Avertir le modérateur

23/10/2011

Il y a tout ce qu'on dit sur les banques. Et puis il y a la vérité.

Tel est le titre d'une communication de la FBF (Fédération des Banques Françaises), qui vise à contredire les accusations tant entendues jetant l'opprobre sur les banques, à savoir :

- "Les banques ne font plus leur travail de financement à l'économie",

- "L'argent des Français est joué sur les marchés financiers",

- "Les banques vont demander à être recapitalisées",

- "Les banques françaises ont spéculé sur la dette grecque".

 

 

Communication FBF 19 octobre 2011


 

L'an dernier en décembre 2010, afin de réagir aux accusations dont les banques faisaient l'objet, la FBF avait déjà publié une plaquette intitulée « Parlons clair » pour donner des chiffres concernant notamment les aides de l’Etat français aux banques et sur les financements des banques françaises à l’économie. J'avais publié un article à ce sujet "La vérité sur le banques et la crise", pédagogique, expliquant la formation du profit et des risques bancaires et discernant les responsabilités et expliquant les vraies causes de la crise.

 

Affiche des chômeurs rebellesCertes, on peut dénoncer un système centré sur l'argent, sur le profit, déplorer les dérives d'un néolibéralisme dans la mondialisation sans garde-fous, s'accommodant des paradis fiscaux, s'indigner des rémunérations indécentes des dirigeants (y compris ceux qui ont mis leur banque sur la paille !) et des traders. Mais je pense que la dénonciation générale du "libre-échange", de la "mondialisation", de "l'Europe", de l'Euro", des "banques", des "marchés», des "agences de notations" ou encore de "La Chine" ou de "l'immigré" pour livrer des coupables et faire croire qu'on peut sortir comme ça du système, est une attitude populiste, démagogique et irresponsable. Ce langage est un leurre et nous détourne des vrais problèmes. La sortie de l'Euro serait dramatique, coûterait très cher au pays et le mènerait directement à la faillite (la charge financière de la dette, de 3% du PIB, doublerait instantanément par l'effet de hausse des taux d'intérêt, l'encours passé de notre dette resterait libellé en euro donc renchéri). La tentation protectionniste d'appliquer des droits de douane à l'importation, même aux frontières de l'Europe, à l'égard de la Chine notamment, conduirait immédiatement à des mesures de rétorsion sur nos exportations (1 emploi sur 4 dépend des exportations en France) et renchérirait le prix de quantités de produits de base, textiles, électroniques etc. au détriment du pouvoir d'achat des classes moyennes et modestes. Nos pertes d'emplois industriels des trente dernières années ne sont expliquées que pour 13% par des délocalisations (dont une partie en UE) et d'autres pays de l'UE s'en sortent bien, comme l'Allemagne et les pays nordiques, ont une balance commerciale excédentaire.

 

Il faut donc arrêter d'affirmer des choses fausses de manière péremptoire, cesser d'employer un langage trompeur et accusatoire, en finir avec la politique de séduction, de mensonge, qui joue sur les peurs et l’inquiétude des Français en leur livrant de fausses solutions !

 

Bien sûr il faut lutter contre les dérives, contre la spéculation, et oeuvrer pour un monde plus juste et mieux gouverné, mieux régulé, au niveau européen et mondial, qui mette sur le même plan l'économie, le social et l'écologie. Mais cela ne dépend pas que de la France et prendra plusieurs années. Le projet présidentiel pour la France mérite plus que de la dénonciation et des voeux pieux : un véritable plan d'attaque pour redresser les finances publiques, une réforme fiscale et surtout une politique de ré industrialisation du pays, ainsi qu'une remise à niveau de l'éducation, sans oublier la justice fiscale et sociale ainsi qu'une véritable démocratie qui doivent redonner confiance aux citoyens, sans laquelle les efforts ne seront pas possibles.

Cette approche est celle de François Bayrou, de François Hollande (s'il ne doit pas trop céder à la pression dépensière de ses alliés à gauche), d'une partie de EE-Les Verts et de plus en plus nombreux aussi à droite qui ont pris conscience des dérives du sarkozysme. C'est pourquoi il devient urgent de penser une nouvelle majorité centrale pour le redressement du pays.

 

Quelques chiffres pour rappel :

La dette publique française s'élève à 1700 Mds € : 80% du PIB, plus de 28 000 € par habitant, ou encore 57 000 € par habitant de foyers fiscaux payant l'impôt sur le revenu (IR) ce qui donne une idée de l'effort citoyen s'il fallait la rembourser avec nos revenu, notre patrimoine. L'IR s'élève à 50 Mds €, il faudrait donc payer 1700/50 soit 34 fois ce que nous payons actuellement au titre de l'IR pour rembourser la dette publique du pays, qui est théoriquement une avance sur nos impôts, sur les impôts de nos enfants.

Il serait aussi intéressant de faire la part entre la partie de dette publique qui a financé des dépenses de fonctionnement courant (salaire des fonctionnaires, déficits sociaux de retraite et de sécurité sociale,...) et des gabegies (Crédit Lyonnais 16 Mds, amende des Frégates de Taiwan 700 millions, affaire Tapie 280 millions en net,...) et la partie ayant financé des investissements (construction d'hôpital, de routes et d'université, ...) qui profiteront aux générations futures, dont il est légitime que leur impôt en finance le remboursement. En mettant à part les dépenses de recherche et d'éducation, qui sont un investissement d'avenir. Malheureusement la comptabilité publique ne fait pas ce décompte (une idée de réforme !) et pour l'évaluer, il faudrait analyser tous les déficits publics cumulés face aux catégories de dépenses pour reconstituer ces chiffres (qui est volontaire ?).

A cette dette publique, il faudrait théoriquement ajouter l'engagement de l'Etat à payer les retraites de ses fonctionnaires, comme doivent le provisionner les entreprises lorsqu'elles ont des engagements de ce type. Le rapport Pébereau le recommandait en 2005. Cette dette est de presque 1000 milliards d'euros, ce qui porterait la dette publique à 127% ! D'ailleurs, les pays anglo-saxons, Etats-Unis et Grande Bretagne, dans la logique de retraite par capitalisation, comprennent cet engagement en incluant dans leur dette la valeur du fonds d'investissement qui sert à rémunérer les retraites des fonctionnaires. La dette des Etat-Unis, évaluée à 100% du PIB, est donc moins élevée que la nôtre sur cette base commune de comparaison.

Si l'Etat devait liquider tout son patrimoine (évalué environ à 500 Mds €), le privatiser, pour rembourser sa dette, il ne couvrirait que à peine 30% de cette dette (en droit privé il serait déclaré en faillite !).

Comparée à un encours des prêts bancaires à l'économie de 1900 Mds €, les dépôts bancaires s'élevant à 1530 Mds et finançant à 80% les crédits bancaires. En tout, la dette privée de la France s'élève à 130% du PIB, dont 90% du PIB en crédits bancaires et 40% sous forme obligataire. La dette totale publique+privée =130+80 = 210% du PIB.

22/10/2011

L'emballement des dettes d'Etat et du système bancaire : de la fausse monnaie !

Je vous recommande un excellent article de Mediapart, signé de Martine Orange et Ludovic Lamant,qui résume très bien les positions, mieux encore que la presse financière La Tribune, Agefi etc.

Il démontre aussi combien Nicolas Sarkozy méprise ses députés, n'ayant pas engagé de débat parlementaire sur les choix structurants qui appellent des décisions cruciales pour notre pays. Il méprise aussi les citoyens, ayant manqué à son devoir d'information et de pédagogie. Il aurait dû s'adresser aux Français publiquement pour leur expliquer la situation. 

Si on récapitule :

 

Acte 1 : des banques font des pertes considérables suite à l'éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis (subprimes), risquant de mettre l'économie en faillite. Une banque, Goldman Sachs, impliquée dans une spéculation sur les subprimes aux dépens de ses clients, conseille aussi l'Etat grec pour cacher l'ampleur de sa dette ;

  

Acte 2 : les Etats s'endettent pour recapitaliser les banques et relancer l'économie et demandent aux banques d'acheter notamment la dette grecque ; 

 

Acte 3 : décote de 21% puis envisagée à 50% de la dette grecque, impliquant des pertes des banques détentrices de la dette, donc besoin de renforcer leur capital, ce qui va obliger les Etats à s'endetter encore pour les recapitaliser, en empruntant à qui : aux banques ? à la BCE ? au FESF ? Et au fait, Goldman Sachs est toujours là ?

  

Lorsque je faisais en mars 2009 le bilan financier mondial de la crise et ses conséquences sur l'emballement des dettes publiques, c'était assez bien vu...

Quelles que soient les solutions de financement des dettes d'Etat, via le banques ou le FESF, qui eux-mêmes doivent être garantis ou recapitalisés par les Etats, ou via la BCE, cela se traduit en création monétaire, en fausse monnaie. Les Etats s'endettent auprès des banques en leur apportant du capital qui leur permet à nouveau de leur prêter, avec un effet de levier...

Nous pouvons entrer dans une ère d'hyper inflation, de dépréciation généralisée des actifs, de hausse des taux d'intérêt nuisant au financement de l'économie. Une inflation doublée d'une récession et d'un taux de chômage élevé, ce qu'on appelle la stagflation.

 

17/08/2011

François Bayrou : « Attaquons-nous aux causes plus encore qu’aux symptômes !»


Crise financière, crise de l’Europe et de l’euro, crise des dettes souveraines, panne de croissance de l’économie, … Face aux extrêmes qui prônent le protectionnisme aux frontières, la démondialisation ou la sortie de l’euro voire de l’UE, nous constatons une convergence de diagnostic ainsi qu’un consensus sur les propositions, venant à la fois du gouvernement de droite (UMP), de la gauche (PS et EE-Les Verts) et du centre (Modem), avec des variantes sur les degrés des mesures proposées :

-il est indispensable d’endiguer la dette publique, à commencer par le déficit public qui incrémente cette dernière. Nous arrivons à un stade appelé « boule de neige » où l’ampleur de la dette génère des charges financières dépassant l’impôt sur le revenu, 3% du PIB, au-delà du taux de croissance qui devrait être deux fois supérieur au taux déficit public/PIB pour engendrer des recettes fiscales complémentaires permettant de combler le déficit ;

-il faut à la fois trouver des économies dans les dépenses de l’Etat et trouver des recettes fiscales pour endiguer cette dette ;

-mais il faut le faire de manière plus juste, en faisant contribuer plus les plus hauts revenus (François Bayrou propose en plus d’une baisse de 20 milliards d’euro d’exonérations sur les niches fiscales sur un total de 70 et d’une hausse de 2 points de la TVA, 2 tranches d’impôts supplémentaire à 45% et à 50% tandis que le gouvernement s’en tient pour le moment à « rogner » 5 à 10 milliards sur les niches fiscales, Gilles Carrez ose timidement proposer de taxer 1% les très hauts revenus et Martine Aubry pour le PS propose de réduire les niches fiscales de 50 milliards) ;

-ne pas être tenté par la génération volontaire d’inflation (voir cet article du Monde) au motif de dévaloriser la dette en haussant le recettes fiscales relativement, car cet apparent avantage est compensé par un accroissement très élevé du taux d’intérêt sur le renouvellement des émissions souveraines, creusant d’autant plus le déficit et durablement … en même temps qu’il se traduit in fine par une perte de pouvoir d’achat des classes moyennes et défavorisées, surtout si la croissance est faible et le chômage élevé ;

-les eurobonds ou euro-obligations, émissions souveraines mutualisées sur la zone euro, à un taux d’intérêt moyen de la zone, pour garantir des taux d’intérêt plus bas et plus supportables aux pays de la zone en difficulté tout en endiguant la spéculation des marchés sur ces pays;

-une taxe de type Tobin sur les transactions financières (par exemple de 0,01%), qui mettrait un « grain de sable » dans la spéculation et génèrerait de nouvelles ressources (50 milliards par an au niveau de la zone euro) ;

-autorisation de la BCE à acheter les dettes souveraines, plutôt que prêter à 1% aux banques qui ensuite placent les fonds à 4% et plus en se faisant rémunérer un risque qui au final est pris en charge quand même par les Etats, le Fonds de stabilité FESF, … donc ne justifiant plus ce spread ;

-un renforcement de l’Europe, de la gouvernance de la zone euro, de l’efficacité des institutions, pour une coordination renforcée, des investissements communs, une meilleure harmonisation fiscale et sociale, pour peser plus face au dumping monétaire de la Chine …

Mais ce consensus et ces mesures s’attaquent aux symptômes, en écopant l’eau qui inonde le bateau, sans vraiment réparer le bateau ni lui redonner le cap. Même si François Bayrou a été parmi les premiers à prôner ces mesures au début de la crise financière en 2008, il ne s’arrête donc pas là.

Dans son nouvel essai à paraître jeudi 18 août 2011 chez Plon, « 2012, état d’urgence », François Bayrou nous donne son diagnostic sur les causes profondes en amont de ces crises en particulier en France et s’attache à défendre deux priorités pour s’attaquer aux racines du mal : « produire à nouveau en France » et « redonner à la France la meilleure éducation du monde ». Il rappelle les chiffres désastreux et en dégradation croissante du commerce extérieur (déficit de 75 milliards d’euros par an, comparé à l’excédent de 150 milliards pour l’Allemagne, et cela avec la même monnaie et les mêmes salaires que les nôtres). L’échec scolaire qui s’est accentué fortement ces quinze dernières années (notre éducation perdant plus de 20 places dans le classement international), explique aussi en partie le chômage, notamment des jeunes sans qualification. Ces chiffres démontrent un appauvrissement continu de la France ces dernières années, expliquant des pertes d’emplois, une baisse de recettes fiscales, donc au final nos déficits. Pour juguler le mal à la racine, François Bayrou s’intéresse aux atouts de la France et propose des pistes.

Lire interviews de François Bayrou sur Le NouvelObs, le JDD, Le Figaro, L’Express, La Croix,France Soir, La République des Pyrénées avec extraits, Midi Libre, sans oublier le Point qui y consacre sa couverture et le journal du 20h de TF1 invitant François Bayrou ce soir).

11/08/2011

Les vraies causes de la crise de la dette publique ... et les faux discours démagogiques

Nicolas Dupont-Aignan vient d'écrire cette tribune intitulée "Les vraies causes de la crise de la dette publique".

Tout en étant de droite, il utilise les mêmes arguments que Marine Le Pen sur l'extrême droite et qu'Arnaud Montebourg (voir mon article) et Jean-Luc Mélenchon à gauche, contre la mondialisation, cause des délocalisations et donc des pertes d'emplois en France, et affirme la nécessité de sortir de l'UE et de l'euro, jugés responsables de la perte de compétitivité de la France, de l'industrie française. Il affirme ici également qu'ils sont la vraie cause de la crise de la dette publique. Or, si certains arguments et constats sont vrais, attirant l'adhésion et l'approbation du lecteur, l'argumentation est fallacieuse et la conclusion bien hâtive pour être crédible.

 

Une chose me paraît juste sur le fond dans cet article : "Plutôt que de se polariser sur les déficits budgétaires, on ferait mieux d’analyser les déficits extérieurs qui révèlent la fuite des emplois vers les pays émergents, et notamment la Chine."

Les médias ou les responsables politiques (à l'exception de François Bayrou) parlent rarement de la balance commerciale. Or cet instrument de mesure essentiel de la bonne santé de l’économie. Le déficit de la balance extérieure (importations > exportations), qui est le reflet d'un appauvrissement relatif de la France en production, expliquant lui-même une partie de la baisse de nos emplois. François Bayrou, dit dans cette intervention sur France Inter lundi 20 juin 2011 : « La thèse de la démondialisation exposée par les deux extrêmes est un mensonge. La seule question que nous devons nous poser, c'est comment la France peut-elle continuer à produire?' L’Allemagne montre qu’on peut parfaitement produire et exporter en étant un pays de la zone euro, et donc améliorer le niveau social du pays", a-t-il souligné. "Je plaide pour une France forte et productrice ! »

Mais le déficit commercial d'un pays ne doit pas être confondu avec son déficit public.
Le déficit public naît de la différence entre les recettes (impôts) et les dépenses de l'Etat. Il y a un lien entre les deux mais très indirect. Par exemple le Japon a pu être en excédent commercial extérieur et en même temps avoir un déficit public et une dette publique (>200% du PIB) qui elle-même est financée à 95% par les Japonais eux-mêmes (placement de l'épargne des fonds postaux).
La dette publique est alimentée par l'incrémentation du déficit public chaque année.
Un ralentissement de la croissance augmente le déficit public car diminue les recettes (fiscale) et augmente mécaniquement les dépenses (sociales).

Nicolas Dupont-Aignan déclare : "tout est fait pour culpabiliser les peuples et leur faire croire que ces déficits et cette dette s’expliquent par un excès de dépenses, une mauvaise gestion et une politique sociale trop généreuse. C’est un véritable mensonge qu’il faut dénoncer en expliquant que cette crise de la dette a d’autres causes bien plus profondes : les états développés sont avant tout confrontés aujourd’hui à un manque de recettes budgétaires et sociales lié à une mondialisation qui nivelle tout par le bas."

C'est aller un peu vite ... L'évolution de la fiscalité (baisse de 100 à 120 milliards d'euros des recettes fiscales annuelles depuis l'an 2000 dont 2/3 en diminution d'impôt comme en attestait  Gilles Carrez l'an dernier ) et la charge financière de la dette publique (équivalente à l'impôt sur le revenu, 50 milliards d'euros) sont bien plus responsables du déficit public ( presque 150 milliards d'euros en 2010 et plus de 100 milliards estimés pour 2011) que l'impact des délocalisations.

Beaucoup de points affirmés par Nicolas Dupont-Aignan sont faux ou approximatifs, passent allègrement d'un constat partiellement vrai (perte d'emplois dues aux délocalisations) à une conclusion abusive (sortir de l'euro car pertes d'emploi expliquées par délocalisations qui elles-mêmes sont dues à un euro cher et à une UE complaisante vis à vis d'une mondialisation sans frontières). Explications :

1- Les délocalisations n'expliquent que 13% des pertes d'emplois. D'après un document officiel du ministère de l’Economie et des Finances, « La désindustrialisation en France » : « En trente ans, environ 2 millions d’emplois industriels ont été détruits en France (1 913 500 entre 1980 et 2007). Cela représente 71 000 emplois détruits en moyenne chaque année, et un total de 36% des effectifs industriels ». Mais lorsqu’on lit ce rapport de Bercy, il est précisé que sur ces chiffres, seuls 13% des destructions d’emplois sont expliqués par les échanges internationaux, selon une approche comptable fondée sur le contenu en emplois des échanges. Ce taux étant plus élevé sur la période plus récente 2000-2007 (28%). 25% des destructions d’emplois étant dus à des transferts de l’industrie vers les services par externalisation (donc pas une destruction d’emploi au total) et 29% dus à des gains de productivité (65% sur la période 2000-2007).

2- Ce n'est pas l'euro qui est la cause du manque de compétitivité de la France. L'Allemagne, en excédent commercial, ne pâtit aucunement de l'euro. Entre 60 et 70% de nos échanges extérieurs sont d'ailleurs en euro, au sein de l'UE. L'euro a été un facteur de stabilisation et de protection contrairement à ce certains essaient de faire croire. En revanche, nous avons laissé filer des pans entiers de l'industrie française, par exemple dans la machine outil, l'électroménager et les biens d'équipement. Le même phénomène se passe avec l'agriculture face à la concurrence espagnole, qui pourtant est elle aussi en euro !). Les allemands ont su préserver leur industrie et leur tissu industriel, leurs PME, en se concentrant sur les produits sur lesquels ils sont très performants (machine outil et automobile) même s'ils sont chers et en euro.

3- une sortie de l'euro serait dramatique pour les finances publiques notamment parce que la dette publique est libellée en euro. Comme l'a averti François Bayrou dans ses récentes interventions, la sortie de l'euro avec un hypothétique retour au franc reviendrait à une dévaluation brutale avec une dette à rembourser en euro dont la valeur serait donc relativement accrue comparée à notre nouvelle monnaie, donc la dette ne serait pas dépréciée (ce qui n'est pas le cas pour une dévaluation monétaire avec une dette libellée dans cette même monnaie). La charge financière de la dette se verrait donc non seulement accrue par cet effet, mais aussi par une hausse très importante du taux d'intérêt sur les nouvelles émissions (pour notamment réémettre de la dette pour rembourser celle arrivant à échéance), à un taux 2 voir 3 fois plus élevé. La charge financière étant actuellement égale à l'impôt sur le revenu, un doublement signifie multiplication de l'IR par 2 pour payer cet accroissement de charge sans creuser encore le déficit ! Une sortie de l'euro n'est envisageable qu'en cas de faillite déclarée de la France, d'une incapacité déclarée à rembourser sa dette actuelle. Or une telle faillite serait la ruine de notre économie, de nos services publics, de notre système social, au détriment de tous et notamment des personnes les plus fragiles. Prôner une telle solution est IRRESPONSABLE.

Gardons-nous de ces faux discours démagogiques et simplistes. 2012 approche ... avec son cortège de faux discours et de fausses explications, d'impostures, de désignation de boucs émissaires. Comme le dit François Bayrou, il faut d'abord un discours de vérité : "Le choix politique qui est le nôtre, c'est de dire la vérité aux Français parce que seule la vérité est mobilisatrice et peut permettre le redressement. Partir de la vérité pour arriver à la volonté politique, c'est notre maxime, c'est notre choix".

10/08/2011

Tragédie euroïque

Début d'une tragédie "euroïque" écrite pour le passage à l'Euro en 1998, qui redevient d'actualité ...

iphigenie_4.jpg

C'est Eonia qui déclame :

Euro, l'unique objet de mon pressentiment !
Euro, à qui l'Europe confie son ralliement !
Est-ce donc à ce sort qu'à présent nous destine
ce nouveau Dieu ? Déjà quelque guerre intestine
Entre ces pays commence à faire rage
Et demande aux sujets bien plus de courage
qu'ardemment dépensé en ces mille années.
Gestation difficile, sera-t-il mort-né ?
Ou clône de l'ECU renaissant de ses cendres,
Monstre contre nature que pour nous engendrent,
Nos rois et nos ministres tous en coeur ralliés,
Afin de nous conduire vers notre destinée ?
Ou bien est-ce un miracle, un Messie attendu,
Qui embaume les coeurs et de son arc tendu,
Lancera sans faiblir une flèche d'espérance,
Qui guérira les maux et même l'abcès qui lance
Torture dans nos plaies ouvertes du chômage,
Fantômes qui projettent leur affreuse image,
Paysages nécrosés, puanteur de mort,
Balayant ces démons, il sauvera notre sort !
Inexorable avancée vers une terre promise,
L'euro nous le clamons, devient notre devise !


Voir aussi mon "Slam de la finance", commencé à la même époque et actualisé ensuite (peut être scandé sur un rythme rap)  :

 

tourbillon-euro.jpg

 

Slam de la Finance

Les monnaies déstabilisant le monde,
L'inflation peu à peu creuse la tombe
De la valeur de l’argent des Nations
C’est pire encore avec la déflation :
Chômage, chantage, telle est la rançon,
Baisse des salaires, ça servira de leçon.
Avec Bretton-Woods, ils ont essayé
Les parités fixes, mais ça s’est planté :
En soixante et onze, le système éclate,
Plus de parités, échec et mat.
Alors ils inventent le serpent
Monétaire, reptile virtuel, mais sans
Adam, ni Eve, ni la pomme, dommage,
Ca aurait agrémenté le paysage.
Après toutes ces analyses, le moral à zéro,
Maintenant leur seule devise c’est l’Euro.

Qu’est-ce qu’on va faire de ces billets verts
Comment je compte : en balles, en briques ? Mystère.
Ils veulent avoir le Beur et l’argent du Beur,
La conversion du Franc, encore un leurre.
On te baise, on te lèse et on te pique ton pèze,
On te blouse, et on te pique ton flouze.
C’est pour t’obliger à changer ton fric
Tout ça pour mettre fin au trafic.
Marché artificiel des convertisseurs,
Jetés à la poubelle, à l’équarisseur,
L’Euro, en fait, en nouveau plan Marshall
Pour relancer l’économie qui va mal,
Pour occuper Pasqua, Le Pen ou Chevènement,
Ca nous laissait tranquilles pour un moment,
Afin que la France , soumise, par ce nouveau héros,
Ait une nouvelle devise, c’est l’Euro !

Et maintenant voici la mondialisation
Qu’on appelle aussi la globalisation,
Le fric devenu le roi de notre planète,

Et tout communiquant au travers d’internet.
Tu vois ces golden boys, les camés de Wall Street,
Devenus des héros et des faiseurs de mythes,
Les stars des dérivés, des produits exotiques,
Qui ont même fourgués tous leurs produits toxiques
En titrisant des crédits appelés « subprimes »
Cotés en triple A et déclenchant le drame,
Quand toute la Finance mondialisée
A bien fini enfin par le réaliser,
Tout ça n’était que de la fausse monnaie,
Et tous ces beaux produits n’étaient que des faux nez !
Et le monde a compris que la belle Amérique,
Soit tu la baises soit elle te nique,
Maintenant le dollar c’en est trop,

La meilleure devise, c’est l’Euro !

11:33 Publié dans Finance | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : euro, crise financière, slam, rap, poème |  Facebook | | |

19/06/2011

Hubert Rodarie réforme la finance dans "Dettes et monnaie de singe"

Rodarie_Dettes et monnaie de singe.jpgHubert Rodarie vient de publier aux éditions Salvator « Dettes et Monnaie de singe – Un système économique à renouveler », un livre éclairant et très argumenté d’un professionnel averti sur le dérapage de l’économie et de la finance et sur l’origine des déséquilibres économiques. Il aborde le commerce international, le système monétaire international, l’accumulation sans fin des dettes, et dénonce les idées fausses dans la vie économique et leurs conséquences pratiques. Une analyse perspicace, originale et en profondeur, certes assez technique notamment sur les normes comptables et prudentielles (un bagage économique et financier bac+2 est recommandé) mais en même temps très pédagogique et empreinte d’un grand humanisme ainsi que d’une vision philosophique et anthropologique sur les notions du risque et du temps, que les hommes ont neutralisés dans leur approche financière des choses.

Hubert Rodarie introduit son ouvrage en faisant référence à Macbeth de Shakespeare, qui rencontre trois sorcières lui prédisant qu’il deviendra roi. Dès lors, il n’aura de cesse d’assassiner tous ceux qui se trouveront sur le chemin du trône. Les marchés ont fait en quelque sorte une promesse du même ordre au monde: « tu seras riche. Pour réaliser cette prophétie, le monde a été poussé à mettre en œuvre trois tentations :

-         le déséquilibre permanent, à la base du développement économique,

-         la dette, censée produire de la richesse,

-         le risque, calculable, donc maîtrisable.

Ce faisant, le monde s’est extrait de la réalité, cherchant à atteindre dans l’instant ce qu’il pense être son but ultime. Hubert Rodarie nous propose un changement de regard pour réintroduire dans la vie économique une conception du temps et du futur plus réaliste.

Depuis la crise financière de 2008, l’analyse des dysfonctionnements a remis en doute la pertinence et la qualité des normes financières comptables et prudentielles dites "modernes" mises en place depuis le milieu des années 1990. Le diagnostic a mis en évidence comment des a priori théoriques ont conduit à utiliser des modèles défectueux qui ont rendu les normes inefficaces, voire dangereuses. Il est apparu qu’une des causes principales de la crise est la croyance dans la validité d'une représentation fausse de l'incertitude, le mouvement brownien (norme de rationalité théorique), dont le corollaire est une compréhension fausse des comportements humains face à l'incertitude (norme de rationalité pratique).

Comme Hubert Rodarie l’exprimait avec Christian Walter dans un article de la Tribune en 2009 :

« Cette croyance implante dans le système financier une vision réductrice des hommes réels, remplacés par des automates rationnels au sens de la théorie économique classique, et conduit à la négation de deux réalités : le risque que l'on croit pouvoir maîtriser voire annuler (normes prudentielles), et le temps, que l'on croit pouvoir aplatir voire oublier (normes comptables). Cette double négation a permis l'illusion prudentielle et comptable qui a fondé un optimisme collectif à la base de la dynamique de la bulle financière dont l'éclatement a eu les conséquences que l'on connaît.
Cette croyance s'apparente davantage à une idéologie qu'à un choix mathématique. Cette idéologie a été appelée "virus brownien" ou "virus B" pour signifier que, tel un virus, le postulat brownien s'est installé dans tous les esprits, influençant modes de raisonnement et représentations. Avant d'être une crise de l'expertise technique ou de l'éthique financière, nous considérons que la crise est d'abord une crise de la connaissance, et nous affirmons que tout diagnostic est incomplet sans cette dimension épistémologique. »

Sans être trop technique, pour être accessible à un non professionnel de la finance, essayons d’expliquer simplement le principe des nouvelles réformes comptables (IFRS) en vigueur depuis 2005 et de réformes prudentielles de Bâle 2 :

1-     au lieu de comptabiliser les actifs (titres, créances) au coût historique et ne constater que les gains ou pertes réellement subis en cas de cession ou de liquidation, la norme a imposé une comptabilisation en « fair value », c'est-à-dire à la valeur du marché, comme si l’entreprise détenant ces valeurs allait être liquidée. Ce système a privilégié une vision de la valeur de l’entreprise pour l’actionnaire, l’investisseur, qui peut acheter et vendre instantanément l’entreprise selon une vision court-termiste  de la rentabilité financière, plutôt qu’une vision au service de l’entrepreneur, sur la durabilité de l’entreprise.

2-     Pour établir une valorisation d’un actif au prix (ou au taux) du marché, il faut soit disposer d’un marché donnant directement un prix (sur une action cotée, c’est facile), soit calculer une actualisation des flux futurs (valeur actuelle nette), revenant à emprunter au taux d’aujourd’hui l’argent qui permettrait à l’échéance de chaque flux de rembourser ce dernier. Si ces flux sont incertains, comportent des options, dépendent de la qualité de l’emprunteur de la créance (de son risque de remboursement), il faut alors pour faire ce type de calcul tenir compte de l’incertitude en ayant recours à des estimations basées sur des calculs de probabilités, à des modèles d’évaluation de risque, faisant référence à des séries d’observation passées, à des calculs de corrélation, à la note de signature de la contrepartie qui peut évoluer dans le temps etc. Modèles souvent complexes qui peuvent devenir incompréhensibles.

3-     Il en résulte une comptabilité de résultat considéré acquis dans l’année (sur ces bases pourtant incertaines, ayant neutralisé la vision de risque et de durée par modélisation et actualisation). De surcroît, les bonus des opérateurs et des dirigeants sont calculés sur ces bases. Ainsi, si un accident exceptionnel survient, comme ce fut le cas avec la crise de 2008, avec éclatement d’une bulle financière, les prix chutent, les risques que l’ont croyait couverts et neutralisés ne le sont plus, les modèles dysfonctionnent, les résultats chutent. Les pertes constatées viennent en fait compenser des gains trop élevés passés dus à un optimisme excessif. Mais sans reprendre aux actionnaires les dividendes ni les bonus versés dans le passé sur les anciennes bases qui furent trop optimistes … En revanche la compensation des pertes des banques a exigé un renfort des capitaux, des aides de l’Etat, que ce soit en prise de capital ou en prêts, qui ont accru le déficit public, nécessitant des mesures d’austérité, des hausses d’impôts. C’est donc in fine le contribuable qui paie la gabegie alors que ceux qui ont profité des gains passés ne les rendent pas … (c’est vrai pour la Grèce, l’Irlande, l’Espagne, la Grande Bretagne, mais relativisons néanmoins le cas de la France car les banques, à l’exception de Dexia, ont remboursé complètement l’Etat, qui a même encaissé un gain de 2 milliards d’euros).

4-     Parallèlement à cette méthode de comptabilisation du résultat, les normes prudentielles de Bâle ont imposé aux établissements bancaires (ou Solvency 2 pour les compagnies d’assurances) un niveau de fonds propres minimum permettant de couvrir les risques engendrés par les engagements pris sur ces actifs, en fonction du risque de signature, du risque opérationnel, de la volatilité des produits, donc encore des méthodes probabilistes basées sur des modèles. Là aussi le niveau des fonds propres requis a pu être sous-estimé dans des conditions de marché devenu atypiques.

5-     Ces méthodes n’ont pas pris en compte le risque systémique, c'est-à-dire lorsqu’un établissement entraîne les autres dans sa chute selon un effet domino.

6-     Les marchés étant moutonniers et les acteurs tous calés sur ces procédures, les variations d’un paramètre du calcul peuvent être amplifiées par l’effet d’actualisation et par l’attitude panurgique (vente accrue dès l’amorce d’une tendance à la baisse ou l’inverse). C’est ce qu’on appelle la « procyclité », le phénomène de résonance qui augmente l’amplitude de l’onde.

 

Face à ce constat, Hubert Rodarie prône une refonte des normes. L’idée centrale est que « le système financier doit assumer la réalité du risque. Il faut quitter l'univers rassurant du modèle brownien, et assumer l'incertitude non brownienne d'un monde qui connaît ruptures et chocs. »

Ses propositions sont inspirées des conclusions du colloque auquel il a contribué en novembre 2009. Il faut lire le livre pour en avoir le détail. En résumé :

1-     Systématiser la comptabilisation des instruments financiers selon leur coût historique amorti (plutôt qu’au prix de marché). Ajuster ce coût historique en passant des plus ou moins values constatées ou des provisions si on juge des pertes de valeurs durables.

2-     Adopter des règles comptables qui distinguent systématiquement les flux effectifs et les flux potentiels

3-     Construire des indicateurs de risque synthétiques en complément des instruments d’analyse de risque.

4-     Réformer le modèle économique de la notation.

5-     Créer des instances publiques adaptées de veille macroprudentielle et systémique.

6-     Réintroduire la responsabilité du dirigeant dans la valorisation des postes du bilan.

 

Hubert Rodarie est Directeur général délégué du groupe d’assurance SMABTP. Il est l’auteur notamment de « Comment décontaminer la finance ? », Cités n°41 – 2010, et de « La crise financière doit produire de nouveaux modèles de risque », revue d’économie financière – juin 2008). Hubert Rodarie a contribué aux travaux d’un groupe composé de professionnels, chercheurs, universitaires, réuni en colloque le 29 novembre 2009 à Paris en vue de produire des « propositions pour de nouvelles normes financières ». Les actes du colloques sont parus en juillet 2010 aux éditions Springer sous la direction de Christian Walter "Nouvelles normes financières, s'organiser face à la crise" France (site Internet du colloque : http://www.msh-paris.fr/actualites/actualite/article/quel... ).

23/12/2010

La vérité sur les banques et la crise

Il est vrai que les banques ont leur part de responsabilité de la crise financière :

- en particulier certaines banques américaines qui ont favorisé l’octroi de prêts immobiliers « subprime » à des populations insolvables mais en gageant ces prêts sur les biens achetés dont la valeur de cessait de monter du fait de la spéculation, puis ont titrisé ces prêts pour les revendre avec profit à d’autres banques et à des investisseurs, des fonds de pension ou des fonds spéculatifs,

- en second lieu les autres banques par manque de prudence, qui ont acheté ces produits titrisés, basant leur confiance sur les agences de notation, ignorant ou négligeant les alertes que certains économistes donnaient sur le risque de bulle immobilière,

- les banques irlandaises ont en plus subi leur propre bulle immobilière en Irlande : l’avantage fiscal accordé aux entreprises (taux d’impôt sur les sociétés à 12,5%, le plus bas d’Europe) ayant provoqué un afflux d’entreprises, favorable à l’emploi mais aussi en demande immobilière, qui a fait monter les prix artificiellement, donc aussi les prêts immobiliers, entretenant un bulle qui a éclaté dès que la crise est arrivée, déclenchant des faillites qui elles-mêmes ont mis en faillite des banques,

- la crise de la dette grecque a aussi été à l’origine d’une manipulation de chiffres de l’Etat sur les conseils d’une banque, Goldman Sachs, et c’est la découverte de la sous-évaluation de la dette publique qui a déclenché brutalement le réajustement, la spéculation, la montée des taux d’intérêt etc.

Mais les banques ne sont pas seules responsables : l’Etat américain, qui a favorisé les prêts subprime et la dette privée par la politique laxiste de taux d’intérêt très bas de la FED, les agences de notation qui ont attribué des notes sans tenir compte de certains risques et même en conflit d’intérêt car payées par les émetteurs des titres pour leur notation et aussi du conseil aux émetteurs, enfin la banque centrale et les régulateurs américains qui n’ont pas correctement encadré et réglementé les banques d’investissement et les agences de notation, ont laissé proliférer un marché de gré à gré sur les CDS sans prendre la mesure du risque systémique favorisé par ces produits par le fait de la contamination rapide des risques entre banques.

Si la crise vient des Etats-Unis et d’un manque de régulation dans ce pays, il faut cependant reconnaître qu’elle n’est pas seulement conjoncturelle, elle a aussi une origine structurelle. La crise des subprimes n’a été qu’un catalyseur, une étincelle sur le baril de poudre. Elle aurait pu arriver en Europe, comme il y a eu d’autres crises, par exemple en 2001 (bulle internet), ou encore suite au scandale Enron aux Etats-Unis.

Les banques sont en tout cas dans la ligne de mire de certains économistes et de certaines personnalités politiques les estiment responsables des crises, incapables d’assumer leur rôle d’intérêt public de financement à l’économie, voire les qualifient de vampires et de prédatrices saignant les entreprises et les particuliers pour s’enrichir au profit des actionnaires, des dirigeant et des traders. Certains souhaitent leur nationalisation (Joseph Stiglitz, Paul Jorion), voire même leur faillite afin que les Etats puissent les racheter à l’euro symbolique (Frédéric Lordon). D’autres ne vont pas jusque là et prônent une séparation capitalistique entre les activités de banque de crédit et de dépôt d’une côté et activités de banque de marchés et d’investissement de l’autre côté, ou une suppression des activités spéculatives des banques, de trading et d’investissement en compte propre, assorties d’un renforcement des fonds propres, d’un encadrement des agences de notation et des fonds d’investissement, ainsi que d’une généralisation des marchés organisés avec chambres de compensation pour remplacer les négociations de gré à gré des instruments financier dérivés, pour supprimer le risque de contrepartie et garantir la transparence, évitant le risque systémique. La réforme des marchés financiers aux Etats-Unis, engagée par Barack Obama, va d’ailleurs dans ce sens. L’Europe aussi, mais avec retard.

Certains chiffres abondent dans l’indécence et donnent raison à ceux qui dénoncent le vampirisme des banques et de la finance, nourrissant ainsi une haine grandissante du peuple à l’égard des banques ainsi qu’un discours politique anti-banque, anti-système, voire une théorie du complot des puissances financières dominant le monde et s’arrogeant des avantages sur le dos du bon peuple :

- malgré la crise, après avoir subi des pertes considérables, les banques ont renoué avec le profit (9 milliards d’euro en 2009, 2 milliards d’euros distribués en bonus),

- l’Etat français a apporté son aide et sa garantie aux banques, en renfort de fonds propres (prêts subordonnés ou participation au capital directe pour Dexia, BPCE et BNP) sans pour autant leur imposer en contrepartie son pouvoir de décision au conseil d’administration, qui aurait pu imposer une forte limitation des bonus, une obligation de plus prêter à l’économie et à des taux moins élevés,

- la BCE prête aux banques à un taux très bas, entre 1 et 2%, pour favoriser la liquidité, permettre aux banques de prêter à l’économie également à taux bas, alors que les banques préfèrent utiliser la liquidité pour acheter des titres de dettes publiques à taux élevé (dette grecque et irlandaise) tout en espérant la garantir de l’Europe sur ces titres (en fait ce sont surtout les fonds d’investissement qui achètent ces titres).

On entend couramment dire, et c’est repris par la presse, que l’Etat a donné de l’argent aux banques (on parle de chiffres considérables, mélangeant apport en capital, prêts, montants garantis,…), que les banques ont réduit leur financement à l’économie, qu’elles font du profit injustifié sur le dos des clients en engrangeant des marges d’intérêt importante, maintenant des taux d’intérêt élevés à l’égard de leurs clients alors que la liquidité est fournie à 1% par la BCE ou sur le marché interbancaire.

Aussi est-il important de rétablir une vérité des chiffres, ainsi que d’expliquer la formation du profit et des risques bancaires, pour juger en toute conscience et toute lucidité, sans se laisser embarquer par de fausses idées et par un langage populiste vengeur qui cherche le bouc émissaire pour un profit surtout électoraliste.

La FBF (Fédération des Banques Françaises) vient juste de publier une plaquette « Parlons clair » pour donner des chiffres concernant notamment les aides de l’Etat français aux banques et sur les financements des banques françaises à l’économie, en volume et en niveau des taux, ainsi qu’une comparaison avec les autres pays. Bien sûr, cette vision des chiffres, montrant les banques françaises comme vertueuses, fait un peu « propagande ». Elle occulte sans doute d’autres chiffres sur les risques pris par l’Etat en garantie de prêts aux banques (même si ces garanties sont rémunérées), sur les profits des banques et sur les bonus de certains (dirigeants, traders, spécialistes en courtage et banque d’investissement).

Cependant ces chiffres de la FBF sont exacts et disent en substance que les banques françaises :

- sont solides, parmi les plus solides d’Europe,

- n’ont pas coûté d’argent au contribuable (elles ont même rapporté 2 milliards d’euros à l’Etat). De plus, une nouvelle taxe bancaire sur les salaires a rapporté en 2009 1,3 milliard d’euros au budget public. En 2011, des taxes nouvelles s’ajouteront, comme la taxe bancaire sur le risque systémique, estmée à 500 millions en 2011 et 800 millions en 2013.

- financent l’économie : les crédits sont en progression en volume (+3,6% en 2010, alors que le PIB a augmenté de 1,4%, se répartissant en

o +5,6% pour les prêts aux ménages (1026 milliards d’euros) dont +6,8% pour les crédits immobiliers et +2,5% pour les crédits à la consommation,

o +1 ;1% pour les crédits aux entreprises (776 milliards d’euros) dont +4,9% pour les TPE/PME (188 milliards d’euros), sachant que 75% des PME françaises estiment avoir reçu l’intégralité des crédits demandés (contre 63% pour la moyenne européenne)

- pratiquent les taux d’intérêt les plus bas d’Europe :

o 3,22% en moyenne sur octobre 2010-12-23

o 3,01% en moyenne pour le crédit aux entreprises (3,38% sur les crédits nouveaux en moyenne européenne).

- sont un des premiers employeurs privés : 380 000 emplois en France, 30 000 recrutements/an ;

- améliorent en permanence les relations avec leurs clients, notamment en termes de :

o information claire sur les prix,

o prix des services bancaires modérés (dans la moyenne européenne), en baisse de -5,31% comparé à 2009,

o mobilité simplifiée pour permettre le changement de banque avec prise en charge des formalités de transfert,

o accessibilité des services bancaires aux plus fragiles, avec un compte et service de base gratuit, carte bancaire à autorisation systématique, développement du microcrédit.

 

Maintenant revenons à la question de la formation du profit des banques et expliquons pourquoi une banque fait du profit en temps de crise, de risques accrus, et en quoi ce profit n’est pas forcément distribuable, car doit être mis en réserve face aux risques.

Le profit, le bénéfice net après impôt, qui reste pour rémunérer l’actionnaire (dividendes) ou réinvesti dans la banque (mis en réserve, abondant le capital, les fonds propres), n’est pas un indicateur de rentabilité. C’est le rapport de ce profit sur les capitaux investi, le ROE (Return on Equity ou encore retour sur investissement) qui est l’indicateur de performance. S’il a fallu mettre beaucoup de capital pour renflouer les pertes passées ou anticiper les risques à venir, ce ROE peut être bas et démonter une faible rentabilité. Les règles prudentielles dites de Bâle imposent aux banques un niveau de capital minimum face aux risques mesurés statistiquement :

- risque de contrepartie ou de crédit, lié au risque de défaut des clients, aux faillites de ces derniers, à leur incapacité à honorer leurs dettes, mesuré en fonction de statistiques et du risque de signature du client ou de sa catégorie ; une banque fait payer dans le taux d’intérêt client un coût du risque statistique, comme le fait une société d’assurance au travers des primes d’assurances pour couvrir statistiquement le risque des dommages ;

- risque de marché sur les activités de trading ou de compte propre, mesuré selon des modèles, tenant compte de statistiques, de probabilités d’envol de cours ou de taux ;

- risque opérationnel lié aux erreurs de traitement informatique ou administratif, aux coûts judiciaires, etc.

 

Lorsqu’un opérateur bancaire fait un prix de crédit à un client, il obéit à une règle de manière à calculer une marge d’intérêt qui, ajoutée au taux de refinancement de base à court terme de la banque (auprès de la Banque Centrale), doit intégrer :

1- un coût du risque de contrepartie mesuré statistiquement pour ce client (perte attendue fonction du niveau d’exposition, de la probabilité de défaut, de la perte évaluée en cas de défaut) ;

2- un coût d’exploitation, de fonctionnement de la banque (en salaires, charges fixes ou variables,…) selon un barème dépendant du type d’opération, donné par le contrôle de gestion de la banque ;

3- un coût de liquidité, représentant ce que la banque doit payer sur le marché interbancaire ou financier pour se refinancer elle-même sur l’échéance de ce crédit ; il s’agit du coût des ressources global en plus du taux de base au fixing interbancaire, comprenant le coût du risque de contrepartie que la banque fait courir au marché en se refinançant sur cette échéance, indépendamment du niveau des taux du marché ; il comprend aussi les ressources à vue, ainsi une banque qui bénéficie de beaucoup de dépôts à vue non rémunérés a une ressource qui lui coûte le coût de gestion de ces dépôts.

Ce que la banque vise, c’est un ROE cible qui va satisfaire l’actionnaire (par exemple une rentabilité à 13%). Elle traduit ce ROE par client, par opération, en RAROC.

Ainsi, en période de risques élevés, quand le marché est pessimiste sur la capacité des emprunteurs à rembourser, les marges sont élevées et ceci pour toutes les banques qui utilisent les mêmes modèles. De même que la banque va budgéter un coût du risque en fonction de ces anticipations. Si les statistiques ont vu juste, que les modèles prévisionnels se sont avérés exacts, le profit de l’année suivante sera amputé du coût du risque.

Mais il y a là un biais : puisque ce n’est pas le risque initialement anticipé qui est pris en compte en comptabilité, mais un risque constaté, correspondant aux défauts de paiement constatés ou provisionnés sur une base tangible, il est possible que ce coût du risque constaté comptablement diffère du risque initialement anticipé et facturé au client. Si la banque a été trop pessimiste et a ainsi surfacturé ses clients, elle va constater un coût du risque moindre qu’attendu, tout en engrangeant quand même la marge, sans rendre l’argent au client, donc elle est gagnante et cela va augmenter son ROE. Si en revanche la banque avait été trop optimiste et que le coût du risque est plus important, la perte est pour elle. C’est ce qui s’est passé lors du déclenchement de la crise qu’elle n’avait pas vu arriver, que ce soit en termes de coût du risque de marché ou de coût du risque de contrepartie.

Pour faire face à cette procyclité, la banque devrait systématiquement mettre en réserve le gain réalisé entre le coût du risque réel et le coût du risque statistique dans les périodes fastes pour pouvoir l’utiliser pour les mauvaises périodes où l’inverse se produit, disposant ainsi d’un matelas, d’un fonds de réserve comme celui des sociétés d’assurance. Il faudrait aussi que comptablement elle puisse provisionner un risque statistique en plus du risque constaté, pour être plus en phase comptablement avec les règles prudentielles de Bâle (ce dernier point est prévu dans la réforme en cours de la comptabilité bancaire, prévue pour 2013).

En fait on peut même en conclure que les banques ont intérêt à ce que le marché soit toujours pessimiste, de manière à surmarger par rapport au risque réellement ensuite constaté !

C’est là qu’on comprend mieux le problème des bonus versés aux dirigeants et aux traders : ces bonus sont calculés sur le profit réalisé, sans tenir compte du coût du risque statistique. Donc même si les risques augmentent en même temps que le profit, les bonus croissent proportionnellement au profit. Si ensuite la banque est en perte pour risques mal anticipés, ce qui s’est passé avec la crise, les bonus dus contractuellement doivent être payés et les bonus payés dans le passé sont acquis, on ne peut pas les reprendre a posteriori. Ceci est une anomalie.

Maintenant venons-en à la question du rendement pour l’actionnaire de la banque. L’idée de l’actionnaire prédateur qui fait du profit sur le dos des clients de la banque peut être contredite par les chiffres. Ayant moi-même placé mes économies gagnées par mon salaire en épargne salariale du groupe bancaire mutualiste dans lequel je travaille, placé en actions dans la structure cotée en bourse de ce groupe, j’ai perdu pratiquement en valorisation de part la moitié de mes économies placées depuis 2003. Le cours de bourse est deux fois moins élevé qu’à son introduction en bourse. C’est le cas de tous les actionnaires qui ont fait le même placement …

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu