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17/03/2012

L’humanisme : un modèle de société ?

Mon livre "La révolution humaniste" (éditions Salvator) traite du modèle de société dans lequel nous vivons, de nos communautés humaines, et aussi de l’homme en tant qu’individu et citoyen, de sa motivation profonde et de ce qui le relie aux autres. Il propose d’envisager l’humanisme comme fondement d’une approche politique privilégiant les valeurs et d’un modèle de société qu’il nous faut refonder, en opérant une révolution copernicienne, en changeant l’axe central : remettre l’homme au centre, à la place de l’argent (en alternative au capitalisme) et à la place de l’Etat (en alternative au socialisme). J’en résume ci-après quelques points importants de l’analyse, des constats, ainsi que des propositions concrètes visant à remettre l’humain au centre.

1- Le constat

2- L’humanisme : une alternative ?

3- L’humanisme comme modèle de société et comme projet de civilisation

4- Comment mettre l’humanisme en pratique ?

Certains pourront y voir un reflet miroir du modèle de société décrit par François Bayrou dans son dernier ouvrage qui vient de paraître « La France solidaire » (éditions Plon).

 

1- LE CONSTAT 

Je fais d’abord un constat d’ensemble sur nos sociétés occidentales dans la mondialisation, basées sur l’économie de marché et la démocratie. Elles ont libéré la création, la production de richesse globale, mais ont aussi généré des dérives, de la destruction, des inégalités, des crises.

Le constat global des dysfonctionnements dans le contexte de financiarisation de l’économie, de mondialisation et de dérégulation :

  • Un modèle générateur d’inégalités croissantes et même de pauvreté malgré une augmentation globale du gâteau (croissance mondiale de 5% par an en moyenne depuis 2004, de 80% sur 10 ans), sa répartition n’étant pas équitable, loin s’en faut. Si encore l’accroissement des inégalités était expliqué par « plus de riches » et quand même moins de pauvres, mais le problème c’est que désormais, depuis une vingtaine d’années, les riches sont plus riches, les pauvres plus pauvres et plus nombreux, les classes moyennes se sentent de plus en plus déclassées. Quelques chiffres :
  • Division internationale du travail s’exprimant au travers des délocalisations et des spécialisations géographiques. La spécialisation à outrance au niveau international nuit à l’équilibre des sociétés, à  la diversité des cultures.
  • L’impuissance des Etats Nations : le pouvoir politique s’exerce essentiellement encore au niveau des Nations. Les organisations internationales, ONG (organisations non gouvernementales), ne disposent pas (encore) de la légitimité démocratique ni des pouvoirs suffisants pour primer sur la domination marchande qui régit le monde. Ainsi, les Etats sont progressivement marginalisés. Leurs outils traditionnels de politique publique, réglementaire, fiscale, perdent de leur efficacité dans l’environnement mondialisé. Sans une réglementation internationale régissant des règles minimales de protection sociale, d’interdiction du travail des enfants, etc., la loi du marché pousse au moins-disant, au dumping social, au nivellement vers le bas.
  • De nouvelles migrations humaines : presque 200 millions le nombre de migrants internationaux pour les années 2000. C’est relativement faible à l’échelle du monde et au regard du contexte de mondialisation. Ce chiffre augmente de 2 % par an. Mais des migrations à grande échelle  de « réfugiés climatiques » sont à prévoir dans les prochaines années. En parallèle, une stagnation démographique et un vieillissement des populations des pays riches occidentaux pourrait être compensés par l’arrivée de nouveaux migrants.
  • Nouveaux risques et instabilité générés par la globalisation financière :
  • L’émergence d’une culture commune mais en même temps un appauvrissement culturel : « globish », mal-bouffe, zapping, tubes planétaires stéréotypés, films violents, basés sur une exploitation au premier degré de l’émotion, de la peur et des sentiments. Claude Lévi-Strauss, avait déjà écrit en 1955 dans Tristes tropiques : «  Il n’y a plus rien à faire, la civilisation n’est plus cette fleur fragile qu’on préservait. L’humanité s’installe dans la monoculture ; elle s’apprête à produire la civilisation en masse comme la betterave ».
  • Plus de communication tue la communication : ère d’Internet, multiplication des chaînes de télévision, e-book, démultipliant l’accès à l’information, aux savoirs, les capacités de se former, d’apprendre, de communiquer à tous points du monde. En parallèle les gens restent plus reclus chez eux, communiquent moins, s’entraident moins, n’osent plus de parler, les relations de voisinage se raréfient.
    • 20% de la population mondiale détient 90% des richesses
    • 3 milliards d’individus sur la planète sous le seuil de pauvreté (2$/j) soit 40%. Leur nombre s’est accru de 36% depuis 1981. Plus de 1 milliard vit dans l’extrême pauvreté (<1$/j).
    • Dans les pays riches de l’OCDE, les inégalités de revenus se sont accrues depuis 25 ans : la croissance a bénéficié aux plus riches, les revenus des pauvres et des classes moyennes ont stagné et le nombre de pauvres a augmenté.
  • De nouveaux rapports de forces, notamment au travers des fonds souverains (environ 6% de la capitalisation boursière mondiale).
    Comme le synthétisait l’an dernier Al Gore dans une formule choc pour le New York Times : « Les Etats-Unis empruntent de l’argent à la Chine afin d’acheter du pétrole aux pays du Golfe pour le brûler d’une manière qui détruit la planète ».
    • Les 3D : dérégulation, déréglementation et décloisonnement des marchés
    • L’innovation financière a permis de créer des instruments de couverture de risque de change, de taux ou encore sur la variation du prix de matières premières, de denrées agricoles ou de titres financiers. Mais ces instruments ont été utilisés aussi pour spéculer, et leur complexité engendre des risques nouveaux, une opacité, une perte de contrôle : CDS, titrisation, LBO …
    • Contagion des crises : financière/alimentaire/énergétique …
    • Alimenté par des liquidités abondantes et une fuite en avant des déficits et de l’endettement, le système vit à crédit en compromettant le futur.
    • Les paradis fiscaux, trous noirs de la globalisation, permettent aux plus favorisés de contourner les obligations réglementaires et fiscales, ainsi qu’aux activités illicites et mafieuses de prospérer.
  • Le secteur financier a vampirisé la création de richesse au détriment de l’économie réelle : la part de profit dans les banques est passée de 10% du total des profits des entreprises françaises en 1980 à 41% en 2007 alors que le secteur financier ne représente que 5% de l’emploi salarié et 16% de la valeur ajoutée.

Constat de l’évolution de nos modes de vie :

Mon constat rejoint celui de Edgar Morin, exprimé dans son livre « La voie » :

-          importance grandissante dans les sociétés dites occidentales des valeurs matérielles, de l’argent, du profit, au détriment des valeurs humaines et spirituelles, avec un renversement : l’argent devient une valeur en soi, une fin, alors qu’il devrait être et rester un moyen. On assiste à une perte de sens, du sens donné à sa vie ;

-          des comportements sociaux de plus en plus individualistes et égoïstes, au détriment de l’altruisme et du lien social,

-          un accroissement depuis la seconde guerre mondiale, en Europe et aux Etats-Unis, de la protection sociale (santé, retraites, chômage), du rôle protecteur et re-distributeur de l’Etat, des services publics (transports, école publique gratuite,…), avec leur fonction rééquilibrante, diminuant les inégalités, mais avec pour contrepartie une délégation de la solidarité au médiateur, l’Etat, au détriment d’un lien social direct entre générations, entre riches et pauvres, entre forts et faibles ;

-          la concentration urbaine croissante et le gigantisme des villes et des banlieues, accompagnée de la désertification des campagnes. Les villages et les quartiers se vident de leurs petits commerces, de leurs cafés et autres lieux de rencontre, au profit des hypermarchés anonymes en périphérie, des usines à cinéma (Ciné cités), des centres commerciaux fermés, qui nécessitent l’utilisation de la voiture et ne sont pas propices aux rencontres de voisinage. Ce phénomène a accentué la ghettoïsation des banlieues, le contraste entre d’un côté des villes ou des quartiers de pauvres, chômeurs, défavorisés ou exclus de la société et de l’autre des villes ou des quartiers de riches,  de plus en plus soucieux de leur sécurité, protégés par la télésurveillance ;

-          une spécialisation de plus en plus grande des métiers, des savoirs, qui nuit à l’appréhension globale des problèmes, que ce soit dans le domaine médical, scientifique, économique et social. Or la complexité des phénomènes ne se réduit pas à une décomposition de ces derniers pour en analyser et en expliquer chaque partie indépendamment, il ne faut pas perdre de vue la liaison entre eux, leurs interactions. L’économique, le social, le psychologique, l’environnemental, sont liés et interagissent entre eux. La compartimentation des connaissances et des tâches nuit à la communication entre les acteurs. La spécialisation sans adaptabilité et sansformation nouvelle est aussi sclérosante, par exemple pour changer d’emploi, de métier. Comme le souligne Edgar Morin, l’éducation nationale apprend aux écolier des bases de connaissances mais de façon disjointe entre les domaines et les matières et n’apprend pas suffisamment ce qu’est la connaissance, la propension à l’erreur, à l’illusion, les mécanismes déductifs et cognitifs de nos esprit, une réflexion sur les croyances et les mythes du passé et du présent, le développement d’un esprit critique et aussi créatif ;

-          explosion de la cellule familiale qui formait un ciment social et protecteur. La liberté des mœurs, notamment la liberté sexuelle, les mariages consentis, basés sur l’amour (ce qui est en soi une bonne chose mais qui se brisent quand l’amour se délite), la contraception, ainsi que le travail des femmes, émancipées socialement et trouvant un nouvel épanouissement au travers d’une utilité sociale complémentaire à celle de l’éducation des enfants et des tâches ménagères, ainsi qu’une une liberté financière, tout ceci a favorisé les divorces, les séparations, la recomposition des familles, déstabilisantes pour les enfants. Ce qui a eu d’autres conséquences, sur le bien-être psychologique et le niveau scolaire des enfants, qui se sont détériorés, ainsi que sur le pouvoir d’achat des familles séparées, obligeant ces dernières à subir une charge financière de logement deux fois plus lourde ;

-          la consommation croissante des drogues et des psychotropes, des somnifères, des anti-dépresseurs et des anxiolytiques, pour faire face à la dégradation psychologique, à l’anxiété ;

-          une modification notable de l’utilisation du temps libre, avec un glissement progressif du temps consacré autrefois aux activité culturelles, à la lecture (des livres et de la presse), au théâtre et au cinéma, au profit de la télévision (plus de 3 heures par jour en moyenne en France, 6 heures pour les jeunes américains !) et maintenant aussi des jeux vidéos, d’Internet et de la téléphonie mobile, en particulier chez les jeunes collégiens et lycéens. La réduction de la lecture est responsable en grande partie de la détérioration du niveau scolaire, en particulier de la grammaire et de l’orthographe. L’usage abusif de la télévision entretient une attitude passive et favorise l’impact de la publicité, de la prégnance des valeurs matérialistes, de l’argent (jeux d’argent), ainsi que la tentation des politiques à manipuler l’opinion ;

-          l’activité industrielle ainsi que l’usage intensif des transports mécanisés : de la voiture, des avions notamment (développement du tourisme de masse), qui ont considérablement accru les émissions de CO2 et de méthane dans l’atmosphère, aggravant le réchauffement climatique ;

-          le développement de nouvelles maladies liées à l’évolution du mode de vie, à la sédentarisation (marche insuffisante au profit de l’utilisation de la voiture ou des activités immobiles comme l’usage de la télévision ou de l’ordinateur), à une alimentation trop riches en graisse, sucres et viande (toxines) : obésité et diabète, de même que les cancers et les allergies, probablement du fait de la pollution, de la présence de pesticides et autres ingrédients dangereux dans les aliments, les produits de toilette et les produits sanitaires. La consommation croissante et excessive de viande a également pour effet de contribuer aux émanations de méthane (l’élevage de bovins en est autant sinon plus responsable que les transports), ainsi que de compromettre la disponibilité suffisante de production de céréales pour l’alimentation humaine, qui devrait passer de 6 milliards à 9 milliards d’êtres à nourrir d’ici 2050 ;

-          une consommation croissante de plus en plus de biens jetables plutôt que durables et réparables, d’emballages non recyclés, d’une profusion grandissante de déchets. Finie la consigne des bouteilles de verre, introuvables les machines à laver qui durent plus de dix ans ! Les biens sont même programmés pour tomber en panne au-delà d’un certain temps pour assurer un marché de remplacement. Le gâchis touche aussi le domaine alimentaire : on estime à 40% la part des biens alimentaires jetés dans nos sociétés, ce qui est énorme, surtout en regard des personnes qui souffrent de la faim, non seulement dans les pays pauvres, mais aussi chez nous, dans ces mêmes sociétés responsables de ce gâchis ! 

L’analyse du mode de fonctionnement du système :

  • Un modèle reposant sur des valeurs matérialistes et sur le culte du profit, de l’argent, que ce soit la motivation individuelle des gens ou la motivation collective des sociétés. A tel point que souvent le profit est devenu plus important pour les actionnaires des entreprises et leurs dirigeants que la finalité même de l’activité de l’entreprise qui est de satisfaire une clientèle, de rendre un service à la société, de produire ou diffuser des biens. La financiarisation de l’économie a déconnecté la finance de l’économie réelle. Les propriétaires des entreprises, les actionnaires, considèrent simplement l’entreprise dont ils sont propriétaires comme une machine à produire de l’argent.
  • Un système basé plus sur la compétition que sur la coopération, où règne la loi du plus fort
  • Un modèle qui privilégie toujours le court terme sur le long terme et les intérêts particuliers sur l’intérêt général
  • Une perte des repères et du « sens du bien commun »
  • Le modèle de libre-échange mondialisé, basé sur le capitalisme, repose sur un certain nombre d’illusions :
    • Basé sur le libre échange, la loi du plus fort, et la compétition, il tue in fine  la concurrence
    • Le prix du marché « mondial » équilibre faussement l’offre et la demande
    • La spéculation favorise le mimétisme des marchés, le comportement grégaire des investisseurs, accentuant les variations à la hausse et à la baisse. Déjà Keynes disait qu’il est plus malin pour gagner en bourse d'anticiper la psychologie de la foule plutôt que la tendance réelle des événements et de singer préventivement la déraison.
    • Basé sur la recherche du profit individuel à court terme et favorisant la prise de risque, ce système va contre l’intérêt collectif mondial et n’est pas durable.
    • La finance est moins au service de l’économie et diverge de l’économie réelle. Sur les 10 années précédant  la crise financière de 2008, la croissance de la capitalisation boursière mondiale a été 2 fois plus forte que la croissance du PIB et même 3 fois hors inflation, idem en croissance annuelle moyenne (2,4 fois plus forte sur les 17 dernières années et 3,6 hors inflation). Puis brutalement en 2008, la capitalisation boursière mondiale a chuté de presque 50%, de 30 000 milliards. Alors que la valeur totale des actifs dits toxiques (subprimes) à l’origine de la crise était estimée à environ 800  milliards de dollars et les pertes induites des banques entre 2200 et 3600 milliards de dollars dans le monde. Notez l’effet multiplicateur de la perte !
    • Des normes comptables et prudentielles qui entretiennent l’illusion et accentuent les effets pro cycliques à la hausse et à la baisse. Depuis 2005, ces règles IFRS, venues des Etats-Unis, imposent une valorisation des actifs au prix de marché, même si le prix de marché est artificiellement et momentanément surévalué ou sous évalué notamment par les effets de mimétisme et de crise.
  • Nos indicateurs de mesure de croissance et de prospérité sont calés sur le PIB, sur la valeur boursière pour les entreprises. Ceci sans tenir compte des externalités, de la destruction sociale ou environnementale qu’a engendrées la croissance matérielle exprimée en profit. L’indicateur de réussite sociale pour un individu est essentiellement son revenu et son patrimoine, son niveau de vie matériel.

 

Plusieurs variantes de modèle :

Au sein du monde occidental coexistent différentes variantes de modèle de société. Je compare ces modèles à la fois sous les angles économique, social et culturel : le modèle américain, le modèle européen et au sein de l’Europe, le modèle français, allemand, nordique. Sont aussi étudiés le modèle chinois et un modèle de pays émergent commela Corée du Sud.

Le modèle américain vs le modèle européen

 

Le rêve américain est maintenant mis à mal, la version américaine du partage des fruits de la croissance, de la « retombée en pluie » de ces fruits, également. La pauvreté a augmenté, la surcroît de richesse n’a été distribué qu’aux plus riches, les inégalités se sont creusées, et de façon pire que dans les autres pays occidentaux comparables en termes de niveau de vie. Ces inégalités sont devenues « dynastiques » en entretenant, en cumulant et en perpétuant des inégalités de patrimoine, dans un contexte ou la fiscalité ne joue plus son rôle compensateur, re-distributeur.

La croissance américaine a été stimulée par le crédit et par les espoirs de gains patrimoniaux toujours croissants. L’explosion de la dette s’est traduite non seulement chez les ménages à l’égard des banques, mais aussi au niveau de l’Etat à l’égard des autres pays, en particulier de la Chineet des pays du Golfe. Mais la récente crise a mis en lumière l’illusion de ce modèle de croissance. Et la confiance, donc le crédit (qui signifie d’ailleurs confiance), sont entamés.

Le modèle américain, dans sa configuration actuelle en tout cas, basé sur la recherche du profit avant tout, sur l’illusion de la croissance pour tous et sur le mensonge de l’égalité des chances, est bel et bien générateur d’inégalités et a même accru la pauvreté, bien plus que dans les pays européens à niveau de vie similaire, pourtant dans le même contexte de mondialisation. Les politiques publiques à l’égard de l’enseignement et de la fiscalité, ainsi que la privatisation croissante du système de santé et de retraite, sont la cause de l’accroissement de ces inégalités.

Le modèle français

La France se situe dans la moyenne européenne en termes de performance économique, de taux de chômage et de taux d’emploi et d’investissement en R&D (on pourrait en attendre mieux pour un des pays les plus avancés). Elle figure  parmi les meilleurs élèves en termes de taux de pauvreté et d’inégalités de revenus, du nombre de jeunes ayant quitté prématurément l’école et du taux de confiance de la population. Mais elle est à l’instar des pays nordiques un des pays à plus fort taux d’imposition, notamment avec un impôt sur les sociétés à plus de 33% (alors que les pays nordiques ont contenu cet impôt à la moyenne européenne, à un niveau de 25%), elle est en retard sur la compétence Internet et souffre de finances publiques en fort déficit chronique, à la limite du seuil normalement toléré dans la zone euro. Le taux d’épargne des ménages y est particulièrement élevé.

Le modèle français républicain s’appuie sur les valeurs de la république « Liberté, Egalité, Fraternité » (auxquelles on peut ajouter laïcité), triptyque formant la devise nationale affichée aux frontons de nos mairies et de nos écoles. Il est caractérisé par un modèle de protection sociale datant de l’après-guerre rédigé initialement par le Conseil National dela Résistance, inspiré par des humanistes, notamment Marc Sangnier. Notre sécurité sociale, notre système de retraite par répartition garantissant une solidarité inter-générations, notre assurance chômage et les allocations familiales, le repos hebdomadaire du dimanche, les congés payés, sont nés de ce pacte social. La gratuité de l’éducation publique, son niveau d’excellence, son accès à toute la population dans les territoire, doit garantir l’égalité des chances quelle que soit la naissance et l’origine des enfants. Les diplômes doivent reconnaître le mérite. C’est la base de l’ascenseur social qui fonde (ou plutôt qui fondait, car cela s’est bien dégradé) le « rêve français », à la différence du rêve américain du « self-made-man » qui lui visait plutôt la réussite sociale par l’enrichissement. Ce modèle est humaniste, exprimé dans ses valeurs de la république, dans l’organisation sociale assez protectrice, protégeant la famille, les faibles, les malades. Mais est en train de se déliter et n’a plus les moyens de s’exercer si d’une part l’efficacité économique n’est plus au rendez-vous, si d’autre part les valeurs de la république et de la démocratie sont bafouées, par les gouvernants et par les citoyens eux-mêmes.

En synthèse, ce sont les sociétés nordiques qui ressortent comme le modèle le plus humaniste, le plus équilibré, alliant efficacité économique et justice sociale, respect de la démocratie, tolérance, confiance, civisme et respect de la population. Si on regarde bien ce qui  fait le succès relatif à la fois économique et social de sociétés comparées à d’autres, c’est souvent le facteur culturel qui est déterminant : valeurs, confiance de la population, esprit de responsabilité, civisme, adhésion au pacte social du pays, concertation au sein des entreprises et dans le mode de gouvernance. Les décisions politiques (fiscalité, investissement public etc.) ne suffisent pas à expliquer ce succès.

Le culte de l’argent et du profit : cause principale des dysfonctionnements

Dans ce modèle occidental, l’argent est une valeur centrale. Il est devenu une fin alors qu’il aurait dû rester un moyen. Le moteur de ce modèle est la compétition, la concurrence entre les individus et entre les entreprises. Que le plus fort gagne. Selon la logique de Darwin, les plus faibles seront éliminés et les plus forts les gagnants. Ce qui génère un climat de défiance entre les individus, entre les acteurs, un comportement individualiste et égoïste, de chacun pour soi et de sauve qui peut. Les conflits sont attisés. La violence est prégnante, non seulement au travers de la délinquance croissante, de la ghettoïsation des banlieues, mais aussi dans la culture, la profusion des films violents. La précarité est la contrepartie, le revers de la médaille, de la liberté et de la compétition dans les sociétés démocratiques occidentales basées sur le libre-échange. C’est aussi pourquoi le besoin de protection y est très développé : protection sociale organisée par l’Etat ainsi que la consommation en produits d’assurance.

Le système fondé sur ce mode de fonctionnement semble bien voué non seulement à générer et reproduire les inégalités, mais également, pire encore, à détruire l’humanité. La détruire physiquement (atteinte à la planète et à la vie de millions d’individus) et la détruire mentalement, psychologiquement, dans l’atteinte intime au sens profond de ce qui est humain dans l’homme, son essence, son humanité, la reconnaissance qu’il a de l’autre comme de soi-même dans sa façon de considérer l’autre.

Il s’agit de remettre l’homme au centre, à la place de l’argent. Changer l’axe de la société, c’est le sens de la révolution humaniste que j’appelle de mes vœux : une révolution copernicienne ! … Mais comment faire ?

 

2- L'HUMANISME : UNE ALTERNATIVE ? 


L’humanisme est à la fois un courant de pensée, une philosophie et un comportement privilégiant certaines valeurs. Je démontre dans mon livre qu’il peut être aussi le fondement d’un nouveau modèle de société et d’une conduite politique

Le courant de pensée humaniste s’est exprimé au travers des siècles : dans l’Antiquité, à la Renaissanceau XVIème siècle, au XXème siècle avec le courant humaniste chrétien de Marc Sangnier, Jacques Maritain et Emmanuel Mounier, sans oublier Charles Péguy, Pierre de Coubertin (scootisme, Jeux Olympiques), l’Abbé Pierre (Compagnons d’Emmaüs, fondation pour loger les exclus et les réinsérer),… Il n’est pas l’apanage du seul occident. En effet, il s’est exprimé en Chine avec Confucius 550 ans avant notre ère. Et aussi en Afrique, avec des penseurs comme Mamadou Dia, homme d’Etat sénégalais visionnaire qui avait déjà avant 1990 livré une analyse lucide de la mondialisation et prôné une politique humaniste à l’échelle du monde. Il faut aussi citer Pierre Rabhi, l’un des pionniers de l’agriculture écologique en France. Depuis 1981, il transmet son savoir-faire en Afrique en cherchant à redonner leur autonomie alimentaire aux plus démunis et à sauvegarder leur patrimoine nourricier. Initiateur de « La Charte pour la Terre et l’Humanisme  », Pierre Rabhi nous invite à une nouvelle éthique de vie basée sur le respect de l’homme et de la nature, à une réconciliation, voire une communion, entre l’homme et la nature. Enfin saluons l’innovation méthodologique d’un penseur philosophe Roger Nifle qui a construit une approche appelée « l’humanisme méthodologique », basée sur « l’intelligence symbolique », qui permet d’analyser les communautés humaines et leurs problématiques, qu’il s’agisse de la crise financière, de l’Europe, de la vision de la république, des élections présidentielles, de manière à voir si l’on va dans un sens du bien commun, de la construction positive, du consensus. 

Le point commun de tous ces courants et de tous ces penseurs est de croire en la capacité de l’homme, de s’appuyer sur sa conscience et sa responsabilité, pour viser son épanouissement et le bien commun. Il ne s’agit ni d’angélisme ni de pur altruisme. L’humanisme fait appel à la raison plus qu’aux sentiments. Il ne s’agit pas non plus d’une idéologie, telle un dogme, un modèle de société jugé « le meilleur » qu’il s’agirait d’appliquer envers et contre tout et contraignant les humains, comme l’ont été l’idéologie socialiste et aussi l’idéologie capitaliste qui au final se muent en systèmes totalitaires, prétendant faire le bien contre le gré des gens, malgré eux, justifiant le système par des arguments faux, allant jusqu’à tordre la réalité. 

L’idéal humaniste a pour objectif le progrès de l’Humanité. L’humanisme place l’Homme au centre, reconnaissant à chaque individu sa conscience, sa responsabilité, sa valeur et son potentiel, quelles que soient son identité, sa naissance, son origine sociale, ethnique et culturelle.

Les valeurs de l’humanisme sont des valeurs de confiance, de respect, de tolérance, d’authenticité, de transparence, de justice et de solidarité. Ainsi l’humanisme s’oppose au matérialisme qui gangrène nos sociétés, instaure une domination par l’argent, confisque le pouvoir au bénéfice des riches, fait croître les inégalités, accrédite l’idée que nos motivations essentielles sont l’acquisition des richesses et la consommation.

L’humanisme est résistant, révolutionnaire, pacifique

Résistant parce que la liberté individuelle doit se gagner face à un monde où ce qui est naturel, c’est la domination de l’autre. L’égalité entre les hommes ne va pas de soi non plus dans un monde où chacun cherche à défendre ses acquis. La solidarité et la fraternité ne sont pas non plus systématiques, l’égoïsme, l’individualisme et l’hédonisme étant des attitudes si faciles à adopter.

Révolutionnaire : l’humanisme affronte la domination des esprits et de l’argent par les puissants, bouleverse les pouvoirs établis.

Pacifique : des hommes de plus en plus formés et informés élèveront leur conscience et prendront leurs responsabilités, notamment dans les pays qui fonctionnent en démocratie, par l’expression et le vote. L’humaniste espère que les puissants eux-mêmes adhèrent à ces valeurs, réalisent qu’elles seules peuvent porter le progrès de l’Humanité, sauver le devenir même de l’espèce humaine, et donner sens à son existence.

L’humanisme chrétien

Les humanistes chrétiens privilégient l’imitation de Jésus-Christ pour la dignité humaine, le salut de l’humanité souffrante, donne une priorité absolue à la solidarité avec l’homme. Notons qu’ils étaient laïcs, que le modèle de Jésus Christ, les valeurs chrétiennes prônées par eux l’étaient indépendamment de la notion de foi et de religion.

Marc Sangnier : fondateur du mouvement « Le Sillon », président du parti le MRP né pendantla Résistance, grand résistant et membre du Conseil National dela Résistance qui a été fondateur de notre pacte social en France (création dela Sécurité Sociale, des Allocations familiales, du système de retraites par répartition,…). Phrase culte que François Bayrou reprend très souvent dans ses discours : « La démocratie, c’est l’organisation sociale qui porte à son maximum la conscience et la responsabilité des citoyens ».

Jacques Maritain : défenseur de « l’humanisme intégral », une philosophie chrétienne fondée sur l’expérience et la raison, indépendante de la foi. Il a développé les principes chrétiens comme la dignité de la personne humaine, le primat de la morale sur le politique, l’économique et le bien social de même que la vertu de prudence.

Emmanuel Mounier : fondateur en 1932 de la revue Esprit, qui existe toujours, mais sans référence chrétienne; il contestait le "désordre établi" et appelait à une "révolution personnaliste et communautaire", l'homme à ses yeux n'étant pas un "individu", ce qui est réducteur, mais une "personne" ouverte aux autres hommes, à une communauté. L'individu est, aux yeux de Mounier, un "élément" au sein d'une masse, alors que la "personne" est par définition une femme ou un homme à respecter, et toujours capable de créer. 

L’humanisme de Confucius

Confucius pensait que l’homme dispose d’une nature positive, le mal se développant à partir de l’ignorance. D’où l’importance pour l’homme de s’éduquer et de suivre une éthique morale. Confucius prône un art de vivre, visant l’harmonie des relations humaines. Il ne cherche pas à s’ériger en maître à penser mais plutôt à développer l’esprit critique et la réflexion de ses disciples.

« Etre humain, c’est aimer les hommes. Etre sage, c’est les connaître » : par cette citation, Confucius donne une définition de l’humanisme : un comportement qui allie humanité et sagesse. Il ne suffit pas d’être bienveillant et altruiste de cœur pour être humaniste, ce qui serait de l’angélisme. Il faut chercher à comprendre l’homme, éveiller sa conscience et sa responsabilité vis-à-vis des autres hommes, chercher en permanence à s’améliorer. La manière d’être est aussi importante que les intentions et les ambitions. Il disait aussi : « Cultivons notre être pour devenir la meilleure version de ce que nous sommes ».

 

3- L'HUMANISME COMME MODELE DE SOCIETE ET COMME PROJET DE CIVILISATION

L’idéal humaniste vise un monde durable et juste, basé sur la confiance dans le respect de la démocratie et de la république

Construire une société de confiance, qui donne le sens de « vivre ensemble », où les relations entre les humains ne sont pas systématiquement monnayées ou « marchandisées ». Alors que dans la société de défiance l’inégalité germe dès la naissance, le plus fort fait la loi, l’apparence, la caste et le carnet d’adresse priment sur la compétence, le « chacun pour soi » se généralise : anonymat, isolement, « sauve-qui-peut ». 

Ce projet de civilisation est universel, il se traduit aussi bien au niveau individuel qu’à celui de la famille, de la commune, de la région, de la nation, de l’Europe et du Monde. Il vise la prospérité non seulement matérielle mais aussi humaine et spirituelle : le goût de l’entreprise et de l’innovation, c’est celui de progresser, de réaliser des choses qui ont une valeur humaine, là où une prétendue "création de valeur "financière repose sur la rentabilité à court terme. 

C’est un projet de « développement durable » ou l’économique, le social et l’écologie doivent être considérés comme indissociables. Parce qu’il vise la préservation de la planète, des sources d’énergie et des ressources en général, et plus généralement parce qu’il veut « répondre aux besoins des générations présentes sans compromettre pour autant la capacité des générations futures à répondre des leurs », dans tout domaine. Ainsi de la dette publique qui grève les générations futures.

Citons François Bayrou en référence à son article de la revue Commentaire n° 119, publié en 2007 : « Le projet démocratique [humaniste] ne recherche donc pas seulement l’efficace, mais l’efficace compatible avec le juste. C’est ainsi que l’économique ne devrait pas pouvoir se définir en dehors de l’écologique, comme il ne devrait pas pouvoir se définir en dehors du social, tant le principe de responsabilité devrait être reconnu comme déterminant, responsabilité à l’égard des personnes, des familles, des générations à venir. Dans ce projet, économique, social, écologique doivent être regardés comme indissociables. »

 Ce schéma, repris par le Comité Pauvreté et Politique, illustre l’interdépendance entre les trois domaines :

 

Le développement durable ne se réduit pas à l’écologie.

La préoccupation écologique sans performance économique, sans source de financement, n’est pas viable. Sans préoccupation sociale, sans souci de l’homme, est n’est pas vivable.

L’économie qui ne se préoccupe pas de l’équilibre social, de la justice, de la protection des faibles, n’est pas équitable.

Le développement durable forme un tout indissociable 

L’approche humaniste réconcilie l’Europe avec les Nations. Plus qu’un espace de libre échange, l’Europe doit être le lieu de rassemblement des Européens face à leurs problèmes communs de ressources énergétiques, d’environnement, d’immigration, de défense, le moyen de promouvoir leurs ressources, leurs cultures, leurs valeurs communes.

Il s’agit également de protéger nos racines, notre identité, nos traditions, notre culture et nos langues régionales, face à la mondialisation et à l’uniformisation culturelle et idéologique. 

La démocratie permet de construire l’Homme

L’organisation sociale et politique la mieux à même de porter ce projet de civilisation humaniste est la démocratie. La démocratie permet de construire l’Homme, reconnaît sa place en tant que citoyen autonome libre de corps et de pensée, ayant une conscience et une capacité de jugement, responsable de ses actes moralement. La démocratie donne la parole et le pouvoir au citoyen, pouvoir qu’il organise en le déléguant et en le contrôlant. Elle suppose idéalement que le citoyen bénéficie d’une transparence de l’information, d’un accès aux connaissances et à l’éducation. Il s’agit d’une démocratie proche du citoyen, qui l’informe sur les problèmes du pays, de l’Europe, du Monde, lui explique les solutions proposées et lui donne les moyens de s’exprimer.

Pour que le citoyen soit en situation d’exercer ses responsabilités, il faut renforcer les corps intermédiaires, les représentations citoyennes, syndicats, corporations, associations.

La démocratie sociale redonne au travail une valeur capitale. L’utilité du travail de chacun est rétribuée par son revenu, mais elle va au-delà. Dans son travail, la personne est reconnue, exerce et développe ses talents.

Aussi faut-il être intransigeant sur les valeurs fondamentales dela Démocratie: tenir pour prioritaires l’éducation, le droit à l’expression et à l’information du citoyen, défendre la juste représentation des courants d’opinion, le pluralisme, l’indépendance des médias.

Le pouvoir du citoyen ne doit plus être limité à la désignation de ses dirigeants par son suffrage, qui ensuite décident sans lui rendre de comptes… ou à sens unique. Le statut du citoyen doit changer, il doit être acteur et non plus figurant dans la concertation. Le conflit est sain, car permet l’expression des attentes et dénoue les tensions. La contradiction renforce ainsi l’autorité et donne légitimité à son exercice. 

Il faut passer d’une démocratie d’opinion à une démocratie adulte.

Le citoyen est infantilisé dans une démocratie d’opinion, noyé par une information qu’il a du mal à maîtriser, les idées toutes faites délivrées par les médias, la télévision. Il se réfugie dans le divertissement, dans la télé-réalité, les matchs de football,… Son sens critique n’est plus nuancé et il devient soit suiveur passif, soit révolté et violent.

Or c’est la prise de conscience et la responsabilité, exercées en démocratie, qui permettront aux citoyens de comprendre, d’adhérer à un nouveau modèle en redéfinissant les priorités, ses valeurs, les structures de fonctionnement privilégiant le sens du bien commun et l’épanouissement de l’homme, le respect de l’autre. Il faut passer à une démocratie adulte.

Mais si les citoyens sont d’accord pour s’imposer de nouvelles règles, des contraintes de régulation, de partage, un effort d’assainissement des finances publiques, d’économies d’énergie, sans être motivés individuellement pour le faire, sans avoir envie d’agir ainsi, ils seront malheureux, frustrés. Alors que s’ils retrouvent un altruisme naturel, un plaisir de l’échange et du lien social, ils seront en harmonie avec ce modèle. Cela passe par l’éducation, le vécu d’expérience, la réflexion.

La république est le projet politique de l’humanisme

Dans la préface de mon livre, François Bayrou définit la république comme « projet politique de l’humanisme », un projet de société et même un principe de civilisation. Liberté, Egalité, Fraternité, comme triptyque de valeurs unies et indissociables, se tenant comme une clé de voûte, marque la devise de cette république sui vise à libérer l’homme, à l’émanciper, à l’assurer, à l’épanouir, à le lier aux autres dans un destin commun. Dans ce triptyque, le capitalisme a privilégié la liberté (notamment des échanges) mais au détriment de l’égalité et de la fraternité. Sa valeur centrale est l’argent. Le socialisme a quant à lui privilégié l’égalité au détriment de la liberté et au nom de la fraternité a délégué la solidarité à un Etat médiateur tout puissant, laissant se développer malgré tout les valeurs matérialistes et individualistes. Il met l’Etat au centre. L’humanisme doit réinstaurer l’équilibre entre ces trois piliers, ces valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, sans oublier la laïcité, en remettant l’homme au centre à la place de l’argent et de l’Etat. 

La république exprime et garantie les valeurs de l’humanisme. La démocratie donne à l’humanisme les moyens de s’exercer et de s’épanouir. La démocratie éclaire la république en faisant appel à la conscience et à la responsabilité des citoyens.

 

4- COMMENT METTRE L'HUMANISME EN PRATIQUE ?

Le modèle humaniste s’appuie à la fois sur une organisation sociale, la démocratie et la république, sur des valeurs, et sur un comportement, une méthode, une manière de faire. La fin de justifie pas les moyens.  François Bayrou aime reprendre la formule de Gandhi : "La fin est dans les moyens comme l'arbre est dans la graine." C'est-à-dire qu'il y a une unité d'essence entre la fin et les moyens.

Donnons des exemples très concrets de l’application de l’humanisme au travers des moyens, de l’organisation de l’économie, consistant à viser le bien commun, le bien de l’homme plutôt que le profit.

Partir des valeurs à prioriser dans les actions

  • Faire de la politique autrement. Il s’agit de faire valoir en priorité le fond des sujets, plutôt que de se laisser influencer par des questions de ralliement.
  • favoriser l’intérêt général, la cohésion sociale, la cohésion des familles, l’élévation spirituelle et la qualité relationnelle, ainsi que la préservation de l’environnement qui sont des notions qualitatives, plutôt que  la recherche du profit matériel.
  • Donner priorité à l’éducation et à tout ce qui peut favoriser l’égalité des chances.
  • Repenser le rôle de l’Etat afin de conjuguer solidarité, efficacité et responsabilité.
  • Redéfinir le périmètre et le niveau de responsabilité de l’Etat 
  • Protéger les faibles, les plus démunis socialement tout en favorisant la mixité sociale.
  • Favoriser la création, qu’elle soit du domaine de l’innovation scientifique, de l’entreprise, du domaine artistique.
  • Proposer des formes nouvelles de structures entrepreneuriales alternatives aux structures capitalistiques dans lesquels les actionnaires recherchent du profit à court terme plutôt que le développement durable de l’entreprise.
  • Protéger la terre pour protéger l’Homme et l’Humanité.
  • Favoriser le lien social et la solidarité intergénérationnelle 
  • Et pour finir, enraciner ces modes de fonctionnement et de pensée en ouvrant des ateliers de réflexion citoyens.

 

La coopération plutôt que la compétition

L’économie sociale et solidaire, le commerce équitable et le microcrédit

Ces trois formes d’activité économique représentent typiquement une façon alternative d’envisager l’économie, de viser un objectif de développement humain, social, plutôt que viser le profit financier lui-même. De plus, elles font appel à la responsabilité des acteurs, parties prenantes travaillant comme des partenaires, où l’échange bénéficie à tous et de plus crée du lien positif entre les acteurs.

D’après une étude de l’Insee publiée en 2008, l’économie sociale représente près de 10% de l’emploi salarié national hors agriculture et 8% des salaires. Elle n’est donc pas négligeable.

Les formes de société coopératives, mutualistes, correspondent à cette vision de collaboration visant un intérêt commun pour les usagers, les clients, les employés qui vivent de l’activité, par opposition à la société cotée en bourse visant à privilégier le profit à court terme de l’actionnaire, dans une compétition conflictuelle où il s’agit d’éliminer le concurrent.

Il faut penser à des modes de gouvernance plus coopératifs, visant l’intérêt général durable des participants plutôt qu’un profit financier à court terme au détriment du reste. Des expériences coopératives, mutualistes, associatives (auberges de jeunesse, compagnons d’Emmaüs), les AMAP en plein développement, le commerce équitable, le microcrédit, les échanges non marchands, les bourse d’entraide où on échange du temps, Wikipedia,… sont des signes encourageants.

L’approche coopérative peut aussi être appliquée à de multiples services publics, les transports, le vélib, etc. où les usagers clients décident du niveau de qualité de service et du tarif, sachant qu’un bénéfice excédentaire leur sera rendu en ajustement de prix du service comme pour une mutuelle.

L’approche coopérative a été celle de la construction européenne, elle peut être élargie à de multiples domaines, y compris pour une approche de gouvernance mondiale, à condition de garantir une légitimité démocratique. Elle peut être aussi appliquée en politique, lorsqu’on doit se mobiliser dans un esprit d’union nationale, commela France l’a fait après la guerre et en 1958 avec le Général de Gaulle, ce que propose François Bayrou dans le contexte de crise que nous traversons.

L’approche coopérative doit prendre le pas sur l’approche compétitive.

Le citoyen « consommacteur » peut exercer sa responsabilité et un pouvoir de citoyen-consommateur

L’exercice individuel de la politique ne se limite pas à s’intéresser à l’actualité politique, à y participer, à éventuellement militer pour un parti politique ou contribuer à un think-tank, club de réflexion. Il se pratique aussi dans la vie sociale, associative, scolaire et éducative, et dans la vie de tous les jours en tant que citoyen-consommateur. En effet, par mon acte d’achat (en tant que consommateur et aussi en tant qu’actionnaire, même indirect via des fonds ou assurances), qui privilégie l’achat éthique et responsable, je commets une action politique favorisant telle entreprise, tel comportement de production, un mode de production et de distribution et au contraire boycottant telle entreprise ou tel produit fabriqué dans des conditions qui ne correspondent pas à mes critères, à mes valeurs. En refusant les prospectus dans ma boîte à lettres, je contribue à la préservation des arbres. En achetant des produits sans emballage individuel comme le riz par plusieurs kilos ou les biscuits par plus grands contenants, je fais du bien à ma planète – je me fais du bien.

Bien sûr, pour que  les achats citoyens responsables puissent se développer, il faut non seulement développer ce comportement, mais aussi l’information sur les produits et les entreprises, ainsi que l’étiquetage sur la provenance des matières premières, le lieu de fabrication, la trace carbone, le degré de pollution ou de préservation de l’environnement, le respect d’une norme quant aux conditions de travail des personnes qui ont fabriqué et distribué le produit. Ce qu’on appelle des labels. Et qu’ils soient lisibles !

Dans ce but il faut continuer à normaliser ces critères, créer des agences de notation sur ces critères, imposer une diffusion (sur Internet) de ces informations et un étiquetage des produits.

A ce titre, le débat qui a eu lieu récemment sur l’abattage Halal, qui s’est déplacé sur le thème de la discrimination à l’égard des musulmans et des juifs, aurait dû au moins porter sur la souffrance animale et l’information au consommateur sur ce sujet. Cette question était légitime mais a été vite évacuée

Comme François Bayrou le prône pour le « produire en France » nous invitant à « acheter français, produit sur le sol français », le raisonnement doit être élargi : « acheter bio ou éco-responsable », acheter des produits réalisés par des entreprises vertueuses, respectueuses de l’environnement, de leurs employés et de leurs fournisseurs.

C’est l’esprit de responsabilité du citoyen qui permettre de redonner le pouvoir à ce dernier.

L humanisme comme modele de societe.pdf

14/03/2012

Conférence-débat sur "La révolution humaniste" jeudi 15 mars à 19h

Invitation IMS La r-volution humaniste MA Kraft 15032012.pdf

30/12/2011

Comparaison France-Allemagne : quel modèle privilégier ?

L’Allemagne est souvent citée en exemple, voire comme modèle en ce moment. Je vous propose donc ici une synthèse des caractéristiques du modèle allemand, quelques arguments sur le niveau du coût du travail, de la productivité et la fiscalité allemande, ainsi qu'un tableau de synthèse comparatif ci-dessous, afin de vous forger vous-même une opinion.
Comp France-Allemagne 2009-2010.xls

L’Allemagne est cité en exemple notamment par François Bayrou pour la force de son industrie, de ses exportations, de sa compétitivité, ainsi que par Nicolas Sarkozy maintenant pour sa rigueur budgétaire et la rigueur salariale qu’elle a su imposer pendant dix ans pour absorber le coût de la réunification et s’imposer plus compétitive, renouant avec les excédents de balance commerciale et abaissant son taux de chômage à un niveau en dessous de 7% pendant que la France atteint presque 10%. En 25 ans, la part de l'industrie en France est tombée de 30% à 14% du PIB contre 29% en Allemagne. Pendant que la France acceptait et même favorisait sa désindustrialisation, profitant des productions à bas prix des pays émergents, l'Allemagne, elle, a profité de ces 20 dernières années pour renforcer sa compétitivité par un soutien d'un tissu local de grosses PME dynamiques à l'export, la spécialisation dans le haut de gamme qui lui a permis de construire une image de marque « made in Germany » et un transfert partiel de charges sociales surla TVA (TVA sociale).

Nous trouvons aussi des détracteurs, dénonçant la hausse de la pauvreté et des inégalités en Allemagne, l’absence de salaire minimum, l’augmentation de la précarité, des contrats à temps partiel et à durée déterminée, la stagnation des salaires, préférant citer en exemple les pays nordiques, qui ont su allier croissance économique et protection sociale, certes au prix d’un taux très élevé de prélèvements obligatoires (50%, le plus élevé d’Europe).

 

Qu’est ce qui caractérise le modèle Allemand ?

On parle souvent de « capitalisme rhénan » ainsi décrit (cf. Wikipedia) :

·  un rôle important des grandes banques et une relativisation du rôle de la bourse dans le financement des entreprises,

·  une vision à long terme appuyée sur ce mode de financement et sur un système de partenariat avec les clients, fournisseurs et employés,

·  un partenariat entre de puissants syndicats patronaux et salariaux qui limite aussi bien les conflits du travail que les interventions directes de l'État dans la vie des entreprises,

·  un système de protection sociale très développé,

·  une politique de stabilité monétaire gérée indépendamment des gouvernements.

 

Citons aussi le dynamisme des entreprises allemandes, le tissus industriel de leurs nombreuses PME qui maillent le territoire, la décentralisation territoriale et l’équilibre des régions, la puissance des syndicats et de la négociation entre le patronat et les partenaires sociaux, l’importance des corps intermédiaires et enfin leur modèle politique bien plus démocratique qu’en France en termes de représentation des partis (50% de proportionnelle pour les élections des députés pour les partis ayant obtenus plus de 5% des voix).

 

Politique économique des dix dernières années
Depuis dix ans, l’Allemagne a pratiqué une politique de l’offre, favorisant les entreprises : flexibilité du travail, modération salariale, pas de salaire minimum, … Ce qui a induit au début pendant cinq ans une faible croissance puis un effet positif sur les cinq années suivantes : gain de parts de marché, amélioration de la rentabilité des entreprises, hausse des exportations et c’est maintenant qu’on améliore les salaires (+3% en 2011). L'industrie allemande a cru de 33% de 1997 à 2007.
Selon une étude du DIW, le principal organisme de recherches économiques, le pouvoir d'achat réel des Allemands a baissé de 4,7% sur les dix dernières années.
En France en revanche, nous avons pratiqué pendant dix ans une politique de la demande, une hausse des salaires (sur cette période la part des salaires dans le PIB a augmenté), ce qui a induit une croissance supérieure à celle de l’Allemagne pendant cinq ans, mais la France a perdu 50% de ses parts de marché à l’exportation et 40% de ces emplois industriels.
Maintenant, il faudrait une politique de l’offre en France et une politique de la demande en Allemagne …

Source : http://www.franceculture.fr/emission-l-economie-en-questi...


Coût du travail et productivité
Même après une politique de modération salariale pendant 10 ans, les salaires bruts et nets sont en moyenne toujours plus élevés en Allemagne qu'en France :
- le coût du travail est plus élevé en Allemagne, en brut (+34%) commet en net (+6%),
- pas de salaire minimum en Allemagne, si bien qu’on trouve des employés rémunérés 6 euros nets de l’heure (contre 9 en France pour le salaire minimum), l’Allemagne compte 6,5 millions de travailleurs pauvres touchant moins de 10 € brut de l’heure (soit environ 20% de la population active), mais Angela Merkel s’est récemment prononcée en faveur d’un SMIC par secteur d’activité,
- les charges sociales patronales sont plus élevées en France mais les charges sociales salariales sont plus élevées en Allemagne et donc au final les salaires allemands sont plus élevés en moyenne pour permettre aux salariés de payer leur couverture sociale, avec aussi plus de recours à des complémentaires privées santé et retraite,
- les prélèvements obligatoires sont plus élevés en France en % du PIB (43% comparé à 37% en Allemagne) mais la part des prélèvements sociaux et de l'impôt sur le revenu dans le coût du travail est supérieure en Allemagne (52% contre 49,3%),
- la productivité (PIB/heure travaillée) est en moyenne meilleure en France qu'en Allemagne,
- la durée effective hebdomadaire moyenne est presque équivalente (41,7h en Allemagne contre 41h en France),
- marge brute des entreprises non financières bien supérieure en Allemagne (42% contre 30% en France), permettant aux entreprises allemandes de s’autofinancer alors que les entreprises françaises empruntent aux banques ou aux marchés.
Sources :
http://www.securite-sociale.fr/comprendre/dossiers/compte...
http://bercy.blog.lemonde.fr/2011/02/23/salaires-cout-du-...
http://www.ifrap.org/Cout-du-travail-une-comparaison-Fran...)

 

Emploi 
Avant la crise, en 2007, le taux de chômage était équivalent en France et en Allemagne (8,4%). Fin 2011, il passe en dessous de 7% en Allemagne alors qu’il passe à presque 10% (9,7%). L’Allemagne a beaucoup utilisé le chômage partiel notamment pendant la crise, pour maintenir les emplois au prix d’une réduction salariale, ce qui a permis une reprise ensuite sans perte de compétences pour les entreprises.
Le taux d’emploi est de 67% en Allemagne contre 63% en France.
La population active représente 51% de la population en Allemagne contre 45% en France.

 

Innovation
Les dépenses en R&D sont supérieures en Allemagne (2,54% du PIB contre 2,09% en France) et la part des brevets déposés sur le total européen (en 2008) est de 18,2% pour l’Allemagne contre 6,2% pour la France.

 

Commerce extérieur
Le solde commercial extérieur est très excédentaire en Allemagne (154,3 milliards d’€ en 2010) alors qu’il est très déficitaire en France (-68 milliards en 2010 et il atteindra -75 milliards fin 2011), déficitaire face à tous les pays de la zone euro sauf la Grèce !
L’Allemagne demeure le premier client de la France et absorbe 16,25% des exportations françaises. La France est également le premier client de l’Allemagne, celle-ci y réalisant 10,1% de ses exportations.

Dépenses publiques

« D’après la Commissioneuropéenne, les dépenses publiques seront en 2011 de 45,3 % du PIB en Allemagne et de 55,8 % en France, soit une différence de 10,5 % du PIB. Si la Franceavait les mêmes dépenses publiques que l’Allemagne, elle en aurait  212 milliards d’euros de moins (10,5 % x 2017= 212), ce qui lui permettrait de baisser les impôts de 100 milliards d’euros avec un budget en équilibre. L’enjeu justifie une analyse sérieuse de la différence. » «Source avec détail des dépenses comparées par secteur : http://www.lecri.fr/2011/06/19/depenses-publiques-compara...

 

Déficit public et dette publique

Le déficit public allemand (3,3% du PIB en 2010, 2,5% en 2011) est bien inférieur au déficit public français (7,7% en 2010, 7% en 2011) et il est lié uniquement au plan de relance de crise et à la charge d’intérêt de la dette importante, alors que pour la Francela crise n’explique que un tiers du déficit.
La dette publique allemande est importante (73,4% du PIB en 2010 et 79% en 2011 comparé à 78,1% en 2010 et 91% en 2011 en France). L’importance de la dette allemande est expliquée par le coût de la réunification conduite depuis la chute du mur de Berlin.
Notons que l’Allemagne a inscrit une règle d’or dans sa constitution, interdisant les déficits publics de fonctionnement.

Démographie
C’est clairement le point fort de la France (plus de 2 enfants/femme contre 1,4 pour l’Allemagne et population moins âgée avec 16,7% de personnes de plus de 65 ans contre 20,2% pour l’Allemagne et avec 18,4% de moins de 15 ans contre 13,5% pour l’Allemagne.
L’Allemagne devra compenser ce déficit démographique, ce vieillissement de population qui pose un problème de financement des retraites, par une immigration. Elle est déjà en train de se produire : voir cet article sur le rebond de l’immigration en Allemagne sur 2011, essentiellement d’origine européenne, notamment de Grèce, d’Espagne, du Portugal et des pays de l’est qui en général parlent bien allemand, de jeunes bien formés en l’occurrence :

http://www.challenges.fr/monde/20111222.CHA8580/l-allemagne-attire-de-plus-en-plus-d-etrangers.html

 

Fiscalité
Le poids de la fiscalité atteint 14,5% de la valeur ajoutée en France contre 7,8% en Allemagne.L’impôt sur les sociétés est équivalent (entre 30 et 33% en Allemagne, 33,3% en France mais avec des allègements (niches fiscales) qui profitent plus aux grandes entreprises qu’aux petites.
L’impôt sur le revenu est prélevé à la source. Voir explications : http://www.connexion-francaise.com/articles/les-impots-en...
La TVA est de 19% en Allemagne, comparé à 19,6% en France hors taux réduits.
L'Allemagne a dû financer la réunification, un chômage très important à l'Est et les Allemands ont consenti à cette solidarité. Les 3% de hausse de TVA ont servi en partie à cela : 2 points, alors que 1 point seulement au titre de TVA dite sociale, pour financer la santé en diminuant d'autant les cotisations assises sur le travail. On ne peut pas dire qu'ils ont en cela eu une attitude non coopérative à l'égard des autres pays européens. Ils partaient d'une TVA à 16% et donc sont arrivés à 19%, qui est le taux moyen de TVA dans l'UE.

Education
Le classement PISA 2009 montre que partout la France est rétrogradée alors que l’Allemagne progresse, passant devant la France. Comparé à 2003, la France est passée du 13e au 22e rang en mathématique et du 17e au 22e rang en lecture, alors que l’Allemagne est restée au 16e rang en mathématique et est passée du 21e au 20e rang en lecture.

Pauvreté et inégalités
Le taux de pauvreté et les inégalités sont plus fortes en Allemagne : le taux de pauvreté est de 7% contre 6% en France et le rapport inter quintile mesurant les inégalités de 5 en Allemagne contre 3,8 en France. De même le taux de chômage longue durée est aussi plus élevé en Allemagne (4,7% contre 3,3% en France).

Confiance de la population
Avant la crise, le taux de confiance était meilleur en France (54% contre 46%) et le taux d’épargne équivalent (15% contre presque 17% pour l’Allemagne mais il a grimpé à 17% en France ensuite).

Energie et environnement
L'Allemagne est beaucoup plus en avance que la Franceen matière de protection de l'environnement, d'investissement en faveur de l'écologie et de développement des énergies renouvelables de type photovoltaïque et éoliennes, mais du fait de l'énergie hydroélectrique qui représente 12% de la production électrique en France, contre 3% pour l'Allemagne, la part totale des énergies renouvelables est à peu près équivalente (12-13% en 2008, passé à  15% en France et presque 17% en Allemagne en 2010).

http://www.enr.fr/docs/2011150456_Etatdeslieuxetperspecti...

Le nucléaire a une part prépondérante en France dans la production d'électricité (76% en France contre 23% en Allemagne) alors que c'est le charbon qui est majoritairement utilisé en Allemagne (44% contre 4% en France). Il en résulte une émission de CO2 bien plus importante en Allemagne qu'en France (958 millions de tonnes contre 527 en France, et 10,1/habitant contre 6,1 en France).

Logement

Le coût du logement est deux à trois fois moindre en Allemagne qu’en France, tant à l’acquisition que concernant les loyers.
En France, les prix d’acquisition ont doublé en 25 ans, alors que les loyers ont subi une hausse modérée (à surface et qualité constantes, ils ont globalement évolué comme le revenu disponible moyen. La dépense de logement a néanmoins augmenté (éclatement des familles,…). Cette hausse généralisée ne semble pouvoir être expliquée que marginalement par l’augmentation du coût de la construction ou un déficit généralisé de construction. La croissance relativement modérée des loyers infirme l’hypothèse d’une pénurie généralisée de logements. En revanche, la rareté du foncier dans les zones les plus demandées contribue probablement assez fortement à la hausse des prix. Cette hausse a aussi été favorisée par l’amélioration de la capacité d’emprunt des ménages, alliée à une fiscalité favorable, qui alimente la demande.
En Allemagne, les prix du logement sont restés stables. L’Allemagne bénéficie d’un vaste parc locatif et a un très faible taux de propriétaires : autour de 43% contre près de 60% en France. Depuis le début des années2000, l'Allemagne construit autour de 290 000 logements neufs par an, de quoi absorber une demande évaluée à "280 000 par an sur la période 2006-2010.La France met elle en chantier autour de 300 000 logements neufs chaque année, mais les besoins sont estimés à 500 000.

Sources :
http://lexpansion.lexpress.fr/immobilier/comment-l-allema...
http://www.politiquessociales.net/IMG/pdf/CAS.pdf

25/11/2011

"La Révolution Humaniste", par Marie-Anne Kraft, préface de François Bayrou

Je viens de publier un essai intitulé "La révolution humaniste" aux éditions Salvator, traitant du modèle de société, fruit de réflexions déjà entamées avant la dernière crise qui nous touche de plein fouet : crise financière, crise économique, crise de l'Europe, crise sociale, crise morale et aussi écologique.



Ce livre présente un diagnostic des dysfonctionnements de nos sociétés sous des angles d'analyse multiples en mettant en perspective les visions économique, sociologique, philosophique, psychologique, anthropologique, en faisant référence à de nombreux auteurs et penseurs qui ont contribué à faire avancer la compréhension du monde et de l'homme, de l'antiquité aux contemporains.

Une des principales conclusions du livre, que je vous laisse découvrir sans tout dévoiler par avance, est que la plupart de nos maux proviennent d'une perversion, une sorte de maladie mentale, d'un attachement à l'argent comme valeur centrale. La "révolution humaniste" que j'appelle de mes voeux consiste à changer l'axe central de la société, en remettant l'homme au centre à la place de l'argent. C'est une révolution pacifique, copernicienne et non violente, qui fait appel à une transformation profonde de nos comportements, de notre vision individuelle de l'autre et du bien commun, du sens donné à notre vie, comme également de la manière dont la société fonctionne, est gouvernée dans la mondialisation. J'y propose des pistes concrètes, une méthode, pour y arriver progressivement et en agissant d'urgence

J'espère par ce livre apporter un éclairage pédagogique et ouvrir le débat avec vous, avec les élus, avec surtout les citoyens, acteurs de la vie civile et associative, entrepreneurs, partenaires sociaux, engagés ou non politiquement, avec tous ceux qui s'interrogent et souhaitent construire un monde plus humain.

Précisons que même si le livre est préfacé par François Bayrou, ce qui m'honore infiniment, il n'est pas partisan, ne milite aucunement pour un parti, d'ailleurs des sensibilités de gauche comme de droite en passant par le centre pourront y trouver probablement inspiration et convergence de points de vue comme une ouverture sur des visions nouvelles et différentes, sur des sujets profonds de société, transcendant les positionnements politiciens.

18/12/2010

Après le « rêve américain », le « mythe allemand »

Il y avait « le rêve américain » (American dream), un mythe fait de l’idéalisation du « self-made man », de la réussite à la portée de tous, d’un succès dont les symboles sont essentiellement ceux de l’avoir et du paraître, la richesse matérielle, la fortune et aussi la notoriété, le vedettariat (Star system, pipolisation). Un modèle qui justifie les inégalités car elles sont supposées répondre logiquement à une sélection darwinienne de la loi du plus fort, les pauvres ne récoltant que ce qu’ils méritent. Un modèle où on fait la charité aux pauvres, par le bon vouloir des riches qui s’achètent une image de bienfaiteur de l’humanité, plutôt que par redistribution républicaine par l’impôt. Un mythe, car les espoirs et les croyances en ce modèle sont nourris d’illusions, comme je l’ai démontré dans une précédente analyse en février 2009, reprenant l’étude OCDE de fin 2008 et l’analyse de Jacques Mistral publié dans son livre « La troisième révolution américaine » en Août 2008 (avant la faillite de Lehmann Brother qui a enchaîné la grave crise financière) : Le Modèle Américain.

Je disais en conclusion :

« Le modèle américain, dans sa configuration actuelle en tout cas, basé sur la recherche du profit et sur l’illusion de la croissance pour tous et sur le mensonge de l’égalité des chances, est bel et bien générateur d’inégalités et a même accru la pauvreté, bien plus que dans les pays européens à niveau de vie similaire, pourtant dans le même contexte de mondialisation. Les politiques publiques à l’égard de l’enseignement et de la fiscalité, ainsi que la privatisation croissante du système de santé et de retraite, sont la cause de l’accroissement de ces inégalités.

Nicolas Sarkozy nous conduit progressivement au modèle américain qu’il admire tant, la France risque donc de reproduire ce creusement d’inégalités et de pauvreté. C’est la traduction malheureusement de sa politique actuelle : bouclier fiscal, suppression de droits de succession, franchises médicales et report des frais de santé de plus en plus vers des assurances privées, financement du RSA par les classes moyennes et pas les plus aisées, suppression de la carte scolaire (encore plus ghéttoïsante, néfaste pour l’égalité des chances)… »

Nous avons vu les folies du système américain, responsable à la fois des causes profondes du dysfonctionnement d’un modèle de financiarisation de l’économie, de plus en plus déconnectée de l’économie réelle, et du déclenchement de la crise financière, qui a contaminé la planète dans le contexte de globalisation financière et de mondialisation économique. Nous avons vu aussi ses conséquences sociales, notamment sur les classes moyennes et défavorisées, surtout du fait de ses faibles « amortisseurs sociaux ». Nicolas Sarkozy, qui enviait le modèle américain et nous avait vanté en avril 2007 le système américain des crédits hypothécaires rechargeables, gagés sur le bien immobilier acheté (autrement dit des subprimes), évite à présent d’en parler … Je signale que parmi les candidats à la présidentielle 2007, seul François Bayrou avait alerté sur les dangers de ce modèle, qui est en contradiction avec notre modèle républicain français. Il avait opposé les valeurs prônées ou sous-entendues par Nicolas Sarkozy dans son projet présidentiel aux valeurs humanistes, républicaines et démocrates qui sont les siennes. François Bayrou avait même justifié qu’il ne voterait pas Nicolas Sarkozy au second tour précisément pour ces raisons.

 

Maintenant nous entrons dans une nouvelle étape : celle du mythe allemand. Nicolas Sarkozy nous montre le succès économique allemand comme un modèle à suivre :

- sur le coût du travail, la durée du travail, les retraites,

- sur la fiscalité,

- cela commence aussi sur l’éducation (rythmes scolaires réduits)

 

Il est vrai que les Allemands se sont serrés la ceinture pendant les dix dernières années, sans augmenter leurs salaires. Il est vrai que le taux de prélèvements obligatoires (impôts +charges sociales contraintes) est bien moindre en Allemagne (37% en 2007) qu’en France (43%), la moyenne de l’UE se situant à 40%[1], notamment moindre sur les charges sociales patronales, supposées expliquer une meilleure compétitivité des entreprises allemandes, notamment à l’exportation. Il est vrai que les Allemands ont mis en place une « TVA sociale », reportant une partie des charges sociales patronales en 2007 sur la TVA, en l’augmentant de 3% (une partie seulement de ces 3% était du report de charges), ayant pour effet de renchérir le coût des importations et d’opérer une « dévaluation compétitive » baissant le coût des exportations (mais leur TVA est passée de 15 à 19%, donc s’est alignée quasiment à la France et à la moyenne de l’UE).

Cependant, Nicolas Sarkozy avait justifié le bouclier fiscal (le seuil passant de 60% sous le gouvernement précédent à 50%) en citant l’Allemagne, qui l’avait mis en place, mesure censée retenir les riches créateurs d’emplois sur le territoire. Vérification faite (par la Cour des Comptes notamment), ceci s’avère faux. Ce bouclier fiscal n’existe pas en Allemagne, de même que s’avère faux la croyance que la mesure allait faire revenir les riches expatriés ou empêcher le départ des riches, ce qui a été prouvé. Faux également de prétendre que le critère de résidence des riches est déterminant pour la localisation des emplois, car les actionnaires peuvent investir dans des entreprises situées en dehors de leur pays de résidence ! Loin de se déjuger, Nicolas pousse l’audace et l’aplomb jusqu’à justifier maintenant l’abandon programmé du bouclier fiscal, sous la pression populaire et politique y compris dans ses propres rangs, en nous disant que les Allemands eux-mêmes y ont renoncé (ce qui prouve par là son précédent mensonge !).

 

Maintenant attachons-nous à la réalité, aux chiffres, sur le coût du travail. Dénonçons les fausses idées circulent sur le coût du travail, la productivité et la compétitivité comparés entre la France et l'Allemagne.

Voici une étude chiffrée récente (résumée sur 4 pages) comparant La France et l'Allemagne (ainsi que d'autres pays de l'OCDE) en coût de main d'oeuvre et de prélèvements obligatoires, charges sociales et impôts. Il s'agit d'un rapport à la Commission des comptes de la Sécurité sociale qui date de juin 2010 :
http://www.securite-sociale.fr/comprendre/dossiers/compte...

Les salaires bruts sont 34% en moyenne plus élevés en Allemagne qu'en France. En net de charges et d'impôt sur le revenu, l'écart se réduit car les prélèvements sont plus élevés en % en France, mais restent encore 6% supérieurs.  La réduction de l'écart tient à l'importance relative plus grande des prélèvements patronaux en France et de l'impôt sur le revenu en Allemagne. Au final, le niveau supérieur du salaire moyen et du coût annuel du travail en Allemagne ne semble pas justifié par une productivité supérieure du travail et n'est que partiellement lié au nombre d'heures travaillées (d'après l'OCDE, le PIB par heure travaillée est plus élevé en France qu'en Allemagne (96,2% du niveau des Etats-Unis pour la France contre 91,4% pour l'Allemagne).

L'article comprend un passage intéressant sur la politique allemande de compétitivité et la dévaluation compétitive opérée par le transfert d'une partie des charges sociales sur la TVA en 2007 (+3%). Ce coût a été transféré des entreprises vers les ménages, ponctionnant donc leur pouvoir d'achat. Mais l'Allemagne partait d'un taux de TVA beaucoup moins élevé que le nôtre (16%)  et arrive maintenant à 19%.

 

En conclusion :

- le coût du travail est plus élevé en Allemagne, en brut commet en net,
- les charges sociales patronales sont plus élevées en France mais les charges sociales salariales sont plus élevées en Allemagne et donc au final les salaires allemands sont plus élevés en moyenne pour permettre aux salariés de payer leur couverture sociale, avec aussi plus de recours à des complémentaires privées santé et retraite,
- les prélèvements obligatoires sont plus élevés en France en % du PIB mais la part des prélèvements sociaux et de l'impôt sur le revenu dans le coût du travail est supérieure en Allemagne (52% contre 49,3%),
- la productivité (PIB/heure travaillée) est en moyenne meilleure en France qu'en Allemagne,

- ajoutons que malgré le succès économique de l’Allemagne en termes de croissance et d’exportations qui soutiennent cette croissance, les chiffres du chômage ne sont pas bons (7,3% en 2008, au 20ème rang, contre 7,8% pour la France).

- ce qui justifie le succès incontestable des entreprises allemandes à l’exportation, surtout vers les pays émergents dans le secteur spécialisé des machines outils, ceci malgré le renchérissement de l’Euro face au dollar et au Yuan, donc malgré la cherté relative des marchandises, c’est une expertise industrielle, c’est la haute qualité des produits, peu sensibles à la concurrence.

Dans la mesure où Nicolas Sarkozy veut faire baisser les charges sociales au motif que nos entreprises sont moins compétitives que les entreprises allemandes de ce fait, je pense que ces chiffres sont très éclairants et qu'il faut d'abord combattre les fausses idées !

Là aussi François Bayrou nous a avertis sur ces fausses idées au sujet de l’Allemagne, dans son discours au Congrès du Mouvement Démocrate du 12 décembre 2010, que je vous invite à lire ou à écouter. Il nous dit :

« Il y a une campagne en cours qui objecte que les Allemands réputés vertueux n'ont pas augmenté leur coût du travail depuis 10 ans, alors que chez nous, c'est près de 30 pour cent d'augmentation du coût du travail que nous avons eu depuis 10 ans. Je prends ces chiffres avec précaution, car je crois, comme disait Disraéli qu'il y a trois degrés dans le mensonge : le mensonge, le satané mensonge et les statistiques !

Mais il y a une campagne en cours. Avant-hier, il y avait pas moins de trois articles de fond sur ce sujet dans les journaux économiques qui disaient cela avec des courbes qui montraient le gouffre qui était en train de se creuser. On expliquait que c'était pour cela que l'on perdait tout.

En réalité, quand on fouille, et je vous propose de vérifier cette objection, on s'aperçoit que le coût du travail français reste du même niveau ou légèrement inférieur à celui du travail allemand. Il est vrai que, en France, les cotisations patronales sont supérieures à ce qu'elles sont en Allemagne, mais le salaire direct, celui que perçoit réellement le salarié est inférieur chez nous. Au total, le coût d'une heure de travail est donc plus bas en France qu'en Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, au Danemark, en Suède et au Luxembourg. Et la productivité est supérieure chez nous puisque nous avons, à l'heure de travail, la plus haute productivité du monde !
»

 

Maintenant examinons la fiscalité allemande comparée à la France.

Il y un mois, Nicolas Sarkozy expliquait aux Français qu’il fallait copier la fiscalité allemande. Avec ce but : rester compétitif et éviter les délocalisations. François Fillon a constitué un groupe de réflexion sur ce thème. Le 8 décembre sur France Inter, au 5/7 avec Audrey Pulvar, Romain Gubert, journaliste au Point, revient d'Allemagne et fait part des fausses idées de N.Sarkozy sur la fiscalité allemande et de l'étonnement des Allemands. Voici le lien sur sa chronique : Le modèle de la fiscalité allemande, pour le meilleur et pour le pire.

 

Romain Gubert nous dit que les Allemands étaient très étonnés des déclarations de Nicolas Sarkozy vantant la fiscalité allemande. Leur système est très compliqué, la déclaration d’impôt que remplissent chaque année ses concitoyens fait 24 pages. « Chaque land, chaque commune, peut faire à peu près ce qu’il veut en matière fiscale. Savez vous que les propriétaires de chien en Allemagne payent une taxe ? Savez vous qu’à chaque fois que vous buvez une bière, c’est une taxe spéciale ? Et le tout à l’avenant. D’ailleurs, un Allemand sur deux utilise les services d’un « conseiller fiscal » pour l’aider à s’y retrouver. C’est dire ! ».

« - Mais tout de même, il n’y a pas d’ISF en Allemagne, ni de bouclier fiscal. Et c’est pour cette raison que Nicolas Sarkozy regarde vers l’Allemagne.

C’est exact. Les Allemands n’ont ni ISF, ni bouclier fiscal depuis une dizaine d’années. Et d’ici le mois de juin, Nicolas Sarkozy rêve de se débarrasser de ces deux boulets politiques en créant une taxation supplémentaire sur les revenus du capital.

Problème : les impôts français sont, avant la réforme, plus élevés ici qu’Outre-Rhin. Nos prélèvements obligatoires sont supérieurs. Notre TVA est plus élevée. En fait, de leur coté, nos amis allemands n’ont aucune envie d’harmoniser leur fiscalité avec la nôtre. Ils ne veulent pas entendre parler de convergence. Comme si finalement, le rêve de Nicolas Sarkozy était à sens unique. »

J’en viens maintenant à l’éducation, surtout après la parution de l’étude PISA le 7 décembre dernier qui montre que la France est située au 22ème rang et a nettement rétrogradée depuis l’an 2000 (voir cet article du Monde). En compréhension de la lecture, les élèves français chutent de 9 points et de 6 places, passant de la 12e à la 18e places en dix ans. La France est en chute sur les mathématiques. L’école ne joue plus son rôle d’ascenseur social. L'Allemagne, derrière nous il y a dix ans, s'est ressaisie et nous passe devant en lecture, en sciences et aussi en mathématiques. J’ai lu la semaine dernière que Luc Chatel voulait s’inspirer de l’Allemagne en progression, remarquant notamment que leur rythme scolaire est très différent, les Allemands consacrant la matinée aux cours et l’après-midi aux sports, aux arts, aux activités culturelles et aux loisirs. Il se trouve que au même moment, les Allemands veulent se rapprocher du modèle français, car ils se sont rendu compte que ce rythme nuisait à l’égalité des chances et à l’ascenseur social : alors que les familles modestes envoient leurs enfants faire du foot l’après-midi, les familles aisées profite du temps libre pour faire donner à leur enfants des cours de soutien scolaire, qui sont onéreux. Il s’ensuit une différence notable de niveau des enfants selon leur origine sociale.

Sur l’éducation, l’Allemagne n’est donc pas forcément le meilleur modèle, même s’il est indéniable que nos rythmes scolaires trop chargés, trop soutenus, saturent les esprits de nos enfants et sont peu propices à l’épanouissement personnel et culturel…

 

Cependant, ces observations n’ont pas pour but de dénigrer le modèle allemand, car certains aspects de ce modèle sont à leur envier. Le dynamisme de leurs entreprises, le tissus industriel de leurs nombreuses PME qui maillent le territoire, la décentralisation territoriale et l’équilibre des régions, la puissance des syndicats et de la négociation entre le patronat et les partenaires sociaux, l’importance des corps intermédiaires et enfin leur modèle politique bien plus démocratique qu’en France en termes de représentation des partis (50% de proportionnelle pour les élections des députés pour les partis ayant obtenus plus de 5% des voix). Le capitalisme rhénan est aussi intéressant et assez proche de notre modèle français (sauf sur l’aspect syndical). Il se caractérise par (cf Wikipedia) :

  • un rôle important des grandes banques et une relativisation du rôle de la bourse dans le financement des entreprises,
  • une vision à long terme appuyée sur ce mode de financement et sur un système de partenariat avec les clients, fournisseurs et employés,
  • un partenariat entre de puissants syndicats patronaux et salariaux qui limite aussi bien les conflits du travail que les interventions directes de l'État dans la vie des entreprises,
  • un système de protection sociale très développé,
  • une politique de stabilité monétaire gérée indépendamment des gouvernements.

 

Après ces observations sur le rêve américain et le mythe allemand, je vous propose de revenir au modèle républicain français et aussi de regarder attentivement le modèle social nordique, combinant lien social, civisme et performance économique, comme l’atteste l’intéressante étude ODIS, qui vient de paraître(voir cet article de LaCroix), le rapport sur «l’état social de la France», comparé aux pays de l’UE et aussi entre régions françaises, et qui sera l’objet de mon prochain billet.



[1] voir ce rapport du Sénat qui doit dater de 2007 et aussi extrait du rapport fait dans le cadre de la PLF2010 : http://www.performance-publique.gouv.fr/fileadmin/medias/...

06/11/2010

« La Grande Régression » (Jacques Généreux) : Décryptage (2ère partie)

Voici la suite annoncée d’un 1er article publié le 1er novembre 2010, qui résumait et commentait la partie du dernier essai de Jacques Généreux consacrée à la régression économique et écologique. « La Grande Régression » est un livre remarquable dont je recommande à tous la lecture et encourage réflexions et débat sur ce thème du modèle de société.

Attachons-nous à présent à suite de ce livre, consacrée à la régression sociale, morale et politique, qui accompagne la régression économique et écologique.

 

1- Un diagnostic clairvoyant, étayé par une analyse anthropologique

Pour comprendre l’évolution des sociétés humaines, depuis les sociétés primitives, puis traditionnelles, jusqu’aux sociétés modernes, post-modernes et même ce que l’auteur appelle « l’hypersociété », il nous faut remonter le temps, revisiter l’histoire. Jacques Généreux aborde le sujet par une approche anthropologique très intéressante, remonte aux motivations profondes de l’être humain et de ce qui le relie aux autres, à la société, pris dans une tension dialectique entre l’aspiration à la liberté, à l’autonomie, à une émancipation, et le désir de créer des liens sociaux, d’exister par l’autre, par les autres.

Il démontre que la société industrielle moderne était déjà dans sa genèse une formidable machine à dissocier et à dissoudre l’alliance entre les hommes. L’impulsion dominante du capitalisme pousse vers une « dissociété » plus individualiste, éclatée par la compétition et l’inégalité. Poussé à son extrême ces trente dernières années, le système capitaliste a été le théâtre d’une déconstruction des liens sociaux qui rassemblent les individus en communautés humaines et les communautés humaines en une grande société.

A cette « dissociété », l’auteur oppose une « société de progrès humain », du « bien vivre ensemble », cherchant à concilier la liberté (être soi-même), l’égalité réelle (égale capacité des individus) et la fraternité (être avec, par et pour autrui, en solidarité), c’est à dire l’idéal républicain, celui d’une république non seulement sociale, mais aussi durable et écologique, ne s’arrêtant pas au bien vivre de la génération présente mais s’attachant à la préservation des générations futures. La conciliation de la liberté et de la cohésion sociale passe selon lui par l’intensification de tous les liens sociaux. Or, la culture occidentale moderne et notamment néolibérale contemporaine, a ancré dans les esprit que liberté signifiait indépendance, des autres et des normes sociales. Une forme d’individualisme, d’affirmation de soi pour exister en propre indépendamment des autres, une forme libertaire et finalement égoïste de l’expression individuelle, aboutissant à une atomisation des individus, considérés séparément avec chacun son intérêt particulier. Une société d’hommes faite d’une juxtaposition d’individus indépendants, plutôt que d’individus liés entre eux. C’est là que réside une première erreur conceptuelle de cette culture occidentale néolibérale, un faux postulat selon l’auteur, car la liberté réelle ne signifie pas pour lui « indépendance » et par là isolement mais au contraire « une émancipation par des liens qui libèrent »,c'est-à-dire, d’après ce que j’en traduis, une liberté exprimant une prise de conscience et des choix personnels dans un environnement social qui passe par une immersion de l’individu dans des normes sociales, lui-même soumis à un conditionnement au sein de groupes, de communautés avec lesquelles il entretient des liens, prenant ses repères dans un système de référence et d’éducation, dont il pourra s’affranchir ou prendre de la distance après et grâce à cette immersion, à la manière d’un enfant qui, d’abord complètement sous l’emprise de sa mère, de ses parents, va progressivement s’en détacher en grandissant dans sa famille et en s’ouvrant progressivement à d’autres relations, d’autres groupes.

Différents cercles relationnels nous lient aux autres (famille, école-voisinage-amis, travail, associations, pays, religion, humanité dans son ensemble…), comme dans une spirale concentrique (p.198). Jacques Généreux décrit le délitement des liens auquel on assiste dans ces différents cercles mis chacun sous tension et contaminant les autres cercles de ses propres tensions. La spirale qui fonctionnait dans un sens ascensionnel, mue par une sorte d’énergie positive, s’est soudain fragilisée à partir des années 70-80 puis a inversé sa marche. Par exemple les tensions au sein de la famille, où l’enfant apprend à grandir et à s’épanouir avec des très proches, ont été favorisées par la poussée libertaire, la multiplication des divorces, l’introduction de la télévision dans les ménages, la plus grande permissivité, le relâchement de l’autorité parentale, notamment dans l’éducation des enfants devenue plus difficile,… Ces tensions se sont transmises à l’école, qui elle-même joue un rôle essentiel dans l’apprentissage du lien social, de notre rapport aux autres, lieu de confrontation à l’altérité, à la différence sociale et culturelle des individus. Les parents ont délégué une part de leur responsabilité et de leur autorité à l’école, la perte d’autorité s’et transmise aux professeurs, le délitement moral, la poussée libertaire, l’individualisme (l’enfant-roi, libre de ses choix) et l’utilitarisme grandissant d’un système de plus en plus asservi à la cause marchande, à la course aux diplômes, à la fabrication de producteurs-consommateurs aux ordres des marchés, plutôt qu’à la défense des valeurs républicaines et à la formation de citoyens intelligents (dont les marchés n’ont que faire !), a opéré une mutation des méthodes d’enseignement et même des programmes éducatifs : les moyens dévolus à l’école publique se tarissent, les sciences humaines et sociales non directement rentables sont dévalorisées, un semblant d’instruction civique n’est maintenue a minima que pour satisfaire une clientèle électorale qui exige un retour à l’ordre moral, alors que les entreprises privées de soutien scolaire fleurissent et sont cotées en bourse (dont seules les familles fortunées peuvent se payer les cours ou celles payant d’impôt sur le revenu bénéficier de déduction fiscale)… Les écoles publiques sont peu à peu remplacées par des entreprises de formation répondant aux attentes des marchés.

Pour Jacques Généreux, combattre le désordre moral suppose (p.234) :

1- une société décidée à replacer l’intérêt général du « bien vivre ensemble » au dessus de l’intérêt personnel,

2- une société disposée à investir en priorité dans l’éducation et l’accompagnement de ses enfants vers l’âge adulte et la citoyenneté.

Or, les politiques néolibérales font exactement l’inverse. Une phrase p.235 résume l’orientation de leur action : « les néolibéraux  détruisent l’idée même d’intérêt général en faisant l’apologie permanente de la rivalité et du mobile de l’intérêt personnel, en déployant un système économique qui fait exploser les inégalités et qui ne profite qu’à une minorité dominante, en sauvant les prédateurs qui déclenchent le crises financières, en mettant tous les moyens de la puissance publique au service d’intérêts privés. » Lorsqu’elles invoquent la morale, ou la « moralisation du capitalisme » (qui est par essence amoral, sans morale du tout), c’est pure hypocrisie, pour détourner l’attention du désordre social, c’est un vœu pieu non suivi d’actions.

Or, une politique inégalitaire, injuste, qui favorise même les inégalités et engendre la pauvreté et la précarité, qui mène ainsi au désordre social, au développement de la violence, physique, verbale et comportementale (incivilité), de la délinquance, etc., développe aussi la peur et donc le besoin d’ordre, de protection, de sécurité. C’est pourquoi les gouvernements de droite qui promeuvent ces politiques gouvernent en même temps par la peur et favorisent les lois sécuritaires, répressives. « L’Etat pénitence mange l’espace et les moyens de l’Etat providence ». L’Etat gendarme enferme au lieu d’éduquer, lamine les libertés publiques au lieu de les protéger. Il a parfois même intérêt à nourrir la peur et fabriquer de l’insécurité, comme l’a fait l’administration Bush en fabriquant de fausses preuves démontrant la présence d’armes de destruction massive en Irak (on pourrait ajouter l’exemple des Roms, du discours de Grenoble de N.Sarkozy, rebondissant sur un fait divers pour associer insécurité et immigration et justifier une politique sécuritaire et d’exclusion). Or la peur de l’autre et le repli de protection sur des petits cercles de proximité, famille ou à défaut bandes de copains, sectes, … favorise le communautarisme ethnique et religieux (la quête du religieux retrouvant son sens premier, celui de relier les hommes), plus d’ailleurs par souci identitaire que motivé par la spiritualité et la foi.

La régression politique, traduite par des politiques de moins en moins au service de l’intérêt général et de la défense des valeurs républicaines, a aussi profondément atteint son fondement : la démocratie. « La presse ne joue plus son rôle de contre-pouvoir, les médias sont devenus une industrie marchande et un instrument redoutable de conditionnement psychique et d’embrigadement des masses, un authentique pouvoir mais sans le moindre contre-pouvoir »… « Les citoyens sont devenus plus bêtes, moins informés et moins autonomes ! Abrutis par la télévision, anesthésiés par la surconsommation, mal grandis dans un système scolaire sinistré par des décennies de néolibéralisme »… « La raison et la démocratie sont devenus des obstacles au déploiement de la cupidité des marchands et des gestionnaires de capitaux ». D’ailleurs beaucoup de citoyens ne s’intéressent même plus à la politique où l’on carrément rejetée par découragement et par dépit, par écoeurement des manœuvres politiciennes, des mensonges, des manipulations. Ils désertent les urnes et boudent la démocratie.

Face à ce constat, Jacques Généreux appelle les citoyens à un réveil, à une nouvelle Renaissance, celle du progrès humain.

 

2- Pour une nouvelle Renaissance, celle du progrès humain

Le titre de ce chapitre est prometteur. Hélas, sa lecture est décevante car plus que des propositions constructives nous indiquant un chemin à suivre pour faire évoluer le système vers un nouveau modèle, il est surtout un réquisitoire à l’égard des gouvernements qui se sont succédés dans ces trente dernières années, à gauche comme à droite, particulièrement critique envers les « pseudo-progressistes », les socio-démocrates, qui ont entretenu les mythes, qui se sont accommodés de l’économie de marché et en ont accéléré les effets dévastateurs en favorisant la dérégulation. Nos élites gouvernantes sont-elles atteintes d’une forme de « paralysie de l’entendement, d’asthénie de la pensée, d’aveuglement absurde » ? Ou bien sont-elles soumises au service d’intérêts particuliers d’une élite dominante ?

Quelques extraits (cités entre guillemets) :

Même ceux qui se proclament de « gauche », au Parti Socialiste, « dénoncent les symptômes mais pas la maladie, sans contester le système lui-même ». « Ils stigmatisent quelques méfaits de la mondialisation du capitalisme, mais pas le capitalisme ». Pas seulement les pseudo-progressistes en France mais aussi les Démocrates aux Etats-Unis, les travaillistes britanniques et toutes la social-démocratie européenne, n’ont rien fait pour contrarier la Grande Régression. « Ils l’ont même aggravée en Europe, en soumettant les nations, comme jamais, au dogme de la libre concurrence et au pouvoir de la finance »… « La gauche ne vise plus à transformer la société en vue d’un projet d’émancipation original ; elle cherche d’abord à gagner les élections ; elle vise ensuite la croissance économique nécessaire pour étendre les droits sociaux et la protection sociale »…

« Ainsi, à gauche comme à droite, la prospérité économique et l’expansion de la consommation deviennent les clés du bonheur des individus et de la société »… Finalement le clivage entre droite et gauche n’est plus si déterminant : « la gauche veut profiter de la prospérité pour réduire les inégalités, alors que la droite croit que trop d’égalité économique tue la croissance. Mais ce ne sont finalement que des débats techniques d’économistes ou de sociologues, qui portent plus sur les moyens que sur la philosophie et la finalité de l’action politique ».

Il est temps de mettre fin aux mythes et aux faux dilemmes :

- le mythe que « grâce à la croissance économique favorisée par le système capitalisme, le libre-échange mondialisé dans la compétition, soutenu par une financiarisation de l’économie, les individus pourront un jour satisfaire leurs besoins à satiété » ;

- celui que « chacun, tout en défoulant ses pulsions prédatrices dans la concurrence, contribuerait involontairement mais sûrement à l’abondance générale et, partant, à l’harmonie sociale » ;

- celui de « l’harmonisation spontanée des intérêts privés par les échanges, la pacification de rapports sociaux et internationaux par le doux commerce et le libre-échange, le marché libre autorégulé et dispensateur de tous les bienfaits individuels et sociaux ;

- « le faux dilemme, artificiellement construit sur une erreur anthropologique qui oppose les liens sociaux à la liberté, qui oppose la société à l’individu. Il convient au contraire de construire la liberté des individus grâce à la qualité et la diversité de leurs liens sociaux » ;

- enfin « le piège de l’Europe, qui souffre d’une démocratie affaiblie par des traités qui permettent d’établir des politiques publiques supranationales où les lois européennes priment sur les lois nationales, des lois initiées par la Commission européenne sans que les citoyens aient le pouvoir de les contester ou de les influencer par leur vote, des traités européens qui ont constitutionnalisé les politiques néolibérales, la libre concurrence généralisée, la libre circulation des capitaux et donc les pleins pouvoirs pour le capital ».

« Dans les faits, le capitalisme productiviste et le marché libre n’engendrent ni l’abondance, ni l’harmonie sociale »… »L’impasse productiviste, au lieu d’atténuer le dilemme engendré par l’impasse individualiste, ne fait que l’accentuer. Face à la déliaison sociale engendrée par le culte de la marchandise et de la compétition, les sociétés humaines retombent toujours sous l’attraction d’une restauration quelconque des liens sociaux, sous une forme communautariste ou étatique ».

 

Que propose l’auteur ?

Quelques lignes en fin du livre à partir de la page 267 : Une « nouvelle émancipation de l’humanité qui passe par une refondation anthropologique de nos conceptions de la liberté et de la société ». Une redéfinition de la liberté, qui ne serait pas « un désir d’autonomie au sens strict mais celui d’être libre de se lier aux autres, libre de choisir les modalités de son interdépendance naturelle avec les autres »… « L’émancipation passant par l’interaction ouverte des cercles relationnels, par le remplacement de liens aliénants par des liens qui libèrent ». Cette émancipation n’étant pas un mouvement naturel de l’humanité ; c’est un projet politique, un projet de civilisation ».

Pour cela l’auteur proclame que « la nouvelle république doit bannir autant le repli communautariste que l’homogénéité totalitaire (…) et s’engager dans le renforcement de tous les liens ». Une « révolution démocratique » qui devrait abolir la dictature de l’instant, de l’opinion et des médias imbéciles ou inféodés, qui devrait également nous prémunir contre le carriérisme politicien …

Il conclut qu’ « il ne reste quasiment plus un seul grand parti politique qui s’oppose à la régression. « Les citoyens ont le choix entre ceux qui organisent la régression, ceux qui l’accompagnent, ceux qui la déplorent comme une regrettable fatalité et les néofascistes qui font commerce du dégoût inspiré par les précédents. Pour autant il existe toujours des forces minoritaires dont l’offre politique pourrait, en théorie, répondre à la nécessité de bifurquer vers un autre chemin ».

L’auteur estime montrer par ce livre qu’une autre voie est possible et accessible. Qu’il suffit de le décider par son vote. Il ne cite à aucun moment le Parti de Gauche, dont il est co-fondateur avec Jean-Luc Mélenchon, mais l’appel au vote est bien évident.

Cependant, je reste sur ma faim concernant la description de « l’autre voie possible ».

 

3- Conclusion : une suite du livre sur les propositions alternatives ?

J’ai suivi l’auteur au fil de sa démonstration, de son argumentaire, sur son diagnostic, son constat des dérives destructrices et des dysfonctionnements du modèle de société actuel, que l’on peut appeler « néocapitaliste », déterminé sur le plan économique par l’économie de marché libre et concurrentiel dans la mondialisation et par le pouvoir des actionnaires, des détenteurs du capital, dont le moteur est le profit à court terme.

Concernant l’argumentation des causes de ces dysfonctionnements, je ne suis cependant que partiellement convaincue par l’auteur : il me paraît abusif d’attribuer les dérives du système au principe de « libre-échange » lui-même, de même qu’au pouvoir du capital. Le problème réside plutôt dans l’abus de l’utilisation de cet outil, dans la qualité des détenteur de ce pouvoir, de ce capital et dans les intentions de son utilisation, dans la mutation d’un capitalisme entrepreneurial visant une utilité économique et sociale vers une nouvelle forme de capitalisme, le capitalisme financier aboutissant à une financiarisation de l’économie, à une déconnexion entre les actionnaires et les entrepreneurs, entre les intérêts d’actionnaires financiers et ceux de l’entreprise, de son utilité sociale). Ainsi j’attribue les dérives plutôt aux excès, au manque de régulation d’un tel outil, ainsi qu’à une déculturation, une déresponsabilisation citoyenne, à un délitement des valeurs qui forge le lien social et l’adhésion aux principes de solidarité, à des contraintes et normes sociales (et environnementales) au profit de l’intérêt général.

Par ailleurs, je ne pense pas contrairement à ce que proclame l’auteur, qu’il y ait une volonté machiavélique d’une élite organisée, consciente des effets destructeurs du système, à le perpétuer, à développer chômage, précarité et inégalités, uniquement à son avantage. Je trouve nauséabonde une certaine théorie du complot de domination du monde (Trilatérale, Bildeberg, Le Siècle …) qui fleurit sur les blogs, qui entretient la peur et l’esprit de vengeance. Je déteste qu’on stigmatise des populations en faisant des amalgames, désignant d’une façon manichéenne les « bons » d’un côté et les « méchants » de l’autre, désignant les coupables : les riches, les banquiers, les médias, les hommes politiques, etc., faisant naître ou croître l’esprit de vengeance dans l’esprit des populations en souffrance, qui trouvent un défouloir aujourd’hui sur Internet, demain dans la rue et dans les urnes par un vote populiste de rejet qui ne sera pas forcément un vote d’adhésion à une reconstruction positive.

J’ai trouvé en conclusion du livre des recommandations visant à  renforcer tous les liens sociaux et à redéfinir la notion de liberté, mais je n’ai pas trouvé les réponses en termes de modèle alternatif et d’actions concrètes pour y arriver. Faut-il abolir le libre-échange tant décrié ? Faut-il sortir de l’Europe, mais comment peser sur l’ensemble du monde, comment inscrire un modèle de société national différent dans la mondialisation ? En s’en protégeant (protectionnisme) ou en généralisant un modèle expérimenté d’abord dans notre pays ? Faut-il imposer une nouvelle gouvernance aux entreprises ou les inciter à une recomposition de leur actionnariat et à un nouveau partage de leurs profits (fiscalement, réglementairement,…) ? Concrètement, que répondre au chômeur, à l’étudiant qui peine à trouver un travail et un logement, à l’agriculteur ou à l’éleveur qui subit de telles baisse de prix du lait ou de la viande qu’il ne couvre même plus ses frais et ne peux plus vivre de son travail ? Que penseront-t-ils de recommandations sur un modèle de société qui vise simplement « l’émancipation par les liens qui libèrent » et la nouvelle définition de la liberté ?

Et surtout, la question essentielle : sur quelles valeurs appuyer le modèle idéal, donnant la direction du projet de société ? Espérons qu’un prochain livre de Jacques Généreux apportera des réponses à ces questions.

Notons que, même s’il ne le dit pas dans ce livre, certains mouvements politiques aujourd’hui encore minoritaires, en dehors du Parti de Gauche et du Parti Communiste, ont fait ce constat des dérives du système tout en formulant des propositions d’évolution importante du modèle, en repriorisant les objectifs. J’en vois principalement deux: les écologistes et le Mouvement Démocrate. Ce dernier, dans le courant de pensée humaniste et démocrate porté par François Bayrou, a entamé une profonde réflexion de reconstruction, de propositions de réorientation des priorités et des moyens d’actions, en partant justement des valeurs et en remettant l’homme, le progrès humain, au centre du projet. Il décrit les axes de ce modèle dans son projet humaniste.

Il appartient à toutes les formations politiques de définir leurs valeurs prioritaires, leur projet de société, avant de décliner un programme. Alors, il sera passionnant de faire un véritable débat public sur ce thème du modèle de société, et cela pourra redonner au citoyen l’envie de l’engagement politique et l’espoir d’un monde meilleur !

 

Merci en tout cas à Jacques Généreux pour son intelligente et passionnante contribution !

 

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29/08/2010

Peut-on supprimer la spéculation ?

Face à la crise financière devenue économique, le diagnostic qui en est fait a posteriori par les professionnels, les économistes comme par les sociologues et les politiques, converge à la fois sur ses causes conjoncturelles (déclenchement par l’éclatement de la bulle financière spéculative des crédits immobiliers subprime américains, avec amplification grâce à la titrisation, négligence ou complicité des agences de notation, déficience de régulation, …) et sur ses causes structurelles (financiarisation de l’économie, culte du profit, spéculation à court terme, économie de marché non suffisamment régulée dans la mondialisation, diktat des marchés et des traders au détriment de l’économie réelle, …).

 

Nous sommes à présent dans la phase des propositions, des recherches d’alternatives. Si le capitalisme perverti par la financiarisation de l’économie, appelé « néocapitalisme », est fortement critiqué et offre à  la gauche un grand boulevard par retour brutal de balancier, personne ne propose cependant de revenir à un système communiste. Parmi les penseurs et économistes dits « de gauche » sont de plus en plus évoquées la suppression de la spéculation et la nationalisation des banques (Frédéric Lordon souhaite ardemment leur nationalisation à coût zéro lorsque leurs valeurs se seront effondrées suite au dénouement inéluctablement catastrophique de la crise des dettes publiques des Etats). Certains comme Paul Jorion prônent la suppression des « paris sur les prix » (ce qui signifie en langage financier les opérations à terme, les ventes à découvert, mais aussi les contrats de futures et d’options, de change, de taux ou d’actions, que les contrats soient réalisés en gré à gré ou sur marchés organisés, ainsi que les CDS, contrats d’assurance sur les risques de défaillance d’entreprises). Voir le très intéressant débat animé par Jean-François Kahn le 28 juin 2010 avec notamment ces protagonistes, sur le thème de la réforme du système financier international (environ 2 heures par tranches de 20 mn).

 

Pour répondre à la question « peut-on supprimer la spéculation », il convient de définir ce qu’est la spéculation, en quoi elle est utile ou nuisible, et sur ses aspects nuisibles comment elle peut être contenue, faut-il agir sur les spéculateurs, sur les produits financiers utilisés par les spéculateurs, sur les outils du marché (la bourse) ou encore sur les entités comme les banques, les hedge funds, où sont logées des activités spéculatives ? Comment le faire sans empêcher l’économie de fonctionner, sans nuire aux clients finaux qui utilisent la bourse et les produits financiers à des fins non spéculatives, mais pour se financer et couvrir des risques ? Ne vaut-il pas mieux décourager la spéculation par la fiscalité, en taxant les opérations spéculatives, les profits financiers et les bonus des traders ?

 

Qu’est-ce que la spéculation financière ?

 

On parle d’une opération financière ou commerciale « spéculative » lorsque cette opération a pour objectif de réaliser un gain d'argent en pariant sur la fluctuation des cours du marché. En fait c’est surtout l’intention de parier sur un prix et non la nature de l’opération qui importe, car une même opération peut être réalisée dans une autre intention, celle de couvrir un risque : par exemple un agriculteur qui veut garantir par avance le prix de vente de sa récolte de grain sans savoir quels seront les prix dans six mois, sans savoir quels seront les aléas climatiques. Face à lui, il trouve sur le marché un acheteur de grain qui souhaite aussi se prémunir de variations de prix, afin de garantir une stabilité de prix au consommateur final. De même une entreprise qui s’est financée à taux variable et souhaite se couvrir contre le risque de hausse des taux, pourra avoir recours à un contrat de future ou d’option de taux.

 

Supprimer les « paris sur taux ou sur prix » reviendrait à priver les clients finaux de ces avantages de couverture de risque. Il est donc préférable si on souhaite limiter la spéculation, d’autoriser ces clients à pouvoir utiliser ces instruments pour se couvrir.  Il est possible en revanche de limiter les interventions des acteurs sur les marchés, s’ils n’ont pas un objectif de couverture, mais le dispositif de validation et de contrôle risque d’être complexe, lourd et coûteux.

 

Faut-il supprimer les bourses ? Quelle est la différence entre les opérations de gré à gré et les opérations réalisées en bourse ou sur marchés organisés ?

 

Il y a deux façons de pouvoir recourir à ces instruments à des fins de couverture ou de spéculation :

 

-         faire une opération de gré à gré (OTC, Over The Counter, en anglais) avec une contrepartie, avec une banque (contrat entre deux contreparties garantissant un prix ou un taux convenu d’avance). Les swaps de change et de taux, les FRA (Forward Rate Agreements), les options, les CDS peuvent être conclus en bilatéral de gré à gré. L’inconvénient de ces contrats est d’une part la prise de risque par la contrepartie du client (la banque), qui elle-même doit se couvrir pour neutraliser le risque qu’elle prend, d’autre part l’opacité, la non transparence des positions prises (les régulateurs et les acteurs de marché, les banques elles-mêmes, étaient lors de la crise fin 2008 dans l’impossibilité de mesurer toutes les positions des CDS chez les banques et les risques pris par ces dernières entre elles, ce qui a accéléré la crise de confiance et donc de liquidité, les banques n’osant plus se prêter entre elles) ; les risques de ce types de contrats peuvent être éventuellement limités par des dépôts de garantie (collatéral) ;

-         faire une opération sur un marché organisé, une bourse d’échange de contrats où un acheteur. Ce type de marché (par exemple le CME, CBOT, le Liffe,…) a été d’abord créé pour les matières premières, les denrées alimentaires et agricoles, les métaux précieux, puis a été étendu aux devises (futures et options de change) et aux produits financiers d’actions, d’obligations, de bons du trésor. Chaque intervenant sur ce marché doit faire un dépôt de garantie, une avance de trésorerie, afin de payer les pertes éventuelles réalisées entre la valeur à laquelle il a traitée de contrat et la valeur quotidienne du marché (en sens inverse le compte est au contraire crédité). Si l’acteur ne peut plus continuer à payer, il est obligé de solder sa position et ne peut plus continuer à jouer. Tous les intervenants sont garantis de fait du risque de défaillance d’un autre intervenant de ce marché. De plus, toutes les positions des uns et des autres sont enregistrées, peuvent être connues des régulateurs. Pour traiter sur un tel marché, un client doit détenir un compte chez un compensateur (courtier, banque) qui lui-même détient un compte auprès de la chambre de compensation.

 

Pour les puristes, nous distinguons le terme de « bourse » et le terme de « clearing house » (chambre de compensation sur « marché organisé »). La bourse fait référence à la plate-forme sur laquelle se fait la négociation, la prise d’ordre à un prix entre un acheteur et un vendeur (front-office). Alors que la compensation est l’étape dite « post-marché » (back-office) qui réalise l’appariement des ordres pour valider l’échange entre le titre et le cash par exemple entre deux contreparties et enfin la comptabilisation en compte jusqu’au clearer, banque ou broker. Les dépôts de garantie (deposits) et les appels de marge quotidiens (margin calls) sont gérés par la chambre de compensation. Les bourses, comme les chambres de compensation, facilitent le marché, en sont un instrument, mais ne sont pas synonymes de spéculation. La spéculation s’exerce aussi bien via ces instruments que hors ces instruments en gré à gré. Les supprimer reviendrait à ne plus permettre aux clients de couvrir leurs risques même s’ils ne font pas de spéculation et les spéculateurs pourraient aussi continuer à spéculer en gré à gré …

 

Il est en tout cas préférable de passer par les marchés organisés plutôt que en gré à gré pour limiter les risques et garantir une transparence des positions. Malheureusement, tous les produits financiers ne sont pas traités par les marchés organisés. Ce n’était pas le cas des CDS par exemple. Il faut donc généraliser l’utilisation de ces marchés, créer de nouveaux instruments qui correspondent à ceux traités en gré à gré et répondant aux besoins de clients. Certains prônent la suppression des CDS. Alors qu’il est intéressant pour ceux qui détiennent des titres de pouvoir aussi se couvrir à la baisse sur ces titres. S’ils n’avaient pas l’outil CDS, ils n’investiraient pas tant dans ces titres. Cela pourrait raréfier la liquidité des titres souverains par exemple, alors même que les Etats ont besoin d’en émettre pour financer leur dette publique.

 

Qui sont les spéculateurs ? Sont-ils utiles au fonctionnement du marché ?

 

Les spéculateurs, qui parient sur des prix ou des taux en espérant gagner sur la différence de prix, peuvent être des personnes privées, ou des personnes morales (notez le paradoxe de la formule …) : des banques ou des fonds d’investissement spéculatifs (hedge funds ou private equity funds).

 

Pour qu’un client qui souhaite couvrir un risque trouve facilement contrepartie sur le marché, que ce soit en gré à gré (accord bilatéral) ou sur un marché organisé ou une bourse, il doit trouver un autre qui a envie de faire l’opération en sens inverse. Il ne trouve pas forcément à la minute un autre intervenant final, qui a aussi cet objectif de couverture. Des acteurs servent d’intermédiaire en acceptant de prendre position à un certain prix momentanément, acceptant aussi de faire des opérations en sens inverse. Ainsi, les banques, des courtiers (brokers) ou les teneurs de marché (market-makers), cotent en permanence des produits financiers ou de matières premières, avec une fourchette de prix (spread) affichant un bid/offer, à la fois un prix d’achat et de vente. Ces intervenants peuvent limiter leur position pour ne pas prendre trop de risque ou les couvrir sur des marchés équivalents en terme de risque (arbitrage). Ils gagnent ainsi globalement sur l’écart de prix appliqué au volume traité. Ces acteurs contribuent à la liquidité du marché, c'est-à-dire à sa fluidité, à la garantie pour les clients de trouver contrepartie face à eux. On ne peut pas qualifier cette activité de spéculation si les positions nettes sont relativement limitées, clôturées ou presque en fin de journée. Mais si une banque conserve des positions ouvertes importantes, elle prend un risque qui peut alors mobiliser des fonds propres, conformément aux exigences réglementaires de Bâle. Si ces fonds propres sont partagés avec des activités commerciales, une ponction sur ces derniers pour combler des pertes pourra nuire aux activités commerciales de la banque, l’empêchant de continuer son activité de prêts classiques aux clients, voire compromettre les dépôts des clients. C’est pourquoi il serait plus sain de séparer capitalistiquement les activités de banque commerciale/dépôt et les activités de marchés risquées. C’était l’objectif du Glass-Steagle Act qui avait été instauré aux Etats-Unis après la crise de 1929 et abrogé en 1999 lors de la vague de dérégulation des marchés. Cependant, le contexte a évolué et les opérations de marchés peuvent tout à fait être cotées aux clients par des banques commerciales, en couverture de prêts classiques faits pour les mêmes clients, en gré à gré, et être couvertes quasi systématiquement sur marchés organisés de préférence, sans pour autant engendrer des positions spéculatives en compte propre. C’est plutôt la logique qu’il faudrait à mon avis cibler : limiter les positions pour compte propre des banques. Ceci limiterait également la fonction de trader à une activité de vendeur clientèle et teneur de marché. C’est ce que j’ai préconisé dans cette chronique publiée sur LeMonde.fr.

 

En dehors des banques, qui ne sont pas forcément des spéculateurs si elle limite leurs positions ouvertes, ou le sont sans le savoir si elle ne contrôlent pas correctement leurs positions et leurs risques notamment en cas de fraude ou de dissimulation volontaire (affaire Kerviel), des spéculateurs purs peuvent jouer de leurs propres deniers sur ces marchés : les fonds spéculatifs, de même que des personnes privées. Faut-il interdire à ces acteurs de prendre des positions sur opérations financières si après tout ils ne risquent que leur argent ? Pour répondre, il faut être conscient de la nuisance potentielle de ces acteurs :

1-     Ils accélèrent la hausse ou la baisse de prix ou de taux en aggravant une situation (dette publique grecque par exemple). Les marchés sont moutonniers. Ce qui importe pour un spéculateur, ce n’est pas le prix réel économique du bien, c’est anticiper le prix que le marché attend. Il a tendance à suivre la tendance haussière ou baissière. Mais en vendant une valeur en baisse en vue de la racheter moins chère plus tard, il accélère sa baisse … Ce phénomène a été lourdement aggravé par la mise en place des trackers, des automates informatiques ;

2-     S’ils pèsent de façon importante sur le marché et ont traité en gré à gré avec des contreparties, des banques, une défaillance de ces acteurs met ces contreparties en risques (effet de domino, réaction en chaîne). Il est donc fortement déconseillé de permettre à une banque d’investir dans un fonds spéculatif et même de prêter à un fond spéculatif. Elle se met non seulement en risque sur ses fonds propres, mais également ses autres contreparties par effet de contagion, engendrant un risque systémique. Il faut dénoncer les situations déviantes où des banques ont prêté des fonds à des hedge funds qui en contreparties apportaient des fonds propres à ces banques créancières, sachant l’effet de levier important réalisé (la banque peut prêter en gros en moyenne 12 fois ses fonds propres pour respecter un ratio FP/engagements de 8%) !

3-     Autant un pays peut interdire les fonds spéculatifs chez lui, il ne pourra pas les interdire ailleurs et ces derniers pourront à leur gré réaliser des opérations dans le pays ou sur des produits financiers concernant le pays qui peuvent perturber ses marchés ou des entreprises du pays (spéculation sur la dette grecque, les CDS, etc.). Il est possible néanmoins d’interdire aux banques du pays de traiter avec des fonds spéculatifs, de même qu’avec les paradis fiscaux, les Etats dits « non coopératifs ».

 

Faut-il nationaliser des banques ? La nationalisation des banques est-elle une solution contre la spéculation ?

 

Le raisonnement sous-jacent à la théorie de ceux qui prônent la nationalisation des banques est la suivante : la spéculation financière est la cause du développement et de l’éclatement des bulles financières, ainsi qu’un facteur aggravant des crises. La spéculation financière est exercée par les banques, encouragée par la recherche effrénée du profit, par les traders dont c’est l’objectif, ainsi que par les actionnaires dont l’objectif est celui d’une rentabilité financière maximale à court terme. Si les actionnaires étaient l’Etat, ce dernier serait mandaté pour avant tout satisfaire un objectif de service public d’intérêt général, qui est de fournir à des clients de la liquidité, des financements, des opérations de change, des produits de placements, à un prix raisonnable. Mais pas pour faire du profit.

 

Le problème, c’est que ce raisonnement, partiellement exact, ne tient pas sur plusieurs aspects :

1-     Le point qui peut valider cette théorie est que l’Etat va interdire à son établissement de spéculer pour son compte. Ce n’est pas sa vocation de spéculer. Il ne cherche pas à prendre des risques au-delà de ceux nécessaires pour rendre service aux clients. Cependant, cette interdiction de spéculer pourrait très bien être faite à des banques sous capitaux privés, au travers de la réglementation, sans les obliger à être sous capitaux publics;

2-     la prise de risque exercée par un établissement bancaire qui prête à un client, qui s’engage financièrement vis-à-vis de ce client (cela peut-être aussi sur des opérations de couverture de change ou de taux), exige une rémunération répondant à une logique d’assurance, basée sur des statistiques, basées sur la connaissance du client. Si l’Etat cherche à favoriser tel secteur de l’économie, tel acteur, au mépris des critères de risque et de rentabilité, il y a réel danger que d’une part il y ait confusion ou collusion  entre les intérêts politiques et l’intérêt de la clientèle, du favoritisme (soutien d’entreprises ou de personnes qui elles-mêmes soutiennent le parti au pouvoir, ou satisfaisant des élus locaux) et une déresponsabilisation en termes de prise de risques. C’est en fait ce qui s’est passé avec le Crédit Lyonnais, les participations que la banque avait prises directement ou au travers de Altus Finance, une filiale spécialisée, avec l’incitation de son président de l’époque, Jean-Yves Haberer, qui était en ligne directe avec le ministre des finances Pierre Bérégovoy. Le gouvernement, grâce à son outil financier, s’est lancé dans la « banque-industrie », insistait pour soutenir certaines entreprises, certains secteurs. Cette politique a mené au désastre qui a coûté environ 100 milliards de francs (15 milliards d’euros, 8 en net après prise en compte des recouvrements et de la privatisation) au contribuable. Ce n’est pas en soi  la spéculation qui a mené la banque à la faillite, mais des investissements risqués et mal gérés … Nous avons déjà vécu l’expérience du système bancaire nationalisé et ce n’est pas la panacée. Dans les pays qui ont nationalisé des banques de manière quasi forcée, quand l’Etat est venu à leur secours pour les recapitaliser, en Finlande dans les années 1990 comme récemment en Grande Bretagne, c’était plutôt considéré comme une situation provisoire. L’Etat peut en tant que régulateur imposer aux banques des contraintes, limiter leur activité spéculative, la taxer. N’est-ce pas suffisant sans en arriver à un système collectiviste d’économie étatisée ?

3-     La nationalisation du système bancaire serait de plus extrêmement coûteuse, si l’Etat devait racheter les actions des banques à leur prix actuel. Attendre que leur prix baisse en souhaitant la ruine des banques comme le fait Frédéric Lordon me paraît sinon illusoire, irresponsable.

 

Il faut aussi remettre l’activité financière et bancaire dans son contexte global mondialisé. Toute décision fiscale ou réglementaire peut inciter des acteurs à s’installer ailleurs pour exercer ses activités, de même que les clients peuvent recourir à des services bancaires off-shore, de même que traiter sur des bourses ou marchés étrangers. Comme pour traiter le problème des paradis fiscaux, ces questions de régulation financière et de fiscalité de ces activités devraient être abordée par la communauté internationale. Malheureusement, même si le G20 a multiplié les annonces, les intentions, il n’a pas été très efficace.

 

Certains pays ont pris l’initiative : Angela Merkel a interdit en Allemagne les ventes à découvert. Barack Obama et son équipe ont réussi à faire voter au Congrès une réforme financière aux USA qui limite l’activité pour compte propre des banques en les obligeant à loger certaines activités (swaps sur matières premières, CDS)  dans des filiales séparées et capitalisées, limitation de la participation des banques dans les fonds spéculatifs, obligation à passer les opérations dérivées de gré à gré sur des chambres de compensation,…). L’Union européenne à la peine est en retard mais va probablement aller dans le sens des mesures américaines qui, même si elles présentent des « trous d’air », sont une avancée pour non pas supprimer, mais au moins contenir la spéculation financière et limiter les risques.

 

Conclusion :

 

Il n’est pas raisonnable et illusoire de penser que l’on puisse supprimer complètement la spéculation. La spéculation n’est pas nuisible si elle est limitée, contenue, par la réglementation, par une redéfinition du rôle des banques, en interdisant aux banque commerciales ou de dépôt non pas de faire des opérations de marchés avec leur clients mais en limitant l’activité de trading en compte propre sur ces instruments et en se couvrant auprès des marchés organisés qu’il faut étendre en termes d’instruments, notamment concernant les CDS. Il faut leur interdire aux banques de prêter aux fonds spéculatifs, de faire avec ces derniers des opérations de gré à gré de même que prendre des participations à leur capital. Pour tous les acteurs, l’interdiction des ventes nues à découvert, décidée par l’Allemagne est une bonne mesure également pour limiter la spéculation nocive. Par ailleurs, une fiscalité spécifique sur les activités spéculative, sur les profits de marché ou sur le trading compte propre, peut aussi être un facteur dissuasif à la spéculation. Une taxation de type « taxe Tobin » sur les transactions financières est un « grain de sable » qui peut rendre moins attrayant les opérations spéculatives à petits gains (sur les automates notamment) qui multipliées en grand nombre accélèrent les effet haussiers et baissiers des marchés, donc leur volatilité et leur instabilité. Cette taxe peut en même temps être une ressources utilisée comme fonds d’assurance risque ou à d’autre fins.

 
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