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17/03/2012

L’humanisme : un modèle de société ?

Mon livre "La révolution humaniste" (éditions Salvator) traite du modèle de société dans lequel nous vivons, de nos communautés humaines, et aussi de l’homme en tant qu’individu et citoyen, de sa motivation profonde et de ce qui le relie aux autres. Il propose d’envisager l’humanisme comme fondement d’une approche politique privilégiant les valeurs et d’un modèle de société qu’il nous faut refonder, en opérant une révolution copernicienne, en changeant l’axe central : remettre l’homme au centre, à la place de l’argent (en alternative au capitalisme) et à la place de l’Etat (en alternative au socialisme). J’en résume ci-après quelques points importants de l’analyse, des constats, ainsi que des propositions concrètes visant à remettre l’humain au centre.

1- Le constat

2- L’humanisme : une alternative ?

3- L’humanisme comme modèle de société et comme projet de civilisation

4- Comment mettre l’humanisme en pratique ?

Certains pourront y voir un reflet miroir du modèle de société décrit par François Bayrou dans son dernier ouvrage qui vient de paraître « La France solidaire » (éditions Plon).

 

1- LE CONSTAT 

Je fais d’abord un constat d’ensemble sur nos sociétés occidentales dans la mondialisation, basées sur l’économie de marché et la démocratie. Elles ont libéré la création, la production de richesse globale, mais ont aussi généré des dérives, de la destruction, des inégalités, des crises.

Le constat global des dysfonctionnements dans le contexte de financiarisation de l’économie, de mondialisation et de dérégulation :

  • Un modèle générateur d’inégalités croissantes et même de pauvreté malgré une augmentation globale du gâteau (croissance mondiale de 5% par an en moyenne depuis 2004, de 80% sur 10 ans), sa répartition n’étant pas équitable, loin s’en faut. Si encore l’accroissement des inégalités était expliqué par « plus de riches » et quand même moins de pauvres, mais le problème c’est que désormais, depuis une vingtaine d’années, les riches sont plus riches, les pauvres plus pauvres et plus nombreux, les classes moyennes se sentent de plus en plus déclassées. Quelques chiffres :
  • Division internationale du travail s’exprimant au travers des délocalisations et des spécialisations géographiques. La spécialisation à outrance au niveau international nuit à l’équilibre des sociétés, à  la diversité des cultures.
  • L’impuissance des Etats Nations : le pouvoir politique s’exerce essentiellement encore au niveau des Nations. Les organisations internationales, ONG (organisations non gouvernementales), ne disposent pas (encore) de la légitimité démocratique ni des pouvoirs suffisants pour primer sur la domination marchande qui régit le monde. Ainsi, les Etats sont progressivement marginalisés. Leurs outils traditionnels de politique publique, réglementaire, fiscale, perdent de leur efficacité dans l’environnement mondialisé. Sans une réglementation internationale régissant des règles minimales de protection sociale, d’interdiction du travail des enfants, etc., la loi du marché pousse au moins-disant, au dumping social, au nivellement vers le bas.
  • De nouvelles migrations humaines : presque 200 millions le nombre de migrants internationaux pour les années 2000. C’est relativement faible à l’échelle du monde et au regard du contexte de mondialisation. Ce chiffre augmente de 2 % par an. Mais des migrations à grande échelle  de « réfugiés climatiques » sont à prévoir dans les prochaines années. En parallèle, une stagnation démographique et un vieillissement des populations des pays riches occidentaux pourrait être compensés par l’arrivée de nouveaux migrants.
  • Nouveaux risques et instabilité générés par la globalisation financière :
  • L’émergence d’une culture commune mais en même temps un appauvrissement culturel : « globish », mal-bouffe, zapping, tubes planétaires stéréotypés, films violents, basés sur une exploitation au premier degré de l’émotion, de la peur et des sentiments. Claude Lévi-Strauss, avait déjà écrit en 1955 dans Tristes tropiques : «  Il n’y a plus rien à faire, la civilisation n’est plus cette fleur fragile qu’on préservait. L’humanité s’installe dans la monoculture ; elle s’apprête à produire la civilisation en masse comme la betterave ».
  • Plus de communication tue la communication : ère d’Internet, multiplication des chaînes de télévision, e-book, démultipliant l’accès à l’information, aux savoirs, les capacités de se former, d’apprendre, de communiquer à tous points du monde. En parallèle les gens restent plus reclus chez eux, communiquent moins, s’entraident moins, n’osent plus de parler, les relations de voisinage se raréfient.
    • 20% de la population mondiale détient 90% des richesses
    • 3 milliards d’individus sur la planète sous le seuil de pauvreté (2$/j) soit 40%. Leur nombre s’est accru de 36% depuis 1981. Plus de 1 milliard vit dans l’extrême pauvreté (<1$/j).
    • Dans les pays riches de l’OCDE, les inégalités de revenus se sont accrues depuis 25 ans : la croissance a bénéficié aux plus riches, les revenus des pauvres et des classes moyennes ont stagné et le nombre de pauvres a augmenté.
  • De nouveaux rapports de forces, notamment au travers des fonds souverains (environ 6% de la capitalisation boursière mondiale).
    Comme le synthétisait l’an dernier Al Gore dans une formule choc pour le New York Times : « Les Etats-Unis empruntent de l’argent à la Chine afin d’acheter du pétrole aux pays du Golfe pour le brûler d’une manière qui détruit la planète ».
    • Les 3D : dérégulation, déréglementation et décloisonnement des marchés
    • L’innovation financière a permis de créer des instruments de couverture de risque de change, de taux ou encore sur la variation du prix de matières premières, de denrées agricoles ou de titres financiers. Mais ces instruments ont été utilisés aussi pour spéculer, et leur complexité engendre des risques nouveaux, une opacité, une perte de contrôle : CDS, titrisation, LBO …
    • Contagion des crises : financière/alimentaire/énergétique …
    • Alimenté par des liquidités abondantes et une fuite en avant des déficits et de l’endettement, le système vit à crédit en compromettant le futur.
    • Les paradis fiscaux, trous noirs de la globalisation, permettent aux plus favorisés de contourner les obligations réglementaires et fiscales, ainsi qu’aux activités illicites et mafieuses de prospérer.
  • Le secteur financier a vampirisé la création de richesse au détriment de l’économie réelle : la part de profit dans les banques est passée de 10% du total des profits des entreprises françaises en 1980 à 41% en 2007 alors que le secteur financier ne représente que 5% de l’emploi salarié et 16% de la valeur ajoutée.

Constat de l’évolution de nos modes de vie :

Mon constat rejoint celui de Edgar Morin, exprimé dans son livre « La voie » :

-          importance grandissante dans les sociétés dites occidentales des valeurs matérielles, de l’argent, du profit, au détriment des valeurs humaines et spirituelles, avec un renversement : l’argent devient une valeur en soi, une fin, alors qu’il devrait être et rester un moyen. On assiste à une perte de sens, du sens donné à sa vie ;

-          des comportements sociaux de plus en plus individualistes et égoïstes, au détriment de l’altruisme et du lien social,

-          un accroissement depuis la seconde guerre mondiale, en Europe et aux Etats-Unis, de la protection sociale (santé, retraites, chômage), du rôle protecteur et re-distributeur de l’Etat, des services publics (transports, école publique gratuite,…), avec leur fonction rééquilibrante, diminuant les inégalités, mais avec pour contrepartie une délégation de la solidarité au médiateur, l’Etat, au détriment d’un lien social direct entre générations, entre riches et pauvres, entre forts et faibles ;

-          la concentration urbaine croissante et le gigantisme des villes et des banlieues, accompagnée de la désertification des campagnes. Les villages et les quartiers se vident de leurs petits commerces, de leurs cafés et autres lieux de rencontre, au profit des hypermarchés anonymes en périphérie, des usines à cinéma (Ciné cités), des centres commerciaux fermés, qui nécessitent l’utilisation de la voiture et ne sont pas propices aux rencontres de voisinage. Ce phénomène a accentué la ghettoïsation des banlieues, le contraste entre d’un côté des villes ou des quartiers de pauvres, chômeurs, défavorisés ou exclus de la société et de l’autre des villes ou des quartiers de riches,  de plus en plus soucieux de leur sécurité, protégés par la télésurveillance ;

-          une spécialisation de plus en plus grande des métiers, des savoirs, qui nuit à l’appréhension globale des problèmes, que ce soit dans le domaine médical, scientifique, économique et social. Or la complexité des phénomènes ne se réduit pas à une décomposition de ces derniers pour en analyser et en expliquer chaque partie indépendamment, il ne faut pas perdre de vue la liaison entre eux, leurs interactions. L’économique, le social, le psychologique, l’environnemental, sont liés et interagissent entre eux. La compartimentation des connaissances et des tâches nuit à la communication entre les acteurs. La spécialisation sans adaptabilité et sansformation nouvelle est aussi sclérosante, par exemple pour changer d’emploi, de métier. Comme le souligne Edgar Morin, l’éducation nationale apprend aux écolier des bases de connaissances mais de façon disjointe entre les domaines et les matières et n’apprend pas suffisamment ce qu’est la connaissance, la propension à l’erreur, à l’illusion, les mécanismes déductifs et cognitifs de nos esprit, une réflexion sur les croyances et les mythes du passé et du présent, le développement d’un esprit critique et aussi créatif ;

-          explosion de la cellule familiale qui formait un ciment social et protecteur. La liberté des mœurs, notamment la liberté sexuelle, les mariages consentis, basés sur l’amour (ce qui est en soi une bonne chose mais qui se brisent quand l’amour se délite), la contraception, ainsi que le travail des femmes, émancipées socialement et trouvant un nouvel épanouissement au travers d’une utilité sociale complémentaire à celle de l’éducation des enfants et des tâches ménagères, ainsi qu’une une liberté financière, tout ceci a favorisé les divorces, les séparations, la recomposition des familles, déstabilisantes pour les enfants. Ce qui a eu d’autres conséquences, sur le bien-être psychologique et le niveau scolaire des enfants, qui se sont détériorés, ainsi que sur le pouvoir d’achat des familles séparées, obligeant ces dernières à subir une charge financière de logement deux fois plus lourde ;

-          la consommation croissante des drogues et des psychotropes, des somnifères, des anti-dépresseurs et des anxiolytiques, pour faire face à la dégradation psychologique, à l’anxiété ;

-          une modification notable de l’utilisation du temps libre, avec un glissement progressif du temps consacré autrefois aux activité culturelles, à la lecture (des livres et de la presse), au théâtre et au cinéma, au profit de la télévision (plus de 3 heures par jour en moyenne en France, 6 heures pour les jeunes américains !) et maintenant aussi des jeux vidéos, d’Internet et de la téléphonie mobile, en particulier chez les jeunes collégiens et lycéens. La réduction de la lecture est responsable en grande partie de la détérioration du niveau scolaire, en particulier de la grammaire et de l’orthographe. L’usage abusif de la télévision entretient une attitude passive et favorise l’impact de la publicité, de la prégnance des valeurs matérialistes, de l’argent (jeux d’argent), ainsi que la tentation des politiques à manipuler l’opinion ;

-          l’activité industrielle ainsi que l’usage intensif des transports mécanisés : de la voiture, des avions notamment (développement du tourisme de masse), qui ont considérablement accru les émissions de CO2 et de méthane dans l’atmosphère, aggravant le réchauffement climatique ;

-          le développement de nouvelles maladies liées à l’évolution du mode de vie, à la sédentarisation (marche insuffisante au profit de l’utilisation de la voiture ou des activités immobiles comme l’usage de la télévision ou de l’ordinateur), à une alimentation trop riches en graisse, sucres et viande (toxines) : obésité et diabète, de même que les cancers et les allergies, probablement du fait de la pollution, de la présence de pesticides et autres ingrédients dangereux dans les aliments, les produits de toilette et les produits sanitaires. La consommation croissante et excessive de viande a également pour effet de contribuer aux émanations de méthane (l’élevage de bovins en est autant sinon plus responsable que les transports), ainsi que de compromettre la disponibilité suffisante de production de céréales pour l’alimentation humaine, qui devrait passer de 6 milliards à 9 milliards d’êtres à nourrir d’ici 2050 ;

-          une consommation croissante de plus en plus de biens jetables plutôt que durables et réparables, d’emballages non recyclés, d’une profusion grandissante de déchets. Finie la consigne des bouteilles de verre, introuvables les machines à laver qui durent plus de dix ans ! Les biens sont même programmés pour tomber en panne au-delà d’un certain temps pour assurer un marché de remplacement. Le gâchis touche aussi le domaine alimentaire : on estime à 40% la part des biens alimentaires jetés dans nos sociétés, ce qui est énorme, surtout en regard des personnes qui souffrent de la faim, non seulement dans les pays pauvres, mais aussi chez nous, dans ces mêmes sociétés responsables de ce gâchis ! 

L’analyse du mode de fonctionnement du système :

  • Un modèle reposant sur des valeurs matérialistes et sur le culte du profit, de l’argent, que ce soit la motivation individuelle des gens ou la motivation collective des sociétés. A tel point que souvent le profit est devenu plus important pour les actionnaires des entreprises et leurs dirigeants que la finalité même de l’activité de l’entreprise qui est de satisfaire une clientèle, de rendre un service à la société, de produire ou diffuser des biens. La financiarisation de l’économie a déconnecté la finance de l’économie réelle. Les propriétaires des entreprises, les actionnaires, considèrent simplement l’entreprise dont ils sont propriétaires comme une machine à produire de l’argent.
  • Un système basé plus sur la compétition que sur la coopération, où règne la loi du plus fort
  • Un modèle qui privilégie toujours le court terme sur le long terme et les intérêts particuliers sur l’intérêt général
  • Une perte des repères et du « sens du bien commun »
  • Le modèle de libre-échange mondialisé, basé sur le capitalisme, repose sur un certain nombre d’illusions :
    • Basé sur le libre échange, la loi du plus fort, et la compétition, il tue in fine  la concurrence
    • Le prix du marché « mondial » équilibre faussement l’offre et la demande
    • La spéculation favorise le mimétisme des marchés, le comportement grégaire des investisseurs, accentuant les variations à la hausse et à la baisse. Déjà Keynes disait qu’il est plus malin pour gagner en bourse d'anticiper la psychologie de la foule plutôt que la tendance réelle des événements et de singer préventivement la déraison.
    • Basé sur la recherche du profit individuel à court terme et favorisant la prise de risque, ce système va contre l’intérêt collectif mondial et n’est pas durable.
    • La finance est moins au service de l’économie et diverge de l’économie réelle. Sur les 10 années précédant  la crise financière de 2008, la croissance de la capitalisation boursière mondiale a été 2 fois plus forte que la croissance du PIB et même 3 fois hors inflation, idem en croissance annuelle moyenne (2,4 fois plus forte sur les 17 dernières années et 3,6 hors inflation). Puis brutalement en 2008, la capitalisation boursière mondiale a chuté de presque 50%, de 30 000 milliards. Alors que la valeur totale des actifs dits toxiques (subprimes) à l’origine de la crise était estimée à environ 800  milliards de dollars et les pertes induites des banques entre 2200 et 3600 milliards de dollars dans le monde. Notez l’effet multiplicateur de la perte !
    • Des normes comptables et prudentielles qui entretiennent l’illusion et accentuent les effets pro cycliques à la hausse et à la baisse. Depuis 2005, ces règles IFRS, venues des Etats-Unis, imposent une valorisation des actifs au prix de marché, même si le prix de marché est artificiellement et momentanément surévalué ou sous évalué notamment par les effets de mimétisme et de crise.
  • Nos indicateurs de mesure de croissance et de prospérité sont calés sur le PIB, sur la valeur boursière pour les entreprises. Ceci sans tenir compte des externalités, de la destruction sociale ou environnementale qu’a engendrées la croissance matérielle exprimée en profit. L’indicateur de réussite sociale pour un individu est essentiellement son revenu et son patrimoine, son niveau de vie matériel.

 

Plusieurs variantes de modèle :

Au sein du monde occidental coexistent différentes variantes de modèle de société. Je compare ces modèles à la fois sous les angles économique, social et culturel : le modèle américain, le modèle européen et au sein de l’Europe, le modèle français, allemand, nordique. Sont aussi étudiés le modèle chinois et un modèle de pays émergent commela Corée du Sud.

Le modèle américain vs le modèle européen

 

Le rêve américain est maintenant mis à mal, la version américaine du partage des fruits de la croissance, de la « retombée en pluie » de ces fruits, également. La pauvreté a augmenté, la surcroît de richesse n’a été distribué qu’aux plus riches, les inégalités se sont creusées, et de façon pire que dans les autres pays occidentaux comparables en termes de niveau de vie. Ces inégalités sont devenues « dynastiques » en entretenant, en cumulant et en perpétuant des inégalités de patrimoine, dans un contexte ou la fiscalité ne joue plus son rôle compensateur, re-distributeur.

La croissance américaine a été stimulée par le crédit et par les espoirs de gains patrimoniaux toujours croissants. L’explosion de la dette s’est traduite non seulement chez les ménages à l’égard des banques, mais aussi au niveau de l’Etat à l’égard des autres pays, en particulier de la Chineet des pays du Golfe. Mais la récente crise a mis en lumière l’illusion de ce modèle de croissance. Et la confiance, donc le crédit (qui signifie d’ailleurs confiance), sont entamés.

Le modèle américain, dans sa configuration actuelle en tout cas, basé sur la recherche du profit avant tout, sur l’illusion de la croissance pour tous et sur le mensonge de l’égalité des chances, est bel et bien générateur d’inégalités et a même accru la pauvreté, bien plus que dans les pays européens à niveau de vie similaire, pourtant dans le même contexte de mondialisation. Les politiques publiques à l’égard de l’enseignement et de la fiscalité, ainsi que la privatisation croissante du système de santé et de retraite, sont la cause de l’accroissement de ces inégalités.

Le modèle français

La France se situe dans la moyenne européenne en termes de performance économique, de taux de chômage et de taux d’emploi et d’investissement en R&D (on pourrait en attendre mieux pour un des pays les plus avancés). Elle figure  parmi les meilleurs élèves en termes de taux de pauvreté et d’inégalités de revenus, du nombre de jeunes ayant quitté prématurément l’école et du taux de confiance de la population. Mais elle est à l’instar des pays nordiques un des pays à plus fort taux d’imposition, notamment avec un impôt sur les sociétés à plus de 33% (alors que les pays nordiques ont contenu cet impôt à la moyenne européenne, à un niveau de 25%), elle est en retard sur la compétence Internet et souffre de finances publiques en fort déficit chronique, à la limite du seuil normalement toléré dans la zone euro. Le taux d’épargne des ménages y est particulièrement élevé.

Le modèle français républicain s’appuie sur les valeurs de la république « Liberté, Egalité, Fraternité » (auxquelles on peut ajouter laïcité), triptyque formant la devise nationale affichée aux frontons de nos mairies et de nos écoles. Il est caractérisé par un modèle de protection sociale datant de l’après-guerre rédigé initialement par le Conseil National dela Résistance, inspiré par des humanistes, notamment Marc Sangnier. Notre sécurité sociale, notre système de retraite par répartition garantissant une solidarité inter-générations, notre assurance chômage et les allocations familiales, le repos hebdomadaire du dimanche, les congés payés, sont nés de ce pacte social. La gratuité de l’éducation publique, son niveau d’excellence, son accès à toute la population dans les territoire, doit garantir l’égalité des chances quelle que soit la naissance et l’origine des enfants. Les diplômes doivent reconnaître le mérite. C’est la base de l’ascenseur social qui fonde (ou plutôt qui fondait, car cela s’est bien dégradé) le « rêve français », à la différence du rêve américain du « self-made-man » qui lui visait plutôt la réussite sociale par l’enrichissement. Ce modèle est humaniste, exprimé dans ses valeurs de la république, dans l’organisation sociale assez protectrice, protégeant la famille, les faibles, les malades. Mais est en train de se déliter et n’a plus les moyens de s’exercer si d’une part l’efficacité économique n’est plus au rendez-vous, si d’autre part les valeurs de la république et de la démocratie sont bafouées, par les gouvernants et par les citoyens eux-mêmes.

En synthèse, ce sont les sociétés nordiques qui ressortent comme le modèle le plus humaniste, le plus équilibré, alliant efficacité économique et justice sociale, respect de la démocratie, tolérance, confiance, civisme et respect de la population. Si on regarde bien ce qui  fait le succès relatif à la fois économique et social de sociétés comparées à d’autres, c’est souvent le facteur culturel qui est déterminant : valeurs, confiance de la population, esprit de responsabilité, civisme, adhésion au pacte social du pays, concertation au sein des entreprises et dans le mode de gouvernance. Les décisions politiques (fiscalité, investissement public etc.) ne suffisent pas à expliquer ce succès.

Le culte de l’argent et du profit : cause principale des dysfonctionnements

Dans ce modèle occidental, l’argent est une valeur centrale. Il est devenu une fin alors qu’il aurait dû rester un moyen. Le moteur de ce modèle est la compétition, la concurrence entre les individus et entre les entreprises. Que le plus fort gagne. Selon la logique de Darwin, les plus faibles seront éliminés et les plus forts les gagnants. Ce qui génère un climat de défiance entre les individus, entre les acteurs, un comportement individualiste et égoïste, de chacun pour soi et de sauve qui peut. Les conflits sont attisés. La violence est prégnante, non seulement au travers de la délinquance croissante, de la ghettoïsation des banlieues, mais aussi dans la culture, la profusion des films violents. La précarité est la contrepartie, le revers de la médaille, de la liberté et de la compétition dans les sociétés démocratiques occidentales basées sur le libre-échange. C’est aussi pourquoi le besoin de protection y est très développé : protection sociale organisée par l’Etat ainsi que la consommation en produits d’assurance.

Le système fondé sur ce mode de fonctionnement semble bien voué non seulement à générer et reproduire les inégalités, mais également, pire encore, à détruire l’humanité. La détruire physiquement (atteinte à la planète et à la vie de millions d’individus) et la détruire mentalement, psychologiquement, dans l’atteinte intime au sens profond de ce qui est humain dans l’homme, son essence, son humanité, la reconnaissance qu’il a de l’autre comme de soi-même dans sa façon de considérer l’autre.

Il s’agit de remettre l’homme au centre, à la place de l’argent. Changer l’axe de la société, c’est le sens de la révolution humaniste que j’appelle de mes vœux : une révolution copernicienne ! … Mais comment faire ?

 

2- L'HUMANISME : UNE ALTERNATIVE ? 


L’humanisme est à la fois un courant de pensée, une philosophie et un comportement privilégiant certaines valeurs. Je démontre dans mon livre qu’il peut être aussi le fondement d’un nouveau modèle de société et d’une conduite politique

Le courant de pensée humaniste s’est exprimé au travers des siècles : dans l’Antiquité, à la Renaissanceau XVIème siècle, au XXème siècle avec le courant humaniste chrétien de Marc Sangnier, Jacques Maritain et Emmanuel Mounier, sans oublier Charles Péguy, Pierre de Coubertin (scootisme, Jeux Olympiques), l’Abbé Pierre (Compagnons d’Emmaüs, fondation pour loger les exclus et les réinsérer),… Il n’est pas l’apanage du seul occident. En effet, il s’est exprimé en Chine avec Confucius 550 ans avant notre ère. Et aussi en Afrique, avec des penseurs comme Mamadou Dia, homme d’Etat sénégalais visionnaire qui avait déjà avant 1990 livré une analyse lucide de la mondialisation et prôné une politique humaniste à l’échelle du monde. Il faut aussi citer Pierre Rabhi, l’un des pionniers de l’agriculture écologique en France. Depuis 1981, il transmet son savoir-faire en Afrique en cherchant à redonner leur autonomie alimentaire aux plus démunis et à sauvegarder leur patrimoine nourricier. Initiateur de « La Charte pour la Terre et l’Humanisme  », Pierre Rabhi nous invite à une nouvelle éthique de vie basée sur le respect de l’homme et de la nature, à une réconciliation, voire une communion, entre l’homme et la nature. Enfin saluons l’innovation méthodologique d’un penseur philosophe Roger Nifle qui a construit une approche appelée « l’humanisme méthodologique », basée sur « l’intelligence symbolique », qui permet d’analyser les communautés humaines et leurs problématiques, qu’il s’agisse de la crise financière, de l’Europe, de la vision de la république, des élections présidentielles, de manière à voir si l’on va dans un sens du bien commun, de la construction positive, du consensus. 

Le point commun de tous ces courants et de tous ces penseurs est de croire en la capacité de l’homme, de s’appuyer sur sa conscience et sa responsabilité, pour viser son épanouissement et le bien commun. Il ne s’agit ni d’angélisme ni de pur altruisme. L’humanisme fait appel à la raison plus qu’aux sentiments. Il ne s’agit pas non plus d’une idéologie, telle un dogme, un modèle de société jugé « le meilleur » qu’il s’agirait d’appliquer envers et contre tout et contraignant les humains, comme l’ont été l’idéologie socialiste et aussi l’idéologie capitaliste qui au final se muent en systèmes totalitaires, prétendant faire le bien contre le gré des gens, malgré eux, justifiant le système par des arguments faux, allant jusqu’à tordre la réalité. 

L’idéal humaniste a pour objectif le progrès de l’Humanité. L’humanisme place l’Homme au centre, reconnaissant à chaque individu sa conscience, sa responsabilité, sa valeur et son potentiel, quelles que soient son identité, sa naissance, son origine sociale, ethnique et culturelle.

Les valeurs de l’humanisme sont des valeurs de confiance, de respect, de tolérance, d’authenticité, de transparence, de justice et de solidarité. Ainsi l’humanisme s’oppose au matérialisme qui gangrène nos sociétés, instaure une domination par l’argent, confisque le pouvoir au bénéfice des riches, fait croître les inégalités, accrédite l’idée que nos motivations essentielles sont l’acquisition des richesses et la consommation.

L’humanisme est résistant, révolutionnaire, pacifique

Résistant parce que la liberté individuelle doit se gagner face à un monde où ce qui est naturel, c’est la domination de l’autre. L’égalité entre les hommes ne va pas de soi non plus dans un monde où chacun cherche à défendre ses acquis. La solidarité et la fraternité ne sont pas non plus systématiques, l’égoïsme, l’individualisme et l’hédonisme étant des attitudes si faciles à adopter.

Révolutionnaire : l’humanisme affronte la domination des esprits et de l’argent par les puissants, bouleverse les pouvoirs établis.

Pacifique : des hommes de plus en plus formés et informés élèveront leur conscience et prendront leurs responsabilités, notamment dans les pays qui fonctionnent en démocratie, par l’expression et le vote. L’humaniste espère que les puissants eux-mêmes adhèrent à ces valeurs, réalisent qu’elles seules peuvent porter le progrès de l’Humanité, sauver le devenir même de l’espèce humaine, et donner sens à son existence.

L’humanisme chrétien

Les humanistes chrétiens privilégient l’imitation de Jésus-Christ pour la dignité humaine, le salut de l’humanité souffrante, donne une priorité absolue à la solidarité avec l’homme. Notons qu’ils étaient laïcs, que le modèle de Jésus Christ, les valeurs chrétiennes prônées par eux l’étaient indépendamment de la notion de foi et de religion.

Marc Sangnier : fondateur du mouvement « Le Sillon », président du parti le MRP né pendantla Résistance, grand résistant et membre du Conseil National dela Résistance qui a été fondateur de notre pacte social en France (création dela Sécurité Sociale, des Allocations familiales, du système de retraites par répartition,…). Phrase culte que François Bayrou reprend très souvent dans ses discours : « La démocratie, c’est l’organisation sociale qui porte à son maximum la conscience et la responsabilité des citoyens ».

Jacques Maritain : défenseur de « l’humanisme intégral », une philosophie chrétienne fondée sur l’expérience et la raison, indépendante de la foi. Il a développé les principes chrétiens comme la dignité de la personne humaine, le primat de la morale sur le politique, l’économique et le bien social de même que la vertu de prudence.

Emmanuel Mounier : fondateur en 1932 de la revue Esprit, qui existe toujours, mais sans référence chrétienne; il contestait le "désordre établi" et appelait à une "révolution personnaliste et communautaire", l'homme à ses yeux n'étant pas un "individu", ce qui est réducteur, mais une "personne" ouverte aux autres hommes, à une communauté. L'individu est, aux yeux de Mounier, un "élément" au sein d'une masse, alors que la "personne" est par définition une femme ou un homme à respecter, et toujours capable de créer. 

L’humanisme de Confucius

Confucius pensait que l’homme dispose d’une nature positive, le mal se développant à partir de l’ignorance. D’où l’importance pour l’homme de s’éduquer et de suivre une éthique morale. Confucius prône un art de vivre, visant l’harmonie des relations humaines. Il ne cherche pas à s’ériger en maître à penser mais plutôt à développer l’esprit critique et la réflexion de ses disciples.

« Etre humain, c’est aimer les hommes. Etre sage, c’est les connaître » : par cette citation, Confucius donne une définition de l’humanisme : un comportement qui allie humanité et sagesse. Il ne suffit pas d’être bienveillant et altruiste de cœur pour être humaniste, ce qui serait de l’angélisme. Il faut chercher à comprendre l’homme, éveiller sa conscience et sa responsabilité vis-à-vis des autres hommes, chercher en permanence à s’améliorer. La manière d’être est aussi importante que les intentions et les ambitions. Il disait aussi : « Cultivons notre être pour devenir la meilleure version de ce que nous sommes ».

 

3- L'HUMANISME COMME MODELE DE SOCIETE ET COMME PROJET DE CIVILISATION

L’idéal humaniste vise un monde durable et juste, basé sur la confiance dans le respect de la démocratie et de la république

Construire une société de confiance, qui donne le sens de « vivre ensemble », où les relations entre les humains ne sont pas systématiquement monnayées ou « marchandisées ». Alors que dans la société de défiance l’inégalité germe dès la naissance, le plus fort fait la loi, l’apparence, la caste et le carnet d’adresse priment sur la compétence, le « chacun pour soi » se généralise : anonymat, isolement, « sauve-qui-peut ». 

Ce projet de civilisation est universel, il se traduit aussi bien au niveau individuel qu’à celui de la famille, de la commune, de la région, de la nation, de l’Europe et du Monde. Il vise la prospérité non seulement matérielle mais aussi humaine et spirituelle : le goût de l’entreprise et de l’innovation, c’est celui de progresser, de réaliser des choses qui ont une valeur humaine, là où une prétendue "création de valeur "financière repose sur la rentabilité à court terme. 

C’est un projet de « développement durable » ou l’économique, le social et l’écologie doivent être considérés comme indissociables. Parce qu’il vise la préservation de la planète, des sources d’énergie et des ressources en général, et plus généralement parce qu’il veut « répondre aux besoins des générations présentes sans compromettre pour autant la capacité des générations futures à répondre des leurs », dans tout domaine. Ainsi de la dette publique qui grève les générations futures.

Citons François Bayrou en référence à son article de la revue Commentaire n° 119, publié en 2007 : « Le projet démocratique [humaniste] ne recherche donc pas seulement l’efficace, mais l’efficace compatible avec le juste. C’est ainsi que l’économique ne devrait pas pouvoir se définir en dehors de l’écologique, comme il ne devrait pas pouvoir se définir en dehors du social, tant le principe de responsabilité devrait être reconnu comme déterminant, responsabilité à l’égard des personnes, des familles, des générations à venir. Dans ce projet, économique, social, écologique doivent être regardés comme indissociables. »

 Ce schéma, repris par le Comité Pauvreté et Politique, illustre l’interdépendance entre les trois domaines :

 

Le développement durable ne se réduit pas à l’écologie.

La préoccupation écologique sans performance économique, sans source de financement, n’est pas viable. Sans préoccupation sociale, sans souci de l’homme, est n’est pas vivable.

L’économie qui ne se préoccupe pas de l’équilibre social, de la justice, de la protection des faibles, n’est pas équitable.

Le développement durable forme un tout indissociable 

L’approche humaniste réconcilie l’Europe avec les Nations. Plus qu’un espace de libre échange, l’Europe doit être le lieu de rassemblement des Européens face à leurs problèmes communs de ressources énergétiques, d’environnement, d’immigration, de défense, le moyen de promouvoir leurs ressources, leurs cultures, leurs valeurs communes.

Il s’agit également de protéger nos racines, notre identité, nos traditions, notre culture et nos langues régionales, face à la mondialisation et à l’uniformisation culturelle et idéologique. 

La démocratie permet de construire l’Homme

L’organisation sociale et politique la mieux à même de porter ce projet de civilisation humaniste est la démocratie. La démocratie permet de construire l’Homme, reconnaît sa place en tant que citoyen autonome libre de corps et de pensée, ayant une conscience et une capacité de jugement, responsable de ses actes moralement. La démocratie donne la parole et le pouvoir au citoyen, pouvoir qu’il organise en le déléguant et en le contrôlant. Elle suppose idéalement que le citoyen bénéficie d’une transparence de l’information, d’un accès aux connaissances et à l’éducation. Il s’agit d’une démocratie proche du citoyen, qui l’informe sur les problèmes du pays, de l’Europe, du Monde, lui explique les solutions proposées et lui donne les moyens de s’exprimer.

Pour que le citoyen soit en situation d’exercer ses responsabilités, il faut renforcer les corps intermédiaires, les représentations citoyennes, syndicats, corporations, associations.

La démocratie sociale redonne au travail une valeur capitale. L’utilité du travail de chacun est rétribuée par son revenu, mais elle va au-delà. Dans son travail, la personne est reconnue, exerce et développe ses talents.

Aussi faut-il être intransigeant sur les valeurs fondamentales dela Démocratie: tenir pour prioritaires l’éducation, le droit à l’expression et à l’information du citoyen, défendre la juste représentation des courants d’opinion, le pluralisme, l’indépendance des médias.

Le pouvoir du citoyen ne doit plus être limité à la désignation de ses dirigeants par son suffrage, qui ensuite décident sans lui rendre de comptes… ou à sens unique. Le statut du citoyen doit changer, il doit être acteur et non plus figurant dans la concertation. Le conflit est sain, car permet l’expression des attentes et dénoue les tensions. La contradiction renforce ainsi l’autorité et donne légitimité à son exercice. 

Il faut passer d’une démocratie d’opinion à une démocratie adulte.

Le citoyen est infantilisé dans une démocratie d’opinion, noyé par une information qu’il a du mal à maîtriser, les idées toutes faites délivrées par les médias, la télévision. Il se réfugie dans le divertissement, dans la télé-réalité, les matchs de football,… Son sens critique n’est plus nuancé et il devient soit suiveur passif, soit révolté et violent.

Or c’est la prise de conscience et la responsabilité, exercées en démocratie, qui permettront aux citoyens de comprendre, d’adhérer à un nouveau modèle en redéfinissant les priorités, ses valeurs, les structures de fonctionnement privilégiant le sens du bien commun et l’épanouissement de l’homme, le respect de l’autre. Il faut passer à une démocratie adulte.

Mais si les citoyens sont d’accord pour s’imposer de nouvelles règles, des contraintes de régulation, de partage, un effort d’assainissement des finances publiques, d’économies d’énergie, sans être motivés individuellement pour le faire, sans avoir envie d’agir ainsi, ils seront malheureux, frustrés. Alors que s’ils retrouvent un altruisme naturel, un plaisir de l’échange et du lien social, ils seront en harmonie avec ce modèle. Cela passe par l’éducation, le vécu d’expérience, la réflexion.

La république est le projet politique de l’humanisme

Dans la préface de mon livre, François Bayrou définit la république comme « projet politique de l’humanisme », un projet de société et même un principe de civilisation. Liberté, Egalité, Fraternité, comme triptyque de valeurs unies et indissociables, se tenant comme une clé de voûte, marque la devise de cette république sui vise à libérer l’homme, à l’émanciper, à l’assurer, à l’épanouir, à le lier aux autres dans un destin commun. Dans ce triptyque, le capitalisme a privilégié la liberté (notamment des échanges) mais au détriment de l’égalité et de la fraternité. Sa valeur centrale est l’argent. Le socialisme a quant à lui privilégié l’égalité au détriment de la liberté et au nom de la fraternité a délégué la solidarité à un Etat médiateur tout puissant, laissant se développer malgré tout les valeurs matérialistes et individualistes. Il met l’Etat au centre. L’humanisme doit réinstaurer l’équilibre entre ces trois piliers, ces valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, sans oublier la laïcité, en remettant l’homme au centre à la place de l’argent et de l’Etat. 

La république exprime et garantie les valeurs de l’humanisme. La démocratie donne à l’humanisme les moyens de s’exercer et de s’épanouir. La démocratie éclaire la république en faisant appel à la conscience et à la responsabilité des citoyens.

 

4- COMMENT METTRE L'HUMANISME EN PRATIQUE ?

Le modèle humaniste s’appuie à la fois sur une organisation sociale, la démocratie et la république, sur des valeurs, et sur un comportement, une méthode, une manière de faire. La fin de justifie pas les moyens.  François Bayrou aime reprendre la formule de Gandhi : "La fin est dans les moyens comme l'arbre est dans la graine." C'est-à-dire qu'il y a une unité d'essence entre la fin et les moyens.

Donnons des exemples très concrets de l’application de l’humanisme au travers des moyens, de l’organisation de l’économie, consistant à viser le bien commun, le bien de l’homme plutôt que le profit.

Partir des valeurs à prioriser dans les actions

  • Faire de la politique autrement. Il s’agit de faire valoir en priorité le fond des sujets, plutôt que de se laisser influencer par des questions de ralliement.
  • favoriser l’intérêt général, la cohésion sociale, la cohésion des familles, l’élévation spirituelle et la qualité relationnelle, ainsi que la préservation de l’environnement qui sont des notions qualitatives, plutôt que  la recherche du profit matériel.
  • Donner priorité à l’éducation et à tout ce qui peut favoriser l’égalité des chances.
  • Repenser le rôle de l’Etat afin de conjuguer solidarité, efficacité et responsabilité.
  • Redéfinir le périmètre et le niveau de responsabilité de l’Etat 
  • Protéger les faibles, les plus démunis socialement tout en favorisant la mixité sociale.
  • Favoriser la création, qu’elle soit du domaine de l’innovation scientifique, de l’entreprise, du domaine artistique.
  • Proposer des formes nouvelles de structures entrepreneuriales alternatives aux structures capitalistiques dans lesquels les actionnaires recherchent du profit à court terme plutôt que le développement durable de l’entreprise.
  • Protéger la terre pour protéger l’Homme et l’Humanité.
  • Favoriser le lien social et la solidarité intergénérationnelle 
  • Et pour finir, enraciner ces modes de fonctionnement et de pensée en ouvrant des ateliers de réflexion citoyens.

 

La coopération plutôt que la compétition

L’économie sociale et solidaire, le commerce équitable et le microcrédit

Ces trois formes d’activité économique représentent typiquement une façon alternative d’envisager l’économie, de viser un objectif de développement humain, social, plutôt que viser le profit financier lui-même. De plus, elles font appel à la responsabilité des acteurs, parties prenantes travaillant comme des partenaires, où l’échange bénéficie à tous et de plus crée du lien positif entre les acteurs.

D’après une étude de l’Insee publiée en 2008, l’économie sociale représente près de 10% de l’emploi salarié national hors agriculture et 8% des salaires. Elle n’est donc pas négligeable.

Les formes de société coopératives, mutualistes, correspondent à cette vision de collaboration visant un intérêt commun pour les usagers, les clients, les employés qui vivent de l’activité, par opposition à la société cotée en bourse visant à privilégier le profit à court terme de l’actionnaire, dans une compétition conflictuelle où il s’agit d’éliminer le concurrent.

Il faut penser à des modes de gouvernance plus coopératifs, visant l’intérêt général durable des participants plutôt qu’un profit financier à court terme au détriment du reste. Des expériences coopératives, mutualistes, associatives (auberges de jeunesse, compagnons d’Emmaüs), les AMAP en plein développement, le commerce équitable, le microcrédit, les échanges non marchands, les bourse d’entraide où on échange du temps, Wikipedia,… sont des signes encourageants.

L’approche coopérative peut aussi être appliquée à de multiples services publics, les transports, le vélib, etc. où les usagers clients décident du niveau de qualité de service et du tarif, sachant qu’un bénéfice excédentaire leur sera rendu en ajustement de prix du service comme pour une mutuelle.

L’approche coopérative a été celle de la construction européenne, elle peut être élargie à de multiples domaines, y compris pour une approche de gouvernance mondiale, à condition de garantir une légitimité démocratique. Elle peut être aussi appliquée en politique, lorsqu’on doit se mobiliser dans un esprit d’union nationale, commela France l’a fait après la guerre et en 1958 avec le Général de Gaulle, ce que propose François Bayrou dans le contexte de crise que nous traversons.

L’approche coopérative doit prendre le pas sur l’approche compétitive.

Le citoyen « consommacteur » peut exercer sa responsabilité et un pouvoir de citoyen-consommateur

L’exercice individuel de la politique ne se limite pas à s’intéresser à l’actualité politique, à y participer, à éventuellement militer pour un parti politique ou contribuer à un think-tank, club de réflexion. Il se pratique aussi dans la vie sociale, associative, scolaire et éducative, et dans la vie de tous les jours en tant que citoyen-consommateur. En effet, par mon acte d’achat (en tant que consommateur et aussi en tant qu’actionnaire, même indirect via des fonds ou assurances), qui privilégie l’achat éthique et responsable, je commets une action politique favorisant telle entreprise, tel comportement de production, un mode de production et de distribution et au contraire boycottant telle entreprise ou tel produit fabriqué dans des conditions qui ne correspondent pas à mes critères, à mes valeurs. En refusant les prospectus dans ma boîte à lettres, je contribue à la préservation des arbres. En achetant des produits sans emballage individuel comme le riz par plusieurs kilos ou les biscuits par plus grands contenants, je fais du bien à ma planète – je me fais du bien.

Bien sûr, pour que  les achats citoyens responsables puissent se développer, il faut non seulement développer ce comportement, mais aussi l’information sur les produits et les entreprises, ainsi que l’étiquetage sur la provenance des matières premières, le lieu de fabrication, la trace carbone, le degré de pollution ou de préservation de l’environnement, le respect d’une norme quant aux conditions de travail des personnes qui ont fabriqué et distribué le produit. Ce qu’on appelle des labels. Et qu’ils soient lisibles !

Dans ce but il faut continuer à normaliser ces critères, créer des agences de notation sur ces critères, imposer une diffusion (sur Internet) de ces informations et un étiquetage des produits.

A ce titre, le débat qui a eu lieu récemment sur l’abattage Halal, qui s’est déplacé sur le thème de la discrimination à l’égard des musulmans et des juifs, aurait dû au moins porter sur la souffrance animale et l’information au consommateur sur ce sujet. Cette question était légitime mais a été vite évacuée

Comme François Bayrou le prône pour le « produire en France » nous invitant à « acheter français, produit sur le sol français », le raisonnement doit être élargi : « acheter bio ou éco-responsable », acheter des produits réalisés par des entreprises vertueuses, respectueuses de l’environnement, de leurs employés et de leurs fournisseurs.

C’est l’esprit de responsabilité du citoyen qui permettre de redonner le pouvoir à ce dernier.

L humanisme comme modele de societe.pdf

16/01/2012

François Bayrou ou l’intelligence humaine

Avec François Bayrou, on a l’impression d’entrer dans une nouvelle dimension. Il sort du cadre traditionnel, ne parle pas cette langue de bois, ne pratique pas la lutte de clan contre clan, ne participe pas aux combats de coqs. Il nous fait voir le monde autrement, sous un autre éclairage. Dans cet univers sclérosé, étouffant, cet air vicié faute d’être aéré et renouvelé, une porte s’ouvre …

Depuis des lustres, François Bayrou nous parle d’humanisme. Ce mot paraissait désuet, angélique, utopiste. Certes il évoquait la Renaissance, le développement des sciences, de la culture, un tournant de civilisation qui a suivi l’invention de l’imprimerie, comme c’est le cas aujourd’hui de la révolution de l’information suite au déploiement d’Internet. Mais le terme a  une connotation passéiste, voire gnan-gnan. Or ce mot prend aujourd’hui une autre résonance … Jean Léonetti crée au sein de l’UMP un courant appelé « La droite humaniste ». Même le Parti de Gauche sous-titre son programme « L’Humain d’abord ». On remarquera au passage que les termes de socialisme et de capitalisme, appartiennent eux aussi à un ancien référentiel, sont dépassés, même s'ils sont encore employés. Le capitalisme initialement entrepreneurial a évolué vers la financiarisation de l'économie, le libre-échange dans la mondialisation. Le socialisme qui faisait référence à une économie administrée par l’Etat, niant la propriété privée, désigne maintenant plutôt un modèle privilégiant l’égalité et la gestion collective, sans pour autant remettre en question la propriété privée, le statut de nos entreprises et même le libre- échange.

François Bayrou prône également depuis toujours les valeurs de la république, ornant les frontons de nos écoles et des mairies de nos villages : « liberté-égalité-fraternité », ce qui peut paraître ringard, provincial, aux oreilles du tout-venant.

On découvre que cette vision est en fait empreinte de profondeur philosophique, d’une anthropologie de l’homme définissant les contours d’un modèle de société qu’il s’agit, sinon de retrouver, de redéfinir. Pas d’un système complexe, que seules des élites pourraient comprendre, dont elles pourraient s’approprier et qu’elles chercheraient à appliquer de manière dogmatique, mais des notions simples, qui donnent une direction, pour réorienter notre boussole à tous, dans un monde à la dérive.

Liberté-Egalité-Fraternité, triptyque de valeurs unies et indissociables se tenant comme une clé de voûte, marque la devise de cette République qui vise à libérer l’homme, à l’émanciper et à l’assurer, à l’épanouir, à le lier aux autres dans un destin commun. Le modèle capitaliste d’économie de marché incarné par la droite a privilégié la liberté, mettant l’argent au centre, en ayant laissé malgré tout se développer les inégalités. Le socialisme incarné par la gauche, a préféré l'égalité, en mettant l’Etat au centre oubliant souvent l’entreprise.  L'humanisme plutôt incarné par le centre, réfère à la fraternité, trop oubliée. Prônant l'équilibre entre ces trois piliers. François Bayrou exprime que « La république est le projet politique de l’humanisme », dans sa préface de mon livre intitulé « La révolution humaniste ». C’est même un projet de société, un principe de civilisation. On comprend alors mieux l’idée de majorité centrale, d’esprit d’union nationale, qu’appelle de ses voeux le candidat à la présidence de la république.

Certains cherchent des coupables tout désignés pour expliquer la crise que nous traversons, les dérives de la mondialisation, d'un capitalisme financier jugé prédateur : les dirigeants, les élites, les banquiers, les actionnaires, la mondialisation, le libre-échange, l'euro, les institutions européennes,la Chine... Ils veulent faire croire que les dangers viennent de l'extérieur et qu'il suffit de fermer les frontières ou de se débarrasser des catégories présumées coupables. Mais ne nous méprenons pas. Cette vision nous empêche de regarder les véritables causes de nos maux, nos propres responsabilités de citoyens, de consommateurs, d'investisseurs, d'entrepreneurs, ...les défauts d'un modèle de fonctionnement de la société, qu'il s'agit de repenser non seulement collectivement, mais aussi individuellement, dans nos comportements.

Les causes profondes des dysfonctionnements proviennent notamment d’une trop forte polarisation de la société sur l'argent, sur la recherche du profit, sur les valeurs matérialistes et individualistes. L'argent était un moyen, un médiateur d'échange, une représentation de valeur marchande. Mais il est devenu une fin, un objectif, induisant une perversion, une sorte de maladie mentale de la société. De cette méprise découlent les symptômes de la maladie, les crises que nous traversons : crise économique, crise sociale et crise morale. Un système générant des inégalités croissantes, ne parvenant pas à venir à bout de la pauvreté, dégradation du niveau scolaire, déculturation. Le citoyen est infantilisé dans une démocratie d'opinion, noyé par une information qu'il a du mal à maîtriser, les idées toutes faites délivrées par les médias, la télévision. Il se réfugie dans le divertissement, dans la télé-réalité. Son sens critique n'est plus nuancé et il devient soit suiveur passif soit révolté et violent.

Il faut retrouver le sens du bien commun et remettre l'homme au centre, l'humain plutôt que l'argent. L'approche humaniste permet alors d'envisager un nouveau modèle de société.

C'est la prise de conscience et la responsabilité, exercées en démocratie, qui permettront aux citoyens de comprendre, d'adhérer à un nouveau modèle en redéfinissant ses priorités, ses valeurs, les structures de fonctionnement privilégiant le sens du bien commun et l'épanouissement de l'homme, le respect de l'autre. Il faut passer d’une démocratie d’opinion, où les citoyens n’ont guère à réfléchir et sont invités à adhérer à des idées toutes faites, à une démocratie adulte. Mais si les citoyens sont d'accord pour s'imposer de nouvelles règles, des contraintes de régulation, de partage, d'économies d'énergie etc. sans être motivés individuellement, sans avoir envie d'agir ainsi, ils seront malheureux, frustrés. Alors que s'ils retrouvent un altruisme naturel, un plaisir de l'échange et du lien social, ils seront en harmonie avec le modèle. Cela passe par l'éducation, le vécu d'expériences, la réflexion.

La compétition est stimulante mais si elle n’est pas exercée avec coopération, elle peut générer une déperdition d’énergie, des investissements redondants voire du gaspillage, aller contre l’intérêt commun et au final être destructrice. Il faut penser à de nouveaux modes de gouvernance plus coopératifs, visant l'intérêt général et durable des acteurs plutôt qu'un profit financier à court terme au détriment du reste. Pour l'illustrer : des exemples concrets d'expériences coopératives, mutualistes, associatives (auberges de jeunesse, Compagnons d'Emmaüs), AMAP en plein développement, commerce équitable, microcrédit, échanges non marchands, Wikipedia ... L'approche coopérative a été celle de la construction européenne, celle de Robert Schuman et de Jean Monnet, visant la paix et la prospérité des peuples d’Europe. Elle doit être à nouveau entreprise pour renforcer et solidariser l’Europe en ces temps de crise par des actions communes visant un intérêt général commun : grands projets communs, plan de relance commun, eurobonds, partage d’innovation, plates-formes d’échanges de technologies, intervention dela BCE, … Cette approche peut être élargie à de multiples domaines et au niveau mondial (à condition de garantir une légitimité démocratique). Elle peut même être appliquée en politique, lorsqu'il faut se mobiliser dans un esprit d'union nationale, en temps de guerre ou de grave crise, comme la France l'a fait après la guerre en forgeant son modèle social défini par le Conseil National de la Résistanceet en 1958 avec le Général de Gaulle. C’est ce que François Bayrou propose dans le contexte de crise que nous traversons, en appelant à cet esprit d’union nationale. Il ne s’agit plus pour la gauche de battre la droite, pour la droite de battre la gauche, mais bien de redresser le pays ensemble !

Dans tous domaines, entreprise, Europe, ou politique, l'approche coopérative doit prendre le pas sur l'approche compétitive. Et l’humain doit prendre le pas sur l’argent et sur l’Etat. Pour ce faire, François Bayrou en appelle à l’intelligence humaine, à des citoyens responsables qu’il respecte, qu’il ne prend pas pour des « gogos ».

11/12/2011

François Bayrou : « La République est le projet politique de l’humanisme »

François Bayrou vient de préfacer mon livre paru fin Novembre 2011 intitulé « La révolution humaniste », un essai publié aux Editions Salvator traitant du modèle de société, déplorant et dénonçant l’emprise outrageuse de l’argent sur les motivations individuelles comme sur celle des sociétés et invitant à remettre l’homme au centre.

 

 

Dans son texte, d’une grande profondeur, François Bayrou s’exprime sur la nature des crises que nous traversons et  sur la République vue comme un projet politique, un projet de société et même un principe de civilisation.

Liberté-Egalité-Fraternité, trypique de valeurs unies et indissociables, se tenant comme une clé de voûte, marque la devise de cette République qui vise à libérer l’homme, à l’émanciper et à l’assurer, à l’épanouir, à le lier aux autres dans un destin commun.

Si l’on rapporte cette devise aux courants politiques en France, il semble que la droite ait priorisé « la liberté », notamment sur le plan économique, du libre échange, mettant l’argent au centre, en ayant laissé malgré tout se développer les inégalités, alors que la gauche ait priorisé l’égalité, mettant l’Etat au centre, oubliant parfois l’entreprise, et que le centre ait axé l’objectif sur la fraternité  sur l’humain, trop souvent oublié dans cette trilogie, tout en associant avec équilibre liberté et égalité,. N’est-il pas venu le temps d’une union nationale équilibrant ces valeurs pour les associer avec plus d’équilibre, dans le sens du bien commun, dans l’idée d’une majorité centrale prônée par François Bayrou ?

Lors de sa déclaration officielle de candidature à l’élection présidentielle 2012, à la maison de la chimie le mercredi 7 décembre, François Bayrou n’a pas seulement fait profession de foi sur son engagement, livré son diagnostic sur la France, sur la crise que traverse l’Europe, et donné les grandes lignes de son projet. Il a également exprimé sa foi en l’humain et une ambition pour la France d’un point de vue philosophique, celle que la France soit un éclaireur du monde en formulant « un projet pour développer l’être humain » dans toutes ses dimensions (instruction, libertés, droits sociaux, santé, créativité, culture, etc.) :« Nous ne sommes pas des organismes à produire et à consommer. Nous sommes destinés à nous élever au-dessus de nous-mêmes, pour comprendre le monde et pour le changer dans le but d’humaniser le monde et d’humaniser l’homme. Le monde ne se satisfait pas que les uns sont gavés (…) et que les autres n’ont même pas d’eau. Le monde ne se satisfait plus du matérialisme. Il exige qu’on prenne en charge la nécessité de tous et il espère qu’on lui montrera d’autres horizons pour l’être humain, pour sa liberté et pour sa conscience. ».

Ce qui nous ramène à une citation d’Albert Camus : « il faut être pessimiste en ce qui concerne la condition humaine mais optimiste en ce qui concerne l’homme »

.Je vous invite à lire ce texte de préface de « La révolution humaniste »* :

La question de la nature de la « crise » que traversent nombre de pays européens est posée, et posée aussi la question du particulier désarroi que cette « crise » suscite en France. Que se passe-t-il de si profond dans notre pays que l’immense majorité des Français se partage, en une récente étude, entre 53 % de « révoltés » et 29 % de « résignés », autant dire 82 % de désespérés, contre 11 % de « confiants » ? Un tel déséquilibre ne peut s’expliquer seulement par les difficultés économiques, ou par le malaise social. C’est du pays qu’il s’agit, du peuple, de la nation, de ce qui fait vivre ensemble les familles, les entreprises, les communautés civiques. Le malaise est un mal-être, un mal-être de peuple et s’il est plus grave en France, ce n’est pas seulement que nos chiffres, nos performances, nous mettent en mauvaise position. C’est que ces difficultés retentissent sur le lien mystérieux qui soude entre eux les concitoyens et les rend membres d’un même organisme vivant, d’un même corps politique, qui leur donne identité et envie d’un destin commun.

Nous sommes, nous France, et nous Français, peut-être le seul peuple politique. Le seul peuple philosophique. Au sens propre : non pas le seul peuple qui aime la politique, ou le seul qui aimerait la philosophie. Il en est d’autres. Nous sommes le seul peuple qui se soit formé autour d’un dessein politique, de conceptions proprement philosophiques. Ce que nous nommons « République », ce n’est pas une organisation institutionnelle. La République, ce n’est pas seulement un régime qui s’oppose à la monarchie ou lui succède, et dont la source de l’autorité est dans le peuple par opposition à la légitimité dynastique. La République, c’est un idéal politique, un projet de société, et même un principe de civilisation. C’est proprement l’organisation politique et l’organisation sociale qui permettent l’émancipation de l’individu, son épanouissement, par le dépassement de toutes les aliénations, de toutes les sujétions. L’individu est légitimé et libéré. Et s’organise en même temps pour l’entourer et l’accompagner, le principe de solidarité. Libéré et assuré, ainsi s’affirme l’idéal du citoyen républicain.

S’y ajoute un principe dynamique, le rêve ou la chance de la progression sociale méritée. Ainsi l’école, l’école aux murs de briques de la Troisième République, pouvait-elle inscrire en son fronton la trilogie de l’authentique liberté, de l’authentique égalité et de l’authentique fraternité. Cela était proprement la République. Et cela faisait de tous ces petits de Gaulois, d’Alsaciens, de Bretons, ou de Béarnais, de tous ces petits d’Africains, de tous ces petits d’Annamites, de ces lointains ou de ces voisins Italiens et Polonais, un seul et unique peuple de citoyens. Égaux non pas seulement par les droits, mais ce qui est beaucoup plus fort égaux par les espoirs. Égaux par les enfants.

Et c’est ainsi que la République était le projet politique de l’humanisme. Car en chaque situation sociale, elle avait pour idéal de libérer l’homme dans l’homme, de promouvoir l’homme dans l’homme ou dans la femme, de lui rendre et de lui garantir dignité et capacité.

Je soupçonne que, pour être aussi profonde, aussi décourageante, c’est là que touche la crise. Elle touche, bien entendu, dans la situation de chacun, dans les fins de mois, dans l’emploi perdu du fils aîné ou l’emploi jamais trouvé de son frère ou de sa jeune sœur. Elle touche dans l’espoir.

 

Et aussi profonde, elle touche en même temps dans le jeune homme ou dans le chef de famille, dans la femme qui élève ses enfants, dans la solitude des esseulés, elle touche aussi le citoyen. Le citoyen : c’est-à-dire non pas seulement celle ou celui qui vote pour désigner des représentants, mais celle ou celui qui participe à la vie civique, qui s’engage, parce qu’il croit qu’il peut et doit changer réellement le destin du pays qui est le sien. À partir du moment où s’enracine la conviction que tout cela, au fond, les débats, les institutions, les scrutins, tout cela ne sert à rien, que quel que soit le choix rien ne change vraiment, le citoyen s’abîme et disparaît. Il s’étiole, il s’incline et il s’efface.

Ainsi quand se trouvent mises en cause en même temps, la situation, les moyens de vivre, l’espoir de l’avenir et la capacité du citoyen, une vague de doute et d’angoisse saisit la nation tout entière. C’est là que nous en sommes.

C’est pourquoi les questions si importantes de l’économie, de la santé du pays, des risques de la dette et des déficits accumulés, de la persistance et de la multiplication du chômage, de la baisse du pouvoir d’achat, de l’énergie, pour cruciales qu’elles soient ne sont pourtant qu’une composante d’une question plus large qui est celle du projet de société, vécu au quotidien, pour chacun et pour chacune, qui sera proposé à notre peuple et à notre pays.

C’est de cette question que se saisit Marie-Anne Kraft. Elle a bien des atouts pour affronter cette interrogation et lui proposer des réponses. Elle est familière de l’économie, du monde financier, de l’univers de l’information, des nouveaux moyens de communication qui démultiplient information et réflexion, elle a la culture nécessaire et l’expérience multiple qui seules permettent de comprendre notre temps. Comme femme, comme professionnelle, comme militante des causes les plus hautes, comme experte, elle ne se contente pas de commenter ou d’analyser, elle vit les turbulences de notre temps et s’engage pour les apaiser et les faire accoucher d’un temps meilleur. Elle écrit comme elle est, généreuse autant que compétente.

Ce livre, cette réflexion sur notre avenir commun, participera au vaste débat de notre temps. C’est ainsi que brique à brique, chacun apportant sa part de conscience et sa part de responsabilité, se formera dans notre pays une conception nouvelle de l’avenir. Ce ne sera pas de la théorie, et surtout pas de l’idéologie, qui veut plier la réalité pour la faire ressembler à ses obsessions. Ce ne sera pas une approche intellectuelle, avec de grands mots ronflants, de grandes promesses porteuses de déceptions. Ce sera de la vie, avec sa dimension d’humilité et sa dimension de grandeur, car l’une et l’autre sont nécessaires à l’homme et au citoyen, au féminin comme au masculin.

J’ai écrit, il y a longtemps, un livre qui s’intitulait « le droit au sens ». Jamais droit ne fut plus nécessaire, dans l’orage magnétique qui fait qu’aucune de nos boussoles ne sait plus nous désigner le Nord pour que nous tracions notre route. Il s’agit à la fois de donner du sens à notre vie commune et de déterminer le sens de nos efforts. Ce livre n’achèvera pas la réflexion de l’auteur et de ses lecteurs : il l’ouvre au contraire. Nous avons chacun, pour notre compte, et ensemble, à en partager les questionnements, l’inspiration et prendre notre part de son exigence.

 

François Bayrou

 

* Une séance de dédicace du livre par l’auteur se tiendra le mercredi 21 décembre, de 18h30 à 20h20 à la librairie L’Eclectique, à Saint-Maur-des-Fossés 93 avenue du Bac. 94210 La Varenne Saint Hilaire RER ligne A direction Boissy-Saint-Léger, station La Varenne. Bus 111 et 112

25/11/2011

"La Révolution Humaniste", par Marie-Anne Kraft, préface de François Bayrou

Je viens de publier un essai intitulé "La révolution humaniste" aux éditions Salvator, traitant du modèle de société, fruit de réflexions déjà entamées avant la dernière crise qui nous touche de plein fouet : crise financière, crise économique, crise de l'Europe, crise sociale, crise morale et aussi écologique.



Ce livre présente un diagnostic des dysfonctionnements de nos sociétés sous des angles d'analyse multiples en mettant en perspective les visions économique, sociologique, philosophique, psychologique, anthropologique, en faisant référence à de nombreux auteurs et penseurs qui ont contribué à faire avancer la compréhension du monde et de l'homme, de l'antiquité aux contemporains.

Une des principales conclusions du livre, que je vous laisse découvrir sans tout dévoiler par avance, est que la plupart de nos maux proviennent d'une perversion, une sorte de maladie mentale, d'un attachement à l'argent comme valeur centrale. La "révolution humaniste" que j'appelle de mes voeux consiste à changer l'axe central de la société, en remettant l'homme au centre à la place de l'argent. C'est une révolution pacifique, copernicienne et non violente, qui fait appel à une transformation profonde de nos comportements, de notre vision individuelle de l'autre et du bien commun, du sens donné à notre vie, comme également de la manière dont la société fonctionne, est gouvernée dans la mondialisation. J'y propose des pistes concrètes, une méthode, pour y arriver progressivement et en agissant d'urgence

J'espère par ce livre apporter un éclairage pédagogique et ouvrir le débat avec vous, avec les élus, avec surtout les citoyens, acteurs de la vie civile et associative, entrepreneurs, partenaires sociaux, engagés ou non politiquement, avec tous ceux qui s'interrogent et souhaitent construire un monde plus humain.

Précisons que même si le livre est préfacé par François Bayrou, ce qui m'honore infiniment, il n'est pas partisan, ne milite aucunement pour un parti, d'ailleurs des sensibilités de gauche comme de droite en passant par le centre pourront y trouver probablement inspiration et convergence de points de vue comme une ouverture sur des visions nouvelles et différentes, sur des sujets profonds de société, transcendant les positionnements politiciens.

08/02/2011

François Bayrou est pour l’humanisme, pas pour le « centrisme »



Ces derniers temps, les medias nous ont servi une soupe, que dis-je, une « bouillie pour les chats », au sujet des pseudo-centristes du Nouveau Centre (Hervé Morin & Co), du Parti Radical Valoisien (Jean-Louis Borloo & Co), des anciens UDF ralliés à l’UMP en 2002, des UMP gaullistes-sociaux rangés aussi dans cette catégorie (Dominique de Villepin & Co), des centristes non encartés et plein de bonnes volonté comme Jean Arthuis qui a créé un mouvement (pas un parti), l’Alliance Centriste, en vue d’essayer de rassembler les morceaux du puzzle, et puis il y a ... François Bayrou, qui a créé en 2007 le Mouvement Démocrate, allias MoDem en court, pour marquer un tournant, un nouveau départ, un positionnement plus indépendant que ne l’avait été l’UDF en son temps.

 

Mais François Bayrou est-il centriste ?

 

Bien qu’il se situe au centre de l’échiquier politique, il n’aime pas ce terme qui rime avec triste. Moi non plus. Le suffixe marque en lui-même une connotation péjorative, comme on dirait gauchiste ou droitiste. De plus, ce mot porte une histoire, une mémoire, de ralliements de circonstance, de positions tièdes, entre-deux, de comportements pusillanimes. Dans ce contexte et sur cette définition, alors oui, nombre d’élus du Nouveau Centre sont bien des centristes, ainsi que Jean-Louis Borloo, mais François Bayou n’en est pas un, ni Dominique de Villepin.

 

François Bayrou est même le contraire, il est l’incarnation du courage, des prises de position fermes, le contraire de la tiédeur du ni-ni, une constance dans l’expression de ses valeurs, leur application à la politique, et de surcroît il a toujours une longueur d’avance dans sa vision du monde et de ses dérives, comme il a été le premier, avant le PS, à dénoncer les abus de pouvoir du régime sarkozyste.

 

Plutôt que « centriste », entre droite et gauche, il préfère se définir démocrate et humaniste. D’aucuns diront que tout le monde se dit humaniste, qu’il est facile de proclamer ces belles valeurs, mais que tout ça n’est pas un programme, pas une politique. Mais quand François Bayrou emploie ce mot, c’est dans la profondeur de son sens, enraciné dans l’humanisme de la Renaissance, nourri de l’humanisme chrétien de Marc Sangnier qui fait appel à la conscience et à la responsabilité, ou encore de Jacques Maritain et d’Emmanuel Mounier, également dans la même veine que l’humanisme résistant de Stéphane Hessel et l’humanisme révolutionnaire (au sens copernicien) de Jean-François Kahn, celui qui remet l’homme au centre : au centre des priorités politiques, au centre du débat, au centre des responsabilités, des droits et des devoirs de l’homme vis-à-vis de ses alter-ego. Cet humanisme centré sur l’homme s’oppose au capitalisme dont la valeur centrale est l’argent ainsi qu’au socialisme qui met l’Etat au centre. Ce n’est donc pas un vain mot et cela conduit même la façon de faire de la politique. Ainsi, plutôt que parler de centrisme entre droite et gauche, dans un repère euclidien dont le sens est dévoyé, vaut-il mieux parler d’idéologie, voire d’un modèle de société : l’humanisme, face au capitalisme et au socialisme.

 

Je dirais même plus, comme je l’avais déjà exprimé en 2008 dans cet article : que François Bayrou est altermondialiste, c'est-à-dire qu’en opposition au modèle capitaliste dans la mondialisation, basé sur la recherche du profit individuel et générateur d’inégalités croissantes. Il propose une autre vision du monde, un autre modèle de société.

 

Dans la charte des valeurs du Mouvement Démocrate comme dans le projet démocrate et les discours de François Bayrou lors de sa campagne présidentielle en 2007, les priorités ne sont pas accordées à la recherche du profit individuel, mais au respect de l’être humain, à la justice et à la réduction des inégalités, à l’éducation, à la préservation de la planète et des espèces dont l’homme fait partie et à la diversité culturelle. Le développement économique n’en est pas pour autant renié mais doit s’inscrire dans ce contexte de nouvelles priorités, ne pas se faire au détriment des autres (de l’Afrique, de l’environnement, notamment) ne plus voir l’unique taux de croissance global du PIB comme l’indicateur absolu du progrès et des jours meilleurs.

 

François Bayrou propose un autre modèle de société, qui ne nie pas la mondialisation mais qui la régule par de nouvelles règles du jeu mondiales (passant nécessairement par un renforcement de l’Europe) et puisse fonctionner sur un autre moteur que celui de la seule recherche du profit individuel, un autre carburant que l’argent et les valeurs matérialistes (passant par une prise de conscience et une responsabilisation individuelle de notre destin collectif). En ce sens, François Bayrou est altermondialiste.

 

Rappelons la définition de l’altermondialisme :

« L’altermondialisme est un mouvement social composé d’acteurs très divers qui, face à une logique de mondialisation libérale effrénée, revendique et met en avant des valeurs comme la démocratie, la justice économique, la sauvegarde de l’environnement, les droits humains en vue d’une mondialisation maîtrisée et solidaire.

Très hétérogène et composé d’une multitude d’associations, de mouvements d’horizons divers, d’organisations non gouvernementales, l’altermondialisme se manifeste par des positions qui vont du réformisme à la rupture. Pour créer des synergies entre les différents mouvements qui le composent, il tente de développer des réseaux internationaux (Forums sociaux). »

 

Malgré cette définition, le terme ALTERMONDIALISME évoque souvent un courant révolutionnaire utopiste et anarchiste ou d’extrême gauche inspirée du marxisme, les manifestations lors des sommets de l’OMC ou du G8, l’arrachage de plants transgéniques, etc. C’est parce qu’on retient plus, médiatiquement, les manifestations parfois violentes des tenants d’une stratégie de rupture que celles moins bruyantes des réformistes. L’altermondialisme n’a pas encore été construit politiquement pour proposer un projet de société réaliste en s’inscrivant dans un parti politique crédible. Il était jusqu’à récemment plus dans la dénonciation des dérives de la mondialisation, renforcée par la récente crise financière, que dans la proposition d’un projet de société global et cohérent. Cependant, les choses évoluent, des actions constructives ont été conduites et commencent à porter leurs fruits dans le commerce équitable, le microcrédit, l’économie sociale et solidaire et j’ajouterai responsable. On redécouvre les bienfaits des structures coopératives, AGAP, covoiturage, etc. Toutes ces initiatives sont dans le droit fil de la logique humaniste, plus que socialiste (au sens d’appropriation par l’Etat des moyens de production et centralisation étatique). De plus en plus de personnalités renommées des mondes scientifique, philosophique, politique, journaliste ont déjà tiré l’alarme en vue d’envisager "un autre monde" et sont aussi "altermondialistes" : Hubert Reeves, Joseph Stiglitz, Yves Paccalet, Hervé Kempf,...

 

Que proposent les partis en termes de projet de société alternatif ?

L’UMP et donc le gouvernement issu de l’UMP, nous ont directement proposé un programme, des réformes, sans nous décrire le projet de société, mais que l’on devine aisément comme défenseur d’une mondialisation motivée par la recherche du profit individuel, la loi du plus fort, génératrice d’inégalités croissantes.

Le PS a édicté des valeurs, accordant plus d’importance à la justice et à la solidarité, mais il lui reste à décrire le projet de société et à résoudre les profonds désaccords internes sur les choix politiques, entre libéralisme et socialisme, l’impossible synthèse, ainsi que les luttes de pouvoirs entre personnalités.

Europe Ecologie a su prendre la mesure d’une partie du problème, celui de la préservation de l’environnement, de la survie de la planète et des espèces, ainsi que donner une dimension plus sociale à sa vision, mais elle parle rarement de l’homme, de son accomplissement.

François Bayrou nous propose un autre chemin, altermondialiste humaniste démocrate et réaliste, en ayant décrit ses priorités en terme de valeur, son projet de société, sa politique. Etant désavantagé en terme de représentation parlementaire car les institutions et la loi électorale actuelles favorisent la bipolarité politique, les courants majoritaires, il lui faut surtout avoir l’écoute des Français pour exposer cette alternative, leur redonner confiance en la politique, une politique fondée sur un projet de société et non sur des luttes de personnes et des fausses promesses, avec à la clé un beau rendez-vous en 2012 !

22/12/2010

Rapport Odissée sur l’état social de la France : le lien social est un facteur de performance.

L’association Odissée vient de publier le rapport sur «l’état social de la France», (voir  cet article de LaCroix ).

Il est maintenant possible de commander le rapport intégral sur le site de La Documentation Française (27 euros).

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Ce rapport montre qu’il n’y a pas de véritable performance économique sans cohésion sociale.


 

En résumé :

- En matière de performance globale – économique et sociale-, la France ne se classe qu’au 8e rang des 27 pays européens ;

- On peut avoir un fort niveau de protection sociale et un faible niveau de lien social, ce qui est le cas de la France (ce qui ne m’étonne pas car il peut y avoir déresponsabilisation par délégation du social à l'Etat, renforçant le comportement individualiste) ; » L’État impulse tout et il y a une démission du citoyen ».

- la situation est très contrastée selon les territoires, les régions de France. Par ex l'Ile de France est au 1er rand en terme de performance et 20ème en termes de lien social. Explications intéressantes et comparaison avec les régions qui réussissent le mieux (Pays de Loire, Bretagne, Midi-Pyrénées, Alsace, Rhône-Alpes).

Enfin, cette étude est une véritable leçon de politique : alors que la droite priorise la performance économique et la gauche la solidarité, le lien social, le vivre-ensemble, selon un clivage libéralisme/socialisme, cette étude révèle que les deux sont très liés. La conscience et la responsabilité citoyenne et la valorisation de l’être et de la relation humaine, plutôt que celle de l’avoir et du paraître, sont essentielles pour arriver à des efforts communs et à un consensus priorisant l’intérêt général, redonner l’impulsion à la création, à l’inspiration, que ce soit dans le domaine de la recherche, de l’entreprise, des arts et de la culture. Pour y arriver, il faut repenser « le sens de notre société », de notre vivre-ensemble », en partant des valeurs. Le délégué général de l’association, Jean-François Chantaraud nous propose d’inventer la « sémiocratie », allant au-delà de la démocratie. « Il faut organiser une circulation et une mutualisation de l’information afin que chaque idée, chaque expérience, chaque savoir-faire et chaque énergie trouve la place qu’il mérite au profit de tous ». « Apprendre à bâtir des raisonnement collectifs dans lesquels chacun de reconnaît ».

Cette nouvelle forme de penser la société, de réfléchir ensemble pour construire un projet de société au service de l’homme, du développement humain, cela s’appelle l’humanisme. Cette troisième voie, différente du libéralisme incarné par la droite, fondé sur l’argent, le profit, et aussi différente du socialisme, incarné par la gauche, dont l’Etat a un rôle central tout en ciblant l’égalité. C’est cet humanisme qui caractérise le projet de société du centre, sortant de l’habituel clivage droite/gauche. Un centre qu’il ne faut pas voir superficiellement comme un ectoplasme volatil supplétif de la droite ou de la gauche, mais plus profondément sur les valeurs qu’il incarne et le nouveau projet qu’il propose. A condition d’être indépendant, de bien marquer sa différence et d’exprimer son projet, à condition d’être écouté plutôt que l’objet de dénigrement et de moqueries des médias, oui ce centre là peut devenir un socle offrant une alternative crédible et redonnant l’espoir.

Quelques extraits ci-dessous, repris des articles du journal LaCroix, en référence :

http://www.intelligencesociale.org/ressources/documents/2...
http://www.intelligencesociale.org/ressources/documents/2...
http://odissee.info/ressources/documents/20101220_LaCroix...

 

Ce rapport montre à quel point la cohésion sociale est le meilleur instrument de la performance économique. Le savoir-faire se nourrit du savoir-être ensemble. La bonne gouvernance (c’est le mot à la mode) a besoin de confiance, de participation, de subsidiarité… Une organisation du pouvoir trop centralisée est un frein aux initiatives. La négociation est indispensable.

Dans la comparaison européenne, la France, 8e, « Une position moyenne » occupée également par le Royaume- Uni et l’Allemagne, bien derrière les pays scandinaves, a encore des progrès à faire dans beaucoup de domaines. Au 12e rang seulement pour la performance économique, elle ne brille pas non plus par ses résultats en matière de lien social puisqu’elle n’occupe que la 8e place derrière, sans surprise, les pays scandinaves mais, plus étonnant, après également le Royaume-Uni ou l’Irlande.

Le résultat est sans appel : les pays les plus performants sont aussi ceux qui ont les meilleurs résultats sur le plan de la cohésion sociale. Et de ce point de vue, ce sont les pays du nord de l’Europe (Suède, Finlande, Danemark) qui arrivent en tête du palmarès, avec les Pays-Bas et l’Autriche. Des pays qui ont pour trait commun d’avoir un système de gouvernance reposant sur une démocratie sociale et locale très développée.

Dans les pays nordiques, elle se traduit par « un contrat social fondé sur un impôt élevé et des mécanismes de redistribution sociale nombreux », et aux Pays-Bas, par une tradition « toujours actuelle de participation élevée des partenaires sociaux dans la vie économique et sociale », remarque le rapport. « Il est intéressant de noter que les cinq pays qui arrivent en tête sont aussi ceux qui arrivent en première position pour le taux d’emploi des femmes ou les dépenses d’assistance aux personnes âgées. Ce sont des démocraties où l’on parvient à construire un consensus sur des enjeux sociétaux », commente l’un des auteurs. À l’inverse, la Grèce, où le lien au collectif est très distendu, se retrouve dans le bas du classement.

Quant à la France, elle bénéficie d’amortisseurs dans les périodes de crise et rebondit moins vite ensuite sur le plan économique. Le délégué général de l’association, Jean-François Chantaraud, explique que les conditions du débat y sont insuffisamment réunies, l’État impulse tout et il y a une démission du citoyen. La preuve, nous avons fait la réforme des retraites en six mois alors qu’en Finlande, ils ont mis quinze ans pour y parvenir. »

La situation est cependant contrastée selon les territoires. Le palmarès des 22 régions françaises place en tête les Pays de la Loire, la Bretagne et Midi-Pyrénées. Avec une exception, l’Île-de-France. Au 1er rang en termes de performance, elle ne se classe qu’au 20e rang en termes de lien social, infirmant ainsi la règle qui veut que les deux aillent de pair. Une position « atypique » qui s’explique pour des raisons historiques de centralisme et de concentration de tous les pouvoirs. Super-performante, la région parisienne est aussi celle où le lien social est le plus altéré, compte tenu de l’anonymat généré par la forte concentration urbaine, des durées de transports ou de la délinquance. Si l’on exclut ce cas particulier, les régions qui réussissent le mieux sont aussi celles où l’on vit le mieux. Elles se situent sur un axe centre-ouest – avec les Pays de la Loire, la Bretagne, Midi-Pyrénées, Limousin – et à l’extrême est du pays (Alsace, Rhône-Alpes). Des territoires qui ont en commun d’entretenir une relative indépendance à l’égard du pouvoir central. La recette résiderait là encore dans le mode de gouvernance. « Ce sont ceux où l’information circule facilement, où le débat public est le plus dynamique et où chacun s’implique plus qu’ailleurs dans la construction du collectif », analyse le rapport.

À cet égard, les Pays de la Loire sont l’exemple le plus probant. Dans cette région de tradition catholique, la culture de l’entraide et de la solidarité est très forte – c’est là que sont nées les mutuelles – et le territoire s’est développé de manière équilibrée autour de pôles urbains complémentaires dont aucun ne domine l’autre. Résultat : c’est une des régions où l’on trouve le plus de bacheliers, où il y a le plus faible taux de chômage, le moins de conflits du travail et d’arrêt-maladie, et où l’on vote le plus…

 

 

25/08/2010

Coopération plutôt que compétition : la clé pour changer de modèle de société

 Il faut changer de « modèle de société », trouver une alternative au capitalisme, dominé par la recherche absolue du profit et par la loi du plus fort au détriment de l’égalité et de la fraternité, et aussi une alternative au socialisme, dominé par l’Etat et le collectivisme au détriment de la liberté, qui tous deux ont montré leur limite. Telle est la conclusion de plus en plus évoquée par les groupes politiques, des philosophes, des think-tanks, ... Mais si les diagnostics convergent, ils sont néanmoins limités par le périmètre de l’analyse (économique et écologique essentiellement, qu’il faut compléter par une analyse sociologique, psychologique, philosophique, anthropologique, sur des domaines étendus tels que l’éducation, les médias, la culture, la santé et même la politique…). Ces diagnostics convergents souffrent aussi d’un manque d’analyse en profondeur sur les causes profondes et nécessitent une approche plus globale. Enfin, ils ne sont pas suivis de réelles propositions alternatives où ces dernières restent très partielles.

 

Je suis même frappée que les éminents sociologues et économistes qui sont le plus écoutés en ce moment pour avoir alerté et prédit la crise (Joseph Stiglitz, Paul Jorion, Nouriel Roubini, Frédéric Lordon, …) axent essentiellement leurs propositions sur la nécessité d’une forte régulation, d’une suppression de la spéculation financière, du renforcement et de la redéfinition du rôle de l’Etat face aux puissances financières multinationales, d’une éventuelle nationalisation des banques, etc. sans aller vraiment plus loin. Je pense surtout à Paul Jorion, qui est anthropologue et aurait dû reprendre le sujet essentiellement sous l’angle anthropologique, de l’évolution de l’homme et des civilisations, sur ses aspirations profondes et sur la lutte pour sa survie, survie individuelle et survie de l’espèce.

 

Par le terme « modèle » de société, il faut entendre deux sens :

-         d’une part la référence idéologique à un type de société, de civilisation, qui serait « idéal », une utopie qui pourrait servir de modèle, à envier, à prendre pour exemple, à cibler ;

-         d’autre part la référence conceptuelle systémique à la façon de fonctionner d’un organisme, comme celui du corps humain avec son code génétique, ses cellules constituant un organes, organes eux-mêmes constituant ensemble un corps, ou comme l’écosystème, ou encore une entreprise. Quelle est la finalité du système ? Sa motivation ? De quoi se nourrit-il ? De quoi est-il composé et quelle est la motivation de ses composants ? Quels sont ses principes de régulation ?

 

Cette question du « modèle de société » doit nous interpeller dans sa globalité, pas seulement dans sa composante économique ni seulement sous l’angle écologique. L’analyse du fonctionnement de la société actuelle dans la mondialisation devrait nous conduire à remonter aux causes profondes, psychologiques, qui motivent l’être humain dans son conditionnement social et éducatif, aux dysfonctionnements structurels de la société et de l’économie dans leur organisation, en analysant les valeurs qui les motivent collectivement, leur moteur (motivation) et leurs freins (loi, régulation) et les interactions entre l’individu et la société dans laquelle il évolue.

 

Une des principales clé de la réflexion sur le moteur de fonctionnement, qui mène justement à tous ces dysfonctionnements sociaux, économiques, écologiques et même politiques, semble être la primauté accordée à la compétition sur la coopération, répondant à une logique darwinienne de la loi du plus fort. Voir à ce sujet un article que j’avais publié l’an dernier, intitulé « Pour une société plus coopérative ». Ceci est vérifié dans de nombreux domaines :

 

-         En économie de marché capitaliste (basée sur la recherche du profit), la primauté est donnée à la concurrence sur un marché libre, ou devront gagner les plus forts au détriment des plus faibles. C’est cette loi que la Commission européenne met toujours en avant, au risque de casser des services publics d’intérêt général ou des logiques coopératives soupçonnées de cartellisation (par exemple dans le domaine bancaire pour des services communs de cartes bancaires ou de paiements, ou de bourse européenne,…). Le but recherché des entreprises et des individus qui composent la société est avant tout la recherche du profit et non l’intérêt général, le développement humain. L’hypothèse est d’une part l’argent fait le bonheur des hommes, d’autre part que l’optimisation par la recherche du profit conduit à la meilleure façon d’augmenter la richesse globale qui « retombe en pluie » en enrichissant la collectivité dans son ensemble, crée des emplois etc. Une régulation par la fiscalité et les lois permet par ailleurs d’assurer une sécurité publique et une redistribution minimale pour garantir une paix sociale. Mais ce système comporte plusieurs « bugs » à commencer par ses faux postulats et non vérification de ses hypothèses :

o       l’argent ne fait pas nécessairement le bonheur,

o       l’accroissement global du gâteau ne s’est pas traduit pas une retombée en pluie mais par l’accaparement des richesses créées par la minorité de personnes déjà riches et puissantes,

o       la concurrence tue la concurrence dans la mesure où la loi du plus fort dans la recherche de la meilleure rentabilité conduit à des situations de monopole, à  la concentration des entreprises, où les plus grosses deviennent les plus rentables, attirant les actionnaires à la recherche du meilleur ROE et les clients à la recherche du meilleur prix, au détriment des valeurs sociales, humaines, de la qualité, …,

o       la liberté du marché est souvent un leurre : les opérations d’initiés montrent que l’accès à l’information n’est pas le même pour tous, de même que je jeu est faussé en politique et en économie par les liaisons entretenues entre les hommes politiques au pouvoir et les puissances médiatiques et financières  (affaire Bettencourt, domination de la presse et des médias par des actionnaires en affaire avec l’Etat, …),

o       le « prix de marché » n’est pas forcément un prix d’équilibre entre une demande globale et une offre globale, mais plus souvent le résultat d’un déséquilibre entre une offre marginale et une demande marginale qui impose leur prix à l’ensemble des acteurs, ainsi que le résultat de manœuvres spéculatives artificielles.

-         Dans le domaine de l’éducation, l’école et l’université : comme le titre Mediapart, « Les élèves sont victimes de la concurrence entre établissements scolaires » en faisant référence à un livre à paraître le 9 septembre « Ecole: les pièges de la concurrence ».

o       Les établissements scolaires, pour optimiser leurs résultats, privilégient la réussite de leurs meilleurs éléments et ont tendance à éliminer les faibles plutôt qu’à les tirer vers le haut ces derniers et les moyens,

o       La suppression de la carte scolaire (au motif de la liberté de choix en favorisant la concurrence entre établissements) a renforcé les inégalités et encore plus ghettoïsé les quartiers, faisant fuir les bons élèves qui étaient dans des collèges jugés moins bons, comme le montre un rapport de la Cour des Comptes,

o       La décentralisation appliquée aux universités est bonne pour ce qui est de la meilleure responsabilisation des établissements sur leur gestion opérationnelle, leur organisation, mais en revanche leur mise en concurrence et leur hyper spécialisation doublée de leur autonomie financière, à l’image des universités américaines, conduit à une inégalité des offres sur le territoire, obligeant les étudiants à déménager loin de leur famille pour suivre un cursus dans une autre région, engendrant des coûts importants, de même qu’elle aboutit à une inflation des coûts pour attirer les meilleurs professeurs et à une élévation importante des frais d’inscription, privilégiant ainsi les élèves qui ont les moyens.

-         Dans les secteurs publics et notamment dans la police, au pôle emploi et dans le domaine de la santé, avec la culture du résultat, du chiffre : Nicolas Sarkozy a voulu créer de l’émulation dans les services publics, chez les fonctionnaires, en les évaluant sur leurs résultats comme on le fait dans une entreprise privée. Si l’intention est louable, de vouloir optimiser les résultats, la manière de le faire peut conduire au résultat opposé :

o       Les policiers, jugés sur l’efficacité de leur action par le décompte des plaintes (une baisse signifiant une réduction de la criminalité), refusent des dépôts de plainte ou préfèrent enregistrer des « mains courantes » qui ne conduisent pas à une enquête. Un policier peut hésiter à s’occuper d’une atteinte physique à la personne car l’objectif est de baisser le chiffre de ce type d’intervention ! De même que la hausse des gardes à vue souvent non justifiées est motivée encore par le chiffre, …

o       La concurrence entre les hôpitaux et la course à la rentabilité conduit à une concentration des établissements, donc à un problème de maillage du territoire accélérant la désertification des campagne et les déséquilibres sur le territoire, de même que l’évolution des facturations de service à la tâche, aux nombre d’actes, ou la limitation des ordonnances, la politique des quotas, peut en final nuire à la qualité des soins.

o       L’accroissement du nombre de suicides chez France Telecom est aussi une conséquence de la mise en place de cette politique du chiffre appliquée à un service public,

o       Dans certains cas cette politique a conduit à changer le thermomètre, jouer sur les statistiques, pour modifier le chiffre servant à l’évaluation (mesure du nombre de chômeurs,

-         Dans l’organisation du monde et la politique internationale : la concurrence mondiale pour les ressources terrestres en voie de raréfaction, pour le pétrole, les matières premières, l’eau et même les terres agricoles, peut conduire les pays à se faire la guerre pour s’accaparer ces ressources. Au lieu de s’entendre ensemble, de s’organiser pour contenir le réchauffement climatique, pour partager les ressources et veiller à ce que leur consommation n’excède pas leur renouvellement, pour réguler la démographie afin qu’elle soit soutenable, de partager l’innovation technologique pour en faire bénéficier les autres, les nations ont tendance à faire cavalier seul, certaines ne veulent pas coopérer (comme les Etats-Unis et la Chine pour signer les accords de Kyoto). La politique de la loi du plus fort n’optimise pas l’intérêt général et compromet à présent la survie même de la planète. Elle favorise les guerres, rend la paix impossible. La création d’organisations internationales comme les ONG, l’ONU, la banque mondiale, le FMI, a permis de mettre en place des cadres coopératifs mais avec de nombreux défauts, à la fois de légitimité démocratique, de moyens d’actions insuffisants, et d’absence de coordination globale pour une gouvernance mondiale plus cohérente. L’Union européenne est aussi un bon exemple d’approche au départ coopérative, de mise en commun de moyens, de normes, mais s’essouffle parce qu’elle est essentiellement bâtie sur l’économie et ses règles de concurrence du marché, parce que les nations qui la compose n’ont pas elles-mêmes naturellement cette approche coopérative, se trouvent en conflit ou en concurrence, ne jouent pas la solidarité.

-         Dans le domaine politique : le fonctionnement de la démocratie repose sur une juste représentation des courants d’opinion au travers de partis politiques, sur le choix par les citoyens du président de la république ainsi que de leurs élus représentant ces courants ou ces partis, sur la délégation à ces élus parlementaires de votes des lois au Parlement et du contrôle de l’exécutif. Cependant, la prédominance de scrutins majoritaires, notamment pour les élections législatives en France, fait que celui qui a recueilli le plus de voix l’emporte par circonscription, même s’il représente un pourcentage d’électeurs faible. Il oblige aux ralliements de second tour, favorise la bipolarité sur les deux partis dominants, la concurrence entre la droite et la gauche au détriment d’un centre qui pourrait être plus équilibré et sans doute plus propice à une synthèse de la satisfaction générale. Une fois au pouvoir, le parti qui l’emporte a tendance à imposer sa loi, même si au final plus de 50% des électeurs n’ont pas été satisfaits. Rien ne l’oblige à coopérer avec l’opposition sur des sujets. L’opposition de son côté, se sent souvent obligée de dénigrer systématiquement l’action du gouvernement en place pour rester dans son statut d’opposition. Cela peut même conduire à des blocages institutionnels. Par exemple sur le dossier des retraites, il serait bon que chacun y mette du sien, d’un côté le gouvernement pour tenir compte des critiques de l’opposition, par exemple sur le traitement de la pénibilité et sur la recherche de nouvelles ressources que propose le PS ou encore sur le refus par François Bayrou et le MoDem de retarder de 65 à 67 ans l’âge auquel on peut valoriser ses droits à la retraite sans pénalité. De même que l’opposition ne devrait pas bloquer complètement une réforme vitale, nécessaire, au risque sinon de compromettre le système de nos retraites par répartition et d’aggraver le déficit public déjà abyssal. En politique, il faut aussi apprendre à coopérer plutôt que se faire systématiquement concurrence.

 

Cette approche coopérative est de plus en plus mise en valeur comme une alternative à l’approche compétitive. En témoignent le succès des AMAP (coopératives mettant en relation les consommateurs et les producteurs), des logiciels libres et des wiki collaboratifs, où un ensemble d'individus mettent en commun gratuitement leurs savoirs au bénéfice de tous, dont ils profitent aussi en retour. Dans la recherche, une transparence et un partage des travaux de chercheurs au travers le monde, grâce à Internet, permet aussi de plus grandes avancées que lorsque chacun joue séparément et même en concurrence, occasionne moins de coût que des investissements parallèles et concurrents dont un seul sera rentabilisé finalement, celui qui gagne en final.

 

L’approche coopérative n’est pas seulement une nouvelle manière de travailler, de s’organiser. Elle suppose aussi de se fixer un objectif basé réellement sur l’intérêt général, sur un niveau de service, sur des critères de satisfaction, de qualité, de préservation de valeurs, plutôt que sur l’unique critère du profit même contraint par des exigences de normes, par des garde-fous exercés de manière coercitive. Une mutuelle ou une coopérative a pour objectif la satisfaction de ses usagers au meilleur coût et non la maximisation du profit à niveau minimum de service. Il s’agit d’inverser l’objectif et les contraintes, donc bien d’un changement de modèle.

 

Une organisation privilégiant la coopération peut être une alternative au capitalisme, notamment au capitalisme financier, mais aussi une alternative au socialisme centré sur l’Etat, en responsabilisant mieux les citoyens. L’Etat ne peut s’occuper de tout. Il conduit même les citoyens à attendre tout de l’Etat, à s’isoler et à moins s’impliquer, voire à faire moins d’effort, par exemple à être moins solidaire vis-à-vis de son prochain puisque l’Etat est là pour le prendre en charge. Plutôt que nationaliser les banques suite à la crise financière, comme le préconisent certains comme Frédéric Lordon, pourquoi ne pas favoriser les structures mutualistes bancaires, qui d’ailleurs existent déjà en France tout en veillant à une suppression des activités spéculatives, à une séparation des banques d’affaires et des banques de dépôts ou banques commerciales ?

 

Cette approche n’est d’ailleurs pas antinomique à l’approche compétitive, car on peut voir des structures coopératives être elles-mêmes en concurrence pour un meilleur service (pas nécessairement pour le profit d’ailleurs). Elle répond aussi à une régulation préventive plutôt que corrective : la spéculation n’a plus cours et les gains de productivité ou en qualité bénéficient à tous. C’est plus sain que laisser faire la spéculation et l’accumulation des profits en capital au bénéfice des plus riches, que l’on cherchera ensuite à taxer plus pour opérer une correction redistributive.

 

La société coopérative est fondée sur la confiance en l’autre et sur la motivation de solidarité, d’aider l’autre, non de le dominer. Elle suppose une conscience et une responsabilité citoyenne, s’appuie sur un autre comportement. Mais pour que cela fonctionne, il faut non seulement que les organisations humaines, les entreprises, les organisations internationales, les nations, les partis politiques, privilégient la coopération selon cette logique, ce qu’on pourrait imposer aux structures, il faut aussi que les individus qui composent ces structures, à la fois en tant qu’usagers ou consommateurs, en tant que salariés et en tant qu’actionnaires/propriétaires, soient eux-mêmes motivés. Un usager est motivé par le meilleur service au meilleur coût, un actionnaire est motivé par la rentabilité de son placement et l’envie de soutenir l’entreprise, un salarié est motivé par son salaire mais aussi par la fierté de travailler dans une entreprise utile, respectant des valeurs et une certaine éthique, se conduisant correctement. L’approche coopérative revient à faire converger ces intérêts. L’usager est en même temps actionnaire. Le salarié peut l’être aussi.

 

La société coopérative est une société humaniste. Elle est la clé de voûte d’une approche idéologique que l’on peut appeler l’humanisme, en alternative au capitalisme et au socialisme.

 
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