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20/10/2010

Classement mondial 2010 de la liberté de la presse : la France 44ème sur 178 !

Reporters sans frontières vient de publier le 9ème classement mondial annuel des pays en termes de liberté de la presse. Voir ici.

L'étude confirme la dégradation de la situation de la liberté de la presse dans l’Union européenne :

"Sur les vingt-sept pays membres de l’UE, treize pays se trouvent dans les vingt premiers. Quatorze pays sont sous la vingtième place et certains se retrouvent même très bas dans le classement : Grèce (70e), Bulgarie (70e), Roumanie (52e), Italie (49e). L’Union européenne n’est pas un ensemble homogène en matière de liberté de la presse. Au contraire, l’écart continue de se creuser entre les bons et les mauvais élèves. Plusieurs pays démocratiques où Reporters sans frontières avait signalé un certain nombre de problèmes ne connaissent aucune progression. Il s’agit, en premier lieu, de la France et de l’Italie où incidents et faits marquants ont jalonné l’année en cours, confirmant leur incapacité à renverser la tendance : violation de la protection des sources, concentration des médias, mépris et même impatience du pouvoir politique envers les journalistes et leur travail, convocations de journalistes devant la justice. "

A regarder les pays meilleurs que nous, cela donne à réfléchir ...

L'Europe du Nord est largement en tête. Notons aussi que la croissance économique n'est pas un facteur corrélé à l'amélioration de la liberté de la presse.

01/05/2010

Zahia Dehar, un joli symptôme de notre laid modèle de société

Zahia dehar une de Match.JPG« Zahia la scandaleuse », « Zahia qui a fait tomber les bleus », « le cadeau d’anniversaire de Ribery » … fait la une des magazines people cette semaine. La brigade cherche les coupables : clients abusant d’une mineure, proxénète en profitant, les médias faisant la une sur un scandale, l’équipe des bleus est déstabilisée, … Mais le vrai coupable n’est-il pas ce modèle de société, qui valorise quotidiennement à la télévision comme dans les magazines, les valeurs du sexe et des paillettes, le star system, le fric et le toc ?

 

Prostituée ? Non, « escort-girl » dit-elle. Mineure ? Non, j’avais 16 ans, je pensais que je n’étais plus Zahia-Dehar-VSD-1705-01-400x499.jpgmineure, dit-elle aussi … Quel délit ? Pour Ribery et Benzema, « Sollicitation de prostituée mineure », passible de trois ans de prison et de 45 000 euros d’amende (si les joueurs connaissaient son âge … ce qui ne paraît pas être le cas). Quant à Abou Sofiane, interpellé pour proxénétisme aggravé, est-il vraiment proxénète ou « intermédiaire rémunéré pour service, mise en contact » ? Telles sont les questions qui font la une des journaux et aucun, je dis bien aucun, ne pose le problème sur le fond : comment cette jeune fille, libre, consentante et décomplexée, en est arrivée là ?

 

Zahia hehar.jpgMontrée par les médias comme provocante et vénale, Zahia est en fait une ravissante jeune fille timide et plutôt innocente, adorable, de surcroît gracieuse et charmeuse, qui a découvert assez tôt les plaisirs du sexe et surtout la fascination qu’il exerce sur les hommes, le pouvoir qu’il confère aux femmes sur les hommes, puis l’argent facile, en tout cas quand on est bien dotée par la nature …

 

 

 

Zahia était dans la classe de mon fils en 5ème et sa famille réside dans mon quartier. Très jolie, elle faisait déjà des photos de mannequinât. Dès l’année suivante, elle ne cachait pas non plus à ses camarades qu’elle avait des activités sexuelles et qu’elle y prenait goût. Son rêve ? Côtoyer des stars, l’argent facile, c’est tout simplement ce que véhiculent en permanence nos médias et en particulier la télévision. La reconnaissance sociale passe par l’argent et le star system (émissions comme  « La nouvelle Star »), la beauté des femmes est stéréotypée et appelle les jeunes filles à s’y conformer (cheveux décolorés, poitrine siliconée, maigreur anorexique,…), le culte du sexe et du plaisir sexuel sans complexe est montré comme une valeur de nos temps post-modernes.

 

Zahia est en fait un pur produit de cette société. Elle n’a fait que répondre aux appels et aux sollicitations permanentes, aux nouvelles valeurs de notre temps. En toute innocence et franche naïveté, à tel point qu’elle n’a pas l’impression d’être une prostituée (préférant le terme « d’escort-girl ») même en tarifant ses faveurs, puisque c’est de son propre gré et que les clients viennent à elle sans qu’elle ait besoin de les solliciter. Elle n’avait pas non plus la conscience d’être mineure et donc dans l’infraction, croyant que la majorité était à 16 ans !

Certes, on peut aussi se questionner sur les parents, qui laissent une enfant mineure vivre cette vie, dormir on ne sait où, prendre l’avion pour Munich ou Dubaï, se faire refaire la poitrine …

 

Mais surtout, interrogeons-nous sur la raison pour laquelle cette société véhicule ces valeurs ? Est-ce que la résurgence de la burka ou du niqab, du voile intégral, n’est pas simplement une contre-réaction à cette démesure sexuelle ? Pourquoi la télévision est-elle de plus en plus crasse, une telle daube ? Parce qu’elle est plus motivée par l’audience, qui permet les recettes publicitaires notamment. Parce que c’est ce que demande le grand public … Mais est-ce ce qu'il veut pour ses enfants ?

Ceci doit nous faire réfléchir.

25/08/2008

Pour le pluralisme et l'indépendance des médias

Texte repris de la pétition de vigilance orange que j'avais lancé l'an dernier.

Voir aussi le document joint représentant schématiquement la pieuvre médiatique (date de 2003 ou 2004 mais l'essentiel reste valable. La concentration s'est encore accentuée avec le rachat des Echos par Bernard Arnaud qui possédait déjà la Tribune notamment). L'imprmer en couleur de préférence en A3 : Pieuvre_Presse.pdf

François Bayrou l'avait déjà dénoncé haut et fort il y deux ans en direct au JT d 13h de TF1 face à Claire Chazal : l'emprise du pouvoir sur la presse et les médias, notamment par le biais des interdépendances financières, mine la démocratie.

Nous assistons ces dernières années à une concentration croissante des entreprises de presse, nuisant au pluralisme de l’information. De surcroît, ces médias sont détenus en majorité par des groupes industriels et financiers qui dépendent économiquement par leurs marchés de l’Etat, donc du pouvoir politique. Ces deux facteurs représentent une réelle menace pour notre démocratie.

Le grand nombre de titres de presse écrite, de chaînes de télévision, d’éditeurs de livres masque l’ampleur de la concentration dans les médias et ses effets dévastateurs. Les médias sont en majorité intégrés à des groupes industriels (Lagardère, Bouygues, Dassault, ...) :

- TF1, contrôlée par Bouygues, est en position dominante, représentant plus du tiers de l’audience totale de l’ensemble des chaînes de télévision en France. Bouygues dépend de contrats d’Etat, de collectivités locales, dans ses activités de bâtiment, de construction. La famille Bouygues, dont nous connaissons la proximité avec l’actuel président de la République, est le premier actionnaire du groupe. Les groupes Pinault et Arnault sont aussi actionnaires de Bouygues.

- L’alliance Vivendi-Lagardère domine dans la télévision payante (Canal Plus, Canalsatellite). Lagardère contrôle en propre cinq chaînes de télévision et produit et distribue des programmes pour la télévision. Le groupe Lagardère dépend de commandes de l’Etat dans le domaine de l’armement.

- La concentration connaît la même ampleur dans le secteur de la presse écrite : l’avionneur Dassault a pris le contrôle de la Socpresse (80%) détenant l’Express, le Figaro, Valeurs Actuelles ainsi que plusieurs quotidiens nationaux et régionaux. Les liens de ce groupe avec l’Etat sur le marché de l’armement sont évidents. Lagardère, également présent dans l’armement, a aussi une position dominante dans la presse au travers de Hachette-Filipacchi (Paris-Match, Elle, le Journal du Dimanche, La Provence, Ici Paris, Nice Matin,...). Enfin dernière affaire en date : Arnault, détenteur de la Tribune, a racheté au groupe Pearson du quotidien financier Les Echos.

- Enfin dans l’édition, la domination de Lagardère s’impose au travers de la liste des maisons d’édition qu’il contrôle : Hachette, Fayard, Grasset, Hatier, Hazan, La Masque, Marabout, Pluriel, Stock, Le Livre de Poche, Larousse, Armand Colin, Dalloz, Dunod... Il est le premier éditeur de livres et le deuxième libraire de France (réseau Relay, magasins Virgin).

Ces groupes sont eux-mêmes liés entre eux : certains administrateurs de groupe Lagardère sont administrateurs du groupe Bouygues. Arnaud Lagardère lui-même est administrateur de LVMH qui appartient au groupe Arnault, lequel est actionnaire de Bouygues ! Arnaud Lagardère est aussi actionnaire de EADS qui dépend de commandes également liées à l’Etat.

Le pouvoir politique dépend du pouvoir télévisuel en même temps que les groupes contrôlant les médias télévisuels peuvent utiliser le pouvoir conféré par la télévision au bénéfice de leurs autres activités (défense, bâtiment, téléphone...). La législation anti-trust et anti-concentration est manifestement insuffisante pour entraver cette concentration et les liaisons dangereuses entre les activités industrielles et le contrôle de la télévision.

L’ampleur de cette concentration met en cause l’indépendance des hommes politiques vis-à-vis des médias, le pluralisme et la qualité de l’information et rend donc nécessaire, et urgente, l’adoption d’une loi limitant réellement la concentration dans les médias.

Par ailleurs, les journalistes eux-mêmes craignent pour leur indépendance et s’insurgent contre des dérives concernant la direction de leur journal, notamment suite au licenciement de Alain Genestar de la direction de Paris Match, aux tentatives de perquisitions au Canard Enchaîné dans le cadre de l’affaire Clearstream et désormais à la crise aux Echos et à La Tribune (rappelons-nous également les pressions sur le Journal du Dimanche pour ne pas publier le « non vote » de Cécilia Sarkozy et l’avis demandé par Jean-Pierre Elkabbach à Nicolas Sarkozy sur le journaliste devant suivre sa campagne !) . Dans une lettre adressée au président de la République en juillt 2007, les sociétés de journalistes de 27 médias demandent des mesures légales garantissant l’indépendance de la Presse.

L'initiative récente et inattendue (la ministre de tutelle de la culture n'était pas au courant et l'a appris par conférence de presse du président) du président Sarkozy visant à supprimer la publicité sur le service audiovisuel public et à nommer directement son président, ne fait que confirmer et renforcer cette main mise par le gouvernement sur l'opinion publique.

A l'automne 2008 sont annoncés des "états généraux de la presse", sous la présidence de Emmanuele Mignon, ancienne Directrice du Cabinet du Président Saozy (celle qui avait déclaré que les sectes, notamment la scientologie, ne posaient pas de problèmes ...) et la coordination de Bernard Spitz (animateur des Gracques et ancien proche de Michel Rocard, ex responsable de la stratégie à Canal Plus, que je connais très bien personnellement et sur qui je compte faire avancer le sujet ...). Il faudra être vigilant car Nicolas Sarkozy va certainement profiter de cette occasion pour s'attaquer à Internet, qu'il a plus de mal à contrôler et qu'il rend responsable de la fuite des lecteurs de la presse traditionnelle, contibuant à la faillite de cette dernière (il pourrait proposer de taxer Internet pour subventionner la presse, ainsi que contrôler son contenu).

Profitons de ces états généraux pour faire face à cette menace de l'emprise du pouvoir sur la presse et les médias et exiger un garantie de la séparation des pouvoirs éxécutif, financier et médiatique ! Proposons la mise en place de dispositions légales visant à garantir le pluralisme et l’indépendance des médias :


- En limitant la concentration du contrôle des médias (télévision, presse et édition) par les grands groupes : un observatoire des médias calculerait les parts de contrôle des groupes industriels et financiers, tenant compte des interactions croisées entre eux, et veillerait à donner l’alerte dès qu’un seuil de contrôle serait franchi (seuil à fixer, par exemple 20% du total dans chaque catégorie de médias).

- En limitant l’actionnariat et le pouvoir de contrôle dans un média télévisé ou de presse grand public à un certain seuil (par exemple 20%) dès lors que l’actionnaire est lié à l’Etat par ses marchés (Armement, construction...).

- en proposant que l’existence des sociétés de journalistes soit reconnue par la loi et qu’un droit de veto soit instauré afin de donner aux rédactions le pouvoir de s’opposer à un directeur de rédaction.


 
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