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14/08/2012

Pour de nouvelles formes de politique collaborative

Ce n’est pas en clivant les citoyens et en favorisant sans cesse le conflit politique que l’on fait avancer la société. L’heure est à la mobilisation de tous pour sortir des crises et travailler ensemble sur un projet de société commun. Sans nier leurs différences, les partis politiques devraient être plus constructifs et accepter de nouvelles pratiques collaboratives pour le bien de tous.


Les partis politiques sont censés représenter des courants d’idées qui s’appuient sur des valeurs. Ils visent des objectifs à atteindre selon certaines priorités et favorisent des moyens d’action pour atteindre ces objectifs.  Par ailleurs, l’exercice du pouvoir en démocratie est confié à des représentants élus par les citoyens. Ainsi, le parti majoritaire dispose de voix prépondérantes lui donnant le pouvoir principal de décision, mais les autres partis devraient au moins prendre leur part dans les propositions, dans la préparation des lois, jouer aussi un rôle équilibrant. Or que constate-t-on, à tout le moins en France ?

  • Les partis politiques ne sont pas clairs dans leurs intentions. Ces dernières demeurent souvent confuses, non dites, pas toujours partagées. Il peut même y avoir des contradictions d’intention au sein d’un parti (pudiquement appelées des courants) ;
     
  • Les partis font semblant de croire que leurs finalités sont claires, en affichant des objectifs concrets mais sans exprimer l’intention qui les motivent. Par exemple « réduire la dette », mais sans en expliquer le pourquoi (Pour ne pas pénaliser les générations futures ? Prétexte pour réduire les charges sociales et la dépense publique ? ). Un autre exemple : une réforme fiscale proposant des taux d’imposition jusqu’à 100% au dessus d’un revenu de 360 000 euros (proposition du Front de Gauche), est affichée comme une finalité de « partage juste de la richesse ». Mais à un tel niveau confiscatoire, la motivation à entreprendre et à gagner au-delà du seuil tombe ou alors tous les riches atteignant ce seuil s’en vont, donc au final il n’y a plus de répartition de richesse et l’intention non dite se révèle plutôt être de « faire payer les riches, de les punir » ;
     
  • Les partis se mettent en concurrence pour gagner des électorats (comme si c’étaient des marchés). Ils se livrent alors à une sorte de guerre, de lutte pour le pouvoir, et tous les moyens sont bons pour arriver à leur fin : manipulations, insultes, dégradation de l’image du concurrent. Une fois le parti gagnant au pouvoir, les partis d’opposition critiquent et dénigrent systématiquement toutes les actions du gouvernement. En cas d’alternance, le parti nouvellement élu détricote les lois mises en place par le gouvernement précédent. Il est assez rare que l’opposition collabore aux projets de lois souhaités par le gouvernement. En tout cas les partis veulent s’afficher ainsi dans ce conflit permanent, même si en réalité la pratique des commissions de l’Assemblée ou du Sénat met autour de la table des parlementaires appartenant à des partis différents : en commission, ils travaillent ensemble mais dès qu’ils se savent filmés, par exemple lors de la séance de questions au gouvernement, ils reprennent leur combat de coqs. Lorsqu’une personnalité politique étiquetée d’un parti opposé au pouvoir fait un pas dans le sens d’une volonté constructive de coopération avec le pouvoir, elle est presque toujours traitée de traître, de « collabo ». Ainsi est-il difficile et assez mal vu de monter un gouvernement d’ouverture. Que n’a-t-on dit aussi de Jacques Attali, ex-conseiller socialiste de François Mitterrand, acceptant de présider une commission de travail sur la croissance commandée par le gouvernement Sarkozy ? Pourtant des initiatives collaboratives ont été mises en place, comme la commission sur le Grand Emprunt, co-présidée par une personnalité de droite Alain Juppé et une personnalité de gauche Michel Rocard. Et quelle polémique s’est déclenchée tout récemment lorsque Robert Rochefort, député européen du MoDem, a déclaré lors d’une interview qu’il était prêt à travailler avec la nouvelle majorité gouvernementale sur les sujets économiques (il n’avait parlé ni de ministère, même si le titre de l’article le laissait entendre, ni de ralliement, il pouvait s’agir d’autres formes de collaboration). Preuve de la sensibilité du sujet, plusieurs parlementaires du MoDem se sont sentis obligés de préciser que l’heure n’était pas au « ralliement », pour éviter toute interprétation erronée. De même que Bruno Le Roux, président du groupe PS à l'Assemblée, a réagi en conditionnant une telle éventualité de collaboration à une approbation de l’ensemble de la politique définie par le président et le gouvernement, une sorte de soumission inconditionnelle.  Aucune nuance, réactions caricaturales. Ce à quoi Robert Rochefort a répondu « Le sujet n'est pas de devenir ministre, mais d'inventer des formes nouvelles pour permettre une plus large coopération politique », citant l’exemple de Martin Hirsch qui avait été nommé Haut Commissaire et non ministre.
     
  • Il existe un socle de valeurs commun aux partis, qui fonde notre pacte social : les valeurs de la république exprimées par le triptyque liberté-égalité-fraternité. Presque tous les partis s’entendent a priori sur ces valeurs de la république, de même que celles de la démocratie. Mais quelle définition attribuent-ils à ces valeurs ? Et mettent-ils ces valeurs dans leurs actes ? Par exemple le libre-échange prôné par un parti de droite peut être qualifiéde néolibéralisme par la gauche ; de même que l’égalité et la solidarité, prônées par un parti de gauche, peuvent être qualifiées d’égalitarisme et d’assistanat par la droite. La gauche prône plus de justice, mais la droite trouve que ce n’est pas juste de récompenser les paresseux ! L’UMP, avec la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, est allée jusqu’à proposer de nouvelles valeurs pour le modèle français : le travail, le mérite, la responsabilité. Comme si  travail,  responsabilité et  mérite  étaient opposés à justice, solidarité et  fraternité… Or il n’est pas possible de ne pas vouloir les deux en même temps, l’équilibre des deux !
     
  • Nous sommes  malheureusement dans une démocratie d’opinion. Comme le dit Roger Nifle : « L’opinion publique est simplement la marque d’une émotion publique trafiquée par les caisses de résonances que sont les médias. Convergent là les intentions malveillantes de manipulateurs, l’écho toujours plus aisé dans les zones de faiblesses humaines, [...] Démagogie et démocratie dans la plus terrible confusion. [...] La caricature grimaçante du politique. » Les médias valorisent la mise en scène des conflits, les petites phrases assassines. Faire mousser pour vendre et plus il y a de mousse, plus les journalistes sont contents. Ils pensent que le peuple aime ça. Il le pousse même à aimer ça.  Ainsi, une personnalité politique comme François Bayrou qui cherche l’équilibre, la nuance, la complémentarité, qui veut travailler à la fois avec la droite et avec la gauche pour se concentrer sur quelques sujets graves et prioritaires pour le pays en crise (emploi, finances publiques, moralisation, échec scolaire), n’est pas vendeur pour les médias, il ne joue plus la règle du jeu implicite. 

Pourtant, il existe des pays où la culture collaborative, l’esprit de coopération, une démocratie moins conflictuelle, permet une mobilisation plus constructive des élus issus de partis différents et facilite un travail en commun. C’est le cas des pays nordiques : Michel Hastings remarque que « les pays scandinaves partagent une culture politique de la négociation qui leur a permis de mettre en place un répertoire très diversifié de modalités de consultation et d’association entre le gouvernement et l’opposition parlementaire. Mais au-delà de ces diversités, on constate aujourd’hui un recul des recherches de majorités ad hoc au profit d’un soutien conçu dans la durée par des partis érigés en partenaires. Ces arrangements s’institutionnalisent progressivement, engageant désormais les loyautés et les confiances dans des programmes de plus en plus intégrés. Il est probable qu’à terme ces reconfigurations coalitionnelles s’accompagnent d’une hiérarchisation des partis d’opposition en fonction de leur potentiel d’association. »

Remarquons d’ailleurs, comme le constatent Yann Algan et Pierre Cahuc dans leur étude sur «La société de défiance »  que les pays qui favorisent cette culture de coopération ou de collaboration, tels les pays nordiques, sont plus propices au climat de confiance entre les citoyens. Ou bien le climat de confiance est-il un conditionnement préalable à un fonctionnement collaboratif ? L’étude montre que « le manque de confiance des Français entrave leurs capacités de coopération, ce qui conduit l’État à tout réglementer et à vider de son contenu le dialogue social ».

Citons aussi le Parlement européen, où les députés de partis différents arrivent mieux à travailler ensemble dans des commissions, sur des projets. Ce n’est donc pas impossible.

 

Comment redonner un sens positif à la « collaboration » ?

Ce mot « collaboration » est porteur d’un sens négatif en France, rémanence du gouvernement de Vichy, teinté de « traîtrise », de soumission au plus fort, ou parfois de mépris (lorsque Nicolas Sarkozy avait qualifié son premier ministre de simple « collaborateur »). Aussi lui préfère-t-on souvent le terme de « coopération ». Or la collaboration, qui est labeur et œuvre ensemble (co), dans un projet partagé, va plus loin que la coopération qui se limite à opérer, à faire ensemble, pour des objectifs ponctuels communs. Les notions de finalité et de sens partagé sont donc primordiales dans le concept de collaboration. Ce terme mériterait de retrouver ses lettres de noblesse.

 Collaboration à six mains
Collaboration à six mains

Il faudrait commencer par arrêter de faire semblant, de faire croire que des personnes de partis différents ne peuvent pas travailler ensemble. Certains médias devraient peut-être prendre le contre-pied du mauvais état d’esprit consistant à valoriser le conflit, en mettant en valeur les initiatives constructives, de personnes ou d’organisations, en mode collaboratif. Il en est souvent question mais cela reste des actions isolées. Il faut changer l’état d’esprit, libérer les politiques de cette quasi obligation actuelle de se critiquer mutuellement, même quand ils peuvent être d’accord sur un point ! Changeons les critères d’évaluation des politiques : les meilleurs seraient ceux qui parviennent à faire travailler les gens ensemble pour faire aboutir les projets, les objectifs communs dans l’intérêt de la France (dette, emploi, éducation, moralisation …). On pourrait suggérer un site Internet où pourraient être évalués les comportements politiques, les attitudes plus ou moins constructives, la capacité à rassembler, un peu sur le modèle du site « désintox » pour faire la chasse aux mensonges lors de la campagne présidentielle. 

Enfin pensons à de nouvelles formes de gouvernance, introduisant des plates-formes collaboratives, utilisant mieux des commissions de travail gouvernementales. Non pas des comités « Théodule » donnant l’impression que l’on traite un sujet pour mieux s’en débarrasser, mais des groupes de travail pluralistes, faisant travailler ensemble différentes nuances politiques, des experts et des acteurs de la vie civile, qui soient de véritables forces de proposition et de progrès. Le gouvernement prend des initiatives allant dans ce sens mais encore timides, limitées et dont le casting laisse à désirer … Déplorons que la Commission sur la moralisation de la vie politique, récemment constituée sous la présidence de Lionel Jospin, ne comporte qu’une personnalité d’opposition, Roselyne Bachelot, de l’UMP, aucun membre du MoDem qui pourtant a été à l’origine de cette idée, ni de EELV comme par exemple Eva Joly, dont la corruption en politique est l’un des fers de lance. Regrettons aussi qu’il n’y ait pas eu (pour le moment) de commission de travail sur le « produire en France », dont une personnalité reconnue comme Robert Rochefort aurait très bien pu prendre la présidence. 

Cette souhaitable évolution des mentalités dans le sens constructif, coopératif et surtout collaboratif, n'est ni naïve, ni angélique, c'est avant tout une question de volonté et d’affirmation claire des intentions.

 

Marie-Anne Kraft et Judith Jérusalmi

 

*Judith Jérusalmi est consultante dans la conduite mobilisatrice du changement au sein des grandes entreprises, des administrations et du secteur de la santé et du social. Elle travaille sur la motivation, l’émergence des potentiels, l’implication dans l’action et l’adhésion aux projets, par la pratique du travail collaboratif.

Marie-Anne Kraft est auteur de « La Révolution Humaniste », une réflexion sur le modèle de société. Pour remettre l’homme au centre, à la place de l’argent, pour que la politique et l’économie soient au service de l’humain, elle prône une société plus coopérative, en alternative ou en complément à la compétition, des approches plus collaboratives dans différents domaines, notamment la gestion de l’entreprise, la construction européenne et le fonctionnement politique.

 

24/07/2011

Plan d'aide à la Grèce : réactions de Bayrou, de Fillon, ... et conséquences

Derrière l'apparence d'un sauvetage avec sourires affichés et poignées de mains fraternelles, d'une réconciliation du couple franco-allemand et d'une Europe qui recolle les morceaux, quelques remarques pour la suite ...

La presse a essentiellement retenu le succès du sauvetage et ... enfin une Europe de la zone euro qui commence à s'entendre à la dernière minute, grâce à la réconciliation du couple franco-allemand sur un compromis, notamment sur la contribution du secteur privé (banques, assurances, fonds de pension) ! L'Union européenne a débloqué 158 milliards d'euros : 109 milliards seront financés par l'Europe et le FMI. Le reste sera apporté par des institutions privées.

Cependant quelles remarques méritent d'être soulignées :

1- Le plan d'aide à la Grèce est un répit mais qui ne suffit pas à éviter les autres crises prévisibles, notamment sur les autres pays de la chaine de dominos. Il éteint un feu sur des braises ardentes et l'incendie risque de reprendre.

Comme le dit François Bayrou : "On était dans l'urgence extrême (...) On a pris des décisions dans la douleur qui donneront un répit au gouvernement grec et on l'espère à son peuple. Mais ce plan ne suffira pas", le plan "souffre de deux défauts rédhibitoires". D'abord, "il dit haut et fort que les efforts qui ont été décidés en faveur de la Grèce, notamment du secteur bancaire, ne seront en aucun cas repris pour d'autres Etats", or "traiter au coup par coup, c'est se condamner à des crises à répétition.  Ensuite, "les règles et les structures d'une défense systémique de la monnaie européenne (mutualisation de la dette, structure commune de gestion et autorité politique) n'ont pas été mises en place et donc les même causes risquent à court terme de produire les mêmes effets. On aurait voulu et espéré que la crise grecque permette à la zone euro de régler les problèmes d'ensemble qui l'assaillent. On n'a pas trouvé la réponse et on connaîtra d'autres crises".

2- La contribution "volontaire" du secteur privé cache un transfert des risques du privé vers le public :

Le dispositif de "contribution volontaire" du secteur privé (des banques) donne le choix entre trois options (prolonger les prêts avec taux abaissé, reconduire les prêts ou revendre la dette grecque au FESF avec une décote (ou l'échanger contre titres de zone euro bien notés, avec décote)  mais reste à préciser toutes les contraintes, un chiffrage plus précis de ces engagements soi-disant "volontaires" des banques.  Le Financial Time, Mediapart et ATTAC ont dénoncé le risque de voir se transformer le Fonds européen de stabilité financière en une structure qui rachète les bad debts, et renforce la spéculation sur les obligations risquées. Ce dispositif rappelle une structure de défaisance à l'instar du CDR du Crédit Lyonnais. Ainsi, les banques pourraient se débarasser de ces actifs pourris, bien sûr avec une décote donc en subissant une perte mais ainsi en limitant les dégâts, et ce risque serait supportépar l'ensemble des contribuables de la zone euro ... Il s'agit d'un transfert des risques du privé vers le public !

3- Le gouvernement va probablement utiliser le prétexte d'aide à la Grèce pour justifier son excès de dette publique :

Comme le dit cet article du Monde François Fillon annonce que ce plan coûterait 15 milliards d'euros à la France d'ici 2014 et viendrait augmenter notre endettement compte tenu de l'intégration des garanties. Ceci est faux car une garantie  n'exige pas l'appel en financement, donc l'endettement supplémentaire, tant qu'elle n'est pas exercée, tant qu'il n'y a pas défaut. Ou alors il a déjà intégré la certitude de la faillite de l'Etat grec, ce qui signifierait que la garantie de l'Etat apportée au secteur privé (aux banques) est en fait un cadeau ! Voir cet article de l'Expansion qui précise ce que l'aide à la Grèce va vraiment coûter à la France (en fait 5 milliards ont vraiment été avancés par l'Etat français en prêt direct pour la Grèce). C'est La Croix qui explique le plus précisément le dispositif décidé.

Précision ajoutée le 3 août, suite à une information apportée par Raphaël Vuitton, un internaute :

"C'est à tort que vous contestez que la dette de la France ne sera pas impactée par la garantie apportée.

En effet, Eurostat a décidé que les fonds levés dans le cadre de la Facilité Européenne de Stabilisation Financière (FESF) doivent être enregistrés dans la dette publique brute des Etats membres de la zone euro participant à une opération de soutien, en proportion de leur part dans la garantie accordée.

Ainsi, conformément aux règles comptables de l’Union européenne, la dette de la France sera augmentée au fur et à mesure des emprunts contractés par le FESF au prorata de la participation de la France au fonds, par le biais de la garantie apportée.

La dette de la France augmentera donc, même si la garantie n'est pas appelée.

Cette dette n’induira toutefois pas, dans l'immédiat, de charge d’intérêt supplémentaire pour l’Etat français, ni de besoin de recours au marché supplémentaire.

Écrit par : Raphaël Vuitton | 02.08.2011

Voici le lien vers les documents (background note et CP) explicitant la décision d'EUROSTAT, en date du 27 janvier 2011.

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page/portal/gover...

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-27012...

Je vous renvoie également à l'exposé des motifs du PLFR 2011 qui sera discuté en septembre prochain au Parlement lors d'une session extraodinaire."


4- Nous sommes informés des mesures d'austérité imposées à la Grèce ainsi que des décisions concernant l'aide des pays européens mais pas sur d'éventuels engagements de la Grèce concernant les mesures fiscales qu’il faudrait mettre en place sur les activités d’armateurs et de l’église, actuellement exonérés, ainsi que les mesures visant à éradiquer l’éviction fiscale (marché noir) qui touche 30% de l’économie et surtout une mesure visant à arrêter les dépenses énormes d’armement du fait du conflit opposant la Grèce à la Turquie notamment impliquant Chypre, qui est dans l’UE. Faisons les comptes sur ces points et exigeons des engagements !

5- Enfin, comme le dit très justement l'Oeil du Post dans cet article, avec un extrait-montage très significatif et édifiant, Nicolas Sarkozy a fait montre d'un comportement étrange lors de sa conférence de presse annonçant les décisions relatives à ce plan. Mal à l'aise car devant faire ce discours sans note (d'habitude il lit toujours un texte qui lui a été préparé au point de lever rarement les yeux vers la caméra), il donne l'impression de ne rien comprendre à ce qu'il raconte, n'est absolument pas clair, il a une gestuelle surjouée, ponctuées de tics nerveux. Ce n'est pas très bon signe ...

19/09/2007

Face à des philosophies différentes de l’approche de l’homme par la droite et la gauche, la position de Bayrou et de son Mouvement Démocrate

Nous tentons de différencier les partis en comparant leur contenu politique. Or, qu’est-ce qu’un contenu « politique » ?

Ce devrait être une déclinaison en projet, en programme d’actions, de valeurs que l’on cherche à promouvoir selon certaines priorités, en privilégiant des moyens qui semblent les mieux appropriés à répondre à leur mise en œuvre.

Il faut donc logiquement bien définir au préalable ces valeurs et priorités et bien argumenter quant à l’efficacité des moyens préconisés, usant de pragmatisme (par comparaison avec nos pays voisins notamment) et expérimentation (dans le passé ou sur un sous-ensemble limité avant de les généraliser).

Il m’est apparu que si l’on doit résumer au plus simple « la mystique », ce qui motive profondément les intentions de « la droite », découle d’une conviction intime, d’un postulat, que l’homme est intrinsèquement mauvais et qu’il ne pourra pas s’améliorer. Il est ainsi et il faut optimiser le monde autour de ce constat. D’où les priorités d’ordre sécuritaire, à la répression plutôt qu’à la prévention, certaines croyances quant aux prédispositions génétiques, l’acceptation de la loi du plus fort, une reconnaissance des riches et des puissants, des « stars people », quels qu’aient été leur mérite, leur chance ou leur héritage justifiant leur succès matériel et médiatique, leur opulence matérielle servant de modèle ultime plutôt que les qualités morales et spirituelles. En terme de moyens, « la droite » croit plus en l’autorité, la centralisation des pouvoirs imposant des décisions (marquée par un étatisme important et de puissants lobbies sous couvert d’un apparent mais trompeur libre-échangisme), la motivation matérielle (l’outil fiscal notamment) et quantitative (culture du chiffre que ce soit pour la police, l’école, le chômage…).

De l’autre côté, la conviction intime de « la gauche » me paraît découler de l’hypothèse rousseauiste que l’homme est intrinsèquement bon. D’où la dérive libertaire et le déni des problèmes de sécurité (responsable de l’échec du PS en 2002), l’idée que tous les problèmes viennent du manque de moyens donnés à l’homme et à la prévention du mal, que ce soit sur les problèmes d’éducation (il suffit de plus d’enseignants et de surveillants…), de chômage (il suffit d’offrir une formation et une assurance sécurité emploi, de redistribuer le temps de travail quitte à sacrifier généreusement les heures supplémentaires de ceux bénéficiant d’un travail, …), au point d’en oublier les réels levier de la croissance, l’entreprise, et entretenant une illusion et, par là, des déceptions.

En terme de moyens, « la gauche » prône un interventionnisme important de l’Etat protecteur et re-distributeur. Tandis que « la droite » prône également la toute puissance de l’Etat, mais plutôt au profit de la centralisation du pouvoir et de l’application de son autorité… « La gauche » n’a pas la culture du chiffre de « la droite ». Elle est plutôt dans le registre qualitatif, plus subjectif, moins mesurable, plus flou.

La gauche comme la droite, ont infantilisé le citoyen, cet enfant intrinsèquement bon ou mauvais, lui laissant croire que l’Etat tout puissant va régler tous ses problèmes, qu’il suffit de voter, de déléguer le pouvoir et d’obéir, faire confiance… Les psychologues diront que la droite représente le père et la gauche la mère.

La gauche comme la droite, prônent la démocratie alors même que leurs gouvernements ont galvaudé ce terme et n’ont pas respecté la démocratie. La suppression de la proportionnelle à l’Assemblée puis le maintien confortable de cet état de fait, empêchant la représentativité des différents courants d’opinion au motif d’éviter celle du Front National ou d’assurer une franche majorité est une piètre excuse. L’autorisation de cumul de mandats doublée d’absentéisme à l’Assemblée est indigne. La compromission entre le pouvoir politique, financier et médiatique rend forcément illusoire la démocratie, l’information libre du citoyen. Démocratie signifie « pouvoir du peuple », s’appuyant sur sa conscience et sa responsabilité, le contraire de l’infantilisation.

Face à ces approches, le Mouvement Démocrate (MoDem)  en a une autre. Il refuse la qualification de « centre », qui fait référence à quelque chose qui se situerait dans l’espace entre la gauche et la droite (donc ici entre la croyance en un homme un peu bon et un peu mauvais, entre le père et la mère …). Le MoDem est inspiré d’humanisme et de démocratie au sens originel des mots. Il a la conviction que l’homme n’est ni intrinsèquement bon ni intrinsèquement mauvais mais qu’il porte en lui biologiquement à la fois des pulsions agressives de survie (le bas cortex, la première couche dite « reptilienne » du cerveau), une affectivité (seconde couche du cerveau commune aux mammifères), et enfin une couche supérieure qui caractérise l’homme, le cerveau supérieur, qui contrôle les pulsions et l’affectivité, qui est capable de se fixer une ligne de conduite, de réfléchir sur ce qui est bon et mauvais à titre individuel et aussi à titre collectif dans le sens de l’intérêt général même si parfois il contraint un intérêt particulier.

L’humanisme vise l’amélioration de l’être humain et le progrès de l’humanité. Il croit que l’homme est en devenir vers un « meilleur », de même pour l’ensemble de la société humaine. Et que pour se faire, il doit exercer sa conscience et sa responsabilité (vis à vis de lui-même, des autres, des générations futures…), pas simplement se laisser guider et se faire dicter une conduite.

En ce sens il est logique que le MoDem commence avant toute chose à définir une charte des valeurs et une charte éthique, une manière de conduire la politique. Le nom de « Mouvement démocrate » n’est pas choisi au hasard. Le « mouvement » traduit cet homme et cette société en devenir. Démocrate reprend le sens originel de son nom. Est-ce un hasard aussi si en verlan Modem donne « Demo », qui signifie « le peuple » ?

Et nous ne sommes pas dans un monde fermé, il faut maintenant travailler avec nos homologues européens démocrates, ce que fait le MoDem bien plus que les autres partis.

Concernant les moyens d’actions de la politique, le MoDem a une approche pragmatique afin de bien comparer l’efficacité des moyens d’actions entre les pays qui ont appliqué différentes méthodes et dans quel contexte (notamment TVA sociale, leviers de croissance…) avant de s’en inspirer.

Il faut du PRAGMATISME et surtout de l’EFFICACITE. Il était reconnu que les deux emplois sans charges par entreprise relanceraient efficacement la croissance par l’offre (avec un coût inférieur à 6 milliards d’euros sans compter les rentrées fiscales liées au bénéfice de la croissance), alors que le bouclier fiscal décidé par Nicolas Sarkozy est un cadeau aux plus riches sans efficacité quant à la croissance (pour un coût de 15 milliards !) et que la croyance en une relance par la consommation est aujourd’hui plus illusoire que celle par l’offre (amélioration de la compétitivité des entreprises par allègement de charge et incitation à l’investissement), car les français consomment plus de 50% de produits importés …

Vous me trouverez sans doute « utopiste », je vous répondrai que je suis plutôt volontariste et que je garde espoir, qu’un monde humaniste prenne le dessus sur un monde matérialiste et dominé par l’argent et la violence. Le MoDem me semble être le seul parti aujourd’hui à prendre le problème par le bon côté et être porteur de cet espoir, de la fondation de ce nouveau modèle de société. Les tentatives actuelles d’expression d’une nouvelle « gauche moderne », qui accepte la mondialisation, le libre-échange, prône l’humanisme et ne considère plus que l’Etat doit tout prendre en charge reprennent ni plus ni moins ce qu’a déjà décrit François Bayrou. Comme Nicolas Sarkozy s’en inspire également de plus en plus, d’abord dans la formation d’un gouvernement d’ouverture, de sensibilités politiques plurielles, et récemment dans la proposition d’un « small business act » à la française pour la relance des PME. C’est un signe que Bayrou a raison, c’est lui qui montre le chemin.

L’enfant citoyen est sur le point de devenir un adolescent, l’éveil de sa conscience et de sa lucidité peut se faire grâce à un homme providentiel tel que François Bayrou. L’adolescent porte en lui l’émancipation et la révolte, mais également le désir de devenir adulte et responsable. Et je pense que c’est cette attitude qui permettra à l’homme de sauver son devenir existentiel et la survie même de son espèce et de la planète. Le « surhomme », qu’annonçait Nietzsche après la phase de nihilisme de nos sociétés dites modernes et évoluées, c’est celui qui saura passer cette crise d’adolescence et rendre dominant ce nouveau modèle de société qu’est l’humanisme.

28/05/2007

Quelle politique aujourd’hui pour quelle société demain ? Leçons de la campagne électorale...

La campagne électorale pour les présidentielles fut un zapping sur quelques mesures phares, rebondissant chaque jour selon les événements de l'actualité, et surtout une bataille d'image... Elle a beaucoup parlé de « pouvoir d’achat » (orienté consommation !) et d’identité nationale mais n'a malheureusement pas été l'occasion de débattre du sens que nous souhaitons donner à notre vie en société (est-ce trop intellectuel d'en parler ?).

Et les grands dossiers de la réduction de la dette, des retraites, du déficit de la sécurité sociale et de l’aggravation du problème de la dépendance avec l’allongement de la durée de vie, de la mutation de notre monde avec l’explosion économique de la Chine et de l’Inde et l’abandon de l’Afrique… ont été plutôt « effleurés », pas traités à la mesure de l’importance qu’ont aurait dû leur accorder.

Nous n’avons pas beaucoup parlé également de la manière de conduire la politique (sauf François Bayrou prônant un gouvernement d’union, de rassemblement ainsi qu’un assainissement des institutions) et Ségolène Royal avec ses débats participatifs et sa forte incitation à adhérer à un syndicat. Pourtant, malgré l’intérêt que les citoyens français ont manifesté lors de cette élection présidentielle, force est de constater la faiblesse de leur adhésion dans les partis et les syndicats comparée à nos pays voisins, la perte progressive de leur implication en dehors du vote qui délègue des représentants à l’assemblée, dans les mairies et conseils généraux, au Parlement Européen. Alors même que le média internet est en train de révolutionner l’information et l’expression citoyenne…Dommage !

 

Dans la « politique », qui touche à la manière d'organiser la vie en société et l'exercice du pouvoir dans cette société organisée, il y a trois choses :

- l'idéologie, les valeurs, la mystique, un référentiel, le sens que l'on souhaite donner à la vie des humains sur cette planète, c'est la destination cible, c’est par là qu’il faut commencer avant de proposer un « programme » d’actions,

- la mise en pratique afin que les décisions et les actions économiques, sociales, éducatives, financières etc, dans un contexte donné, permettent d'y arriver au mieux (le "programme", les lois...) : c'est le chemin, l'itinéraire,

- enfin la manière de conduire la politique, comment faire fonctionner la démocratie, la représentativité et la participation citoyenne, l’exercice du pouvoir et son contrôle : c'est le moyen de transport. …

Les "grands" partis dominants que sont l'UMP et le PS nous ont proposéde prendre un ticket de train sans nous indiquer la destination du train et en nous donnant quelques indices de chemin, qui comme un jeu de piste peuvent nous aider à déceler la destination.

Ainsi, le référentiel de Nicolas Sarkozy, même s’il n’est pas avoué, semble  privilégier les valeurs de l'argent, du "chacun pour soi", de la loi du plus fort, de l'apparence et de l'image, bref de l'avoir et du paraître sur l'être... et à surfer aussi sans l'exprimer trop fort sur les valeurs d'exclusion du Front National. C’est pourquoi François Bayrou, dont le référentiel est à l’opposé, s’est refusé à voter pour lui au second tour.

Cependant, une fois dans le train et ayant embarqué dedans tous ses électeurs et aussi les autres, Nicolas Sarkozy a priorisé des sujets qui n’étaient pas ses thèmes favoris mais plutôt ceux de ses concurrents (l’Europe, le dialogue social avec les syndicats, le co-développement, l’écologie et…l’image d’union et de rassemblement en faisant venir aux gouvernement des ministres de gauche et du centre). C’est difficile pour ses détracteurs de critiquer une approche qu’eux-mêmes préconisent, mais cela sent bien la manœuvre électorale de désamorçage de la concurrence en ciblant les législatives, sinon pourquoi n’aurait-il pas annoncé ces priorités avant ? D’ailleurs les ténors de l’ UMP et ses électeurs n’en disent rien y compris sur le gouvernement de pseudo-ouverture que pourtant Nicolas Sarkozy dénigrait avant l’élection quand Bayrou le proposait, et qui pour le moment exclut des fidèles de Nicolas Sarkozy en priorisant des places de ministère au profit de personnes venant de la gauche et du centre … de même qu'après les annonces plus vertueuses de préoccupation de la dette, le nouveau gouvernement décide soudain de faire « une pause »…

Quant au PS, tiraillé par des factions à idéologies divergentes ou incertaines (qu'il convient donc de taire) et aussi, sur des désaccords sur le chemin à emprunter, la question du moyen de transport devient dérisoire...

François Bayrou de son côté me paraît être le seul à s'être exprimé sur ces trois volets de la politique et c’est pourquoi j’ai été personnellement séduite par son approche et son projet :

  •   Le référentiel, le cap, qu'il décrit dans son projet d'espoir, souhaitant remettre l'homme eu centre ainsi que la survie de notre planète, privilégier l'être sur l'avoir et le paraître, optimiser le bonheur dans la société des humains par une mise en valeur ou une redécouverte du respect et de l'écoute de l'autre, le don de soi, le partage, la transparence, la vérité et non le mensonge, privilégian tl’intérêt général sur l’intérêt particulier, la vision à long terme et une action s’intégrant dans une continuité dépassant un mandat présidentiel sur celle à court terme, s’inspirant d’une morale humaniste. Cette litanie de valeurs peut paraître à certains désuète, fleurant la morale "chrétienne", mais il y a aussi du bouddhisme dans tout cela... En tout cas j'adhère à ces valeurs et Bayrou est le seul dans la campagne à nous avoir exprimé où il voulait aller, quel sens il proposait de donner à notre société, notre vie entre humains.
  •  Son « programme", qui était complet, quoiqu' aient pu en dire ses concurrents qui prétendaient qu'il n'existait pas, pour mieux ensuite entre les deux tours dire qu'il convergeait énormément avec le leur... Mais il diverge encore de celui de l’UMP sur certains points relatifs à la dette, à la solidarité (contre la franchise de l’assurance maladie), l’égalité des chances (carte scolaire et suppression des droits de successions, du moins avec un seuil) et aussi de celui du PS surtout en terme d’interventionnisme de l’Etat.
  • Enfin sur la manière de conduire la politique, là Bayrou est révolutionnaire, et pourtant sa proposition consiste simplement à prôner le dialogue et le rassemblement entre des personnes de partis différents, autour de valeurs communes et de l’intérêt général et d’appliquer les règles de respect élémentaire de la démocratie alliée à un certain pragmatisme, la représentation légitime des citoyens (50% de proportionnelle aux législatives), de responsabilité de ces derniers ainsi que de leurs élus (pas de cumul de mandats, présence à l'assemblée, la séparation des pouvoirs politiques, juridiques, financiers, médiatiques, participation citoyenne renforcée…), une expérimentation des solutions envisagées et une évaluation permanente des mesures prises pour statuer de leur efficacité et de la réponse aux besoins...

Je respecte le vote des Français, qui est démocratique, mais je reste aussi sur une amère impression que beaucoup de Français ont voté en « zappant », regardant surtout TF1 ou quelques journaux  orientés, sans avoir eu le temps ou pris la peine de réfléchir au sens de notre vie en société. Avoir du boulot et un pouvoir d’achat c’est essentiel. Etre protégé contre l’insécurité urbaine, la délinquance, je comprends. Adhérer au sentiment d’appartenir à une nation et d’en être fier, pourquoi pas ? Mais pour quel type de société ? Quel objectif collectif ? Comment et pour quoi voulons-nous vivre ensemble ? Est-ce trop intellectuel d'en parler ?

 
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