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12/10/2011

Montebourg, à la fois proche et loin de Bayrou

Figurez-vous que j’apprécie à la fois François Bayrou et Arnaud Montebourg. Et je ne suis pas la seule au MoDem. Cela peut paraître schizophrène, car l’un est censé représenter le centre et l’autre la gauche du PS. Pourquoi ?

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Il y a sans doute un côté mousquetaire, Robin des Bois, tribun, bon orateur, conquérant et courageux dans ces deux hommes. Mais aussi des convergences sur le contenu de leurs propositions (je précise que j’ai lu leurs livres et écouté leurs discours) :

1-     sur les institutions, la 6ème République, une garantie de séparation des pouvoirs, plus de pouvoir au Parlement avec une meilleure représentativité des citoyens (dose de proportionnelle), une plus grande implication citoyenne dans la politique, une limitation du cumul des mandats,… Arnaud Montebourg a fondé en 2001 la Convention pour la 6ème république et François Bayrou s’y est engagé aussi dans son projet présidentiel 2007 pour une 6ème république ;

2-     Sur la lutte contre la corruption, contre les paradis fiscaux et contre les affaires qui pourrissent la République : Montebourg a comme Bayrou dénoncé les abus de pouvoir, les atteintes à la démocratie, les conflits d’intérêts et les abus de bien public, notamment sur l’affaire Guérini où il a eu le courage de dénoncer les affaires en s’opposant à son propre clan, à la résistance de Martine Aubry prise dans la solidarité d’appareil ;

3-     sur la priorité à donner à l’éducation (même si sur les propositions je préfère celles de François Bayrou, qui dépassent les questions de moyens qu’il faut sanctuariser, en proposant des méthodes qui marchent, en impliquant plus les enseignants, en proposant une école des parents etc.) ;

4-     sur la finance : la volonté de remettre la finance au service de l’économie en limitant la financiarisation excessive de l’économie trop soumise aux marchés financiers, séparation des banques de dépôt et des banques d’affaire et/ou limitation de la spéculation pour orienter l’utilisation des fonds propres vers les crédits à l’économie, la clientèle (c’est François Bayrou qui a proposé le premier en 2008 de mettre en place une telle mesure, comme celle du Glass Steagall Act américain). Mais François Bayrou n’emploie pas un ton accusateur à l’égard des banques et des banquiers, contrairement à Arnaud Montebourg ;

5-     Enfin sur le protectionnisme européen, ils prônent tous deux un échange loyal, c'est-à-dire l’exigence d’un respect de normes environnementales, sanitaires et même sociales imposant une application à tous les produits vendus en Europe plutôt que limitée aux produits fabriqués sur le sol européen. La taxe carbone européenne par exemple. J’en ai fait part dans ce précédent article intitulé « La démondialisation d’Arnaud  Montebourg, qu’en pense François Bayrou ? » et dans celui-ci intitulé « Démondialisation, protectionnisme et sortie de l’euro ». Même s’ils n’emploient pas les mêmes mots, François Bayrou refusant le terme de « protectionnisme », lui préférant « l’échange loyal », refusant aussi le concept trompeur de « démondialisation », et n’adoptant pas un ton accusateur notamment à l’encontre de la Chine. François Bayrou relativise aussi les choses en revenant aux vraies causes de nos pertes d’emplois industriels. D’après ce rapport de Bercy sur « La désindustrialisation en France », seuls 13% des pertes de nos emplois industriel sur les trente dernières années sont dues aux délocalisations, alors que 28% proviennent de l’amélioration de la productivité et de plus le commerce extérieur de la France est pour 60% avec nos partenaires de l’UE. Il faut donc avant tout redéployer notre tissu industriel, protéger des secteurs de l’économie en produisant plus pour créer des emplois. L’enjeu est surtout là et non dans le protectionnisme. De plus, un protectionnisme européen appliquant une taxe à l’importation aux frontières de l’Europe, même si elle compense une insuffisance environnementale, sociale ou une sous-évaluation monétaire (comme le Sénat américain vient d’approuver un projet de loi visant à pénaliser la sous-évaluation du Yuan), reste dépendant de décisions de niveau européen avec nos partenaires, risque d’être incompatible avec les règles de l’OMC (qu’il serait préférable de revoir), et ne manquera pas en retour se subir des mesures de rétorsion sur nos exportations (sachant que 1 emploi sur 4 en France dépend des importations.

 

En revanche, le point qui éloigne plus François Bayrou d’Arnaud Montebourg est la question des finances publiques, de la limitation de la dette et des déficits. François Bayrou  a été le premier à avertir des grands dangers que courait le pays en laissant filer ses déficits, cumulant une dette publique insoutenable, qui accroît notre dépendance à l’égard de la finance et des marchés, qui ronge notre croissance (une charge financière à 50 milliards, absorbant tout l’impôt sur le revenu, 2,5% du PIB), qui pèse sur le futur de nos enfants, ne nous donnant aucune marge de manœuvre en cas de crise. Arnaud Montebourg lui prétend que ce n’est pas prioritaire, qu’endiguer le déficit est une mesure libérale et justifie des plans d’austérité nuisibles à la croissance et à nos services publics. Pourtant, si nous n’arrêtons pas là, nous allons droit vers une faillite comme la Grèce, ce sera pire encore pour les Français …

Ce que François Bayrou reproche surtout à Arnaud Montebourg, c'est de faire croire que nos problèmes viennent d'ailleurs et pas de chez nous : faute au capitalisme, aux marchés, aux banques ... d'où la thèse de la démondialisation et du protectionnisme. Alors que les problèmes sont chez nous, notre industrie perd des secteurs entiers. Et le déficit de nos échanges extérieurs vient essentiellement des pays de l'UE, bien plus que de la Chine. L'Allemagne, les Pays-Bas, les pays scandinaves arrivent eux à s'en sortir, ont moins de chômage, une balance extérieure excédentaire, et des niveaux de vie similaires aux nôtres. Il ne faut pas se leurer ! On ne peut pas attendre que le capitalisme mondial soit réformé et l'Europe d'accord sur une régulation de ses échanges plus loyale pour sortir le pays de cette crise.

Voir son intervention aujourd'hui sur LCP et ses priorités pour la France : produire-instruire-construire

En fait, le discours d’Arnaud Montebourg est beaucoup plus offensif et révolutionnaire (et même réservé à l’égard d’un rapprochement avec François Bayrou) que le contenu de ses propositions qui s’inscrivent plus dans une évolution réformiste que dans une révolution ou un changement de paradigme : plus de régulation, plus de justice sociale et fiscale et aussi plus d’Europe (même s’il se vante d’avoir voté non au référendum constitutionnel). En ce sens Arnaud Montebourg est un homme ambivalent, … et talentueux !

21/06/2011

Démondialisation, protectionnisme et sortie de l’euro

La "démondialisation" fait débat. Terme médiatisé par Arnaud Montebourg, ce néologisme mérite d'être défini et nuancé car recouvre plusieurs concepts, tels que protectionnisme (de quel type ?), sortie de l'Union européenne ou de l'Euro, relocalisation d'activités, recours à d'autres formes d'organisation économique ou entrepreneuriales,...

Or si les acteurs du débat entendent des concepts différents derrière ce mot, le discours est faussé, le conflit exacerbé, la discussion difficile. Ne mélangeons pas tout et apaisons ce débat, intéressant et indispensable dans la campagne présidentielle qui s'annonce !

Comme le disait récemment Jacques Attali invité par François Bayrou, « les deux questions clés de l'élection présidentielle porteront sur la vision du monde (et de l’Europe) et sur la vision de l'Etat » :

- comment résister aux forces de la mondialisation, au dumping monétaire, à une concurrence parfois jugée déloyale (dumping social et environnemental), avec ses conséquences sur les emplois (délocalisations) ?

- comment réguler la mondialisation, établir des règles acceptées de tous en matière d’accès aux ressources et de protection de l’environnement ? Comment interdire vraiment les paradis fiscaux et contrer les mafias internationales ? Au travers d’une gouvernance mondiale renforcée (et cependant démocratique) ou au travers d’un repli de la nation sur elle-même en fermant les frontières, en sortant de l’Europe, de l’Euro ?

- quel pouvoir reste à l’Etat ? Quelle prise a-t-il sur l’Europe, sur la mondialisation, sur la croissance économique, sur nos entreprises et nos emplois ?

 

En effet, les Français se rendent bien compte des conséquences de la mondialisation sur leurs emplois, par l’effet des délocalisations d’activités : depuis 1980, l’industrie française a détruit près de 2 millions d’emplois. Un document de Bercy estime que, entre 2000 et 2007, 63 % de ces destructions sont le fait de la concurrence internationale. Par exemple PSA et Renault n'ont produit que 29,7% de leurs automobiles sur le sol français en 2010 (...) » A noter que si Peugeot affiche 37,2% et Citroën 36,8% de véhicules assemblés en France, Renault dont l'état est toujours actionnaire n'en a produit que ... 26,4% ! (source : l'Auto Journal n°824 du 10 mars 2011).

Un sondage IFOP sur "Les Français et le protectionnisme" a été récemment publié sur le site "Pour un protectionnisme européen", réalisé à l’initiative d’un collectif qui fait la promotion du protectionnisme. Clairement, comme le résume cet article sur Agoravox, les Français approuvent à 65% le principe du protectionnisme, en tout cas sur les questions telles que posées.

Ces questions sont brûlantes et divisent les partis, au sein de la gauche (JL Mélenchon prône la sortie du traité de Lisbone, s’affranchir des règles européennes qui imposent aux politiques un carcan néolibéral, Arnaud Montebourg médiatise le concept de démondialisation ») et aussi au sein de la droite (Front National protectionniste à fond et pour une sortie de l’Euro et de l’UE, Nicolas Dupont-Aignan avec Debout la République aussi). Il semble que les lignes de clivage ne sont plus gauche-droite mais les anti-mondialisation et anti-euro face aux autres. Cependant, on trouve plusieurs nuances dans ces visions : « démondialisation » ne veut pas dire sortie de l’euro (Arnaud Montebourg ne va pas jusque-là) et peut signifier « relocalisation des activités, avec plus ou moins de dispositif protectionniste. De même le protectionnisme peut être très poussé et aveugle, avec une forte taxe dissuasive aux frontières, il peut être « éclairé » (terme de Maurice Allais), pour compenser une concurrence déloyale, par exemple le dumping monétaire de la Chine sur le Yuan, ou encore sociale ou environnementale si le pays ou la société exportatrice exploite ses travailleurs sans couverture sociale ou produit sans respect de normes environnementale. Dans ce cas, il faut savoir si on prône une telle taxe aux frontières de l’Europe sans pour autant sortir de l’Europe, ou aux frontières de la France. La question de l’euro (sortie de l’euro sans sortir forcément de l’UR) est aussi une autre question. Il ne faut donc pas tout mélanger !

Or les débats actuels, les invectives parfois violentes (comme récemment sur Mediapart avec Jacques Sapir, Pierre Khalfa et d’autres) ne permettent pas d’expliquer et différencier ces sujets, pour discuter dans un climat apaisé. Même Philipe Cohen dans Marianne2 interpelle François Bayrou, suite à son intervention sur France Inter lundi 20 juin 2011 :
« François Bayrou, réglait la question en un coup de cuillère à pot : la démondialisation, selon lui, ce n'est pas sérieux puisque seules l'extrême droite et l'extrême gauche en parlent. Bayrou, lui parle de régulation. Comme Nicolas Sarkozy. Comme François Hollande. Comme François Fillon. Comme Dominique de Villepin. Comme Jean-Louis Borloo. »

En fait François Bayrou avait dit :
« "La thèse de la démondialisation exposée par les deux extrêmes est un mensonge. La seule question que nous devons nous poser, c'est comment la France peut-elle continuer à produire?' L’Allemagne montre qu’on peut parfaitement produire et exporter en étant un pays de la zone euro, et donc améliorer le niveau social du pays", a-t-il souligné. "Je plaide pour une France forte et productrice ! »

Mais il a parlé un peu trop vite en assimilant la « démondialisation » à la sortie de l’Euro et de l’Europe ... Car en fait le Mouvement Démocrate défend l’euro et alerte sur les dangers d’une sortie de l’euro, qui renchérirait tant notre dette (15 milliards d’euro en plus de déficit public annuel pour une hausse de 1 point du taux, donc pour une hausse de 3%, ce qui serait le cas, l’équivalent de la totalité de l’impôt sur le revenu !). Mais par ailleurs, le Mouvement Démocrate prônait déjà en 2009 dans sa campagne européenne la réciprocité équitable des échanges entre l’Europe et les pays émergents, notamment la Chine (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, par exemple pour obtenir des marchés de construction en Chine, ou pour acheter des entreprises chinoises) et une fiscalité équitable aux frontières de l’Europe en cas de dumping de pays ne respectant pas les normes internationales en matière sociale, sanitaire ou environnementale (ce que propose aussi maintenant le Parti Socialiste dans son projet pour 2012), de même s’il y a un dumping monétaire... Appliquer ainsi aux autres les règles que nous nous appliquons à nous-mêmes en Europe et en cas de non respect, justifier d’une interdiction ou d’une pénalité. Ce qui n’est pas du « protectionnisme » qui lui consiste à pénaliser les autres sans pour autant que l’on s’applique la pénalisation à soi-même.

De plus, la mise en place d’un droit de douane « social et environnemental » sur les pays ou sociétés ne respectant pas les normes européennes que nous nous appliquons à nous-mêmes, supposerait :

1- La mise en place d'une norme internationale de minimum social et environnemental

2- Une application de cette taxe à la frontière avec un certain discernement. Cette taxe doit être juste et ne taxer que les produits ou service ne respectant pas la règle. Donc pas une taxe unique sur tous les produits chinois (sauf si on ne tient compte que d’un dumping monétaire, ayant une estimation de la sous-évaluation de la monnaie).

3- La possibilité d'en vérifier le respect. Il faut des agences de rating social et environnemental ! Autant on peut l'imaginer pour des grosses sociétés cotées par exemple, dont il faudrait compléter le rating existant qui est focalisé sur la rentabilité et les risques dans un but boursier, autant c'est plus difficile pour les petites sociétés. Comment vérifier ? A quel coût ?

Pour parler d'une "humanisation de la mondialisation", il faudrait réserver cette taxe pour financer les deux points ci-haut et mettre le reste dans un fonds qui aiderait les pays dont on a importé la marchandise à améliorer sa protection sociale et environnementale. Ainsi, l'argent taxé serait vraiment destiné dans son but premier, qui est le respect de l'homme et de l'environnement, incitant le pays à appliquer la norme de protection pour éviter la taxe, au bénéfice de son peuple. Utiliser cette taxe pour simplement réduire notre déficit détournerait l'intérêt de l'objet initial et ne serait pas inscrit dans une démarche humaniste, mais démagogique.

En fait, au-delà de l’intérêt égoïste mais néanmoins légitime de la protection de nos emplois pour éviter les délocalisations, la grande question est celle-ci :

« Mettre sur un pied d’égalité le commerce, l’environnement et le social »

L’OMC ne devrait plus pouvoir décider des négociations sur le libre-échange et sur la concurrence sans le FMI (dumping monétaire), sans l’OIT (normes de protections sociales et du travail) et sans les instances internationales donnant les normes de protection de l’environnement (en attendant une véritable une agence internationale de l’environnement). De même pour l’Europe vis-à-vis de ses partenaires extérieurs.

C’est l’idée que défend le Comité Pauvreté et Politique (petit think-tank dont l'objet est de lutter contre la pauvreté et de remettre l'homme au centre), avec ses recommandations :

ð Mettre sur un pied d’égalité le droit du commerce international, le droit de l’environnement et le droit social,

ð Harmoniser entre elles les négociations internationales,

ð Promouvoir la justice sociale dans le nouvel ordre mondial.

Les toutes récentes déclarations de N.Sarkozy et de Ban-Ki-Moon vont dans ce sens. Mais il faut être plus précis et concret sur la manière de le faire. Et relier cette question internationale, qui a trait à la gouvernance mondiale, à la question de protection de notre économie locale, à la question du protectionnisme (et lequel ? Sous quelle forme) qu’il ne faut peut-être pas nommer protectionnisme s’il s’agit d’une régulation équitable du libre-échange.

 

 

 
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