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16/04/2011

Pour un gouvernement mondial, par Jacques Attali

 

Attali_gouvmonde.jpgJacques Attali, fervent partisan d’une vraie gouvernance mondiale, d’une monnaie mondiale, d’une démocratie à l’échelle mondiale, vient de publier chez Fayard « Demain, qui gouvernera le monde ? ». En fait, ce titre est inapproprié car ce n’est pas à cette question que répond le livre, mais plutôt dans l’ordre :

 

1- Quelles catastrophes vont encore nous tomber dessus si nous continuons ainsi dans un tel chaos, dans un concert des nations sans chef d’orchestre, jouant le sauve-qui-peut, la préservation des intérêts de chacune à court terme au détriment de l’intérêt général à long terme ? Une vision d’avenir effrayante, des projections argumentées par des chiffres imparables … Désordres financiers en chaîne, démographie hors de contrôle, guerres en cascade, pénurie de matières premières et de denrées alimentaires, destruction de la nature et des espèces, chocs probables d’astéroïdes,… rien ne nous sera épargné d’ici 2030 si le monde continue ainsi sa course.

 

2- En quoi les pouvoirs politiques, cantonnés au niveau des nations et parfois de continents (Europe) sont devenus impuissants face au pouvoir grandissant des marchés dans la mondialisation, de la pieuvre des mafias et du terrorisme, des pandémies ? En quoi ce qu’on appelle « la communauté internationale », l’ensemble des ONG et institutions internationales (ONU, OMC, OIT, FMI, Banque mondiale, les Gx, etc.) est insuffisant, mal coordonné, souvent inefficace, parfois illégitime sur le plan démocratique, pour résoudre les immenses défis écologiques, démographiques, alimentaires, sanitaires, énergétiques, économiques et financiers, météorologiques, etc. qui surgissent en même temps ?

3- Quel seraient la structure et le mode de fonctionnement d’un gouvernement mondial idéal, avec légitimité démocratique et doté de moyens d’action appropriés, de pouvoirs de sanction, qui au-delà d’un dispositif permettrait d’élaborer, de construire, de financer de véritables projets mondiaux d’intérêt général, de préserver les biens publics, d’assurer à tous un accès équitable à l’eau, à l’énergie, aux matières premières ?
Un projet fédéral et fédérateur, qui assure la subsidiarité (les Etats nationaux et supranationaux comme l’Europe délégueraient au gouvernement mondial uniquement les compétences qui relèvent des problèmes qui ne peuvent être résolus qu’à ce niveau supra). Envisager un Parlement élu par les citoyens du monde, un Sénat représentant les nations, une chambre garantissant les intérêts des générations futures sous tous les aspects, un gouvernement exécutif nommé par les trois chambres, un système judiciaire crédible …

4- Comment passer de la situation actuelle à ce gouvernement idéal ? Il ne s’agit pas de casser les instances multilatérales existantes mais de les transformer et de les faire évoluer tout en les complétant vers le gouvernement idéal, en garantissant leur coordination, la cohérence de leurs actions : par exemple le FMI deviendrait ministère des finances du monde, la BRI la Banque centrale mondiale, avec une monnaie fondée sur trois piliers : le dollar, l’euro, le yuan, la Banque mondiale le financier des biens publics mondiaux et l’acteur de la croissance planétaire. Le regroupement de peuples, de nations, dans des ensembles régionaux pas nécessairement disjoints (par exemple la Turquie pourrait à la fois être membre d’une Union européenne et d’une Union orientale, ou encore des regroupements sur la culture et la langue, sur des thèmes tels que le nucléaire ou la production de matières premières,…). Sans oublier les nouvelles formes d’action citoyenne transnationale dans une démocratie mondialisée, avec l’aide d’Internet et des réseaux sociaux.

5- Quelles réformes proposer et quels chantiers prioritaires lancer ?

 

Pour ne pas tout dévoiler et vous laisser lire le livre, j’en resterai là. Un livre indispensable recommandé à tous, lucide et constructif par ses propositions crédibles. Voir aussi cet article des Echos, et écouter les émissions sur France Culture et sur BFM.

Pour acheter ce livre, aller de préférence chez votre libraire pour soutenir le commerce de proximité, sinon ici sur Internet.

« Un jour, l’humanité comprendra qu’elle a tout à gagner à se rassembler autour d’un gouvernement démocratique du monde, dépassant les intérêts des nations les plus puissantes, protégeant l’identité de chaque civilisation et gérant au mieux les intérêts de l’humanité.
Un tel gouvernement existera un jour. Après un désastre, ou à sa place.
Il est urgent d’oser y penser, pour le meilleur du monde.
» Jacques Attali.

21/11/2010

La France maître du monde en 2011 ?

En 2011, quatre Français seront en même temps à des postes clés de la gouvernance internationale :

article_FranceMaitreDuMonde2011.JPG

1- Dominique Strauss-Kahn, à la direction générale du FMI (Fonds Monétaire International), institution qui tient avec la crise financière un rôle primordial dans le sauvetage des pays surendettés, dans la nouvelle régulation financière internationale, dans l’éventuelle mise en place d’une monnaie de référence mondiale. Membre éminent du Parti socialiste français, candidat potentiel à l’élection présidentielle 2012, DSK (c’est son pseudo) souffre malgré tout d’une image ultra-libérale qui lui colle à la peau, à la fois par son appartenance au FMI suspectée avoir favorisé la dérégulation financière et incité les restrictions en matière de dépenses publiques et de protection sociale dans les politiques imposées aux pays en difficulté, et aussi par son passé de ministre des finances et de l’économie en France, qui fut marqué, malgré le règne d’un gouvernement socialiste, par une vague de privatisation et de dérégulation financière (des capitaux notamment), la création des stock-options défiscalisées, le développement des marchés de capitaux, etc.

2- Pascal Lamy, Directeur général de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), institution qui régente les règles de libre-échange au niveau mondial, qui coordonne les négociations internationales (cycle de Doha). L’OMC est très critiqué dans sa manière d’avoir imposé comme priorité et dogme absolu le libre échange et la concurrence dans la mondialisation, sans avoir tenu compte de critères relatifs aux droits de l’homme, à la protection sociale (normes du BIT) et environnementale (respect du protocole de Kyoto,…). S’affichant également socialiste et aussi mondialiste, prônant une gouvernance mondiale (cf son livre « Démocratie Monde »), il a néanmoins bel et bien favorisé la mondialisation dérégulée, sans tenir compte des méfaits des subventions à l’exportation (production du coton aux Etats-Unis, surproduction agricole européenne revendue à bas prix à l’Afrique,…) qui ont tué l’agriculture vivrière de pays pauvres et mis fin à leur autosuffisance alimentaire (voir cet article du Monde). Pascal Lamy multiplie pourtant les interventions qui semblent démontrer qu’il a pris conscience des dérives de ce capitalisme mondialisé dérégulé, comme le cite récemment le journal Libération dans cet article : «Depuis quelques années, je m’interroge sur les racines culturelles et anthropologiques du capitalisme de marché, qui est intrinsèquement injuste et stresse toujours plus les ressources humaines et naturelles »,… «Il faut tirer des leçons de la crise et analyser en profondeur ce capitalisme pour trouver des alternatives. Il faut que des sciences telles l’anthropologie, l’ethnologie et la sociologie y contribuent.» ;

3- Jean-Claude Trichet, président de la BCE (Banque Centrale Européenne), longtemps contesté pour sa politique autonome (indépendante des Etats de l’Union et de la Commission européenne), centrée sur la lutte contre l’inflation et pour une discipline du respect des critères de Maastricht, parfois au dépens du développement économique et de la croissance dans l’Union ; sa gestion de la crise financière lui a finalement donné raison et il a obtenu une reconnaissance unanime de la majorité des Etats et des économistes sur sa compétence, sa réactivité, sa responsabilité et l’efficacité de la gestion de son institution. Ce poste est clé dans la période actuelle de crise de l’Europe, de la dette publique devenue insupportable dans des pays de la zone euro comme la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, du risque d’explosion de l’euro alors que les spreads de taux d’intérêt s’écartent fortement entre différents pays de la zone et que les critères de Maastricht ne sont plus respectés ;

4- Enfin, Nicolas Sarkozy, président de la république française, s’apprête à présider le G20 pour un an, alors même que le monde est entré depuis 2007 dans une zone de forte turbulence, touché par la crise financière mondiale la plus grave depuis 1929, déclenchant une récession et une grave crise économique en occident, alors que les pays émergents, notamment la Chine, l’Inde, le Brésil, maintiennent un taux de croissance honorable et gagnent des parts de marché dans le monde, de même qu’une légitimité pour peser dans la gouvernance mondiale. Nicolas Sarkozy devra cependant prendre conscience que présider le G20, c’est « coordonner » les discussions et les décisions, accueillir les dirigeants et organiser les réunions, et non « commander » le monde.

 

Quatre Français à la tête de quatre institutions clés. Cela marquera-t-il une empreinte de la France dans la gouvernance mondiale ? La France des droits de l’homme, la France des valeurs républicaines, la France qui résiste à l’oppression, la France révolutionnaire, la France qui a été co-fondatrice de l’Europe, d’une démarche coopérative, la France reine de la diplomatie … Sans doute, à condition qu’elle sache s’effacer en tant que « France » et ne pas afficher une forme d’arrogance et de condescendance qui agace dans les milieux internationaux.

 
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