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08/02/2012

Rapport ODIS 2012 : « Gouvernance, lien social et performance », une vision du monde

L’association ODISSEE, avec le bureau d’étude L’ Observatoire du Dialogue et de l’Intelligence sociale (ODISvient de publier son nouveau rapport, présenté le 7 février 2012, intitulé  « Gouvernance, lien social et performance », une vision du monde.

Pour rappel, ODIS avait publié en 2004 un rapport sur l’état social de la France, comparant les régions de France en termes de lien social et de performance, puis en 2010 un rapport qui appliquait la même méthode comparative aux pays de l’Union européenne.  Ce rapport peut être commandé sur le site de la Documentation Française (27 euros), de même que le nouveau rapport 2012 (version franco-anglaise). J’avais d’ailleurs publié en décembre 2010 un article sur le rapport et ses conclusions, intitulé « Rapport Odissée sur l’état social de la France : le lien social est un facteur de performance ». J’ai aussi fait référence aux conclusions d’ODIS dans mon récent livre « La révolution humaniste », publié aux éditions Salvator.

Le rapport ODIS 2012 étend l’approche aux pays du monde, présentant des cartographies comparatives de 168 pays et des supports d’analyse indispensables pour comprendre nos sociétés.

Le principe retenu par ODIS est de recueillir une série d’indicateurs représentatifs du lien social et de la performance économique, de placer les pays à comparer sur un plan défini par ces deux axes (lien social et performance), de classer les pays et de calculer des corrélations entre des indicateurs et des groupes d’indicateurs, puis d’analyser les conclusions, de rechercher des explications aux résultats obtenus, pour enfin en tirer une vision prospective, constructive et positive, sur l’évolution souhaitée de nos sociétés pour l’avenir, une aide précieuse à l’action politique, économique et sociale.

Bien sûr, on peut toujours critiquer ou nuancer certaines hypothèses, le périmètre des indicateurs retenus* (limités par la disponibilité des chiffres par des organismes comme la Banque mondiale, l’ONU, l’OCDE, etc.), le calcul de l’indice « lien social » ou « performance » réalisé par une moyenne sans pondération, la vision statique des chiffres (photographie sur données récentes) sans mise en perspective historique notamment avant et après crise, … Mais les conclusions restent très pertinentes et sans appel : le rapport 2012 étendu à une vision mondiale confirme, comme les rapports précédents, qu’il n’y a pas de véritable performance économique sans cohésion sociale. La corrélation ne montre pas si c’est plutôt le lien social qui entraîne la performance ou si la performance favorise un terrain propice au lien social. En fait il y a combinaison des deux avec une interaction vertueuse entre ces facteurs.

Le graphique ci-dessous montre la corrélation entre lien social et performance, plaçant les pays sur la carte (nuage de points), le nuage étant agglutiné autour d’une diagonale représentant la parfaite corrélation. Pour les statisticiens, le coefficient R2 est égal à 0,61, ce qui montre une très bonne corrélation.

 

Sur les 168 pays, les mieux classés en haut et à droite sont :

1-     la Norvège

2-     la Suisse (1ère en performance)

3-     Singapour

La France n’arrive qu’en 25ème position (l'Allemagne est 19ème) et les Etats-Unis en 39ème position (bons en performance mais médiocres en lien social) …

Les pays ont été regroupés en régions (Union européenne, PECO, Asie, Amériques, Moyen-Orient, Afrique subsaharienne,…) ou encore OCDE, OPEP, Ligue arabe, BRICS, Pays de la Méditerranée.
Sur l’Europe, les meilleurs sont la Norvège, puis la Suisse et l’Islande. Les moins bien classés sont les pays d’Europe de l’Est de l’ancien bloc communiste.

Sur l’Union européenne, la Suède et les Pays-Bas sont en tête.

Sur l’Asie, les mieux classés sont Hong-Kong et Singapour, alors que l’Irak et l’Afghanistan sont les derniers.

Sur les Amériques, le Canada se détache nettement en haut à droite, l’Uruguay et l’Argentine sont bien placés, le Mexique et le Brésil moins bons sur le lien social, le Chili et le Costa Rica élevés en performance et moins bon sur le lien social.
En Afrique, les Seychelles, Maurice, la Tunisie sont les mieux classés, le Burundi a une position atypique avec un fort lien social et une performance basse, Madagascar figure dans les moins bien classés.

Il faut se plonger dans les cartes du rapport et leur commentaires, assez synthétiques pour parcourir le monde en quelques heures, et découvrir des explications éclairantes sur ce qui tire un pays vers le haut ou le bas, soit en lien social soit en performance, assorties d’éclairage contextuel sur chaque cas, qui permettent de rechercher les causes de ces résultats. 

Le sociologue fondateur d’ODIS qui a conduit l’étude, Jean-François Chantaraud, remarque que les racines du lien social sont essentiellement :

-         les moyens et techniques de communication

-         des pratiques démocratiques durables

-         l’existence de contre-pouvoirs permanents,

-         une dialectique entre le pouvoir temporels (les décideurs) et le pouvoir spirituels (les analystes de la décision, les garants d’un système de valeurs, d’un référentiel d’évaluation, qu’il soit religieux ou non, comme le parti communiste en Chine évaluant le gouvernement)

-         des valeurs humanistes et une vision tournée vers l’avenir

-         l’existence de mécanismes relationnels entre les personnes et le système

 

Ainsi, plus l’information est mutualisée, plus la société attache de l’importance au respect des personnes, des faits, des territoires, des règles, des biens, des idées, et plus elle est tirée vers le haut et la droite de la carte.

Une autre grille de lecture nous est alors proposée par ODIS, traçant une autre diagonale :

 L’originalité d’ODIS et de son approche mérite aussi d’être soulignée : ODIS fait appel à l’intelligence et à la contribution des citoyens, des experts, des partenaires sociaux, des responsables d’ONG, de syndicats et d’associations. Ainsi, un véritable dialogue est lancé, à commencer par la salle où était présenté le rapport, à l’auditorium Marceau de la Chambre des métiers, puis lors des nombreuses rencontres prévues avec les ONG (Banque mondiale, ONU, OCDE etc.), les universités, les responsables de la vie publique, politique, associative, syndicale, experts et aussi simples citoyens intéressés par la question, notamment sur Internet (s’inscrire au site ODISSEE pour proposer des contributions et des avis). De plus, ODIS devrait mettre prochainement  à disposition publique sa base de données, permettant à ceux qui veulent en extraire des chiffres, procéder à leurs propres analyses, corrélations entre indicateurs, de le faire. Enfin, ODIS pense dores et déjà à des évolutions pour enrichir son étude, notamment suggérées par les intervenants et auditeurs :

-         Evolution des pays dans le temps pour mise en perspective

-         Ajout d’autres indicateurs, si disponibles : niveau de corruption, part de l’économie parallèle, prise en compte dans la performance des économies d’énergie, du recyclage, de l’évolution vers l’économie de partage, d’achat d’un usage plutôt que d’un bien (marché de l’occasion, vélib ou autopartage, location d’outils …) car l’évolution des comportements consuméristes éco-responsables peut paradoxalement faire baisser le PIB en améliorant la performance,…

-         Extension de l’approche aux entreprises : la méthode étant rodée, il serait maintenant intéressant de l’appliquer dans d’autres domaines, par exemple de comparer les entreprises entre elles (grandes entreprises, moyenne et pourquoi pas petites, d’un même secteur ou non), pour réaliser un benchmark, selon des critères de lien social (dialogue social, parité …) et de performance. Chaque entreprise participante pourrait savoir où elle se situe sur le plan, comparée aux autres, et voir comment elle évolue dans le temps, même si les données sont confidentielles pour les entreprises ne souhaitant pas être nommées. Cela pourrait également stimuler les entreprises en vue de les inciter à s’améliorer.

Enfin, comme je l’écrivais en 2010 au sujet du précédent rapport, cette étude est une véritable leçon de politique : alors que la droite priorise la performance économique et la gauche la solidarité, le lien social, le vivre-ensemble, selon un clivage libéralisme/socialisme, cette étude révèle que les deux sont très liés. La conscience et la responsabilité citoyenne et la valorisation de l’être et de la relation humaine, plutôt que celle de l’avoir et du paraître, sont essentielles pour arriver à des efforts communs et à un consensus priorisant l’intérêt général, redonner l’impulsion à la création, à l’inspiration, que ce soit dans le domaine de la recherche, de l’entreprise, des arts et de la culture. Pour y arriver, il faut repenser « le sens de notre société », de notre vivre-ensemble », en partant des valeurs. Jean-François Chantaraud nous propose d’inventer la « sémiocratie », allant au-delà de la démocratie. « Il faut organiser une circulation et une mutualisation de l’information afin que chaque idée, chaque expérience, chaque savoir-faire et chaque énergie trouve la place qu’il mérite au profit de tous ». « Apprendre à bâtir des raisonnement collectifs dans lesquels chacun de reconnaît ».

Cette nouvelle forme de penser la société, de réfléchir ensemble pour construire un projet de société au service de l’homme, du développement humain, cela s’appelle l’humanisme.

 

 

 

Indicateurs retenus :

 

Les indicateurs du lien social :

1-      taux d’inscription à l’école primaire

2-      proportion de femmes dans les parlements nationaux

3-      parité filles-garçons à l’école secondaire

4-      taux d’activité des femmes

5-      migration nette

6-      utilisateurs Internet pour 100 personnes

7-      écart des taux d’intérêt

8-      taux de mortalité sur les routes

9-      dispersion des revenus : coefficient de Gini

10-  proportion des jeunes dans le chômage

11-  taux d’homicides volontaires

12-  particules en suspension dans l’air au niveau du pays 


Les indicateurs de performance :

1-      croissance du PIB

2-      PNB/habitant

3-      Dette publique

4-      Taux de chômage

5-      Nouvelles entreprises enregistrées (rapporté au nombre d’habitants)

6-      Exportations de biens et services

7-      Demandes de brevets (rapporté au nombre d’habitant)

8-      PIB par unité d’énergie utilisée

9-      Espérance de vie à la naissance

10-  Taux de mortalité infantile

11-  Taux d’alphabétisation

12-  Classement des universités

22/12/2010

Rapport Odissée sur l’état social de la France : le lien social est un facteur de performance.

L’association Odissée vient de publier le rapport sur «l’état social de la France», (voir  cet article de LaCroix ).

Il est maintenant possible de commander le rapport intégral sur le site de La Documentation Française (27 euros).

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Ce rapport montre qu’il n’y a pas de véritable performance économique sans cohésion sociale.


 

En résumé :

- En matière de performance globale – économique et sociale-, la France ne se classe qu’au 8e rang des 27 pays européens ;

- On peut avoir un fort niveau de protection sociale et un faible niveau de lien social, ce qui est le cas de la France (ce qui ne m’étonne pas car il peut y avoir déresponsabilisation par délégation du social à l'Etat, renforçant le comportement individualiste) ; » L’État impulse tout et il y a une démission du citoyen ».

- la situation est très contrastée selon les territoires, les régions de France. Par ex l'Ile de France est au 1er rand en terme de performance et 20ème en termes de lien social. Explications intéressantes et comparaison avec les régions qui réussissent le mieux (Pays de Loire, Bretagne, Midi-Pyrénées, Alsace, Rhône-Alpes).

Enfin, cette étude est une véritable leçon de politique : alors que la droite priorise la performance économique et la gauche la solidarité, le lien social, le vivre-ensemble, selon un clivage libéralisme/socialisme, cette étude révèle que les deux sont très liés. La conscience et la responsabilité citoyenne et la valorisation de l’être et de la relation humaine, plutôt que celle de l’avoir et du paraître, sont essentielles pour arriver à des efforts communs et à un consensus priorisant l’intérêt général, redonner l’impulsion à la création, à l’inspiration, que ce soit dans le domaine de la recherche, de l’entreprise, des arts et de la culture. Pour y arriver, il faut repenser « le sens de notre société », de notre vivre-ensemble », en partant des valeurs. Le délégué général de l’association, Jean-François Chantaraud nous propose d’inventer la « sémiocratie », allant au-delà de la démocratie. « Il faut organiser une circulation et une mutualisation de l’information afin que chaque idée, chaque expérience, chaque savoir-faire et chaque énergie trouve la place qu’il mérite au profit de tous ». « Apprendre à bâtir des raisonnement collectifs dans lesquels chacun de reconnaît ».

Cette nouvelle forme de penser la société, de réfléchir ensemble pour construire un projet de société au service de l’homme, du développement humain, cela s’appelle l’humanisme. Cette troisième voie, différente du libéralisme incarné par la droite, fondé sur l’argent, le profit, et aussi différente du socialisme, incarné par la gauche, dont l’Etat a un rôle central tout en ciblant l’égalité. C’est cet humanisme qui caractérise le projet de société du centre, sortant de l’habituel clivage droite/gauche. Un centre qu’il ne faut pas voir superficiellement comme un ectoplasme volatil supplétif de la droite ou de la gauche, mais plus profondément sur les valeurs qu’il incarne et le nouveau projet qu’il propose. A condition d’être indépendant, de bien marquer sa différence et d’exprimer son projet, à condition d’être écouté plutôt que l’objet de dénigrement et de moqueries des médias, oui ce centre là peut devenir un socle offrant une alternative crédible et redonnant l’espoir.

Quelques extraits ci-dessous, repris des articles du journal LaCroix, en référence :

http://www.intelligencesociale.org/ressources/documents/2...
http://www.intelligencesociale.org/ressources/documents/2...
http://odissee.info/ressources/documents/20101220_LaCroix...

 

Ce rapport montre à quel point la cohésion sociale est le meilleur instrument de la performance économique. Le savoir-faire se nourrit du savoir-être ensemble. La bonne gouvernance (c’est le mot à la mode) a besoin de confiance, de participation, de subsidiarité… Une organisation du pouvoir trop centralisée est un frein aux initiatives. La négociation est indispensable.

Dans la comparaison européenne, la France, 8e, « Une position moyenne » occupée également par le Royaume- Uni et l’Allemagne, bien derrière les pays scandinaves, a encore des progrès à faire dans beaucoup de domaines. Au 12e rang seulement pour la performance économique, elle ne brille pas non plus par ses résultats en matière de lien social puisqu’elle n’occupe que la 8e place derrière, sans surprise, les pays scandinaves mais, plus étonnant, après également le Royaume-Uni ou l’Irlande.

Le résultat est sans appel : les pays les plus performants sont aussi ceux qui ont les meilleurs résultats sur le plan de la cohésion sociale. Et de ce point de vue, ce sont les pays du nord de l’Europe (Suède, Finlande, Danemark) qui arrivent en tête du palmarès, avec les Pays-Bas et l’Autriche. Des pays qui ont pour trait commun d’avoir un système de gouvernance reposant sur une démocratie sociale et locale très développée.

Dans les pays nordiques, elle se traduit par « un contrat social fondé sur un impôt élevé et des mécanismes de redistribution sociale nombreux », et aux Pays-Bas, par une tradition « toujours actuelle de participation élevée des partenaires sociaux dans la vie économique et sociale », remarque le rapport. « Il est intéressant de noter que les cinq pays qui arrivent en tête sont aussi ceux qui arrivent en première position pour le taux d’emploi des femmes ou les dépenses d’assistance aux personnes âgées. Ce sont des démocraties où l’on parvient à construire un consensus sur des enjeux sociétaux », commente l’un des auteurs. À l’inverse, la Grèce, où le lien au collectif est très distendu, se retrouve dans le bas du classement.

Quant à la France, elle bénéficie d’amortisseurs dans les périodes de crise et rebondit moins vite ensuite sur le plan économique. Le délégué général de l’association, Jean-François Chantaraud, explique que les conditions du débat y sont insuffisamment réunies, l’État impulse tout et il y a une démission du citoyen. La preuve, nous avons fait la réforme des retraites en six mois alors qu’en Finlande, ils ont mis quinze ans pour y parvenir. »

La situation est cependant contrastée selon les territoires. Le palmarès des 22 régions françaises place en tête les Pays de la Loire, la Bretagne et Midi-Pyrénées. Avec une exception, l’Île-de-France. Au 1er rang en termes de performance, elle ne se classe qu’au 20e rang en termes de lien social, infirmant ainsi la règle qui veut que les deux aillent de pair. Une position « atypique » qui s’explique pour des raisons historiques de centralisme et de concentration de tous les pouvoirs. Super-performante, la région parisienne est aussi celle où le lien social est le plus altéré, compte tenu de l’anonymat généré par la forte concentration urbaine, des durées de transports ou de la délinquance. Si l’on exclut ce cas particulier, les régions qui réussissent le mieux sont aussi celles où l’on vit le mieux. Elles se situent sur un axe centre-ouest – avec les Pays de la Loire, la Bretagne, Midi-Pyrénées, Limousin – et à l’extrême est du pays (Alsace, Rhône-Alpes). Des territoires qui ont en commun d’entretenir une relative indépendance à l’égard du pouvoir central. La recette résiderait là encore dans le mode de gouvernance. « Ce sont ceux où l’information circule facilement, où le débat public est le plus dynamique et où chacun s’implique plus qu’ailleurs dans la construction du collectif », analyse le rapport.

À cet égard, les Pays de la Loire sont l’exemple le plus probant. Dans cette région de tradition catholique, la culture de l’entraide et de la solidarité est très forte – c’est là que sont nées les mutuelles – et le territoire s’est développé de manière équilibrée autour de pôles urbains complémentaires dont aucun ne domine l’autre. Résultat : c’est une des régions où l’on trouve le plus de bacheliers, où il y a le plus faible taux de chômage, le moins de conflits du travail et d’arrêt-maladie, et où l’on vote le plus…

 

 

 
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