Avertir le modérateur

30/08/2012

Les faibles marges des entreprises françaises sont-elles dues au côut du travail ?

Le 20 juin 2012, l'Insee a publié une étude intitulée "éclairage sur l'évolution de l'économie française depuis la récession de 2009" qui dresse le constat de dégradation du taux de marge des entreprises (Excédent Brut d'Exploitation, après impôt et coût du travail, rapporté à la Valeur Ajoutée) qui n'a jamais été aussi faible depuis 25 ans : 28.6% comparé à 34,4% pour l'Allemagne et 38,3% sur la zone Euro, soit une dégradation de-1,5 points entre 2010 et 2011, -2,2% pour l'EBE. Quelles sont les causes de cette dégradation ?

 

Source : Insee, comptes nationaux - base 2005.

Evolution du taux de marge, du taux d'autofinancement et du taux d'endettement des sociétés non financières françaises entre 1980 et 2011

Toujours la même antienne : des patrons d'entreprises, des économistes, des politiques (d'opposition et aussi parfois du PS), suivis aveuglément par la presse, les medias, les politiques d'opposition prétendent avec évidence que c'est "le coût du travail  qui a dégradé la compétitivité de nos entreprises" (parfois aussi les 35 heures ...), analyse contestée cependant par les partenaires sociaux (CGT, CFDT,...). D'ailleurs Pierre Moscovici se fait applaudir aujourd'hui à l'université d'été du MEDEF en proclamant que "la compétitivité n'est pas un gros mot " et que "le coût du travail n'est pas une question taboue", ce en quoi il n'a pas tort, parlons-en justement !

Pourtant :

  • Le coût du travail (salaires bruts et charges patronales), à tout le moins dans l'industrie, est du même ordre et même un peu moins élevé qu'en Allemagne en particulier dans l'industrie(voir mon article avec références Insee). La croissance des salaires réels est en phase avec celle de la productivité, d'après l'Insee, donc cette explication ne tient pas.
  • Notre productivité horaire (PIB rapportée aux heures travaillées), est toujours parmi les plus élevées au monde avec le Danemark, l'Irlande, les Pays-Bas, devant l'Allemagne et la Suède (chiffres Eurostat). Elle s'est améliorée de 1,2% en 2010 et de 1,4% en 2011 (chiffres Insee). Ceci malgré les 35 heures ! Les 35 heures expliquent que l'indice PIB/habitant n'est pas un des meilleurs en France, cet indice étant souvent utilisé par ceux qui veulent mettre en exergue notre retard de compétitivité et supprimer les 35 heures, alors que l'indice réel de productivité doit être celui du PIB par heure travaillée.
  • En revanche ntre 2010 et 2011, les prix de l’énergie ont de nouveau fortement augmenté : +12,3 % (+10,0 % entre 2009 et 2010). Cette augmentation traduit celle des prix des produits pétroliers (+15,8 %), dans le sillage des cours du pétrole brut : +23,1 % pour les fiouls domestiques et +14,3 % pour les carburants. Dans le même temps, les tarifs de l’électricité se sont accrus de 6,5 % et ceux du gaz de ville de 8,5 %(chiffres Insee). D'ailleurs l'Insee relève page 2 de l'étude que la hausse des prix énergétiques pèse en effet sur les marges des entreprises.

Lorsqu'on regarde la fiche statistique de l'Insee sur l'évolution du Taux de marge et taux d'investissement des sociétés non financières de 2000 à 2011, un commentaire mentionne : "En 2011, les impôts sur la production accélèrent, en particulier du fait de la hausse du forfait social. Inversement, les subventions sur la production reculent, en raison notamment de la non-reconduction des aides à l'emploi mises en oeuvre dans le cadre du plan de relance. Au total, l'excédent brut d'exploitation se contracte (- 2,2 %), après avoir augmenté de 6,0 % en 2010. Le taux de marge perd ainsi 1,5 point entre 2010 et 2011, pour s'établir à 28,6 %, niveau le plus bas depuis 1986."

On peut donc se demander si la hausse du forfait social (passé de 2% en 2009 à 4% en 2010 puis à 6% en 2011) a pesé sur le coût du travail, mais si c'est le cas, l'Insee a par ailleurs précisé que la hausse du coût du travail avait été compensée par la productivité, et ce coût n'est toujours pas plus élevé que celui de l'Allemagne, même si ce dernier a stagné ces dernières années pendant que celui de la France augmentait.
Pourtant, des articles comme celui du Figaro  font référence à l'étude de l'Insee mentionnent la hausse du taux moyen des cotisations sociales : "Dans l'industrie, la baisse des profits dans l'industrie et plus récemment la hausse des prix de l'énergie ainsi que l'augmentation des coûts salariaux, à la fois à cause du poids des cotisations sociales à la charge des employeurs et de la hausse du salaire réel par tête. En particulier, le mode de calcul moins favorable des allégements de charge sur les bas salaires, instauré l'an dernier, se ressent. Les résultats sous pression annoncés par les grandes entreprises françaises qui doivent faire face à la concurrence - comme DanonePSAAir France ou encore ArcelorMittal - témoignent de cette érosion de la rentabilité."

Certes, il faut que nos entreprises retrouvent de meilleures marges et puissent investir, mais comment ? Si le coût du travail est le même qu'en Allemagne et même moins élevé dans l'industrie, ce doit être ailleurs qu'on peut trouver des marges de progrès ...

L'Insee souligne aussi qu'en raison de la chute de leur taux d'épargne (-11,5%) et de la remontée de leurs investissements (+7,7%), le taux d'autofinancement des entreprises est en chute libre, affichant un plongeon de 14,6%, (passant à 67,2%). En cas de resserrement du crédit bancaire, comme certains le craignent, il sera donc difficile de maintenir de hauts niveaux d'investissements, et espérer ainsi renouer avec de plus fortes marges.

La première exigence pour trouver les voies de l'amélioration est celle de la vérité des chiffres. Ceux qui manipulent les chiffres et l'opinion publique pour à toute force diminuer le coût du travail, geler les salaires ou diminuer la protection sociale doivent être mis devant l'évidence de la vérité des chiffres.

Liens sur articles :

http://www.ndf.fr/nos-breves/30-08-2012/video-le-taux-de-...
http://lexpansion.lexpress.fr/entreprise/alerte-rouge-sur...
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/06/20/20002-20120...
http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2012/06/20/la-...

31/08/2008

Sarkozy, l'erreur historique

Jean Peyrelevade vient de publier chez Plon un livre au titre provocateur : « Sarkozy, l’erreur historique ». Je vous  recommande vivement de lire ce livre à trois titres :

1-     pour sa vertu pédagogique (un vrai cours de macroéconomie pour les nuls !),

2-     pour la synthèse des chiffres de l’économie française comparée à l’Europe, dont l’Allemagne, nous aidant à comprendre la réalité et l’évolution depuis 10 ans (je suis d’ailleurs fière d’avoir contribué à la collecte de ces données), ainsi qu’une rétrospective même depuis le premier choc pétrolier des années soixante-dix,

3-     pour une analyse claire et limpide, qui apparaît comme une évidence et qui pourtant apporte un nouvel éclairage à la politique économique de la France, certes critique à l’égard du gouvernement actuel (et de ses prédécesseurs), mais aussi constructive car conclut par des propositions réalistes. C’est un langage de vérité, que les Français devraient apprécier, commençant à réaliser les mensonges, la langue de bois, les fausses promesses dont ils sont l’objet électoral.

 585249888.jpg

Que nous révèle ce livre en substance ?

 

Que les problèmes de ralentissement économique de la France proviennent essentiellement de deux maladies :

 

-         la détérioration forte des marges des entreprises françaises (les PME), comparées à nos voisins européens et même mondiaux, handicapant nos entreprises en matière de capacité d’autofinancement, donc d’investissement notamment en recherche et développement, expliquant leur problème de compétitivité concurrentiel à la fois en termes de prix de vente et de niveau de l’offre, en particulier dans l’industrie (80% de nos exportations), d’où une réduction progressive des exportations et une augmentation des importations, donc un déficit commercial qui équivaut aussi pratiquement au déficit public,

 

-         un déficit public important et endémique de presque 3% du PIB (limite autorisée des critères de Maastricht) coûtant donc 3 points de croissance !), alimentant une dette publique gigantesque de 1200 milliards d’Euros (arrivant à 64% du  PIB annuel de la France, presque égale aussi à la limite du critère autorisé de Maastricht sur la dette). Non seulement ce déficit est insupportable et révèle un Etat qui vit au dessus de ses moyens et finance les besoins d’aujourd’hui par l’impôt de demain supporté par les générations futures, mais il est la source même du problème de réduction des marges des entreprises et de notre problème de croissance.

 

Des propositions

 

Il faut donc commencer par réduire le déficit public et soutenir les PME, en allégeant leurs prélèvements fiscaux et leurs charges sociales comme le disait François Bayrou dans son programme présidentiel (les 2 emplois sans charge pour les PME, le Small Business Act,…), afin qu’elles puissent reconstituer leurs marges et investir pour l’avenir et pour retrouver leur compétitivité.

Or les réformes engagées par Nicolas Sarkozy n’attaquent pas ce problème de fond, ni celui du déficit (qu’il dit vouloir combattre mais s’engageant à une réduction de 1 milliard par an pendant les 5 ans de mandature, autrement dit rien) ; elles sont « cosmétiques », populistes car démagogiques et inefficaces :

-         La relance par la demande prétextée par Nicolas Sarkozy est un leurre surtout dans un contexte  d’offre insuffisante (excédent d’importations et la demande excédentaire aurait pour effet d’augmenter encore de 40% les importations) et elle entretient de surcroît une illusion auprès des citoyens, payante électoralement que la relance est compatible avec une hausse de pouvoir d’achat. Cette politique enfonce de plus en plus nos espoirs de croissance futurs. Seule une politique de l’offre serait aujourd’hui efficace (envers les entreprises et la production).

-         Les économies attendues de certaines réformes (non remplacement des départ en retraite des fonctionnaires, simplifications administratives, fusions d’administration) ne sont pas à l’échelle nécessaire et ne pourront se faire que dans la durée (il sera alors trop tard !). Alors qu’il faudrait de la rigueur et avoir le courage d’augmenter l’impôt des ménages (et non des entreprises), mais néanmoins sans l’augmenter sur les couches sociales défavorisées et même les classes moyennes. On pourrait même supprimer carrément l’impôt sur les sociétés (qui est aujourd’hui de 1/3), ce qui permettrait aux entreprises à la fois d’augmenter l’investissement et les dividendes versés aux actionnaires (sur lesquels l’Etat pourrait appliquer un taux de prélèvement plus important pour récupérer d’un côté l’impôt abandonné de l’autre).

 

Jean Peyrelevade nous explique aussi son désaccord avec une imposition de type TVA sociale (qui est tout sauf sociale !), rappelant aussi que la TVA est une « Taxe sur la Valeur Ajouté » dont on oublie trop souvent le dernier terme (taxe grevant aussi la valeur ajoutée des entreprises) en l’assimilant à une taxe sur la consommation (grevant le consommateur), alors qu’il faut tenir compte des effets induits de prix. Cette TVA « sociale » permettraient selon certains de bénéficier d’un effet équivalent à une dévaluation monétaire au sein de la zone euro en avantageant les exportations et en renchérissant les importations (que la France ne peut faire sur l’euro), mais qui sans rigueur pourrait être annihilée par d’autres effets.

 

Dès sa parution, le livre a  dû piquer au vif et a donc reçu des critiques acerbes, notamment dans Les Echos (surtout celui-ci et celui-là de Jean-Hervé Lorenzi ou encore celui de Eric Chaney) et dans Le Figaro (Nicolas Baverez qui a conseillé Nicolas Sarkozy et se sent donc personnellement visé par la critique), essayant de parer aux attaques, prétextant que les critiques sont plutôt « personnelles » à l’égard de Nicolas Sarkozy que sur le fond (ce qui est complètement faux, au contraire), que Jean Peyrelevade ne propose rien ou de manière évasive (encore faux !), à croire que ses détracteurs sont de mauvaise foi ou n’ont pas lu le livre. De plus ils disent absolument n’importe quoi, le renvoyant aux nationalisations engagées par François Mitterrand en 1981 (alors qu’il s’est exprimé en opposition à ces nationalisations), aux déboires du Crédit Lyonnais et de l’affaire Tapie (alors qu’il est arrivé un an après pour redresser la Banque), à l’affaire Exécutive Life (également datant d’avant son arrivée, lui-même ayant été mis en examen par le gouvernement de Californie à titre de « faux témoignage », et reconnu innocent). Mais on sait tous aussi que Les Echos appartiennent à Bernard Arnaud et Le Figaro à Serge Dassault …

Le Monde de son côté respecte une totale neutralité en en donnant des extraits.

 

Certes le titre est provocateur, et Jean Peyrelevade s’en excuse dès l’introduction. Il aurait pu s’intituler « Sarkozy, un tournant historique ? » ou bien « l’Empire Sarkozy empire la France » ou « Sarkozy : des fausses réformes » … Peu importe, c’est le contenu du livre qui est intéressant, un message de vérité.

 

306791758.jpgJean Peyrelevade est un homme courageux, intelligent, exemplaire et hors du commun. Ce n’est ni l’argent qui l’intéresse (il était un des patrons du CAC40 le moins payé, volontairement eu égard aux salaires indécents de ses confrères) ni les honneurs et les paillettes. Il défend des idées et il a à cœur de redresser la France. Je peux témoigner personnellement de ses valeurs personnelles, de son charisme et de sa droiture. Lorsqu’il a redressé le Crédit Lyonnais, j’y travaillais et j’ai eu l’occasion de le rencontrer déjà à l’époque, m’étant occupée du plan de secours de l’incendie du Siège et du passage à l’Euro des Marchés de Capitaux. Ce qu’il a fait est exemplaire. Tous les salariés ont fait un sacrifice, de salaire et d’efforts redoublés pour que la Banque s’en sorte (l’activité bancaire, elle, était saine bien, malgré les investissements malheureux des filiales Altus et SDBO, mais a dû en subir cruellement les conséquences notamment sur son personnel) et ils étaient fiers de ce redressement et de leur président, que leurs efforts portent leurs fruits.

 

Certains reprochent aussi à Jean Peyrelevade de ne pas tenir compte des risques de récession (politique de rigueur plus difficile dans un tel cas) et de la récente crise financière et énergétique, dont il parle peu, se concentrant sur son sujet. Mais c’est parce que volontairement il n’a pas voulu mélanger tous les problèmes. Parlons déjà de la situation actuelle. Si elle s’aggrave avec d’autres crises, d’autres « infections » dans notre économie, il faut quand même déjà soigner nos deux maladies principales.

 

Jean Peyrelevade apporte aux Français un message de vérité. Mais cette vérité dérange car elle appelle des sacrifices et elle met en exergue « l’erreur historique » de Nicolas Sarkozy.

 

Article publié sur Mediapart, France Démocrate, AgoraVox, le blog Marianne Republique

07/06/2008

L’islamic banking : la finance au service de la religion ?

266519437.jpgA l’heure des débats sur la laïcité, relancés encore récemment par l’affaire du mariage annulé pour cause de mensonge sur la virginité de l’épousée, il est un domaine public, transverse et international où se développe un business en forte croissance, fondé sur le respect de règles religieuses de l’Islam, inscrites dans la loi pour certains pays (la charia) et à destination d’une clientèle réputée musulmane : l’ « islamic banking » ou en français la « finance islamique ». Après les banques anglo-saxonnes, les banques d’investissement françaises s’y sont mises et rivalisent d’inventivité pour servir une clientèle internationale dans les pays musulmans, notamment au Moyen-Orient. La banque de détail y pense peut-être pour servir une clientèle locale ciblée.

Qu’est-ce que la finance islamique ?

La finance islamique est un système de banque qui suit les règles de la charia, la législation islamique. De manière générale, la charia interdit les intérêts (appelé aussi usure) et interdit d’investir dans tout ce qui est illégal, tels que les casinos, le porc, l’alcool, la pornographie… Il est également interdit de prendre des risques financiers, car ils sont considérés comme une forme de hasard.

La prohibition de l’intérêt résulte du verset 275 de la deuxième sourate du Coran : « Dieu a rendu licite le commerce et illicite l’intérêt ».

Ainsi, la finance islamique a pour principe de lier la rentabilité financière d’un investissement aux résultats du projet financé.

En matière d’échange de monnaie, tout surplus tiré d’une transaction non basée sur des actifs réels et préalablement possédés par le vendeur est illicite. Les crédits bancaires, les contrats de prêts, entrent dans cette catégorie, qu’il s’agisse de crédits à la consommation ou de crédits aux entreprises.

Concrètement, comment fonctionnent les instruments de financement islamique ?

Pour respecter la loi islamique, les banques ont développé des mécanismes financiers s’appuyant sur un dispositif contractuel, permettant à un promoteur de mener un projet grâce à des fonds avancés par des apporteurs de capitaux dont la clé de répartition des gains et des pertes est fixée dans le contrat. Les apporteurs de capitaux supportent les pertes et les promoteurs perdent le fruit de leur travail. C’est une forme de partenariat où une partie apporte les fonds et l’autre l’expérience et la gestion. Les partenaires (entrepreneurs, banquiers) contribuent aussi bien au capital qu’à la gestion du projet. Ils peuvent constituer une structure commune dont ils sont actionnaires, participant au capital de cette structure et ayant conclu une répartition des pertes et profits. Souvent, la forme de financement s’apparente à un crédit-bail (leasing), la structure (dont le bénéficiaire peut détenir des parts ainsi que la banque) étant propriétaire du bien à financer et le bénéficiaire payant un loyer pour l’utilisation du bien, en étant propriétaire en fin de contrat ou bien rachetant les parts de propriété à ses partenaires.

Il existe plusieurs formes de financement islamique :

-         le moudarib : fondé sur le partenariat, avec bénéfices répartis en fonction du niveau de participation au capital,

-         la mousharaka : une grande partie des fonds est apportée par la banque,

-         la mourabaha : contrat de vente assorti d’un rachat ultérieur à un prix majoré, comme un « réméré »,

-         l’ijara : la banque achète les biens d’équipement et en transfère l’usufruit au bénéficiaire pour une période durant laquelle elle conserve la propriété de ces biens, assimilé à un crédit-bail,

-         l’istina : contrat de fabrication ou de construction par lequel le vendeur accepte de fournir à l’acheteur, dans un certain délai et à un certain prix convenus, des biens spécifiés après leur fabrication ou leur construction conformément au cahier des charges,

-         enfin le soukouk : équivalent islamique d’une obligation où l’intérêt est un profit prévu à l’avance à risque quasi-nul, particulièrement utilisé pour les financements immobiliers.


Un business florissant


La finance islamique enregistre une croissance de 15% à 20% par an. Elle a ignoré la récente crise financière.

Le marché de la finance islamique a grandi en trente ans de 0 à 750 milliards de dollars (475 milliards d’euros), les montants d’actifs bancaires islamiques ont crû de 140 à 500 milliards de dollars entre 2000 et 2008.

C’est plus la demande que l’offre de nouveaux produits qui dynamise le marché.. Les économies du Golfe ont doublé en taille depuis 2002. Le prix du baril de pétrole est passé de $30 à plus de $100, créant des profits et des liquidités à investir. 25% de la population mondiale est musulmane et certains estiment que 40 à 50% de leur épargne sera géré par la finance islamique d’ici 8 à 10 ans (contre 10% en 2007).

La finance au service de la religion et de la morale ?

Au fond, il y a dans la motivation de la finance islamique, une motivation d’ordre moral, touchant à l’objet du bénéficiaire ou à la motivation du projet financé, comme les fonds éthiques.

En revanche, sur la forme, la conformité à un instrument de financement qui ne doit pas qualifier sa rémunération d’  « intérêt », par habillage contractuel, même si finalement la résultante des flux et des risques assumés par le créancier et le débiteur est strictement la même, n’y a-t-il pas une forme d’hypocrisie ? Un financement de projet peut ainsi, selon l’apparence contractuelle qu’il revêt, apparaître moral ou amoral, conforme ou non à la religion.

On peut aussi s’interroger sur la nature des créanciers et des bénéficiaires de ces financements. La finance islamique en occident fait en général référence au cas où les créanciers, banques ou bailleurs financiers en général, ne sont pas forcément musulmans et ont adapté leur offre à une clientèle bénéficiaire musulmane, ciblée en particulier dans les pays appliquant la charia. On parle moins du cas des acteurs de ces pays, créanciers de bénéficiaires occidentaux. Or, c’est de plus en plus dans ce sens qu’évolue le contexte financier, les fonds souverains des pays exportateurs de pétrole, comme l’Arabie Saoudite, investissant de plus en plus en obligations et actions des états et entreprises occidentales. Ainsi, comme l’argumente Michael Moore dans son documentaire « Le monde selon Bush » et son libre « Tous aux abris », l'Arabie Saoudite représente DEUX MILLE MILLIARDS de dollars d'investissements sur le territoire américain, les Saoudiens détiennent 11% de la capitalisation boursière du NYSE (New-York Stock Exchange) ! Apparemment ça ne les a pas gêné, en tout cas juridiquement, puisque le pays dans lequel les Saoudiens investissent n’est pas soumis lui-même à la loi islamique …

En fait, ce n’est pas la finance qui se met au service de la religion, mais la religion qui sert de prétexte au développement d’un nouveau business ! Et dans la mondialisation, le business n’a pas de religion, pas de morale, du moment qu’il crée de l’argent, pourquoi pas grâce à la religion …

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu