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26/06/2012

François Bayrou l’incompris

Après son échec relatif aux élections présidentielles  et la défaite de presque tous ses candidats aux législatives sauf deux, l’heure est au bilan pour François Bayrou : analyse des causes avant de penser au futur, remontée des rancœurs des militants, et le goût amer de voir les coucous pseudo-centristes ralliés à la droite prétendre s’installer dans le nid encore tout chaud d’un Centre revendiqué « à droite ». Comme eux avec la protection de l’UMP, EELV a négocié avec le PS et réservé ses places en s’assurant de ne pas avoir de concurrent PS aux législatives, pour avoir un groupe à l’Assemblée, alors que son candidat aux législatives, Eva Joly, avait fait un score bien inférieur à celui de François Bayrou (2,31% contre un malgré tout honorable 9,13%).

Pourquoi cet échec ?

Alors que François Bayrou est estimé pour ses analyses justes, pour ses propositions constructives et réalistes (sur l’équilibre des finances publiques sans sacrifier la croissance, sur l’éducation, sur la moralisation de la vie publique notamment), pour les valeurs qu’il prône (socle de la république, démocratie, solidarité et justice, responsabilité, valorisation de la création et du mérite). Les derniers sondages avant la présidentielle le donnaient au top de la cote de popularité, de confiance et de qualité des propositions. Cependant, les intentions de vote ne suivaient pas avant le premier tour, alors qu’il n’avait pas annoncé son vote personnel en faveur d’Hollande pour le second tour. L’annonce de ce vote, pourtant bien expliquée par François Bayrou sur la question des valeurs, n’a pas été comprise par une partie de son électorat traditionnel, interprétée comme un ralliement au PS (alors qu’il n’en était rien). Or l’annonce d’un vote pour Sarkozy aurait été également mal comprise, de même que celle d’un vote blanc, sachant qu’au second tour des présidentielles les électeurs de Bayrou se sont répartis à tiers quasi-égal entre les trois choix. Le résultat aurait probablement été le même, sauf pour lui-même s’il avait négocié avec l’UMP ou le PS une non concurrence sur sa circonscription. Au moins François Bayrou n’a pas renié ses valeurs et prouvé son courage, même s’il a sacrifié son poste de député.

En tout cas une chose est claire : l’engouement n’était pas le même qu’en 2007, la crise est passée par là, les positions se sont radicalisées avec la montée des extrêmes à la fois sur la gauche et sur la droite, au détriment du centre. Les trois prétendants à la présidentielle ont été évincés : Sarkozy, Royal et Bayrou. La bipolarité s’est à nouveau imposée, la chambre rose a remplacé la chambre bleue. La crise est encore là et plus encore devant nous, les belles promesses seront difficiles à tenir et le retour à la réalité va s’imposer.

La leçon de l’histoire :

-          le courage ne paie pas. En tout cas pas à court terme. Préférer défendre ses valeurs et ses idées que se vendre pour des postes ou se rallier par avance en sacrifiant ses idées, en effet, cela n’est pas payant dans le contexte de nos institutions et du vote majoritaire ;

-          François Bayrou avait fait un pari risqué : celui de dire la vérité (au sens de la réalité des faits et du pragmatisme des solutions) et d’être compris par les Français. Même si les élus, pris par leurs appareils, leurs investitures, n’osaient par franchir le pas de lui apporter leur soutien malgré un accord sur le fond, les électeurs eux-mêmes se chargeraient de les faire changer d’avis en lui donnant leur confiance lors de l’élection présidentielle. Pari perdu. Les Français n’ont pas compris. Ils n’ont pas voulu de la vérité, de l’appel aux efforts pour vaincre les temps difficiles, et ont préféré les promesses intenables et l’illusion plus confortables, et tant pis si le déficit public continue de filer, la dette déjà abyssale de s’enfler encore … après tout on a vécu longtemps comme cela, continons comme avant.

Certains déçus du Mouvement Démocrate parlent d’erreur de stratégie, renoncent à croire que l’on peut faire bouger les lignes, retombent dans le cynisme politicien, prônent de se ranger à la loi de la bipolarité en ralliant soit la droite, soit la gauche.

Certains font remonter les rancœurs : lacunes d’organisation et de communication, manque d’écoute des militants, manque de moyens, direction trop autocratique, François Bayrou mal entouré ou trop mis en avant dans les médias au détriment de son entourage … Certes, on peut toujours mieux faire. Le Modem est un parti récent qu’il a fallu construire, avec peu de moyens, mais je ne pense pas que ces questions internes soient la raison de l’échec électoral. Le goût amer de la défaite pousse à désigner des coupables, à rejeter hors de soi la marque de l’échec pour s’en laver, ne pas porter la faute. Exactement comme en temps de crise on désigne facilement à la vindicte du peuple des causes extérieures, des boucs émissaires. C’est mortel car au lieu de se serrer les coudes pour renforcer collectivement le groupe, on l’affaiblit et on introduit un poison de méfiance.

Pour enfoncer encore plus l’animal blessé, voilà que Mediapart s’en mêle avec sa Cruella de service, Valentine Oberti, qui a trouvé la géniale idée de « s’interroger » sur le label suspect du « Centre pour la France », utilisé à la place du Mouvement Démocrate pour les candidats aux élections législatives, qui serait (bien sûr ça n’est qu’une « hypothèse » !) une coquille toute trouvée pour organiser la liquidation financière d’un Modem supposé endetté (alors qu’il ne l’est pas, facile à vérifier), orchestrée en loucedé par la bande des 6 de Bayrou, bref que Bayrou est en train de se tirer avec la caisse !

Je ne dis pas que cette décision rapide avant le dépôt des candidatures ait été de toute transparence, en effet elle méritait d’être mieux expliquée. Mais Mediapart fait là un procès d’intention indigne et dépassant son rôle journalistique d’information et d’investigation, sombrant dans une autre catégorie de presse malveillante. Curieusement d’ailleurs, Cruella n’a rien dit de l’URCID, créée dans les mêmes conditions juste avant le dépôt des candidatures par Jean-Louis Borloo et une autre bande des 6, pour une affiliation financière des candidats, qui eux ont démontré moins de transparence car n’ont même pas annoncé cette affiliation à leurs électeurs, le terme URCID leur étant parfaitement inconnu !

Ceci démontre une volonté farouche d’éliminer Bayrou, non seulement de le mettre à terre mais de le tuer, de salir sa réputation d’honnête homme. Mediapart ne cache pas son positionnement à gauche, très à gauche. On aurait attendu un article pour saluer la position de Bayrou, son courage d’avoir annoncé son vote en faveur de Hollande, et rien, pas une ligne, seul mon article de blog en a témoigné sur le site.

Une volonté aussi de prétendus intellectuels bien-pensants (comme Jean-Marie Colombani à la veille du premier tour des présidentielles en 2007 avec son éditorial du Monde) d’éliminer un centre indépendant, l’idée dérangeante d’une « majorité centrale » qui pour certain est « anti-démocratique » car empêche l’alternance et risquerait de figer la position centrale entre des partis extrêmes devenus impuissants (voir le dernier éditorial de Jacques Julliard dans le dernier Marianne, « lettre à Jean-François Kahn sur un centrisme imaginaire »). Décidément, les représentations mentales sont tenaces ! Comment encore simplifier et catégoriser ainsi une "droite" en y assimilant FN et UMP (qui se sont rapprochés sur des questions d'immigration et de frontières, de valeurs conservatrices contre le mariage homosexuels ou sur le cannabis, en même temps que très éloignés sur la politique économique, l'Europe) ou en y assimilant PS, écologistes et extrême gauche (qui prônent des valeurs communes d'égalité et de solidarité, de liberté des mœurs, en même temps qu'éloignés aussi sur la politique économique, le nucléaire et d'autres sujets).

Décidément, François Bayrou dérange. Pourtant il dit vrai, ses analyses sont justes, ses propositions certainement les mieux à même de nous sortir vraiment de la crise et d’unir le pays dans l’effort. D’ailleurs ses idées seront forcément appliquées mais sans doute plus maladroitement par le gouvernement confronté à la réalité.

Les Français n’ont pas voulu entendre la vérité, la réalité des faits, le réalisme des propositions.

Les Français aiment être bercés d’illusions. Ils aiment qu’on leur désigne des coupables, des boucs émissaires : Europe, Euro, Chine, mondialisation, banques, finance, riches … et sont donc tentés par les explications « faciles » et des solutions simplistes et souvent contre-productives ou induisant de graves conséquences (sortie de l’euro, protectionnisme, création monétaire,…). Alors que nos pertes d’emplois et la chute du niveau scolaire sont surtout dues à nos propres faiblesses qu’il faut savoir affronter et corriger.

La presse et les médias ont préféré continuer à traiter la politique comme un terrain de jeu d’affrontement, comme le football à deux équipes, comme une émission de téléréalité. Mediapart ne fait pas exception.

Les Français d’ailleurs ne lisent pratiquement plus la presse ou zappent les nouvelles des JT, sans approfondir, sans se rendre compte de ce qui se passe, de ce que d’autres sont en train de décider pour eux. Après tout, ils ont élu des gouvernants qui ont laissé filer pendant trente ans ces déficits cumulés dans une dette devenue presque insurmontable, dont les intérêts seuls sont égaux au total de l’impôt sur le revenu, devenu le premier poste budgétaire avant l’éducation, 2,5% du PIB, autant qui aurait pu être employé en croissance, en création d’emplois, en dépenses utiles. L’Etat protecteur est là et veillera au grain, croient-ils !

Mais un jour, ils vont se réveiller ! A nouveau ils diront « Bayrou avait raison » …

14/09/2011

IL Y A CENT ANS, LA JEUNE REPUBLIQUE OUVRAIT UN CHEMIN

La JR (Jeune République), conçue fin 1911, et née officiellement le 1er juillet 1912, n'a jamais été un grand parti. Mais quel incroyable apport à la société et à la vie politique française ! Quel souffle ! Elle est méconnue des jeunes générations. Dommage. Cela peut changer avec cette nouvelle soif de repères et d'exigences morales politiques. Connaître son histoire nous conduit au Mouvement Démocrate qui, en fin de compte, est son héritier.

 

Marc Sangnier, Maurice Schumann, l'abbé Pierre, Jacques Delors. Il faudrait ajouter Germaine Malaterre-Sellier, Léo Hamon, Eugène Claudius-Petit, Anicet Le Pors, Georges Montaron et tant d'autres. Ces personnalités, si fortes et si différentes, avaient ou ont encore cette "âme commune", puisée dans leur formation politique à la Jeune République. "La Jeune République, c'est la filiation directe du Sillon", explique Jean Chappet, un ancien de la JR, aujourd'hui adhérent MoDem du Havre. "Le rayonnement et la mémoire de Marc Sangnier ont été notre ciment", explique l'avocat de gauche Claude-Roland Souchet, qui fut le dernier sécrétaire-général de la JR (1960-1985).

 

Tous les JR contre Pétain

 

L'histoire pourrait ne retenir que cela de cette épopée de 73 ans: le 10 juillet 1944 seuls 57 députés, sur 544 votèrent contre les pleins pouvoirs à Pétain. Or, parmi eux, les quatre"Jeune République" présents. C'est le seul parti qui puisse en dire autant. Aucun de gauche, aucun de droite ne peut s'en prévaloir, très loin de là. Ils méritent, que nous les citions tant ils font honneur à la France et à notre famille d'esprit. Ce sont Philippe Serre, qui fut à deux reprises membre des gouvernements de Front populaire et qui était l'ami personnel du général De Gaulle depuis longtemps. (De Gaulle lui-même, sans en être, assistait à des réunions de la JR et y trouvait ses meilleurs soutiens dans les années 30, en particulier M. Serre et un autre dirigeant, André Leconte), Maurice Delom-Sorbé,  également membre d'un gouvernement de Front populaire (conduit par Camille Chautemps). Maurice Montel, qui devait après guerre rejoindre la SFIO, et Paul Boulet, futur député MRP, qui fut maire de Montpellier avant et après guerre. Le cinquième, Jean Leroy, était alors prisonnier en Allemagne. Tous étaient des anti-munichois.

 

Le 25 août 1910, Marc Sangnier avait été sommé par le pape anti-moderniste Pie X de placer le Sillon dans la soumission des évêques. Marc Sangnier, ce chrétien social dont le mouvement Le Sillon (1894-1910) réconcilia les catholiques et la démocratie et en rallia un grand nombre à la République. Selon l'écrivain Joseph Folliet, qui ne fut pas toujours tendre avec Marc, mais appartint à la JR, ce mouvement "fut le plus important du christianisme depuis le Moyen-Age". Marc Sangnier est souvent ignoré au sein même du MoDem. Pourtant, l'article deux de sa Charte des valeurs, s'inspirant directement et textuellement de Marc Sangnier, définit la démocratie comme ce "qui vise à porter au plus haut la conscience et la responsabilité des citoyens", et "exige le respect scrupuleux de la personne humaine". Cette dernière formule, inspirée aussi d'Emmanuel Mounier, et qui imprégna la Jeune République après la seconde guerre mondiale, se trouvait déjà dans les statuts de la JR en 1912.....

 

En fait, c'est depuis 1906 que Sangnier n'était plus en odeur de sainteté. Il avait eu le front d'intégrer dans "Le plus grand Sillon" des protestants et des juifs, de dialoguer avec des non-croyants, d'accepter la séparation des Eglises et de l'Etat, de prôner la démocratie. Et, plus inacceptable encore aux yeux de ce Pape, la laïcité. Sans aucunement jamais cacher sa foi chrétienne, Sangnier n'aimait pas du tout le cléricalisme. Pie X lui accorda -et oui, même pour un journal, un chrétien devait avoir l'accord du Vatican ! - de poursuivre la publication de son tout nouveau quotidien "La démocratie". L'action politique lui paraissait une nécessité absolue.

 

Des combats d'avant-garde

La Ligue de la Jeune République était créée, se définissant comme un parti social, démocratique, laïc -même si la quasi-totalité de ses membres étaient chrétien - au départ. Sangnier en était président. Ses responsables, notamment Henry du Roure, Léonard Constant et Georges Hoog, entendaient "réhabiliter la politique", et se lancer dans des combats alors d'avant-garde contre les taudis, -préfigurant l'action de l'abbé Pierre-, le travail de nuit des femmes, l'alcoolisme, pour la journée de huit heures, le repos hebdomadaire, la syndicalisation, le droit à la retraite, et dès 1914 le "code du travail", un temps appelé "charte du salariat". Il verra le jour en 1922, et la JR y sera pour beaucoup. Un membre du Sillon, proche de la Jeune République, Jules Rimet, sera le fondateur de la Coupe du monde de football.

Deux objectifs majeurs: la lutte pour l'éducation égale pour tous, et l'abolition du "sweating system", ce quasi-esclavagisme imposé aux ouvrières à domicile. La JR est favorable à la proportionnelle et à la suppression du Sénat qui serait remplacé par une "Chambre des intérêts économiques et sociaux". Elle récuse les thèses marxistes, et la notion de lutte de classe, condamne le capitalisme "païen" et veut lui substituer "une structure à trois étages: le privé, l'étatique, le coopératif". La JR s'inquiète de la montée de l'endettement du pays. En 1925, bien avant la crise, elle s'insurge contre "un endettement de 20 milliards à court terme" sur un budget de 32,5 milliards de francs. Elle prend aussi la défense des minorités, combat toute forme de racisme, soutient les mouvements de revendication dans les colonies.....

Ne retrouve-t-on pas là les préoccupations essentielles, sans doute dans un contexte fort différent, du MoDem?  

Le journal La Démocratie est lui-même une coopérative, et la JR en crée une dizaine à Paris -des boulangeries, des magasins de vêtements- et en province (Fougères, Angers).

En avril 1913, Georges Hoog, rédacteur en chef du journal La Jeune République, publie une série d'articles contre Charles Maurras, l'homme du "nationalisme intégral" et de l'"antisémitisme national" qui sera aussi l'idéologue de Vichy, et dénoncera des résistants, notamment de la JR à la Gestapo..

La JR est le principal adversaire de l'Action française, dont le Front national est le fils naturel...

Parmi ses principaux dirigeants de la JR, membres du Conseil national, une femme, ce qui était rarissime dans les formations politiques. C'était Germaine Malaterre-Sellier, considérée comme une des plus grandes féministes, Croix de guerre avec palmes en 1915, qui lutta sans relâche pour le vote des femmes.

Les rangs de la JR s'enrichissent de personnalités comme Francisque Gay, futur fondateur de la Vie catholique et de l'Aube, puis vice-président du Conseil MRP, en 1945-1946, qui refusera de choisir en 1924 quand se créé le Parti démocrate populaire (PDP, centre-droit), Henri Teitgen et Victor Diligent, (qui, eux, rejoindront le PDP) figures, comme leurs fils respectifs, André et Pierre-Henri, de ce courant de pensée. 

"Les instruments de travail doivent appartenir aux ouvriers", demande la JR dans son programme. Pendant la "grande guerre", la plupart des "Ligueurs" sont au front. Après l'armistice, le mouvement se relance, les adhérents, qui ont désormais leur organe hebdomadaire "La Jeune République", sont environ 15.000.

 

Le pacifisme d'action

Déjà Marc Sangnier, qui avait eu deux échecs électoraux avant guerre en banlieue parisienne, veut concilier l'action politique et pacifisme d'action. La JR, qui voit dans le Traité de Versailles les germes d'un "revanchisme" de l'Allemagne humiliée, soutient à fond la politique de rapprochement avec l'Allemagne, notamment les initiatives d'Aristide Briand. Sangnier lance les Congrès de la paix, avec des personnalités de toute tendance, -tel Ferdinand Buisson, président très laïc de la Ligue des droits de l'homme, l'abbé allemand Franz Stock, le jeune Pierre Mendès France, notamment à Bierville, près d'Etampes, en 1926.

Les premiers succès électoraux viennent en 1919. Marc Sangnier, qui s'inscrit au Bloc national pour en démissionner très vite car "il vire à droite" est élu avec quatre autres "ligueurs". Marc Sangnier et ses amis sont de tous les combats sociaux et démocratiques. Sangnier se distingue en défendant le communiste Marcel Cachin, en 1923.1924 et 1928 ne sont pas des années fastes électoralement! Aucun élu en 1924, un en 1928, Louis Rolland...qui rallie le PDP, présidé par le futur président du Conseil de la République, Augustin Champetiers de Ribes.

Ce parti se dit aussi héritier de Marc Sangnier lequel restera toujours de coeur JR, participant à toutes les réunions importantes, même s'il le quitta en mai 1932 pour se consacrer à son action pour la paix. Il n'y eut en 1932 qu'un député élu, Guy Menant, -ce revers compta beaucoup dans la décision de Marc- deux le rejoignant à la faveur de partielles, Philippe Serre et Albert Blanchoin. Hoog comme secrétaire-général, contrairement au PDP, rejoint le Front populaire. Ces hommes, pacifistes et sans doute, avant l'avènement du nazisme, parfois peut-être naïfs, mais aussi soucieux de la défense de la France et de la nécessité de préparer la guerre, prendront tous une part active à la Résistance. Parmi les nouveaux adhérents, de nombreux jeunes, tel Jean Dannenmüller, futur grand résistant et journaliste, qui sera aussi le beau-père de Lionel Jospin. 

L'imprimerie de la Démocratie, de Marc Sangnier et de son fils Jean -qui nous a quittés en août- est à la disposition de la Résistance et publie, à quelques mètres de l'Abwehr, le renseignement militaire allemand installés à l'hôtel Lutetia, Défense de la France, Témoignage chrétien, les interventions du général de Gaulle... Car la JR, qui aura tout tenté pour que les jeunesses française et allemande se rapprochent, est résistante et gaulliste de la première heure. Maurice Schumann, Jeune Républicain depuis 1935, après avoir quitté la SFIO -le 23 août 1936, en manchette de la Jeune République, il avait appelé à un "Front populaire international"- est la principale voix à la radio de la France libre.

 

Le réseau Valmy

Un professeur JR du lycée Buffon à Paris, Raymond Burgard, lance le "réseau Valmy". Des jeunes mènent à Paris de multiples actions de résistance. Cinq élèves de Buffon seront fusillés par les nazis le 8 février 1943. Eugène Petit, dit "Claudius" et Antoine Avinin, deux JR qui rejoindront plus tard l'UDSR de René Pleven et François Mitterrand, représentent le mouvement Francs Tireurs au Conseil national de la Résistance, présidé successivement par Jean Moulin et Georges Bidault, un dirigeant du PDP. Les héritiers spirituels de Marc Sangnier représentent près du tiers des membres du CNR!!!!

Il y a aussi Maurice Lacroix, peut-être le plus grand helléniste français du dernier siècle, président de la JR de 1944 à 1960, qui se spécialise dans l'action clandestine à Paris et la fabrication de faux papiers pour les juifs. Comme Georges Hoog, qui subira plus de dix descentes de la Gestapo et mourra peu avant la Libération en juin 1944, et Francisque Gay, ces résistants ont choisi de rester à Paris, prenant des risques inouïs qu'ils mesuraient et déjouaient très consciencieusement. Hélas, beaucoup ont aussi été déportés, et certains ne sont pas revenus.....

Francisque Gay, qui a sabordé son quotidien l'Aube, accueille à plusieurs reprises dans ses bureaux de la rue Garancière, le CNR, et élabore, avec Pierre-Henri Teitgen, comment pourra vivre la presse libre. Pendant la guerre, la distinction s'estompe entre JR et PDP qui, ensemble, à la Libération, forment le Mouvement républicain populaire, qui sera, avec Schumann comme président et Sangnier comme président d'honneur, le premier parti de France aux différentes élections de 1945 et 1946, à égalité avec le PC, et loin devant la SFIO. Tous trois, derrière le général de Gaulle jusqu'en janvier 1946, forment le "tripartisme", qui reconstruit la France et construit le "modèle social français" tellement "détricoté" depuis le début du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

 

La JR continue, après la création du MRP

Le 26 novembre 1944, lors de la naissance du MRP, -où les ex-PDP sont prédominants malgré Sangnier et Schumann-, Maurice Lacroix entend maintenir la JR, car il juge la nouvelle formation "trop confessionnelle". C'est une nouvelle histoire qui commence que Marc Sangnier suit avec bienveillance et amitié jusqu'à sa mort, à la Pentecôte 1950.  Le député savoyard Lucien Rose (de la première Constituante), grand résistant, -et futur maire adjoint socialiste de Rennes- devient secrétaire général. Mais la JR a perdu nombre de ses troupes.

La JR intègre aussi, dans son éthique, le "personnalisme" d'Emmanuel Mounier, et appelle à une "révolution des consciences". Elle se maintient, vaille que vaille, et trouve en 1950, pour une petite année, un député à l'Assemblée nationale, Henri Grouès, alias l'abbé Pierre, qui a démissionné avec fracas du MRP, trop à droite à son goût. Dans la législature suivante, une des figures à la fois du MRP et du gaullisme de gauche, Léo Hamon, rejoint la JR, qui se démarque complètement du MRP en s'opposant à la CED (Communauté européenne de Défense).

Puis, en 1955, avec un nouveau secrétaire général, Jean Bauché (élu en 1950, remplacé en 1957 par Bertrand Schreiner, et en 1960 par M. Souchet), la JR devient une des composantes de la gauche, et soutient Mendès France. Georges Montaron, directeur de Témoignage chrétien, et le jeune Anicet Le Pors, futur ministre communiste de François Mitterrand, la rejoint.

En 1955, un cadre de la Banque de France, syndicaliste CFTC avant d'être un des créateurs de la CFDT, Jacques Delors adhère à la JR, après un bref passage au MRP. C'est dans ce parti qu'il fit son apprentissage politique, et l'ancien président de la Commission européenne évoque souvent ce qu'il doit à Marc Sangnier et à la JR.  En 1956, la JR participe au Front républicain avec la SFIO et Mendès.

La fin des années 50, c'est le temps des recompositions. Les petites formations de gauche "dissidentes" cherchent à s'unir au sein de l'Union des Forces démocratiques (UFD), autour de Mendès, Mitterrand, Jean Poperen et Maurice Lacroix. La Jeune République est en première ligne contre la guerre d'Algérie.

Le Parti communiste, déçu par Mollet, lui propose de constituer un "Front de gauche".  Pas question d'être "compagnon de route" du PC, même si la JR n'a jamais fait d'"anti-communisme primaire", une expression née dans les colonnes de son journal peu après le Congrès de Tours de 1920.

Cette discussion, comme toutes les autres échouent. "Je me rappelle nos débats animés. Mitterrand était très optimiste pour l'avenir de la gauche, Mendès n'y croyait plus", confie Me Souchet.

 

Jamais inféodée, toujours libre

Le 3 avril 1960 naît le PSU, avec Mendès et Michel Rocard. L'UDSR s'éteint, et disparaît totalement en 1965.  Pas la JR. Même si la plupart de ses membres rallient le PSU ou la SFIO, ou bien encore, comme Léo Hamon ou François Sarda, le gaullisme. Il reste bien une forte minorité pour continuer. Quelques combats, comme ceux de Me Souchet, et de son épouse Marcelle Leconte, aux municipales de 1965 ou aux législatives de 1973 à Paris (5è).

Le 30 novembre 1970, la JR organise un grand meeting de solidarité avec les Grecs victimes de la dictature en présence de Mitterrand et de Georges Marchais.

Puis, la JR, comme le PSU un temps revivifié par les fortes initiatives de Mendès ou Rocard, perd peu à peu du terrain.

En 1985, la JR, qui a refusé à Mitterrand, éberlué, d'être un "courant" du PS, cesse toute activité, sans pour autant disparaître juridiquement.

Comme Marc Sangnier, la JR, qui est son enfant au même titre que le MRP, a éveillé des millions de gens à la conscience civique, à la démocratie, à la solidarité.

Voilà un immense succès qui, tant des acquis sociaux et des aires de liberté que la France connaît, lui est dû.

Ce n'est pas seulement le mode de scrutin, la bipolarisation soi-disant inévitable qui l'a fait souffrir avant-guerre. La JR, comme le MRP, autre enfant de Marc Sangnier, pouvaient seuls former cette "majorité centrale", ce Centre jusqu'ici introuvable dans la politique française. MRP "virant à droite", JR "virant à gauche", et bien d'autres familles d'esprit, -radicales, socialistes, libérales, et désormais écologistes- peuvent inspirer très profondément le Mouvement démocrate. C'est un ancrage.

C'est au tour du Mouvement Démocrate, de former cette "majorité centrale", vitale.

La présidentielle et les législatives en seront l'occasion à saisir. Il peut, il doit puiser dans ces décennies, parfois douloureuses, de la JR, complexes mais jamais chaotiques.

Nous l'avons vu, Marc Sangnier avait quitté, en mai 1932 la JR, officiellement par constat de carence électorale. Dans une lettre aux adhérents, le 15 mai, il expliquait avoir tout fait pour la réussite électorale de la JR, étant lui-même candidat à La Roche-sur-Yon. Mais son constat est que ces efforts sont vains, que les "grands partis" laminent les "petits". "En s'installant sur le terrain électoral dans une circonscription, la JR prend nécessairement une position qui l'isole à droite comme à gauche, dresse contre elle tous les partis organisés, et ne faisant elle-même pas figure de parti sérieux, ne garde qu'un nombre infime de suffrages isolés", écrivait-il.

C'était l'analyse de Sangnier il y a 80 ans, dans un contexte très particulier. Elle était constructive puisque l'urgence des urgences, c'était la paix mondiale. Et, très démocratiquement, la JR a décidé de poursuivre le combat électoral, parfois avec succès.

Dans un tout autre esprit, destructeur celui-là, ces propos ne sont pas éloignés de ce  que disent aujourd'hui aux partisans du MoDem ceux qui lui veulent du mal, et ceux qui  disent, hypocritement, l'apprécier. Le cantonner à être une puissance morale, mais, avec peu d'élus, une force d'appoint politique, cela leur plairait bien! PS et UMP ont pour le MoDem ce regard candide ou condescendant qu'avaient la SFIO ou les radicaux pour la JR. D'accord, admettaient-ils, les "démocrates d'inspiration chrétienne" ont joué un rôle moteur dans la Résistance, puis pour le logement, le droit à la retraite, la justice sociale, la paix mondiale, l'indépendance de la presse, la décolonisation....

Nulle personnalité politique, sans pouvoir, n'a reçu autant de louanges à ses obsèques que Marc Sangnier. Mais lui, il ne demandait pas d'honneur.

Et ces partis que l'on dit grands, tels les coucous, prenaient les idées de la JR ou de sa famille d'esprit, se les appropriait. Et ils gagnaient les élections. Sans appliquer leurs promesses.

Tel ne saurait être le sort du Mouvement démocrate. Il y perdrait tout. Il n'y a nulle fatalité à ce que celui qui a raison avant les autres perde dans les urnes! Chacun lui reconnaît, et reconnaît notamment à François Bayrou d'avoir le premier décelé le danger du surendettement de la France, de la nécessité d'une réponse européenne à la crise, de l'impossibilité pour le monde politique, comme pour la presse, d'être liés à celui des affaires. Des candidats aux "primaires socialistes", comme François Hollande, ont repris le terme de "politique crédible" dans leur campagne, et s'interdisent des promesses intenables, à l'instar de François Bayrou, mais en contradiction totale avec la pratique de leurs aînés.

 

Puissance morale et victoire électorale

La tâche d'aujourd'hui, des sept mois qui viennent, c'est de conserver cette puissance morale tout en ne se laissant pas voler les idées et les voix par tel homme ou telle femme de gauche qui découvrirait d'un coup de baguette magique l'humanisme, la priorité à accorder à l'éducation, ou l'économie coopérative; ou tel homme de droite ou du centre-droit qui brûlerait tout, le bouclier fiscal comme la "chasse aux Roms" ou les millions d'euros reversés à Bernard Tapie, pour se refaire une virginité politique en retenant par coeur des passages d'"Abus de pouvoir" et d'"Etat d'urgence".

Gagner en disant la vérité aux Français, en restant soi-même, en accueillant les "déçus" du sarkozysme ou du PS, et même ceux qui se sont égarés par malheur au Front national, en convainquant les millions d'abstentionnistes de ces dernières années, doit être possible, est possible.

L'univers politique est plus cruel encore que dans les années 20, 30 ou 50. Internet fourmille de rumeurs malfaisantes, et multiplie tout par mille. Le temps est venu en cette période où la production française s'éteint, où l'Education perd ses moyens et son niveau, où l'insécurité gagne du terrain, où les banlieues se paupérisent, s'embrasent parfois, tandis que la corruption explose, d'imposer dans ce monde de mensonges médiatiques, d'abandons moraux, des objectifs précis, enthousiasmants de reconquête économique, sociale et morale.

Il a fallu une guerre, la Résistance, la victoire pour que JR et PDP triomphent, de façon bien trop éphémère. Le temps, heureusement, n'est plus à la guerre en Europe, et le MRP, avec Robert

Schuman y est pour beaucoup. Il demeure néanmoins des conflits dans le monde entier, des peuples affamés, et une crise financière, économique et sociale sans précédent depuis 1929.

Ce monde politique n'est pas une forteresse inexpugnable. Rien n'est joué; tout est à gagner. Les partis se gonflent et se dégonflent au rythme des joutes et des postures artificielles.

Le Mouvement Démocrate ne se lance pas dans des joutes, et ignore les postures.

C'est sa force. Les Français ne sont pas dupes. Ils votent pour les plus convaincus.

Par une campagne comparable, sinon meilleure que celle de 2006-2007, par l'implication plus forte -et tant pis s'il y a moins d'élus- dans chaque localité d'adhérents ou de sympathisants à l'écoute des besoins d'une population souvent délaissée, d'une jeunesse désoeuvrée, la victoire est possible. La Jeune République et Marc Sangnier ont montré un chemin.

 

Par Jean-Michel Cadiot, journaliste et écrivain[1]

 

 



[1] Ses publications :

·         Quand l'Irak entra en guerre (L'Harmattan, 1989).

·         Mitterrand et les communistes (Ramsay, 1994)

·         Francisque Gay et les démocrates d'inspiration chrétienne (Salvator, 2006)

·         Les Chrétiens d’Orient (Salvator, 2010)

 

15/06/2011

Faites entrer la GENERATION DEMOCRATE au Conseil national du MoDem !

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L'élection des représentants franciliens au conseil national du Mouvement Démocrate a commencé et se déroule par Internet jusqu'au 24 juin 2011.

Les six listes en concurrence pour l’Ile de France partagent toutes les valeurs et le projet démocrate et humaniste de notre mouvement, ainsi que le soutien à son président François Bayrou. Cependant elles ont des profils et des sensibilités différentes, qu’il vous appartient d’apprécier, par les priorités mises en avant, par la manière de concevoir la mission des élus au Conseil national, ainsi que par la qualité et la représentativité des candidats présentés.

La liste Génération Démocrate, conduite par Christophe Grébert et Christelle Carcone,  rassemble des militants engagés dans les 8 départements d'Ile-de-France :

- pour beaucoup élus dans leur ville (Christophe Grébert à Puteaux, Jean-François Vigier maire de Bures-sur-Yvette, Pierre Creuzet à Nanterre, Fabienne Gambiez à Issy-les-Moulineaux, Michèle Houssin à Chatoux, Tiziana Zumbo Vital à Saint-Ouen, Cécile Déniard à Villejuif, …), anciens candidats aux élections et/ou responsables de sections locales (moi-même, Claire Vigeant à Paris,),

- plusieurs très actifs dans les commissions de travail dont deux responsables de commission (Sylvain Canet à la commission éducation et Nicolas Meary à la commission économie/croissance-emploi, moi-même contribuant beaucoup aussi à la commission économie, ainsi qu’Alain Dolium),

- deux présidents des Jeunes Démocrates dans leur département (Antoine Carette pour le 94 et Flavien Bazenet pour le 78),

- certains particulièrement actifs sur le terrain associatif (Alain Dolium avec le lancement de « Echelle Humaine », expériences innovantes dans le développement économique des PME, l’éducation et l’aménagement du territoire),

- des fidèles de notre mouvement déjà du temps de l’UDF, qui ont été attachés parlementaires et membres du cabinet de François Bayrou (Christelle Carcone et Maud Gatel),

- enfin des personnes qui sont des porte-voix par leur visibilité au travers de leurs actions novatrices, de leur participation à des débats publics et de leur forte présence dans les médias et sur Internet, comme Alain Dolium, Christophe Grébert, membre de Anticor et qui mène avec brio le combat à Puteaux contre un clan UMP « dur » et a lancé avec succès la pétition contre la nomination de Jean Sarkozy à l’EPAD (plus de 100 000 signatures), moi-même y participant aussi en faisant porter la voix du MoDem sur la blogosphère et dans des débats thématiques.

- représentants tous une variété d’expériences et de compétences.

Pourquoi suis-je candidate sur cette liste et vous recommande de la soutenir ?

Génération Démocrate, avec deux conseillers nationaux sortants (Jean-François Vigier et Pierrre Creuzet), met en avant des profils de renouvellement, apporte un nouveau souffle, de la jeunesse, des idées neuves et aussi de l’expérience.

Elle a pour ambition d’être un porte-voix efficace de la réflexion et l’action des militants, de libérer les capacités de chacun, de faire naître et de relayer des propositions pertinentes, voire impertinentes. Il faut aussi que notre mouvement soit plus écouté, plus entendu et nos candidats sont un relais de transmission de cette voix, dans les réseaux, sur Internet, dans les médias. La situation très préoccupante du pays impose à notre mouvement une capacité sans faille à relayer les initiatives purement politiques mais aussi associatives cultivées sur le terrain local, afin de disposer d’un socle structurant, cohérent et crédible au projet de société qui sera porté par François Bayrou et son équipe dirigeante en 2012.

Enfin, la liste Génération démocrate veut être garante de la réflexion et l’action en circuit ouvert. Pour nous il importe tout autant de travailler avec les sympathisants, les adhérents qu'avec la société civile et les réseaux portés sur des intérêts catégoriels afin d’accroître notre valeur ajoutée politique au sein du Conseil National.


Pour participer, il faut être à jour de cotisation 2011 ( ré-adhésion ici avant de voter par internet). Lien pour voter (en utilisant ses codes d'accès reçus par Internet) : https://consultation.mouvementdemocrate.fr

Notre site ( http://generationdemocrate.lesdemocrates.fr)pour y lire notre profession de foi (en PJ), la présentation des candidats et la composition de notre liste

Chaque voix va compter : 1 siège devrait représenter une trentaine de voix. Je suis en position éligible (8ème position) si notre liste recueille au moins 25% des voix. Mon département, le Val de Marne, est particulièrement bien représenté sur cette liste (Alain Dolium, Christelle Carcone bien que récemment passée au 75, moi-même, Antoine Carette et Cécile Déniard).

Nous comptons sur vous !

Marie-Anne Kraft

(VP du MoDem 94, Resp.section de Saint-Maur, Commission Economie,

activités associatives Anticor, Pauvreté et Politique, AdiAFP)

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07/04/2011

Projet du PS 2012 : des convergences et des divergences avec la vision du MoDem


François Bayrou, président du Mouvement Démocrate, a réagi au projet du PS annoncé la veille, dans un entretien au Figaro paru ce jour :
"Il y a dans ce texte des idées que j'approuve et défends, notamment sur l'investissement des entreprises ou les institutions. Mais je suis en profond désaccord sur deux points : tous les problèmes du pays sont renvoyés à la dépense publique - allocation pour tous les jeunes, emplois d'avenir, recrutements publics, recours à l'impôt pour de nouvelles dépenses. J'ai l'impression de retrouver le jugement de Frédéric Bastiat : «La grande fiction qui fait que tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde.» Et ensuite, ce qui manque, c'est la vision d'un pays actif, volontaire, qui préfère que les gens s'en tirent par eux-mêmes, qui choisit de mobiliser ses forces propres : la création, l'innovation, la recherche. L'avenir du pays ne peut pas être l'assistance généralisée."

En effet, plusieurs idées de François Bayrou et du MoDem ont été reprises dans ce projet, ce qui est nouveau comparé à 2007, que nous ne pouvons qu'approuver, citons notamment :
- renfort des contrepouvoirs, l'indépendance de la justice (carrières des magistrats non soumises au pouvoir politique) et des médias (revenir sur la nomination des presponsables de l'audiovisuel public par le président de la république), 
- l'introduction d'une dose proportionnelle  aux législatives, 
- la séparation des activités de banque d'investissement et la limitation des activité spéculatives des banques de dépôt, remettre le système bancaire au service de l'économie réelle,
- droits de douane sur les produits ne respectant pas les normes internationales/européennes en matière sociale, sanitaire ou environnementale,
- euroobligations pour financer des projets d'infrastructure européens,
- les propositions sur la réforme fiscale (fusion de l'IR et de la CSG, taxer le revenus du capital de même que ceux des bonus et des stock-options comme ceux du travail, taxe sur les transactions financières, une TVA modulables selon critères écologiques, vont dans le sens des propositions du Modem,
- une incitation à l'investissement des entreprises : la modulation de l'impôt sur les sociétés en fonction du réinvestissement des bénéfices vs distribution des dividendes,  banque publique d'investissement ( cela dit nous l'avons déjà un outil avec la CDC et le FSI, reste à bien le faire fonctionner et veiller à ce qu'il ne soit pas une façon d'assurer l'exercice de vente d'actions/Stock options des grands patrons comme avec le cas Lagardère/EADS !),
- développement massif des économies d'énergie et des énergies renouvelables pour sortir progressivement de la dépendance du nucléaire et du pétrole,
- soutien à une agriculture responsable et de proximité,
- sur l'immigration, une approche à la fois intransigeante pour lutter contre les entrées illégales, juste et humaine sur l'accueil et l'intégration.

En revanche, et c'est toujours la tentation irrésistible des socialistes, le projet distribue allocations, subventions, aides diverses, encore dans un esprit d'assistanat dans un contexte non financé :
- création de 300 000 emplois publics pour les jeunes, de 10 000 postes de gendarmes et de policiers,
- allocation d'étude pour les jeunes adultes,
- retour sur la retraite à 60 ans (ou bien il faut préciser qu'elle ne vaut que pour les personnes ayant leurs annuités, ou bien ils ne disent pas que c'est au prix d'une réduction du montant de retraite),
- construction massive de logements sociaux.

Concernant le financement des nouvelles dépenses, chiffrées à 25 milliards, le projet laisse entendre qu'elles sont financées par l'impôt, ou plus exactement l'annulation d'anciennes diminutions d'impôts (exonération des heures supplémentaires, de la TVA sur la restauration, de nombreuses niches fiscales) qui s'élèvent à 50 milliards, permettant de consacrer 25 milliards par an au remboursement de la dette. Mais il ne faut pas oublier que nous étions déjà dans un contexte où ces cadeaux fiscaux se sont faits en empruntant, car nous étions déjà en déficit, donc ils ont été financés par le contribuable ! Ce qui revient à accepter que ces nouvelles dépenses soient encore financées par de la dette, donc potentiellement par les contribuables.

Par ailleurs, C'est aussi dans ses manques que ce projet est critiquable :
- très peu de chose sur le développement économique et la création d'emplois (hormis les emplois jeunes aidés) par un redéploiement de la création, de la production industrielle, des relocalisations (sauf une modulation de droits de douane, rien sur la nécessaire amélioration de la compétitivité, l'efficacité économique dans la mondialisation, qu'il ne faut pas récuser à condition de ne pas l'exercer au détriment des valeurs humaines et de notre socle de protection sociale,
- rien sur la politique étrangère, sur une vision internationale visant à réguler la mondialisation, à lutter contre les paradis fiscaux,
- presque rien sur l'éthique en politique, la lutte contre la corruption, les conflits d'intérêt, l'emprise des puissances financières sur les médias et leurs liens avec les commandes d'Etat, ...
- toutes les propositions sont quantitatives, plus que qualitatives : allocations, subventions, imposition, construction de logements, création de x emplois pour les jeunes ...

D'un côté les socialistes prônent la fraternité, l'altruisme et le "care", de l'autre ils pensent que l'interventionnisme de l'Etat permet de les exercer. Alors que ces vertus ne se décrètent pas. Il est nécessaire d'éveiller la conscience et la responsabilité citoyenne et d'impulser en profondeur un comportement plus humain pour recréer le lien social, la bienveillance et la confiance, s'appuyant sur des activités qui ne sont pas nécessairement des échanges lucratifs et qui ne passent pas nécessairement par l'intervention de l'Etat. L'individu doit être reconnu par sa valeur, sa compétence, son travail, son utilité sociale, en exerçant sa responsabilité, alors que des aides, allocations, subventions, le maintiennent dans l'indigence en l'infantilisant, en le rendant dépendant deces aides et en même temps en le dévalorisant. En ce sens, la vision "humaniste" du Mouvement Démocrate" diffère d'une vision "socialiste".

Quant à l'impôt à la source, qui paraît être une modalité de paiement plus simple et plus transparente, elle implique des effets non négligeables que le contribuable n'acceptera probablement pas facilement :
Avantage pour l'Etat : cette nouvelle modalité de paiement de l'impôt à la source revient à supprimer l'avance de trésorerie consentie à l'Etat sur une année et même plus du fait des paiements en général par tiers au titre des revenus de l'année précédente. L'impôt sur le revenu représentant environ 50 milliards, auxquels il faut ajouter celui sur le revenu du capital qui devrait aussi être concerné, cela fait donc plus et permettrait de réduire d'autant la dette publique la première année de mise en place.

Inconvénient pour le contribuable : comment les Français accepteront-il de payer la première année à la fois les impôts au titre de l'année précédente et l'impôt à la source sur l'année courante ? Soit ils empruntent (la diminution de la dette publique est reportée sur de la dette privée), soit l'Etat consent un étalement (ce qui diminuerait l'avantage ci-haut). L'Etat peut aussi octroyer une diminution d'impôt correspondant au moins aux intérêts de l'avance de trésorerie.

J'en profite pour souligner l'attitude infantile et méprisante des porte-parole de l'UMP qui se sont rués sur les micros pour critiquer le projet socialiste à l'unisson, obéissant à leurs "éléments de langage", sur le ton du mépris de la moquerie sans aborder le fond, sans répondre à l'analyse introductive très juste sur les causes profondes de nos crises et sur la critique faite au gouvernement ("ce n'est plus le care, mais l'antiquaire" pour Luc Chatel, "c'est une auberge espagnole" pour Luc Besson, "Martine Aubry vient d’inventer la décongélation électorale: son projet consiste à sortir du frigidaire dix ans après la plupart des propositions et des idées qui avaient échoué entre 1997 et 2001" pour M.P Daubresse, ou encore pour d'autres "c'est du Jospin réchauffé", "encore les vielles recettes de martine Aubry", ...). François Bayrou, de même que les autres porte-parole du Modem, répondent eux sur le fond et sur un autre ton.

27/09/2010

François Bayrou : "Il faut de la vérité. Ce n'est pas seulement une vertu morale, c'est une philosophie de l'action"

Dimanche, en clôture des universités de rentrée du Mouvement Démocrate, placées sous le signe de "l'espoir et des valeurs", François Bayrou a prôné "trois révolutions" : celles de la vérité, de la simplicité (priorité à l'éducation des enfants et à la reconquête de la production pour la relocaliser si possible en France) et de la démocratie, pour changer la société française en 2012.

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Je voudrais en particulier développer l'exigence de vérité, car elle est essentielle, tout commence par là, elle est même une "œuvre d’action politique" comme le disait Hannah Arendt, et c'est à la fois une affaire des citoyens, des politiques et de la presse et des médias, par leur curiosité et leur investigation, leur action pédagogique dans l’analyse comparée des faits, des opinions, des expériences des autres pays.

Comparé à Jacques Chirac, que les Guignols qualifiaient de "super-menteur", Nicolas Sarkozy est largement un "hyper-menteur", de même que plusieurs membres de son gouvernement. Qui avait promis de ne pas toucher à la retraite à 60 ans ? Qui avait promis que GDF ne serait pas privatisé ? Qui avait promis le pouvoir d'achat ? Qui a dit que les paradis fiscaux, c'était fini (n'est-ce pas Madame Bettencourt !) ? Qui avait assuré à la Commission européenne que la politique sécuritaire ne ciblait pas les Roms ? qui avait promis qu'il ne connaissait pas Patrick de Maistre, puis ne l'avait pas appuyé pour la légion d'honneur ? Qui avait approuvé la proposition d'un jugement par un arbitrage privé en faveur de Bernard Tapie alors que la Cour de Cassation avait déjà rendu un verdict défavorable et que la Justice aurait dû suivre son cours et nous promettait que en final Bernard Tapie ne toucherait "que" 20 à 30 millions d'euros alors qu'il en perçoit finalement 220 ? ...

Face à ces mensonges de la droite UMP, il y a aussi ceux de la gauche, du PS, qui entretient les Français dans l'illusion, les promesses de redistribution (des "petits pains au chocolat" comme dit Jean-François Kahn dans sa chronique du dernier Marianne), de hausses d'impôts multiples, l'illusion d'un retour à la retraite à 60 ans, sans préciser que ceux qui feraient encore ce choix sans disposer des annuités donnant droit à un taux plein, se verraient très lourdement pénalisés, d'autant plus que le PS prône un alourdissement de la décote !

La vérité sur le déficit, la vérité sur la situation de la France, sur ses capacités, sur son retard éducatif de plus en plus prononcé, et sur les retraites, sur les abus de pouvoir, sur les conflits d'intérêt entre les intérêts publics et les intérêts privés, c'est bien François Bayrou et ses compagnons de route Marielle de Sarnez, Jean Peyrelevade, Jean-Jacques Jégou, Robert Rochefort etc. qui l'ont dite, qui n'ont pas eu peur de la dire, ni de faire des fausses promesses aux Français.

La vérité sur les faits dans la presse s'est surtout exprimée grâce à quelle presse ? Mediapart (affaire Tapie, Pérol, Bettencourt,Karachi,...), Marianne et Le Canard Enchaîné. Comme par hasard, seuls journaux vraiment indépendants ...

Il faut redonner l’espoir sans pour autant bercer le peuple d’illusions. Il faut être optimiste sans cacher la vérité. Ne pas attendre passivement que la croissance revienne, en laissant croire que le plan de relance tout seul va être capable de créer des emplois sur fond de désindustrialisation et de délocalisation non seulement industrielle mais aussi des services, en entretenant l’illusion qu’un simple renfort de régulation va sécuriser les marchés dans la mondialisation.

Comme peut l’être une personne, la société dans son ensemble est malade. Elle souffre d’un mal physique : réchauffement climatique, pollution et détérioration non seulement de l’environnement mais aussi de la santé humaine, pandémies, faim, cancer, Alzheimer,… Elle souffre surtout aussi d’un mal psychologique, d’un mal être, d’absence de repères, de perte de confiance aussi, de problème de mémoire, du zapping permanent dans l’instantanéité. Elle ne sait plus où elle va car elle ne sait plus d’où elle vient. La recherche de liberté individuelle et du confort personnel s'est accompagnée d'une affirmation et même d'une revendication de la priorité des valeurs matérielles et a renforcé l’individualisme, le chacun pour-soi, institutionnalisant la contribution sociale à la solidarité en la déléguant à l’Etat avec un délitement progressif du lien social qui était fait d’entraide naturelle, de dialogue, de relations humaines.

Comme chez l’être humain, une société, un peuple, a une mémoire, traduite dans son histoire, les livres, les films, les archives, la pierre. Elle a aussi un inconscient, un ressenti et des non-dits, forgeant des comportements, formant des courants qui convergent sans que chaque être qui la compose n’en soit forcément conscient lui-même, formant des courants historiques (les guerres de religion, la Renaissance, les lumières, la révolution française, montée du nazisme, totalitarisme, la société de consommation,…) et dessinant aussi les grands tournants et l’avènement de contre-courants (révolution française, résistance, chute du mur de Berlin,…). Aujourd’hui, la récente crise financière, concomitante avec la prise de conscience de la crise écologique du réchauffement climatique et de la raréfaction des ressources terrestres, la crise énergétique, alors même que les moyens manquent, que les dettes deviennent insupportables et pénalisent les générations futures, nous ont conduit à un comportement de culpabilisation, de stress, de déprime. Les gouvernants cherchent à rassurer en minimisant les données de crise, en se félicitant de leurs vaines ou insuffisantes actions. A force de repousser l’échéance des problèmes, de mentir et de ne pas tenir leurs promesses, les politiques ont perdu la confiance des citoyens, laissant la place au désintérêt politique, à l’abstention, au renoncement. Les citoyens votent de moins en moins, désertent de plus en plus les partis politiques et s’en moquent.

 

La société est malade. Or pour un être humain qui souffre, il y a les psychologues, les assistantes sociales, les médecins … Pour la société et l’humanité dans son ensemble, il y a d’un côté des philosophes et des sociologues qui essaient d’analyser et de comprendre les maux, de l’autre des partis politiques et des hommes ou des femmes politiques qui montrent (ou essaient de montrer …) un remède ou un chemin à suivre. Mais il n’y a pas de médecins ou de psychologues pour soigner la société globalement en profondeur, à la source, l’apaiser, la calmer, l’aider à sortir de la déprime. Si ce n’est le divertissement, le jeu, le sport spectacle, qui aident à oublier les maux (Pascal l’avait très bien prophétisé).

 

 

Or pour soigner un mal psychologique, plutôt que le cacher en cherchant à l’oublier, la première chose à faire est la recherche de la vérité, savoir d’où vient le mal, prendre conscience de ce qui a provoqué les symptômes. Pour cela, au niveau global d’une société, les philosophes, les anthropologues et les sociologues sont d’une aide précieuse. Mais la vérité est aussi l’affaire des journalistes, des métiers d’information, ainsi que des politiques. Les Français attendent qu’on leur dise la vérité. La vérité sur leurs risques de santé, la vérité sur le risque d’approvisionnement énergétique, la vérité sur les finances publiques et ce que signifient la dette abyssale et notamment des déficits sociaux devenus insoutenables, et leur conséquence… Savoir si ces risques étaient prévisibles, alors pourquoi n’a-t-on rien fait ou si peu fait ?

Aujourd’hui, la presse relaie des informations déjà pré mâchées, des dépêches et des annonces, rapidement, l’une succédant à l’autre et faisant oublier la précédente, une information plus ou moins copiée sur l’autre. Peu de temps pour l’analyse, peu de temps pour la réflexion, pour la recherche des causes et l’évaluation des conséquences, peu de motivation pour la critique et la comparaison des vérités. Or la première tâche des journalistes est de fournir de l’information sur des faits justes et pas seulement l’information délivrée par les canaux officiels. C’est la moindre des choses qu’ils doivent aux citoyens dans une démocratie. Et lorsqu’un homme politique s’exprime sur une crainte, par exemple sur le problème des sondages manipulés par l’Elysée, des médias sous contrôle des puissances financières, les modes de scrutin majoritaires nuisant à la représentation démocratique, etc., c’est de vérifier les faits et au vu des faits comparer les points de vue, ce qui se pratique dans les autres pays. Plutôt que prendre des critiques ou des craintes exprimées comme l’expression d’une manœuvre politicienne.

Les journalistes ont une responsabilité immense dans l’équilibre de la démocratie, l’information et la formation du peuple, dans la formation de sa conscience et de sa responsabilité, du discernement et de son sens critique, comme dans la gestion de sa déprime et dans la confiance de la société en elle-même et dans la politique. La manière dont ils couvrent les faits, en rendent compte ou au contraire les occultent, oriente le sentiment général de défiance ou de confiance, de confusion ou de clarté, de mensonge ou de vérité, de malaise ou d’harmonie.

Le devoir de la presse et des médias en général devrait donc être d'abord celui de toujours rechercher et de dire la vérité des faits. Le deuxième est celui de rendre compte de l’analyse comparée de ces faits, de leurs causes et de leurs conséquences, de les relativiser dans le monde qui nous entoure. Sur les questions de réformes de loi électorale et d’organisation territoriale, sur le système de santé et de retraite, sur le financement de la recherche, etc. Ainsi, expliquant simplement aux français ce qui est fait dans d’autres pays, la presse donnerait une vision moins étriquée des problèmes de notre pays. Le troisième serait à mon avis de favoriser et d’organiser plus fréquemment des débats entre les partis, les experts de la vie civile, les représentants des professions, des syndicats et des associations, sur des questions de fond et en rendre compte aux citoyens.  Car non seulement nous sommes en manque de vérité, mais aussi en manque de dialogue et de consensus. Même le Parlement n'est plus un lieu de débat ni de consensus, mais il est devenu une chambre d'enregistrement des décisions prise par le gouvernement ...

 

Mediapart avec Edwy Plenel est dans cet esprit, de même que Marianne et Jean-François Kahn qui organisent des débats à thème, et certains think-tanks qui ont cherché à combler ce vide. Merci à eux, mais faut-il encore que leurs travaux soient publiés et relayés par la presse.

10/09/2010

Réforme des retraites : reprenons le débat et proposons dès maintenant un système de retraites à points (ou notionnel) !

La réforme des retraites est décidément mal conduite :

- elle n’a pas fait l’objet d’un véritable débat avec les syndicats, les partis politiques représentatifs, les représentants des professions, ... avant de passer au Parlement qui, comme on le sait, est devenu une « chambre d’enregistrement », la majorité gouvernementale assurant les rejets d’amendements gênants et le vote final. Même le soi-disant « débat » de jeudi soir 9 septembre 2010 sur France 2 à l’émission « A vous de juger » n’en fut pas un puisqu’il a juxtaposé les interventions du gouvernement (François Fillon), d’un parti d’opposition (PS avec Ségolène Royal) et de deux syndicats (CFDT avec François Chérèque, CGT avec Bernard Thibault) mais sans discussion face à face entre les intervenants. De plus les arguments chiffrés de comparaison internationale paraissaient erronés, contestables, non comparables en l’état, critiqués sans qu’un expert rectifie la vérité des chiffres. Par exemple, comparer avec l’Allemagne (âge 65 ans rallongé à 67 ans, mais avec une durée de cotisation de 35 ans et non 41 et avec un niveau de pension bien inférieur à celui de la France)  ;

- elle n’a pas fait l’objet d’une présentation pédagogique aux citoyens, par voie de presse ou sur les médias audio-visuels, des différentes possibilités envisagées, de leurs avantages et inconvénients, avec comparaison internationale. Par exemple qui sait comment fonctionne le système de retraite à compte notionnel ou à points, mis en place en Suède et en général dans les pays nordiques, dont s’inspirent de plus en plus d’autres pays ? Pourquoi n’a-t-il été proposé que par le Mouvement Démocrate (voir point 8), ce que François Bayrou proposait déjà dans sa campagne présidentielle de 2007, et pas par le gouvernement ni même par le PS (dans son contre-projet actuel) qui dit s’y intéresser mais pour plus tard ...
Pour ceux qui s’y intéressent, lire ce document extrait d’un rapport d’information du Sénat publié en juillet 2007 intitulé «
Réformer la protection sociale : les leçons du modèle suédois ». Le livre de Daniel Cohen et Philippe Askenazy, « 16 nouvelles leçons d’économie contemporaine », explique aussi très bien ce système avec des exemples chiffrés. Le principe de ce système est de garantir en permanence l’équilibre entre les cotisations et les versements de pensions du système de retraite par répartition, en calculant des droits cumulés grâce aux cotisations, mais aussi de points de pénibilité, de points pour enfants. Ces points mis sur un compte (comme si c’était une retraite par capitalisation sauf que ce n’est pas du chacun pour soi mais bien une répartition), valorisés en fonction de la croissance économique, de la démographie et de l’espérance de vie, donnent droit à une pension qui sera plus faible si on décide de partir tôt et plus forte dans le cas inverse. Le système est transparent et chacun peut consulter ses droits, simuler sa pension, son départ en retraite. Il permet de prendre sa retraite à temps partiel tout en cumulant ou non un job rémunéré, ou de prendre sa retraite puis retravailler quelques années après en reprenant le compte où il en était. Contrairement à un systèmes basé sur les annuités comme en France où tout est assez figé, où on impose un âge minimal de départ où un âge minimal de liquidation sans décote, et où on ne sait pas par avance quels seront ses droits, ce système est le plus souple et permet à chacun de choisir sans léser ceux qui ont commencé à travailler tôt où ceux qui ont des carrières longues, ni même ceux qui ont eu un métier pénible, les femmes etc. Avec ce système, pas de décote appliquée quel que soit l’âge de liquidation, car le droit est proportionnel à ce qui a été cotisé. Donc pas de question d’âge minimal de départ en retraite ni d’âge auquel on peut liquider sans décote. Les fonctionnaires sont soumis au même système que les gens du privé selon un système unifié.

- elle occulte complètement les régimes spéciaux (fonctionnaires, parlementaires,... hormis un relèvement prévu de leur cotisation salariale (actuellement de 7,85 % contre 10,55 % dans le privé, alors que le privé compte en plus des cotisation patronales, portant au total les cotisations à environ en moyenne 25%, ce qui veut dire que c’est aujourd’hui l’impôt et le déficit qui financent en majorité les retraites des fonctionnaires. Si on a fait silence sur ces régimes spéciaux, au motif qu’il y avait déjà eu un engagement de ne pas y toucher jusqu’en 2018, c’est sans doute pour ne pas activer la gronde syndicale dont la représentation est très forte chez les fonctionnaires ;

- elle aurait dû traiter en soi le problème de financement du déficit cumulé, qu’il faut bien rembourser, séparément du système qui doit être à l’équilibre pour qu’il soit durable. En l’occurrence il ne l’est pas, il reste un déficit prévisible à 2018 (4 milliards d’euros), les hypothèses de croissance et de chômage paraissent trop optimiste, l’horizon n’est qu’à 2018 alors qu’il faut voir plus loin (2030), ...

- elle aurait dû traiter du problème de la pénibilité autrement que par un constat de handicap lors de la retraite. Il y a des références (même internationale à l’OIT) de critères de pénibilité et d’espérance de vie selon des professions soumises aux risques, et d’ailleurs les suédois en tiennent compte en pondérant la règle des droits dans le système à compte notionnel ; comme on le fait pour les femmes ayant eu des enfants ;

- Enfin elle fait quasiment l’impasse sur l’étude des ressources complémentaires telles que le propose le PS, en taxant le capital ou en trouvant d’autres sources d’impôt. Cela dit, il y a un problème de logique à cette contribution : les assurances sociales, retraites comme sécurité sociale, doivent-elle être uniquement financées par contribution des futurs bénéficiaires ou par la collectivité générale dans son ensemble, par l’impôt ? Sachant qu’il faut penser au niveau global des prélèvements obligatoires (impôts + charges sociales) sur l’ensemble du PIB : 42,8% en France en 2008, 50% au Danemark et en Suède, 35% en Allemagne ou au Royaume Uni, 25% aux Etats-Unis. Ce taux impacte la compétitivité concurrentielle inter-pays (pour les entreprises notamment). Mais la question mérite d’être étudiée.

Alors, si on reportait le vote de la réforme et si on commençait enfin ce débat ?

 

Billet également publié par l'auteur sur Mediapart et Lepost.fr

26/06/2010

Position du Mouvement Démocrate sur la réforme des retraites

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Position du Mouvement Démocrate sur la réforme des retraites

Résolution du Conseil National du Mouvement Démocrate

Adoptée le 26 juin 2010

 

 

1- La réforme des retraites est vitale et ne saurait être différée.

Il s’agit de la première des trois réformes que nous devons concevoir pour la France, retraites, santé et dépendance, finances publiques. Soutenir devant les Français cette démarche réformiste, c’est un acte de courage nécessaire. Si la France ne réussissait pas à conclure cette réforme, à la rendre humainement acceptable par tous, ou si la réforme était insuffisante, alors le pays se trouverait en danger.

 

2- Avant tout, la réforme des retraites doit s’accompagner d’une conquête de la production et donc d’une reconquête du travail tant en nombre d’emplois qu’en qualité du travail.

L’absence d’une réflexion et d’une politique compréhensibles par les Français sur une stratégie industrielle, agricole, agro-alimentaire, des services, ou touristique, de notre pays se fait cruellement sentir. Si l’activité productrice de la nation est trop faible pour créer de l’emploi, pour les jeunes autant que pour les seniors, alors toutes les réformes échoueront.

 

3- Cependant, pour sauver les retraites par répartition, la réforme ne peut éviter de répondre au défi démographique.

C’est le rapport déséquilibré entre le nombre des actifs et le nombre des pensionnés qui crée l’urgence. Le nombre des actifs ne cesse de baisser, notamment, c’est vrai, en raison de l’actuelle crise économique. Le nombre des pensionnés ne cesse d’augmenter, sous l’influence de la longévité, du dispositif « carrières longues » et de l’arrivée à l’âge de la retraite des générations de l’après-guerre.

 

4- Nous considérons qu’il est raisonnable de faire glisser progressivement l’âge légal à partir duquel on peut faire valoir ses droits à la retraite de 60 à 62 ans.

Si on choisissait de ne jouer que sur l’augmentation de la durée de cotisation, on créerait une situation dans laquelle tous les Français qui ont fait des études, tous ceux qui ont eu des carrières incomplètes seraient condamnés à ne pouvoir partir à la retraite que dans la zone des 70 ans ! Pour tous ceux qui seraient contraints de partir à la retraite avant cet âge, ce serait des retraites réduites, des pensions insuffisantes.

 

5- Trois conditions de justice doivent être satisfaites pour que la réforme soit acceptable par les Français.

La première, c’est l’ouverture d’une retraite plus précoce pour les salariés entrés dans la vie professionnelle très tôt. Sous réserve d’expertise, la proposition de maintenir l’âge de 60 ans pour les carrières longues (entrée dans la vie professionnelle avant 18 ans) nous paraît raisonnable.

 

6- La proposition liant la reconnaissance de la pénibilité à unei nvalidité constatée de 20 % donnant lieu de surcroît au versement d’une rente pour maladie professionnelle ou accident de travail n’est pas recevable.

Pour nous, la pénibilité doit être prise en compte, à l’image des accidents du travail, par une caisse autonome, alimentée par les entreprises au prorata des risques qu’elles font encourir à leurs salariés ce qui entraînera une évolution vers des parcours professionnels diversifiés et les incitera à augmenter la prévention.

 

7- La volonté de déplacer de 65 à 67 ans l’âge du départ à la retraite sans pénalisation pour les carrières incomplètes est inacceptable ! 62 ans oui, 67 ans non !

Ce sont les salariés les plus fragiles, les femmes qui ont commencé ou recommencé à travailler après avoir élevé des enfants, les petits salaires qui ont « galéré » qui se trouvent ici en cause. Cette décision repose d’ailleurs sur un artifice comptable : quand elles font valoir leurs droits à la retraite un très grand nombre de ces personnes ne travaillent plus ; elles sont au chômage, en fin de droits, aux minima sociaux ou sans ressources. Ce sont donc les caisses chômage ou les budgets sociaux qui doivent assumer la charge de leurs ressources.

 

8- Manque dans la proposition du gouvernement une orientation de justice très attendue des Français : l’égalité devant la retraite.

L’unification des régimes de retraite doit lever les injustices si profondément ressenties par nos compatriotes : régimes spéciaux ; fonctionnaires par rapport aux salariés du privé ; travailleurs indépendants ; parlementaires ; retraites « chapeau ». Ces avantages plus ou moins secrets ou discrets font régner un sentiment de profonde injustice. Seule une unification, prenant en compte les droits acquis dans le passé mais donnant à tous les mêmes règles pour l’avenir permettra de corriger les injustices et mettre fin aux privilèges. Nous croyons que la transparence généralisée, l’individualisation des droits, la connaissance de ces droits à tout moment de la carrière, le libre choix de la retraite à partir d’un âge légal, la simplification des régimes entraînant des gains de gestion, « retraite par points », ou par compte individualisé, doivent être

l’horizon proche de nos systèmes de retraite.

 

9- Enfin, l’équilibre financier à court terme des régimes de retraite n’est pour nous ni acquis ni même approché par les timides décisions annoncées. Cet équilibre financier demeure pour nous une très lourde préoccupation.

En particulier « l’augmentation » de 1 % (de 40 à 41 % !) de la tranche la plus élevée de l’impôt sur le revenu nous paraît purement cosmétique. On ne résoudra pas le problème par des expédients comme ceux qui sont envisagés, épuisant en quelques années le Fonds de réserve des retraites qui devait être réservé aux générations d’après-guerre. Les efforts qui

doivent être demandés, doivent l’être de manière durable et juste, proportionnée aux moyens réels de chacun et mettre à contribution des revenus, en particulier financiers, aujourd’hui en grande partie exonérés.

 

 

 

 
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