Avertir le modérateur

22/10/2011

L'emballement des dettes d'Etat et du système bancaire : de la fausse monnaie !

Je vous recommande un excellent article de Mediapart, signé de Martine Orange et Ludovic Lamant,qui résume très bien les positions, mieux encore que la presse financière La Tribune, Agefi etc.

Il démontre aussi combien Nicolas Sarkozy méprise ses députés, n'ayant pas engagé de débat parlementaire sur les choix structurants qui appellent des décisions cruciales pour notre pays. Il méprise aussi les citoyens, ayant manqué à son devoir d'information et de pédagogie. Il aurait dû s'adresser aux Français publiquement pour leur expliquer la situation. 

Si on récapitule :

 

Acte 1 : des banques font des pertes considérables suite à l'éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis (subprimes), risquant de mettre l'économie en faillite. Une banque, Goldman Sachs, impliquée dans une spéculation sur les subprimes aux dépens de ses clients, conseille aussi l'Etat grec pour cacher l'ampleur de sa dette ;

  

Acte 2 : les Etats s'endettent pour recapitaliser les banques et relancer l'économie et demandent aux banques d'acheter notamment la dette grecque ; 

 

Acte 3 : décote de 21% puis envisagée à 50% de la dette grecque, impliquant des pertes des banques détentrices de la dette, donc besoin de renforcer leur capital, ce qui va obliger les Etats à s'endetter encore pour les recapitaliser, en empruntant à qui : aux banques ? à la BCE ? au FESF ? Et au fait, Goldman Sachs est toujours là ?

  

Lorsque je faisais en mars 2009 le bilan financier mondial de la crise et ses conséquences sur l'emballement des dettes publiques, c'était assez bien vu...

Quelles que soient les solutions de financement des dettes d'Etat, via le banques ou le FESF, qui eux-mêmes doivent être garantis ou recapitalisés par les Etats, ou via la BCE, cela se traduit en création monétaire, en fausse monnaie. Les Etats s'endettent auprès des banques en leur apportant du capital qui leur permet à nouveau de leur prêter, avec un effet de levier...

Nous pouvons entrer dans une ère d'hyper inflation, de dépréciation généralisée des actifs, de hausse des taux d'intérêt nuisant au financement de l'économie. Une inflation doublée d'une récession et d'un taux de chômage élevé, ce qu'on appelle la stagflation.

 

21/11/2010

La France maître du monde en 2011 ?

En 2011, quatre Français seront en même temps à des postes clés de la gouvernance internationale :

article_FranceMaitreDuMonde2011.JPG

1- Dominique Strauss-Kahn, à la direction générale du FMI (Fonds Monétaire International), institution qui tient avec la crise financière un rôle primordial dans le sauvetage des pays surendettés, dans la nouvelle régulation financière internationale, dans l’éventuelle mise en place d’une monnaie de référence mondiale. Membre éminent du Parti socialiste français, candidat potentiel à l’élection présidentielle 2012, DSK (c’est son pseudo) souffre malgré tout d’une image ultra-libérale qui lui colle à la peau, à la fois par son appartenance au FMI suspectée avoir favorisé la dérégulation financière et incité les restrictions en matière de dépenses publiques et de protection sociale dans les politiques imposées aux pays en difficulté, et aussi par son passé de ministre des finances et de l’économie en France, qui fut marqué, malgré le règne d’un gouvernement socialiste, par une vague de privatisation et de dérégulation financière (des capitaux notamment), la création des stock-options défiscalisées, le développement des marchés de capitaux, etc.

2- Pascal Lamy, Directeur général de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), institution qui régente les règles de libre-échange au niveau mondial, qui coordonne les négociations internationales (cycle de Doha). L’OMC est très critiqué dans sa manière d’avoir imposé comme priorité et dogme absolu le libre échange et la concurrence dans la mondialisation, sans avoir tenu compte de critères relatifs aux droits de l’homme, à la protection sociale (normes du BIT) et environnementale (respect du protocole de Kyoto,…). S’affichant également socialiste et aussi mondialiste, prônant une gouvernance mondiale (cf son livre « Démocratie Monde »), il a néanmoins bel et bien favorisé la mondialisation dérégulée, sans tenir compte des méfaits des subventions à l’exportation (production du coton aux Etats-Unis, surproduction agricole européenne revendue à bas prix à l’Afrique,…) qui ont tué l’agriculture vivrière de pays pauvres et mis fin à leur autosuffisance alimentaire (voir cet article du Monde). Pascal Lamy multiplie pourtant les interventions qui semblent démontrer qu’il a pris conscience des dérives de ce capitalisme mondialisé dérégulé, comme le cite récemment le journal Libération dans cet article : «Depuis quelques années, je m’interroge sur les racines culturelles et anthropologiques du capitalisme de marché, qui est intrinsèquement injuste et stresse toujours plus les ressources humaines et naturelles »,… «Il faut tirer des leçons de la crise et analyser en profondeur ce capitalisme pour trouver des alternatives. Il faut que des sciences telles l’anthropologie, l’ethnologie et la sociologie y contribuent.» ;

3- Jean-Claude Trichet, président de la BCE (Banque Centrale Européenne), longtemps contesté pour sa politique autonome (indépendante des Etats de l’Union et de la Commission européenne), centrée sur la lutte contre l’inflation et pour une discipline du respect des critères de Maastricht, parfois au dépens du développement économique et de la croissance dans l’Union ; sa gestion de la crise financière lui a finalement donné raison et il a obtenu une reconnaissance unanime de la majorité des Etats et des économistes sur sa compétence, sa réactivité, sa responsabilité et l’efficacité de la gestion de son institution. Ce poste est clé dans la période actuelle de crise de l’Europe, de la dette publique devenue insupportable dans des pays de la zone euro comme la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, du risque d’explosion de l’euro alors que les spreads de taux d’intérêt s’écartent fortement entre différents pays de la zone et que les critères de Maastricht ne sont plus respectés ;

4- Enfin, Nicolas Sarkozy, président de la république française, s’apprête à présider le G20 pour un an, alors même que le monde est entré depuis 2007 dans une zone de forte turbulence, touché par la crise financière mondiale la plus grave depuis 1929, déclenchant une récession et une grave crise économique en occident, alors que les pays émergents, notamment la Chine, l’Inde, le Brésil, maintiennent un taux de croissance honorable et gagnent des parts de marché dans le monde, de même qu’une légitimité pour peser dans la gouvernance mondiale. Nicolas Sarkozy devra cependant prendre conscience que présider le G20, c’est « coordonner » les discussions et les décisions, accueillir les dirigeants et organiser les réunions, et non « commander » le monde.

 

Quatre Français à la tête de quatre institutions clés. Cela marquera-t-il une empreinte de la France dans la gouvernance mondiale ? La France des droits de l’homme, la France des valeurs républicaines, la France qui résiste à l’oppression, la France révolutionnaire, la France qui a été co-fondatrice de l’Europe, d’une démarche coopérative, la France reine de la diplomatie … Sans doute, à condition qu’elle sache s’effacer en tant que « France » et ne pas afficher une forme d’arrogance et de condescendance qui agace dans les milieux internationaux.

27/09/2009

Le modèle de société du G20

Si l'on doit retenir une phrase du communiqué du G20, qui résume à elle seule la finalité communément exprimée par nos leaders mondiaux, quelle est-elle ?

"Lancer un cadre qui définisse les politiques et la manière dont nous agirons ensemble pour parvenir à une croissance mondiale, forte, durable et équilibrée" (voir point 13 page 2).

Significatif sur les objectifs premiers : la croissance de la richesse et bien sûr des emplois (qui doit désormais intégrer la notion de "durable"). La survie de l'espèce et de la planète n'étant pas un objectif premier mais secondaire. La réduction des inégalités et de la pauvreté étant reléguée dans les annexes, ou au travers d'une expression incroyablement hypocrite : "Nous réaffirmons notre attachement historique à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement et nos engagements d'APD respectifs,...", qui rappelons-le, édictés en l'an 2000, sont loin d'être atteints !

Le renforcement du soutien aux plus vulnérables est évoqué, une volonté "d'améliorer l'accès des pauvres aux services financiers", la "promotion du déploiement d'énergie propres et peu coûteuses dans les pays en développement", la "prévention des sorties de capitaux illicites" de ces pays, mais cela paraît être comme disent les anglo-saxons du "wishfull thinking", en fait des voeux pieux.

En termes de moyens à mettre en oeuvre, notons la focalisation sur la régulation financière pour faire face à la crise financière et économique à court terme, avec des actions  sur les bonus et les paradis fiscaux qui sont plus médiatiques qu'efficaces. Une occulation de sujets important comme la monnaie mondiale de référence en alternative au dollar qui met gravement en danger les fiannces du monde, ou comme une taxe de type "Tobin" sur les flux financiers et surtout spéculatifs. Rien de concret proposé pour la création d'une agence mondiale pour l'environnement, sur le respect de normes sociales et environnementales à imposer à l'OMC, ni sur réduction des inégalités et de la pauvreté, qui sont des objectifs secondaires ou au lieux des "contraintes" à intégrer dans l'onjectif de croissance de la richesse.

Sur ce dernier point, deux types de moyens d'action peuvent être envisagés :

1- le moyen correctif "ex-post", visant à redistribuer par l'impôt une richesse inégalement distribuée sur la planète et au sein de chaque pays. Prenons un étalon, par exemple 1980. Mesurons les écarts d'inégalités et quelle aurait due être la richesse de part et d'autre, à richesse globale constante, pour maintenir le niveau d'inégalités de l'époque. Et corrigeons le tir. Les pays riches redonneraient aux pays pauvres la part servant à maintenir le niveau d'inégalités constant. Ceci par l'APD, par investissement dans ces pays dans l'éducation, la santé, la productivité de l'agriculture. Pourquoi ne pas proposer aussi de taxer les entreprises occidentales qui délocalisent leurs industries polluantes dans ces pays pour combler le coût environnemental afférant ?
De même, au sein de chaque pays, on pourrait corriger l'accroissement des inégalités, par exemple depuis 1980, par redistribution fiscale entre les riches et les pauvres, d'une manière mondiale (pour éviter l'utilisation de l'argument "si on le fait dans notre pays sans que ce soit fait ailleurs, la richesse et les investissements, donc l'emploi, vont partir ailleurs").
Lorsqu'on voit  les profits des établissements financiers  caractérisés par des ROE (Return on Equity) de 25-30% de 40% voire plus dans leurs activités de marché (André Orléan, De l'euphorie à la panique  penser la crise financière), comparé à 15-20% dans les firmes industrielles  , et que cette part de profit dans les banques est passée de 10% du total des profits des entreprises françaises en 1980 à 41% en 2007 alors que le secteur financier ne représente que 5% de l'emploi salarié et 16% de la valeur ajoutée, on pourrait aussi proposer de corriger la répartition par une fiscalité appropriée entre les profits des banques et les profits des entreprises (voire même redonner un crédit aux entreprises qui n'ont pas fait de bénéfice).

Dans une telle logique, on reste sur le même moteur de société qui est la recherche égoïste du profit individuel, l'intérêt général étant représenté comme une contrainte et les bénéficiaires de la redistribution comme des assistés. C'est l'humanitaire, qui donne bonne conscience aux capitalistes individualistes bien pensants.

2- Le moyen préventif ex-ante, c'est à dire toute régulation encadrant par avance les dérives potentielles. C'est le cas de la limitation des bonus ou d'une meilleure répartition ex ante de la valeur ajoutée des entreprises entre le capital, le travail et l'investissement, afin de tarir la source de l'appât du gain de quelques uns, de la vampirisation d'une catégorie minoritaire de population aux dépens des autres. Les actions visant la préservation de l'égalité des chances par l'accès à l'éducation et à la santé font partie de ces mesures préventives. L'investissement dans le retraitement des déchets et des économies d'énergie, ainsi que l'évolution des modes de consommation, avant même la taxation des consommations carbone, fait aussi partie de l'arsenal préventif. La meilleure prévention passant par un changement du moteur de la société : renverser l'objectif et les contraintes, faire de la préservation de l'environnement et de la justice, de la réduction des inégalités, des valeurs ultimes, le profit et l'argent n'étant qu'un moyen pour atteindre ces objectifs. C'est cela qui doit être le marqueur du changement de modèle de société, en reprenant radicalement, c'est à dire à la racine, le mal dont nous sommes atteint. Cela peut se faire par des moyens cohercitifs que l'intérêt général aura fini par imposer à tous les individus que nous sommes. Cela pourra aussi, de préférence se faire par un changement des mentalités et une adhésion individuelle directe aux objectifs de solidarité et de respect, de l'environnement comme de la personne humaine.

C'est l'humanisme, remplaçant l'humanitaire, passant par la concience des individus responsables et solidaires de demain.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu