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08/05/2012

La droite buissonnière et l'usurpation du centre

Ces élections présidentielles auront révélé le vrai visage de la droite, de l'UMP et de ses alliés : une droite qui a sacrifié ses valeurs sur l'autel des calculs politiciens, une droite désormais extrême et populiste, qui a préféré "l'école buissonnière" guidée par les sondages et les mauvais sentiments fondés sur la peur, l'ostracisme, la xénophobie. Ou du moins une droite qui a remplacé clairement les valeurs républicaines liberté-égalité-fraternité par les valeurs "travail-identité-frontières", plus proche aussi des valeurs pétainistes "travail-famille-patrie"comme l'a annoncé Nicolas Sarkozy dans ses derniers discours de campagne, désirant changer le modèle social français.

on sent bien ces tensions au sein de la droite, composée de différents courants et cherchant artificiellement à afficher l'union au sein de l'UMP, que Nicolas Sarkozy arrivait à cimenter par la menace, les chantages électoraux, la conviction qu'il fallait privilégier les chances électorales sur tout le reste. Cette union artificielle devrait semble-t-il selon Nicolas Sarkozy s'afficher jusqu'aux élections législatives de juin 2012, au risque sinon de perdre encore plus de sièges de députés du fait des nombreuses triangulaires prévisibles avec la montée du Front national, favorisant ainsi le PS. C'est entre les deux tours de ces élections législatives que la fissure de l'UMP éclatera au grand jour : la partie qui souhaitera l'alliance avec le FN face au PS et l'autre qui ne voudra pas franchir ce pas et préfèrera laisser passer le PS plutôt que faire passer des candidats du FN même contre des désistements FN pour l'UMP.

Voir aussi cet article de Rue89 "UMP : les cinq familles de l’après-sarkozysme". Après la défaite de Nicolas Sarkozy, l’heure est à la recomposition à l’UMP. De la Droite populaire aux « humanistes ».

On remarquera que les "centristes", ou plutôt les pseudo-centristes (Morin, Sauvadet, Lagarde & Co) et les Radicaux (Borloo & Co) n'apparaissent même pas dans le schéma, au profit de Raffarin et Jouanno : "A l’UMP, on ne dit plus « centristes », mais « humanistes ». En octobre, les anciens de l’UDF avaient déjà tenté de se regrouper au sein d’une association, la Droite humaniste. Une initiative soutenue par Jean-François Copé, inquiet du poids pris à l’autre bout de l’UMP par la Droite populaire. Les humanistes n’ont pas apprécié la droitisation de la campagne, mais la plupart ont préféré ne rien dire. Sauf Chantal Jouanno, qui avait osé dénoncer avant le second tour le « mirage douloureux » de la droitisation."

J'ai en effet trouvé cette "droite humaniste et modérée" bien silencieuse ! Hormis Dominique Paillé (radical proche de Borloo) et Dominique de Villepin, qui a pris ses distances avec l'UMP en 2011, qui a osé critiquer la ligne droitière populiste de Nicolas Sarkozy ?

Celui qui l'a fait de la manière la plus courageuse et la plus claire, c'est François Bayrou, qui a eu droit à un hommage appuyé de Nicolas Demorand dans Libération : "Ces mots de François Bayrou, l’un des hommes politiques les plus populaires de France, ayant jadis gouverné à droite, resteront comme ceux d’un homme d’honneur. Et d’un homme d’Etat. Combien de ses amis, qui pensent exactement la même chose, auraient dû les prononcer mais se taisent, alors qu’ils assistent depuis le premier tour à la radicalisation extrême de la droite de gouvernement ? "

Ceux qui se taisent à droite, les soi-disant gaullistes, républicains, sociaux ou humanistes, voire "centristes", devraient avoir honte de leur silence. Ils sont ces âmes habituées que Péguy jugeait pires que les âmes perverses :

Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite. Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise âme et même de se faire une mauvaise âme. C'est d'avoir une âme toute faite. Il y a quelque chose de pire que d'avoir une âme même perverse. C'est d'avoir une âme habituée. "

Dans une séquence vidéo datant de 2009, François Bayrou parlait de Sarkozy, de Hollande, de ces anciens "amis centristes", de sa vision de l'échéance 2012 et du temps de l'alternance. Il avait déjà tout dit ! C'est impressionnant.

 

 

 

 

 

François Bayrou disait en 2009 que ses anciens amis centristes seraient probablement les derniers à le rejoindre dans cette démarche de rassemblement central pour une alternance. Il n'avait sans doute pas tort. En témoigne cette déclaration de François Sauvadet :  "Je trouve que c'est du foutage de gueule", avait dit l'élu bourguignon. "Franchement, laisser les électeurs comme ça en déshérence, en leur disant choisissez qui vous voudrez, moi je choisis François Hollande en rupture totale avec ses convictions, franchement, je trouve ça pas bien." Pierre Méhaignerie, ancien garde des Sceaux, confirme que la rupture avec Bayrou est consommée : "François Hollande n'a pas dit la vérité au pays, n'a pas abordé les problèmes de fond et se trompe sur les questions de la compétitivité et de l'endettement. C'est quand même aussi lourd et même plus lourd que le reste". Par cette phrase, il avoue que les questions techniques de programme sur le retour à l'équilibre budgétaire priment sur les valeurs !

Or, ce qui a fait d'abord l'identité des centristes, depuis les démocrates chrétiens, le MRP (mouvement de centre-gauche  inspiré par les catholiques de gauche ou sociaux avec Marc Sangnier puis Emmanuel Mounier), ce sont les valeurs, la primauté des valeurs sur les questions politiciennes et techniques.

Quelles sont les valeurs  du centrisme ?  Comme le décrit ce site lecentrisme.com , ses principales valeurs sont la Liberté, le Respect, la Solidarité et la Tolérance. Son principe d’action politique est le Juste Equilibre. Sa règle comportementale est la responsabilité. Les valeurs de  la République "liberté, égalité et fraternité" et de la Démocratie, que Marc Sangnier définissait comme "l'organisation sociale qui porte à son maximum la conscience et la responsabilité des citoyens", un comportement humaniste qui fait primer  l'humain sur l'argent et sur l'Etat.

Ainsi, ceux qui se proclament encore "centristes" dans cette droite devenue extrême et populiste, usurpent l'identité du centre, car ne sont plus centristes. Comme la "gauche moderne" de Jean-Marie Bockel avait usurpé l'identité de gauche au sein de l'UMP. Comme la "droite populaire" usurpe le mot "populaire" et devrait plutôt s'appeler la droite "populiste". Si  la droite républicaine et gaulliste veut retrouver ses lettres de noblesse, elle devra se distinguer de cette droite buissonnière, populiste, rance, à l'opposé de ses valeurs.

Il est vrai qu'il est toujours délicat de parler de "valeurs", comme je le disais dans un précédent billet intitulé "La campagne présidentielle se fera-t-elle sur les valeurs ?", il faut s’interroger sur un clivage politique marqué par « les valeurs » :

"Les prétendues valeurs républicaines ne sont-elles pas elles-mêmes relatives ou à nuancer et n’est-ce pas plutôt dans l’orientation et l’interprétation que l’on donne à ces valeurs, dans leur équilibre entre elles, que l’on doit trouver le « bien commun » ?

En effet, la liberté, source de l’émancipation de l’homme, peut aussi vouloir dire » individualisme, égoïsme, primauté de soi sur l’autre, dérégulation nuisible sur le plan du commerce, d’un libre-échange incontrôlé.

De même que l’égalité, entendu comme garantie de l’égalité des chances, reconnaissance égale de la dignité de l’homme, qu’il soit fort ou faible, dans ses potentialités, peut aussi nier l’altérité à la source de la personnalité humaine, voire la notion de mérite et d’effort.

Quant à la fraternité, base de l’altruisme, de la reconnaissance de l’autre comme un frère par sentiment d’appartenance à une famille de destin, d’une communauté humaine, fondement de la solidarité entre les hommes, peut aussi a contrario signifier communautarisme, solidarité forcée ou organisée, qui peut remplacer le lien social en remplaçant la relation humaine par une forme matérielle de solidarité, par une relation au système.

On peut donc se proclamer républicain, qu’on soit de gauche, du centre ou de droite, adhérer aux mêmes valeurs proclamées, mais avec un dosage ou des priorités différentes …

Nicolas Sarkozy, dans son entretien au Figaro, avait lui-même annoncé son intention de battre campagne sur les valeurs, en vantant «  le travail, la responsabilité, l'autorité, ». En soi, ces valeurs prônées par la droite ne sont pas antagonistes avec l’humanisme prôné par François Bayrou. Ce sont plutôt les valeurs sous-jacentes, non exprimées explicitement par Nicolas Sarkozy mais implicites dans ces déclarations, que réfute François Bayrou.

D’ailleurs, François Bayrou a réagi contre les propos de Claude Guéant sur la prétendue supériorité des civilisations, à la fois en relativisant cette affirmation, rappelant que notre civilisation occidentale a généré le colonialisme, le fascisme, le matérialisme, l'individualisme, et surtout ressenti que cette affirmation avait une intention malveillante, s'attaquant indirectement mais avec évidence à l'islam et aux cultures arabes, visant à opposer les Français les uns contre les autres.

Entre les valeurs proclamées et pas forcément respectées d’un côté, et les valeurs sous-jacentes révélées par les actes ou des sous-entendus et non exprimées de l’autre, il peut y avoir un espace immense, un précipice dans lequel tombent les citoyens peu vigilants, où prospèrent la haine et le ressentiment en même temps que la bonne conscience … Cocktail explosif !"

Si on y réfléchit bien, les valeurs nous rassemblent plus que les questions techniques de programme. Ce clivage paraît bien plus lourd que celui du retour à l'équilibre budgétaire et la compétitivité des entreprises. D'ailleurs, François Bayrou, Nicolas Sarkozy et François Hollande visaient tous un retrour à l'équilibre, Bayrou en 2015 (avec des hypothèses de croissance plus réalistes) en jouant pour moitié sur les recettes fiscales et pour moitié sur les dépenses publiques en les gelant, Sarkozy en 2016 avec plus de réduction de dépenses publiques sans augmenter les impôts, Hollande en 2017 en acceptant une hausse de 1% des dépenses publiques et en augmentant les impôts. C'est finalement bien dérisoire au regard des valeurs ...

Peut-on sérieusement encore parler de "droite" en mettant dans une même famille des clans qui ont des valeurs différentes et qui ont une vision opposée du modèle de société, l'un européen et prétendument républicain et humaniste, l'autre anti-européen et xénophobe ?

L'heure de vérité a sonné et les masques doivent tomber. Laissons à la droite cette deuxième vision, celle que Sarkozy a défendue dans sa campagne, et construisons ce "vrai centre" cher à François Bayrou, ou bien ce repère euclidien droite, centre, gauche, ne signifie plus rien.

22/12/2010

Rapport Odissée sur l’état social de la France : le lien social est un facteur de performance.

L’association Odissée vient de publier le rapport sur «l’état social de la France», (voir  cet article de LaCroix ).

Il est maintenant possible de commander le rapport intégral sur le site de La Documentation Française (27 euros).

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Ce rapport montre qu’il n’y a pas de véritable performance économique sans cohésion sociale.


 

En résumé :

- En matière de performance globale – économique et sociale-, la France ne se classe qu’au 8e rang des 27 pays européens ;

- On peut avoir un fort niveau de protection sociale et un faible niveau de lien social, ce qui est le cas de la France (ce qui ne m’étonne pas car il peut y avoir déresponsabilisation par délégation du social à l'Etat, renforçant le comportement individualiste) ; » L’État impulse tout et il y a une démission du citoyen ».

- la situation est très contrastée selon les territoires, les régions de France. Par ex l'Ile de France est au 1er rand en terme de performance et 20ème en termes de lien social. Explications intéressantes et comparaison avec les régions qui réussissent le mieux (Pays de Loire, Bretagne, Midi-Pyrénées, Alsace, Rhône-Alpes).

Enfin, cette étude est une véritable leçon de politique : alors que la droite priorise la performance économique et la gauche la solidarité, le lien social, le vivre-ensemble, selon un clivage libéralisme/socialisme, cette étude révèle que les deux sont très liés. La conscience et la responsabilité citoyenne et la valorisation de l’être et de la relation humaine, plutôt que celle de l’avoir et du paraître, sont essentielles pour arriver à des efforts communs et à un consensus priorisant l’intérêt général, redonner l’impulsion à la création, à l’inspiration, que ce soit dans le domaine de la recherche, de l’entreprise, des arts et de la culture. Pour y arriver, il faut repenser « le sens de notre société », de notre vivre-ensemble », en partant des valeurs. Le délégué général de l’association, Jean-François Chantaraud nous propose d’inventer la « sémiocratie », allant au-delà de la démocratie. « Il faut organiser une circulation et une mutualisation de l’information afin que chaque idée, chaque expérience, chaque savoir-faire et chaque énergie trouve la place qu’il mérite au profit de tous ». « Apprendre à bâtir des raisonnement collectifs dans lesquels chacun de reconnaît ».

Cette nouvelle forme de penser la société, de réfléchir ensemble pour construire un projet de société au service de l’homme, du développement humain, cela s’appelle l’humanisme. Cette troisième voie, différente du libéralisme incarné par la droite, fondé sur l’argent, le profit, et aussi différente du socialisme, incarné par la gauche, dont l’Etat a un rôle central tout en ciblant l’égalité. C’est cet humanisme qui caractérise le projet de société du centre, sortant de l’habituel clivage droite/gauche. Un centre qu’il ne faut pas voir superficiellement comme un ectoplasme volatil supplétif de la droite ou de la gauche, mais plus profondément sur les valeurs qu’il incarne et le nouveau projet qu’il propose. A condition d’être indépendant, de bien marquer sa différence et d’exprimer son projet, à condition d’être écouté plutôt que l’objet de dénigrement et de moqueries des médias, oui ce centre là peut devenir un socle offrant une alternative crédible et redonnant l’espoir.

Quelques extraits ci-dessous, repris des articles du journal LaCroix, en référence :

http://www.intelligencesociale.org/ressources/documents/2...
http://www.intelligencesociale.org/ressources/documents/2...
http://odissee.info/ressources/documents/20101220_LaCroix...

 

Ce rapport montre à quel point la cohésion sociale est le meilleur instrument de la performance économique. Le savoir-faire se nourrit du savoir-être ensemble. La bonne gouvernance (c’est le mot à la mode) a besoin de confiance, de participation, de subsidiarité… Une organisation du pouvoir trop centralisée est un frein aux initiatives. La négociation est indispensable.

Dans la comparaison européenne, la France, 8e, « Une position moyenne » occupée également par le Royaume- Uni et l’Allemagne, bien derrière les pays scandinaves, a encore des progrès à faire dans beaucoup de domaines. Au 12e rang seulement pour la performance économique, elle ne brille pas non plus par ses résultats en matière de lien social puisqu’elle n’occupe que la 8e place derrière, sans surprise, les pays scandinaves mais, plus étonnant, après également le Royaume-Uni ou l’Irlande.

Le résultat est sans appel : les pays les plus performants sont aussi ceux qui ont les meilleurs résultats sur le plan de la cohésion sociale. Et de ce point de vue, ce sont les pays du nord de l’Europe (Suède, Finlande, Danemark) qui arrivent en tête du palmarès, avec les Pays-Bas et l’Autriche. Des pays qui ont pour trait commun d’avoir un système de gouvernance reposant sur une démocratie sociale et locale très développée.

Dans les pays nordiques, elle se traduit par « un contrat social fondé sur un impôt élevé et des mécanismes de redistribution sociale nombreux », et aux Pays-Bas, par une tradition « toujours actuelle de participation élevée des partenaires sociaux dans la vie économique et sociale », remarque le rapport. « Il est intéressant de noter que les cinq pays qui arrivent en tête sont aussi ceux qui arrivent en première position pour le taux d’emploi des femmes ou les dépenses d’assistance aux personnes âgées. Ce sont des démocraties où l’on parvient à construire un consensus sur des enjeux sociétaux », commente l’un des auteurs. À l’inverse, la Grèce, où le lien au collectif est très distendu, se retrouve dans le bas du classement.

Quant à la France, elle bénéficie d’amortisseurs dans les périodes de crise et rebondit moins vite ensuite sur le plan économique. Le délégué général de l’association, Jean-François Chantaraud, explique que les conditions du débat y sont insuffisamment réunies, l’État impulse tout et il y a une démission du citoyen. La preuve, nous avons fait la réforme des retraites en six mois alors qu’en Finlande, ils ont mis quinze ans pour y parvenir. »

La situation est cependant contrastée selon les territoires. Le palmarès des 22 régions françaises place en tête les Pays de la Loire, la Bretagne et Midi-Pyrénées. Avec une exception, l’Île-de-France. Au 1er rang en termes de performance, elle ne se classe qu’au 20e rang en termes de lien social, infirmant ainsi la règle qui veut que les deux aillent de pair. Une position « atypique » qui s’explique pour des raisons historiques de centralisme et de concentration de tous les pouvoirs. Super-performante, la région parisienne est aussi celle où le lien social est le plus altéré, compte tenu de l’anonymat généré par la forte concentration urbaine, des durées de transports ou de la délinquance. Si l’on exclut ce cas particulier, les régions qui réussissent le mieux sont aussi celles où l’on vit le mieux. Elles se situent sur un axe centre-ouest – avec les Pays de la Loire, la Bretagne, Midi-Pyrénées, Limousin – et à l’extrême est du pays (Alsace, Rhône-Alpes). Des territoires qui ont en commun d’entretenir une relative indépendance à l’égard du pouvoir central. La recette résiderait là encore dans le mode de gouvernance. « Ce sont ceux où l’information circule facilement, où le débat public est le plus dynamique et où chacun s’implique plus qu’ailleurs dans la construction du collectif », analyse le rapport.

À cet égard, les Pays de la Loire sont l’exemple le plus probant. Dans cette région de tradition catholique, la culture de l’entraide et de la solidarité est très forte – c’est là que sont nées les mutuelles – et le territoire s’est développé de manière équilibrée autour de pôles urbains complémentaires dont aucun ne domine l’autre. Résultat : c’est une des régions où l’on trouve le plus de bacheliers, où il y a le plus faible taux de chômage, le moins de conflits du travail et d’arrêt-maladie, et où l’on vote le plus…

 

 

24/11/2010

Lactualité démontre que François Bayrou avait raison sur tout

L’actualité démontre que FRANCOIS BAYROU AVAIT RAISON SUR TOUT :

- l’insignifiance d’un centre inféodé, proclamée par François Bayrou depuis la création de l’UMP en 2002, indépendance qu'il a payé cher et avec courage mais qui lui donne raison et dont il récoltera maintenant les fruits, car c’est LE SEUL a pouvoir représenter maintenant ce centre indépendant,

- LES ABUS DE POUVOIR du "régime sarkozyste", que F.Bayrou a dénoncés le premier, avant le PS et bien mieux que le PS, et qui éclatent au grand jour, L'affaire Tapie, l'affaire Jean Sarkozy, ... et maintenant l'affaire Woerth-Bettencourt et l'affaire Karachi et des rétrocommissions en sont des exemples emblématiques,

- Le problème crucial du déficit, de la dette publique, qui nous plombaient déjà avant la crise et risquent de nous entraîner vers la faillite, comme la Grèce, l’Irlande, ...

- le délitement de notre modèle social et de notre pacte républicain, le dysfonctionnement du modèle capitaliste dérégulé dans la mondialisation, générateur d’inégalités croissantes, le pouvoir destructeur de l’argent roi, du règne de la cupidité et de l’individualisme, du pouvoir des puissances financières qui ont la main sur les Etats et les médias, médias ...

- la dénonciation d’une idéologie qui cherche à aligner notre modèle sur le modèle anglo-saxon et qui justifie, voire prône les inégalités croissantes.

F.Bayrou avait déjà pointé ces problèmes avant la crise financière. Il était très visionnaire. Il mérite d'être plus écouté par les Français.

Comme il le disait au micro d'Europe1 ce matin, il ne votera pas la confiance au gouvernement Fillon à l'Assemblée cet après-midi, car il estime que la politique du gouvernement n'est pas la bonne, qu'il s'agisse de l'emploi, de l'éducation, de la fiscalité et du déficit, ... bien qu'il ait personnellement de l'estime pour l'homme François Fillon.


“Purger les affaires“ Karachi et Bettencourt
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04/06/2010

Message de François Bayrou aux adhérents du Mouvement Démocrate

Dans la lettre suivante, François Bayrou clarifie trois points : la rumeur déclenchée sur son soi-disant "recentrage à droite", qui est de l'intoxication médiatique, sa position sur les grands sujets du moment notamment sur les retraites, enfin  la position et la mission du "centre" dans le paysage politique français.

 

Paris, le 4 juin 2010

 

Chers amis,

Depuis quelques jours, on entend un certain nombre de commentaires sûrement très bien intentionnés prétendant que nous préparerions un « changement de ligne », un infléchissement de notre action en direction de l'actuelle majorité, en forme de « retour ».

Cela mérite une mise au point claire et nette pour éviter rumeurs et intoxications.

Nicolas Sarkozy m'a invité à le rencontrer en privé au mois d'avril. Lorsque le président de la République m'invite, hier François Mitterrand ou Jacques Chirac, aujourd'hui Nicolas Sarkozy, je considère comme normal d'accepter cette rencontre. Je fais de même lorsqu'il s'agit du Premier ministre ou des leaders de l'opposition de gauche. La situation de notre pays est suffisamment grave pour que les responsables conscients des difficultés (ils ne sont pas si nombreux) acceptent d'échanger leurs points de vue, y compris de manière informelle et en toute liberté.

Cela s'impose d'autant plus dans les jours de crise que nous traversons. Devant ces difficultés, que j'avais prédites depuis longtemps, personne ne peut affirmer qu'il a la solution. Tout le monde cherche, tout le monde sait (ou devrait savoir) que nous allons vers des temps difficiles, et dans les temps difficiles il n'est pas inutile de réfléchir ensemble. Nous sommes en désaccord, parfois violent, c'est normal, c'est la démocratie, mais nous ne sommes pas en guerre civile. C'est le point de vue que j'ai toujours défendu et que je défends d'autant plus aujourd'hui.

Parler entre responsables, sans concessions et sans compromissions, pour moi, pour nous, c'est le b-a ba d'une démocratie de citoyens adultes. Je vous le dis clairement, je continuerai de le proposer, et de le mettre en pratique.

À ce titre, je revendique avec fierté que nous ayons ces derniers mois tendu la main à une partie de la gauche, social-démocrate, en espérant qu'elle oserait un jour affirmer son identité. Pour l'instant, cela n'a pas été le cas, mais nous avons eu raison de tendre la main et nous devons continuer à le faire !

Il n'y a pas de démocratie sans confrontation des idées et sans dialogue. Et la crise fait du dialogue une obligation.

Cette rencontre avec le président de la République a eu lieu au moment où trois dossiers étaient ouverts par le gouvernement : la burqa, les retraites, et les collectivités territoriales.

Sur la burqa, sujet épineux, mis en scène d'abord (ne soyons pas dupes) pour des raisons électorales, mais qui trouble beaucoup de Français, particulièrement de femmes, j'ai indiqué que le texte du gouvernement qui dit seulement qu'en France « nul ne doit dissimuler son visage dans l'espace public » me paraissait raisonnable. Si ce texte ne change pas, je le voterai. C'est aussi le sentiment de notre ami Abdoulatifou Aly, député de Mayotte, seul député musulman de notre Assemblée nationale. Nous sommes ainsi fidèles à notre ligne de conduite : quand une décision nous paraît acceptable, nous votons oui ; si elle ne l'est pas, nous votons non.

Sur les retraites, question très lourde (trente milliards d'euros de déficit cette année), j'ai indiqué qu'une réforme était indispensable. Certains disent que la réforme peut être évitée ! Pour moi, cette position est irresponsable. Donc, si la réforme proposée est raisonnable, je la soutiendrai. Dans le cas contraire, je ne l'approuverai pas.

Des financements nouveaux doivent être trouvés et mettre à contribution des revenus, notamment du capital, qui jusqu'à maintenant échappaient à la solidarité.

Il faut augmenter le nombre d'actifs par rapport au nombre des retraités pour que la charge soit supportable. Cela ne pourra se faire que par une politique qui permette de créer davantage d'emplois en France, par une reconquête de productions nouvelles ou de productions que nous avons laissé s'en aller. Personne n'en parle et c'est pourtant là la clé, la seule clé du problème des retraites, comme c'est la seule clé du pouvoir d'achat, ou de l'intégration par exemple.

Il demeure qu'il faudra travailler plus longtemps ! C'est le courage de le dire.

Comment y parvenir ? Faut-il faire glisser l'âge légal, progressivement, au-delà de 60 ans ? Pour moi, comme pour Dominique Strauss-Kahn, cet âge n'est pas tabou. À condition que soit traitée la question de la pénibilité de certains métiers, ce qui pour l'instant n'est pas fait.

Faut-il augmenter le nombre d'années de cotisations ? Cette solution qui a la faveur du PS et de certains syndicats n'est pas interdite non plus. Mais cela signifie que pour tous ceux qui ont fait ou feront des études, la retraite serait reportée bien au-delà de 65 ans. Les deux solutions ont leurs inconvénients : peut-être faut-il combiner les deux ? Nous en débattrons d'ici au 26 juin, date à laquelle le Conseil national arrêtera nos propositions. En attendant le débat dans nos rangs est ouvert à partir d'une note d'orientation que vous avez reçue il y a quelques semaines (cliquez ici).

En tout cas, je suis décidé à défendre le seuil (aujourd'hui fixé à 65 ans) où on peut faire valoir ses droits à la retraite sans décote même si l'on n'a pas le nombre de trimestres exigé. Ce « filet de sécurité » est très important, par exemple pour les femmes qui ont repris le travail après avoir élevé des enfants, ou pour ceux qui ont connu la « galère » du chômage, ou pour ceux qui ont travaillé à l'étranger, par exemple.

Il faudra enfin penser la vraie réforme, je devrais dire la vraie refondation des retraites, celle qui assurera l'équilibre sur le long terme et permettra à chacun d'adapter librement sa retraite aux conditions particulières de chaque vie professionnelle ou familiale. Pour nous, nous plaidons depuis dix ans pour un système de retraite à points, ou de comptes personnels, où chacun sait, à tout moment, où il en est. C'est le seul moyen, sur le long terme, d'assurer l'avenir de la retraite par répartition. J'ai été heureux de noter sur ce sujet des prises de position nouvelles, par exemple les déclarations de la CFDT. J'ai demandé au gouvernement de faire de cette réflexion sur une réforme à long terme, par exemple à l'horizon 2020 ou 2025, un chapitre important de sa proposition.

En tout cas, il n'existe pour moi aucune possibilité responsable et juste de ne pas faire de réforme. Il suffit, dans les rues de nos villes ou villages, de compter les retraités, de plus en plus nombreux, et les actifs, de plus en plus rares, pour voir que nous allons dans le mur. Et aller dans le mur, cela signifie, comme en Grèce, en Espagne ou au Portugal baisser brutalement les retraites de 10 % ou de 15 %. Cela, je ne l'accepte pas et je ne serai pas complice d'une telle lâcheté.

Enfin sur les collectivités locales, j'ai combattu à la tribune de l'Assemblée nationale, et je continuerai à combattre le projet du gouvernement de faire élire les futurs conseillers territoriaux à l'actuel scrutin cantonal, ce qui serait la consécration du bipartisme, un recul de l'idée régionale, une renoncement insupportable à la parité et au pluralisme. Selon moi, une telle loi serait inconstitutionnelle et définitivement inopportune (lire intervention).

Savoir approuver quand une décision va dans le bon sens, combattre les décisions injustes, cela a toujours été notre ligne de conduite. J'en suis fier et je le revendique.

Cela signifie-t-il une quelconque connivence avec le pouvoir actuel ? Je vois bien la manœuvre qui tente de le faire croire. Mais ceux qui conduisent cette intoxication se mettent le doigt dans l'oeil et il convient, charitablement, de les détromper...

J'ai, depuis le premier jour, mis en garde contre les risques que faisait courir la politique de Nicolas Sarkozy.

Cela n'a rien à voir avec une mésentente personnelle. Je ne dis pas qu'il n'a aucune qualité, d'énergie par exemple. Je ne lui fais pas porter des responsabilités qui ne sont pas les siennes : je sais bien qu'il n'est pas directement responsable de la crise, même si cette crise est celle du capitalisme qu'il défendait.

Mais mon jugement n'a pas changé : les orientations de Nicolas Sarkozy ont porté atteinte à des principes pour nous essentiels.

La justice fiscale a été niée par le « bouclier fiscal ». Les déficits ont explosé, et pas seulement à cause de la relance. L'éducation est maltraitée, sans vision, et dans une approche uniquement comptable. L'indépendance des médias est mise à mal par la nomination directe des responsables de l'audiovisuel public. Le mélange des affaires privées et des affaires publiques a été une réalité de tous les jours. La séparation des pouvoirs est malmenée. Le président porte atteinte à la fonction qu'il exerce en se présentant constamment comme chef de parti.

Tout cela, je l'ai dit, directement, à Nicolas Sarkozy chaque fois que je l'ai rencontré. Et pour que nul n'ignore quel est mon jugement sur ces graves erreurs, j'ai écrit un livre « Abus de pouvoir » qui n'était ni un pamphlet, ni un mouvement d'humeur, mais un diagnostic et une défense des principes démocratiques et du modèle républicain français.

Nous avons combattu sans relâche ces choix qui ont aggravé la situation de notre pays ou l'ont empêché d'avancer. Ce combat, pour moi, n'a pas cessé et ne cessera pas.

J'observe d'ailleurs que ce diagnostic, que nous avons formulé depuis trois années, et souvent seuls, est aujourd'hui largement partagé.

Tout cela peut-il être corrigé ? Si c'était le cas, tant mieux. Mais cela me paraît, à tout le moins, résolument improbable.

Restent les débats sur le « centre », auquel désormais on semble trouver tant de charmes et de vertus.

Pour moi, les choses sont limpides : un centre indépendant est vital pour la démocratie française. Ce courant politique est un des piliers de la vie publique. Il est le garant du pluralisme nécessaire puisqu'il empêche le simplisme de la bipolarisation droite/gauche. Il conjugue la démocratie avec la République. Il refuse que la guerre des deux camps soit le seul horizon de notre vie publique. Il se bat contre le monopole du pouvoir attribué à qui que ce soit. Il veut à la fois la justice sociale et une économie inventive et créative, c'est-à-dire libre. Il considère que l'éducation est la pierre de fondation de tout progrès humain. Il défend notre patrimoine naturel comme un bien commun et prend au plein sens du terme l'association des deux mots « développement » « durable ». Il pose comme principe que l'économie financière ne doit pas gouverner le monde et doit être régulée. Et il sait qu'un tel projet de société ne se défend pas si l'Europe n'est pas forte, unie et libre. Ce projet politique est en confrontation, et souvent en opposition avec les idéologies portées aujourd'hui par l'UMP et par le PS. Il ne peut donc accepter de se laisser satelliser par aucun des deux partis actuellement dominants.

Il peut chercher et trouver des compromis, mais il refuse les compromissions. Il est ouvert, mais il est intègre. Et il ne doit accepter aucune concession, ni sur l'ouverture, ni sur l'intégrité.

C'est pourquoi l'article premier de tout acte d'existence du centre, c'est l'indépendance. Je ne ferai sur ce point central aucune concession à qui que ce soit.

La faiblesse actuelle de ce courant politique vient de sa division et, pour certains, de sa soumission. Division et soumission, ce sont les deux causes de sa faiblesse électorale actuelle. Je ne ménagerai pas mes forces pour qu'il se rassemble, et pour qu'il se redresse.

En tout cas, sa mission est de préparer et d'offrir une alternative réaliste, crédible à la politique qui a été suivie depuis trois ans.

C'est parce que je crois à la force et à l'avenir de cette famille politique que j'ai été, je suis, et je serai intransigeant sur le respect de ses principes. Cela demande courage et caractère ? Tant mieux ! C'est ainsi que se forgent et s'éprouvent les vraies aventures humaines.

Je vous prie de croire à mon amitié.

François BAYROU

 
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