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12/09/2011

La démondialisation : un concept novateur ou trompeur ?

La démondialisation entre dans le débat politique[1]. Elle est présentée comme un nouveau concept. Son nom évoque l’idée d’une sortie de la mondialisation ou d’un retour en arrière dans le processus de mondialisation. Il est trompeur car son interprétation recouvre des idées assez différentes, ce qui peut porter à confusion et brouiller les esprits dans des débats sur ce thème entre des personnes qui mettent derrière ce terme des contenus différents. Il est donc important de le définir, de revenir à son origine, d’en décrire le ou les contenus, ainsi que l’intention dans laquelle ce terme est parfois employé comme un label, une marque politique, un critère de différenciation servant à radicaliser un discours pour se montrer plus en rupture avec le système.

Le sociologue Philippin altermondialiste, Walden Bello, est à l’origine de ce mot, développant ce concept dans son ouvrage[2] : Deglobalization, ideas for a New World Economy. Mais à cette époque, ce concept était limité : il s’agissait de dénoncer la suprématie des grandes institutions internationales, du FMI à l’OMC, et de proposer en alternative plus de décentralisation, plus de pluralisme et plus d’équilibre des pouvoirs dans la gouvernance du commerce mondial, des échanges internationaux.

Des personnalités, en général engagées à gauche, ont repris ce concept mais en y mettant chacun leurs ingrédients : des économistes tels que Jacques Sapir et Frédéric Lordon, des sociologues tels que Emmanuel Todd, des philosophes tels que Edgard Morin, ou encore des politiques tels que Arnaud Montebourg[3], Jean-Pierre Chevènement et Jean-Luc Mélenchon. Jacques Sapir, qui a publié en 2010 un plaidoyer pour la démondialisation[4] dit lui-même « C’est un concept malléable et tout le monde ne le définit pas de la même façon en fonction de ses propres intérêts ».  Mais cette doctrine n’est pas l’apanage exclusif de la gauche, elle séduit aussi des personnalités politiques de droite, telles que Marine Le Pen et Nicolas Dupont Aignan.

Les tenants de la démondialisation partagent ce constat : le libre-échange, généralisé dans les échanges mondiaux selon un processus remontant au début des années 1980, caractérisé par l'absence de barrières douanières et la libre circulation des biens, des hommes et des capitaux, a conduit à un vaste mouvement de délocalisation des productions vers les pays où la main-d'oeuvre est moins chère et où les normes de production sont moins contraignantes (à l’égard de l’environnement par exemple). Ces délocalisations ont entraîné une augmentation du chômage dans les pays occidentaux, ainsi qu’une stagnation des salaires vers le bas, par l’effet de concurrence accrue en offre de main d’œuvre, accentuée aussi par l’immigration (pour l’extrême droite). Ce phénomène a été amplifié par la globalisation financière, la dérégulation financière, le décloisonnement des marchés et la libre circulation des capitaux. La crise a montré les limites du libre-échange.

Les partisans de cette doctrine affirment donc vouloir lutter contre les délocalisations et préserver les emplois dans les pays occidentaux en préconisant de revenir à une forme de protectionnisme économique, à une concurrence loyale entre les pays occidentaux et les pays émergents. Selon eux, le marché intérieur serait davantage protégé des produits importés des pays émergents à bas prix en établissant ou en augmentant des barrières douanières.

Pour les uns, à droite, ce protectionnisme est à exercer au niveau national et s’accompagne d’une sortie de l’Euro, voire de l’Union européenne pour reprendre sa souveraineté nationale. Pour les autres (Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon), qui ne prônent pas la sortie de l’euro, il doit être mis en œuvre au niveau de l’Europe, ce qui suppose de rallier les partenaires européens à cette thèse, avec des moyens très limités à court terme pour appliquer cette doctrine au niveau national. Jacques Sapir est plus circonspect concernant l’euro, qu’il préfère reléguer à une monnaie « commune » et non unique aux pays de la zone euro, redonnant à ces derniers une souveraineté monétaire nationale, avec la possibilité de dévaluer leur monnaie, offrant plus de souplesse en respectant la diversité des politiques budgétaires. La monnaie commune resterait en vigueur pour les échanges de la zone euro avec l’extérieur.

Certains, surtout à gauche, justifient leur démarche protectionniste en visant à rendre plus juste, sociale et écologique l’organisation économique mondiale, grâce à de nouvelles règles endiguant les effets néfastes du libre-échange et de la globalisation financière. Les taxes financières ou taxes aux frontières sur les biens importés doivent donc être justifiées par une concurrence déloyale de la part des pays exportateurs, produisant à moindre coût car soumis à des contraintes moindres : concurrence sociale (absence de charges sociales, faible protection sociale), concurrence environnementale (non respect de la protection de l’environnement), concurrence fiscale et même monétaire (sous-évaluation de la monnaie, comme c’est le cas du Yuan en Chine, expliquant entre 20% et 40% de sous-évaluation des prix à l’exportation). L’intention paraît vertueuse, la méthode censée motiver les pays émergents exportateurs à augmenter leur protection sociale et leurs salaires et à agir pour la protection de l’environnement, pour subir une moindre taxe. De plus, la relocalisation de la production induite par ce protectionnisme est bénéfique également pour l’environnement, diminuant les transports donc la trace carbone des activités. Ils ne précisent pas toujours comment mettre en place un scoring international permettant de comparer les pays entre eux sur les plans sociaux et environnementaux afin de justifier auprès de l’OMC de telles pratiques et de fixer le montant de taxe. Serait-il global par pays exportateur et par branche d’activité (comme le recommande Jacques Sapir), ou tenant compte des pratiques des entreprises exportatrices qu’il faudrait alors pouvoir auditer, auxquelles il faudrait attribuer une notation sociale et environnementale, grâce à des agences spécialisées à l’instar des agences de notation financière ? Concernant le dumping fiscal et monétaire, l’OMC n’a pas non plus prévu de dérogation …

Les autres, plutôt à droite, ne s’embarrassent pas toujours de toutes ces considérations humanistes, sociales et morales, et motivent leurs intentions par l’intérêt national. Mais l’autonomie protectionniste exige alors de relâcher les contraintes européennes et internationales en sortant de ces institutions, en opérant un repli.

Enfin, l’ONG altermondialiste ATTAC a exprimé un profond désaccord avec la démondialisation prônée par Jacques Sapir. Dans une tribune publiée en avril 2011 dans Politis, Thomas Coutrot, co-président d’ATTAC, récuse la thèse défendue par Jacques Sapir : « Prôner le replis national au moment où la planète prend feu est purement irresponsable ». Il « refuse de dresser les peuples les uns contre les autres chacun au nom de son intérêt national et de faire le jeu des populisme en Europe ».  Les altermondialistes d’ATTAC rappellent qu’ils sont partisans d’une coopération à l’international et d’une hausse des salaires, dont la part dans la valeur ajoutée a injustement diminué au profit du capital dans les pays occidentaux et qui sont insuffisants dans les pays émergents pour vivre dignement. Le protectionnisme n’est donc pas à leur avis la bonne méthode.

La démondialisation va aussi au-delà du protectionnisme et de la volonté de relocaliser les activités. Elle s’attaque aussi à la globalisation financière, à la domination des marchés financiers sur l’économie, à la soumission des Etats au diktat de la finance et des agences de notations, aux paradis fiscaux. Mais sur ce sujet également, les « démondialisateurs » ne sont pas tous d’accord sur la manière d’opérer pour réguler la finance et la remettre mieux au service de l’économie. Entre les partisans d’une ligne dure et ceux d’une ligne plus souple, plus régulatrice, les propositions ont différents degrés : nationalisation des banques (Frédéric Lordon) à moindre coût si elles frisent la faillite, mise des banques sous tutelle (Arnaud Montebourg), cloisonnement strict des marchés financiers, interdiction ou limitation de la spéculation pour compte propre des banques, mesures fiscales spécifiques au profit bancaire et aux rémunérations des dirigeants et des traders, financement des déficits publics directement par la Banque Centrale même si cela induit de la création monétaire …

Ce thème de la démondialisation a donc fait naître de nouveaux clivages, tant au sein de la gauche qu’au sein de la droite, et introduit aussi une ligne convergente entre une partie de la gauche et une partie de la droite, qui dérange, rend très mal à l’aise, la gauche et la droite. Le concept ajoute de la confusion au dialogue en recouvrant des contenus en partie différents par ceux qui le prônent. Par ailleurs il est utilisé souvent par les politiques comme un label marketing, un étendard pour radicaliser un discours, pour se montrer en rupture avec un système jugé responsable de nos crises.

Quant au centre, notamment celui du Mouvement Démocrate conduit par François Bayrou, il affirme son désaccord avec la thèse de la démondialisation pour les raisons suivantes :

-          le concept est trompeur, faisant croire que l’on peut sortir de la mondialisation ou s’en affranchir, la contourner ;

-          le protectionnisme a des effets dévastateurs et implique des mesures de rétorsion de la part des pays exportateurs à l’égard des pays dont ils importent aussi des marchandises. En France, un emploi sur quatre dépend des exportations et se verrait donc menacé ;

-          la sortie de l’euro serait catastrophique, notamment à cause d’une dette colossale libellée en euro qui deviendrait encore plus difficile à rembourser avec une monnaie nationale dévaluée et une explosion des taux d’intérêt qui renchérirait, doublerait ou triplerait la charge financière déjà équivalente à l’impôt sur le revenu des Français.

En revanche, François Bayrou avait exprimé des points de vue convergents avec certaines propositions que l’on retrouve dans l’approche dite de démondialisation : viser une concurrence juste et loyale dans les échanges internationaux (intégrer les objectifs environnementaux et sociaux dans les échanges internationaux, à travers une réforme de l’OMC, en amont des échanges plutôt que par des taxes aux frontières), une convergence fiscale et sociale au sein de la zone euro, une taxe carbone aux frontières de l’Europe, une application des normes européennes, sanitaires, sociales et environnementales à tous les produits vendus dans l’UE plutôt que simplement produit dans l’UE. Et concernant la finance : séparation stricte entre d’un côté les banques de dépôts et crédits et de l’autre les banques d’affaire (de marchés et d’investissement), limitation de la spéculation, taxe sur les transactions financières, mise au ban de la pratique des paradis fiscaux. De même l’idée de relocalisation, de redonner la priorité à produire en France en faisant aussi appel à la responsabilité du citoyen consommateur grâce à la création de labels sur le degré de production du produit en France et en Europe (comprenant toute la chaîne), sur l’empreinte sociale et environnementale.

En conclusion, parler de la démondialisation, alors que ce terme recouvre certaines idées différentes, semble semer la confusion dans les esprits. L’intention est louable : vouloir proposer un modèle de société plus juste, plus équitable, de protéger nos emplois, de relocaliser les activités et d’introduire une responsabilité environnementale en adaptant la fiscalité à cet impératif. Mais les propositions concernant les formes de protectionnisme et la sortie ou non de l’euro, sont controversées. Il est donc nécessaire de clarifier cette appellation de démondialisation : la redéfinir dans un langage commun recouvrant un même contenu, ou la limiter aux intentions, ou encore ne plus l’utiliser, préférant revenir à d’autres termes : un concept de modèle coopératif, visant un intérêt commun plutôt qu’un modèle de pure libre-échange dans la compétition qui vise le profit, un modèle de société qui régule préventivement en amont avec une meilleure gouvernance mondiale et européenne (normes sociales et environnementales, travail plus justement rémunéré, comme le souhaite ATTAC) plutôt qu’un modèle privilégiant une correction a posteriori de type protectionniste, qui risque d’induire en chaîne des mesures de rétorsion et obérer au final l’ensemble des échanges au détriment des populations.



[2] Deglobalization, ideas for a New World Economy, Walden Bello, Londres et New-York, 2002

[3] Votez pour la démondialisation ! , Arnaud Montebourg, préface d’Emmanuel Todd, Flammarion, 2011

[4] La démondialisation, Jacques Sapir, Seuil, 2010

01/07/2011

La démondialisation selon Arnaud Montebourg : qu’en pense François Bayrou ?

 

Je viens de lire attentivement le petit livre que vient de publier Arnaud Montebourg intitulé « Voter pour la démondialisation !». En fait les recommandations convergent fortement avec celles déjà faite par le MoDem sur l'Europe en 2009 et ne prônent pas un vrai protectionnisme au sens habituel. Si le ton du réquisitoire donne l'impression d'être très "à gauche", la "démondialisation" d'Arnaud Montebourg paraît surtout être une opération médiatique ! 

 

Je fais ce constat après avoir analysé en profondeur le phénomène de mondialisation et de globalisation, ses conséquences sur nos économies et celles des pays émergents, sur l’Europe, lu aussi de nombreux récents ouvrages parus sur ce thème.

Le débat sur le modèle de société, à la fois social et économique, devant intégrer la dimension écologique, est essentiel pour aborder la prochaine campagne présidentielle. Les Français ont une attente sur ce sujet. Avant de se lancer dans un programme, dans des propositions sur la dette publique et la fiscalité, sur l’éducation, sur la relance économique, dans des promesses électorales auxquelles les citoyens ne croient plus, les responsables politiques devraient affirmer leur priorité à des valeurs et donner une vision du monde, pas seulement de la France et de l’Europe. Ils devraient exprimer avec pédagogie leur analyse des causes des dysfonctionnements de la société et de l’économie, leur positionnement idéologique sur la mondialisation, sur le libre-échange et le protectionnisme, sur la capacité des Etats à réguler cette mondialisation, sur les rapports de force entre la finance et l’économie des entreprises, entre les Etats et les puissances financières multinationales, sur la gouvernance mondiale et les trous noirs des paradis fiscaux, le dumping monétaire de la Chine, l’hégémonie du dollar, les grands déséquilibres entre des pays dits riches, mais avec de plus en plus de pauvres, qui vivent à crédit et de l’autre des pays pauvres pillés de leurs ressources (l’Afrique) et des pays émergents (Chine, Inde, Brésil) à forte croissance qui « aspirent » nos emplois grâce à leurs faibles coûts salariaux et financent nos dettes publiques.

C’est l’objet de ce livre, qui est percutant, pédagogique et de prime abord convaincant. Le diagnostic est éclairant. Il est vrai que les vertus du libre-échange ont été idéalisées au point d’en faire un dogme absolu, alors que nous constatons maintenant que des postulats qui fondaient la théorie étaient faux : notamment sur la libre concurrence supposée non faussée, sur « le prix de marché » réputé équilibrant, sur la non prise en compte des coûts d’externalité dans les échanges (destruction sociale et environnementale, impliquant des coûts cachés) ... L’ouverture à la mondialisation a engendré des délocalisations qui furent une cause des destructions de nos emplois.

Cependant, je vois quelques points à critiquer dans ce livre :

 

1- Critique sur le diagnostic :

-         Exagération de l’ampleur des destructions d’emplois dues aux échanges internationaux :
Page 31, le livre fait référence à un document officiel du ministère de l’Economie et des Finances, « La désindustrialisation en France » : « En trente ans, environ 2 millions d’emplois industriels ont été détruits en France (1 913 500 entre 1980 et 2007). Cela représente 71 000 emplois détruits en moyenne chaque année, et un total de 36% des effectifs industriels ». Mais lorsqu’on lit ce rapport de Bercy, il est précisé que sur ces chiffres, seuls 13% des destructions d’emplois sont expliqués par les échanges internationaux, selon une approche comptable fondée sur le contenu en emplois des échanges. Ce taux étant plus élevé sur la période plus récente 2000-2007 (28%). 25% des destructions d’emplois étant dus à des transferts de l’industrie vers les services par externalisation (donc pas une destruction d’emploi au total) et 29% dus à des gains de productivité (65% sur la période 2000-2007). Il faut donc être honnête sur les chiffres en présentant mieux la réalité.
Il faut aussi considérer que la mondialisation a eu des effets positifs sur l’échange des savoirs, la communication, nos exportations, ainsi qu’une baisse importante de prix sur des biens à la consommation (textiles, jouets, électronique,...) avec un effet favorable sur le pouvoir d’achat des consommateurs français, qu’il faudrait chiffrer. Ces avantages ne sont pas évoqués, pas plus que les inconvénients de mesures de rétorsion brutales sur nos exportations qui résulteraient de la part de pays comme la Chine de décisions françaises ou européennes d’interdiction ou de forte taxation aux frontières de leurs produits, même justifiées par des normes sociales et environnementales, surtout si ces normes ne sont pas mondiales ...

-         Occultation des points positifs de la mondialisation pour les pays pauvres et émergents :
Le livre pointe le maintien des bas salaires et d’une faible protection sociale dans ces pays malgré leur croissance forte qui en réalité bénéficie plutôt aux détenteurs des capitaux, aux actionnaires des sociétés exportatrices installées dans ces pays qui sont soit des riches privilégiés soit l’Etat (pour la Chine), qui se sert de l’excédent commercial pour acheter la dette publique américaine ou européenne ou prendre des participations stratégiques dans nos pays (ports grecs, entreprises européennes) pour accroître son pouvoir politique sur nos pays dans un rapport de force. C’est vrai mais il faut aussi reconnaître une indéniable montée du niveau de vie moyen dans ces pays émergents, dont la Chine, la constitution d’une classe moyenne visant à atteindre un niveau de vie comparable aux classes moyennes occidentales. Arnaud Montebourg conteste les chiffres annoncés par le gouvernement chinois de la population sortie de la pauvreté (400 millions sur 1,4 milliards) car le chiffre est obtenu en prenant un seuil de pauvreté de 0,4 dollar par jour.  Regardons mieux les chiffres : en Chine, d’après
cet article, on définit la classe moyenne par l’ensemble des personnes dont les revenus sont compris entre 25.000 et 100.000 yuans par an [soit respectivement 2.500€ et 10.000€]. De 2005 à 2010, son effectif a progressé de 46%. Elle représentera 57% de la population chinoise en 2010, contre 39% en 2005, et près de 75% de la totalité du pouvoir d’achat disponible de la Chine. Le salaire minimum chinois est entre 1 100 et 1 200 yuans par mois selon les provinces, ce qui donne environ 133 euros par mois (1 €=9 yuans). Arnaud Montebourg reprend page 40 le chiffre de 80 millions de Chinois gagnant aujourd’hui plus de  20 000 dollars par an, soit 5% de la population. En termes de niveau de vie dans une grande ville comme Pékin ou Shanghai, 20 000 dollars par an correspond à 120 000 yuans/an, soit 10 000 par mois, alors qu’il faut 3000/mois (dont 1000 pour le loyer d’un studio) soit 333 €/mois pour l’équivalent en niveau de vie à notre Smic à 1000 € net. Ce chiffre correspond donc à un niveau assez élevé pour un chinois (3 fois le niveau de vie d’un Smic en France).

 

-         Dénonciation du succès de Allemagne, agissant en prédateur comme la Chine pour ses voisins européens, et du « modèle allemand » en réalité égoïste :
Pour répondre à ceux qui rétorquent que l’Allemagne, avec la même monnaie l’euro et avec un modèle social comparable à la France, n’a pas détruit ses emplois industriels et en a au contraire créé dans la mondialisation, Arnaud Montebourg explique que l’Allemagne a su être compétitive au détriment de ses voisins grâce à un écrasement des salaires, qui ont stagné depuis 12 ans alors qu’ils augmentaient en France. Mais un
rapport publié par la Commission des comptes de la Sécurité sociale, datant de juin 2010,dont j’ai parlé dans un précédent article sur le mythe allemand, explique que malgré cette compression des salaires allemands, le coût du travail est aujourd’hui en moyenne un peu plus élevé en Allemagne qu’en France (alors que la France est plus productive). Même si par ailleurs il faut signaler l’absence de salaire minimum légal en Allemagne, permettant d’employer des salariés à moins de 6 € de l’heure (contre 7 € net chez nous, 9 € en brut), ayant conduit à une augmentation du nombre de travailleurs pauvres en Allemagne, comme en témoigne cet article : « Selon l'institut du travail de l'université de Duisbourg-Essen, plus de 6,5 millions de personnes en Allemagne, soit près de 20 % des travailleurs, toucheraient moins de 10 euros brut de l'heure. Le chiffre est surtout inquiétant concernant les très petits salaires : 2 millions d'employés gagnent moins de 6 euros de l'heure ».
Ce n’est pas un différentiel de coût du travail qui explique le succès allemand, pas plus qu’un comportement allemand « prédateur » et « égoïste » à l’égard de ses voisins qui explique son succès commercial à l’exportation, mais un positionnement sur des produits de qualité, à haute valeur ajoutée, que ce soit dans l’automobile ou dans le secteur de la machine outil pour l’industrie manufacturière, fournisseur non seulement de l’Europe (62% de ses exportations) mais aussi de la Chine, des pays émergents, grâce à leur croissance forte sur les secteurs de production utilisant ces machines.

-         Enfin, le ton accusateur du réquisitoire, qui frise le populisme démagogique :
Ce diagnostic cible le libre-échange qualifié d’ennemi, alors que ce sont les dérives d’un libre-échange insuffisamment régulé qu’il faudrait plutôt condamner. Ce réquisitoire  prend aussi un ton accusatoire, dénonçant une caste de nantis disposant du pouvoir au travers des puissances financières et des banques, qui auraient volontairement entretenu ce système, imposant un dogme à l’OMC comme à la Commission européenne, pour s’enrichir sur le dos des classes moyennes et défavorisées. On est proche de la théorie du complot ... Or, même si ce système capitaliste dans la mondialisation fonctionne sur l’appât du gain plutôt que sur une volonté entrepreneuriale de développement au bénéfice de l’homme, même s’il profite aux riches détenteurs de capitaux, il faut être conscient que les puissances financières sont majoritairement (nous chercherons à en évaluer la proportion dans un prochain article) des fonds de pension ou d’investissement qui investissent pour placer des liquidités des retraites par capitalisation et les économies des épargnants, défendant les intérêts financiers des ... classes moyennes occidentales.

 

2- Originalité des recommandations ?

 

Curieusement, alors que le positionnement de Arnaud Montebourg est qualifié très « à gauche », proche de Jean-Luc Mélenchon, ce qui sans doute tient au ton réquisitoire accusateur du diagnostic et à l’emploi du mot « protectionnisme » renforcé par la médiatisation de l’expression « démondialisation », les propositions en fin de livre sont très classiques et la plupart reprennent des point déjà recommandés par François Bayrou et le Mouvement démocrate dans son projet humaniste (livre orange) et dans le projet du MoDem pour l’Europe de 2009 notamment pour régulariser la mondialisation :

 

-         Concernant les point 1 et 2 « faire intégrer dans les traités de libre-échange de l’OMC de nouvelles conditions non marchandes, afin que la compétition ne se fasse pas au détriment du travail et de l’environnement » :
MODEM (p.47) =>  intégrer les objectifs environnementaux et sociaux dans les échanges internationaux, à travers une réforme de l’OMC ; dans le programme européen du Modem => Réformer en profondeur les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour intégrer davantage les exigences sociales et environnementales. Les produits qui entrent en Europe devront progressivement être soumis aux mêmes normes que ceux que nous fabriquons chez nous.

-         Sur le point 3 «  créer une agence française sanitaire, sociale et environnementale chargée de calculer le coût écologique et social des produits étrangers selon des critères transparents » :
Le MODEM propose au niveau de l’Europe (p. 47) => introduire une norme comptable fondée sur la responsabilité sociale et environnementale pour les grandes entreprises et réalisée par des agences indépendantes ;

-         Point 4 « instaurer une taxe carbone aux frontières de l’UE » et 6 (taxe appliquée aussi au sein de l’Europe) :
Le MODEM le proposait déjà dans son
programme pour l’Europe en 2009 : 
 
- Instaurer une taxe carbone européenne qui pénalisera les énergies fossiles les plus polluantes.
- Taxer les pollueurs pour qu’ils soient incités à modifier leur comportement.
 une fiscalité environnementale :
Dans son projet humaniste (p.16) =>
La fiscalité doit désormais être adaptée à l'impératif environnemental. Elle doit être liée directement aux comportements des entreprises et des particuliers. Pour les entreprises, des tranches d’impôt sur les sociétés pourraient être établies en fonction de leur performance environnementale. Pour les particuliers, la TVA pourrait être modulée en fonction de la performance environnementale des produits de consommation achetés ;
et p.19 : une fiscalité réorientée pour susciter chez chaque acteur des comportements plus éco-responsables

-         Point 11 : «  Permettre aux consommateurs d’accéder à l’information du contenu social et environnemental des produits qui leur sont proposés, par l’institutionnalisation des labels,... » :
Le MODEM, p.17-18 : encourager la consommation de produits à plus-value sociale et environnementale en clarifiant les labels et en communiquant l’empreinte sociale et environnementale des produits et services ;

-         Point 13 « Politiser le droit européen à la concurrence pour constituer des champions industriels ayant la taille critique sur le marché mondial » :
Programme européen du MoDem =>
Instaurer une politique industrielle européenne grâce à la mise en place d’un fonds stratégique l’investissement au sein de la Banque européenne d’investissement (BEI). Il financera des projets stratégiques, les nouvelles technologies de l’environnement et les PME innovantes
Projet humaniste, p.47 => soutenir les rapprochements entre entreprises pour susciter des « champions européens ». Un Fonds stratégique européen pourrait élargir les compétences actuelles du Fonds Européen d’Investissement. Il investirait dans les grandes entreprises stratégiques, les PME innovantes, les projets d’infrastructures de niveau européen ;

-         Point 14 « Mettre la convergence sociale et fiscale à l’agenda immédiat de l’Union européenne » :
Programme européen du MoDem =>
 Mettre en place un plan de convergence sociale
afin d’harmoniser progressivement nos niveaux de protection sociale en Europe.
Comme je le disais dans un article « TVA sociale : pour ou contre ? », il faut entrer dans une logique de concurrence loyale et solidaire proposant une taxe sociale et environnementale solidaire aux frontières de l’Europe. Marielle de Sarnez, députée européenne et vice-présidente du Mouvement Démocrate, a défendu ces positions lors de plusieurs interventions au Parlement européen, notamment celle-ci le 8 octobre dernier à propos de la Chine.

-         Même si malheureusement ne figure pas dans les propositions à la fin du livre la recommandation déjà faite par Arnaud Montebourg de séparer les banques de dépôt des banques d’affaire (pour que les banques ne mettent pas en danger les activités bancaires classiques en spéculant sur les marchés), comme le stipulait le Glass Steagall Act aux Etats-Unis avant son abolition en 1999, François Bayrou a été le premier à la proposer dès l’éclatement de la crise financière fin 2008. Arnaud Montebourg avait aussi parlé de « mettre les banques sous tutelle » (ce que ne recommande pas le MoDem), en prônant un pôle bancaire public, que l’on ne trouve pas dans ces 17 propositions.

 

Lacunes dans les recommandations :

Comparé à ces recommandations, même s’il n’emploie ni le mot « démondialisation » (terme utilisé dans un but médiatique comme une « marque déposée ») ni le mot « protectionnisme » (qui signifie des barrières aux frontières sur des critères que l’on ne s’impose pas à soi-même), le Mouvement Démocrate va plus loin en vue de réguler la mondialisation.

Il insiste beaucoup sur l’importance d’une gouvernance mondiale sur la concurrence déloyale monétaire, permettant à certains pays comme la Chine de pratiquer un dumping par sous-évaluation de sa monnaie.

La protection de nos emplois et de nos ressources fiscales passe également par l’interdiction des paradis fiscaux ou Etats dits « non coopératifs », au niveau de l’Europe comme au niveau mondial. Dans le programme européen du MoDem  figurait « Prendre les décisions nécessaires, avec un calendrier contraignant, pour bannir la pratique des paradis fiscaux. »

 

 

21/06/2011

Démondialisation, protectionnisme et sortie de l’euro

La "démondialisation" fait débat. Terme médiatisé par Arnaud Montebourg, ce néologisme mérite d'être défini et nuancé car recouvre plusieurs concepts, tels que protectionnisme (de quel type ?), sortie de l'Union européenne ou de l'Euro, relocalisation d'activités, recours à d'autres formes d'organisation économique ou entrepreneuriales,...

Or si les acteurs du débat entendent des concepts différents derrière ce mot, le discours est faussé, le conflit exacerbé, la discussion difficile. Ne mélangeons pas tout et apaisons ce débat, intéressant et indispensable dans la campagne présidentielle qui s'annonce !

Comme le disait récemment Jacques Attali invité par François Bayrou, « les deux questions clés de l'élection présidentielle porteront sur la vision du monde (et de l’Europe) et sur la vision de l'Etat » :

- comment résister aux forces de la mondialisation, au dumping monétaire, à une concurrence parfois jugée déloyale (dumping social et environnemental), avec ses conséquences sur les emplois (délocalisations) ?

- comment réguler la mondialisation, établir des règles acceptées de tous en matière d’accès aux ressources et de protection de l’environnement ? Comment interdire vraiment les paradis fiscaux et contrer les mafias internationales ? Au travers d’une gouvernance mondiale renforcée (et cependant démocratique) ou au travers d’un repli de la nation sur elle-même en fermant les frontières, en sortant de l’Europe, de l’Euro ?

- quel pouvoir reste à l’Etat ? Quelle prise a-t-il sur l’Europe, sur la mondialisation, sur la croissance économique, sur nos entreprises et nos emplois ?

 

En effet, les Français se rendent bien compte des conséquences de la mondialisation sur leurs emplois, par l’effet des délocalisations d’activités : depuis 1980, l’industrie française a détruit près de 2 millions d’emplois. Un document de Bercy estime que, entre 2000 et 2007, 63 % de ces destructions sont le fait de la concurrence internationale. Par exemple PSA et Renault n'ont produit que 29,7% de leurs automobiles sur le sol français en 2010 (...) » A noter que si Peugeot affiche 37,2% et Citroën 36,8% de véhicules assemblés en France, Renault dont l'état est toujours actionnaire n'en a produit que ... 26,4% ! (source : l'Auto Journal n°824 du 10 mars 2011).

Un sondage IFOP sur "Les Français et le protectionnisme" a été récemment publié sur le site "Pour un protectionnisme européen", réalisé à l’initiative d’un collectif qui fait la promotion du protectionnisme. Clairement, comme le résume cet article sur Agoravox, les Français approuvent à 65% le principe du protectionnisme, en tout cas sur les questions telles que posées.

Ces questions sont brûlantes et divisent les partis, au sein de la gauche (JL Mélenchon prône la sortie du traité de Lisbone, s’affranchir des règles européennes qui imposent aux politiques un carcan néolibéral, Arnaud Montebourg médiatise le concept de démondialisation ») et aussi au sein de la droite (Front National protectionniste à fond et pour une sortie de l’Euro et de l’UE, Nicolas Dupont-Aignan avec Debout la République aussi). Il semble que les lignes de clivage ne sont plus gauche-droite mais les anti-mondialisation et anti-euro face aux autres. Cependant, on trouve plusieurs nuances dans ces visions : « démondialisation » ne veut pas dire sortie de l’euro (Arnaud Montebourg ne va pas jusque-là) et peut signifier « relocalisation des activités, avec plus ou moins de dispositif protectionniste. De même le protectionnisme peut être très poussé et aveugle, avec une forte taxe dissuasive aux frontières, il peut être « éclairé » (terme de Maurice Allais), pour compenser une concurrence déloyale, par exemple le dumping monétaire de la Chine sur le Yuan, ou encore sociale ou environnementale si le pays ou la société exportatrice exploite ses travailleurs sans couverture sociale ou produit sans respect de normes environnementale. Dans ce cas, il faut savoir si on prône une telle taxe aux frontières de l’Europe sans pour autant sortir de l’Europe, ou aux frontières de la France. La question de l’euro (sortie de l’euro sans sortir forcément de l’UR) est aussi une autre question. Il ne faut donc pas tout mélanger !

Or les débats actuels, les invectives parfois violentes (comme récemment sur Mediapart avec Jacques Sapir, Pierre Khalfa et d’autres) ne permettent pas d’expliquer et différencier ces sujets, pour discuter dans un climat apaisé. Même Philipe Cohen dans Marianne2 interpelle François Bayrou, suite à son intervention sur France Inter lundi 20 juin 2011 :
« François Bayrou, réglait la question en un coup de cuillère à pot : la démondialisation, selon lui, ce n'est pas sérieux puisque seules l'extrême droite et l'extrême gauche en parlent. Bayrou, lui parle de régulation. Comme Nicolas Sarkozy. Comme François Hollande. Comme François Fillon. Comme Dominique de Villepin. Comme Jean-Louis Borloo. »

En fait François Bayrou avait dit :
« "La thèse de la démondialisation exposée par les deux extrêmes est un mensonge. La seule question que nous devons nous poser, c'est comment la France peut-elle continuer à produire?' L’Allemagne montre qu’on peut parfaitement produire et exporter en étant un pays de la zone euro, et donc améliorer le niveau social du pays", a-t-il souligné. "Je plaide pour une France forte et productrice ! »

Mais il a parlé un peu trop vite en assimilant la « démondialisation » à la sortie de l’Euro et de l’Europe ... Car en fait le Mouvement Démocrate défend l’euro et alerte sur les dangers d’une sortie de l’euro, qui renchérirait tant notre dette (15 milliards d’euro en plus de déficit public annuel pour une hausse de 1 point du taux, donc pour une hausse de 3%, ce qui serait le cas, l’équivalent de la totalité de l’impôt sur le revenu !). Mais par ailleurs, le Mouvement Démocrate prônait déjà en 2009 dans sa campagne européenne la réciprocité équitable des échanges entre l’Europe et les pays émergents, notamment la Chine (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, par exemple pour obtenir des marchés de construction en Chine, ou pour acheter des entreprises chinoises) et une fiscalité équitable aux frontières de l’Europe en cas de dumping de pays ne respectant pas les normes internationales en matière sociale, sanitaire ou environnementale (ce que propose aussi maintenant le Parti Socialiste dans son projet pour 2012), de même s’il y a un dumping monétaire... Appliquer ainsi aux autres les règles que nous nous appliquons à nous-mêmes en Europe et en cas de non respect, justifier d’une interdiction ou d’une pénalité. Ce qui n’est pas du « protectionnisme » qui lui consiste à pénaliser les autres sans pour autant que l’on s’applique la pénalisation à soi-même.

De plus, la mise en place d’un droit de douane « social et environnemental » sur les pays ou sociétés ne respectant pas les normes européennes que nous nous appliquons à nous-mêmes, supposerait :

1- La mise en place d'une norme internationale de minimum social et environnemental

2- Une application de cette taxe à la frontière avec un certain discernement. Cette taxe doit être juste et ne taxer que les produits ou service ne respectant pas la règle. Donc pas une taxe unique sur tous les produits chinois (sauf si on ne tient compte que d’un dumping monétaire, ayant une estimation de la sous-évaluation de la monnaie).

3- La possibilité d'en vérifier le respect. Il faut des agences de rating social et environnemental ! Autant on peut l'imaginer pour des grosses sociétés cotées par exemple, dont il faudrait compléter le rating existant qui est focalisé sur la rentabilité et les risques dans un but boursier, autant c'est plus difficile pour les petites sociétés. Comment vérifier ? A quel coût ?

Pour parler d'une "humanisation de la mondialisation", il faudrait réserver cette taxe pour financer les deux points ci-haut et mettre le reste dans un fonds qui aiderait les pays dont on a importé la marchandise à améliorer sa protection sociale et environnementale. Ainsi, l'argent taxé serait vraiment destiné dans son but premier, qui est le respect de l'homme et de l'environnement, incitant le pays à appliquer la norme de protection pour éviter la taxe, au bénéfice de son peuple. Utiliser cette taxe pour simplement réduire notre déficit détournerait l'intérêt de l'objet initial et ne serait pas inscrit dans une démarche humaniste, mais démagogique.

En fait, au-delà de l’intérêt égoïste mais néanmoins légitime de la protection de nos emplois pour éviter les délocalisations, la grande question est celle-ci :

« Mettre sur un pied d’égalité le commerce, l’environnement et le social »

L’OMC ne devrait plus pouvoir décider des négociations sur le libre-échange et sur la concurrence sans le FMI (dumping monétaire), sans l’OIT (normes de protections sociales et du travail) et sans les instances internationales donnant les normes de protection de l’environnement (en attendant une véritable une agence internationale de l’environnement). De même pour l’Europe vis-à-vis de ses partenaires extérieurs.

C’est l’idée que défend le Comité Pauvreté et Politique (petit think-tank dont l'objet est de lutter contre la pauvreté et de remettre l'homme au centre), avec ses recommandations :

ð Mettre sur un pied d’égalité le droit du commerce international, le droit de l’environnement et le droit social,

ð Harmoniser entre elles les négociations internationales,

ð Promouvoir la justice sociale dans le nouvel ordre mondial.

Les toutes récentes déclarations de N.Sarkozy et de Ban-Ki-Moon vont dans ce sens. Mais il faut être plus précis et concret sur la manière de le faire. Et relier cette question internationale, qui a trait à la gouvernance mondiale, à la question de protection de notre économie locale, à la question du protectionnisme (et lequel ? Sous quelle forme) qu’il ne faut peut-être pas nommer protectionnisme s’il s’agit d’une régulation équitable du libre-échange.

 

 

 
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