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15/04/2012

Ce que François Bayrou fera au second tour … s’il n’est pas en finale

Ce qui n’est pas joué d’avance …

 

Tout d’abord pourquoi n’est-ce pas joué d’avance ?

Parce que les Français pour la plupart ont suivi superficiellement la campagne, n’ont pas tout écouté, n’ont pas lu les projets, ne sont pas suffisamment informés de la situation réelle du pays et donc peuvent plus difficilement juger des annonces et des promesses des candidats. Tout le monde sait qu’il y a une crise économique, une crise des dettes en zone euro, quela Franceaccuse un déficit public et souffre d’un chômage croissant. Mais la dette, c’est un sujet « technique », d’économistes. Ils ne se rendent pas compte que même si l’Etat n’était plus en déficit, ses 1700 milliards euros de dette (26 000 euros par Français ou encore 40 000 euro par actif) génère annuellement une charge en intérêts de 50 milliards, plus que l’impôt sur le revenu, plus que le budget de l’éducation nationale, soit 2,5% du PIB, comme si sans cette chargela Franceavait 2,5% de croissance !

On bassine quotidiennement les Français de sondages plutôt que d’informations éclairantes sur les problèmes du pays aidant à comparer les propositions. Aucun débat (même l’émission en deux soirées des « Paroles et des Actes » sur France 2, donnant la parole à chaque candidat pendant 16 minutes, était un simulacre, relevait plus du speed-dating que d’un débat dont on a privé les Français. Les vrais sujets essentiels et vitaux, qui devraient être débattus, sont le chômage et la réindustrialisation dela France, le rétablissement de ses finances publiques et de sa balance commerciale extérieure, la refondation de l’Europe passant par une gouvernance démocratique, plus de projets communs, une mutualisation de ses dettes publiques, une reprise en main de l’éducation et de la formation en général. Mais les candidats préfèrent parler de boucherie Halal ou de permis de conduire, bref, des sujets de diversion … sauf François Bayrou justement qui parle de ces sujets essentiels.

Dans ces derniers discours, remarquons que François Bayrou passe environ les trois quarts de son temps sur l’analyse de la situation, l’explication des causes de nos maux, de la dette, du chômage, du financement des retraites. « Tout se tient, ces maux sont en fait les fruits d’un même arbre, le fait que nous ne produisons plus en France », dit-il. Et il nous livre une démonstration, qui part du déficit du commerce extérieur, c'est-à-dire la différence entre nos exportations et nos importations. Avant 2005, nous étions excédentaires. Puis en sept ans, la balance est devenue de plus en plus déficitaire, atteignant 70 milliards d’euro en 2011, soit 3,5% du PIB ou encore en montant l’équivalent du salaires charges comprises de 3 millions de gens ! Alors que celle de l’Allemagne (qui était en pleine crise en 2004, subissant le coût de la réunification), s’est améliorée au point d’atteindre 160 milliards d’euro. Et La chine ne pèse que pour 24 milliards dans ce déficit extérieur, car nous sommes surtout déficitaires vis-à-vis de nos partenaires européens (18 milliards avec l’Allemagne), à l’exception de la Grèce[1]. Et lorsque nous achetons à l’étranger au lieu de biens produits chez nous, il n’y a aucune contribution au financement de notre sécurité sociale, de notre retraite, de notre caisse chômage, à l’impôt sur le revenu des salaires correspondant. Ce qui accroît donc aussi notre déficit public !

La presse internationale le dit, les journalistes le reconnaissent : c’est François Bayrou qui a la meilleure vision, la meilleure analyse, des propositions constructives sur les sujets essentiels que sont l'emploi et le surendettement de l'Etat, sans oublier l'éducation.  Le chiffrage des projets de Nicolas Sarkozy et de François Hollande n'est pas réaliste, pour l'un comme pour l'autre,  car il retient un taux de croissance compris entre 2 et 2,5% alors que le taux officiellement prévu est à présent de 1,5%, taux retenu par François Bayrou dans son projet. François Bayrou veut dire la vérité, mais quand cette vérité fait peur, qu'elle dérange, les gens préfèrent ne pas l'entendre et être séduits par des solutions irréalistes. Bayrou fait appel à la conscience et à la responsabilité des citoyens, il leur fait confiance. Mais quand ces derniers ne lisent plus les journaux et ne regardent que le 20h de TF1 ou éventuellement un zapping du journal gratuit pour suivre l'actualité, qui délivrent quotidiennement des résultats de sondages plutôt que comparer les propositions des candidats, il est impossible de comprendre les sujets de fond, on sombre dans la démocratie d'opinion et dans la note de gueule.

C'est lamentable, affligeant, pitoyable, la décadence de la démocratie. Même cet engouement pour Jean-Luc Mélenchon, je le comprends, car ce candidat révolutionnaire sait drainer la colère du peuple en même temps qu'il dégage une chaleur humaine, "l'humain d'abord". Mais ses solutions sont complètement irréalistes, mettraient le pays en ruine, sans que les gens s'en rendent compte. Avec Jean-Luc Mélenchon, tout paraît simple, l'Etat va tout prendre en charge, « yaca » prendre aux riches et créer de la monnaie banque centrale, de la monnaie de singe (ce qu'on ne peut même pas faire à moins de sortir de l'euro, ce qui serait encore pire, et cela créerait une énorme inflation). C'est un discours déresponsabilisant et infantilisant.

Bayrou n'a pas voulu sombrer dans la démagogie ni user de marketing, d'agence de communication, préférant la conviction à la séduction et à la manipulation. C'est cela qui fait sa faiblesse dans les intentions de vote. Mais c'est tout à son honneur, il respecte vraiment les électeurs.

Nous arrivons donc à la semaine cruciale précédant le scrutin : soit les Français se réveillent, soit s’est plié et le scrutin donnera raison aux sondages.

Actuellement ces sondages donnent au second tour Hollande à 53% contre Sarkozy à 47%. Les 10% d’électeurs de François Bayrou peuvent donc faire basculer le vote. Le dernier sondage sur les reports de voix de Bayrou donne 42% sur Hollande, 39% sur Sarkozy et 19% blanc. Si les votes blancs de Bayrou (2% des voix) basculaient sur Sarkozy ainsi que la moitié de ceux préférant Hollande (encore 2%), cela représenterait 4% des voix, ce qui donnerait Sarkozy gagnant.

On comprend alors toutes les œillades de Chimène faites à François Bayrou (et à ses électeurs), la fois par Nicolas Sarkozy et ses proches et par François Hollande. Devant un tel enjeu, l’hypothèse d’une nomination de François Bayrou premier ministre de Sarkozy est avancée par l’UMP, distillée dans les médias pour faire buzz.

Mais imaginez-vous vraiment François Bayrou accepter une telle nomination ? Alors qu’il aurait déjà pu l’obtenir en d’autres temps, comme des personnes issues du PS l’ont même accepté en 2007 (Bernard Kouchner, Claude Allègre, Luc Besson, …). Ce serait humiliant pour lui, il démissionnerait au bout d'un mois ... Il perdrait son âme et la considération non seulement de ses électeurs, mais de ses propres enfants.

S'il n'est pas au second tour, je pense qu'il soumettra aux 2 candidats en lisse une sorte de charte d'engagement sur les points qui lui paraissent essentiels de son projet, à savoir :

- l'assurance du retour à l'équilibre des dépenses publiques, le retour à zéro du déficit, et un plan pour générer un excédent visant à rembourser progressivement la dette quand la croissance sera de retour ;

- l'établissement d'une véritable politique industrielle mobilisant tous les acteurs pour le "produire en France", assorti du label avec la part produite en France ;

- la préservation des moyens de l'éducation nationale avec certaines de ses propositions sur l'école ;

- le référendum sur la moralisation de la vie politique dès juin 2011, avec part de proportionnelle à l’Assemblée nationale.

Les candidats devront officiellement s'engager sur ces points et publier leur réponse. Il laissera alors ses électeurs se prononcer en toute conscience, les laissant libre de leur vote, qui d'ailleurs ne lui appartient pas.

Bien sûr, cette situation mettrait à nouveau François Bayrou dans une situation difficile pour les législatives car sans accord d’alliance, les candidats se présentant sous étiquette Modem vont subir la concurrence des grands partis et il est peu probable qu’une part de proportionnelle puisse être mise en place dès ce scrutin. 10% des voix ne font pas 10% des sièges … Cependant, des députés élus sous la bannière UMP, PS ou même EELV pourraient très bien une fois élus décider de rejoindre un groupe parlementaire d’accord d’unité nationale, conduit par François Bayrou. Ce n’est pas impossible. Mais le faire savoir par avance risque d’handicaper leur investiture au sein de ces partis … Les cartes ne devraient pas être dévoilées trop tôt.

 Mais tout n'est pas joué et il pourrait y avoir un rebond Bayrou. En effet, le dernier sondage TNS-SOFRES du 13 avril 2012 donne François Bayrou largement en tête pour la "présidentialité", sur les trois critères vision, projet et étoffe.

[62% estiment que François Byrou comprend bien les problèmes du pays, 47% qu'il a un projet crédible et 39% l'étoffe d'un Président. Vient ensuite François Hollande dont l'image est structurée de façon assez similaire (56%, 44% 38%). Puis Nicolas Sarkozy qui, si seulement 36% des enquêtés déclarent qu'il comprend bien les problèmes de la France et des Français, convainc 43% qu'il a un projet crédible et surtout 59% qu'il a la carrure, ce en quoi il se distingue nettement des deux précédents, du fait, probablement, de sa qualité de président sortant. A noter que Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, s'ils ne semblent pas majoritairement convaincre sur le projet et la carrure, sont en revanche crédités par une majorité de Français comme comprenant les problèmes de la France et des Français. On le voit, la situation du leader du Modem apparaît toujours paradoxale : apprécié et reconnu alors même qu'il est crédité, par ailleurs, d'intentions de vote bien plus faibles que François Hollande et Nicolas Sarkozy. Outre une campagne peu rythmée comme le montre notre baromètre, un autre élément d'explication dans ce sondage : seulement 24% des Français estiment qu'il a une vraie équipe pour former un gouvernement (quasiment au même niveau que Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon) pour 55% François Hollande et 60% Nicolas Sarkozy.]


[1] http://lekiosque.finances.gouv.fr/APPCHIFFRE/Etudes/table...

01/06/2011

Présidentielle 2012 : les petits calculs de Jean-Louis Borloo



"J'y vais, j'y vais pas ? J'y pense (en me rasant ?). Je t'aime (et tu me finances) mais je te quitte ... On se retrouvera de toute façon au 2nd tour ... Je m'appelle centriste mais je roule à droite, car le centre est à droite par nature (comme DSK se proclamait à gauche en se situant plutôt au centre) ..."

Tels sont les petits jeux de précampagne présidentielle entre Jean-Louis Borloo et Nicolas Sarkozy, qui alimentent la presse et les médias, plutôt que des débats intéressants sur les problèmes de l'emploi, des banlieues, de l'échec scolaire, sur les choix de modèle de société dans la mondialisation, sur la manière de sortir de la crise des dettes européennes, ... qui manquent sérieusement au programme. A dire vrai, cela finit par lasser et risque d'essoufler la campagne avant qu'elle commence et même avant la déclaration officielle des candidatures.

Alors allons droit au but sur les intentions et sur la posture politique de Jean-Louis Borloo :

1- Politiquement, son existence se mesure à l'aune de son pouvoir de nuisance ou de challenge sur Nicolas Sarkozy, seule façon pour lui de pouvoir négocier au mieux un poste de 1er ministre et pour les députés qui le suivent, l'assurance d'un mandat législatif au lendemain des présidentielles ;

2- Le contexte de baisse continue de popularité de Nicolas Sarkozy est favorable à l'émergence d'une alternative à droite, l'UMP étant de plus en plus divisée entre une aile droite populiste, jouant sur le même terrain de jeu que le FN sur les questions sécuritaires et d'immigration, une aile préservant les intérêts des hauts revenus, des plus fortunés, et une autre aile gaulliste ou plus centriste et plus sociale. Cependant, plus il y aura de candidats, moins chacun (notamment Nicolas Sarkozy) a de chance à passer le cap du premier tour de l'élection présidentielle ... D'où le sentiment de puissance du challenger, qui pourra d'autant mieux monétiser son désistement juste avant le premier tour, en fonction des sondages ...

3- Aucun risque finalement à se déclarer candidat, si ce n'est d'affaiblir Nicolas Sarkozy dans les sondages, tout en lui assurant qu'en fonction des intentions de vote affichées avant le premier tour, Jean-Louis Borloo se désistera bien entendu au bénéfice de Nicolas Sarkozy au cas où la division des voix risque de ne pas permettre à ce dernier d'atteindre le 1er tour (scénario du 21 avril à l'envers). En échange de cette promesse, Nicolas Sarkozy lui garantit encore le financement du Parti Radical jusqu'à cette échéance.

4- Sauf que ... Autre scénario possible, qu'espère Jean-Louis Borloo : celui de dépasser Nicolas Sarkozy dans les sondages d'intentions de vote à la veille de l'élection, qui lui permettrait peut-être d'atteindre le 1er tour en ralliant d'autres voix du centre, celles de François Bayrou, comptant sur un désistement de ce dernier à son profit ;

5- Sauf que ... Encore un autre scénario possible : s'il dépasse Nicolas Sarkozy dans les sondages mais reste derrière François Bayrou, c'est ce dernier, déjà légitime représentant du centre, qui devrait bénéficier d'un désistement de Jean-Louis Borloo, au détriment de Nicolas Sarkozy. Dans le cas d'une telle solution de repli, il essaierait de négocier une place de 1er ministre et ses amis députés espèreraient également se voir assurer de mandats législatifs, en reconnaissant soudain toutes les qualités de François Bayrou ...

Mais tous ces petits calculs sont sans compter sur les incertitudes suivantes :

- tout d'abord les voix n'appartiennent qu'aux électeurs, pas au candidat. En cas de désistement d'un candidat décidant d'en soutenir un autre, les reports ne sont pas si systématiques. Ainsi, si après avoir critiqué Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Borloo se met à le soutenir, les voix ne vont-elles pas plutôt se reporter sur François Bayrou ? De même qu'après neuf années au gouvernement dont quatre sous la présidence Sarkozy il n'a rien critiqué, il a tout voté, sans jamais émettre de réserve sur la politique du gouvernement : bouclier fiscal et suppression des droits de succession, intégration du commandement de l’OTAN, discours de Dakar, Discours de Grenoble, réforme de l’audiovisuel public, affaire Tapie, affaire Bettencourt, affaire Pérol, affaire Epad/Jean Sarkozy, etc. Où est la crédibilité ?

- ensuite, comment continuer ainsi à porter des étiquettes en contradiction avec le contenu ? Les Français ne risquent-ils pas de percevoir une imposture ?

Centriste ? En fait à droite même s'il est plus modéré, il ne le nie même pas et proclame par avance un ralliement. Sinon il irait directement vers François Bayrou, qui a prouvé son indépendance tout en acceptant de dialoguer avec des personnalités politiques d'autres clans.

Social ? François Chérèque, secrétaire général de la CFDT dit de Jean-Louis Borloo : "Je ne reconnais aucune fibre sociale à une personne qui ne s'est pas exprimée sur le blocage du dialogue social pendant six mois." Ajoutant aussi : "Il était le ministre du travail quand il y a eu le CPE (Contrat de première embauche), donc on a l'habitude de M. Borloo, qui a un double discours, qui ne dit rien alors qu'il a des responsabilités."
Que dire aussi de l’échec du programme visant à faciliter l’accès à la propriété des gens modestes avait été lancé en 2005 par Jean-Louis Borloo, alors ministre de la Cohésion sociale et du Logement du gouvernement Villepin ? Six ans après, sur les 20.000 logements prévus, seuls 600 sont sortis de terre. Ces "maisons Borloo" annoncées à 100 000 euro, coûtent finalement 150 000 euros aux familles, qui se plaignent de malfaçon et doivent se pourvoir en justice.

Ecologiste ? D'après l’écologiste Fabrice Nicolino, qui vient de publier "qui a tué l’écologie ?" : "il est arrivé là par hasard en héritant du ministère de l’écologie, mais n’a jamais eu cette sensibilité", le Grenelle de l’environnement a été médiatisé mais a accouché d’une souris, le gouvernement n’ayant même pas mis en place la mesure phare que devait être la taxe carbone, mal ficelée. Capable de signer les autorisations d'exploration de gaz de schiste sans même consulter le premier ministre et de dire ensuite qu'il a manqué de vigilance, il démontre son inconscience écologique et son irresponsabilité. Et qu’a-t-il dit quand le gouvernement a décidé de supprimer une aide fiscale à l’investissement en panneaux photovoltaïques ?

Enfin, alors que le scandale de l'affaire Tapie va inévitablement ressurgir, impliquant Christine Largarde et éclaboussant le président Sarkozy, Jean-Louis Borloo ne risque-t-il pas de pâtir également de sa proximité avec cet ami bien sulfureux ?

20/11/2010

Les « vieux » : cœur de cible de Nicolas Sarkozy pour 2012

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Lors de son entretien télévisé du 16 novembre 2010, le président de la république a donné les principales orientations des 18 derniers mois à venir de son quinquennat et en même temps sans le dire des marqueurs de priorités s’adressant à ses électeurs cibles pour la présidentielle 2012 :

 


 

1- La réforme de la fiscalité : suppression du bouclier fiscal et … suppression de l’ISF (qui était en fait la raison d’être du bouclier fiscal, dont la tranche marginale maximum est de 40%), à remplacer par une surtaxe sur les revenus du capital et du patrimoine ;

2- La dépendance : mise en place d’ici l’été 2011 d’un cinquième pan d’assurance de la Sécurité sociale, pour faire face, du fait du vieillissement croissant de la population, au nombre grandissant de personnes entrant dans le quatrième âge, susceptibles de devenir centenaires, de nécessiter un environnement et des soins que ne peuvent pas toujours assumer (physiquement, psychologiquement, financièrement) la famille et les proches ;

3- La justice et la sécurité : après la politique sécuritaire très médiatisée, reliée à l’immigration avec l’affaire des Roms, voici venu le temps des jurés populaires, que Nicolas Sarkozy souhaite introduire au tribunal correctionnel (à l’image des Etats-Unis), comme il y en a en Cour d’assise.

Ces priorités s’adressent clairement à un public de seniors, de gens assez âgés, qui étaient déjà sa cible électorale favorite en 2007, comme l’ont démontré les analyses sur les votes et leur décomposition en terme de classes d’âges. De plus Nicolas Sarkozy ne s’est absolument pas adressé aux jeunes si ce n’est une seule fois en citant le mot « emploi des jeunes » ; rien sur l’éducation, rien sur l’injustice énorme à leur égard que représente une dette publique qui pèsera sur les générations futures pour financer les dépenses passées et les déficits sociaux des actifs et retraités d’aujourd’hui.

En effet, les détenteurs de patrimoine, qui ont un intérêt à la réforme fiscale annoncée, sont d’une part les grandes fortunes (que Nicolas Sarkozy n’oublie pas et qui ont été et seront de grands soutiens financiers pour sa campagne, et de surcroît par l’influence des puissances financières sur les médias, de bons relais de communication pour influencer l’opinion publique), d’autre part les personnes âgées qui ont pu cumuler des biens, immobiliers, fonciers, ou mobiliers. On notera au passage que les plus fortunés qui utilisent, comme Liliane Bettencourt, des astuces comme la création de holdings financiers logeant le patrimoine et ses revenus, ne versant à leur actionnaire-propriétaire que ce qui lui faut pour ses dépenses, ne seront toujours pas plus imposés sur les revenus de ce patrimoine, mais uniquement sur leurs dépenses comme aujourd’hui, à moins de légiférer pour interdire ce type de dispositif ! Ce sont donc, encore, les classes moyennes qui vont trinquer et payer une grosse partie des 3,5 milliards d’euros d’ISF qu’il faudra trouver et que ne paieront plus les gros propriétaires fortunés !

Concernant la dépendance, le message est clair : les plus sensibles à l’annonce de ce dispositif sont les personnes âgées encore valides (65-80) et les enfants de personnes très âgées (50-65) qui sont déjà confrontés à ces soucis. Ce qui n’enlève rien à la nécessité et à la pertinence d’une telle réforme …

Enfin, les personnes les plus sensibles aux problèmes de sécurité, d’incivilité, de délinquance, de vol, etc. sont les personnes plutôt seniors. Elles ont peur, peur des jeunes, peur des banlieues, peur des étrangers, peur des inconnus, … Cette peur est cultivée par les medias, nourrit le Front national comme l’UMP qui a cherché à prospérer sur ce terrain-là, entretenant la montée de la délinquance par une politique menant à la dégradation sociale, par l’insuffisance de politique préventive, par la ghettoïsation croissante des cités, par la suppression de la police de proximité. La volonté de stigmatiser une justice défaillante (mise en liberté de récidivistes, lenteur d’exécution, …) et de proposer un jugement par le peuple lui-même, qui se fera justicier, est clairement un argument populiste qui s’adresse aux classes populaires.

Ce qui est curieux, c’est que pour désigner les personnes âgées, Nicolas Sarkozy a employé le mot « vieux », ce qui donne un ton un peu irrespectueux à l’expression. Faute de style ?

 

01/09/2010

Une présidentielle 2012 sans Nicolas Sarkozy ?

Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages. Il révulse les sympathisants de gauche, les écologistes, comme ceux du centre et notamment du MoDem mais fait nouveau : il éructe des tenants de son camp, de l’UMP, parlementaires et même ministres, qui sont tenus de la fermer.

Nicolas Sarkozy est bien l’instigateur de cette récente polémique xénophobe et sécuritaire. Il croyait faire un coup gagnant mais ce coup s’est avéré doublement perdant pour lui : d’une part il a soulevé une partie de son propre camp contre lui, d’autre part il n’a pas rallié ou peu les voix du Front National et a au contraire légitimé les thèses de ce dernier, à la grande joie de Marine Le Pen qui s’en trouve ainsi renforcée.

Il est évident que cette polémique sur la sécurité et sur les Roms a été sciemment lancée par le pouvoir pour faire oublier l’affaire Woerth-Bettencourt et les graves problèmes des retraites et du chômage tout en essayant de rallier des voix du Front National. De plus, le problème se délinquance et de sécurité, qu’il ne faut pas nier, aurait pu être abordé d’une toute autre manière, invitant les différents partis et représentants de la vie civile à s’exprimer, à faire des propositions. Au lieu de cela, il fut abordé à partir d’un fait divers à Grenoble, suivi de phrases choc, amalgamant problèmes de délinquance et immigration, amalgamant aussi Roms et gens du voyage (95% sont pourtant Français depuis plusieurs générations dont une majorité respectent la loi).

Un président de la République se doit d’apaiser et rassembler les citoyens, pas de les monter les uns contre les autres ni d’allumer des mèches reliées à des tonnes de dynamite.

Aujourd’hui, c’est François Fillon qui tient ce rôle apaisant, sécurisant, rassembleur alors que Nicolas Sarkozy a voulu supplanter le rôle de 1er ministre en étant directement au front, aux commandes opérationnelles. Il y a bien dans les faits une inversion des rôles. Les Français le ressentent et traduisent ce sentiment dans les sondages. Position difficile de François Fillon, qui fait le dos rond, se doit de défendre le président et de calmer les insurgés de son camp, tout en n’en pensant pas moins et cherchant à calmer les pitbulls qui en rajoutent en aboyant un peu fort.

François Fillon a essayé avec brio de défendre la politique sécuritaire en conformité de l'application de la loi, avec des paroles très argumentées, mesurées, assez convaincantes (matinale de France Inter lundi dernier 30 août 2010) et aussi déploré ceux qui instrumentalisent le thème de la sécurité à des fins politiques, de tous bord de gauche comme de droite, exhortant ceux qui tirent contre leur camp à rester unis, mais a néanmoins concédé qu'il n'aurait pas employé les mots exprimés par Nicolas Sarkozy. Traduction : cette polémique aurait été déclenchée plus par un problème de forme qu'un problème de fond. Avouons que c'est aller un peu vite, que la "forme", les paroles, les mots choisis, sont extrêmement importants dans l'expression d'un chef d'Etat. Elles ont été comprises de la même manière par l'opinion, par la presse, française et internationale, par les représentants de l'ONU, par le pape et autres représentants ecclésiastiques…

Cet événement et le retournement des sondages, annonçant pour la première fois la gauche, le candidat du PS battant à plate couture Nicolas Sarkozy au 2nd tour des présidentielles (DSK à 59%, Aubry à 53%),, amorçant une pente descendante du candidat jugé naturel et incontournable de l’UMP, pourrait bien retourner complètement les hypothèses et les scénarios de cette présidentielle.

Même si elle n’ose pas l’avouer, l’UMP a bien du souci à se faire et devrait sérieusement envisager une solution de secours, un candidat alternatif à Nicolas Sarkozy au cas où cela tournerait mal. Elle a intérêt à le faire face à plusieurs risques : non seulement au risque d’impopularité croissante du chef de l’Etat, mais aussi à celui qu’il soit rattrapé par les affaires compromettantes, l’affaire Woerth-Bettencourt comme l’affaire Karachi (voir Mediapart), ou encore un scandale personnel lié à son couple, si Carla dérape ou ne supporte plus de couvrir une politique et une image contraire à son idéal.

Or aujourd’hui quels sont les candidats alternatifs pour l’UMP ? Je laisse de côté Alain Juppé, qui est intéressé mais loin derrière d’autres hypothèses plus probantes :

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1-François Fillon me paraît être le premier, aujourd’hui, à pouvoir revendiquer les meilleures chances. Dans le même temps, en mettant en avant ses valeurs républicaines et gaullistes, il gênerait Dominique de Villepin dont la candidature serait moins clivante et aurait intérêt à se retirer pour ne pas diviser les voix. En même temps, François Bayrou pourrait dialoguer plus favorablement avec lui, envisager des points d’accord, de même que la candidature de Hervé Morin ferait encore plus flop. François Fillon pourrait « recentrer l’UMP », en rassemblant plus facilement le centre, en tout cas en perspective d’un 2nd tour de présidentielle, mais à condition d’évincer tous les anciens pitbulls de la Sarkozy y compris Claude Guéant, et de construire un projet plus centriste, plus rassembleur, plus juste, plus républicain et plus démocrate.

2-Jean-François Copé, avec ses dents longues, est aux avant-postes. Il conduisait jusqu’à présent une stratégie de candidature UMP pour 2017, se positionnant chef parlementaire des députés UMP avec l’avantage de pouvoir narguer ou challenger parfois Nicolas Sarkozy, convoitant maintenant la présidence du parti en critiquant ouvertement son organisation aux dernières universités d’été de l’UMP, en concurrence frontale avec Xavier Bertrand. Il est aussi un des candidats potentiels au poste de 1er ministre. Une anticipation de sa candidature présidentielle pour 2012 ne serait pas à écarter dès que l’occasion se présentera. Mais ce candidat serait à mon avis un « Sarkozy-bis », avec même comportement médiatique et opportuniste, attiré par l’argent et les affaires, trop sûr de lui, attisant les braises plutôt que cherchant à rassembler et à calmer le jeu, clivant les gens de son camp, recueillant plutôt les voix de ceux qui veulent perpétuer le régime actuel.

3-Enfin, Dominique de Villepin, s’il arrive à conserver et même à amplifier l’élan récent de popularité à son égard, à rallier un nombre important de parlementaires UMP qui suivent leur électorat de droite déçus et même effrayés par Nicolas Sarkozy, pourrait bien reprendre la main, avec une revanche éclatante du panache sur le croc de boucher ! Si François Fillon ne souhaite pas être candidat et soutient Dominique de Villepin dans l’hypothèse d’une primaire UMP, ce pourrait être décisif. Mais je fais le pari qu’il n’y aura pas de primaires à l’UMP !

Je suis persuadée que le paysage politique va bien changer d’ici avril 2012. Les scénarios que nous présentent et nous imposent actuellement la presse, les médias et les sondages qui présentent des hypothèses pour acquises, seront à revoir. DSK ne sera probablement pas candidat malgré tout le battage médiatique imposant l’intérêt de sa candidature, car ce serait prendre un risque important de quitter son poste au FMI, qui lui assure honneurs et confortable rémunération (461 000 $/an), d’autant plus que l’UMP a semble-il en réserve un dossier compromettant en forme de peau de banane (dixit Frédéric Lefebvre devant trois journaliste). La gauche et notamment le PS, qui était l’an dernier décrit comme « un grand cadavre à la renverse » par BHL, ne doit pas se réjouir trop par avance. La partie n’est pas gagnée. Le PS a été regonflé non pas grâce à un projet ni à des propositions constructives et réalistes, notamment pour résoudre le déficit et les problèmes des retraites, d’éducation et de sécurité, mais bénéficie plutôt des retombées du rejet sarkozyste de l’opinion. De même pour les écologistes qui ont plutôt fait preuve de divisions internes et n’ont pas encore de programme, malgré l’élan médiatique de la candidature d’Eva Joly qui a masqué le reste.

 

Quant à François Bayrou et son Mouvement Démocrate, il est donné par la presse et les sondage comme perdant même si bayrou_3.jpgdémontrant une forte résistance, grignoté à la fois sur sa droite par de Villepin et sur sa gauche par les écologistes, mais il creuse son sillon, est le premier à avoir un projet humaniste cohérent qui servira de cadrage à un projet présidentiel, il incarne à la fois l’éthique en politique, la mesure sécurisante à laquelle les Français aspirent, la volonté de dialoguer et de rassembler au-delà des clans. Il est clairvoyant, avait dénoncé le grave problème du déficit et des inégalités croissantes, ainsi que les dérives de la sarkozie (dans son dernier livre Abus de Pouvoir), bien avant les autres. Et sur le plan humain, il est chaleureux, généreux et sympathique, il parle vrai et simplement, calmement, avec mesure et discernement. Certains devraient se rappeler le la fable de La Fontaine, Le lièvre et la tortue

18/08/2010

Eva Joly : une icône médiatique pour un casting présidentiel ou une véritable présidentiable ?

Eva_Joly080609275.jpgCette semaine, nouveau bombardement médiatique sur Eva Joly, la nouvelle icône, l’égérie de Europe Ecologie, intéressée à la candidature aux élections présidentielles de 2012 comme elle vient de l’annoncer dans une interview au journal Sud-Ouest et encouragée par Daniel Cohn-Bendit : on parle d’elle comme d’une nouvelle star. Médiatisée par l’affaire Elf, connue pour son courage et son combat contre la corruption, puis débutante en politique (de même qu’en matière d’écologie) avec la percée des écologistes aux élections européennes, elle est accueillie en « guest star » dans les meetings d’Europe Ecologie. « Les militants ont été subjugués. Ça relève un peu de l'irrationnel », commente Patrick Farbiaz, membre du conseil national des Verts. C'est "l'effet Eva", s'amuse un militant Verts. « Ça ne tient pas la route mais elle cartonne. »

 

Cela ressemble plus au lancement d’un marque, à une opération marketing, à un coup d’essai pour tester l’opinion : portrait panégyrique dans Le Monde, dépêche AFP, articles dans Le Figaro, Le Parisien, 20minutes.fr, …

 

Cependant, une méfiance règne à son égard chez de nombreux militants et des représentants des Verts, qui lui reprochent son ego démesuré et un profil qui n’incarne pas le militantisme écologique, de même que son âge (66 ans, donc 68 en 2012 !). Or Les Verts sont la principale composante politique du « réseau » Europe Ecologie, qui rappelons-le n’est pas un parti ni une coopérative malgré l’image utilisée par Daniel Cohn-Bendit. Une méfiance également exprimée par le magistrat Philippe Bilger et par le faible retentissement de ces articles sur le Web.

 

De mon côté, je me méfie à la fois de la starisation d’une personne et des manipulations politiques qui font feu de tout bois. L’UMP cherche à diviser la gauche et le centre, affaiblir le PS et le MoDem en renforçant une candidature écologiste, tout en divisant entre eux les écologistes …

 

Je reconnais à Eva Joly son courage, son implication forte dans le combat contre la corruption, son charisme. Elle dénonce plus que quiconque les scandales d’Etat avec un fort retentissement. Elle prend son job de député européen au sérieux. Elle n’appartient pas à l’élite politique habituelle, sortie de l’ENA ou qui a fait carrière par le jeu électoral jusqu’à en dépendre financièrement. Sa motivation paraît authentique.

 

Mais certains aspects me gênent. Les critiques des Verts sur son ego, son manque d’expérience politique, son âge, sont justifiées, d’autant plus que la candidate Cécile Duflot, qui a fait ses preuves et incarne vraiment le combat écologique, est compétente et représente très bien son courant, sait en défendre les idées. Mais au-delà de ces critiques, je trouve qu’elle a un côté « inquiétant ». J’ai assisté à certains de ses discours qui m’ont mise très mal à l’aise : j’ai vu un auditoire fasciné, quasi hypnotisé, dans un silence religieux. A chaque fois, Eva Joly est dans la dénonciation et utilise un langage plus affectif et manichéen que raisonné, où il y a d’un côté les riches et puissants et de l’autre les faibles et les pauvres, l’énumération de multiples scandales, touchant toujours à l’éthique politique, aux paradis fiscaux et à la corruption, sujets dont elle est spécialiste. Mais tout est très confus, pas très construit, plus dans l’incantation que dans les propositions politiques de solutions et toujours sur un thème finalement très réduit et plutôt éloigné de l’écologie. Comme le décrit l’article du Monde : «  Avec ses diatribes sur les paradis fiscaux, sa dénonciation des "dégâts de la corruption qui sévit dans le Nord au détriment du Sud", Eva Joly fait toujours un tabac. Sans effet de tribune ni de discours enflammé, elle fait régner une écoute quasi religieuse dans les salles. "Ma petite musique à moi peut faire que nos idées passent", remarque-t-elle. »

 

Mais il faut rappeler qu’une candidature à une élection présidentielle n’est pas un simple casting, ni un lancement marketing de produit sur un marché. S’il est bon et même recommandable que le candidat ait une image irréprochable, une éthique, surtout en référence aux affaires dévoilées récemment qui touchent le gouvernement, il doit aussi avoir suffisamment d’expérience, de recul, ainsi qu’une vision globale pour la société, sur tous les aspects touchant à la conduite d’une nation. Il doit construire et rassembler.

 

Or un autre point qui me chiffonne, rapporté aussi par cet article du Monde : « Les anciens l'avaient vue arriver avec scepticisme, se défiant des accointances supposées de l'ex-magistrate avec François Bayrou. Elle balayait ça en assumant avoir été draguée par le président du MoDem mais en le taclant aussitôt : "Il n'a pas de programme", disait-elle de son regard bleu qui peut tout d'un coup prendre un éclat presque dur. »

 

Je peux vous dire que ce n’est pas le genre de François Bayrou de « draguer ». Par ailleurs il n’est pas vrai qu’il n’a pas de programme. Le Mouvement Démocrate a même formalisé avec experts et militants un projet humaniste assez complet résumé dans le livre orange, ce que n’a pas encore fait Europe Ecologie. Je sais aussi que c’est Eva Joly qui a approché François Bayrou en vue d’être tête de liste aux européennes et que ce dernier n’a pas pu lui assurer immédiatement une telle place, les candidatures devant être approuvées collectivement par le bureau exécutif et les listes confirmées démocratiquement par les adhérents. Eva Joly est donc allée voir Daniel Cohn-Bendit deux semaines après …

Cette attitude à l’égard de François Bayrou ne me paraît pas convenable et n’est pas rassembleuse. François Bayrou, lui, n’a pas fait publiquement de telles critiques à l’égard de Eva Joly malgré ces négociations électorales.

 

Ce qui ne m’empêche pas d’avoir un grand respect et une admiration pour cette grande figure, cette grande dame qu’est Eva Joly, comme j’en ai pour Simone Veil, également icône vénérée par les Français, malgré la déception que j’ai ressentie dans sa persistance à soutenir Nicolas Sarkozy malgré toutes ses dérives, ses atteintes aux valeurs républicaines et notamment sa dernière lors de son annonce de Grenoble !

 
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