissible, un monde irréaliste. Ainsi, qualifier un projet d’utopiste consiste à le disqualifier et à le considérer comme irrationnel. Comme si le fait d’envisager une société idéale, qui doit être un objectif, était du domaine du rêve irréalisable, l’idéal étant de fait incompatible avec le réel.
Il se trouve que cette utopie démocrate a le mérite de présenter au moins une cible, un projet de société et même comme nous l’avons dit de civilisation, plutôt que naviguer à vue sur des mesures à court terme et sans fondement de valeurs, et qu’elle s’inscrit par ailleurs dans la réalité de ce monde, ne niant pas la mondialisation et le fonctionnement capitaliste de l’économie. Il s’agit de reconnaître des priorités nouvelles dans nos actions personnelles, les actions des entreprises, de l’Etat, et de mettre en place des garde-fous, ceci dans un contexte plus global, d’abord européen, voire mondial. Il est tout à fait possible de réfléchir sur le réel, sur l’amélioration concrète de nos conditions de vie, par une représentation objective du monde que nous souhaitons.
Le modèle démocrate (appelons-le ainsi) s’oppose donc à un autre modèle de civilisation dominant, qui est celui du néo-capitalisme basé essentiellement sur des valeurs matérialistes, la recherche du profit, la valeur de l’argent, et le règne de l’image, du paraître, au détriment des valeurs humaines et spirituelles. Dans ce modèle règne la loi du plus fort. Ce modèle fertilise son pouvoir sur le terrain de la mondialisation. Il génère des inégalités croissantes dans le monde et dans chacune des sociétés qui le composent. Il ne sait pas venir à bout de la pauvreté dans le monde ni du désastre écologique qui menace la planète, car les intérêts matériels et particuliers à court terme l’emportent toujours sur l’intérêt général à long terme. Il ne paraît pas non plus rendre les gens plus heureux, contribuer à augmenter le niveau de bonheur des populations, sinon par une éphémère impression de bonheur représentée par l’argent, un pouvoir d’achat. La domination du monde par ce modèle induit implicitement cette civilisation à sa propre destruction.
Les partisans de ce modèle, au travers de partis politiques, ne clament pas bien sûr qu’ils recherchent les inégalités croissantes et la loi du plus fort, qui en fait sont implicites des valeurs matérialistes qu’ils érigent comme prioritaires. Ils aiment se proclamer tenants de la Démocratie et de la République, bien qu’ils n’en respectent pas des principes fondamentaux, galvaudant ces nobles termes pour épicer leurs discours ou les rendre convenables. Leur stratégie politique est basée sur la séduction, le pouvoir des médias, la soumission aux sondages, une forme de populisme, la conservation du pouvoir par les puissants tout en entretenant une volontaire léthargie, passivité des masses, en les divertissant par les jeux, les programmes télévisés, en les faisant rêver par l’entretien d’événements people, le star system, l’espérance de gains où chacun a sa chance (loterie et loto), … et l’illusion que le salut est dans l’action effrénée, quel que soit son aboutissement, du moment que « ça bouge ». C’est la société du « zapping » perpétuel.
Un autre modèle de civilisation a tenté de s’imposer au XXème siècle avec l’échec que l’on connaît matérialisé par la chute du mur de Berlin en 1989 et la période de la Perestroïka en URSS : le modèle socialo-communiste, très dirigiste, prônant l’appropriation des terres et bien de production par l’Etat, avec une centralisation extrême du pouvoir et de la redistribution des revenus. Ce modèle aboutit à un appauvrissement de la population, une déresponsabilisation des citoyens, à la prise de pouvoir par une oligarchie représentant l’Etat et s’octroyant des privilèges, à la dictature.
Il y a donc bien à présent deux modèles de civilisation qui s’affrontent aujourd’hui sur notre planète, dont la concurrence alimentera le combat politique des prochaines décennies, pas seulement en France mais également chez nos voisins européens comme aux Etats-Unis et même dans le reste du monde, remplaçant le traditionnel clivage « Gauche-droite » en France, aujourd’hui dépassé :
-                      d’un côté le modèle néo-capitaliste basé sur des valeurs matérialistes, la loi du plus fort, qui génère des inégalités croissantes,
-                      de l’autre le modèle démocrate et humaniste, priorisant les valeurs humaines et spirituelles, visant une justice croissante et un développement humain. Sans cependant nier la réalité économique et le contexte de la mondialisation.
Quel Projet de Civilisation propose le Mouvement Démocrate ?
Comme nous l’avons dit, le Projet Démocrate vise un idéal humaniste, un monde de justice croissante, basé sur la confiance dans le respect de la démocratie et de la république. Décrivons ci-après les fondements de cet idéal, les valeurs qui l’animent.
L’idéal humaniste à pour objectif le progrès de l’Humanité. L’humanisme place l’Homme au centre, lui reconnaissant en tant qu’individu sa conscience, sa responsabilité, sa valeur et son potentiel, quelles que soient son identité, sa naissance, son origine sociale, ethnique et culturelle. Les valeurs de l’Humanisme sont des valeurs de confiance, de respect, de tolérance, d’authenticité, de transparence, de justice et de solidarité. Ainsi l’Humanisme s’oppose au matérialisme, qui gangrène de plus en plus nos sociétés aujourd’hui, laissant s’instaurer une domination par l’argent, confisquant le pouvoir au bénéfice des riches et des puissants, accréditant que nos motivations essentielles sont l’acquisition des richesses et la consommation, modèle aboutissant finalement à une société d'inégalités croissantes. Ce courant humaniste est résistant, révolutionnaire et pacifique.
Résistant car les valeurs qu’il prône sont des valeurs de résistance : la liberté individuelle doit se gagner face à un monde où ce qui est naturel, c’est la domination de l’autre. L’égalité entre les hommes ne va pas de soi non plus dans un monde où chacun cherche à défendre ses acquis. La solidarité et la fraternité ne sont pas non plus systématiques, l’égoïsme, l’individualisme et d’hédonisme étant aussi des attitudes plus faciles à adopter chez l’homme.
Révolutionnaire car il affronte la domination des esprits et de l’argent par les puissants, il bouleverse les pouvoirs établis.
Pacifique car il croit en une émancipation des hommes qui sont de plus en plus formés et informés pour élever leur conscience et prendre leurs responsabilités, notamment dans les pays qui fonctionnent en démocratie, par l’expression et le vote. Il a également l’espoir que les puissants eux-mêmes adhèrent aux valeurs de l’Humanisme et réalisent que seules ces valeurs sont à même de porter le progrès de l’Humanité et de sauver le devenir même de l’espèce humaine et de donner sens à son existence.
Inspirés d’Humanisme, les Démocrates veulent construire une société de confiance, tant au niveau individuel que sur le plan collectif, une société qui donne le sens de « vivre ensemble », où les relations entre les humains ne sont pas systématiquement monnayées ou « marchandisées ». La société de confiance s’oppose à une société de défiance, où l’inégalité germe dès la naissance, où domine la loi du plus fort et du plus riche, où l’apparence, la caste et le carnet d’adresse priment sur la compétence, où règnent l’anonymat, l’isolement, le « chacun pour soi » et le « sauve-qui-peut ».
Cette société s’inscrit dans un projet de civilisation transversal et universel, dans un univers mondialisé, se traduisant aussi bien au niveau individuel, de la famille, de la commune, de la région, de la nation, de l’Europe et du Monde. Ce projet doit viser la prospérité, pas seulement matérielle mais aussi humaine et spirituelle, redonner le goût de l’entreprise et de l’innovation, une motivation sur des objectifs industriels visant un progrès et une valeur humaine, pas seulement une « valeur ajoutée » financière, ne visant que la rentabilité financière à court terme.
Ce projet doit aussi viser la préservation de la planète et ce qu’on appelle le « développement durable ». Ce terme ne devrait pas être limité au souci de permanence des sources d’énergie et des ressources en général, mais considérer plus généralement le « devoir de répondre aux besoins des générations présentes sans compromettre pour autant la capacité des générations futures à répondre des leurs », quel que soit le domaine où il s’applique. C’est vrai notamment pour la gestion de la dette publique qui grève les générations futures.
Le Projet Démocrate veut réconcilier l’Europe avec les Nations. L’Europe ne doit pas être  réduite à un simple espace de libre échange. Elle doit être le lieu de rassemblement des problèmes communs des pays européens, pour protéger et promouvoir leurs ressources, leurs cultures, leurs valeurs. Les problèmes de ressources énergétiques, d’environnement, d’immigration, de défense doivent être traités au niveau de l’Europe.
Il s'agit également de protéger nos racines, notre identité, nos traditions, notre culture et nos langues régionales, face à la mondialisation et à l’uniformisation culturelle et idéologique.
Le Mouvement Démocrate est convaincu que l’organisation sociale et politique la mieux à même de répondre à cet idéal est la démocratie. La démocratie permet de construire l’Homme, reconnaît sa place en tant que citoyen autonome libre de corps et de pensée, ayant une conscience et une capacité de jugement, responsable de ses actes moralement. La démocratie donne la parole et le pouvoir au citoyen, pouvoir qu’il organise en le déléguant et en le contrôlant. Elle suppose idéalement que le citoyen bénéficie d’une transparence de l’information, d’un accès aux connaissances et à l’éducation.
Le Mouvement Démocrate propose une démocratie proche du citoyen, qui l’informe sur les problèmes du pays, de l’Europe, du Monde, lui explique les solutions proposées et lui donne les moyens de s’exprimer.
Il prône également la démocratie sociale, qui redonne au travail une valeur capitale, car ce qui fonde le lien entre les hommes, c’est essentiellement l’utilité sociale, c’est à dire le travail. C’est par là que l’individu acquiert une reconnaissance, donc une source d’épanouissement de ses talents, et non simplement par la garantie d’un revenu assuré.
Aussi faut-il être intransigeant sur les valeurs fondamentales de la Démocratie, tenir pour prioritaire le droit à l’expression, à l’éducation et à l’information du citoyen, défendre la juste représentation des courants d’opinion, le pluralisme, l’indépendance des médias et accorder priorité à l’éducation.
Le pouvoir du citoyen ne doit plus être limité à la désignation de ses dirigeants par son suffrage, qui ensuite peuvent régner et décider sans lui rendre de comptes ou bien en lui en rendant mais toujours à sens unique, sans concertation. Il faut aller plus loin en changeant le statut du citoyen, en lui  donnant un rôle d’acteur et tenir compte de son avis au sein d’une véritable concertation. Pas une consultation d’apparence où l’on fait mine d’écouter pour ensuite imposer ce qu’on a décidé. Le conflit est sain car permet l’expression des attentes et dénoue les tensions. La contradiction renforce ainsi l’autorité et donne légitimité à son exercice.
La République formalise et institutionnalise la démocratie en la dotant d’une constitution et d’institutions lui permettant de bien fonctionner. Comme le stipule notre constitution, la République est « démocratique, laïque et sociale ». Elle repose sur les valeurs de  « Liberté, Egalité et Fraternité » qui sont des droits du citoyen. Elle garantit aussi son identité, sa citoyenneté, sa sécurité physique et la propriété, la protection de ses biens. Elle confère au citoyen des droits mais en retour ce dernier  a aussi des devoirs : le respect de l’autorité, le civisme, une forme de patriotisme. La République impose la séparation des pouvoirs et l’impartialité de l’Etat.
Le Mouvement Démocrate défend ces valeurs de la République contre toutes les dérives. Ces valeurs sont bien souvent piétinées, bafouées, contournées. Il faut assainir les institutions et mieux garantir la séparation des pouvoirs, non seulement exécutif, législatif et juridique, mais aussi financier et médiatique. La République a ses espaces sacrés, certains lieux qui méritent d’être « sanctuarisés », notamment l’Ecole, le tribunal et le Parlement. Même si le rôle de l’Etat est important dans sa fonction régalienne, protectrice et re-distributive de richesses, le Mouvement Démocrate ne croit pas à un Etat omnipotent qui gère tout et laisse penser qu’il prend tout en charge dans la vie du citoyen et dans la gestion du pays. Pour redonner au citoyen un rôle acteur et participatif, organiser une concertation entre le pouvoir et le peuple, il propose une gestion plus décentralisée de certains problèmes et le renforcement des corps intermédiaires, des représentations citoyennes tels que les syndicats, les corporations, les associations. Il faut réinventer un modèle de société. C’est une tâche et une responsabilité immense qui nous incombe, à nous Démocrates, celle d’un véritable projet de civilisation. Le programme politique du Mouvement Démocrate traduit finalement en propositions concrètes la manière de réaliser cet idéal, en ayant tout d’abord évalué les moyens les plus judicieux pour y arriver sans compromettre pour autant ses valeurs, en étant attaché avec réalisme à l’efficacité de ces moyens, en ayant recours à une évaluation de ces derniers dans des contextes similaires, par expérience passée ou par comparaison avec d’autres pays les ayant employés. En ce sens ce programme s’inscrit dans une approche réaliste et non utopiste (dans le sens irréalisable).
                             Marie-Anne Kraft (alias "Marianne")
 
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