Avertir le modérateur

21/06/2011

Démondialisation, protectionnisme et sortie de l’euro

La "démondialisation" fait débat. Terme médiatisé par Arnaud Montebourg, ce néologisme mérite d'être défini et nuancé car recouvre plusieurs concepts, tels que protectionnisme (de quel type ?), sortie de l'Union européenne ou de l'Euro, relocalisation d'activités, recours à d'autres formes d'organisation économique ou entrepreneuriales,...

Or si les acteurs du débat entendent des concepts différents derrière ce mot, le discours est faussé, le conflit exacerbé, la discussion difficile. Ne mélangeons pas tout et apaisons ce débat, intéressant et indispensable dans la campagne présidentielle qui s'annonce !

Comme le disait récemment Jacques Attali invité par François Bayrou, « les deux questions clés de l'élection présidentielle porteront sur la vision du monde (et de l’Europe) et sur la vision de l'Etat » :

- comment résister aux forces de la mondialisation, au dumping monétaire, à une concurrence parfois jugée déloyale (dumping social et environnemental), avec ses conséquences sur les emplois (délocalisations) ?

- comment réguler la mondialisation, établir des règles acceptées de tous en matière d’accès aux ressources et de protection de l’environnement ? Comment interdire vraiment les paradis fiscaux et contrer les mafias internationales ? Au travers d’une gouvernance mondiale renforcée (et cependant démocratique) ou au travers d’un repli de la nation sur elle-même en fermant les frontières, en sortant de l’Europe, de l’Euro ?

- quel pouvoir reste à l’Etat ? Quelle prise a-t-il sur l’Europe, sur la mondialisation, sur la croissance économique, sur nos entreprises et nos emplois ?

 

En effet, les Français se rendent bien compte des conséquences de la mondialisation sur leurs emplois, par l’effet des délocalisations d’activités : depuis 1980, l’industrie française a détruit près de 2 millions d’emplois. Un document de Bercy estime que, entre 2000 et 2007, 63 % de ces destructions sont le fait de la concurrence internationale. Par exemple PSA et Renault n'ont produit que 29,7% de leurs automobiles sur le sol français en 2010 (...) » A noter que si Peugeot affiche 37,2% et Citroën 36,8% de véhicules assemblés en France, Renault dont l'état est toujours actionnaire n'en a produit que ... 26,4% ! (source : l'Auto Journal n°824 du 10 mars 2011).

Un sondage IFOP sur "Les Français et le protectionnisme" a été récemment publié sur le site "Pour un protectionnisme européen", réalisé à l’initiative d’un collectif qui fait la promotion du protectionnisme. Clairement, comme le résume cet article sur Agoravox, les Français approuvent à 65% le principe du protectionnisme, en tout cas sur les questions telles que posées.

Ces questions sont brûlantes et divisent les partis, au sein de la gauche (JL Mélenchon prône la sortie du traité de Lisbone, s’affranchir des règles européennes qui imposent aux politiques un carcan néolibéral, Arnaud Montebourg médiatise le concept de démondialisation ») et aussi au sein de la droite (Front National protectionniste à fond et pour une sortie de l’Euro et de l’UE, Nicolas Dupont-Aignan avec Debout la République aussi). Il semble que les lignes de clivage ne sont plus gauche-droite mais les anti-mondialisation et anti-euro face aux autres. Cependant, on trouve plusieurs nuances dans ces visions : « démondialisation » ne veut pas dire sortie de l’euro (Arnaud Montebourg ne va pas jusque-là) et peut signifier « relocalisation des activités, avec plus ou moins de dispositif protectionniste. De même le protectionnisme peut être très poussé et aveugle, avec une forte taxe dissuasive aux frontières, il peut être « éclairé » (terme de Maurice Allais), pour compenser une concurrence déloyale, par exemple le dumping monétaire de la Chine sur le Yuan, ou encore sociale ou environnementale si le pays ou la société exportatrice exploite ses travailleurs sans couverture sociale ou produit sans respect de normes environnementale. Dans ce cas, il faut savoir si on prône une telle taxe aux frontières de l’Europe sans pour autant sortir de l’Europe, ou aux frontières de la France. La question de l’euro (sortie de l’euro sans sortir forcément de l’UR) est aussi une autre question. Il ne faut donc pas tout mélanger !

Or les débats actuels, les invectives parfois violentes (comme récemment sur Mediapart avec Jacques Sapir, Pierre Khalfa et d’autres) ne permettent pas d’expliquer et différencier ces sujets, pour discuter dans un climat apaisé. Même Philipe Cohen dans Marianne2 interpelle François Bayrou, suite à son intervention sur France Inter lundi 20 juin 2011 :
« François Bayrou, réglait la question en un coup de cuillère à pot : la démondialisation, selon lui, ce n'est pas sérieux puisque seules l'extrême droite et l'extrême gauche en parlent. Bayrou, lui parle de régulation. Comme Nicolas Sarkozy. Comme François Hollande. Comme François Fillon. Comme Dominique de Villepin. Comme Jean-Louis Borloo. »

En fait François Bayrou avait dit :
« "La thèse de la démondialisation exposée par les deux extrêmes est un mensonge. La seule question que nous devons nous poser, c'est comment la France peut-elle continuer à produire?' L’Allemagne montre qu’on peut parfaitement produire et exporter en étant un pays de la zone euro, et donc améliorer le niveau social du pays", a-t-il souligné. "Je plaide pour une France forte et productrice ! »

Mais il a parlé un peu trop vite en assimilant la « démondialisation » à la sortie de l’Euro et de l’Europe ... Car en fait le Mouvement Démocrate défend l’euro et alerte sur les dangers d’une sortie de l’euro, qui renchérirait tant notre dette (15 milliards d’euro en plus de déficit public annuel pour une hausse de 1 point du taux, donc pour une hausse de 3%, ce qui serait le cas, l’équivalent de la totalité de l’impôt sur le revenu !). Mais par ailleurs, le Mouvement Démocrate prônait déjà en 2009 dans sa campagne européenne la réciprocité équitable des échanges entre l’Europe et les pays émergents, notamment la Chine (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, par exemple pour obtenir des marchés de construction en Chine, ou pour acheter des entreprises chinoises) et une fiscalité équitable aux frontières de l’Europe en cas de dumping de pays ne respectant pas les normes internationales en matière sociale, sanitaire ou environnementale (ce que propose aussi maintenant le Parti Socialiste dans son projet pour 2012), de même s’il y a un dumping monétaire... Appliquer ainsi aux autres les règles que nous nous appliquons à nous-mêmes en Europe et en cas de non respect, justifier d’une interdiction ou d’une pénalité. Ce qui n’est pas du « protectionnisme » qui lui consiste à pénaliser les autres sans pour autant que l’on s’applique la pénalisation à soi-même.

De plus, la mise en place d’un droit de douane « social et environnemental » sur les pays ou sociétés ne respectant pas les normes européennes que nous nous appliquons à nous-mêmes, supposerait :

1- La mise en place d'une norme internationale de minimum social et environnemental

2- Une application de cette taxe à la frontière avec un certain discernement. Cette taxe doit être juste et ne taxer que les produits ou service ne respectant pas la règle. Donc pas une taxe unique sur tous les produits chinois (sauf si on ne tient compte que d’un dumping monétaire, ayant une estimation de la sous-évaluation de la monnaie).

3- La possibilité d'en vérifier le respect. Il faut des agences de rating social et environnemental ! Autant on peut l'imaginer pour des grosses sociétés cotées par exemple, dont il faudrait compléter le rating existant qui est focalisé sur la rentabilité et les risques dans un but boursier, autant c'est plus difficile pour les petites sociétés. Comment vérifier ? A quel coût ?

Pour parler d'une "humanisation de la mondialisation", il faudrait réserver cette taxe pour financer les deux points ci-haut et mettre le reste dans un fonds qui aiderait les pays dont on a importé la marchandise à améliorer sa protection sociale et environnementale. Ainsi, l'argent taxé serait vraiment destiné dans son but premier, qui est le respect de l'homme et de l'environnement, incitant le pays à appliquer la norme de protection pour éviter la taxe, au bénéfice de son peuple. Utiliser cette taxe pour simplement réduire notre déficit détournerait l'intérêt de l'objet initial et ne serait pas inscrit dans une démarche humaniste, mais démagogique.

En fait, au-delà de l’intérêt égoïste mais néanmoins légitime de la protection de nos emplois pour éviter les délocalisations, la grande question est celle-ci :

« Mettre sur un pied d’égalité le commerce, l’environnement et le social »

L’OMC ne devrait plus pouvoir décider des négociations sur le libre-échange et sur la concurrence sans le FMI (dumping monétaire), sans l’OIT (normes de protections sociales et du travail) et sans les instances internationales donnant les normes de protection de l’environnement (en attendant une véritable une agence internationale de l’environnement). De même pour l’Europe vis-à-vis de ses partenaires extérieurs.

C’est l’idée que défend le Comité Pauvreté et Politique (petit think-tank dont l'objet est de lutter contre la pauvreté et de remettre l'homme au centre), avec ses recommandations :

ð Mettre sur un pied d’égalité le droit du commerce international, le droit de l’environnement et le droit social,

ð Harmoniser entre elles les négociations internationales,

ð Promouvoir la justice sociale dans le nouvel ordre mondial.

Les toutes récentes déclarations de N.Sarkozy et de Ban-Ki-Moon vont dans ce sens. Mais il faut être plus précis et concret sur la manière de le faire. Et relier cette question internationale, qui a trait à la gouvernance mondiale, à la question de protection de notre économie locale, à la question du protectionnisme (et lequel ? Sous quelle forme) qu’il ne faut peut-être pas nommer protectionnisme s’il s’agit d’une régulation équitable du libre-échange.

 

 

24/10/2010

TVA sociale (ou de relocalisation) : pour ou contre ?

En vue de lutter contre les délocalisations tout en envisageant d’autres formes de financement de la protection sociale, La TVA sociale revient sur la scène des débats politiques, prônée par des économistes (voir l’article de Bernard Meheut dans Les Echos, et par des personnalités politiques :

- certaines à droite (mesure défendue par Alain Juppé et Jean-Louis Boorlo et récemment par Jean-François Copé la rebaptise TVA anti-délocalisation même si Xavier Bertrand s’en moque et Jean-Pierre Raffarin ne l’approuve pas,),

- certaines au centre (Jean Arthuis en est un ardent défenseur, Hervé Morin au centre-droit la soutient aussi)

- et certaines aussi à gauche (Manuel Valls et Jean-Marie Le Guen bien que le PS se soit déclaré défavorable lors de l’élection présidentielle 2007).

Le président du MoDem François Bayrou, incarnant le centre vraiment indépendant, reste quant à lui réservé sur cette proposition (bien que certains élus du MoDem soient pour, comme Jean-Jacques Jégou, sénateur vice-président de la Commission des finance du Sénat), jugeant l’idée intéressante mais comportant des risques d’effets secondaires, notamment d’impact sur le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes.

Le rapport Attali 2010, remis à Nicolas Sarkozy le 15 octobre dernier, ciblé sur le désendettement et l'emploi, prône également la mise en place d’une TVA sociale (voir cette dépêche de l’AFP et cet article du JDD) : voir proposition 19 (Maîtriser l’évolution du coût du travail en développant notamment la fiscalité sur la consommation) au chapitre 2 des recommandations (Renforcer la compétitivité pour développer l’emploi) page 79 du rapport. Avançant les arguments habituels en vue d’un « accroissement notable de la compétitivité des secteurs exposés à la concurrence internationale, s’apparentant par ses effets à une dévaluation », il y est notamment proposé « Une mise en oeuvre simple de la mesure consisterait en un transfert des cotisations au titre de la branche famille, qui relève encore plus que les autres branches de la solidarité nationale. Cette baisse de cotisation, qui représente 5,4 points (ou 26 milliards d’euros), pourrait être compensée par une hausse de 3,2 points de TVA (si ce mode de compensation était retenu).

 

 

En quoi consiste la « TVA sociale » ou « TVA anti-délocalisation » ?

 

Le mécanisme de "TVA sociale" consiste à basculer une partie du financement de la Sécurité sociale des entreprises vers les ménages via une baisse des cotisations patronales et une hausse de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), ne faisant ainsi plus peser tout le financement de notre protection sociale sur les travailleurs (certes … mais en revanche sur les consommateurs !). L’astuce consiste à neutraliser l’effet de hausse de TVA sur le consommateur par une baisse équivalente du prix HT, rendue possible par la baisse du coût salarial que l’entreprise devra répercuter sur le prix de vente. CQFD.

 

Ainsi, au final, rien de change pour le consommateur qui achète un produit français, alors que la hausse de TVA, s’appliquant aussi aux biens et services importés, renchérit le prix des importations. Ce qui revient au même qu’une dévaluation monétaire compétitive, même entre pays de la zone euro, permettant de renforcer la compétitivité de nos entreprises à la fois sur le marché national face aux concurrents étrangers et sur les marchés internationaux à l’exportation puisque, exprimé en hors taxe, le prix de l’exportateur français serait réduit du gain en charges sociales. L’idée semble au premier abord séduisante.

 

Il est vrai que les cotisations patronales grèvent plus les coûts des entreprises en France que dans d’autres pays de l’Union européenne. Mais ce n’est pas forcément un bon argument, car ceux qui chargent plus la part salariale des cotisations compensent peut-être en salaire, ce qui revient au même au final en coût pour l’entreprise. De plus, il faut regarder le niveau des prestations face aux cotisations. Une protection sociale moins forte peut se traduire aussi par la nécessité de souscrire des assurances privées et un niveau de salaire plus fort pour y parvenir.

 

 

733145208.png

 

 

Serait-elle vraiment efficace ?

 

La théorie repose sur une répercussion totale de la baisse des charges sociales par l’entreprise sur le prix de ses biens et services vendus. Par exemple si les salaires représentent 50% du chiffre d’affaire (CA) de l’entreprise, dont les charges patronales comptant pour environ 50% du salaire net pour simplifier (environ 43% sur un salaire moyen,voir ici le détail), soit 33,3% du brut donc 16,6% du CA, une baisse de charges patronales de 20 points (20 sur 50) reviendrait ici à passer les charges à 23,1% du salaire brut (-10,2%) représentant 5,1% du CA, ce qui autoriserait une baisse du prix HT de 5,1% et donc une hausse équivalente de la TVA (passant de 19,6% à 24,7%).

 

Le problème étant que toutes les entreprises n’ont pas la même proportion de salaires dans leur coût de production ou chiffre d’affaire. Si le taux de TVA est en revanche lui uniforme, ceci signifie que même si les entreprises jouent le jeu en répercutant à 100% sur leur prix de vente HT la baisse de charges, il y aura quand même une hausse de prix TTC sur les biens dont la part des salaires est inférieure à la moyenne et au contraire une baisse sur les biens donc la production est fortement consommatrice en main d’œuvre. Or, les biens purement alimentaires produits en France ou à forte composante matérielle, sont dans ce cas. Ce ne serait pas neutre pour le consommateur, selon ce qu’il consomme !

 

On peut aussi douter de cette répercussion en pratique, surtout de la part d’entreprises qui ont besoin de reconstituer leurs marges. La baisse de TVA sur la restauration, pourtant très importante (de 19,6% à 5 ,5%) n’a eu finalement que très peu d’effet sur la baisse des prix pour le consommateur …

 

La TVA sociale n’est-elle pas paradoxalement « antisociale » ?

 

C’est un reproche qui a été opposé par les partis de gauche, dont le PS, justifié du point de vue de l’impact sur le pouvoir d’achat des catégories les moins favorisées. Une hausse des prix, ne serait-ce que sur les biens et services importés, touche davantage les ménages les plus pauvres qui consacrent une partie plus importante de leurs revenus à la consommation. Or les importations touchent 54% de la consommation des biens manufacturés (étude Insee 2005). Une grande part de l’alimentation est aussi importée, directement ou indirectement au travers de biens produits en France utilisant des denrées importées. Sur une hypothèse d’un salaire de 1000 euro, dont 30% de dépenses sont touchées à 50% par des importations subissant une surtaxe de 5%, on arrive à 7,5 euros mensuel.

La TVA est un impôt indirect, frappant à même proportion un bien acheté quel que soit le niveau de revenu du consommateur, contrairement à l’impôt direct, comme l’impôt sur le revenu ou la CSG, qui est assis sur un barème progressif. La mise en place d’une TVA sociale pourrait, sur la partie des biens importés, avoir un impact non négligeable sur le pouvoir d’achat des classes moyennes et notamment des plus défavorisées. Pour en faire une étude d’impact, il faudrait tenir compte de la structure de consommation des ménages et de la part des produits importés dans leur consommation, en plus de la part des biens produits en France selon que leur production est fortement consommatrice en main d’œuvre, comme vu précédemment …

On peut alors légitimement se demander si pour ne pas léser les catégories sociales modestes, il ne faudrait pas prévoir une compensation sous forme de crédit d’impôt (y compris et même en particulier pour ceux non assujettis à l’impôt sur le revenu). Mais cela rend la mise en pratique plus complexe.

 

D’autres pays l’ont fait … mais quelle marge de manœuvre autorise d’Union européenne ?

 

L’Allemagne l’a fait en 2007, faisant passet le taux de TVA de 16 % à 19 % pour financer une partie de la protection sociale (la TVA sur les produits alimentaires n'étant, elle, pas modifiée).

Entre 1987 et 1989, le Danemark, qui dispose d’un niveau élevé de protection sociale, avait abaissé les cotisations sociales des employeurs de 50 % à 30 % en finançant la mesure par une hausse de 3 points du taux de TVA, porté à 25 %.

Les pays européens n'ont plus la maîtrise de leur taux de TVA depuis la directive TVA. , la logique est celle d'une harmonisation fiscale européenne. L’Union européenne est attentive à contenir le taux de TVA dans un spectre assez étroit pour ne pas en faire un instrument de concurrence déloyale au sein de l’Europe. Le taux de TVA se situe en UE entre 15 et 25%, avec une majorité de pays au niveau de 19 ou 20%. L’Allemagne a donc rejoint cette majorité des pays dont le taux est à 19 ou 20%, ce qui explique sans doute qu’elle ait été autorisée à augmenter son taux à 19%. En revanche, la Commission européenne opposera certainement une forte résistance à accepter un taux de 24% pour la France …

 

1392846795.png

 

Poser le problème plus globalement et dans une logique de concurrence loyale et solidaire : proposer une taxe sociale et environnementale solidaire aux frontières de l’Europe

 

Il faut viser l’harmonisation européenne en matière fiscale et aussi en matière de protection sociale. Pour éviter une concurrence déloyale intra européenne induite par des taux de TVA différents, il est néanmoins possible d’envisager au niveau européen une TVA sociale européenne, c'est-à-dire une augmentation de TVA qui soit la même pour tous les pays de l’UE, compensée par une baisse de prix HT, ayant pour effet de ne renchérir que les biens et services importés de pays hors zone UE.

 

Mais les arguments de réserve que j’ai exposé, notamment l’impact négatif sur le pouvoir d’achat des classes moyennes et modestes, demeurent. De plus, l’OMC pourrait s’opposer à une telle mesure, en la jugeant anticoncurrentielle. Elle pourrait être légitimée dans le cas de pays pratiquant le dumping social et environnemental mais pas dans les autres qui respectent les normes de protection.

 

La véritable concurrence déloyale est celle des pays émergents à faible coût de main d’oeuvre, qui peuvent pratiquer des bas salaires sans contrainte de protection sociale et environnementale. Pour éviter une concurrence déloyale intra européenne induite par des taux de TVA différents, tout en taxant la concurrence déloyale pratiquée par des pays hors de l’UE, il faut donc viser une TVA européenne qui soit la même pour tous les pays de l'UE, et un complément de TVA touchant les produits et services venant des pays émergents, de la Chine notamment, s’il est démontré que le pays n’a pas respecté des normes sociales et environnementales. Mais cela rejoint alors l'idée de surtaxer aux frontières de l'Europe les biens fabriqués à bas coût car sans protection sociale ni environnementale. Si on veut justifier devant l'OMC d'une telle surtaxe, celle-ci devrait alors être basée sur une évaluation de ce que chaque pays importateur aurait dû appliquer s'il avait donner la protection nécessaire à son peuple et à l'environnement, basé sur une norme qui bien évidemment dépend de chaque pays, de son niveau de vie, donc ne peut être une taxe identique pour tous. Appliquer une taxe finançant la protection sociale sur base du coût européen aux pays émergents ne serait pas loyal pour eux. De plus, si on justifie l'application d'une taxe aux frontières aux produits et services importés de ces pays par l'insuffisance de protection sociale chez eux (cela vaut aussi pour les centres d'appel, les prestations informatiques, ...), il serait logique de verser en retour le montant de la taxe à un fonds qui devrait servir à protéger les citoyens de ces pays, ce qui ne financerait plus du coup notre propre protection sociale, ...

 

Autant je comprends la justification aux frontières de l'Europe d'une taxe sociale et environnementale "anti concurrence déloyale"  appliquée aux pays qui ne respectent pas la protection sociale et environnementale et peuvent ainsi vendre leurs produits à bas prix, cette taxe pouvant alimenter un fonds de solidarité sociale et environnementale qui serait d'ailleurs reversée aux pays en question, autant je trouve malsaine l'idée de transférer ainsi une charge sociale nationale sur une TVA équivalant finalement à une surtaxe douanière sur ces pays.

 

Cette idée est dans la droite ligne des thèses de Maurice Allais sur la mondialisation. Il a développé des idées simples, évidentes, claires, argumentées, équilibrées et constructives, sur la manière de réguler le libre-échange dans la mondialisation par une organisation de régions homogènes dans le monde, qui admette une forme "légitime protection"  (un protectionnisme raisonné et raisonnable) entre ces régions, qui préserve un seuil de consommation intra-communautaire assurée par la production communautaire (d'autosuffisance) qui pourrait se situer en moyenne à 80%, au sein de chaque région. Cela vaut pour l'Europe comme pour l'Afrique.

 

Marielle de Sarnez, députée européenne et vice-présidente du Mouvement Démocrate, a défendu ces positions lors de plusieurs interventions au Parlement européen, notamment celle-ci le 8 octobre dernier à propos de la Chine.

 

11/06/2010

« Tous ruinés dans dix ans ? », essai de Jacques Attali sur la dette publique

Tous-ruines.jpgJe viens de lire le livre de Jacques Attali (un des trois récemment parus), intitulé « Tous ruinés dans dix ans ? ». Le titre est accrocheur et alarmiste mais pas vraiment approprié au contenu. Il traite en fait de la dette publique, remontant d’abord aux tréfonds de l’histoire pour en tirer des leçons, avec une vision quasi-philosophique, par des exemples variés. Il décrit ensuite la situation inédite dans laquelle se trouvent les nations occidentales suite à la crise financière, qui a en fait transféré aux Etats, sous forme de dette publique, des dettes privées générées par l’éclatement de la bulle des crédits immobiliers américains subprime, nécessitant nationalisation ou soutien des banques et plans de relance de l’économie, donc accroissement des dépenses publiques, en même temps que les recettes fiscales rétrécissaient par l’effet de la récession économique.

Jacques Attali argumente d’une manière très pédagogique et chiffrée, extrêmement bien documentée, compréhensible par un non expert de la finance, sur la composition de la dette publique, sur l’engrenage infernal et la réaction presque thermonucléaire d’une dette devenue trop importante et quasi-irréversible, de surcroît très sensible au marché, à une hausse inattendue des taux d’intérêt. Il compare la situation de la France aux autres pays. Il ose faire des projections alarmistes mais je pense très réalistes, ce que peu d’économistes et de politiques se permettent de faire car alarmer, c’est risquer d’entamer encore plus la confiance, donc le crédit, ce qui n’est pas bon pour la dette ni pour le moral … Enfin, il fait des propositions très intéressantes et constructives pour enrayer ce fléau.

Je ne veux pas déflorer le sujet pour vous inciter à lire ce livre. Je partage à la fois l’analyse et les pistes de solution. Ses propositions d'orientation, de principes, sont constructives, concrètes (même si elles auraient dû être plus chiffrées). Outre la manière de renflouer le trou abyssal, qui nécessitera des efforts très importants et précaution pour ne pas trop entamer la croissance nécessaire au remboursement de la dette, il propose d’assainir les finances publiques en regroupant les recettes et les dépenses selon trois catégories à gérer différemment, à financer la l'impôt pour l'une (dépenses de fonctionnement de l'Etat et de santé), éventuellement par la dette ou des impôts affectés pour l'autre (investissements d'avenir qui profiteront aux générations futures) et un fonds de réparation pour traiter en dix ans le solde actuel de dettes engendré par des dépenses actuelles pesant sur les générations futures (retraites et dommage sur l'environnement notamment).

Autrement dit il ne faut pas mélanger «la « bonne dette », qui finance des investissements qui profiteront aux générations futures (éducation, infrastructures, hôpitaux, universités, recherche, …) et la « mauvaise dette », qui finance à crédit les besoins de fonctionnement de la génération actuelle (déficit de santé, coût de fonctionnement des administrations, de la défense, de la police,…). C’est ce que disait déjà François Bayrou pendant sa campagne présidentielle de 2007 !

Je rappellerai quelques chiffres clés :

-          en 2010 le déficit public dépassera 8% du PIB et la dette publique atteindra 1500 milliards d’euros, dépassant 83% du PIB,

-          entre 1996 et 2008, les dépenses de l’Etat ont augmenté de 35%, celles de la sécurité sociale de 61% et celles des collectivités locales de 78%,

-          les dépenses réparties en % du PIB :

-          17% en dépenses de l’Etat,

-          26,5% en protection sociale,

-          10% pour les collectivités territoriales,

-          18% en investissement public,

-          les recettes fiscales et sociales (prélèvements obligatoires) représentent 45% du PIB, alors que les dépenses de l’Etat et sociales représentent 55% du PIB,

-          le service de la dette (amortissement et charges financières) s’élève à 5% du PIB,

-          le déficit primaire (avant prise en compte de la charge financière des intérêts de la dette) représente 6% du PIB,

-          la charge financière (intérêts) de la dette représente 3% du PIB (45 milliards), sur un déficit total de 173 milliards d’euros en 2009 (9% du PIB),

-          le déficit public s’élève à 55% des recettes fiscales. Pour un euro dépensé par l’Etat, un euro est emprunté. LE déficit représente l’équivalent de 20% des prélèvements obligatoires,

-          les emprunts annuels s’élèvent à 130% de la recette fiscale et à 160% des dépenses souveraines,

-          depuis 1980, la dette publique a été multipliée par 5, passant de 40% du PIB à 80% du PIB. Elle s’élève à 5 fois les revenus fiscaux !

-          l’Etat français est le 1er emprunteur d’Europe (avec 454 milliards d’euros), avant l’Italie et le Royaume Uni,

-          si chaque Français devait rembourser cette dette, il devrait prendre 9 mois de ses revenus, 3 ans s’il s’agit d’un père de famille de 4 personnes seul à gagner un revenu !

J'aurais aussi pour ma part développé trois points évoqués trop rapidement dans l’essai :

1- la dette de l'Etat face au patrimoine de l'Etat

Le patrimoine propre à l'Etat est de 700 milliards d'euros, donc théoriquement face à une dette de 1500 il est en faillite. Mais si on regarde l'ensemble des actifs des administrations publiques, le chiffre est de 2 273 milliards euros.

Voir Patrimoine des administrations publiques françaises.

La dette publique peut être mise en regard avec les actifs des administrations publiques, d'une valeur comptable, selon la banque de France, de 2 273 milliards d'euros fin 2007 (dont 847 milliards d'euros pour les actifs financiers soit 45 % du PIB) et 1 362 milliards d'euros pour les actifs non financiers, dont la valorisation comptable est difficile (bâtiments et terrains, infrastructures, etc.). Le patrimoine total des administrations publiques est positif d'environ 700 milliards d'euros.

Idée originale à soumettre : peut-être pourrait-on proposer que les citoyens français achètent des parts du patrimoine public, un bout de château de Versailles par exemple, ... avec éventuellement un versement de dividende et la garantie de rachat par l'Etat en cas de vente. Une cotation pourrait être faite sur ces actifs. En quelque sorte titriser le patrimoine de l’Etat en partie en faveur des citoyens eux-mêmes, en émettant des actions gagées sur ce patrimoine.

2- Détenteurs de la dette publique : privilégier la dette interne

Comme Jacques Attali l’a esquissé avec l'exemple du Japon, la détention "interne" de la dette publique, par les citoyens ou institutions du pays (95% pour le Japon), protège contre la volatilité du cours des titres publics, des taux d'intérêt, des CDS souverains, donc de la dépendance aux marchés, aux agences de notation. Elle garantit une stabilité dont la limite est la capacité d'épargne des créanciers. Elle correspond à une avance sur impôts futurs ...

Le site de l'AFT (Agence France Trésor) indique que 2/3 de la dette publique française (2009) est détenue par des créanciers étrangers. Sans avoir la répartition entre les acteurs européens et hors Europe. Il semble que le chiffre indiqué dans le livre (50%) provienne d'une autre source (FMI je pense) peut-être sur un périmètre différent.

Comme je l’ai suggéré dans un article précédent « L’épargne privée au secours de la dette publique ? », nous pourrions proposer que les citoyens fassent acte de soutien patriotique en souscrivant des OAT, bons du trésor, ou OPCVM en contenant, plutôt que d'autres actifs, pendant cette période difficile.

3- Engagements sur les retraites des fonctionnaires

Comme l'avait dit le rapport Pébereau et comme le rappelle Jacques Attali mais très furtivement, la dette publique française ne comprend pas l'engagement sur les retraites des fonctionnaires, payées sur le budget de l'ETat. Contrairement à d'autres pays, surtout ceux qui fonctionnent sur un système de retraites par capitalisation (Etats-Unis, Royaume Uni). Ce qui rend la comparaison des taux dette/PIB non incohérente. Par exemple j'avais calculé que sur les chiffres basés sur 2007, la dette publique US qui était de l'ordre de 60% comparable à la France, était de 39% si on retirait la valeur du fonds investit pour payer les retraites des fonctionnaires. En France, il fallait ajouter 1000 milliards d'euros aux 1250 milliards de dette en 2007, ce qui faisait passer le taux à 120% du PIB !

26/01/2008

A Monsieur Jacques Attali, sur le rapport de la Commission pour la Libéralisation de la Croissance en France

26eb46d1bb553baa6621ce8c78ac9d25.jpgLe rapport que vous venez de rendre public et de remettre au Président de la République, fait l’objet de nombreuses réactions, aussi bien de la part de personnes politiquement situées dans la majorité que dans l’opposition, ainsi que de la part de professions directement visées par des mesures proposées. 
 
Reconnaissons tous au moins le mérite de cette réflexion, d'une commission spécialisée composée de membres compétents, sur la question de la croissance, de la relance de l'économie et de l'emploi en France, avec une synthèse de l'état des lieux dans ce contexte de mondialisation et des propositions intéressantes à étudier. Il ne faut pas prendre ses propositions  "à la lettre". Elles doivent absolument faire l'objet de discussions, constructives plutôt que polémiques, dans un esprit de consensus visant l’intérêt général, au Parlement (Sénat et Assemblée), ainsi qu’avec des organisations professionnelles, syndicales, associations de consommateurs, qui représentent les citoyens. Les adopter par ordonnance ou par simple enregistrement à l'Assemblée sans discussion préalable serait une erreur. Elles ne peuvent être efficaces qu'avec l'approbation de la population.

J’ai lu ce rapport. J’en critiquerais pour ma part les points suivants :

- la partie consacrée aux entreprises (PME) ne me semble pas assez développée (bien sur la réduction des délais de paiement et le statut fiscal simplifié pour les PME<CA de 100 000 €, mais développement  insuffisant sur un Small Business Act à la Française, sur l’ouverture aux marchés publics, sur la nature et l’ampleur de la baisse des charges sociales, de nouveaux outils de financement  pour les PME...) ; pourquoi ne pas reprendre l'idée des deux emplois sans charges proposée par François Bayrou, qui avait été plébiscitée par le panel d'économistes dans l'Expansion , ainsi qu'une défiscalisation des brevets d'invention, et des mesures sur l'élargissement de l'intéressement des salariés au bénéfice de l'entreprise ?

- rien concernant l'hyperfinanciarisation de l'économie dans le contexte mondialisé et nécessitant de prendre en compte le développement durable (l'environnement et l'écologie sont plutôt abordés comme opportunités de nouveau business que comme une contrainte à imposer au système économique pour garantir notre lendemain dans tout projet de croissance, en témoigne la proposition de suppression du principe de précaution (OGM)), la motivation du capitalisme d'aujourd'hui n'étant plus celle d'un capitalisme industriel visant une rentabilité à long terme de l'entreprise sur de vrais projets industriesl, mais la rentabilité à court terme, un objectif de ROE minimum de 15% (intenable économiquement sur la durée). Le monde est devenu une sorte de grand casino où on mise sur la valeur spéculée, anticipée, sur ce que le marché va croire et non plus sur une valeur économique réelle des entreprises. Les paradis fiscaux contribuent à l'évasion fiscale et au blanchiment. Dénonçons (car ne contribuent pas à la croissance) les parachutes dorés et les stocks options faramineux et non justifiés de patrons qui se les auto-attribuent en co-participant aux conseils d'administration de leurs pairs et qui forment ainsi la nouvelle aristocratie des temps modernes, la ploutocratie qui domine le monde jusqu'à la presse et les médias. Et ce n'est pas la généralisation des stock-options aux salariés (évidemment des miettes à côté de celles des patrons) qui pourra, au motif d'égalisation du dispositif, légitimer ce dispositif. Le rapport aurait dû aborder tous ces sujets !

- la flexsécurité (souplesse pour mettre fin au contrat de travail contre sécurisation assurée par la rémunération du "chercheur d'emploi" et formation et aide pour retrouver un emploi) : est-elle étendue à un ex chef d'entreprise ou indépendant, commerçant ou profession libérale ? Bien souvent, un ex salarié n'ose pas se lancer dans une entreprise à son compte car il a peur de perdre ses droits au chômage si son affaire ne marche pas. Je n’arrive pas en lisant entre les lignes du rapport à voir si ce cas est prévu, sécurisant les professions non salariées et motivant la prise de risque.

- certaines propositions sont plus des voeux pieux que des mesures concrètes, notamment celles sur l'éducation visant à acquérir un socle de connaissances en primaire. Il faudrait parler des méthodes d’éducation (échec de la méthode globale…), de la lecture abandonnée au profit de la télévision et des jeux vidéos, impliquant baisse du niveau culturel et sédentarisation (donc obésité), donc parler aussi de l’éducation familiale et sociale …

- Certains points proposés me paraissent engendrer plus de problèmes que d'avantages quant à l'emploi et la croissance : 

La déréglementation concernant la grande distribution, soit disant pour faire baisser les prix en bénéficiant au pouvoir d'achat, risque à nouveau de mettre la pression sur les producteurs, en position de soumission et de faiblesse face à ces géants de la distribution, de nuire à la qualité de l'alimentation, d'anéantir le petit commerce de proximité qui est important pour la cohésion du tissu social.

La proposition de déréglementer  les professions soumises à autorisation ou à quota comme les taxis, les pharmaciens, les notaires, doit être argumentée plus finement et nuancée (raison initiale du quota, par exemple éviter circulation dense en ville, maintenir un niveau élevé de compétence pour un niveau de besoin de population suffisant,...) et la manière de lever les quotas sans trop déstabiliser la profession et les utilisateurs des services devrait être définie (progressivité, rachat des licences au prix actuel pour revente de plus de licences à un prix moindre?...). Combien d'emplois concernés et pour quelle croissance attendue (impact minime à mon avis au regard de la déstabilisation attendue) ?

L'ouverture massive à l'immigration sur des qualifications recherchées (universitaires, santé, bâtiment,hôtellerie) doit être étudiée avec plus de prudence : concernant les qualifications supérieures, cela entraîne une fuite des cerveaux et des cadres dans les pays en développement, notamment en Afrique, qui en ont absolument besoin pour se développer chez eux, afin que ces pays s'en sortent et que la France puisse in fine endiguer l'immigration non souhaitée ; concernant les secteurs ayant des manques de qualification et de main d'oeuvre en France, pourquoi ne pas proposer plutôt d'orienter et de former les chercheurs d'emplois vers ces professions ? De plus l'immigration massive à bas coûts va faire fortement baisser les salaires des personnes employées dans ces professions, comme aux USA, et engendrer des problèmes sociaux d'intégration, de logement, etc.


- les Ecopolis, villes vertes créées de toute pièces, me paraissent une idée surtout médiatique, risquant d'engendrer les mêmes problèmes que les villes nouvelles en grande banlieue. Ne vaut-il pas mieux investir dans des villes actuelles en insérant progressivement dans le tissu social et urbain existant des infrastructures écologiques, des nouvelles énergies, des nouveaux modes d'habitats,... Est-ce que l'avenir est de construire de nouvelles villes vitrines  flambant neuf puis de demander aux habitants des villes anciennes de migrer vers les nouvelles villes ? Irréaliste …

- de nombreux points n'ont pas de rapport la croissance (ou très indirectement, alors il faudrait expliquer) avec : suppression des départements, de la carte scolaire, éducateurs en crèche, ...

- chiffrage du financement et des économies relatifs à chaque  proposition ? Je ne l'ai pas vu dans le rapport (annexe ?). C'est important notamment si certaines mesures ne sont pas retenues et d'autres oui. Il faudrait faire les comptes ... C’est bien d’avoir remis en avant le problème du déficit et de la dette publique, qu’il faut absolument endiguer (baisse du déficit de 1% du PIB par an, soit 20 milliards par an, comme le proposait François Bayrou), mais comment le financer en même temps que les investissements proposés dans l’innovation et l’éducation, la flexsécurité,, les villes Ecopolis, les constructions de logements sociaux, l’évaluation de tous les services publics,… ?
Et rien sur une taxe carbone ?
Et quelle ampleur, quelle différenciation selon les produits et services, et quel impact de la hausse de la CSG et d’une TVA sociale, sur la compensation de la baisse des charges des entreprises et sur le pouvoir d’achat des catégories moins favorisées ?


Bref, discutons, argumentons, justifions, proposons, et … décidons en connaissance de cause et dans le consensus, dans une société réconciliée !

                                                            Marie-Anne Kraft (Saint-Maur-des-Fossés)
                                                                      Citoyenne responsable et constructive
                                                                    ESSEC promo 82, cadre dans la Finance, 
                                                                       
Mère de famille, membre du MoDem

13/01/2008

Lettre ouverte à Jacques Attali sur sa "Brève histoire de l'avenir"

Je viens de lire votre livre avec un grand intérêt, souvent avec une certaine inquiétude, parfois avec un certain amusement et ponctuellement non sans un certain agacement. Il a l’originalité de mixer différents genres littéraires : l’étude socio-économique, la science fiction et le programme politique, de faire se rencontrer mythe et réalité.

 

Je vois en ce livre de nombreux mérites :

 

-         il parle à tout être humain, de son essence et de son devenir, en l’interpellant, en le provoquant, fût-ce par la caricature et parfois la simplification, qui ont des vertus pédagogiques, en le conduisant à réfléchir sur lui-même, son rapport avec autrui, les valeurs essentielles, sur l’humanité,

-         j’ai bien aimé votre rétrospective sur l’histoire depuis l’homme préhistorique, car il faut en effet connaître et comprendre le passé pour mieux appréhender l’avenir et tirer des leçons de l’histoire, sachant qu’il ne faut pas à mon avis en tirer la conclusion que l’histoire répète les mêmes phénomènes, car les peuples gardent une mémoire des évènements, des souffrances et des erreurs, justement pour ne pas toujours les reproduire … J’ai utilisé la même démarche pour une analyse sur les causes des inégalités croissantes parmi les hommes dans un article publié sur mon blog http://mariannerepublique.hautetfort.com/archive/2007/11/24/de-l-origine-des-inegalites-croissantes-parmi-les-homme-rep.html
texte intégral : http://mariannerepublique.hautetfort.com/media/01/00/0716b6c05e7b256f8b42c0063f940a7d.pdf

 

 

-         il permet de prendre du recul sur le monde d’aujourd’hui et de relativiser l’importance que nous accordons aux biens matériels, à la recherche du profit, ainsi que la suprématie ou la supériorité que nous reconnaissons à notre civilisation, nous rappelant, comme Paul Valéry, que »nous savons à présent que les civilisations sont mortelles »,

 

 

-         il fait une analyse à mon avis très juste des points clés des moteurs de la société et des tendances observées et de leur projection dans les 30 ou 50 prochaines années (toutes choses égales par ailleurs), à partir de données factuelles et mesurées (argent, individualisme, défiance, fuite dans la consommation et le divertissement,…) et leurs conséquences (inégalités croissantes, perte du sens et perte de la relation, destruction de l’environnement, …),

 

 

-         il livre à la fin un très bon résumé de données clés, synthétiques, pertinentes, pédagogiques, sur l’état de notre société et de notre économie, en particulier de la France comparée aux autres pays,

 

 

-         enfin, il est facile à lire et divertissant.

 

 

J’y ai retrouvé de multiples données et réflexions déjà lues dans des ouvrages antérieurs, récents ou moins récents, tels que :

 

 

-         les livres de Hubert Reeves (Mal de Terre notamment, paru en 2003) et de Nicolas Hulot (notamment Pour un pacte écologique, paru en 2006),

-         les livres du biologiste Joël de Rosnay (2020-Les scénarios du futur, paru début 2007 et l’Homme symbiotique, paru en 1995),

-         la trilogie de la Fondation d’Isaac Asimov, grande référence de la Science Fiction, paru en 1966, dans laquelle l’auteur imagine le futur de l’humanité. Il commence avec l’effondrement d’un empire galactique qui se décompose. Un savant invente alors une nouvelle science, la psycho histoire, basée sur la loi des grands nombre et le calcul des probabilités qui permet de prévoir l’avenir ou, plus exactement de calculer les probabilités des différents avenirs. Le scénario rappelle au lecteur des phases connues de l’histoire : l’émiettement du pouvoir des empires romains et ottoman, l’ascension de personnes charismatiques comme Alexandre le Grand, Jules César ou Napoléon Bonaparte, les civilisations successivement dominées par la religion (Moyen-Âge), l’armée, l’industrie, … (et maintenant l’empire marchand sous le règne de l’argent, de l’informatique et de la communication). Jusqu’à ce qu’intervienne un personnage, nommé le mulet, qui va tout perturber, enrailler les prédictions…

-         concernant la France et son déclin comme ses atouts, la France qui tombe de Nicolas Baverez et les Bullocrates de Jean-François Kahn, parus en 2006, qui en prend le contre-pied.

-         Sur la domination du capitalisme et du règne du profit et de ses excès, le capitalisme total, de Jean Peyrelevade, paru en 2005 et décrivant l’évolution du capitalisme vers un capitalisme financier et total, régnant sans partage ni contre-pouvoir sur le monde et ses richesses, l’exigence de rentabilité excessive et à court terme des actionnaires polluant la volonté d’entreprendre et se faisant au détriment des projets industriels, économiques et durables.

Aussi aurais-je apprécié que vous eussiez fait référence à ces ouvrages, qui ont probablement alimenté vos réflexions ou celles des personnes qui vous ont aidé à écrire ce livre.

 

Enfin, ce qui me gène ou m’agace, c’est la manière autoritaire avec laquelle vous embarquez le lecteur en obligeant son consentement et son adhésion, par l’emploi sans réserve du futur et l’unicité du scénario proposé. Parfois, la prédiction que vous faites de l’avenir correspond déjà à la réalité du présent, on ne peut donc qu’y adhérer, et vous y glissez subrepticement une prédiction beaucoup plus incertaine qui, noyée dans le reste, passe clandestinement dans le cortège des évidences.

 

Vous semblez convaincu notamment de la future décomposition totale des Etats au profit des entreprises privées, y compris pour les questions régaliennes, de sécurité, de santé, de protection sociale,… La décomposition totale des familles, le nomadisme physique et l’hyper concentration des villes. Vous auriez pu à tout le moins présenter différents scénarios en fonction de différentes hypothèses.

Par exemple, on peut envisager que la conjonction du progrès technologique (Internet, vidéoconférence, traduction automatisée …) et de la nuisance des transports conduise de plus en plus à travailler à domicile ou dans des centres de proximité, permettant une plus grande décentralisation de l’habitat en province et dans les campagnes, de travailler pour des entreprises basées à l’étranger et même utilisant une autre langue.

De même la baisse de la natalité n’est pas irréversible dans les pays riches et sa croissance importante dans les pays pauvres pourrait être endiguée par le recours à la contraception, l’éducation etc.

J’ai aussi trouvé dangereux diplomatiquement et politiquement  la manière dont vous prédisez des guerres entre certains pays et assimilez globalement l’Islam à un groupe hostile à l’occident.

Enfin, après la description apocalyptique, convaincante et irréversible d’un avenir proche (2030) insupportable de stress, d’obsession de la surveillance, de l’autoprotection et de fuite effrénée dans le divertissement, avec la perte des valeurs humaines, familiales, spirituelles, sous l’hyper empire dominé par les Etats-Unis, puis celui de l’hyper conflit planétaire d’une hyper violence, vous laissez espérer l’avènement d’une hyper démocratie (si néanmoins la planète a survécu ainsi que l’espèce humaine), ce qui reste hypothétique dans de telles conditions.

 

 

Puis vous dressez soudain à la fin du livre des pistes de salut, des portes de sortie grâce à une évolution des mentalités, des gens tournés vers le relationnel, ou plus exactement « l’économie relationnelle », développant un commerce équitable ou charitable, de la fraternité, de l’intelligence universelle, démontrant l’évidence que l’altruisme est la source du bonheur et de l’accomplissement de soi, de l’épanouissement, … dans un lyrisme caricatural et peu crédible, pas assez argumenté pour convaincre. Sans expliquer comment cela peut arriver et devenir un système dominant, sans expliquer quel peut en être le moteur. Toutes vos phrases des pages finales p.390 et p.391 commencent par « je veux croire » ou « je veux espérer »… Il faut y croire, c’est tout.

 

 

Enfin, vous opérez un zoom sur la France, sur les arguments attestant son déclin comme sur ceux attestant ses atouts, ce qui est du reste intéressant et peu reluisant pour notre pays, pour terminer sur une liste de propositions qui paraissent très « ras des pâquerettes » comparé à la dimension philosophique et planétaire du livre, traitant de l’essence de l’humanité et des civilisations, même si elle reste en cohérence avec les principes vers lesquels vous avez préalablement conduit le lecteur avec argumentation, démonstration, … et croyance.

 

 

Je suis d’accord sur l’essentiel, avec cependant trois remarques :

 

-         les actions que vous préconisez visent toujours à développer l’empire marchand et à suivre le modèle américain, donc à renforcer l’hyper empire, en ayant toujours pour objectif la croissance du profit, renforcer l’efficacité du marché. Même les entreprises relationnelles sont décrites en terme marchand. Il n’y a rien sur l’éducation, la prise de conscience et la responsabilisation du citoyen, sur la proposition d’une autre manière de donner un sens à sa vie, dans la vie quotidienne citoyenne, sociale et politique.

 

-         les actions permettant de faire naître l’hyper démocratie ne sont pas assez développées (dommage !), elles sont esquissées sur seulement deux pages finales p.420 et 421 en termes vagues : « favoriser la constitution d’entreprises relationnelles », « développer la démocratie participative, en particulier régionale, en employant les technologies de l’ubiquité nomade et de l’hyper surveillance, et organiser des espaces urbains et virtuels pour que s’y rencontrent ceux qui ont envie de se rendre utiles et ceux qui peuvent offrir des occasions de l’être »,…
Or il aurait été intéressant de proposer des actions concrètes telles que des bourses d’échanges relationnelles en bénévolat, incitant chaque citoyen à donner un peu de son temps sur une compétence dont il peut faire bénéficier autrui (soutien scolaire, aide à domicile, conteur d’histoires, cours de jardinage, de couture, de cuisine, discussions philosophiques, atelier artistique, co-voiturage, prêt d’outils, …). On pourrait par exemple au départ, dans la logique marchande, envisager des « points de temps » donnant droit en retour à des services gratuits. A terme ce ne devrait plus être marchand et le plaisir de donner devrait dépasser le désir de recevoir.

 

-          vous ne parlez jamais de la relance par l’offre, pour améliorer la compétitivité des entreprises et favoriser les PME pour développer l’emploi et l’innovation. « La recherche universitaire et industrielle devra se voir attribuer des moyens beaucoup plus importants,… » (p.417), certes mais par qui ? L’état (par augmentation des impôts) ? Le privé (les actionnaires de grandes entreprises ? Une aide aux PME novatrices, par qui et sous quelle forme ?

La majorité des économistes étaient d’accord pour dire que le « Small Business Act » à la française préconisé par François Bayrou lors de la campagne présidentielle pour les PME, était de loin la meilleure proposition pour la croissance, pour une relance par l’offre : avec simplification administrative, protection des jeunes entreprises avec exemption fiscale dégressive, réduction des délais de paiement de leurs clients grandes entreprises ou Etat, accès des PME aux marchés publics (20% du volume des grands marchés et marché < 50 000 euros), ainsi que les deux emplois sans charges (limitées à 10%), qui coûtait moins de 6 milliards d’euros. Sachant que en 15 ans les PME ont créé près de 2 millions d’emplois pendant que les grandes entreprises en supprimaient près de 300 000.

 

Alors pourquoi ne pas en parler ? Pourquoi ne pas proposer cette idée dans la Commission pour la Libération de la Croissance Française, que vous présidez ? C’est pourtant une idée développée avec succès par les Etats-Unis, qui semblent être pour vous un modèle de croissance. Avez-vous aussi proposé d’exempter d'impôts les revenus les brevets déposés par des chercheurs français ou résidant en France (idée également développée par François Bayrou) ?

 

 

N’ayez pas peur de reprendre les idées de Bayrou et même de le remercier pour les avoir justement proposées, c’est cela la vraie ouverture !

En tout cas merci pour ce livre, que je recommande, restant à votre disposition pour en discuter et bien à vous,

 

                                                                Marie-Anne Kraft

                                             http://mariannerepublique.hautetfort.com/

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu